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dimanche 4 septembre 2016

L'immigration au Québec, un problème ? NON !

Depuis quelques années, en Occident, les programmes d’immigration sont de plus en plus critiqués. Les attentats monstrueux au Canada, en France et dans un trentaine d’autre pays font peur. La crainte a envahi l’esprit de plusieurs et comme les auteurs de ces crimes sont, souventes fois, des immigrants naturalisés dans le pays où ils commettent leurs crimes, un grand nombre de citoyens dénoncent les services d’immigration. Certains politiciens, toujours à l’aguet de situations pour se faire valoir, profitent de ces mouvements de mécontentement pour proposer des réductions annuelles du nombre de nouveaux immigrants. Ainsi au Québec, le chef du parti « Coalition pour l’Avenir du Québec (CAQ) », vient de proposer une réduction de 10,000 nouveaux immigrants par année, soit une réduction de 20%. Certains chroniqueurs de nos journaux partagent cet avis.  

Pourtant au Québec, l’immigration est bien organisée. Les statistiques du gouvernement du Québec indiquent que de 2011 à 2015 nous avons accueilli 258 057 immigrants, soit une moyenne 51,611 immigrants par année dont 67,4% capables de répondre à nos besoins économiques et d’y investir, 21,1% pour répondre aux besoins de regroupement familial et 10,2% de réfugiés. Les autres comptent pour seulement 1,2% des entrées.
La répartition hommes/femmes était égale. Quant à l’âge, 21,2% avaient moins de 14 ans, 11,1% de 15-24 ans, 56,7% de 25-44 ans et les autres 10,9%.

Plusieurs des immigrants ont quitté le Québec après y avoir été admis. En rapport avec la langue parlée, des 25,8% qui parlaient le français, 84% sont restés au Québec ; des 33,6% qui parlaient le français et l’anglais, 73% sont restés au Québec ; des 16,4% qui ne parlaient que l’anglais, 54% sont restés au Québec ; des 24,2% qui ne parlaient ni l’anglais ni le français, 68% sont restés au Québec. (journal Le Devoir).
Et cela, malgré que les patrons, les hommes d’affaires, les manufacturiers et les exportateurs aient demandé que les exigences en rapport avec la connaissance du français soient allégées pour privilégier les compétences professionnelles à cause « de la pénurie de main d’œuvre ». Pour juger de ces départs fâcheux, il faut savoir qu’ils comprennent deux-tiers des Pakistanais et des Indiens admis et une moitié des Chinois et des Iraniens admis. Ce qui est choquant est que ces groupes incorporent plusieurs investisseurs. Ils partent pour diverses raisons : rejoindre des membres de leur famille vivant dans les autres provinces ; leur inhabilité à parler le français ; leur difficulté à trouver un emploi ; la liberté de parler anglais et de faire des affaires dans cette langue... Ils choisissent de travailler ou d’investir ailleurs alors que le chômage afflige près du « quart » des immigrants restés au Québec.
Il y a aussi la demande des francophones et acadiens hors Québec qui affecte quelque peu l’immigration québécoise. Le nouveau Programme de Mobilité Internationale (PMI), favorise la venue de parlants français vers l’ensemble des communautés francophones hors Québec.
En tenant compte de ce qui précède, 35,620 des 51 611 immigrants admis, en moyenne, sont devenus des néoquébécois permanents. Il est faux de dire que 50 000 immigrants s’ajoutent à la population québécoise à tous les ans. Près de 26 283, se sont installés à Montréal, 2 040 à Laval, 2 889 en Montérégie, 1 907 dans la région de Québec, 980 en Outaouais, et le reste, 1 161, est réparti plus ou moins également dans chacune des 12 autres régions du Québec.
Ils avaient émigré de toutes les parties du monde, dont 32,9 % d’Afrique, 20,8% des Amériques, 29,6% d’Asie et 16,5% d’Europe. 
Ils sont venus de la Chine (8,8%), de la France (8,1%), d’Haïti (7,1%), d’Algérie (7,0%), du Maroc (5,8%), d’Iran (5,5%), de Colombie (3,5%), du Cameroun (2,6%), d’Égypte (2,6%), de Tunisie (2,5%) et 45,7% des autres pays du monde.
Leur niveau de scolarité est élevé puisque 67,8 % des 15 ans et plus totalisent 14 années et plus d’études.  
Beaucoup de ces néoquébécois ont des qualités leur permettant de bien s’intégrer dans notre société particulièrement dans les domaines de la gestion, des affaires, de l’administration, du secteur de la santé, des sciences sociales, des arts et culture, des sports et loisirs, des ventes et services, des métiers de construction, de la fabrication et autres, du transport, des services d’utilité publique, etc… En effet, 29,5% sont des professionnels, 12,5% sont des techniciens et para professionnels, 5,7% sont des techniciens intermédiaires, 3,7% des entrepreneurs et investisseurs et 44,4 % sont de nouveaux travailleurs.
Parmi eux, il y a aussi les conjoints de fait, les enfants, les autres personnes à charge, les parents, les cas humanitaires, les aides familiaux… Il faut aussi compter les réfugiés et les membres de leurs familles pris-en-charge par le Canada, le Québec et ceux qui sont parrainés par des organismes à but non lucratif ou des groupes de résidents qui s’engagent à subvenir à leurs besoins et faciliter leur intégration.  
Voilà un survol rapide des statistiques de l’immigration québécoise des cinq dernières années.
35 620 nouveaux néoquébécois par année, c’est l’équivalent de la population d’une nouvelle ville comme Val-D’or ou Saint-Georges de Beauce ou Sorel-Tracy à chaque année. Imaginer tout ce que nécessite une telle ville : maisons, logements, écoles, services sociaux et hospitaliers, commerces, autos, nourriture, vêtements, centre de sports, services urbains, etc… etc… et le travail que ça génère : constructeurs, entrepreneurs, professionnels, ouvriers, vendeurs, secrétaires, etc… etc… Estimez les revenus, les taxes, les dépenses, les investissements, etc… C’est l’activité économique potentielle d’une population équivalente au nombre d’immigrés qui s’installent au Québec par an. Combien de familles ont quitté l’est de Montréal depuis les 20 dernières années et plus pour s’établir sur la rive nord de la rivière des prairies, ou la rive sud du fleuve Saint-Laurent, et laissé leurs logements aux nouveaux venus pour aller dans des maison neuves gonfler des villages existants en villes. Ces nouvelles municipalités importantes sont le résultat en bonne partie des effets de l’immigration. 
De 1951 à 2013, la population du Québec a augmenté en moyenne de 66 101 individus par année. À mon avis, ce n’est pas suffisant puisque la proportion par rapport à la population canadienne est passée de 28,9 % à 23 %. Les immigrés ont contribué près de 52,9 % de l’augmentation annuelle de notre population.
Actuellement, le Québec vieillit à cause « du manque de natalité chez les jeunes (taux de fécondité inférieur à 2,1) et du pic de natalité des ainés. En 2036, les aînés devraient être plus nombreux que les moins de 19 ans (une différence de 228 000 individus, comparée à 79 000 pour les jeunes). Le « baby-boom » de l'après-guerre, 1941-1960, fait son œuvre. Les personnes nées durant cette période sont désormais près de l'âge à la retraite ou le sont présentement, ce qui occasionne une population vieillissante et une population active réduite ».
En somme, contrairement aux dires des protagonistes favorables à la réduction des seuils de l’immigration au Québec, 64,6% des immigrés connaissent le français en arrivant, 12,4 % ne parlent que l’anglais et 22,9% des immigrés ne parlent ni le français et ni l’anglais. Une fois admis, ils ont l’opportunité de suivre des cours de français, une langue très difficile à apprendre, et leurs enfants seront placés dans des écoles françaises. Combien de leurs descendants parleront français dans quelques années ? Un très grand nombre si on en juge par le passé. Rappelons-nous, les Johnson, les Macdonald, les Mulroney, les Burns, les Gray, et des milliers d’autres… dont les ancêtres arrivés sur le sol québécois ne parlaient que la langue anglaise. Et le Québec était alors beaucoup moins fort qu’aujourd’hui…
Certains affirment que l’immigration est un truc des fédéralistes pour assurer des votes additionnels en vue d’un référendum futur sur la séparation du Québec du Canada. C’est farfelu, de la petite politique. A vrai dire, rien n’est plus ridicule. L’immigration est actuellement le sauveur économique du Québec et lui donne les moyens de continuer son développement et d’assurer une protection sociale à ses citoyens. Pour bien continuer, nous nous devons de trouver moyen d’intégrer plus de nouveaux venus dans notre société par des emplois, car trop d’entre eux n’ont pas de travail et quittent le Québec, contrairement à ce qui se passe ailleurs dans les autres grandes villes canadiennes.
D’autres y voient une porte ouverte aux musulmans et blâment l’immigration de ne pas contrôler leur entrée au pays. Plusieurs d’entre eux sont francophones, possèdent des diplômes divers et sont prêts à œuvrer dans des domaines cruciaux comme celui des hôpitaux où, selon mon expérience récente, ils font un travail exceptionnel grâce à leur dévouement et leurs compétences.  
On ne cesse de parler des problèmes du développement de notre économie québécoise. Imaginez ce que ce serait sans les centaines de milliers d’immigrés que nous avons reçus durant les dernières décennies. Ils se sont bien intégrés dans notre société et leur contribution est immense.
Radio-Canada rapportait hier, que depuis un an le Québec compte 33 400 personnes de moins dans sa population active. C’est un autre argument qui nous indique que le nombre d’immigrants doit être augmenté et que leur intégration doit être accélérée. 
Donc, pour maintenir le rythme du développement économique du Québec et tout ce qui en découle, les Québécois et leur gouvernement doivent trouver des solutions pratiques pour améliorer le programme d’immigration. Les Montréalais veulent continuer à vivre dans un milieu cosmopolite qui nous ouvre au monde et à ses cultures tout en ajoutant à notre enrichissement personnel, en respectant notre langue, nos principes et notre mode de vie. Fermer l’immigration nous étoufferait économiquement à la longue. Au contraire, il faut l’accroître et la rendre efficace et performante pour bien répondre aux besoins nouveaux du Québec qui évolue rapidement.
Les solutions sont simples : les jeunes québécois doivent se donner de plus grosses familles ou le nombre d’immigrés devra s’accroître. Nous devons trouver les moyens pour diminuer le taux de chômage des nouveaux arrivés en enseignant bien le français à ceux qui le maîtrisent mal et en leur trouvant des « jobs ». Pour les prochaines immigrations, nous devons tout faire pour augmenter la présence de parlants français et de candidats qui ont des liens culturels avec le Québec, qu’ils soient unilingues français ou bilingues.
Une modification de la loi 101 pourrait nous aider à renforcir la présence de la langue française dans le monde multiculturel où nous vivons, sans brimer les droits des autres.
L’immigration coûte cher, 15-20 milliards $ par an pour le Canada et 3-4 milliards $ au Québec. On ne peut l’éviter. Il est donc important de bien administrer ce budget pour obtenir le maximum de rendement.

