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lundi 31 août 2015

Une élection canadienne pas comme les autres

Le 19 octobre prochain, les Canadiens et Canadiennes sont appelés aux urnes pour choisir le prochain gouvernement de leur pays. Ce sera une journée importante pour l’unité canadienne et notre avenir.

Comment choisir parmi les partis qui briguent nos suffrages ? Par le positionnement politique qui correspond à leur raison d’être ou selon ce qu’ils nous proposent pour les quatre prochaines années ?

Jadis, si on était de droite, on pouvait choisir le Parti Conservateur (PC); de centre-gauche, le parti Libéral; de centre-droit le parti Progressiste-Conservateur avant que ce dernier soit monopolisé par la droite canadienne pour devenir le PC en 2003 et de gauche, le CCF devenu le Nouveau Parti Démocratique (NPD). Les environnementalistes votaient Vert. Quant aux séparatistes québécois, il y avait le Bloc Québécois pour se justifier de voter au fédéral.
Toujours, ou presque, l’électeur pouvait voter en fonction de ses critères personnels, politiques ou sociaux car les programmes politiques et les propositions qui en découlaient étaient clairement établis. Les clivages permettaient à l’électeur de choisir ce qu’il espérait que la société devienne.
Aujourd’hui, cet électeur réclame des actions politiques pragmatiques qui visent directement les problèmes du jour. Et pour ce faire, tous les partis ont recentré leurs politiques, par opportunisme ! Les discours ont changé et prendre le pouvoir avec une majorité de sièges à la Chambre des communes est devenu le seul but, la nécessité pour pouvoir agir. Il ne faut surtout pas afficher ses plus profondes convictions car elles peuvent éloigner l’électorat. Non, on s’adapte, on cherche à se faire aimer, on manipule les images et les illusions, on devient magicien politique.
Le NPD, si près du pouvoir, ne fait pas exception. Il ne veut prendre aucun risque de manquer son objectif qu’il a enfin à portée de main.  

Sous le leadership de Thomas Mulcair qui suit la ligne de son prédécesseur Jack Layton, le parti a bougé fortement vers le centre. Beaucoup trop, selon le président du caucus socialiste du NPD, Barry Weisleder qui s’inquiète de la tendance de son parti à oublier qu’il est celui des travailleurs et des organisations de travail au pays. 

Ce dernier réclame des actions et des politiques qui démontreront que le NPD est un parti de gauche. Il reproche à son chef de trop vouloir embrasser le capitalisme en promettant un budget équilibré tout en refusant de taxer les riches, les grandes entreprises et les banques pour financer de nouveaux programmes sociaux devant corriger les inégalités chez les Canadiens. Il affirme « les gens veulent du changement, mais pas le reniement de leurs espoirs et de leurs rêves ». Malheureusement, il va à contre-courant.
Mulcair veut justement changer l’image de « machine à dépenser » de son parti. Il demeure sensible aux besoins sociaux et veut agir. Mais, il sait que pour réaliser cela, il doit prendre le pouvoir et, pour ce faire, monopoliser le centre politique du débat en se montrant progressif, compétent et capable de diriger un gouvernement avec prudence.
Même le premier ministre (PM) Stephen Harper, le dur parmi les durs, demande aux Canadiens de lui faire confiance à nouveau. Il cherche à changer son image. Il veut faire oublier la ligne de droite de la droite qu’il a poursuivie sur les plans politiques, culturels et sociaux. Celle qui a tant déplu à un si grand nombre de Canadiens, dont les moins fortunés. Pour attirer des sympathies et gagner, il a fait voter des subventions importantes d’aide aux familles devant être remises durant la période électorale. Depuis, il se montre plus sensible, plus compréhensif, plus à l’écoute des Canadiens. Il cherche à faire oublier ses positions diplomatiques radicales et à sens unique comme en Palestine, en Iran, ses rebuffades répétées de plusieurs demandes raisonnables (plusieurs ne le sont pas), dont celle des armes, venant du Québec. Il courtise à fond les électeurs de centre. Il devient enfin plus sympathique pour plusieurs.
Quant à Justin Trudeau, le chef libéral, il joue la carte électorale normale de son parti mais son image souffre de sa jeunesse et de son inexpérience. En début de campagne, il paraissait ne pas être à la hauteur de la tâche de premier ministre. Depuis, selon un plan préétabli, il propose des politiques sensées, bien visées et il marque des points.
À l’élection de 2011, Jack Layton, chef du NPD, a été reconnu comme un homme de gauche très sympathique. Nonobstant une grave maladie qui l’affligeait, il a réussi l’impossible en faisant élire 59 députés au Québec, où il n’y en avait qu’un. Une comète aurait frappé la terre, que l’on n’aurait pas été plus surpris. Il avait axé sa campagne électorale sur les besoins de la « famille », mais c’est surtout par ses prestations uniques à des émissions télévisées, comme « Tout le monde en parle », qu’il a conquis, entre autres, le cœur des Québécois qui se sont levés spontanément pour aller en masse voter NPD afin de lui assurer leur confiance lui permettant ainsi de devenir chef de l’opposition officielle. Ce fut la plus grande victoire du commerce d’images et d’illusions au Québec de tous les temps.
Tous les chefs se rappellent ce grand balayage électoral. Ils en rêvent. Ils comprennent que leur principal défi est de marquer des points lors des débats télévisés des chefs. Ils reconnaissent toute l’importance de ces face-à-face sur le choix des électeurs et ne veulent pas, par conséquent, parler de droite ou de gauche.
Déjà, le premier débat a été révélateur. Ainsi, Trudeau, son image aidant, en a surpris plusieurs par son aplomb, sa connaissance des dossiers et ses réparties bien fondées. Dès le lendemain, les sondages reflétèrent sa bonne prestation et les observateurs avertis spéculaient déjà sur les chances du parti libéral qui remonta sensiblement dans les sondages. Mulcair, avec un air de chef d’État, a été clair, net et précis et a généralement bien fait. Les auditeurs ont compris pourquoi il a été qualifié par l’ex-PM Brian Mulroney : « meilleur chef de l’opposition de tous les temps ». De son côté, le PM Harper a aussi été correct mais j’ai eu l’impression qu’il n’était pas vraiment écouté. Quant au parti vert, n’ayant aucune chance de remporter la victoire, sa chef Élizabeth May a été vite oubliée. Le Bloc Québécois était absent car le débat était en langue anglaise.
Un facteur important de cette campagne électorale est sa longueur inhabituelle. Le triple d’une normale. Les électeurs rentrent de vacances. Ils ont été distraits, ne s’intéressant que par de courts moments à la campagne, n’entendant que de bons ou mauvais échos ici et là. Sachant que l’élection est relativement loin, ils se sont plutôt préoccupés de leur famille, de leurs affaires personnelles et peu de la politique. L’intensité électorale s’accentuera peu à peu et de plus en plus rapidement. C’est un gros défi pour chaque parti car il doit se retrouver au top de sa popularité au bon moment. Pas avant et ni après. Il est fort probable que les favoris des sondages d’aujourd’hui se retrouvent dans une autre position en fin de campagne. Il faut donc que les stratèges, dont l’expertise sera de plus en plus recherchée, planifient la fin de la campagne pour placer leur parti en pole position au moment de l’attaque finale. La stratégie devient de prime importance dans cette élection car, à ce jour, on ne peut prédire le gagnant.
Claude Dupras

mercredi 29 avril 2015

On veut un mot à dire à Ottawa pour être écouté

L’histoire du parti conservateur du Canada est particulière. Voilà un grand parti national qui n’a pas réussi à s’implanter solidement dans le cœur des Québécois. 

Tout a commencé en 1854 lorsque John A. Macdonald et Georges-Etienne Cartier fondent le parti libéral-conservateur pour faire l’union de députés conservateurs et libéraux modérés du Canada-Ouest et de députés du parti bleu du Canada-Est, les libéraux radicaux ayant refusé de joindre les rangs du parti de Macdonald. À ce moment-là, Macdonald et Cartier dirigent ensemble, comme premiers ministres conjoints, le Canada-Uni. Ce n’est que vers les années ’30 que le parti utilisera le nom « Parti conservateur ».

En 1867, la confédération canadienne est créée et Macdonald devient le premier ministre (PM) du nouveau Canada. A la surprise de tous, le chef libéral Alexander Mackenzie réussit, en 1874, à défaire le gouvernement Macdonald grâce au « scandale du Pacifique ». Mais à l’élection de 1878, Macdonald regagne le pouvoir.

Suite à la rébellion des Métis dans l’Ouest Canadien, leur leader Louis Riel est condamné à mort pour trahison et Macdonald refuse que la peine soit commuée ou rejugée. Il déclare même : « Il sera pendu, même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur ». Le député libéral Wilfrid Laurier exprime sa colère et prend vigoureusement la défense de Riel à la Chambre des Communes. Ce dernier est exécuté le 16 novembre 1885. Macdonald ne démissionnera qu’en 1891.

Laurier devient le premier Canadien-Français au poste de PM du Canada en 1896. Pour lui, « le Canada est le pays du 20e siècle ». Il le dirigera durant 5 ans jusqu’au moment où il est défait en 1911 par le libéral-conservateur Robert Borden.

La première guerre mondiale éclate et Borden, réalisant que le nombre de volontaires canadiens pour aller au front ne rencontre pas les quotas qu’il avait promis au Royaume-Uni, réclame la conscription obligatoire. La plupart des Canadiens-Français, menés par Henri Bourassa, ne ressentent aucune loyauté particulière envers le Royaume-Uni et la France. Bourassa s’oppose à la conscription et affirme que « les Québécois ont un pays : le Canada, tandis que les Canadiens anglais en ont deux : le Royaume-Uni et le Canada ». Cartier exprime aussi son opposition.

Afin de consolider sa position lors de l’élection de 1917, Borden accorde le droit de vote aux soldats à l'étranger, aux infirmières et aux femmes ayant des membres de leur famille à la guerre. Mais, il se donne le pouvoir de distribuer ces votes dans n'importe quelle circonscription, sans égard au lieu de résidence habituel du soldat. Des manifestations de masse sont tenues au Québec pour protester et l’armée tire sur la foule. Quatre morts.

Borden réélu, la loi du service militaire est adoptée, 125 000 individus sont conscrits, 25 000 sont envoyés au front. Heureusement, la guerre prend fin après quelques mois.

Ces évènements majeurs de la conscription et la pendaison de Riel marquent profondément les Canadiens-Français qui n’oublieront jamais ces coups-bas des conservateurs et plusieurs s’en rappelleront à chaque élection, de père en fils. Macdonald et Borden ont oublié que « Je me souviens » est la devise des Canadiens-Français.

En 1921, le parti libéral-conservateur d’Arthur Meighen est défait par le libéral Mackenzie King qui devient PM, aucun conservateur n’est élu au Québec. Mais cinq ans plus tard Meighen prend sa revanche, grâce aux misères suscitées par la grande dépression, il se présente sous le vocable « Parti conservateur » mais ne fait élire que quatre députés au Québec.

