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mercredi 16 mars 2016

La "droite melting pot" des USA

On entend beaucoup parler de la droite et de la gauche en politique. Particulièrement ces temps-ci, avec les élections pour le choix des candidats des deux grands partis américains à la présidence des États-Unis. J’ai pensé faire le point, particulièrement sur la notion de droite, pour aider mes lecteurs dans l’analyse des nombreux discours qui émanent chaque jour sur nos ondes, surtout ceux du parti républicain grâce la préséance qui lui est accordée par les médias à cause de la candidature de Donald J. Trump. Une recherche sur Wikipédia m’a permis de préciser mon texte qui je l’espère sera utile à mes lecteurs.

La notion de droite et de gauche en politique nous vient de la révolution française de 1789. Elle avait rapport à la situation des sièges des députés au parlement. Ceux qui étaient assis à droite étaient des supporteurs de la monarchie. Les opposants étaient à gauche. C’est surtout après 1815, avec la restauration de la monarchie, que les ultra-royalistes furent qualifiés de l’expression la droite. Puis, avec le temps, les politiciens de droite devinrent ceux qui appuyaient la hiérarchie, la tradition et le cléricalisme en réaction contre les autres qui étaient la gauche. À partir du XXe siècle, les pays anglophones ont utilisé ces termes pour définir les tendances idéologiques de leurs partis politiques.
Puis, avec le développement de l’économie, les classes sociales se formèrent et l’influence de la noblesse et de l’aristocratie diminua pour faire place au capitalisme. La droite devint la réunion des conservateurs, des monarchistes et des réactionnaires. La gauche, de son coté, ralliait les défenseurs des droits du peuple.
Avec le temps la droite se divisa en 5 catégories : réactionnaire, modérée, radicale, extrême et nouvelle. 
La droite réactionnaire regarde vers le passé et est aristocratique, religieuse, autoritaire.
La droite modérée est tolérante au changement s’il est graduel et accepte certains aspects du libéralisme dont la domination de la loi et du capitalisme. Elle considère l’individualisme comme malsain pour la société. Souventes fois, elle fait la promotion du nationalisme et de politiques d’assistance sociale.
La droite radicale est une attitude d'esprit intransigeant et sa doctrine est celle de ceux qui recherchent une rupture complète avec le passé institutionnel et politique.
La droite extrême a quatre traits dominants : antidémocrate, nationaliste, raciste et exige une État fort. Par exemple, les partis communistes en Russie, en Chine et ailleurs, le mouvement fasciste de Mussolini et celui des défenseurs de la suprématie de la race d’Hitler.
La droite nouvelle est composée de conservateurs à tendance libérale qui veulent de petits gouvernements, des marchés libres et le respect des initiatives individuelles.
La distinction entre un parti de centre-droit et un parti d’extrême droite est forte. Le premier appuie la démocratie libérale, le capitalisme, l’économie de marché, les droits à la propriété privée, et une assistance sociale limitée pour l’éducation et les soins de santé. Il supporte le conservatisme et le libéralisme économique mais s’oppose au socialisme et au communisme. L’extrême droite favorise un gouvernement super fort utilisant les pouvoirs de l’état pour appuyer le groupe ethnique dominant et sa religion tout en criminalisant les autres groupes ethniques et leurs religions.
La droite rejette souvent les objectifs d’égalité de la gauche. Cela vient de ses grands penseurs du passé, qui l’ont petit à petit définie. Pour ces derniers, les inégalités sociales et économiques étaient naturelles, inévitables et bénéfiques pour la société qui pour être civilisée nécessite l’ordre (le premier parti de droite français se nommait « le parti de l’ordre ») et des classes sociales. Ils affirmaient : « les hommes sont égaux devant Dieu et les lois, mais inégaux pour le reste; la hiérarchie est naturelle et le privilège est la récompense d’un service honorable » (on se penserait aux USA), ou encore « Les hommes furent créés pour être différents et un gouvernement qui ignore cette loi est injuste car il sacrifie la noblesse pour la médiocrité ». Ils « rejetaient l’égalité des hommes car elle minait le mérite personnel, l’initiative et l’entreprise ». Pour eux, il était « injuste de limiter l’initiative personnelle car cela mènerait à l’uniformité sociale et à la médiocrité ». En somme, ils favorisaient la stratification sociale.   
Aux USA, le parti républicain, c’est la droite melting pot. Contrairement à d’autres pays où plusieurs partis politiques représentent chacun un volet différent de la droite, au États-Unis toute la droite est réunie sous un seul chapiteau et deux courants l’animent : le conservateur et le modéré. Chacun a plusieurs factions.
Le courant conservateur regroupe les conservateurs fiscaux, les conservateurs sociaux, la droite religieuse, les patriotes (les nationalistes), les libertariens (partisans d’un état fédéral réduit au minimum), les state’s right oriented (partisans du transfert des compétences du fédéral aux États), les néo-conservateurs (universitaires et intellectuels qui prêchent l’unilatéralisme américain mondial), les paléo-conservateurs (isolationnistes et protectionnistes).
Le courant modéré rassemble les centristes (fiscalement conservateurs), les progressistes (idées politiques et sociales avancées), les républicains de la Nouvelle-Angleterre et ceux de Nelson Rockefeller.
Le parti républicain est surtout proche du monde des affaires et par conséquent compte peu de soutien chez les syndicats. Il considère que seul le Congrès doit légiférer et c’est pourquoi il s’oppose à une interprétation de la constitution par la Cour Suprême, comme ce fut le cas sur le droit à l’avortement. Par contre, il veut que les juges de cette cour protègent les droits des citoyens contre l’abus du pouvoir. Il les choisit suivant leur tendance politique passée afin que leurs jugements soient conformes à la pensée générale du parti.
Le parti républicain est hostile à un système de sécurité sociale universel comme au Canada. Il défend un système de santé individuel, une fiscalité modérée, une intervention minimale de l’état dans l’économie, une sécurité sociale gratuite mais limitée pour les plus âgés et les plus démunis…
Le président Reagan a bien défini ce qu’est le parti républicain dans son discours inaugural de 1981 : « dans les temps de crise, le gouvernement n’est pas la solution à vos problèmes, mais est le problème ».   
Le parti républicain veut de l’ordre, s’oppose à réintégrer des immigrants illégaux, réclame une force militaire forte et le droit de chaque individu à posséder une arme, veut minimaliser les taux d’impôts en diminuant les dépenses gouvernementales et balancer le budget. Pour ce parti, les hommes sont égaux et pour réussir, il faut travailler, sinon « ne vous plaignez pas car votre situation est votre responsabilité et, si vous ne réussissez pas, arrangez-vous avec vos troubles car c’est votre faute ». Il récompense le mérite personnel, l’initiative et l’entreprise. Tout cela, nonobstant les conséquences trop souvent négatives sur les besoins des moins nantis de la population.
Il favorise l’intervention du gouvernement pour voter des lois appuyant les « valeurs religieuses ». Il s’oppose à l’avortement, à la contraception, aux mariages homosexuels... Il rejette les positions scientifiques sur l’évolution, la science si elle est en désaccord avec les enseignements judéo-chrétiens, etc…
La droite melting pot ne reconnait pas les problèmes dus aux changements climatiques et les qualifie d’ « invention socialiste ». Le sénateur Ted Cruz, un des candidats favoris à la présidence au congrès du parti républicain du 8 novembre prochain, a promis de déchirer le document de l’entente sur l’environnement COP21 de Paris, signé par 200 pays, s’il devient président en 2016. Elle rejette une politique d’immigration pour réintégrer les hispaniques entrés illégalement au pays. Elle favorise une politique étrangère unilatéraliste et idéaliste cherchant à imposer la démocratie ailleurs, comme en Irak, en Afghanistan et en Syrie. Elle craint les musulmans…
Lorsqu’on écoute les discours des candidats républicains actuels à la présidence on réalise qu’ils collent aux principes énoncés précédemment.
Le membership du parti républicain réside principalement chez les riches, les hommes d’affaires, les blancs, les couples mariés avec enfants, les banlieusards, les ruraux et les chrétiens.
Le parti républicain a aussi un establishment fort. C’est un groupe non clairement défini composé de gens puissants (élus, ex-élus, riches contributeurs, penseurs…) qui agissent pour défendre leurs privilèges. Dans la présente course, le candidat Trump attaque, avec raison, ce dernier prétextant qu’il influence l’adoption des lois sur la base de contributions financières des intéressés et non dans l’intérêt du pays. Trump, qui mène une campagne pour gagner, approche de son but. Il se voit soudainement menacé par John Kasich, devenu le candidat de l’establishment, qui vient de remporter sa première victoire dans l’État de l’Ohio où il est gouverneur. Trump craint ainsi ne pas réussir à obtenir une majorité de délégués avant la convention ce qui favorisera le jeu de coulisses par l’establishment pour le battre sur le plancher de la convention, nonobstant le fait qu’il aura obtenu le plus de votes lors des primaires. Belle démocratie !
Qui veut joindre les rangs du parti républicain ?  Moi, NON.