Nous avons un grand besoin, annuellement, de bons candidats francophones pouvant répondre aux valeurs québécoises, en nombre important. Ce n’est pas une question de survie à long terme du français au Québec mais un besoin pour son épanouissement.
A ce moment-ci, une politique populiste, des expressions de peur ou des arguments nationalistes mal fondés n’apportent rien de positif au débat. En fait, un nouveau « baby-boom » comme le plus récent des "millennials" serait la vraie solution. Mais cela, c’est un rêve en couleurs !

Claude Dupras

dimanche 1 mai 2016

La trudeaumanie à la Justin

Le Canada connaît une nouvelle vague de trudeaumanie.

Après son célèbre père, l’ex-PM du Canada Pierre Elliot Trudeau (PET), Justin Trudeau est devenu le nouveau premier ministre du Canada suite à l’élection qui a duré un record de 78 jours et qu’il a gagnée de façon surprenante avec son parti Libéral fortement majoritaire.
Depuis, il est omniprésent dans les médias qui n’ont cessé de transmettre son image, ses actions, ses politiques d’avant-garde, ses agissements et mettre en évidence sa personnalité. Beau gosse, charismatique, enthousiaste, il a un discours de son temps comme sur l’avortement, l’euthanasie, la légalisation de la marijuana… Il pratique la boxe et a un tatoo sur l’épaule gauche. Il emprunte les médias sociaux, fait des montages multimédias, tient des séances de questions sur Twitter, utilise Instagram pour ses centaines de photos prises depuis qu'il est tout petit à aujourd’hui, etc... Avec son épouse Sophie et leurs enfants, ils reflètent le bonheur, sont heureux et sourient. Quoi de mieux pour le commerce d’images et d’illusions qu’est la politique !  

De plus, en remplaçant un premier ministre, Stephen Harper, qui s’est avéré fade et peu intéressant pour les Canadiens et le reste du monde, il a engagé le Canada dans une cure de jouvence qui en fait un pays d’avant-garde pour plusieurs. Tout comme son père, il a transformé sa victoire électorale en trudeaumanie. Et, cela a vite fait le tour de la planète où Justin Trudeau est devenu l'objet d'un engouement général comme nous en avons été témoins lors de son passage récent aux Philippines.
C’est un phénomène unique en politique canadienne qui se répète. Il transforme un politicien en icône de la culture populaire même si il y a quelques mois, avant l’élection, tous les médias le qualifiaient de chef politique soit naïf, incompétent, inexpérimenté, incohérent et immature. Personne ne voyait en lui la stature d’un véritable chef qui pourrait diriger le « plus meilleur pays du monde », comme disait Jean Chrétien et rapporté par Le Devoir.

Depuis, la presse le recherche, épie ses moindres gestes, analyse tous ses mots et les traduit en images et en textes qui épatent le monde. Tout cela fait en sorte que des gens de tous les pays, particulièrement les plus jeunes, apprécient ce qu’ils voient, en demandent davantage pour mieux le connaître et l’aiment. Ce n’est pas peut dire car si on leur demandait de nommer le PM de l’Australie ou celui de la Nouvelle Zélande ou encore celui des Philippines, peu répondraient à l’une ou l’autre des questions. La trudeaumanie déferle et désormais Justin Trudeau est une vedette internationale connue et le Canada est sur toutes les lèvres. Les vendeurs en ligne en profitent. Des photos signées aux figurines, tous les moyens sont bons pour capitaliser sur le succès du nouveau premier ministre. La demande est forte.
Évidemment, un tel chef ne peut faire l’affaire des séparatistes québécois qui voient subitement apparaître un nouveau chef politique fédéraliste se lever et qui est de plus en plus écouté. Pour eux, il devient une embûche additionnelle et importante à leur démarche de convaincre les Québécois de quitter le Canada. Alors, on se moque de la trudeaumanie, on informe mal et on le dénigre finement et sournoisement tout en cherchant à diminuer son importance à l’étranger, dont en France, lors de rencontres, entre autres, avec la presse ou d'articles de magazine.. Ce qui est, à mon avis, de bien mauvais goût car, comme on dit chez nous, on n’étend pas son linge sale sur la corde à linge du voisin.