En 1930, King est surpris par le nouveau chef conservateur Richard B. Bennett qui prend le pouvoir grâce à 24 députés ruraux du Québec. Les cultivateurs aiment sa politique agricole protectionniste et votent pour ses candidats. Mais dès 1935, King, qui n’a pas dit son dernier mot, revient au pouvoir. Il y restera jusqu’à 1948 alors qu’il le cède à Louis Saint-Laurent

Entre temps, le parti conservateur devient le parti progressiste-conservateur (PPC) en 1942 lorsque le premier ministre manitobain John Bracken, longtemps chef du Parti Progressiste de sa province, pose cette condition pour accepter la chefferie. L’union des deux philosophies politiques, libérale et conservatrice, donne au nouveau parti une orientation centre-droite.

A l’élection de 1957, John Diefenbaker, chef du PPC depuis un an, remporte le pouvoir contre King. Il forme un gouvernement minoritaire n’ayant fait élire que huit députés du Québec.    

En 1958, après une alliance avec Maurice Duplessis, PM du Québec, sur la question des impôts québécois, John Diefenbaker obtient une majorité écrasante qui comprend 50 députés québécois. Un résultat impensable. Enfin, les Canadiens-Français ont un mot à dire dans le parti et le gouvernement progressiste-conservateur. Mais, Diefenbaker désappointe. Le nouveau chef libéral, Lester Pearson reprend le pouvoir à l’élection suivante alors que seulement 14 députés conservateurs du Québec (DCQ) sont réélus. Pierre-Elliott Trudeau lui succède, en 1968, seuls 4 DCQ sont élus. Il est réélu en 1972, deux DCQ sont élus. En 1979, il est défait par le progressiste-conservateur Joe Clark qui ne remporte que deux sièges au Québec. Quelques mois après, en 1980, Trudeau revient au pouvoir pour quatre ans, alors qu’un seul DCQ est élu. John Turner prendra sa succession pendant quelques mois.  

Puis, Brian Mulroney nouveau chef du parti progressiste-conservateur est élu en 1984 et réélu en 1988. En 1993, le libéral Jean Chrétien est le nouveau PM, un DCQ est élu. En 1997, il est réélu et à nouveau un DCQ est élu. Paul Martin lui succède en 2004 et encore un seul DCQ est élu.

En 2006, le nom du parti redevient le Parti Conservateur et Stephen Harper est élu PM mais ne fait élire que 10 députés au Québec. Il est réélu en 2011 mais le nombre de ses députés québécois baisse à cinq.  

En résumé, depuis les 148 ans de la Confédération, les Conservateurs de différents noms et les libéraux ont partagé le pouvoir également. Mais depuis Borden, les libéraux ont été au pouvoir durant 54 ans et les conservateurs 32 ans.  

Sauf pour les élections de Diefenbaker en 1958 (50 sièges), de Mulroney en 1984 (58 sièges) et 1988 (63 sièges), les Québécois n’ont pas voté pour les conservateurs. Depuis 1957, en 14 autres élections générales fédérales, la moyenne de DCQ élus à la Chambre des communes s’établit à moins de neuf députés sur 75 et huit en trois élections avec Harper depuis 2006.

Il est quand même remarquable que les seuls gouvernements majoritaires « non-libéral » comprenant un grand nombre de députés du Québec l’ont été lorsque le parti portait le nom Progressiste-Conservateur. Cela démontre clairement que les gens du Québec ne sont pas majoritairement de droite et que le Parti Conservateur ne correspond pas à leurs attentes.

Comment les Québécois peuvent-ils espérer avoir un mot à dire dans ce parti avec une représentation aussi faible ? Doivent-ils mettre de côté leur orientation politique pour le pouvoir politique ?

Et on se demande pourquoi il y a un fossé si profond entre le  gouvernement Harper et les Québécois. Il me semble clair, qu’avec lui, l’influence québécoise ne pèse pas sur la politique nationale. Quant aux nombreux projets particuliers que le PM Harper annonce dans la région de Québec, ils sont en réalité des gestes de patronage envers la région de la capitale qui lui a donné quelques députés. Et, en plus, Québec a un maire pragmatique qui sait être ami-ami avec le PM. Ça ça paye !  

Par contre, Montréal ne reçoit pas la même attention. Harper visite peu la métropole, sauf pour des funérailles. Il ne tient pas compte des demandes du nouveau maire Denis Coderre qui est d’allégeance libérale ayant été député et ministre du parti libéral durant de nombreuses années à Ottawa. Pour Harper, Coderre est un adversaire politique. Et Harper, qui a la mémoire longue, n’aime pas les ennemis de son parti.  

Malheureusement, Montréal n’a pas en son sein un leader PC avec suffisamment d’influence pour faire bouger le gouvernement conservateur en faveur des Montréalais. Ces derniers ont manqué une opportunité lorsque l’ex-sénateur Michael Fortier, candidat à l’élection de 2008, a été bêtement défait. Ce dernier, un homme d’action, a démontré sa capacité et son intelligence lors des négociations pour renouveler le contrat du Grand Prix du Canada à Montréal avec Bernie Ecclestone. Malheureusement, suite à sa défaite, Fortier a quitté la politique.

Nous, Québécois, avons aussi la mauvaise habitude de voter pour un chef ou un parti. La dernière élection fédérale est un exemple probant alors que nous avons élu 59 députés du NPD en raison de la sympathie que nous avons ressentie soudainement pour son chef Jack Layton. Il aurait mieux fallu que nous choisissions le meilleur candidat dans notre comté respectif. Ainsi des gens comme Fortier aurait été élu et aujourd’hui Montréal s’en porterait mieux car l’un d’eux serait le porteur influent de nos demandes et besoins à Ottawa.

Qui peut devenir ce chef de file conservateur, ce phare, à Montréal, suite à la prochaine élection, si Harper est reporté au pouvoir ?

Je soumets un nom, une candidature prometteuse. Celle d'Eric Girard dans la circonscription électorale montréalaise de Lac-Saint-Louis. Homme de conviction, il a choisi son tracé et est devenu candidat officiel du parti Conservateur du Canada pour l’élection d’octobre 2015.

Bien éduqué, il est économiste de formation et détient un « Bachelor joint honours in Economics and Finance » de l’université McGill et une maîtrise en économie de l’UQAM.

Pour devenir candidat, Éric Girard a demandé et obtenu un congé civique de son poste de trésorier de la Banque Nationale du Canada où il était responsable des liquidités, du financement et du risque de taux d’intérêt de la Banque et de ses filiales. Il était aussi président du comité de la caisse de retraite de la Banque.

Il a démontré ainsi qu’il est prêt à mettre de côté sa carrière pour servir ses concitoyens en contribuant au développement économique et social du Canada.

À tous ses futurs commettants, je suggère de le rencontrer, d’apprendre à le connaître, à partager avec lui leurs idées, d’écouter les siennes et de décider de l’appuyer dans son trajet vers les plus haut sommets de la politique canadienne.

Ainsi, Montréal sera bien servi.

Claude Dupras

 

samedi 8 novembre 2014

Stephen Harper aime-t-il le Québec ?

Le passage du président de la France, François Hollande, en nos murs, a suscité beaucoup d’intérêt. Après avoir visité l’ouest Canadien avec le PM canadien Stephen Harper, pour parler de pétrole en faveur de la pétrolière française Total, il se présenta à la Chambre des Communes, pour livrer un discours à la nation où un parterre impressionnant de leaders de notre pays l’attendait. Le président exprima ses bons sentiments envers le Canada et n’a pas tari d’éloges sur sa splendeur, sa grandeur et sa richesse. Quant au peuple canadien, il déclara ouvertement son amour pour les Québécois et son amitié profonde pour tous les autres Canadiens. 