Claude Dupras

vendredi 1 août 2014

L'omniprésent Jean Jaurès

En tant que Canadien qui aime la France, je suis toujours surpris de la ferveur exprimée par la classe politique française envers Jean Jaurès. Lors de la dernière campagne électorale présidentielle, je me rappelle d’avoir entendu Nicolas Sarkozy accuser François Hollande, Lionel Jospin et Ségolène Royal d’avoir renier Jaurès. Il se disait plus près de lui qu’eux. Pourtant, il est de la droite et les trois occupent ou ont occupé des postes politiques importants dans des gouvernements socialistes. De même, aujourd’hui, plusieurs leaders de gauche se déclarent plus près des idées de Jaurès que leurs collègues, pour requinquer leur image.

Il y a partout dans les villes françaises, des parcs, des rues, des bâtiments, des garages souterrains, comme à Avignon,… portant le nom de Jean Jaurès. Il est donc un personnage important du passé qui a marqué l’imaginaire politique des Français et qui continue à le faire si j’en juge par tout ce qui se raconte actuellement en France à l’occasion du centenaire de son assassinat. Mais qui est-il ?

Fils de petits paysans du Tarn, Jaurès est professeur de philosophie et de psychologie lorsqu’à vingt-cinq ans, il est élu député à Toulouse en 1885. Il est ni socialiste ni marxiste mais du côté des républicains. Quatre ans plus tard, il perd son siège et revient à ses amours d’enseignant, tout en étudiant pour obtenir un doctorat en Lettres.
 
La vie politique l’intéresse de plus en plus, il y participe et écrit ses pensées dans un quotidien de Toulouse de tendance radicale. Hanté par elle, il devient conseiller municipal et maire-adjoint de la ville de Toulouse. A ce moment-là, les ouvriers ont beaucoup de difficultés et Jaurès est marqué par leur solidarité. Puis, une grève de mineurs deviendra un point tournant où il confirmera ses convictions.  
 
Cette grève est déclenchée suite au licenciement d’un ouvrier et leader socialiste, devenu maire de Carmaux. Ce sont les absences de l’ouvrier–maire, nécessaires pour remplir ses obligations politiques, qui sont le prétexte de son congédiement. Les mineurs y voient un refus des droits de la classe ouvrière à être actif en politique. 1 500 soldats sont envoyés par le président de la république pour maintenir l’ordre, indiquant ainsi qu’il prend parti pour le patronat. Jaurès soutient la grève et accuse les capitalistes de ne pas respecter les mineurs. C’est l’occasion pour lui de définir ce qu’est la lutte des classes et le socialisme. Finalement, l’ouvrier-maire gagne sa demande et obtient un congé illimité pour servir ses concitoyens.
 
En 1893, un siège de la Chambre est libéré par un député démissionnaire et Jaurès est élu comme socialiste indépendant grâce au vote ouvrier et malgré une massive opposition de la classe rurale. Il s'affirme comme un tribun remarquable. Il accompagne les luttes sociales très dures face à un patronat brutal.
 
Durant cinq ans, il devient le grand défenseur des mineurs, des ouvriers et des paysans en général, qui sont en lutte contre leurs patrons. Homme de terrain, il va sur place se rendre compte des situations qui affectent les travailleurs. Il s’attaque aux anarchistes, à la brutalité des patrons, à la répression du gouvernement, à la censure des journaux et des députés socialistes, à la police qu’il traite d’agent provocateur… Il défend la paix. Il est courageux.
 
Puis vient l’affaire Alfred Dreyfus. Ce capitaine de l’armée française, juif, est condamné en 1894 au bagne à perpétuité pour avoir livré aux Allemands des documents secrets.  Au début, Jaurès le croit coupable mais en août 1898, il devient son défenseur passionné suite à une nouvelle révélation qui démontre qu’un autre commandant est le vrai traître. Alors que le socialiste et marxiste Jules Guesde juge que le prolétariat n'a pas à défendre un bourgeois, Jean Jaurès s'engage en sa faveur, écrivant : « Nous ne sommes pas tenus, pour rester dans le socialisme, de nous enfermer hors de l'humanité ». L’innocence de Dreyfus sera finalement reconnue et il sera libéré pour servir encore dans l’armée. Suite à ses discours, son action et son succès, l’influence politique de Jaurès devient nationale. Malgré tout, les patrons réussissent à le faire battre aux élections de 1898.
 
Intellectuel, il écrit de nombreux ouvrages politiques et historiques, dont « les preuves de l’affaire Dreyfus » et dirige une équipe pour la rédaction de « l’Histoire socialiste de la France contemporaine », incluant la partie qu’il rédige lui-même sur la révolution française. Il soutient le gouvernement républicain qui a nommé un socialiste au commerce et à l’industrie. En 1902, il est un de ceux qui fondent le « Parti socialiste français » et il reconquiert son siège de député et le gardera pour les trois prochains mandats jusqu’à sa mort.
 
Orateur hors pair, il devient le porte-parole du petit groupe de députés socialistes à l’Assemblée nationale. Il regroupe tous les partis de gauche dont les marxistes, appuie le gouvernement qui est de droite, mais le critique pour son incapacité à appliquer rapidement des réformes sociales. Il défend la liberté de conscience et propose la séparation des Églises et de l’État.
 
Il crée un journal, l’Humanité, auquel participent ses alliés de toujours et des écrivains comme Anatole France et Jules Renard. Son but est l’unité socialiste. Il l’atteint en 1905 grâce à son acceptation d’une direction bicéphale du mouvement (lui et un leader marxiste) et de l’abandon de son appui au gouvernement. Il dialogue avec succès avec les syndicats révolutionnaires qui lui deviennent sympathiques. A l’élection de 1914, son groupe socialiste obtient 17% des voix et 101 députés. Une belle victoire relative.
 
Depuis 10 ans, il discourt contre la venue d’une guerre. Inquiet, il constate la montée du nationalisme dans les pays voisins et les rivalités entre les grandes puissances. Il préconise d’organiser la défense nationale en préparant militairement l’ensemble des Français. Pacifiste, il voit dans une nation armée le moyen d’obtenir la paix. Il s’oppose au service militaire obligatoire dont la loi sera finalement votée, malgré lui. En 1914, il estime que les possibilités de guerre se sont amenuisées puisque celle des Balkans est terminée. Mais ce n’était pas compter sur l’attentat de Sarajevo qui deviendra l’étincelle du déclenchement de la première guerre mondiale à cause de l’accroissement des tensions qu’il crées entre les grandes puissances.
 
Il devient l’ennemi des « nationalistes » qui veulent leur revanche contre l’Allemagne et qui sont favorables à la guerre. Jaurès, pour sa part, veut absolument la paix et se rallie à l’idée d’une grève générale si une guerre est déclenchée. Il organise des manifestations et réclame de l’Internationale socialiste qu’elle intervienne. « Il n'y a plus qu'une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c'est que le prolétariat rassemble toutes ses forces (pour écarter) l'horrible cauchemar ».
 
Le 31 juillet 1914, il se lève à la Chambre des députés, puis au ministère des Affaires étrangères pour faire arrêter le début des hostilités. Il se rend à son journal et rédige un article allant dans le même sens. Puis, il s’en va dîner avec ses collaborateurs au « Café du Croissant », rue Montmartre. Il est assis près d’une fenêtre lorsqu’un étudiant nationaliste approche, le voit et tire deux coups de feu de la rue. Il est abattu à bout portant. Une émotion considérable s’empare des Français. Ils ne l’oublieront jamais.
 
Le lendemain, l'Allemagne déclare la guerre à la Russie alors que la France décrète la mobilisation générale. Puis, le 3 août, la France et l'Allemagne sont en guerre, et les socialistes, n’ayant pas le choix, se rallient au gouvernement d'union nationale pour combattre l’ennemi, respectant ainsi ce que Jean Jaurès avait dit : « Il n'y a aucune contradiction à faire l'effort maximum pour assurer la paix, et si cette guerre éclate malgré nous, à faire l'effort maximum pour assurer l'indépendance et l'intégrité de la nation ».
 
En 1924, Jean Jaurès entre au Panthéon.
 
En terminant, cette courte biographie de Jean Jaurès, voici quelques-unes de ses paroles : « Et vous vous étonnez de la véhémence de nos paroles, de la force de nos accusations ! Mais songez donc que nous parlons au nom d’un siècle de silence ! Songez donc qu’il y a cent ans il y avait dans ces ateliers et dans ces mines des hommes qui souffraient, qui mouraient sans avoir le droit d’ouvrir la bouche et de laisser passer, en guise de protestation, même leur souffle de misère : ils se taisaient. Puis un commencement de liberté républicaine est venu. Alors nous parlons pour eux, et tous leurs gémissements étouffés, et toutes les révoltes muettes qui ont crié tout bas dans leur poitrine comprimée vibrent en nous, et éclatent par nous en un cri de colère qui a trop attendu et que vous ne comprimerez pas toujours. »
 
L'historien Michel Winock rappelle : « Ce qui est remarquable, c'est qu'il rend hommage à tous les camps. Ce n'est pas un sectaire. Par exemple, à propos des droits de l’homme et du citoyen, les marxistes disent que ce sont des droits formels, un masque qui rejette dans l'ombre les vraies motivations, c'est-à-dire la défense des intérêts de la bourgeoisie. Ce n'est pas du tout l'avis de Jaurès ».
 