D’autant plus, que les Français admirent le Canada. J’y vis quatre mois par ans depuis 15 ans et j'en suis témoin. J’y ai fait un très grand nombre d’amis et de connaissances et constamment j’en rencontre de nouveaux. En général, ils aimeraient venir visiter notre pays, y travailler et même y vivre pour plusieurs. Jamais ai-je rencontré un Français me parler contre le Canada. Certes, on est très sympathique à la défense de la langue et de la culture française au Québec et on favorise le Québec dans les débats sur ce sujet. Ce qui est bien normal. Mais on envie le Canada, ses grand espaces, sa nature, son climat, son économie, sa population, son genre de gouvernement, son mode de vie…
A ce jour, Justin Trudeau va bien. Il a amélioré les relations avec les États-Unis. Il a accueilli 25 000 réfugiés syriens dans l’ordre. Il a signé l’entente globale sur le climat à Paris. Il a rétabli les relations diplomatiques avec l’Iran et a renforcé celle avec le Mexique. Il a promis de signer les ententes de libre–échange avec l’Europe et avec les pays du Pacifique. Il a annulé les missions de bombardement en Irak pour les remplacer par des missions humanitaires et de conseillers auprès des Kurdes. Il a engagé des discussions avec Obama pour la vente du bois d’œuvre canadien et pour d’autres sujets importants mis de côté par le gouvernement conservateur. Il a rencontré les premier-ministres des provinces et les leaders des territoires canadiens. Il travaille en collaboration avec l’ONU et le Commonwealth pour l’aide aux pays africains. Il prépare une entente particulière avec le président Obama sur le climat. Et, encore… Quelle différence d’approche, quelle fraicheur par rapport au gouvernement Harper !

Actuellement, tout est beau et positif pour Justin Trudeau et le sera pour une bonne période de temps, mais on ne peut oublier que la trudeaumanie à une fin. Celle de Pierre Elliot Trudeau s’est terminée dans un « dégoût quasi-universel dans l’Ouest canadien et ce mépris était partagé par beaucoup de québécois » pour d’autres raisons.
Après avoir été porté par la trudeaumanie, PET a été élu PM du Canada. Mais, 14 mois plus tard, il a été humilié et battu à l’élection suivante, par le jeune chef progressiste-conservateur Joe Clark qui dirigea un gouvernement minoritaire. Plus tard, PET revint au pouvoir pour diriger le pays durant cinq autres années...

Justin Trudeau se rappelle sûrement de ces moments de la trudeaumanie de son père. Il doit savoir que la sienne aura une fin. J’espère qu’il ne sera pas tenté de la maintenir au prix de ne pas prendre les décisions qui s’imposent dans l’intérêt du Canada. Son père a été un grand leader. On peut être ou ne pas être en accord avec sa personne ou son leadership, comme moi, mais il faut quand même reconnaître que lorsque l’intérêt général du pays était en péril, il s’est levé et a dirigé le Canada au détriment de sa popularité personnelle, de la trudeaumanie et de sa réélection car son moto était : Nous vivons dans un monde difficile: nous devons être nous-mêmes vigoureux; l'avenir n'est pas aux timides et aux faibles. J’espère que Justin Trudeau sera comme son père, ce jour-là, mais prendra des positions plus réalistes vis-à-vis le Québec !
Il ne lui reste maintenant qu’à tenir ses promesses et de continuer à traduire sa nouvelle trudeaumanie en influence diplomatique. Bonne chance !

Claude Dupras

 

mardi 8 septembre 2015

Les migrants et nous

Quel extraordinaire mouvement vers l’Europe de réfugiés venant de pays tyrannisés par les guerres, la misère ou la faim !

C’est par dizaines de milliers que nous les voyons traverser la Méditerranée avec leurs enfants, à leurs risques et périls, dans des embarcations fragiles après avoir payé un gros prix à des bandits qui leur ont promis mer et monde et être assurés qu’ils seraient protégés alors, qu’en réalité, ils se foutent d’eux et les laissent le plus vite possible à leur misère et plusieurs à leur mort, dès que la mer fait des siennes.
Hier, les réfugiés arrivaient de l’Afrique noire. Ces jours-ci, ils arrivent en trombe de la Syrie, d’Iran et d’Irak. Près de 40 000 sont entrés en Allemagne après avoir traversé tout le territoire européen à partir des rives de la mer en Grèce, en Italie ou ailleurs.
Le gouvernement allemand n’a pas attendu que les pays d’Europe se décident sur le sort de ces individus. Ce pays qui, plus que d’autres, met l’accent sur le respect de l’État de droit et sur les valeurs fondamentales, a ouvert tout grand ses frontières et ses bras pour les accueillir et a fixé à 800 000 le nombre de réfugiés qu’il est prêt à intégrer. Les Allemands les ont même applaudis en les voyant entrer dans leur pays. C’est typique de ce peuple germanique dont les actions passées d’intégration de nouveaux-venus ont toujours été bien organisées et remarquables.
Les nouveaux arrivants seront dirigés vers des centres d’enregistrements installés dans des tentes temporaires pour y être recensés. Des interprètes sont sur place pour les aider à remplir les procédures qui sont sous la surveillance de la police fédérale pour assurer la sécurité nationale. Ensuite, on leur distribue vivres et vêtements. Puis, dans les jours suivants, vitement, ils sont dirigés en régions en nombre déterminé proportionnellement par la population de chacune de ces dernières.
Partout, ces régions sont prêtes à leur trouver logements, nourriture, soins et tout ce qui est nécessaire pour assurer leur bien-être immédiat. Dès les premiers jours, elles placent les enfants dans des écoles. De plus, et c’est fort remarquable, elles organisent, pour tous, des cours accélérés de langue allemande afin de faciliter leur intégration. Elles cherchent du travail selon, si possible, les qualifications de chacun. Ces réfugiés sont généralement bien instruits, ont un bon métier ou une profession et veulent travailler. C’est ainsi qu’un État responsable doit agir envers des gens dans le besoin qui doivent, pour leur sécurité et celle de leur famille, quitter subitement leur pays et qui désirent s’installer ailleurs, temporairement ou de façon permanente.  
Pendant ce temps-là, le gouvernement canadien entrebâille à peine ses portes pour n’y laisser passer que quelques milliers de nouveaux arrivants par année, malgré le potentiel de gain appréciable qui découle de la venue d’étrangers dans notre pays. Les allemands ont su reconnaître dans les Syriens, des gens brillants, bien éduqués, entreprenants, travaillants et avec du cœur. Ceux, comme moi, qui ont eu l’opportunité de connaître, d’être amis et de travailler avec nos compatriotes d’origine syrienne, le savent. C’est sûrement la même chose pour les Iraniens, et les Irakiens.
La décision de l’Allemagne est motivée d’abord par sa démographie décroissante et les besoins de travailleurs et d’ingénieurs de son industrie. Cependant, ce ne sont pas des travailleurs-invités pour une période de temps définie, comme elle l’a fait dans le passé avec les Turcs, mais des immigrés invités à rester avec leur famille de façon permanente pour devenir allemands. Elle voit dans les nouveaux venus le maintien du niveau de sa main d’œuvre, de sa croissance et la continuation du développement de son économie. Ce serait ainsi, pour la même raison, au Canada et au Québec. D’ailleurs tout indique que le PM québécois Philippe Couillard le sait, puisqu’il a offert de recevoir 10 000 réfugies syriens, tout de suite.
Pour se convaincre de la véracité d’une telle affirmation, on n’a qu’à se rappeler le passé lors de la venue des 50 000 boatpeoples vietnamiens au Canada et au Québec. De même de celle des 37 000 hongrois et des 11 000 tchèques. Ils étaient pauvres mais éduqués, dynamiques, plein d’initiatives et ils se sont bien intégrés. Ils sont devenus de bons citoyens et un actif constant de développement économique pour le Québec et le Canada. Ce fut ainsi aussi pour les milliers d’individus d’une centaine de nationalités différentes qui vivent dans le Grand Montréal.
Malheureusement, une partie de notre population s’oppose à recevoir les réfugiés syriens pour la raison qu’ils sont en majorité de religion musulmane. Ce sentiment de rejet a pris racine lors du débat sur la Charte québécoise des valeurs et sur le port du voile. Suite à tout ce qui s’est dit de négatif à la Commission, rapporté dans nos médias, mal répété, mêlé, tordu, déformé, amplifié et répandu de bouche à oreille, un profond mal a été créé nonobstant que la Charte n’ait pas été adoptée. Il reste à le déraciner.
C’est similaire à la position du Front National en France. Ce parti d’extrême droite est antimusulman. Il l’affiche tout haut et refuse tout nouveau réfugié de cette religion en France, comme l’a encore répété sa cheffe Marine Le Pen lors du weekend dernier à l’université d’été du parti.  
Cela explique le sentiment négatif de plusieurs de nos compatriotes envers la religion musulmane, ses imans et les musulmans. Mais cela ne peut durer car ça va à l’encontre du bon sens, de la vérité et de la liberté. Qu’on aime ou non le voile, le fait demeure que la religion musulmane est une religion comme les autres dans laquelle des milliards de personnes ont foi. Celle-ci est la croyance dans un être supérieur et la religion, le moyen de le prier. Ceux qui n’y croient pas, ont le droit de penser comme ils le veulent mais la foi est un attribut de l’homme qui se doit d’être respecté et cela me semble indiscutable.
Il existe des musulmans de toutes nationalités. Ils sont, par exemple, des centaines de millions en Asie (Indonésie, Philippines, …), en Afrique (Maghreb, Arabie…). Ce sont des gens intelligents, éduqués, entreprenants... comme l’indique clairement leur lointain passé. J’ai eu le privilège de travailler professionnellement dans des pays musulmans africain et j’ai appris à les connaître, à rencontrer leurs familles, à être inviter à leurs fêtes et à en faire des amis. J’ai été pour quelques-uns leur parrain lors de leur venue à Montréal. Ce sont des gens de bonne famille qui veulent travailler pour gagner leur vie honnêtement. Ce sont des gens bien qui ont du potentiel. Il faut cesser de les diaboliser et mettre fin à cette injustice.   
Nous nous devons d’aider les réfugiés de tous pays quelles que soient leur couleur, leur religion. Pour l’humain, c’est un geste naturel que d’aider ceux qui sont en détresse. Certains diront obligatoire, et je suis d’accord ! De plus, c’est notre tradition et il n’y a pas de bonnes raisons pour la discontinuer. Nous avons aussi, dans le présent, besoin d’eux pour contribuer à la croissance de notre économie. Voilà pourquoi, je suis triste de voir la France se laisser banaliser par des sentiments irraisonnables basés sur la peur et de constater la même chose au Québec à cause d’une crainte injustifiée.
Le Canada est un pays de réfugiés. Ceux qui y sont venus, l’ont fait pour avoir une meilleure vie. Ils ont réussi, se sont intégrés dans notre société et y ont apporté leur soutien humain, économique et fraternel. Tous ces néo-québécois-canadiens sont un atout pour notre société.
Avec la grandeur de notre pays, ses richesses, son potentiel et sa relative petite population, il y a de la place et une espérance de bonne vie pour beaucoup de personnes.
Les Nations-Unies estiment que les réfugiés syriens seront plus d’un million au cours des cinq prochaines années. Et il y a ceux de tous les autres pays…  Nous entrons dans une période de transfert de population jamais vu.
N’hésitons pas à accueillir les réfugiés et préparons-les à bien s’intégrer chez nous en prenant l’Allemagne comme modèle.
Que le gouvernement canadien bouge ! 