Son discours fut important et toucha particulièrement les sujets de l’énergie et du climat. Deux sujets délicats pour notre premier ministre Stephen Harper, grand défenseur de l’exploitation pétrolière des sables bitumineux albertains et incrédule de la véracité des changements climatiques qu’il a qualifié d’« invention socialiste ». Hollande prononça son allocution avec vigueur et conviction et ce fut le plus important et le meilleur discours de sa visite. Il s’était bien préparé et il impressionna la majorité des Canadiens qui l’écoutaient de tous les coins du pays.
Malheureusement, son discours au Québec ne fut pas de la même nature. Il semblait non structuré et improvisé. Hollande cherchait dans ses feuilles des points de discours et voltigeait d’un à l’autre sans suite vraiment logique. Et, tout comme il fait en France où il accepte, à cause de son impopularité personnelle extrême, toutes les idées qui lui sont soumises pour chercher à regagner de la sympathie et l’appui de tous ceux qui l’ont lâché politiquement, il a dit « OUI » au Québec. Il a affirmé que la France participerait activement aux deux nouveaux projets du PM Couillard : Le « Plan Nord » au nord du 49e parallèle et le « Maritime » sur les berges du Saint-Laurent. 
Si j’avais un conseil à donner au PM québécois, ce serait d’attendre le premier engagement officiel de la part d’une entreprise française dans un de ces projets pour se réjouir. Personnellement, j’y croirai lorsque de tels gestes seront posés car je n’ai aucune confiance dans les dires et les capacités de réalisation de ce président français qui est venu parler à Québec… pour parler.
Aujourd’hui, Hollande ne récolte que seulement 12% d’appuis du peuple français. Harper est dans la même situation au Québec, puisqu’il ne recueille que 14%. Mais, contrairement à Hollande, Harper ne fléchit pas. Il croit à sa vision du Canada, à ses politiques et est convaincu que le Québec s’en sortira mieux malgré son indifférence envers lui. Il est convaincu du résultat futur et continue à foncer en avant vers la destination que, pour lui, le Canada doit atteindre. Pourtant, s’il tenait compte plus souvent de l’opinion des Québécois, il pourrait probablement faire élire, à la prochaine élection, une dizaine de députés conservateurs de plus au Québec, ce qui lui assurera son retour au pouvoir car son bilan économique est très fort.
Dans les jours qui ont suivi la visite du président français, je discutais  de tout cela avec un ami, autour de tasses de café. Lorsque notre conversation porta sur la politique fédérale, mon compagnon m’affirma soudainement que les agissements d’Harper envers le Québec venaient du fait qu’ « Harper n’aime pas le Québec ». Je fus surpris de cette affirmation claire et nette. Depuis, j’y réfléchis.
En fait, si on juge l’attitude d’Harper envers le Québec, son approche politique, ses décisions, ses lois, on peut être porté à penser qu’Harper a un problème personnel avec le Québec et que peut-être il ne l’aime pas. En effet, il n’accepte que rarement une position politique qui correspond aux désirs des québécois. Entre autres, il a détruit le registre canadien des armes à feu qui fut réclamé fort majoritairement par les Québécois suite au massacre de Polytechnique. Il a engagé le Canada dans la guerre en Afghanistan malgré l’opposition des Québécois. Il a coupé injustement dans les budgets des arts et de la culture si chers aux québécois. Il a modifié les transferts pour le système de santé, accablant ainsi le budget québécois. Il a coupé de moitié le budget de la condition féminine éliminant la recherche et la défense des droits des femmes, malgré les nombreuses oppositions de Québécoises. Il a mis de côté l’Accord de Kelowna destiné à améliorer, entre autres, la vie des autochtones québécois malgré les pressions de ces derniers et du gouvernement québécois. Il a favorisé une justice impitoyable et répressive à la GWBush qui va à l’inverse de l’approche pénale des québécois. Il a renié la signature du Canada sur l’accord de Kyoto, malgré l’appui quasi unanime des Québécois pour cette entente. Dans le conflit palestinien, il est à 100% avec Israël alors que les Québécois font la part des choses. Harper a perdu, à cause de ce qui précède, le siège au conseil de sécurité de l’ONU pour le Canada, au grand regret des Québécois. Il fait la promotion du pétrole brut des sables bitumineux malgré la farouche opposition des Québécois. Durant le pouvoir péquiste récent au Québec, Harper a tout fait pour ne pas aider ce gouvernement péquiste qui, pour lui, était un ennemi du Canada, même si les Québécois l’avait élu. Et ça continue… en fait, je pourrais noircir toute cette page d’exemples similaires.
Pour un Québécois, c’est à n’y rien comprendre surtout qu’il oublie vite les bons coups d’Harper, telle : l’augmentation des transferts fédéraux en 2005 pour solidifier le budget du Québec mais qui a été transformée, pour des fins électorales, en baisse d’impôts par le PM québécois Jean Charest, au grand dam d’Harper.
Harper parle relativement bien le français qu’il a appris dans les écoles albertaines où rares sont ses compatriotes qui ont réussi à maitriser cette langue comme il l’a fait. Il refuse tout débat constitutionnel pour régulariser l’accord de 1982 que le Québec n’a pas signé, car il craint la confusion et les divisions nationales qu’un tel débat crée. Pour se montrer ouvert, il a fait voter à l’unanimité à la Chambre des communes une résolution reconnaissant le Québec comme une nation. C’est peu, mais cela représente sa pensée. Il commence toujours ses discours en langue française où qu’il soit. Même s’il vient rarement au Québec, on ne peut pas dire qu’il ne respecte pas les Québécois.
Harper est un homme de droite et il a des convictions profondes. Tout comme Pierre Elliot Trudeau, l’ex-premier ministre libéral, qui était plus à gauche. Mal-aimé en Alberta, où le parti libéral ne remportait aucun comté à cause de ses politiques sur l’énergie, personne n’accusait Trudeau d’agir ainsi parce qu’il n’aimait pas les albertains. C’était une question politique et non personnelle.
Harper a réussi à réunir les forces de l’opposition de droite, à créer le nouveau Parti Conservateur du Canada et à prendre le pouvoir.  On peut être en désaccord avec ses politiques, voter contre lui, mais l’accuser de ne pas aimer les Québécois, la preuve n’est pas faite. Par contre, il a démontré de l’amitié !
La responsabilité d’un premier ministre canadien est de maintenir et de bâtir un Canada fort. Durant les longues années des libéraux et même du parti progressiste-conservateur du Canada de Joe Clark et de Brian Mulroney, les politiques s’orientaient, en bonne partie, vers le centre-gauche. Depuis le début du règne d’Harper, ce dernier croit que le temps est venu de redresser les politiques canadiennes en dirigeant le pays vers la droite afin de stabiliser notre orientation future. Il n’a pas tort de vouloir protéger la santé financière future du Canada, si on en juge par le piteux état financier de la France créé par un amoncellement de politiques de gauche, depuis la 2e guerre mondiale.. 
Pour Harper, la pouvoir politique est un balancier régulateur de la santé du pays.
Claude Dupras

jeudi 14 novembre 2013

Quand Pauline Marois charrie !

La première ministre du Québec Pauline Marois a fait un discours retentissant à la clôture du dernier congrès du parti Québécois qui prône la séparation du Québec du Canada.

Elle a dit « nous aimons tellement les gens qui y vivent, que nous caressons pour eux un très grand rêve. Nous voulons que le Québec soit un pays libre et indépendant ! ». C’est son rêve, je la comprends. Mais beaucoup de Québécois aiment leur Québec sans qu’il soit nécessaire de briser le Canada, le pays de leurs ancêtres.

Elle a continué « si le Québec était un pays, il serait le 18e plus grand du monde… riche en ressources et d’une population parmi les plus scolarisées et les plus créatives du monde ». Mais notre pays le Canada est le 2e plus grand au monde et sa population a toutes ces qualités.

Elle a ajouté en comparant le Québec d’aujourd’hui avec celui de 1995: « Le poids de notre dette est moins élevé. Notre cote de crédit s’est améliorée. Notre solde budgétaire également. Les Québécois sont individuellement plus riches. La pauvreté a reculé aussi. Jamais le Québec n’a compté aussi peu de familles sans emploi ou vivant de l’aide sociale ». Mais c’est la même chose partout au Canada pour chaque Canadien. Elle omet de dire que cela s’est concrétisé alors que le Québec faisait partie du Canada et que Jean Charest était PM du Québec pendant 10 ans. Plusieurs provinces « pauvres » sont devenues des provinces « riches » durant ce temps comme le souligne le système de la péréquation. Elle omet les données de l’OCDE qui estime qu’un Québec indépendant serait le cinquième pays le plus endetté au monde, alors que le Canada est le 14e..

Elle a affirmé : « Si le Québec était un pays, il serait au 19 e rang de l’OCDE au chapitre du produit intérieur brut par habitant ». Actuellement, le Canada est au 9e rang.

Elle a rajouté: « Nous serions 9e quant à la proportion de notre population qui occupe un emploi ». Le Canada est 2e.

Elle a déclaré : « Je suis convaincue que le Québec aurait pas mal plus de moyens s’il était indépendant. Quand Ottawa investit 10 milliards pour l’industrie de l’auto, il y a 2 milliards qui viennent du Québec. Quand Ottawa donne des contrats de 25 milliards pour la construction de navires à Halifax, 5 milliards viennent de chez nous ». Du même souffle, elle refuse de reconnaître les centaines de millions en sous-contrats accordés à des entreprises Québécoises pour ces projets. De plus, elle ne cite pas les projets fédéraux au Québec, comme le sera celui du nouveau pont Champlain estimé à un coût de 3 milliards $ par Ottawa, duquel 2,4 milliards viendront des autres provinces et les centaines de milliards pour les projets passés et nouveaux d’infrastructures où 80% de ces fonds sont venus et continueront de venir des autres provinces. Et les décisions fédérales qui favorisent le Québec comme la concentration de l’industrie de l’avionnerie à Montréal qui crée plus de 70 000 emplois, pourquoi ne les souligne-t-elle pas ? On peut poser la question, si le Québec est indépendant, le domaine de l’avionnerie demeura-t-il à Montréal ?

Elle a lancé : « … de rester dans le Canada est risqué. C’est risqué d’être soumis aux décisions d’Ottawa. C’est risqué de demeurer dans un pays qui évolue dans une direction opposée à la nôtre ». Pourtant, le passé n’indique pas cela. Certes, le Québec et d’autres provinces ne sont pas toujours en accord avec Ottawa. On a vu dans le passé des luttes mémorables entre les PM Duplessis, Lesage, Johnson, Lévesque et Parizeau et le PM canadien sur des sujets de taxation et des sujets constitutionnels. Le Québec a gagné plusieurs de ces débats importants.

La « direction opposée » dont parle Pauline Marois a rapport avec les politiques du gouvernement du PM Stephen Harper sur la question de l’environnement, des armes à feu, des peines de prisons trop sévères, des valeurs immobilières, de l’assurance-emploi, etc… Je lui donne raison sur plusieurs de ces points, malgré que je sois sympathique à la couleur du parti d’Harper. Je ne partage absolument pas plusieurs des opinions et des positions politiques conservatrices de ce dernier. Mais, on ne jette pas un pays à terre à cause d’un gouvernement qui occupe momentanément le pouvoir.

Les Québécois ont à leur crédit une grosse part du mérite de ce qu’est le Canada d’aujourd’hui. Des chefs de notre milieu : Lafontaine, Cartier, Laurier, Saint-Laurent, Trudeau, Mulroney, Chrétien, Martin se sont avérés des leaders exceptionnels qui ont bien dirigé notre pays pour en faire aujourd’hui un modèle sur la scène mondiale. Que le PQ ne cherche pas à nous faire croire avec un discours teinté de négativisme et d’arguments de croques-mitaines, qu’il y va de notre intérêt de casser ce beau pays bâti par des gens de chez nous.

Tous les Québécois élus de tous les partis politiques des deux niveaux du gouvernement, défendent le Québec. Pas de la même façon, c’est évident. Pauline Marois s’est ridiculisée en affirmant qu’« il n’y a que le Parti Québécois qui défend les intérêts du Québec ». Qu’elle continue à travailler avec les autres partis et ses collègues des autres provinces, et elle verra qu’elle peut défendre positivement nos prérogatives.

Elle veut un système de transport léger sur rail sur le pont Champlain. Elle l’obtiendra si elle adopte l’attitude de convaincre au lieu de blâmer. Elle profite de l’indignation de plusieurs qui s’élèvent contre un possible péage sur le pont Champlain pour critiquer encore le fédéral. C’est de la petite politique. Pourquoi n’a-t-elle rien dit lorsque le péage a été imposé sur le pont de la 125 au nord de Montréal. Le seul sur la rive nord.

« Depuis la confédération, combien de temps avons-nous perdu en rondes constitutionnelles, en rencontres fédérales-provinciales, en réunions de fonctionnaires ? » s’est-elle exclamée ! N’est-ce pas une chose normale dans un grand pays comme le Canada ? Les autres pays de l’Occident sont aussi maintes fois engagés dans des débats interminables. Le résultat de toutes ces rondes et réunions a fait du Canada un des pays les plus enviés de la planète. « Si on choisit d’en finir avec la chicane et de nous tourner vers l’avenir, il n’y a aura plus de conflits entre le Canada et le Québec ». Pour elle « en finir » veut dire « séparation ». Si elle pensait coopération au lieu de renonciation et montrait un peu de loyauté au Canada, ce serait peut être mieux pour tout le monde.

Elle veut « en finir avec le multiculturalisme et de choisir le « mieux-vivre-ensemble ». Des mots vides qui ne veulent rien dire et qui ne correspondent pas à la réalité. Le Québec moderne est multiculturel. Depuis plus de cent ans des vagues d’immigrés de toutes races et religions se sont succédées : irlandais, écossais, grecs, italiens, juifs, polonais, lithuaniens, arabes, haïtiens, asiatiques, tamuls, etc… et cela ne s’arrête pas. Nous sommes un pays riche et les pauvres y voient une possibilité pour assurer le bien-être de leur famille. En grande partie tous ces néo-québécois parlent de plus en plus français. Notre défi est d’accueillir et d’intégrer tous ces gens dans notre culture et de montrer suffisamment de créativité pour qu’ensemble nous puissions bâtir notre économie. C’est manquer d’audace et de réalisme que de nier cela.