Voilà pourquoi, après cent ans, on parle encore abondamment de cet homme politique remarquable qui a marqué la France.
 
Claude Dupras

mercredi 19 mars 2014

Le poing levé de PKP

L’arrivée politique spectaculaire de l’homme d’affaires Pierre-Karl Péladeau (PKP) n’a pas eu l’effet positif escompté par la PM Pauline Marois lorsqu’elle l’a recruté pour briguer les suffrages du Parti Québécois dans le comté de St-Jérôme, en vue de l’élection générale québécoise du 7 avril prochain.

Malgré cette annonce surprise qui devait apporter une publicité extraordinaire au Parti Québécois (PQ), l’effet recherché ne se concrétisa pas. Depuis, la PM Marois a vu ses appuis diminuer, les probabilités d’une victoire certaine pour son parti s’évaporer et son adversaire libéral Couillard prendre une avance de trois points dans les sondages.

Qui est le responsable ? PKP ? Marois ? J’estime que la faute incombe à la première ministre. Elle et ses conseillers ne se sont pas assuré que le discours de PKP respecterait la stratégie établie pour gagner l’élection. Il est clair qu’elle a laissé PKP libre de dire et d’agir comme il le voulait. Et, celui-ci y est allé d’une déclaration tonitruante sur la situation du Québec au Canada. Il a affirmé n’être là que pour faire un pays du Québec. De plus, pour donner plus de force à son affirmation, il a levé le poing. Subitement, les Québécois ont compris que l’élection devenait référendaire et que la question était : « OUI ou NON, voulez-vous d’un troisième référendum sur la séparation du Québec du Canada ». Et, comme ils sont 61% à ne pas le vouloir, les résultats des sondages démontrèrent que l’entrée politique de PKP fut un fiasco ! Ses mots et son expression gestuelle ont déplu aux Québécois.

Le poing levé était le signe d’appartenance par excellence de la gauche du milieu des années ’30, tels que : marxistes, anarchistes, communistes ou pacifistes. Favorisant le pouvoir attractif des symboles, le poing levé se voulait pour ces derniers l’expression concurrentielle au bras tendu et à la main déployée des fascistes et des nazis. Plus tard, il a été utilisé par les nationalistes noirs et les nationalistes israélites.

La première fois que je l’ai vu fut aux Jeux Olympiques d’été de Mexico de 1968, lorsque les coureurs américains Smith et Carlos, premier et troisième au 200 mètres, protestèrent, sur le podium de la remise des médailles, contre la ségrégation raciale aux USA en baissant la tête et en pointant, lors de l'hymne américain, leur poing ganté de noir vers le ciel. Ils appuyaient ainsi le Black Power et particulièrement le mouvement afro-américain des Black Panthers. Ils furent exclus à vie des JO. Pourtant, il avait été question d’annuler les Jeux à cause de tout ce qui était survenu durant l’année. Le pasteur Martin Luther King avait été assassiné le 4 avril et Bob Kennedy le 6 juin. Le 20 août, les chars soviétiques avaient pénétré dans Prague. La guerre du Viêt Nam faisait rage. Un conflit au Nigeria provoqua un véritable génocide au Biafra. Les noirs américains étaient très affectés par le racisme qui trônait toujours dans leur pays et par tous ces évènements politiques majeurs qui touchaient beaucoup de noirs. Jusqu’à un certain point, on pouvait comprendre leur ras-le-bol, mais les blancs américains ne pardonnèrent pas ce geste de leurs athlètes qui pour eux était provocateur et menaçant.

Avec le temps, le poing levé, est devenu une expression de révolte, de force ou de solidarité. Aujourd’hui, il sature l’espace mondial des révoltes et est un signe qui annonce qu’on est prêt à en découdre.

On se rappellera la sortie Nelson Mandela de la prison de Robbins Island, marchant main dans la main avec son épouse Winnie et du moment où ils levèrent le poing pour marquer l’évènement. Le poing levé rappelait la marque de commerce de Mandela qui l’avait utilisé du temps qu’il préconisait un régime communiste pour l’Afrique du Sud au moment de son emprisonnement. Par la suite, le grand homme qu’il était en changea la signification de revanche pour celle de la tolérance.

En juillet 2010, en vacances, le président Obama achète une glace de « Mount Desert Island Ice Cream » dont l’affiche publicitaire est un poing levé tenant une cuillère et les mots « Mt. Desert is Icecream. Fearless power ». Les conservateurs républicains l’accusèrent sur le champ d’envoyer un message de « Black Power » à sa base militante. Cela démontra clairement que le poing levé est toujours un signe qui fait peur.

Durant les récentes années, le poing levé a été le symbole adopté par les mouvements de la révolution égyptienne en 2011 ; par le groupe international de protestation sociale Occupy, en 2011; et par les manifestants contre le mariage homosexuel en 2013 durant le Printemps français.

Je ne veux pas être injuste envers PKP et le taxer des défauts de la gauche. Il est un homme de droite et c’est bien ainsi. C’est un homme qui peut contribuer à ce que le Québec ait des programmes économiques et des lois pouvant le rendre plus prospère. Si le PQ est réélu, il aura besoin de lui pour le faire.

C’est dommage que PKP ait fait une telle erreur électorale qui de toute évidence nui à son parti. En politique, il faut savoir que les images ont souventes fois plus d’effet que les grandes théories. Dans plusieurs cas, l’apparence est plus forte que la réalité. C’est malheureux, mais c’est comme ça ! Pour une grande majorité de Québécois, l’image du « poing levé » peut être menaçante, un défi marqué de colère, de violence potentielle et l’engagement d’un combat sans merci. PKP n’aurait pas dû l’utiliser pour marquer sa détermination de séparer le Québec du Canada. Je ne crois pas qu’il va répéter ce geste, dans l’avenir, car il vient de comprendre qu’il ne s’apparente aucunement aux Québécois ni à leur façon de vivre. C’est un peuple calme, paisible, renseigné et démocrate.

Claude Dupras

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lundi 9 décembre 2013

Stephen Harper ne partira pas

Stephen Harper est premier ministre du Canada depuis 9 ans. C’est beaucoup pour un chef conservateur. Surtout durant les années que nous vivons où les politiques conservatrices ne sont pas toujours au goût de la majorité des électeurs. Depuis un certain temps, plusieurs observateurs s’amusent à prédire son départ. Qu’en est-il vraiment ?

Issu de la fusion entre les réformateurs modérés du Bas-Canada et du Haut-Canada en 1854, le Parti Conservateur (PC) devint, de 1942 à 2003, le Parti Progressiste-Conservateur (PPC) en intégrant un parti de l’Ouest. Sa politique était centriste. Puis, suite au regroupement avec le parti Alliance Canadienne (AC), en 2003, le nom redevint Parti Conservateur. Cette union n’en fut pas une d’idées mais de noms seulement et revêtait un caractère opportuniste.

Le Reform Party était un parti populiste créé par Preston Manning dans l’Ouest Canadien. Après ses insuccès lors d’élections fédérales, le Reform voyant son incapacité à gagner des appuis dans l’est du pays changea son nom pour Alliance Canadienne (AC), pensant que son impopularité n’était qu’une question de cosmétique. Suite à d’autres défaites électorales, Stephen Harper devint chef de l’Alliance. Il proposa la fusion avec le PPC du chef Peter Mackay. Plusieurs ex-ministres du PPC telle, Flora Macdonald, et des sénateurs PPC tel, Lowell Murray (il siège encore aujourd’hui comme sénateur progressiste-conservateur), s’opposèrent à cette union dont ils prévoyaient l’issue politique. Mais leurs oppositions furent renversées. Le Parti Conservateur renaquit de ses cendres et Harper le campa carrément à droite.

La conjoncture politique servit bien Harper puisque le parti libéral, alors dirigé par le PM Paul Martin, au pouvoir depuis trop longtemps, fut pris dans un scandale d’envergure nationale, « les commandites ». De plus, Harper promit de baisser la TPS (TVA) de 2%. Le bruit qui en résulta fit en sorte qu’Harper et son parti PC prirent le pouvoir. Harper obtint sa victoire grâce à l’appui de l’Ouest et de certaines régions conservatrices de l’Ontario. Le Québec ne lui donna que 10 députés sur 75.

Les Canadiens ne sont pas majoritairement de droite, si on en juge par les partis de centre ou de centre-gauche qui dirigent les gouvernements des provinces. Et cela, même en Alberta où se trouve la base nationale du PC. Les séparatistes québécois aiment affirmer que les Québécois ne sont pas semblables aux autres Canadiens qui, disent-il, sont conservateurs. Or, cela ne correspond pas à la réalité. Harper est de droite, mais la grande majorité des Canadiens ne l’est pas.