Claude Dupras

 

 

mardi 9 décembre 2014

Le nouveau pont Champlain : pas trop tard pour bien ou mieux faire


Aujourd’hui, le trafic des ponts et du tunnel qui relient Montréal au territoire de la Rive-Sud est intense aux heures-de pointe, au point qu’il déborde partout et est souventes fois arrêté par des bouchons. Les périodes d’attente par les automobilistes sont longues et nombreuses. Pourtant du côté nord, on sort relativement facilement de l’île de Montréal. L’explication est simple. Sur le côté sud, il y a 13 voies de circulation de véhicules pour traverser le fleuve, dans chaque direction, alors qu’il y en a 22 sur le côté nord pour une population presque équivalente. Il n’y a eu aucune nouvelle voie de circulation pour traverser le fleuve Saint–Laurent depuis 1967.
 

Depuis de nombreuses années, les montréalais et les citoyens de la Rive-sud exaspérés, les industriels et les commerçants demandent un pont additionnel sur le Saint-Laurent pour desservir l’île de Montréal. Pont additionnel veut dire voies additionnelles. Malheureusement, le nouveau pont Champlain ne répondra pas à ce besoin car il ne comporte que trois voies dans chaque direction, tout comme l’actuel. Le même nombre et la même largeur de voies sauf pour un accotement additionnel et un train léger.
 
Il y aura donc encore des bouchons sur le nouveau Pont Champlain, et sur les rives de chaque côté, même si le nouveau train léger remplacera les dizaines d’autobus qui aujourd’hui font la navette. « Mais ce ne sera pas suffisant car le déficit en termes de capacité routière est trop grand » m’a confirmé un ingénieur spécialisé en circulation de véhicules. De plus, les camions qui viennent des USA auront toujours la même difficulté pour livrer leurs marchandises. Avec un accès rapide, les coûts seraient diminués.
  
Dès l’ouverture du pont, nous en serons presque au même point. Il ne me semble pas y avoir eu de collaboration entre Québec et Ottawa (conflit Harper-Marois) pour le design du nouveau pont en rapport avec les besoins de circulation des véhicules entre Montréal et la rive-sud. Où en serons-nous dans 10 ans, avec un nombre d’automobiles qui croît au rythme de 1,9% par année au Québec dont environ 50,000 par an dans la grande région de Montréal. L’autoroute des Laurentides nous démontre clairement les effets du boom automobile.
 
Une voie additionnelle dans les deux directions du nouveau pont serait un ajout, nécessaire, essentiel et minimum. Deux voies équivaudraient à un pont additionnel. D’ailleurs, cela est conforme aux conclusions de la très sérieuse Commission Nicolet, dirigée par le réputé ingénieur québécois Roger Nicolet, en janvier 2003 et qui a fait une étude intensive pour améliorer la mobilité entre les deux rives du fleuve Saint-Laurent. Elle a suggéré l’addition d’un tunnel à deux voies et deux niveaux dans chaque direction, parallèle au pont Champlain (alors en bonne condition). Il est inconcevable qu’aujourd’hui personne ne relève cette situation.
 
Une voie de plus, c’est 2 000 véhicules par heure additionnelles aux heures de pointes, dans chaque sens, soit une augmentation de 33% de véhicules.
 
Il nous faut demander, je dirais même exiger, l’ajout d’une voie additionnelle dans chaque direction? Ces voies ne coûteraient relativement pas cher. 
 
De plus, pour la construction du nouveau pont Champlain, le gouvernement fédéral n’a pas fait de concours international invitant les designers de ponts à présenter leurs propositions. Il a unilatéralement décidé d’engager le compétent danois Poule Ove Jensen. À ce moment-là, il a mis de côté la possibilité d’obtenir les concepts d’autres grands designers, tel sir Norman Foster qui a fait le superbe viaduc de Millau. 
 
L’architecte français Roger Taillibert est un de ceux qui auraient aimé présenter leur projet de pont mais n’en ont pas eu l’opportunité. Devant l’évolution du dossier, il a décidé de faire connaître, en catastrophe, son projet aux Montréalais. C’est un beau et spectaculaire projet, tout d’acier, qui, il me semble, leur plait plus que celui de Jensen. Taillibert assure qu’il est moins cher et peut être réalisé plus rapidement. Or, sa proposition arrive en pleine période de préparation des soumissions pour la réalisation du nouveau pont par les trois groupes de constructeurs choisis par le fédéral. Ils doivent présenter leurs propositions techniques dans un peu plus de 2 mois, le 4 février 2015, et leurs propositions financières le 1er avril 2015.
 