Un vrai gouvernement québécois doit se dédier à réaliser ces défis importants. Ainsi, nous serons plus fiers de notre coin du monde où la liberté, le respect et la qualité de vie seront au rendez-vous pour tous.

Claude Dupras

mardi 21 juin 2011

La « démonisation » des chefs politiques

Aujourd’hui, être chef de parti n’est pas une sinécure. Que l’on soit au pouvoir comme Stephen Harper à Ottawa ou Jean Charest à Québec, on est la cible de toutes les critiques. Et les partis d’opposition s’en donnent à cœur joie !

Après sa tentative de prendre le pouvoir avec la coalition Libéral-NDP-BQ, le Bloc Québécois (BQ) n’a cessé de salir Harper au point qu’il a réussi, puisque les Québécois n’aiment vraiment pas le premier ministre canadien. Le Québec a été la seule province canadienne à réduire son nombre de députés PC lors de la récente élection.

De même à Québec, le Parti Québécois (PQ) a fait fondre la popularité de Jean Charest de 51%, où elle se fixait il y a un peu plus de 18 mois, à 25% aujourd’hui en le calomniant et en cherchant à faire croire que le premier ministre du Québec est un homme corrompu.

On ne peut que constater que ces tactiques de dénigrement sont venues des séparatistes élus aux deux niveaux de gouvernement.

Mais comme il y a de la justice dans ce bas monde, l’électeur ne s’est pas seulement retourné contre les attaqués mais aussi contre les attaquants et n’accorde plus sa confiance à aucun. Il en a soupé de la démagogie.

Le Bloc est disparu le soir des élections et son chef n’est plus en politique. Quant au NDP, avec un chef qui a toujours maintenu ses critiques du gouvernement et de ses dirigeants au niveau des idées et du respect, il a été récompensé en récoltant une manne providentielle de comtés.

De son côté, le PQ connaît actuellement une impensable et difficile traversée du désert alors qu’il y a à peine un mois, une sensation de parfaite joie et d’optimisme l’avait envahi, suite au vote de confiance de 93% accordé à son chef Pauline Marois. Aujourd’hui, le leadership de cette dernière est en péril et on parle même d’implosion du PQ. Cinq députés ont quitté le parti : quatre en accusant le parti de ne pas faire de l’indépendance du Québec sa priorité ; l’autre en affirmant le contraire en reprochant au parti de donner trop d’importance à la séparation tout en ne s’occupant pas suffisamment des problèmes qui affligent la société québécoise. Jour après jour, la marée de critiques envers Marois devient tsunamienne et cette dernière subit, à son tour, les effets de la « démonisation ». On dit n’importe quoi sur elle.

Pourtant les arguments des opposants de Pauline Marois ne tiennent pas la route. Alors que le Parti Libéral du Québec (PLQ) est depuis longtemps au pouvoir et que celui-ci s’use à la longue, les sondages indiquent que le PQ est bien placé pour reprendre le pouvoir. Pour ce faire, le PQ doit être en mesure d’obtenir des votes fédéralistes. Comme René Lévesque en 1976, Marois réclame le pouvoir afin de créer et de diriger un bon gouvernement en reléguant à plus tard le débat sur la séparation. Les « purs et durs » séparatistes rejettent cette tactique et veulent à tout prix faire de la prochaine élection une élection référendaire. Pourtant les sondages sont clairs. Une majorité de Québécoises et de Québécois n’est pas d’accord et le parti risque de retourner dans l’opposition et de perdre plusieurs comtés s’il s’engage dans cette voie. « Tant pis » disent les séparatistes, « il faut faire ce que l’on doit faire ». Cette réaction ridicule démontre un sens d’irresponsabilité, un manque de sérieux et une incompréhension totale de la capacité d’agir que le pouvoir donne à un parti politique qui l’exerce.

Le PQ est le parti le plus démocratique du Québec. Mais si ses membres ne veulent pas suivre leur chef et reconnaître qu’elle propose une stratégie électorale responsable pour accéder au pouvoir, eh bien ! qu’ils la chassent ! Les fédéralistes, comme moi, seront très heureux de la tournure des évènements.

Je soupçonne que ce branle-bas péquiste a comme source la montée dans les sondages de l’ex-ministre François Legault. Depuis que ce dernier a quitté le PQ, il s’est dédié à analyser les problèmes principaux qui confrontent l’avenir du Québec et à trouver, avec des collaborateurs chevronnés, des solutions pratiques. À ce jour, il va bien, comme je l’ai affirmé dans un billet précédent. Ses propositions sont bien accueillies.

De plus, la volte-face récente, spectaculaire, inimaginable et surprenante de l’électorat québécois en faveur du NDP fédéral a marqué profondément d’un fer rouge les députés et les organisateurs du PQ. Ils semblent subjugués par cet évènement et croient en la possibilité qu’un effet similaire se reproduise lors de la prochaine élection provinciale. Ils craignent Legault, de plus en plus, mais croient possible, qu’avec un chef capable de générer un tel engouement massif, ils seront en mesure de recréer une vague similaire en faveur de la séparation du Québec. D’autres, plus opportunistes, comme d’ex députés et organisateurs du BQ, voient un Legault vainqueur et se collent à lui simplement par intérêt personnel.

Ces politiciens actuels ou en devenir oublient que la politique est un commerce d’images et d’illusions. Malheureusement pour lui, Legault manque de charisme naturel. Il est hésitant et n’a pas l’autorité d'un chef basée sur l'éloquence, la mise en scène et la fascination. Je ne vois pas en lui le prestige d’une personnalité exceptionnelle capable d’exercer son ascendant sur les autres. Je ne vois pas chez lui les qualités nécessaires pour se maintenir au haut des sondages. Ce n’est ni un Trudeau ni un Lévesque ni un Bouchard ni un Mulroney ni un Jean Charest (à ses débuts). Il est loin de l’image positive et entraînante que projette Jack Layton. D’ailleurs, depuis un certain temps, la cote de Legault diminue, même si ses idées sont bonnes et qu’il a une presse très favorable.

Pauline Marois, comme François Legault, souffre aussi d’un manque de charisme. Jean Charest demeure un premier ministre blessé et j’ai l’impression, si les sondages ne changent pas, que ses jours sont comptés et que le PLQ devra se choisir un nouveau chef suite à sa démission. Le chef de l’ADQ, pour sa part, ne démontre pas encore qu’il a l’étoffe nécessaire pour être premier ministre du Québec. Amir Khadir de Québec Solidaire, trop à gauche, impressionne de moins en moins. Quant aux « purs et durs » s’ils n’obtiennent pas la démission de Marois, ils disent vouloir présenter leur propre candidat. On peut prévoir qu’aucun de ces chefs n’aura un ascendant sur les autres.

Les péquistes ne doivent donc pas perdre les pédales ni remplacer leur chef, car la prochaine élection québécoise s’annonce comme une des plus serrées de l’histoire du Québec et l’organisation électorale comptera alors pour beaucoup. Ce sera un « free for all » et personne à ce jour ne peut prédire qui sera le gagnant ou la gagnante. Quant à moi, j’ose avancer, si la tendance se maintient, que le résultat sera un gouvernement minoritaire.

Tout ce qui arrive est pour le mieux. La politique sera dorénavant plus civilisée et les politiciens cesseront de dire n’importe quoi simplement pour obtenir la manchette des médias. L’électeur devient à nouveau souverain.

Claude Dupras

samedi 26 février 2011

Lucien Bouchard, bon ou pas bon ?

L’ex-premier ministre du Québec, l’avocat Lucien Bouchard, a accepté le poste de président de l’Association pétrolière et gazière du Québec au moment où les Québécois et Québécoises ont vraiment peur des conséquences de l’exploitation du gaz de schiste et s’y opposent majoritairement.

Bouchard a été avocat en droit du travail pendant 22 ans avant d’entreprendre une carrière politique. Il a été le principal penseur qui a mis dans la bouche de Brian Mulroney, son grand ami d’université, les mots qui ont permis à ce dernier de remporter la presque totalité des comtés au Québec et d’être propulsé au poste de PM du Canada, avec son Parti Progressiste-Conservateur (PPC).

Devenu ministre à Ottawa, Bouchard jugea que les principes et les objectifs de l’Accord du Lac Meech (pour réintégrer le Québec dans la constitution canadienne) devenaient trop dilués. Il quitta son poste pour créer le Bloc Québécois (BQ), un parti politique fédéral dédié à la séparation du Québec. À l’élection qui suivit, le BQ gagna suffisamment de sièges pour permettre à Bouchard de devenir chef de l’opposition à la Chambre des communes devant le nouveau PM Jean Chrétien. Du jamais vu !

En 1995, la campagne référendaire au Québec dirigée par le PM Jacques Parizeau, n’allait nulle part. Bouchard en prit le contrôle et devint, en un rien de temps, le vrai leader séparatiste (le mot est de lui). Tribun extraordinaire, il remplissait salle après salle grâce à son discours d’une logique implacable. À son grand désappointement et à ceux de ses fidèles, au soir du vote, l’option séparatiste du OUI ne perdit que par quelques centiles. Devant cette performance magistrale et l’admiration passionnée que lui témoignaient les Québécois, Parizeau se retira et Bouchard devint chef du Parti Québécois et fut assermenté premier ministre et dûment élu à l’élection qui suivit.

Il a gouverné le Québec d’une main de fer. Son projet de fusion des municipalités au Québec a créé un brouhaha indescriptible. La presque totalité des municipalités visées tinrent des référendums et le NON l’emportait partout par des majorités dépassant les 90%. Nonobstant cette expression démocratique, Bouchard imposa quand même la fusion. Par la suite, son successeur Jean Charest se senti obligé de permettre la dé-fusion, ce qui ajouta à la confusion. Une autre erreur!

Par ailleurs, afin de répondre aux exigences des financiers de Wall street, Bouchard décida de forcer à la retraite des milliers de professionnels des hôpitaux (chirurgiens, spécialistes, médecins et infirmières) afin de diminuer les dépenses de l’État. Les plus expérimentés quittèrent leurs taches. Depuis, les patients sont moins bien traités et les hôpitaux peinent à répondre adéquatement à la demande des citoyens malades. Un vrai scandale !

Lucien Bouchard vient d’expliquer sa position sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste. Évidemment, il n’est pas favorable à l’idée d’un moratoire puisqu’il représente l’industrie qui veut développer cette ressource. Plusieurs de ses arguments sont bons, logiques mais incomplets. Il affirme que le Québec doit se baser sur les conclusions du prochain rapport du Bureau d’Audience Publique sur l’Environnement (BAPE). Or le mandat du BAPE n’était pas suffisamment large pour vraiment étudier cette question difficile. Il n’a pas fait « une véritable évaluation environnementale stratégique (EES), visant à intégrer les facteurs environnementaux à l’élaboration de politiques, de plans et de programmes publics » comme le proposa l’Ordre des Ingénieurs du Québec.