Le Canada n’est pas la France. Là-bas on vote à gauche, à droite, au centre, à l’extrême droite ou à l’extrême gauche. Les Français votent pour les politiques et non les politiciens. Par exemple, lorsqu’on est de gauche, on vote pour le candidat de gauche aux élections nationales, aux départementales, aux cantonales, aux municipales. Les Canadiennes et Canadiens, plus pragmatiques, ne décident pas ainsi de leurs votes. Ils optent pour le parti, son chef et le candidat de leur comté sur la base du programme électoral en tenant compte des problèmes de l’heure. La valeur des candidats compte. Au Québec, il y a en plus d’autres considérations puisque les agissements d’un lointain passé des conservateurs demeurent dans le subconscient des francophones, telles la pendaison du métis Louis Riel ou les deux crises de conscription obligatoire lors des guerres mondiales. Québec se souvient !

Il faut se rappeler qu’Harper a démissionné comme député réformiste pour promouvoir son programme de droite. Il espère, depuis ce temps, que la droite écrase le centre et la gauche comme ce fut le cas en Grande-Bretagne, aux USA et en Nouvelle-Zélande. C’est comme chef de l’opposition qu’il dévoila sa politique étrangère, lors du débat sur la guerre en Irak et le refus du Canada d’y participer : « Ce gouvernement nous a, pour la première fois dans notre histoire, tenu à l’écart de nos alliés britanniques et américains au moment où ils avaient besoin de nous ».

La politique étrangère du PM Harper surprend : boycottage récent de réunions aux Nations-Unis et au Commonwealth, rejet de l’accord de Kyoto déjà signé par son prédécesseur, etc. Il refuse à chaque occasion de faire la part des choses. Alors que le Canada s’est toujours rangé du côté des plus faibles et de la liberté, le Canada d’aujourd’hui appuie inconditionnellement le gouvernement d’Israël dans la lutte palestino-israélienne. Pour lui, le Canada n’est grand que s’il accepte la coalition impérialiste anglo-saxonne, qu’elle soit sous la dominance de Washington ou de Londres.

Quelle différence avec la politique du Parti Progressiste-Conservateur du PM Brian Mulroney que nous rappelle la mort récente de Nelson Mandela. À ce moment-là, le PM et son ministre des affaires étrangère Joe Clark prirent solidement position à l’ONU en faveur de la position de Nelson Mandela et des noirs sud-africains dans leur bataille contre l’apartheid et les Afrikaners, malgré les appuis des conservateurs anglais et des républicains américains aux blancs. C’est Mulroney qui convaincra Margaret Thatcher et Ronald Reagan de mettre la pédale douce et de modifier leurs points de vue. Je crois que l’on peut affirmer clairement aujourd’hui que si Harper avait été alors PM, il aurait ouvertement appuyé les Afrikaners au nom de la coalition impérialiste anglo-saxonne contre Nelson Mandela.

Harper a vertement critiqué le gouvernement Chrétien de n’avoir pas voulu joindre le Canada à la guerre d’Irak. Par contre, il a engagé le pays dans celle d’Afghanistan, sous commandement américain. Il a ainsi ramené l’identité canadienne à la case de départ en modifiant les pouvoirs du gouvernement canadien principalement : la politique étrangère, la défense et l’armée.

En politique domestique, Harper estime que le vrai problème canadien se situe entre les secteurs privé et public. Il n’aime pas le concept de l’État-providence qui, dit-il, a créé une « classe politique » qui ne fait que réclamer davantage de ressources que le secteur privé peut en fournir. La gauche veut des prêts, des subventions, de meilleures pensions, des subsides… La droite veut des réductions d’impôts. Pour Harper, cela se traduit par moins de gouvernement, donc plus de liberté.

Pour lui, l’obstacle principal est le Québec où il ne voit que étatisme, dirigisme, socialisme et « patronage ». Il s’est opposé à l’entente du Lac Meech et à l’Accord de Charlottetown parce que les deux prévoyaient une forme de statut particulier pour le Québec. Il s’est opposé à la « société distincte » car pour lui ce n’était qu’un chèque en blanc pour davantage d’étatisme. Il était et demeure partisan de la ligne dure à l’égard du Québec et refuse de céder à ce qu’il appelle « le chantage du Québec » sur ces questions.

Le PM Harper débute toujours ses discours en français et cela est apprécié par les Québécois qui comprennent néanmoins qu’il est motivé pour ce faire par des aspects politiques. Le malheur, c’est que ses actions politiques envers le Québec ne suivent pas.

Harper s’oppose à la promotion du bilinguisme au Canada. Il se justifie par le fait que le Québec soit officiellement unilingue français. Il ne tient pas compte du fait que plus de 75% des Québécois sont bilingues. Même s’il dit accepter que le français et le l’anglais ont un statut égal dans toutes les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada, il fait tout pour contrevenir indirectement à ces lois, en nommant trop souvent, comme on a vu récemment, des « mandarins » unilingues à des postes qui requièrent la connaissance de la langue française. Même au Parti Conservateur, cette semaine, il n’a pas osé nommer un francophone comme directeur général, alors que le poste était ouvert.

Je reconnais qu’il a changé plusieurs de ses positions rigides de son temps de député. Pour lui, même s’il pense que la langue française n’est pas menacée au Québec, il accepte aujourd’hui que les provinces puissent légiférer sur la langue et la culture. Cependant, il ajoute un bémol. Leurs décisions doivent respecter la charte pour la défense des droits à la liberté d’expression et au choix de la langue.

En rapport avec la séparation du Québec, Harper n’accepte pas qu’elle puisse se faire suite à une déclaration unilatérale d’indépendance du Québec. Pour lui, la sécession requiert un amendement constitutionnel et le consentement unanime des provinces. Il affirme « si le Canada est divisible, le Québec l’est aussi » et exige une question référendaire claire. Je rappelle qu’il s’est opposé à la « Déclaration de Calgary » qui reconnaissait le « caractère unique » de la société québécoise et l’intégration de cette caractéristique dans la constitution canadienne. Il a souventes fois affirmé « qu’il ne fallait pas céder au « bluff » du Québec ».

Harper a toujours œuvré pour que les valeurs de la droite économique, sociale et religieuse deviennent les valeurs dominantes du Canada. Il calque son travail sur les expériences conservatrices de ses héros, Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Il veut déréglementer, privatiser, baisser des impôts, réduire la dette et diminuer le rôle de l’État. Il refuse de faire des concessions économiques et sociales aux provinces. Il continue de favoriser le libéralisme économique classique et le conservatisme social. Pour lui, le véritable problème est le relativisme moral et la neutralité morale.

En bon politicien, Harper sait choisir ses batailles afin de ne pas trop diviser les rangs de son parti. Il a dévoilé sa stratégie, il y a plusieurs années : « L’important c’est d’aller dans la bonne direction, même si c’est lentement ».

Tout ça me fait conclure qu’Harper n’est pas prêt à démissionner et à risquer que les rênes du Parti Conservateur tombent dans les mains d’un successeur qui ne poursuivra pas avec persévérance la réalisation du projet de droite qu'il s'est fixé pour le Canada.

Il ne partira pas car il craint de voir détruire en un jour l’œuvre de sa vie politique, comme dirait Kipling.

Claude Dupras

samedi 19 mai 2012

Quand la go-gauche québécoise déborde…


Quel triste spectacle que celui du débat des deux derniers jours à l’Assemblée Nationale du Québec. Je l’ai suivi religieusement afin de bien comprendre l’argumentation de chacun des intervenants sur la nouvelle loi 78 proposée par le gouvernement, pour rétablir la paix sociale et assurer que l’accès à l’enseignement collégiale et universitaire ne soit pas entravé par qui que ce soit.

Nous voilà rendus à un point tournant important dans notre société. Les étudiants n’ont cessé de manifester sans contrôle, de façon désordonnée et souventes fois violente pour contrer la hausse des frais de scolarité proposée par le gouvernement. Je me suis opposé à la hausse, par deux billets de mon blog, et je comprenais la réaction estudiantine lors des premières manifestations, dont celle qui a réuni plus de 100 000 individus. Mais depuis, trois mois ont passé, les manifestations se sont perpétuées et, jour après jour, elles ont créé des problèmes majeurs pour un grand nombre d’étudiants qui ont été empêchés d’aller à leurs cours et pour la qualité de vie des Québécois, particulièrement des Montréalais. Tout serait terminé depuis quelques semaines, si les étudiants avaient respecté l’entente que leurs chefs ont signée avec le gouvernement en présence des représentants des collèges, des universités et des syndicats. Malheureusement, ils la renièrent et le problème persiste.