Les groupes choisis sont très compétents et regroupent chacun des ingénieurs et constructeurs de grande réputation au Québec, au Canada et à travers le monde pour la réalisation de grands ouvrages d'art semblables. Ils doivent respecter le design et le concept de Jensen, mais à la demande du gouvernement fédéral, ils pourraient soumettre un prix pour un pont à quatre voies dans chaque sens au lieu de trois et en faire les plans et devis. Un retard de quelques mois seulement pour la remise de propositions dans ce sens serait requis mais le résultat en vaut la chandelle.
 
Le projet actuel du nouveau pont Champlain doit être repensé. Il ne s’agit pas de changer les équipes de constructeurs choisis pour la compétition, mais plutôt de réfléchir davantage à sa capacité-véhicules et à son allure. Jensen devrait modifier son projet pour ajouter de nouvelles voies.
 
Malheureusement, cela n’assure pas que notre pont sera le meilleur possible à tous les points de vue car si d’autres designers, jamais sollicités, sont en mesure de proposer des solutions différentes, pratiques, moins coûteuses, plus spectaculaires, pourquoi ne pas les considérer ? Sur la proposition de Taillibert, le ministre Lebel a affirmé spontanément « il est trop tard ! » sans même demander à ses ingénieurs d’examiner le concept proposé par Taillibert avant de le rejeter du revers de la main.

Trop tard ? Pourtant, si un projet représente une solution permettant d’avancer la livraison du pont, il ne peut être question de retard. Et s’il était moins coûteux, cela diminuerait le coût du péage, non ? On n’a pas les moyens de refuser de meilleures idées ou de meilleurs concepts. Si le concept de Taillibert est acceptable au point de vue technique, pourquoi ne pas le soumettre aux soumissionnaires comme possibilité d’une proposition alternative.
 
Notre nouveau pont sera là longtemps et ces quelques mois supplémentaires peuvent changer beaucoup de choses. 
 
Les Montréalais ont débattu sur le nom du nouveau pont, mais ils n’ont pas eu la possibilité de discuter de son concept et design, ce qui est beaucoup plus important. Le temps est venu qu’ils s’impliquent.
 
Nous voulons le plus beau pont. Nous voulons qu’il réponde aux pressants problèmes quotidiens de mobilité pour les personnes et les marchandises. Nous voulons éliminer la pollution que génère la congestion qui nous confronte, de plus en plus chaque jour. Nous voulons que les économies montréalaise et québécoise cessent d’être pénalisées par les problèmes de circulation des véhicules. C'était le constat de la Commission Nicolet.

 
Claude Dupras
 


 

 

samedi 8 novembre 2014

Stephen Harper aime-t-il le Québec ?

Le passage du président de la France, François Hollande, en nos murs, a suscité beaucoup d’intérêt. Après avoir visité l’ouest Canadien avec le PM canadien Stephen Harper, pour parler de pétrole en faveur de la pétrolière française Total, il se présenta à la Chambre des Communes, pour livrer un discours à la nation où un parterre impressionnant de leaders de notre pays l’attendait. Le président exprima ses bons sentiments envers le Canada et n’a pas tari d’éloges sur sa splendeur, sa grandeur et sa richesse. Quant au peuple canadien, il déclara ouvertement son amour pour les Québécois et son amitié profonde pour tous les autres Canadiens. 

Son discours fut important et toucha particulièrement les sujets de l’énergie et du climat. Deux sujets délicats pour notre premier ministre Stephen Harper, grand défenseur de l’exploitation pétrolière des sables bitumineux albertains et incrédule de la véracité des changements climatiques qu’il a qualifié d’« invention socialiste ». Hollande prononça son allocution avec vigueur et conviction et ce fut le plus important et le meilleur discours de sa visite. Il s’était bien préparé et il impressionna la majorité des Canadiens qui l’écoutaient de tous les coins du pays.
Malheureusement, son discours au Québec ne fut pas de la même nature. Il semblait non structuré et improvisé. Hollande cherchait dans ses feuilles des points de discours et voltigeait d’un à l’autre sans suite vraiment logique. Et, tout comme il fait en France où il accepte, à cause de son impopularité personnelle extrême, toutes les idées qui lui sont soumises pour chercher à regagner de la sympathie et l’appui de tous ceux qui l’ont lâché politiquement, il a dit « OUI » au Québec. Il a affirmé que la France participerait activement aux deux nouveaux projets du PM Couillard : Le « Plan Nord » au nord du 49e parallèle et le « Maritime » sur les berges du Saint-Laurent. 
Si j’avais un conseil à donner au PM québécois, ce serait d’attendre le premier engagement officiel de la part d’une entreprise française dans un de ces projets pour se réjouir. Personnellement, j’y croirai lorsque de tels gestes seront posés car je n’ai aucune confiance dans les dires et les capacités de réalisation de ce président français qui est venu parler à Québec… pour parler.
Aujourd’hui, Hollande ne récolte que seulement 12% d’appuis du peuple français. Harper est dans la même situation au Québec, puisqu’il ne recueille que 14%. Mais, contrairement à Hollande, Harper ne fléchit pas. Il croit à sa vision du Canada, à ses politiques et est convaincu que le Québec s’en sortira mieux malgré son indifférence envers lui. Il est convaincu du résultat futur et continue à foncer en avant vers la destination que, pour lui, le Canada doit atteindre. Pourtant, s’il tenait compte plus souvent de l’opinion des Québécois, il pourrait probablement faire élire, à la prochaine élection, une dizaine de députés conservateurs de plus au Québec, ce qui lui assurera son retour au pouvoir car son bilan économique est très fort.
Dans les jours qui ont suivi la visite du président français, je discutais  de tout cela avec un ami, autour de tasses de café. Lorsque notre conversation porta sur la politique fédérale, mon compagnon m’affirma soudainement que les agissements d’Harper envers le Québec venaient du fait qu’ « Harper n’aime pas le Québec ». Je fus surpris de cette affirmation claire et nette. Depuis, j’y réfléchis.
En fait, si on juge l’attitude d’Harper envers le Québec, son approche politique, ses décisions, ses lois, on peut être porté à penser qu’Harper a un problème personnel avec le Québec et que peut-être il ne l’aime pas. En effet, il n’accepte que rarement une position politique qui correspond aux désirs des québécois. Entre autres, il a détruit le registre canadien des armes à feu qui fut réclamé fort majoritairement par les Québécois suite au massacre de Polytechnique. Il a engagé le Canada dans la guerre en Afghanistan malgré l’opposition des Québécois. Il a coupé injustement dans les budgets des arts et de la culture si chers aux québécois. Il a modifié les transferts pour le système de santé, accablant ainsi le budget québécois. Il a coupé de moitié le budget de la condition féminine éliminant la recherche et la défense des droits des femmes, malgré les nombreuses oppositions de Québécoises. Il a mis de côté l’Accord de Kelowna destiné à améliorer, entre autres, la vie des autochtones québécois malgré les pressions de ces derniers et du gouvernement québécois. Il a favorisé une justice impitoyable et répressive à la GWBush qui va à l’inverse de l’approche pénale des québécois. Il a renié la signature du Canada sur l’accord de Kyoto, malgré l’appui quasi unanime des Québécois pour cette entente. Dans le conflit palestinien, il est à 100% avec Israël alors que les Québécois font la part des choses. Harper a perdu, à cause de ce qui précède, le siège au conseil de sécurité de l’ONU pour le Canada, au grand regret des Québécois. Il fait la promotion du pétrole brut des sables bitumineux malgré la farouche opposition des Québécois. Durant le pouvoir péquiste récent au Québec, Harper a tout fait pour ne pas aider ce gouvernement péquiste qui, pour lui, était un ennemi du Canada, même si les Québécois l’avait élu. Et ça continue… en fait, je pourrais noircir toute cette page d’exemples similaires.
Pour un Québécois, c’est à n’y rien comprendre surtout qu’il oublie vite les bons coups d’Harper, telle : l’augmentation des transferts fédéraux en 2005 pour solidifier le budget du Québec mais qui a été transformée, pour des fins électorales, en baisse d’impôts par le PM québécois Jean Charest, au grand dam d’Harper.
Harper parle relativement bien le français qu’il a appris dans les écoles albertaines où rares sont ses compatriotes qui ont réussi à maitriser cette langue comme il l’a fait. Il refuse tout débat constitutionnel pour régulariser l’accord de 1982 que le Québec n’a pas signé, car il craint la confusion et les divisions nationales qu’un tel débat crée. Pour se montrer ouvert, il a fait voter à l’unanimité à la Chambre des communes une résolution reconnaissant le Québec comme une nation. C’est peu, mais cela représente sa pensée. Il commence toujours ses discours en langue française où qu’il soit. Même s’il vient rarement au Québec, on ne peut pas dire qu’il ne respecte pas les Québécois.
Harper est un homme de droite et il a des convictions profondes. Tout comme Pierre Elliot Trudeau, l’ex-premier ministre libéral, qui était plus à gauche. Mal-aimé en Alberta, où le parti libéral ne remportait aucun comté à cause de ses politiques sur l’énergie, personne n’accusait Trudeau d’agir ainsi parce qu’il n’aimait pas les albertains. C’était une question politique et non personnelle.
Harper a réussi à réunir les forces de l’opposition de droite, à créer le nouveau Parti Conservateur du Canada et à prendre le pouvoir.  On peut être en désaccord avec ses politiques, voter contre lui, mais l’accuser de ne pas aimer les Québécois, la preuve n’est pas faite. Par contre, il a démontré de l’amitié !
La responsabilité d’un premier ministre canadien est de maintenir et de bâtir un Canada fort. Durant les longues années des libéraux et même du parti progressiste-conservateur du Canada de Joe Clark et de Brian Mulroney, les politiques s’orientaient, en bonne partie, vers le centre-gauche. Depuis le début du règne d’Harper, ce dernier croit que le temps est venu de redresser les politiques canadiennes en dirigeant le pays vers la droite afin de stabiliser notre orientation future. Il n’a pas tort de vouloir protéger la santé financière future du Canada, si on en juge par le piteux état financier de la France créé par un amoncellement de politiques de gauche, depuis la 2e guerre mondiale.. 
Pour Harper, la pouvoir politique est un balancier régulateur de la santé du pays.
Claude Dupras