Bouchard se trompe face à la vive réaction des Québécois. Ce ne sont pas des mots qui viendront à bout de leur perception négative du projet. Un arrêt de l’exploration est justifié pour calmer les esprits et permettre à tout le monde de reprendre son souffle. Je crois qu’un moratoire d’une année pourrait suffire pour permettre à Bouchard et cie de revenir expliquer le projet afin qu’ensemble nous réexaminions cette question qui peut s’avérer très importante pour l’avenir économique du Québec.

Puis, il y a la question de la mise sur pied d’une commission d’enquête sur la construction. Bouchard a une bonne expérience dans le domaine puisqu’il était procureur de la dernière commission d’enquête tenue il y a près de 40 ans. Après avoir dit qu’il s’opposait à une telle enquête parce que « les témoins deviennent coupables dès lors qu’ils sont vus à la télévision en train de témoigner à une telle commission d’enquête » voilà maintenant qu’il affirme « Moi, aujourd’hui, je la ferais parce que le gouvernement paie un prix énorme pour ne pas la faire et qu’il faut assainir les perceptions ». En somme, il accepte que le Québec dépenses des centaines de millions de dollars pour salir des gens innocents, pour assainir les perceptions, sauver le gouvernement… Non, cet argument n’est pas sérieux, d’autant plus qu’une nouvelle escouade permanente anticorruption vient d’être mise sur pied par le gouvernement et qu’elle pourra faire le travail plus efficacement. Ce n’est que de la petite politique et Bouchard le sait, car il affirme, en conclusion, « …malgré qu’il n’est pas certain que les coupables seront dénichés avec une commission d’enquête ».

J’ai été souventes fois en désaccord avec Lucien Bouchard. Tout particulièrement en rapport avec ses prétextes pour quitter le PPC, ses arguments pour créer un parti séparatiste à Ottawa (Bloc Québécois) qui a enlevé aux Québécois le pouvoir qu’ils avaient sur la scène fédérale, la fusion des municipalités qui a créé la désorganisation qui règne aujourd’hui à Montréal, la mise à pied du personnel professionnel des hôpitaux qui nuit encore à la qualité des soins aux Québécois. Et aujourd’hui, je m’oppose à son refus d’un moratoire sur la question du gaz de schiste et à son accord, que je qualifierais d’opportuniste, à la tenue d’une commission d’enquête sur la construction.

Malgré ces différents, j’admire Lucien Bouchard. C’est un Québécois hors de l’ordinaire. C’est un homme de conviction, sérieux, intelligent, convaincant, engagé, honnête qui aime le Québec et qui sait l’expliquer à ses compatriotes. Il est un homme qui a survécu à une maladie grave et qui a su relever la tête et continuer comme si rien n’était. Il a été un vrai homme politique qui garde ses convictions. C’est un bon homme.

Claude Dupras

Ps. Aujourd’hui, les « purs et durs » séparatistes le dénigrent à qui mieux mieux. Ils l’accusent d’avoir « botché » le référendum de 1995, donc d’être le responsable de la défaite. Ils ne l’aiment pas parce que comme d’autres personnages sérieux qui connaissent bien la situation politique québécoise, tel l’ex-ministre péquiste François Legault, Lucien Bouchard affirme qu’un nouveau référendum n’est pas gagnable à ce moment-ci. Ces « purs et durs » irréalistes seraient mieux de se regarder dans le miroir avant de critiquer les autres. N’est-ce pas eux qui viennent d’organiser, le 19 février dernier, une manifestation devant le parlement de Québec pour exiger le départ de Jean Charest ? Elle devait être extraordinaire et répercutante mais elle n’a attiré que 45 personnes. Cette manifestation manquée est devenue le plus grand « flop » organisé par des séparatistes, indépendantistes ou souverainistes depuis que l’on parle de séparation au Québec.

dimanche 5 décembre 2010

Des « red tories » à la droite sociale

Il y a beaucoup de mouvement actuellement au Québec pour reclasser les opinions politiques dans des cases rigides, comme le font les Français. On parle de plus en plus de la gauche, de la droite, du centre, du centre-gauche, du centre-droite, d’extrême... Ce sont des mots avec lesquels une majorité de Québécois et Québécoises actuels ne sont pas très familiers.

Depuis la révolution tranquille qui a suivi l’ère du vieux conservatisme canadien-français, la droite du temps, on peut affirmer que celle-ci n’est plus vraiment structurée au Québec.

Cependant, il y a toujours eu des gens de chez nous, et il y en a de plus en plus, qui s’identifient aux valeurs des conservateurs américains (je ne parle pas des teapartyers), défendent leurs politiques de droite et aimeraient qu’elles soient appliquées sur notre territoire. Mais ils veulent plus que la droite.

Même si nous ressentons tous, jusqu’à un certain point, le besoin de revaloriser le passé, de retrouver nos traditions que la révolution tranquille a enlevées à notre société, cela ne devrait pas se faire avec des solutions autoritaires imposées par un nouveau gouvernement de droite. Après la « révolution tranquille » étatique des années ’60, nous n’avons pas besoin d’une nouvelle révolution qui ne serait pas tranquille. Ce qu’il faut, c’est trouver des solutions pratiques aux problèmes contemporains.

L’ex-Parti Progressiste Conservateur du Canada (PPC) et ses chefs depuis l’ex-PM John Diefenbaker en passant par Robert Stanfield, l’ex-PM Joe Clark et l’ex-PM Brian Mulroney ont toujours défendu les préoccupations conservatrices traditionnelles mais avec des idées sociales pour les questions économiques. Les « red tories », les conservateurs sociaux comme on les nommait en français, épousaient cette politique et ils étaient alors majoritaires dans le parti. J’étais l’un d’eux.

Lorsque le PPC, affaibli politiquement, s’est joint au Parti de l’Alliance Canadienne, un parti de conservateurs de la droite dure, plusieurs membres du PPC n’ont pas suivi. On se rappellera Joe Clark, l’ex-ministre Flora Macdonald, le Sénateur Lowell Murray et plusieurs autres qui se sont élevés contre la décision du chef du PPC, Peter Mackay, de fusionner leur formation politique avec celle des « alliancistes ». Ce que nous craignions est arrivé. Le nouveau Parti Conservateur (PC) sous la gouverne de Stephen Harper a été majoritairement noyauté par des « purs et durs » et pratique depuis une politique conservatrice beaucoup trop à droite et loin de la vision d’une majorité de Canadiens et de Canadiennes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Harper n’a pu à ce jour obtenir une majorité à la Chambre des Communes et n’a le support que de 35-40% des Canadiens.

Au Québec, les partis politiques qui ont gouverné depuis Maurice Duplessis ont été libéral (centre-droit), péquiste (centre-gauche) et Union Nationale de Daniel Johnson (centre-droit). Notre société est le résultat de la valse que les Québécois ont dansée tour à tour avec ces formations.

La crise économique a changé beaucoup de choses. On ressent, aujourd’hui, encore plus de désespoir dans notre société. Aux pauvres, s’ajoute la classe moyenne modeste qui s’appauvrit et qui crie de plus en plus : « à l’aide ». On ne peut simplement pas l’oublier pour des raisons idéologiques.

Cette nouvelle droite s’exprime au Québec via le député conservateur fédéral Maxime Bernier, le réseau Liberté-Québec et les Adéquistes. Plusieurs d’entre-eux la définissent comme une pensée magique qui viendra guérir tous les maux, effacer les déficits, réduire la dette, impliquer l’entreprise privée dans tout et créer un nouveau mode de gouvernance. Ce n’est pas si simple, mais je reconnais que la nouvelle droite peut donner un coup de barre sérieux et positif à la direction de notre société pour nous faire voir les choses de façon différente.

Ces hommes et femmes politiques qui prônent la nouvelle droite comprennent que l’intérêt de la collectivité est plus que l’ensemble des intérêts personnels ou de groupes et que leurs actions politiques devront respecter la liberté des individus d’où vient la pensée, l’initiative, la création, le sens d’entreprise… car ils savent que ces derniers doivent être motivés de contribuer à la société.

La nouvelle droite devra aussi promouvoir un volet social important et sérieux pour répondre aux besoins de la population et l’incorporer dans son programme. Ainsi, elle deviendra « la droite sociale » et elle trouvera un plus grand nombre de sympathisants. Ce sera comme un nouveau parti progressiste conservateur au Québec.

Claude Dupras

lundi 11 janvier 2010

La politique politicienne canadienne

Le parti libéral du Canada vient d’entreprendre une campagne publicitaire négative contre le PM Stephen Harper sur les ondes de la télévision et le la radio. Il cherche à le diminuer dans l’opinion publique afin de reprendre du poil de la bête dans les sondages. Il imite ainsi le Parti Conservateur du Canada d’Harper qui par deux fois a fait de telles campagnes. Dans un premier temps, pour salir la réputation de l’ex-chef libéral Stéphane Dion et récemment, pour dénigrer le chef actuel Michel Ignatieff. Dans les deux cas, ces campagnes ont apporté leurs fruits puisque les deux chefs visés ont plongé dans les sondages quelque temps après.

J’avais alors dénoncé ce type de publicité et je le fais encore aujourd’hui. Comment avoir confiance dans nos hommes et femmes politiques s’ils s’adonnent à de telles pratiques d’insinuations mensongères qui n’ont rien à voir avec les problèmes qui nous confrontent ? C’est la raison pour laquelle les citoyens s’intéressent de moins en moins à la politique.

Cette tactique politique de salir impunément l’adversaire nous vient des campagnes électorales américaines où elle est utilisée abondamment par les républicains américains. Ce sont les Conservateurs actuels qui ont initié les Canadiens à cette propagande. Les Libéraux l’avaient alors dénoncée fortement avec raison et décriée sur tous les toits. Dion, un homme d’une intégrité absolue, avait rejeté les suggestions venant de son parti pour répliquer de la même façon car il refusait absolument d’abaisser le débat politique à ce niveau de ruelle. Malheureusement, Ignatieff vient de décider d’imiter Harper et cherche à salir son adversaire. Ce n’est pas à son honneur.

Michel Ignatieff est un bon homme. Il a l’intellect et la préparation pour bien diriger le Canada. Son malheur c’est qu’il ne démontre pas qu’il a le sens politique capable de rallier les Canadiens à sa pensée. Il est loin d’être un Trudeau, un Chrétien, un Diefenbaker ou un Mulroney, pour ne mentionner que ceux-là. Il donne l’impression qu’il n’y a pas dans son entourage des personnes capables de l’aider à gravir les marches du pouvoir.