Le débat d’hier combiné aux réactions hors de l’enceinte du parlement m’ont démontré, encore une fois, que la go-gauche québécoise ne veut rien savoir. Tout ce qui compte pour elle, c’est de renverser Jean Charest et son gouvernement. Son malheur, c’est qu’elle vient d’assurer sa réélection. Alors que normalement la longévité d’un gouvernement au pouvoir renforce la notion « il est temps que ça change ! », d’autant plus, qu’à ce moment-ci, elle était encore plus forte à cause des problèmes de corruption dévoilés au grand jour par la police, voilà que la go-gauche a donné l’opportunité au premier ministre de passer une loi qui est bien acceptée par près de 65% des électeurs. Non seulement a-t-elle encouragé les étudiants à maintenir leur entêtement et à mettre en péril leur semestre, mais elle a permis à Charest de se montrer, haut et fort, comme le défenseur de la loi, de l’ordre et du droit à l’éducation pour les jeunes de notre nation. De plus, la go-gauche s’est opposée, pour toutes sortes de raisons plus farfelues les unes que les autres, à l’adoption de loi 78, au moment où les Québécois en ont « plein le casque » des manifestations.

Et que dire de Pauline Marois, la cheffe de l’opposition officielle et du Parti Québécois. Elle a décidé que son parti s’opposerait à la loi proposée. Au lieu de prendre ses responsabilités envers l’État de droit qu’est le Québec et appuyer le droit à l’éducation qui est à la base de la nouvelle loi, elle a choisi d’être du côté de ceux qui engendrent le désordre. Pourquoi ? On n’avait qu’à l’écouter hier ainsi que ses principaux adjoints pour comprendre qu’ils n’étaient motivés que par des raisons partisanes. Elle a même défendu le député qui a proposé d’analyser la possibilité d’une désobéissance civile en invoquant les exemples de Gandhi et de Martin Luther King, comme si le conflit étudiant du Québec avait quelque chose à voir avec les révolutions indiennes et des noirs américains. Au lieu d’appuyer le gouvernement et assurer un vote unanime, ce qui aurait de facto mis fin au conflit, Marois a attisé davantage le feu en prétextant que le désordre démontre qu’il y a un profond problème social au Québec. Les histoires de croque-mitaines qu’elle a racontées mettent en évidence qu’elle n’est pas à la hauteur des vrais enjeux de notre nation.

Ce matin, la Fédération autonome des enseignants, une nouvelle organisation syndicale québécoise de la CSQ et membre de la go-gauche, a publié une pleine page intitulé « la honte a un visage » dans les journaux pour dénoncer injustement et malicieusement Jean Charest. C’est son droit, mais elle démontre justement mon point de vue. La go-gauche n’est pas le vrai Québec. Elle a son objectif et fait tout pour l’atteindre. Elle oublie que les Québécois ont toujours montré de la pondération pour justifier leurs opinions, qu’ils refusent d’être bafoués par les extrêmes, qu’il ne sont pas impressionnés par la publicité injustement enflammée et qu’ils n’ont pas les jambes tremblantes. Ils ne sont pas de faux indignés mais des gens de gros bon sens.

La go-gauche veut partager les Québécois sur la partition gauche-droite. Les Québécois ont toujours refusé un tel clivage. Ils jugent leurs partis politiques et leurs politiciens sur la base de ce que ces derniers proposent pour faire avancer la qualité de vie de leur famille et de leur nation. Ils ne sont ni bleus, ni rouges, ni verts. Ils sont flexibles et honnêtement ouverts à tous les points de vue. Ils votent d’un côté ou l’autre, dépendant des circonstances, puisqu’ils ne sont pas pris dans un carcan idéologique. Le passé l’a amplement démontré puisqu’ils ont accordé des majorités écrasantes à l’Union Nationale, au parti Libéral, au parti Québécois, au Parti Progressiste-Conservateur et au NPD. La go-gauche se trompe en n’étant pas impartiale puisque le terreau québécois n’est pas compatible avec une telle approche.

La loi 78 est appuyée par la majorité des Québécois et Québécoises. Il est temps que le feu de discorde soit éteint.

Claude Dupras

vendredi 4 mai 2012

LUI, président de la république ?


La forme du débat Sarkozy-Hollande a été désappointante. Elle aurait dû permettre à chacun des participants de dire ce qu’il avait à dire pour mieux éclairer l’électorat sur sa personne et son programme.

Les animateurs de ce débat n’ont pas fait leur travail. Ils n’étaient là que pour poser quelques questions et s’assurer que le minutage du temps de parole des deux candidats soit égal. Ce manque de contrôle a permis aux candidats et particulièrement à François Hollande, d’interrompre continuellement leur adversaire lorsque celui-ci expliquait sa position sur le sujet choisi. Un bon animateur aurait refusé de telles interruptions afin de donner à chacun le temps de répondre adéquatement. Ainsi, les téléspectateurs auraient pu mieux comprendre et juger de l’argumentation et de la crédibilité des opposants.

La partie du débat qui m’a marqué est la longue tirade anaphorique de François Hollande, « MOI, président… », par laquelle il a voulu expliquer sa conception du poste de président de France. Ce fut intéressant à écouter mais j’ai vite compris que ce n’était en fait qu’un « show ».

Voici mes commentaires sur les strophes de cette suite ininterrompue de phrases.

MOI, président de la République, JE ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l’Elysée. Ça se fait dans tous les pays démocratiques du monde. Hollande veut faire croire, qu’une fois au pouvoir, il ne dinera avec aucun socialiste élu à l’Élysée. Depuis quand, est-ce un problème pour un président ou un premier ministre de rencontrer les députés de son parti ? Le PM du Canada reçoit de nombreuses fois par année à sa résidence officielle, de Sussex road, les membres de son parti. Obama fait de même à la Maison-Blanche pour les démocrates.

MOI, président de la République, JE ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur. Que le premier ministre travaille en collaboration avec le président lorsque nécessaire, quel mal cela fait-il ? Pour respecter ses promesses électorales, le président doit s’assurer qu’elles bien sont implantées par le gouvernement. L’ex-PM Jospin a démontré ce qu’est la cohabitation (la non-collaboration) alors qu’il se foutait du président Chirac. Une choses est indéniable : le duo Sarkozy-Filon a été efficace et productif.

MOI, président de la République, JE ne participerai pas à des collectes de fonds pour mon propre parti dans un hôtel parisien. Aux USA, au Canada, et ailleurs c’est normal que le chef d’état veuille remercier ceux qui contribuent financièrement aux activités de son parti politique. Le président américain invite même de gros contributeurs à coucher dans la chambre de Lincoln à la Maison Blanche. Ce dernier exemple est exagéré, mais un cocktail de remerciements… quand même !

MOI, président de la République, JE ferai fonctionner la justice de manière indépendante. La justice en France n’est-elle pas indépendante ? La juge Eva Joly n’était-elle pas libre de ses actes ? Le déni de justice n’est-il pas réprimé par le Code pénal français ? Hollande n’a pas à se mêler de la justice.

MOI, président de la République, JE n’aurai pas la prétention de nommer les présidents des chaînes publiques. C’est le conseil des ministres qui nomme ces présidents. Le peuple ne choisit pas ses élus pour que d’autres qu’eux prennent les décisions importantes de l’État. Cette responsabilité ministérielle est la normale au Canada pour toutes les grandes nominations publiques.

MOI, président de la République, JE ferai en sorte que mon comportement soit à chaque instant exemplaire. Lors du débat, Hollande n’a même pas respecté le président de la république en l’accablant de faussetés et de mensonges. Certes, Sarkozy a fait une erreur en mettant le pied sur une pelure de banane lorsqu’il a affublé un individu de « pauv’ con ». Une autre pelure attend sûrement Hollande s’il gagne, on verra bien…

MOI, président de la République, J’aurai aussi à cœur de ne pas avoir de statut pénal du chef de l’Etat, JE le ferai réformer. Le président n'est responsable que du crime de haute-trahison dans l'exercice de ses fonctions, mais on peut l'accuser, par la suite, de toute infraction commise durant ses fonctions. Ce fut comme ça pour De Gaule, Pompidou, D’Estaing, Mitterrand, Chirac et Sarkozy. Cette déclaration d’Hollande n’est de toute évidence qu’une méchanceté pour salir inopinément son adversaire.

MOI, président de la République, JE constituerai un gouvernement qui sera paritaire. Sarkozy a fait grimper le pourcentage de femmes au cabinet des ministres à 35%. Hollande promet d’atteindre 50 %. Je suis en accord avec cette proposition car les femmes font d’excellentes ministres, comme on le voit au Québec, au Canada et en France. Sarkozy a agi de façon paritaire en pratiquant « l’ouverture » lorsqu’il a nommé plusieurs ministres de gauche à des postes très importants, comme Kouchner, Besson, Jouyet, Hirsch et du centre Borloo, Morin… Il a même fait en sorte que le socialiste DSK obtienne la présidence du FMI. Hollande a répété durant la campagne qu’il ne nommerait que des ministres de gauche, dont des communistes. Belle parité !