dimanche 2 novembre 2014

Le désappointant PKP

 Il est vraiment surprenant ce Pierre-Karl Péladeau (PKP), le magnat des médias québécois qui a décidé de quitter son conglomérat pour la politique active. Sur sa page Facebook d’hier, il a publié un texte dans lequel il s’attaque directement à la famille Desmarais, celle du regretté, célèbre et exceptionnel homme d’affaires québécois Paul Desmarais.
 
Il a malicieusement tenté de démontrer que le passage de l’oléoduc du pétrole brut albertain à travers le Québec a été décidé par la famille Desmarais afin qu’elle puisse profiter de revenus additionnels de ses investissements dans la pétrolière française Total. Rien moins que cela.
Le pétrole de l’Alberta, contenu dans des sables bitumineux, a un volume d’environ 1,8 billion de barils de bitume, soit une quantité comparable en ordre de grandeur à l'ensemble des réserves de pétrole conventionnel au monde. Avec les méthodes modernes de production de pétrole, seuls 10 % de ces dépôts, c'est-à-dire environ 170 milliards de barils sont économiquement et « proprement » exploitables.
On le dit sale. C’est l’exploitation qui est sale et qui est critiquée. Je l’ai fait souventes fois dans mes blogs passés. Sa production génère beaucoup de GES et requiert une quantité importante d’eau fraîche. Depuis le début, la qualité de l’extraction s’est grandement améliorée mais il reste encore beaucoup à faire. Les pétrolières y travaillent car elles veulent vendre leur produit. Quant à ce pétrole brut qui est transporté, il a une consistance similaire à ceux du Venezuela et de l’Algérie. Il n’est pas plus sale que les autres.
Pour le vendre, il faut l’exporter dans le monde. C’est une difficulté majeure. À l’ouest, via le Pacifique, aux pays asiatiques et l’Océanie. Au sud, via l’oléoduc KeystoneXL et autres, aux USA et aux pays de l’Amérique centrale et de l’Amérique du sud. À l’est, par l’oléoduc de l’est, aux raffineries des provinces canadiennes et du nord-est américain, et, via l’Atlantique, à l’Europe et à l’Afrique.
C’est une richesse incroyable qui appartient à tous les Canadiens. Pour 2014, les revenus de l’industrie du pétrole et du gaz au Canada auront générés près de 150 milliards de $. Évidemment, les premiers bénéficiaires sont les citoyens de l’Alberta dont près d’une centaine de milliers de travailleurs québécois qui y ont émigré avec leurs familles pour trouver de bons emplois rémunérateurs. Le gouvernement du Canada, ceux des provinces et tous les autres citoyens du pays sont aussi favorisés car les revenus, partagés grâce au système de péréquation, allègent les systèmes de taxation. Avec plus de revenus, les gouvernements ont la possibilité de rendre de meilleurs services tout en diminuant les dettes publiques et les impôts.
En juin 2013, la production en opération fut de 3 537 000 barils/jour de pétrole brut. La production des projets futurs était estimée à 7 694 120 b/j.
Voici ce que PKP a affirmé :
- « La famille Desmarais est le plus important actionnaire de TOTAL ». En réalité, elle n’a que 3,6% du capital et des droits de vote de la compagnie conjointement avec un investisseur belge. En fait, elle détient près de 1,8%. Le plus important actionnaire, vraiment ?
- « TOTAL est l’un des plus importants exploitants albertains du pétrole extrait des sables bitumineux ». La compagnie est présente en Alberta avec les autres grandes pétrolières du monde. Au début du printemps 2013, elle s’est retirée du projet d’une usine pétrolière en Alberta devant réduire la viscosité des pétroles bitumineux afin de pouvoir les traiter dans les raffineries traditionnelles. Cette aventure s’est soldée par une perte de 1,6 milliards$ pour la compagnie. En juin 2013, TOTAL avait un investissement de 38,4% dans les projets de Fort Hill (avec Suncor et Teck) et un autre dans le projet minier de Joslyn. Elle a produit 192 384 b/j, soit 5,4% de la production totale. En rapport avec le futur, sa part est prévue à 219 040 b/j, soit 2,84%. C’est çà, le plus important exploitant ? 
- « Les américains refusent l’accès vers le sud avec le projet Keystone actuellement suspendu ». Les inquiétudes originales avaient rapport avec l’importante nappe aquifère du Nebraska. Des dévoiements de l’oléoduc Keystone XL ont été proposés par Trans Canada Pipeline et acceptés par le gouverneur du Nebraska qui a levé son opposition. Aujourd’hui, c’est la tenue des élections législatives américaines de novembre qui retarde l’accord final d’OBAMA. Ce dernier ne veut pas déplaire à sa base environnementaliste avant les élections. Après, il devrait agir comme il l’a déjà dit, surtout si, comme prévu par les sondages, les républicains, qui y sont favorables au XL, détiennent la majorité au Sénat américain tout en maintenant celle à la Chambre des représentants. Ce qu’on doit savoir c’est qu’une grande partie de l’oléoduc Keystone d’une longueur de 3 462 km est déjà construite car il n’est pas un oléoduc mais un réseau d’oléoducs. En effet, depuis la demande de permis de construction du XL, il y a 5 ans, des milliers de km  ont été réalisés et mis en opération. Ils transportent, actuellement, 600 000 des 2,5 millions de b/j que le Canada vend et livre aux USA. Avec trois des quatre phases du Keystone en opération, il ne reste qu’une section connue sous le nom de KeystoneXL, du sud du Nebraska aux champs de pétrole de l’Alberta, à terminer. Cette dernière ajoutera 400 000 b/j (dont 25 % sera du pétrole américain) au réseau. « L’accès vers le sud » sera bientôt accepté.   
- « L’ouest canadien est également bloqué en Colombie Britannique avec celui du Northern Gateway ». Ce projet, consiste en deux réseaux de distribution : un oléoduc pour le pétrole brut et un pipeline pour le gaz naturel. Ils traverseront les montagnes Rocheuses situées dans la province de Colombie Britannique (CB). Il rencontre l’opposition de bandes de Premières Nations, du puissant lobby des environnementalistes, du Nouveau Parti Démocratique du Canada et du gouvernement de cette province qui réclame une partie des royautés que reçoit l’Alberta. Le 17 juin 2014, suite à de nombreuses discussions, le gouvernement Canadien accepta l’avancement du projet conditionnellement à ce que 209 problèmes, identifiés par des comités d’études, soient corrigés avant la prochaine étape d’approbation du projet. On juge dans les milieux bien renseignés que ces conditions seront rencontrées, que la province sera satisfaite et que ce projet sera finalement débloqué.
- « Il n’y a que l’ouverture vers l’est par pipeline, ou le transport ferroviaire que les experts disent coûter $20 le baril, qui serait ainsi épargné pour le bénéfice des actionnaires de Total par l’oléoduc ». L’ex-premier ministre Pauline Marois et son gouvernement ont accepté l’oléoduc de l’est. Quant au port pétrolier de Cacouana, pour le ravitaillement des bateaux-citernes vers les pays de l’Europe et de l’Afrique, il reste à vérifier si les complaintes et les arguments de ceux qui s’y opposent sont valables. Il est facile de susciter des sentiments anti-gouvernements, de s’opposer à la construction d’oléoducs, de pipelines, etc… mais encore faut-il démontrer clairement que de tels projets vont vraiment à l’encontre de l’intérêt public. De plus, ce sont tous les actionnaires de tous les producteurs qui bénéficieront de cette ouverture vers l’est.  
On voit bien que les déclarations de PKP n’ont pas de bases solides. Je soupçonne que le but réel de sa déclaration sur Facebook a été faite pour rallier, à sa candidature, les séparatistes qui voient « les Desmarais » dans leur soupe ! D’ailleurs plusieurs de ceux-ci, suite à la publication, se sont spontanément exclamés : « déclaration extraordinaire », « super, super », « un vrai chef »…
Que PKP se donne comme objectif de séparer le Québec du Canada, c’est son affaire! Mais qu’il se permette, par un court communiqué, de tromper sciemment ses concitoyens sur un projet d’une importance capitale pour tous, est incompréhensible. Çà sent la petite politique ! Et si c’est pour atteindre des ambitions politiques, c’est désappointant.
PKP peut vouloir montrer ses muscles à la famille Desmarais, encore faut-il qu’il soit de taille. Paul Desmarais et Pierre Péladeau étaient des hommes d’affaires hors de l’ordinaire qui aimaient aussi se mêler de politique. Tout le monde le savait et les partisans appréciaient.
Mais nous sommes dans une nouvelle ère. Les fils Desmarais sont des hommes qui s’occupent de leurs affaires. Si Pierre-Karl Péladeau a préféré quitter le monde des affaires pour la politique, c’est une décision noble et c’est très bien. Mais pour réussir, il se doit d’être juste avec les Québécois et être à la hauteur d’un chef politique.  
Claude Dupras 