Un bon exemple est la prorogation du parlement par le PM Harper. Voilà un geste inique. Certes Ignatieff a réagi et a attaqué cette décision de son adversaire mais sa parole s’envole et ne laisse pas de trace. Ce sont les éditorialistes et les intellectuels du Canada qui font la bataille. Ce sont eux qui soulèvent les citoyens contre cet affront à la démocratie canadienne. Certes le sujet est difficile à comprendre et c’est justement pourquoi c’est à Ignatieff que revient la responsabilité de bien l’expliquer aux Canadiens afin qu’ils reconnaissent l’ampleur de la faute. Ils doivent comprendre que la prorogation est une mesure exceptionnelle pour temps de crise ou pour relancer un gouvernement qui a complété l'essentiel de son programme législatif et non un moyen pour servir les intérêts du parti au pouvoir, que la décision du PM est une tentative de mettre fin à la controverse des détenus afghans et le désir de prendre le contrôle total des comités du Sénat grâce aux cinq nouveaux sénateurs qu’il nommera bientôt et qui lui donneront une majorité conservatrice à la chambre rouge, pour la première fois.

De l’ouest à l’est, comme vient de le souligner Le Devoir, on peut lire des analyses solides dans les éditoriaux des journaux pour contrer les raisons invoquées par le PM pour justifier la fermeture du parlement pour trois mois.

Dans l’ouest, où le PC est fortement majoritaire, le Calgary Herald qualifie la décision de «coup politique cynique» et de «calcul politique brut». L’Edmonton Journal, d’« une manoeuvre politique évidente» qui «est répréhensible et déshonorante». Le Regina Leader-Post parle « d’un premier ministre canadien qui manipule le système pour accommoder ses intérêts politiques » et d'un « mépris jamais vu pour les principes démocratiques ». Le Winnipeg Free Press souligne que « les politiciens devraient se rappeler que les causes nobles ne font pas fi des principes, elles s'appuient sur eux ».

En Ontario, l’Hamilton Spectator affirme que cela « n'a rien à voir avec ce qui est bon pour le Canada, la démocratie ou les Olympiques, mais avec ce que Harper croit bon pour les conservateurs fédéraux » et qu’ « il s'agit d'un abus effrayant du processus démocratique, ce qui n'était pas l'intention derrière le mécanisme de la prorogation ». L’Ottawa Citizen parle de « l'arrogance » du PM et souligne qu’il ne rate pas une occasion « d'être cynique, secret et radicalement partisan, même quand cela n'est pas nécessaire » et conclut « cela est devenu une bien laide habitude ». Le Globe and Mail de Toronto explique « ces gestes sont une insulte à l'endroit du Parlement, y compris à l'endroit de la gouverneure générale Michaëlle Jean, et ne servent qu'à rabaisser les institutions nationales du Canada ».

Quant à l’éditorialiste montréalais de La Presse, André Pratte, il écrit « Stephen Harper est arrogant? Oui. Partisan? À l'excès. Ce n'est pas une raison pour décrire la prorogation comme s'il s'agissait d'un coup d'État ». Je n’ai entendu personne qualifier ainsi la prorogation.

Michel Ignatieff ne semble pas capable de saisir la balle au bond. Au lieu d’engager une campagne négative contre la personne de Stephen Harper, c’est sur le sujet de la prorogation que devrait porter ses « spots » publicitaires avec des arguments qui sont réels, tels : que notre pays est en guerre, qu’un débat sur notre politique de défense devient nécessaire, que le parlement est la seule institution capable de demander des comptes au gouvernement, que la prorogation prend sa vraie dimension dans l’examen de tout le comportement de ce gouvernement, que les comités de la chambre des commune et du sénat sont en pleine action, que 106 projets de lois sont au feuilleton, etc.

Le PM Harper s’avère être un expert de la politique politicienne. Il sera difficile à déloger de son poste de PM car, comme sa machine électorale qui est bien rôdée et financée, il est prêt à tout faire pour gagner. Il sait que les élections sont un commerce d’images et d’illusions. Il n’hésite pas à abuser des traditions parlementaires, avec une arrogance autocratique, pour ses propres fins. C’est là la dimension du défi de l’opposition et particulièrement du parti libéral du Canada. Michel Ignatieff doit trouver d’ici la prochaine élection le moyen de s’imposer dans l’opinion publique. Il ne peut constamment changer de position ou utiliser des arguments qui ne frappent pas le clou sur la tête. Il ne doit pas s’abaisser au niveau des tactiques de son adversaire pour gagner. S’il continue sur la voie actuelle, il est foutu et son parti aussi. Il doit être perçu comme un grand homme, solide, convaincu et prêt à être le leader du pays. Il doit être suffisamment habile et un pédagogue convaincant pour secouer l’opinion publique et la sortir de sa torpeur. En est-il capable ? J’en doute.

Claude Dupras

vendredi 2 octobre 2009

La colère de Coderre

Denis Coderre, lieutenant québécois du chef du Parti Libéral du Canada (PLC), vient de quitter son poste avec fracas. De plus, il a démissionné de son poste de critique de l’opposition officielle du Ministère de la Défense, au parlement. Ses gestes sont surprenants d’autant plus que des élections fédérales prochaines sont possibles puisque le gouvernement canadien du Parti Conservateur du Canada fait face à une motion de confiance proposée par le PLC.

Je connais Denis Coderre depuis longtemps et j’ai toujours admiré son enthousiasme, sa ténacité et sa fougue à servir la cause de son parti. Il y œuvre depuis sa jeunesse. Plus libéral que lui, on n’en trouve pas. Il a été trois fois candidat dans des comtés-châteaux-forts de partis adverses où il avait été mis en nomination par aider la cause son parti. Nonobstant la forte probabilité de défaite, il s’est, chaque fois, battu admirablement bien mais sans succès. Finalement, il s’est fait élire dans le comté de Montréal-Nord où il est un député fédéral bien apprécié puisqu’il a été maintes fois réélu, même lorsque son parti n’avait pas la cote et fut rejeté. Il a été ministre.

Depuis la descente aux enfers du PLC suite au scandale des commandites, Coderre n’a pas lâché. Il a tout fait pour aider son parti à relever la tête. Au congrès de leadership pour choisir un nouveau chef, il a pris parti pour Michael Ignatieff qui fut défait par Stéphane Dion. Coderre se rallia à ce dernier et donna le meilleur de lui-même. Dion perdit l’élection qui suivit, démissionna et Ignatieff fut appelé à le remplacer comme chef du PLC.

Le PLC était alors en plein désarroi au Québec avec un nombre de députés minimum. Ignatieff, dont la popularité reprenait du poil de la bête au Canada et particulièrement au Québec, décida, suite à une longue tradition, de se donner un lieutenant politique québécois, chargé des affaires du parti. Un genre de sous-chef. Ce poste fut brillamment rempli dans le passé par des Ernest Lapointe et des Marc Lalonde qui eurent une influence importante sur l’organisation du parti et sur la politique canadienne. Ignatieff choisit Denis Coderre pour remplir cette tâche importante. À mon point de vue, ce fut une erreur car Coderre n’est ni un Lapointe ni un Lalonde. Comme organisateur, oui, mais comme politique, non. Il aurait dû être nommé président d’un comité organisateur en vue des prochaines élections.

Coderre a fait un travail remarquable pour rebâtir le parti. Il a redonné un regain de vie aux troupes libérales québécoises. Il a créé une structure organisationnelle efficace, trouvé du financement par des activités démocratiques, fait choisir près de 90% des candidats, établi une stratégie électorale, bien représenté le parti dans tous les coins de la province et n’a cessé d’appuyer loyalement son chef en tout moment. Il a fait preuve d’un dévouement inlassable et d’une maîtrise exceptionnelle de l’appareil électoral du parti au Québec.

Pour atteindre les objectifs de son comité, il a dû, par la force des choses, piler sur certains orteils et cela a fait mal à plusieurs. Il a fait ce qu’il fallait faire pour réussir. Mais, il y en a toujours qui sont là pour chialer, critiquer et se plaindre. Ces derniers sont normalement ceux qui ne font rien et qui ne sont pas capables de faire quoi que ce soit de pratico-pratique. Coderre a su naviguer parmi ces eaux troubles et a maintenu son cap. Malheureusement, une dispute s’est développée pour le choix du candidat dans le comté d’Outremont, où l’ex député-ministre Martin Cauchon, qui avait, lâchement, quitté la barque libérale de la dernière élection alors qu’elle coulait, a voulu, puisque le vent est revenu dans les voiles du parti, reprendre son poste de député. Coderre refusa car il avait choisi une candidate très valable pour remplir ce poste et même décidé de l’imposer aux libéraux du comté en outre-passant une assemblée de mise-en-nomination ouverte à tous. Ce fut une erreur. Ignatieff refusa et décida que l’assemblée devait avoir lieu et que Cauchon pourrait y être candidat.

Face à la décision de son chef, Coderre jugea que son autorité était minée et il démissionna. Une autre erreur. De plus, sa fracassante sortie s’accompagna de dénonciations indirectes envers son chef sur la place publique lorsqu’il affirma que les décisions importantes en rapport avec l’organisation électorale de son parti au Québec étaient prises par les anglais à Toronto. Une autre erreur.

J’ai été dans la même position que Coderre pour le parti progressiste-conservateur du Canada (PPCC) sous Stanfield. Je tirais tous les cordons pour l’élection de 1972. J’ai connu ces moments difficiles où il fallait discuter longuement avec les autres membres de l’organisation nationale qui ne favorisaient pas nécessairement nos approches. Je ne gagnais pas toujours mon point, tout comme les autres membres des autres provinces ne gagnaient pas toujours les leurs. C’est ça un parti national ! Mon rôle et celui des autres Québécois qui y participaient nous a permis d’influencer les affaires nationales du parti. C’est ainsi que le PPCC s’est transformé pour devenir un parti pour tous les Canadiens et cela s’est avéré réel lorsque la porte s’est finalement ouverte pour la venue du premier Québécois comme chef, Brian Mulroney.

Coderre a nui à son parti en agissant comme il l’a fait. Sa décision intempestive est inexplicable pour moi. Il est triste de constater qu’un partisan aussi dévoué à un parti politique pose des gestes qui risquent d’entacher l’image de son parti, surtout à la veille d’une élection. Il a eu tort de démissionner et de tout foutre en l’air. Il a agi de façon irresponsable et a donné l’impression qu’il se prenait pour un général alors qu’il était lieutenant.

Denis Coderre est un homme travaillant, dévoué, sincère et dynamique. J’espère qu’il va se ressaisir et continuer à bien servir Montréal, le Québec et le Canada.

Claude Dupras

mercredi 23 septembre 2009

La politique du p’tit chien

Le premier ministre du Canada ne cesse de me surprendre. Malheureusement dans le mauvais sens.

Hier, les principaux chefs politiques du monde ont été invités à un sommet d’une journée par le secrétaire national des Nations Unies, Ban Ki-moon, préalablement à l’assemblée générale des Nations Unies, pour discuter particulièrement de leur prise de position respective lors de l’importante conférence mondiale sur le réchauffement climatique à Copenhague, en décembre prochain. On doit y décider de la suite de Kyoto. Les pays de l’Europe, ayant défini une position commune, veulent s’assurer que l’Amérique et les pays émergents s’orientent vers une direction semblable.