MOI, président de la République, il y aura un code de déontologie pour les ministres. C’est le président qui les choisit après enquête policière. Si Hollande veut ajouter un code de déontologie pour assurer ses choix, on ne peut s’objecter à la vertu. Trop fort ne casse cas ! Mais, il faut se rappeler que cette suggestion pour un nouveau code vient de la campagne orchestrée contre le ministre Eric Woerth, reconnu comme un honnête homme, dans le but unique de le déstabiliser alors qu'il menait l’importante réforme sur les retraites.

MOI, président de la République, les ministres ne pourraient pas cumuler leurs fonctions avec un mandat local. C’est à toute la députation française que la question du double ou triple mandat s’adresse. Tant qu’à faire une réforme, vaut mieux qu’elle s’applique à tout le monde. Hollande qui détenait plusieurs mandats ne propose qu’une réformette. Pourquoi ?

MOI, président de la République, JE ferai un acte de décentralisation. Hollande veut défaire ce que Sarkozy a fait pour moderniser les structures de gouvernance, réduire les effectifs et les coûts et particulièrement son effort pour que les régions fassent de même et tiennent compte des nouvelles méthodes de travail améliorées grâce à l'informatisation. Hollande ne semble pas savoir que nous sommes à l’ère de la « cyberadministration ». Il dit vouloir redonner aux communes un nouveau « souffle et de la « liberté ». Est-ce le pouvoir de lever de l’impôt à nouveau ?

MOI, président de la République, JE ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés. Sarkozy a fait cela tout le long de son mandat. Lorsque les syndicats ne voudront pas d’une loi d’Hollande et manifesteront dans les rues comme pour les retraites… se pliera-t-il simplement devant eux pour les « considérer » ?

MOI, président de la République, J’engagerai de grands débats, on a évoqué celui de l’énergie. Il imite Sarkozy qui a stimulé plusieurs grands débats dont, entre autres, le Grenelle sur l’environnement et le développement durable.… C’est l’évolution normale des choses. Un président qui ne fait pas cela, ne fait pas son travail.

MOI, président de la République, J’introduirai la représentation proportionnelle pour les élections législatives. Pour les écologistes, les marxistes-léninistes, les communistes mais pas pour le Front National, évidemment ! Pourtant, ce parti est celui de 20% des Français.

MOI, président de la République, J’essaierai d’avoir de la hauteur de vue. Il essaiera ? Tous les présidents ont de la « hauteur de vue ». Cela fait partie de leurs responsabilités. Ils dirigent la France d’aujourd’hui et préparent la France de demain. Rien de neuf là. Pourvu qu’il ne se perde pas dans les nuages…

Cette longue tirade n’a rien à voir avec les vrais problèmes des Français et Françaises : emploi, économie, logement, etc… Elle n’est qu’une série de mots présentés avec un rythme pour impressionner. Pendant les trois heures du débat, Hollande n’a cessé de répéter MOI, MOI, MOI… et JE, JE, JE…. Un vrai Louis XIV.

Finalement, le débat s’est déroulé en évitant les questions internationales et les crises qui hantent la France. Au lieu d’un débat de 3 heures, plusieurs débats plus courts sur des thèmes précis auraient été préférables. Ainsi les Français et Françaises auraient été en mesure de mieux évaluer les candidats et leurs propositions. Ce débat, mal organisé, ne les a pas bien servis.

J’ai été témoin d’innombrables débats politiques dans ma vie. J’ai même participé dans un à Montréal. Nulle part ai-je entendu les candidats exprimé autant d’irrespect pour leur adversaire, sauf pour les primaires américaines qui sont une farce honteuse et une tache à la démocratie de ce grand pays. Je suis surpris que cela arrive en France, pays à la culture exceptionnelle où le respect et les droits des individus sont défendus si hautement. Ce fut un débat politicard.

Une nouvelle ère de « JE, ME, MOI » commencera-t-elle en France ? Il reste deux jours aux Français et Françaises pour l’éviter.

Claude Dupras

Ps. Ce matin, suite au débat, les sondages placent Hollande à 52,5%. Sa descente depuis le début du 2ième tour continue. Ce mince dépassement de 2,5% du 50% + 1 requis, indique que tout peut arriver. La « surprise » est encore possible.


dimanche 28 août 2011

Contre Sarkozy : Hollande, Aubry ou peut être… Ségolène

Le parti socialiste français (PS) tient actuellement, à La Rochelle, son université d’été. Pour la compréhension des Canadiens, des universités d’été sont organisées en France par les organisations politiques, économiques, professionnelles ou autres pour faire le point avec leurs membres et discuter de l’évolution des choses et des actes à prendre pour l’avenir.

L’université d’été du PS est importante puisqu’elle se situe dans le cadre de la campagne primaire pour le choix du candidat (e) du parti à l’élection présidentielle française de 2012. Le vote du premier tour aura lieu le 9 octobre prochain et sera suivi d’un deuxième sur les deux finalistes, une semaine plus tard. Ce qui est différent et intéressant cette année, c’est que les électeurs ne sont pas limités aux membres du PS comme à la primaire de 2007, mais à tous les Français qui se veulent de gauche, quelque soit leur parti, et qui acceptent de signer une déclaration à cet effet et déposent une cotisation d’un euro.

Parmi les six candidats, les favoris sont François Hollande, ex-premier secrétaire du PS, Martine Aubry la plus récente 1ière secrétaire générale du parti et Ségolène Royal, la candidate de 2007 contre Nicolas Sarkozy. Actuellement, les sondages placent Hollande 10 points en avant d’Aubry et Ségolène traîne en arrière. Deux autres jeunes candidats, les députés Arnaud Montebourg et Manuel Valis ne sont pas dans la course mais font un bon travail de défrichage qui pourra leur être utile dans l’avenir.

Alors qu’en 2007, ils étaient 250 000 électeurs pour la primaire, on prédit cette année que ce chiffre peut s’approcher du million, si les gens de gauche s'enthousiasment pour ce scrutin. À mon avis, le résultat de cette bataille est actuellement imprévisible et on ne peut trop se fier aux sondages actuels puisque tous les électeurs possibles ne sont pas clairement identifiés. Un exemple récent vient de le démontrer lorsque Eva Joly est devenue la candidate présidentielle des Écolos alors que son adversaire la vedette environnementaliste mondiale Nicolas Hulot était donné très largement vainqueur par les sondeurs.

Rien n’est réglé au PS et c’est ce qui rend la course fascinante.

François Hollande est parti de loin. Il s’est engagé dans cette lutte contre DSK avant que celui-ci entre au 2806 du Sofitel. Face à ce dernier, peu d’analystes prenaient Hollande au sérieux, mais, petit à petit, on ressentit qu’il grimpait dans l’opinion publique au point que DSK disqualifié, il est devenu le favori.

Martine Aubry, qui avait conclu un pacte de non agression mutuelle avec DSK, a sauté dans l’arène après les mésaventures de ce dernier. Elle a tardé à s’engager, ce qui ne l’a pas aidée, mais sa présence à l’université d’été est, à ce jour, très positive pour sa candidature.

Depuis sa défaite de 2007, Ségolène Royal n’a cessé de faire campagne, se disant convaincue qu’elle sera choisie pour redevenir le porte étendard du PS en 2012.

À jour, je crois qu’Hollande gagne la bataille des idées. Il est bien renseigné, connaît à fond les politiques de la droite et les résultats de leurs implantations. Il sait expliquer, critiquer et proposer. Ses discours sont galvanisants, bien structurés et remplis de statistiques pour étayer ses arguments. Il veut un contrat des générations pour l’emploi des jeunes. Il blâme sévèrement Sarkozy. Il met beaucoup d’accent sur la question d’« égalité » des Français. Il veut refondre la société française. Jusqu’où ? Il promet beaucoup. Est-ce réaliste dans le climat difficile qui augure à cause de l’économie des prochaines années ?

Martine Aubry a été à la base de la préparation du programme politique du PS pour 2012. Cependant, à l’entendre, on a l’impression que cela se limite à proposer de déconstruire ce que le président Sarkozy a fait. Entre autres, elle veut revenir à la loi des 35 heures, qu’elle a fait voter, en abolissant les mesures de Sarkozy pour la corriger. Elle veut revenir à l’âge de la pension à 60 ans de Mitterrand (il l’avait baissée de 65 à 60 ans d’un coup), alors que Sarkozy l’a fixée à 62 ans. Les observateurs neutres estiment que ce furent les deux plus grandes erreurs politiques depuis De Gaulle. La politicienne Aubry promet maintenant de revenir en arrière. Pourtant, elle qualifie son projet de « transformation sociale, économique et écologique ». Dans les deux cas, Sarkozy a agi pour tenir compte de la réalité économique. D’ailleurs les agences de notation ont récemment confirmé le maintien de la haute note de la France à cause justement des actions positives du président et de son gouvernement dans ces cas particuliers.