lundi 18 août 2014

Les entreprises sont les nouveaux conscrits de la guerre politique


Depuis la fondation de Québec, il y eut plusieurs guerres pour lesquelles les gouvernements ont appelé les jeunes à joindre l’armée de façon volontaire et lorsqu’ils croyaient que cela ne suffisait pas, ils imposaient la conscription pour le service militaire obligatoire. Après la conquête de la colonie française, plusieurs hommes politiques francophones s’opposèrent à ces mesures en associant impérialisme et conscription dans leurs discours pour dénoncer le fait que le Canada soit entraîné dans ces conflits à cause de ses relations avec le régime britannique.
La conscription fut appliquée particulièrement sévèrement pendant la guerre des Boers et la première guerre mondiale en 1917. Lors de la deuxième guerre mondiale, le gouvernement de Mackenzie King et ses ministres québécois hésitèrent à voter la conscription et ce n’est que dans les derniers moments de la guerre que 2 500 individus furent conscrits et peu de ceux-là moururent sur les champs de bataille.
À chaque guerre, les jeunes joignaient volontairement les rangs pour des raisons personnelles qui les motivaient à le faire. Peu, parmi eux, voulaient sauver la France ou l’Angleterre, mais ils étaient surtout motivés par la possibilité d’échapper au chômage, de quitter leur coin de terre reculé et leur quotidien morose pour aller à l’aventure et « voir du pays ». D’autres y allaient par conviction croyant la guerre juste et choisissaient l’action en vue de former leur destin et de renaître de la guerre. Ou, encore, ils provenaient de familles militaires et y voyaient une façon de montrer leur loyauté à leurs proches en accomplissant ce qu’ils jugeaient être leur devoir.
Lors des conscriptions, plusieurs jeunes résistèrent à l’obligation militaire et ne voulurent pas s’enrôler. Ils n’étaient pas fascistes. Ils choisissaient de devenir des « hors-la-loi ». Ils se cachaient dans les forêts ou les régions lointaines pour vivre une vie de misère et de survie. Ils étaient qualifiés de « déserteurs ». Étaient-il des insoumis, des lâches, des peureux, des « perdants » comme plusieurs disaient à ce moment-là, ou étaient-ils des objecteurs de conscience ? Ils devinrent des coureurs des bois et durent survivre aux hivers difficiles et à la chasse aux déserteurs organisée par le gouvernement. Ils n’eurent pas la vie facile, surtout lors de la première guerre mondiale.
Il en fut de même aux USA, particulièrement pendant la guerre du Vietnam alors que les « draft-dodgers » se sauvèrent de leur pays pour aller dans un autre comme le Canada. Plus de 75 000 jeunes américains ne voulant pas aller au front pour des raisons de conscience, disaient-ils, se réfugièrent chez nous. Après la guerre, le gouvernement américain vota deux amnisties, en 1974 et 1977, et une grande majorité des réfractaires retournèrent aux USA, où plusieurs furent mal accueillis par leurs compatriotes.
Il faut reconnaître que l’enrôlement obligatoire pose aujourd’hui des problèmes d’éthique. Le Canada et les USA reconnaissent maintenant qu’il ne respecte pas les droits des individus. Il est aussi une violation de la famille. Du point de vue moral, plusieurs prêtres affirment que la conscription est condamnable, anti-démocratique et va à l’encontre de la charité chrétienne.
Aujourd’hui, notre gouvernement canadien n’est pas en guerre mais il aime se mêler des affaires des autres pays lorsque les politiques appliquées dans ces pays ne respectent pas, selon lui ou pour une raison partisane, les principes et les directives des Nations Unies. Ce faisant, il vient d’inventer une nouvelle catégorie de conscrits.
La population ukrainienne au Canada est fort importante et électoralement stratégique. Le gouvernement Harper le sait et agit en conséquence. Pour s’assurer de son support, il s’oppose fermement à la Russie dans ses démêlés avec les séparatistes de l’Ukraine surtout depuis l’annexion de la Crimée. Pour faire pression sur le gouvernement Poutine, il ne ménage ni ses mots durs ni ses actions dommageables. Il en met trop. Beaucoup trop. Mais qu’importe, cela satisfait les Ukrainiens canadiens et c’est ce qui compte pour lui.
Ainsi, en représailles aux sanctions d’Harper sur les voyages et autres restrictions envers les oligarques russes, et celles d’autres chefs politiques occidentaux, le gouvernement russe a banni, pour un an, les importations vers la Russie de viandes, de poissons, de fruits, de légumes, de lait, de produits laitiers… Cette décision fait financièrement mal aux cultivateurs, fermiers, pêcheurs et producteurs canadiens. Notre gouvernement n’avait pas prévu cette riposte car il avait estimé que Poutine n’adopterait jamais une telle mesure draconienne sachant qu’elle générerait un effet négatif majeur sur l’économie russe puisque la rareté de ces produits créerait une augmentation des coûts qui affecterait les budgets des familles et se reflèterait sur l’économie déjà souffrante. Harper s’est trompé car les producteurs russes qui peinaient à concurrencer les produits importés verront leur part du marché augmenter (ils sont encouragés à le faire) et les importations de l’Amérique latine croîtront appréciablement.  
En plus, cette surproduction canadienne retombant sur notre marché occidental, créera une baisse des prix et par conséquent une diminution des profits des producteurs.
Le Financial Post de cette semaine met en garde le Canada sur le développement des sanctions de toutes sortes contre un autre pays, particulièrement un pays majeur comme la Russie. Il rappelle qu’aujourd’hui l’économie mondiale est intégrée et le blocage d’activités économiques peut créer des risques d’affaires importants et affecter négativement l’économie, deux aspects devenus imprédictibles par rapport au passé.
La loi permet au Canada d’« utiliser les échanges commerciaux et les investissements comme armes de dissuasion s’il y un danger pouvant affecter la paix internationale et la sécurité, pouvant résulter dans une crise internationale ».
Comme l’écrit l’éditeur du journal, Terence Corcoran, « le problème est l’effet sur les entreprises affectées par les sanctions économiques et qui voient leurs affaires diminuées. Pourquoi doivent-elles absorber ces pertes générées par une décision du Canada d’imposer des sanctions économiques envers un autre pays ? ». (traduction CD)
Ces entreprises sont en fait, les nouveaux conscrits. En effet, elles ont été induites à participer à une guerre politique de leur pays sans le vouloir. Pourquoi un individu, un commerce ou une entreprise canadienne devraient-ils ou elle subir des contrecoups d’une guerre politique entre Harper et la Russie ? Et si ses attaques continuent, toujours pour assurer le vote ukrainien à son parti, quel autre flanc de notre commerce canadien sera affecté? Qui doit rembourser les pertes des entreprises touchées ? Nous tous ?   