Le PM Harper a trouvé moyen de ne pas participer à cette journée importante sauf pour le dîner, qui suivit, des 25 chefs d’États qui y participèrent. Il a donné comme prétexte que le Canada suivra la politique des États-Unis quant à ses prises de positions futures en rapport avec le réchauffement de notre planète. Ce n’est pas beau çà ? Nous sommes devenus le p’tit chien qui suit son maître, les USA.

Je ne rappelle pas qu’un PM du Canada ait agi ainsi, surtout sur une question de première importance pour chaque citoyen canadien, comme l’est la question environnementale. Diefenbaker, Pearson, Trudeau, Mulroney Chrétien et Martin se sont tous, sans exception, tenus debout face au président américain, pour faire valoir l’opinion canadienne. Du débat sur la présence d’armes nucléaires sur le sol canadien à celui de la guerre en Irak, nos PM ont toujours défendu notre position face à notre voisin du sud. Plusieurs de nos ex-PM ont gagné leur point et d’autres se sont fait invectivés par les mass media américains en refusant d’accepter la position de leur président. Mais qu’importe, les Canadiens en sont sortis la tête haute. Cela nous a valu d’avoir un pays unique, qui se respecte et qui était estimé partout sur la planète.

Le PM Harper vient d’annoncer que le Canada aura dorénavant une politique environnementale intégrée avec celle des Américains. Il continue comme du temps qu’il était chef de l’opposition à la Chambre des communes lorsqu’il voulait favoriser l’envoi de nos troupes en Irak à la demande des Américains. Son « modus vivendi » est à Washington. Devenu premier ministre canadien, il a continué sa misérable politique « aplatventriste » alors qu’il a maintes fois imité, souvent dès le lendemain, les politiques de GWBush. C’est à se demander si le PM Stephen Harper a une colonne vertébrale politique.

Pourquoi agit-il ainsi ? Pour moi, en ce qui concerne l’environnement, la raison est simple. Premièrement, le PM Harper ne croit pas au réchauffement de la planète et que s’il existe, il affirme qu’il n’est pas de source humaine. Il a dit, en faisant valoir son argument, que la question du réchauffement climatique était une machination des « socialistes ». Quelle connerie !

Deuxièmement, en tant que député albertain, le PM Harper se retrouve en position de conflit d’intérêts. Sa province, l’Alberta, est la plus polluante (et la plus riche) au Canada à cause de son exploitation des sables bitumineux. Si le PM Harper acceptait d’imposer à sa province les objectifs internationaux actuels et ceux qui se dessinent pour un avenir pas trop lointain, l’Alberta en souffrirait financièrement. Déjà que ses recettes records se sont « volatisées » depuis la baisse des prix du pétrole puisque l’exploitation des gaz bitumineux n’est rentable que si le prix du pétrole est élevé. En fixant des critères réalistes pour protéger l’environnement, l’exploitation des sables bitumineux sera retardée jusqu’au moment où ses exploitants trouveront les méthodes capables de les respecter.

Je ne partage pas l’opinion de nombreux écologistes qui suggèrent de cesser simplement l’exploitation des sables bitumineux. Ce sont les mêmes qui se sont prononcés contre le nucléaire et qui, aujourd’hui, reconnaissent que ce fut une erreur. Les mêmes qui s’opposent à la construction de barrage hydro-électrique. Ils ne sont pas infaillibles. Non, les sables bitumineux sont une richesse extraordinaire qui appartient aux Canadiens tout en étant une réserve mondiale importante de pétrole pour l’avenir. Nous avons cependant la responsabilité d’agir correctement en y soutirant le pétrole.

La réputation du Canada est sur une pente descendante dans le monde. Il suffit de voyager pour le constater. Encore hier, un comité scientifique des Nations Unies pressait le Canada de sortir de sa coquille et de faire d’avantage pour combattre le réchauffement climatique. Le PM Harper et les conservateurs sont directement responsables de cet état de chose. Le nouveau grand débat qui s’annonce sur le réchauffement climatique et qui nous mènera à Copenhague est une belle occasion pour notre gouvernement de se ressaisir. Cette conférence sera le point de mire de la planète. À nous d’y rétablir notre réputation.

C’est beau d’être un idéologue de droite mais on n’a pas le droit de prendre le pouvoir sous de fausses représentations et d’imposer ensuite son idéologie à tout le monde. On a vu ce que cela a donné dans le passé.

Pour bien agir, notre gouvernement n’a qu’à se tenir debout tout en respectant le passé, la réalité canadienne et l’opinion majoritaire des Canadiens.

Claude Dupras

La politique du p’tit chien

Le premier ministre du Canada ne cesse de me surprendre. Malheureusement dans le mauvais sens.

Hier, les principaux chefs politiques du monde ont été invités à un sommet d’une journée par le secrétaire national des Nations Unies, Ban Ki-moon, préalablement à l’assemblée générale des Nations Unies, pour discuter particulièrement de leur prise de position respective lors de l’importante conférence mondiale sur le réchauffement climatique à Copenhague, en décembre prochain. On doit y décider de la suite de Kyoto. Les pays de l’Europe, ayant défini une position commune, veulent s’assurer que l’Amérique et les pays émergents s’orientent vers une direction semblable.

Le PM Harper a trouvé moyen de ne pas participer à cette journée importante sauf pour le dîner, qui suivit, des 25 chefs d’États qui y participèrent. Il a donné comme prétexte que le Canada suivra la politique des États-Unis quant à ses prises de positions futures en rapport avec le réchauffement de notre planète. Ce n’est pas beau çà ? Nous sommes devenus le p’tit chien qui suit son maître, les USA.

Je ne rappelle pas qu’un PM du Canada ait agi ainsi, surtout sur une question de première importance pour chaque citoyen canadien, comme l’est la question environnementale. Diefenbaker, Pearson, Trudeau, Mulroney Chrétien et Martin se sont tous, sans exception, tenus debout face au président américain, pour faire valoir l’opinion canadienne. Du débat sur la présence d’armes nucléaires sur le sol canadien à celui de la guerre en Irak, nos PM ont toujours défendu notre position face à notre voisin du sud. Plusieurs de nos ex-PM ont gagné leur point et d’autres se sont fait invectivés par les mass media américains en refusant d’accepter la position de leur président. Mais qu’importe, les Canadiens en sont sortis la tête haute. Cela nous a valu d’avoir un pays unique, qui se respecte et qui était estimé partout sur la planète.

Le PM Harper vient d’annoncer que le Canada aura dorénavant une politique environnementale intégrée avec celle des Américains. Il continue comme du temps qu’il était chef de l’opposition à la Chambre des communes lorsqu’il voulait favoriser l’envoi de nos troupes en Irak à la demande des Américains. Son « modus vivendi » est à Washington. Devenu premier ministre canadien, il a continué sa misérable politique « aplatventriste » alors qu’il a maintes fois imité, souvent dès le lendemain, les politiques de GWBush. C’est à se demander si le PM Stephen Harper a une colonne vertébrale politique.

Pourquoi agit-il ainsi ? Pour moi, en ce qui concerne l’environnement, la raison est simple. Premièrement, le PM Harper ne croit pas au réchauffement de la planète et que s’il existe, il affirme qu’il n’est pas de source humaine. Il a dit, en faisant valoir son argument, que la question du réchauffement climatique était une machination des « socialistes ». Quelle connerie !

Deuxièmement, en tant que député albertain, le PM Harper se retrouve en position de conflit d’intérêts. Sa province, l’Alberta, est la plus polluante (et la plus riche) au Canada à cause de son exploitation des sables bitumineux. Si le PM Harper acceptait d’imposer à sa province les objectifs internationaux actuels et ceux qui se dessinent pour un avenir pas trop lointain, l’Alberta en souffrirait financièrement. Déjà que ses recettes records se sont « volatisées » depuis la baisse des prix du pétrole puisque l’exploitation des gaz bitumineux n’est rentable que si le prix du pétrole est élevé. En fixant des critères réalistes pour protéger l’environnement, l’exploitation des sables bitumineux sera retardée jusqu’au moment où ses exploitants trouveront les méthodes capables de les respecter.

Je ne partage pas l’opinion de nombreux écologistes qui suggèrent de cesser simplement l’exploitation des sables bitumineux. Ce sont les mêmes qui se sont prononcés contre le nucléaire et qui, aujourd’hui, reconnaissent que ce fut une erreur. Les mêmes qui s’opposent à la construction de barrage hydro-électrique. Ils ne sont pas infaillibles. Non, les sables bitumineux sont une richesse extraordinaire qui appartient aux Canadiens tout en étant une réserve mondiale importante de pétrole pour l’avenir. Nous avons cependant la responsabilité d’agir correctement en y soutirant le pétrole.

La réputation du Canada est sur une pente descendante dans le monde. Il suffit de voyager pour le constater. Encore hier, un comité scientifique des Nations Unies pressait le Canada de sortir de sa coquille et de faire d’avantage pour combattre le réchauffement climatique. Le PM Harper et les conservateurs sont directement responsables de cet état de chose. Le nouveau grand débat qui s’annonce sur le réchauffement climatique et qui nous mènera à Copenhague est une belle occasion pour notre gouvernement de se ressaisir. Cette conférence sera le point de mire de la planète. À nous d’y rétablir notre réputation.

C’est beau d’être un idéologue de droite mais on n’a pas le droit de prendre le pouvoir sous de fausses représentations et d’imposer ensuite son idéologie à tout le monde. On a vu ce que cela a donné dans le passé.

Pour bien agir, notre gouvernement n’a qu’à se tenir debout tout en respectant le passé, la réalité canadienne et l’opinion majoritaire des Canadiens.

Claude Dupras

vendredi 18 septembre 2009

Et le parti, monsieur Mulroney ?

Brian Mulroney a été un grand premier ministre du Canada. On fêtait, hier soir, le 25ième anniversaire de son éclatante victoire de 1984 alors que le parti Progressiste Conservateur du Canada (PPC) avait remporté la plus grande majorité parlementaire depuis le début de la confédération canadienne. Son bilan de PM est fort impressionnant et va de l’entente avec les USA pour l’accord sur le libre-échange commercial entre les deux pays à son extraordinaire effort pour régler, une fois pour toutes, la question des relations entre les anglophones et les francophones du pays par l’Accord du lac Meech et l’Accord de Charlottetown. Ce sont les réformistes de l’ouest (Manning, Harper et cie) et les séparatistes du Québec (Parizeau et cie) avec l’aide de l’ex-PM Pierre-Elliot Trudeau qui ont finalement bloqué, lors du référendum, cet accord si important pour l’avenir du Canada.

Globalement, le Canada a bien progressé durant les 10 ans que Mulroney fut PM. Le Québec et Montréal furent particulièrement choyés.