Ségolène Royal est transformée. J’écoute et je lis ses discours comme ceux des autres, mais il me semble qu’elle frappe le clou sur la tête beaucoup plus souvent que ses adversaires. Elle démontre qu’elle est aguerrie depuis son expérience de 2007 où elle a obtenu 18 millions de votes, malgré le peu d’appui reçu de son parti dirigé alors par Hollande. Par contre, elle n’a pas actuellement la cote des Français. Ceux que je rencontre sont presqu’unanimes à m’affirmer qu’elle n’a pas de chance. Ils n’écoutent même plus ce qu’elle dit. Pourtant, je trouve que ses propos récents sont de plus en plus empreints de bon sens. Devenue une excellent oratrice et une femme avec une force de caractère remarquable, elle s’exprime avec fermeté, constance, précision et réalisme. Le PS organise trois « débat des candidats » durant les prochains mois. Ils seront télévisés en direct et j’ai l’impression que c’est à ce moment-là que Ségolène sera remarquée à nouveau par les Français et les Françaises.

Chaque candidat a affirmé vouloir éviter les attaques personnelles. À mon avis, cela est essentiel pour le futur du parti et pour le candidat qui voudra rallier ses adversaires à sa candidature pour le deuxième tour, s’il se rend là. C’est sur le fond des idées que le débat doit se faire. Mais, Martine Aubry, nerveuse, croyant les sondages qui la placent loin derrière Hollande, a décidé d’attaquer les qualités de leadership de ce dernier en lui reprochant de lui avoir légué un PS en mauvaise santé. « Tout le monde regardait le parti avec pitié en 2008 » dit-elle du moment où elle a remplacé François Hollande à la tête du PS, « alors qu’aujourd’hui, il est réuni ». Elle oublie de dire, entre autres, qu’il y avait beaucoup plus de membres du temps d’Hollande.

Cette course au PS s’annonce dure, serrée et captivante. On ne peut prédire à ce moment-ci qui gagnera. À suivre.

Claude Dupras

vendredi 1 juillet 2011

Sarkozy, bousculé sans cesse

Le président français Nicolas Sarkozy vient d’être agrippé violemment par un individu alors qu’il prenait un bain de foule et serrait les mains lors d’une visite dans le petit village de Brax du département Lot-et-Garonne. L’homme, un employé municipal, de 32 ans, hait de toute évidence le président et n’a pu résister à le bousculer.

Cet évènement s’inscrit dans le même créneau de la « démonisation » des chefs politiques canadiens et québécois que je décrivais récemment dans un billet de mon blog. C’est une maladie anti-démocratique qui semble généralisée au Québec, en France et ailleurs.

Dès le lendemain de son élection, il y quatre ans, Sarkozy a été sali par ses adversaires. Le parti socialiste n’a jamais pu accepter que son candidat Lionel Jospin ne se qualifie pas pour le deuxième tour de l’élection présidentielle et s’en est pris, sans répit, sauvagement et malhonnêtement contre la personne de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a été tourné en ridicule, diminué, insulté, attaqué, bafoué, raillé, moqué, abaissé, dégradé, accablé, humilié, terni, diffamé, souillé, entaché, caricaturé, discrédité, accusé, ironisé… je manque de mots pour qualifier les attaques constantes que j’ai lues et entendues contre le président français.

Cependant, les pires bousculades qu’a subies Sarkozy sont venues d’ex-ministres importants choisis par le président pour assurer que son gouvernement en soit un d’union nationale. Ainsi, il a nommé le radical-centriste Jean-Claude Borloo, dans un premier temps, ministre de l’Économie, des Finances et de l'Emploi et, plus tard, ministre de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement et de l'Aménagement durables; et le socialiste Bernard Kouchner au poste de ministre des affaires extérieures, auquel ce dernier rêvait depuis toujours. Ces individus ont obtenu la confiance de Sarkozy et l’honneur de servir la France aux plus hauts postes. D’autres ministres, issus d’autres tendances politiques, agissent de même.

Sarkozy, comme tout chef de nation, a dû, à certains moments, modifier le cabinet des ministres pour faire face à l’évolution de la conjoncture économique et politique du pays. Je comprends que les Borloo et Kouchner aient été surpris d’avoir perdu leur titre et ses avantages, mais je suis scandalisé par leur retournement brusque contre le chef d’État qui leur a fait confiance et qu’ils vitupèrent maintenant contre sa personne et ses politiques. Certains, comme Borloo, Boutin, Morin, sans compter deVillepin, ont même quitté son parti politique et s’apprêtent à annoncer leur candidature contre Sarkozy à la prochaine élection présidentielle. Ils divisent ainsi irrémédiablement la droite et offrent, sur un plateau d’argent, la présidence au parti socialiste qui, de toute évidence, sortira uni derrière son candidat choisi lors de sa primaire.

Dans ma jeunesse, j’ai appris ce dicton « Donne à manger à ton cochon, et il viendra chier sur ton perron », les mots et gestes de ces ex-ministres sarkoziens me l’ont rappelé.

Ce petit jeu de chaises musicales peut devenir tragique au premier tour de l’élection de 2012. La dilution des votes de droite entre plusieurs candidats aura comme conséquence que le président Sarkozy se retrouve en troisième place et ne puisse accéder au deuxième tour. Ce seront alors le candidat socialiste et Marine Lepen qui seront face à face pour la présidence française. Une telle tournure des évènements rendra certaine l’élection du candidat socialiste qui deviendra président(e) de la France. Ce résultat possible n’est sûrement pas à l’avantage des Françaises et des Français, surtout si Martine Aubry, la dame des 35 heures, devient la candidate choisie lors de la primaire du PS.

Personnellement, j’ai toujours admiré la fougue et les politiques du président Sarkozy. Je crois que son bilan est très impressionnant. J’ai dit que j’aimerais bien l’avoir comme PM du Canada. Nonobstant cela, plusieurs Français de gauche, depuis le lendemain de son élection, n’ont jamais voulu accepter le fait qu’il ait été démocratiquement élu. Ils ont toujours refusé de donner la chance au coureur et n’ont cessé de le « démoniser ».

Depuis, ce sentiment-négatif-et-haineux-antisarkozien s’est répandu en France et la récente agression physique contre la personne du président en est une démonstration claire. Il en fut de même, en 2008, lorsque Sarkozy, au Salon de l’Agriculture, fut pris à partie et attaqué oralement et de façon insultante. Sa réaction spontanée fut « Casse-toi, pauv’con ! ». Encore-là, les socialistes n’ont cessé de vilipender Sarkozy, d’amplifier démesurément l’incident et de lui reprocher exagérément son comportement.

Quant au mouvement antisarkozy chez les élus de droite, il s’abreuve à la même source tout en étant aveuglé par l’ambition personnelle des leaders de la frange des partis politiques de droite de la France. Ils oublient qu’unie, la droite gagnera !

La vraie démocratie requiert que l’on respecte le président élu. Le bon sens pour les membres d’une même famille politique s’exprime par la loyauté et l’unité. Les querelles mesquines et les ambitions personnelles ne doivent pas ébranler la confiance des citoyens dans le chef de leur nation. Qu’il se nomme Sarkozy ou pas ! Que l’on critique ses politiques, c’est bien ! Mais que l’on ridiculise et salisse l’individu pour le dénigrer en vue de lui arracher le pouvoir est grossier et une insulte à ceux qui l’ont choisi démocratiquement. Seul compte, l’avenir du pays.

Claude Dupras

mercredi 16 mars 2011

Bienvenue à la droite québécoise

Depuis quelque temps, la droite québécoise s’organise. Sous l’impulsion de personnages dynamiques et intelligents comme Joanne Marcotte et Éric Duhaime, la droite cherche à réunir tous les citoyens dont l’idéal correspond à une philosophie politique qui se situe à la droite du centre de l’échiquier politique. Ils ont formé un organisme sans but lucratif qui se présente sous le vocable Réseau Liberté Québec (RLQ). Il vise le respect des traditions et des valeurs du peuple québécois.

Une première réunion à Québec, le 23 octobre dernier, fut un succès autant par le nombre de participants que par le niveau des discussions sur la liberté et la responsabilité individuelle des individus dans la société qui y furent tenues. L’impact média de cette rencontre fut fort encourageant pour les organisateurs. Ils reviennent maintenant à la charge à Montréal avec une grande réunion, le 16 avril prochain, à laquelle sont invités tous ceux qui aimeraient partager leurs idées et collaborer à la formation d'un mouvement de masse de droite capable d’être en mesure d’influencer la classe politique, les élites médiatiques et intellectuelles et le peuple québécois.

Le RLQ veut regrouper tous les gens de droite qu’ils soient : libertarien, conservateur fiscal, centre-droit, nationaliste de droite, conservateur moral/social ou libéral classique. C’est un défi difficile, car ailleurs ces différents groupes combattent pour défendre leurs idées respectives. Mais au Québec où de telles convictions sont moins profondément enracinées, il me semble possible pour ceux qui penchent à droite de se réunir et ensemble définir une position commune.