Le PPC dont le nom est en fait composé de termes contradictoires était un vrai parti à la mesure de tous les Canadiens. S’il n’avait pas été souvent populaire au Québec, c’était surtout à cause de ses actes passés, générés par les conservateurs du parti, envers les francophones. Mais le temps changea les choses et les progressistes avaient repris le leadership du parti, depuis plusieurs décennies. Ses chefs John Diefenbaker, Robert Stanfield, Joe Clark et Mulroney avaient réussi, petit à petit, à reprendre du poil de la bête au Québec. L’Association Progressiste Conservatrice Fédérale du Québec (APCFQ) était bien vivante, politiquement et financièrement autonome.

Le malheur c’est qu’après deux victoires électorales majoritaires consécutives, tout changea dramatiquement à cause, particulièrement, de la nouvelle taxe sur les biens et services, la TPS (TVA en France), qu’imposa Mulroney. Malgré que ce fut une de ses meilleures décisions, applaudie par les économistes, puisqu’elle rétablissait le pays sur une base financière solide, elle fut très mal comprise et mal acceptée par les électeurs. Ajouté à la sale campagne négative lors du référendum, menée particulièrement dans l’Ouest Canadien par le Reform Party, où le PPC avait son château-fort, le résultat fut désastreux et le parti chuta dramatiquement dans les sondages pour atteindre 14%. Au lieu de reconnaître la situation précaire du parti et laisser son poste à un autre chef qui pourrait ragaillardir le parti, Mulroney resta au pouvoir. Je ne sais vraiment pas pourquoi car il avait clairement affirmé avant sa première victoire qu’il démissionnerait après deux mandats. Donc, malgré que son retrait de la politique fût imminent, il s’agrippa quand même.

Finalement, au bout légal du mandat, Mulroney annonça son départ et, en désespoir de cause, les membres du parti choisirent pour la première fois une femme comme leur chef, Mme Kim Campbell. Elle s’engagea dans une élection perdue d’avance. Le résultat fut plus que lamentable. De 169 députés à la Chambre des Communes, le parti se retrouva avec deux députés et perdit son statut de parti officiel. Le PPC n’était même pas l’opposition officielle au parlement. Au Québec, l’APCFQ, organisation démocratique, avait été abolie au profit des organisateurs politiques du parti. Évaluant qu’il était impossible de se maintenir au pouvoir, ces derniers, en purs opportunistes, disparurent comme des rats. Voilà l’héritage que laissa Brian Mulroney à son parti. Alors qu’il avait été élu pour diriger et protéger son parti, il ne laissa que des ruines dont le parti ne se relèvera jamais malgré que ce dernier ait bien servi le Canada depuis 1867.

Pendant ce temps, les néoconservateurs réformistes influencés par les politiques du temps du président Reagan et du PM britannique Mme Thatcher, gagnèrent des députés au point que finalement, après quelques élections, ils se retrouvèrent sur les bancs de l’opposition officielle à la Chambre des communes avec Stephen Harper comme chef de l’Alliance Canadienne (un nom nouveau que se donnèrent les réformistes pour masquer la vérité). Le PPC avait alors reprit un peu de force avec 15 députés. Ne pouvant gagner des élections avec son image de parti de droite-extrême droite, les électeurs progressistes refusant de voter pour lui, le pragmatique Harper imagina une fusion avec le PPC, qui accepta, et proposa de changer le nom du parti en celui de Parti Conservateur du Canada (PC). Tout cela au grand déplaisir des ex-conservateurs progressistes comme moi. Harper fut évidemment choisi chef du parti, car les réformistes contrôlaient plus de 80 % des délégués à la convention. Adieu, passé, histoire, PPC, progressistes…

Le Parti conservateur de Harper fait partie du bilan politique de Brian Mulroney. Ce n’est pas son plus beau fleuron puisque d’un coup le parti est revenu 60 ans en arrière. Stephen Harper et ses réformistes peinent à faire élire un gouvernement majoritaire puisque leur philosophie politique ne colle pas à la réalité canadienne, surtout pas celle des Québécois. J’espère qu’ils ne réussiront pas car je crains les changements irrationnels qu’ils nous imposeront.

Mulroney a beau se dire un ex-PM Conservateur, ce n’est que de la frime pour faire oublier ce qui est arrivé à son parti Progressiste-Conservateur. Ce dernier et le PC sont deux partis différents. L’ex-PM Joe Clark élu sous la bannière du PPC refuse depuis de se joindre au parti conservateur d’Harper et il n’est pas le seul. Il y a aussi plusieurs sénateurs importants qui rejettent l’étiquette conservatrice. Hier, lors de sa fête, Mulroney a exprimé à nouveau sa confiance dans le Parti Conservateur d’Harper. Pour moi, cela ne peut se justifier que par ce que je viens d’écrire car la philosophie politique de Mulroney est aux antipodes de celle d’Harper.

J’ai vécu ces années puisque j’ai été, plus de 30 ans, très actif dans le Parti Progressiste-conservateur du Canada. J’ai connu Brian Mulroney très jeune et je me suis lié d’amitié avec lui. Autant je l’ai admiré pour avoir pu gagner deux majorités importantes pour le PPC, autant je déplore la fin de sa carrière politique et ses prises de positions d’aujourd’hui.

J’ai été surpris de la campagne négative qu’il subit depuis plus de 15 ans. Le livre qui a été écrit contre lui avec un titre flamboyant « On the Take » ne comprenait pas de preuve. J’ai eu l’impression que l’auteur voulait se venger de Mulroney.

Je regrette les actions de la Gendarmerie Royale du Canada qui durant plus de 10 ans s’est acharnée à faire des enquêtes sur Mulroney, en affirmant même, par la bouche de son porte-parole, qu’il était un criminel, alors qu’aucune accusation n’a jamais été portée contre lui.

J’ai été choqué pas la chaine anglaise de Radio-Canada qui s’est acharné contre Mulroney en prenant comme base les extraits de ce livre et de fausses informations émanant de la GRC pour présenter des émissions télévisées visant à prouver qu’il fut un homme politique corrompu. Les mass media canadiens et québécois qui enchaînaient leurs reportages sur la base des infos de la CBC agirent aussi de façon irresponsable.

J’ai été étonné d’apprendre ses relations d’affaires, après avoir quitté son poste de PM mais toujours député, avec l’allemand Karlheinz Schreiber et le fait que ce dernier lui ait remis, en argent comptant, un « retainer » pour ses services d’avocats et que Mulroney l’ait accepté. Ce fut une erreur qu’il reconnaît aujourd’hui et qui laisse de lui une très mauvaise image à cause du fait qu’il n’a payé son impôt sur ce montant que six ans plus tard. Nonobstant cela, j’ai l’impression que l’enquête publique sur ce cas tournera en faveur de Mulroney car je le crois foncièrement honnête.

Il y en a qui diront qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Peut-être mais dans le cas de Mulroney, je veux souligner que malgré toutes les enquêtes faites depuis tant d’années sur sa personne, aucune preuve criminelle n’a jamais été produite contre lui. Quand même !

Assez, c’est assez ! Il est temps qu’on le lâche et qu’on le laisse lécher ses blessures, comme il dit. Il a bien servi le pays comme Premier Ministre. Il a été un grand chef d’État, fier et courageux puisqu’il a prôné des politiques même impopulaires mais nécessaires pour notre pays. Il mérite notre respect et notre reconnaissance.

Il a ses fautes et j’en ai soulignées dans ce texte. Qui n’en a pas ?

Claude Dupras

jeudi 9 avril 2009

La loyauté au parti

La stratégie politique du PM canadien Stephen Harper envers l’ex PM Brian Mulroney est surprenante. Il refuse à ses ministres de parler à l’ancien premier ministre et vient d’annoncer par la bouche de la présidente du Sénat Canadien, Marjorie LeBreton, choix révélateur et surprenant puisqu’elle a toujours été une des plus grandes admiratrices de l’ex PM, que Mulroney n’est plus membre du Parti Conservateur du Canada. Mulroney a vite dénoncé cette annonce en affirmant qu’il serait conservateur jusqu’à sa mort.

C’est suite à une affaire embrouillée de pots-de-vin avec un ex-lobbyiste que Mulroney se retrouve dans cette situation. Accusé d’avoir accepté des sommes d’argent durant son temps à la tête du Canada, Mulroney a nié cette insinuation mensongère mais a admis avoir reçu un « retainer » en argent comptant de ce lobbyiste, après avoir quitté son poste de PM, pour le représenter dans le développement de certaines affaires avec des gouvernements étrangers. Mulroney qui est avocat a rejoint son ancienne firme légale pour reprendre sa carrière professionnelle après sa vie politique.

Harper voulant à tout prix ne pas être éclaboussé par tout scandale ou pseudo-scandale a pris une position draconienne et vient de la reconfirmer. Qu’importe si le bilan des gouvernements Mulroney est fort important et a fait avancer le Canada à grand pas ! Qu’importe si Mulroney a œuvré comme pas un pour l’unité Canadienne ! Qu’importe si Mulroney a introduit le libre-échange avec les USA et le Mexique et créé ainsi des milliers d’emplois au pays ! Qu’importe si Mulroney a remporté pour son parti deux majorités électorales dont la plus grande depuis la création du Canada. Qu’importe si… cela ne compte pas. Ce qui est important pour Harper, c’est son image politique. La loyauté, la reconnaissance, le respect ne sont pas, quant à lui, des qualités nécessaires pour un chef politique.

Lorsque j’ai entendu la fausse nouvelle à l’effet que Mulroney n’était plus membre du parti Conservateur, cela m’a réjoui. En effet, je ne vois rien dans les politiques de droite, qui frisent l’extrême-droite, du Parti Conservateur du Canada d’aujourd’hui qui encourage des progressistes comme Mulroney à appuyer ce parti. D’ailleurs, le parti qu’a dirigé Mulroney se nommait Le Parti Progressiste-Conservateur du Canada. J’ai toujours été un progressiste et c’est pourquoi je m’oppose, depuis près de deux ans, à certaines politiques de ce chef et de ce parti qui, à mon avis, nous amènent dans une voie qui n’est pas dans le meilleur intérêt du Canada.

Je ne veux pas reprendre ici tous les arguments que j’ai énoncés dans plusieurs de mes blogs, depuis ce temps, contre ces politiques conservatrices mais simplement exprimer l’opinion que l’on ne peut demeurer membre d’un parti toute sa vie, advienne que pourra ! Je suis plus âgé que Mulroney de quelques années et j’ai été membre et adepte de ce parti depuis mes 18 ans. Probablement plus longtemps que lui. Les politiques actuelles de ce parti m’ont poussé à devenir indépendant.

J’aurais cru que Mulroney aurait dénoncé quelques unes des positions extrêmes du PC. Mais, malgré la façon injuste et cavalière avec laquelle on le traite aujourd’hui, il continue à démontrer une loyauté sans borne envers son parti. Pour lui, la loyauté a toujours été un facteur primordial dans sa vie. C’est impressionnant, mais je crois qu’il rendrait un meilleur service à ses concitoyens en s’exprimant sur certaines politiques idéologiques du PC.

Claude Dupras