Et ce n’est pas du luxe dans l’état actuel de la politique québécoise, car j’estime que la tendance actuelle devient malsaine pour notre économie. Les politiciens, les individus et les syndicats qui se qualifient de gauche veulent tout du gouvernement et s’acharnent à dénigrer l’entreprise privée faisant croire qu’elle est l’ennemi des citoyens et que c’est l’État qui doit tout prendre en main.

Le débat sur le gaz de schiste est un bon exemple. Dans ce dossier, comme pour l’hydroélectricité, les péquistes et les gauchistes veulent une implication à 100% du gouvernement. La chef du parti Québécois a accusé, à l’Assemblée Nationale, le PM Charest de favoriser l’entreprise privée au lieu de diminuer les taxes des Québécois avec les profits que le gouvernement pourrait engranger s’il faisait tout lui-même. Elle oublie l’expertise des intervenants privés que le gouvernement n’a pas et le risque financier qu’ils sont prêts à prendre.

Tant qu’à y être, pour suivre le raisonnement de Mme Marois, pourquoi ne pas remplacer les marchés d’alimentation comme Métro, Loblaws.. par des marchés du gouvernement ? L’agriculture ne relève-t-elle pas de ce dernier ? Ainsi tous les profits que font des grandes entreprises reviendraient au gouvernement et seraient appliquer à baisser les taxes de ses citoyens. C’est de toute évidence, ridicule ! Ce genre de raisonnement nuit au Québec où on doit favoriser l’effort, le talent et l’initiative des entrepreneurs pour qu’ils créent, lancent, organisent et dirigent de grandes entreprises créatrices d’emplois. On doit favoriser la concurrence pour obtenir les meilleurs prix.

Pourquoi ne pas faire tout l’engineering in-house et cesser de donner des contrats gouvernementaux pour les infrastructures et autres à des firmes de génie privées, comme vient de le proposer le PQ pour les études environnementales EES sur la question du gaz de schiste. Avec un tel raisonnement irréaliste, une firme comme SNC-Lavalin, qui a 26 000 employés, n’existerait pas car elle n’aurait pu dans le passé acquérir une vaste expertise, grâce à des contrats gouvernementaux, et être en mesure aujourd’hui de vendre ses services professionnels dans le monde entier. Et elle n’est pas seule.

Il est temps que le dérapage verbal anti-entreprise privée auquel nous assistons prenne fin. Les syndicats, le PQ, les gauchistes ont droit au chapitre mais pas à toute la place dans le débat public.

Voilà pourquoi je favorise l’organisation et la montée de la droite québécoise afin qu’elle apporte un autre son de cloche. Ainsi, les Québécois et les Québécoises seront mieux renseignés pour prendre les bonnes décisions quant à leur avenir et à celui des leurs enfants.

Il faut aussi cesser d’examiner la politique au Québec avec une jumelle formée de deux lunettes non identiques : la séparatiste et la fédéraliste. Le débat est envenimé au point que l’on n’y voit plus clair car il porte sur des sujets qui n’ont rien à voir avec le fond des choses et le bien-être de chaque citoyen.

Bonne chance au Réseau Liberté Québec.

Claude Dupras

Ps. On m’a invité à joindre le RLQ, mais j’ai refusé car je veux garder ma liberté d’expression dans mon blog.

jeudi 6 janvier 2011

Une opportunité en or pour les socialistes français

Le parti socialiste français (PS) tiendra sa «primaire» à l’automne 2011 en vue de la désignation par ses membres de son candidat à l’élection présidentielle. Les mises en candidatures se tiennent en juin et sont ouvertes à toute personne de gauche, une première, si celle-ci rencontre les conditions établies par le parti socialiste.

C’est une chance unique pour la gauche française de prendre toute la place médiatique de juin à novembre 2011 car une telle compétition peut devenir fort intéressante et capter l’imagination de tous les Français. Ce résultat est inévitable, si on en juge par les dernières «primaires» américaines qui ont été suivies par des millions de personnes, non seulement aux USA mais dans le monde entier.

Le PS est le seul grand parti politique français qui tiendra une «primaire» en vue de la prochaine élection présidentielle. Le président Sarkozy étant éligible pour un second mandat, son parti, l’UMP, n’aura pas de «primaire». Sur le plan médiatique, le PS sera donc seul. C’est un avantage important.

Déjà, six candidatures sont déclarées, dont celles du député Arnaud Montebourg qui a présidé le comité du PS pour la mise en forme de cette élection «primaire», Ségolène Royal qui a recueilli plus de 18 millions de votes lors de la dernière élection présidentielle contre Nicolas Sarkozy et le député-maire Manuel Valls. D’autres viendront, dont les plus attendues sont celles de Martine Aubry, premier secrétaire du PS et de Daniel Strauss-Kahn (DSK), président du FMI et défait à la «primaire» de 2006 par Ségolène Royal. À ce jour, le grand favori est DSK.

Les médias français traitent de plus en plus de cette élection «primaire» et dès qu’un candidat fait une déclaration pour le moins sensationnelle, cette dernière capte sur-le-champ la « Une » des médias et son propos est discuté en fond et en large.

Il en est ainsi, actuellement, pour la récente position de Manuel Valls sur la question des 35 heures. Cette loi fut proposée par Martine Aubry et adoptée par l’ex-gouvernement socialiste Jospin pour réduire la semaine de travail des Français à 35 heures. La loi fut opposée férocement par la droite et, dès sa prise de pouvoir, le président Sarkozy la modifia pour permettre aux Français de « travailler plus longtemps pour gagner plus ». Que le socialiste Valls propose aujourd’hui de « déverrouiller les 35 h pour permettre aux entreprises d’augmenter les salaires » devient une grosse nouvelle et tous les médias s’en emparent, même si certains la qualifient de « politiquement inepte ».
Je comprends Valls de chercher à faire du bruit pour se faire remarquer et il réussit. À la guerre comme à la guerre !

Mais le plus révélateur est la position du parti socialiste de Mme Aubry, face à cette proposition de Valls. Pour elle, il est inacceptable qu’un candidat au «primaire» propose des changements aux lois qui ont été adoptées dans le passé par un gouvernement socialiste et surtout sa loi des 35 heures. Elle menace d’expulser Valls du PS et le somme de se conformer à la « ligne officielle » sinon... Au lieu d’argumenter, elle fait peur ! On se penserait en Russie de Staline.

Il y a aussi cette rumeur, bien fondée, d’une entente entre DSK, Royal et Aubry. Si DSK est candidat, elles se désisteraient en sa faveur. Quelle idée farfelue, injuste et indigne pour les membres du parti socialiste ! Au Québec, on appelle cela du « paquetage de convention ». Si une telle chose se produit, tout le suspense qui devait être généré par une vraie compétition pour le choix du candidat présidentiel socialiste disparaîtra ipso facto. La presse ne fera plus qu’une couverture minimale de cet exercice démocratique puisqu’il aura été méprisé par ses dirigeants principaux. Ce sera un mauvais calcul de la part de ces derniers puisqu’il ne tiendra pas compte que la bataille électorale est en réalité un commerce d’images et d’illusions.

Pour l’organisation de sa primaire, le PS s’est inspiré de celle du parti démocrate qui a choisi Barack Obama. Il semble qu’il n’ait rien compris. À cette «primaire» américaine, aucun candidat ne s’est désisté en faveur d’un autre. Au contraire, ils se sont livrés jusqu’à la dernière minute une bataille de titans. Ce sont les délégués de tous les états américains qui ont analysé, décidé et choisi leur candidat à la présidence américaine. La confrontation entre les candidats fut dure et intense et ce n’est qu’après l’annonce du vote que les candidats défaits se sont ralliés à Obama. Le parti démocrate sur lequel toute l’attention du monde entier s’était concentrée est sorti gagnant à cause de toute la publicité médiatique que la rivalité entre ses candidats a générée. Les démocrates ont réussi non seulement à faire élire Obama lors de l’élection générale mais aussi une majorité de représentants à la Chambre et une majorité de sénateurs au Sénat. Ces résultats démontrent bien que ce n’est pas uniquement le candidat à la présidence qui bénéficie des retombées médiatiques d’une telle «primaire» mais tous les candidats de son parti.

On me dit souvent que l’approche électorale en France n’est pas comme celle des USA ou du Canada. J’ai toujours montré mon désaccord devant une telle affirmation. Un électeur est un électeur et, où qu’il soit, il suit d’un œil distrait l’évolution de la politique qui le concerne. Mais lorsque son attention est attirée par des ondes positives ou négatives qui sont émises par un incident ou un personnage politique, il réagit en conséquence.

La finale de la «primaire» socialiste française doit être l’aboutissement d’un affrontement sain et réel entre tous ses candidats qui aspirent à devenir président de la France. Ils ont plus de six mois pour se faire valoir. Ce faisant, ils attireront à la longue l’attention de plus en plus de futurs électeurs et les influenceront. Si cette «primaire» est sabotée par des stratèges de cuisine ou par l’intérêt personnel des dirigeants du parti, le PS manquera la marque et cette belle opportunité qui s’offre à lui s’envolera en fumée.

Claude Dupras