Claude Dupras  

samedi 31 mai 2014

Les femmes de vétérans

Quelle image désolante que celle du ministre canadien des anciens combattants, Julian Fantino, se faufilant dans un corridor du parlement pour éviter volontairement d’écouter la complainte d’une femme d’ancien combattant, Jenifer Migneault, qui finalement a crié pour se faire remarquer par la presse. La télé nous montrait le ministre lui tournant le dos et accélérant le pas pour se sortir de cette situation.

Elle a bien fait. Tout ce qu’elle veut, c’est une rencontre avec le ministre pour lui faire part de la vie qu’est la sienne et celles de milliers d’autres épouses ou conjointes d’anciens combattants face au symptôme de stress post traumatique (SSPT) qui afflige un très grand nombre de nos soldats après leur retour à la vie civile.

Fantino, ancien chef de police de Toronto est député et ministre conservateur en fonction depuis près d’un an. Il est un dur qui n’accorde aucune importance aux relations humaines dans sa fonction.

Cela arrive au même moment où l’ex-lieutenant-général Dallaire démissionne de son poste de sénateur pour consacrer tout son temps notamment à ses recherches sur le SSPT (un mal dont il souffre) et à la lutte contre le phénomène des enfants soldats. Il faut se rappeler que ce vaillant soldat avait crié aux pays du monde entier, dont la France, la Grande-Bretagne et les USA, d’envoyer des troupes supplémentaires pour prévenir le déclenchement des massacres au Rwanda en 1994. Il n’avait pas été entendu et depuis, a toujours dénoncé cette inaction.

Nos soldats sont de jeunes volontaires qui sont déplacés sur différents fronts de guerre au monde. Ainsi le mari de Mme Migneault a fait partie de quatre missions importantes au Golfe, en Irak, en Haïti et en Syrie. Leur retour à la maison n’est pas toujours de tout repos car plusieurs se découvrent un trouble réactionnel découlant d’une blessure opérationnelle. Il vient, généralement, d’un évènement traumatique, qui les a marqués, comme la confrontation avec la mort, la peur de mourir ou lorsque leur intégrité physique ou celle d'un de leurs compagnons d’armes a pu être menacée. Cela a provoqué une peur intense, un sentiment d'impuissance ou un sentiment d'horreur. C’est le SSPT. Pour plusieurs, cela peut être de courte durée, pour d’autres, comme le mari de Mme Migneault, il se chronicise.

On peut facilement imaginer la répercussion sur les membres de la famille, particulièrement l’épouse, aux prises avec, ce qui est en fait, le prix ultime à payer pour le déploiement militaire de leur mari au service de leur patrie.

Le soldat Migneault a dû attendre sept ans avant que son syndrome soit reconnu et, malgré une médication hebdomadaire, les cauchemars continuent, l’anxiété persiste, la honte est pénible, le déni est perceptible, l’humeur est affectée, le suicide guette... La détresse est si présente qu’il ne peut être laissé seul. Les enfants ne comprennent pas, la famille souffre et celle qui encaisse tout, c’est l’épouse ou la conjointe.

Mme Migneault a cherché à confronter le ministre pour revendiquer de l’aide pour ces femmes qui ne sont « pas outillées pour bien accompagner les vétérans ». Dans son cas, ce n’est que lorsqu’elle a atteint le fond du baril et crié à l’aide qu’elle a obtenu une aide psychologique. Elle considère important que le ministre la voit, la rencontre, l’écoute car elle est l’image de toutes celles qui, comme elle, vivent des vies difficiles. Elle veut que le ministre ressente, avec raison, que toutes ces personnes doivent être reconnues comme des aidants naturels et qu’elles soient aidées dès le retour de leur soldat.

J’aime parler avec des vétérans. Je m’en fais un devoir car ces individus ont risqué leur vie afin que nous puissions vivre dans une démocratie saine, prospère et protéger. Dans les derniers mois, j’en ai rencontré deux. Un au Québec, l’autre à Puerto Rico. Je leur ai posé la même question « comment vous aide votre gouvernement ». Dans les deux cas, la réponse fut similaire : « rien, si on n’est pas blessé ». Ces hommes et femmes qui ont été enrôlés durant plusieurs années ne reçoivent pas d’appuis pour leur retour à la vie civile. Pas d’aide psychologique spontanée, pas d’aide pour trouver un emploi, pas de cours d’orientation pour parfaire leur éducation, pas de pension… seul l’hôpital militaire pour vétérans à leur disposition. Cela me semble injuste. Dans les deux pays, la réaction gouvernementale est similaire.

Aux USA, la colère des GI américains vient d’avoir raison du secrétaire américain aux anciens combattants qui a dû démissionner et Obama a promis « que son successeur se préoccupera davantage de leur sort ». À quand la démission de Fantino, qui refuse de rencontrer l’épouse d’un ex-soldat qui veut le sensibiliser afin que toutes les femmes qui accompagnent un vétéran qui souffre profondément de son service militaire, soient "outillées" pour les aider ?
Claude Dupras

lundi 12 mai 2014

Les politiciens, les routes, les ponts

La Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, la commission Charbonneau, a mis en évidence cette semaine l’ex-ministre péquiste Guy Chevrette qui a été longtemps ministre de différents ministères du gouvernement du Québec, dont celui du Transport. Il a été accusé, au début des séances publiques que tient la Commission, par un organisateur politique d’avoir reçu un montant de 100 000$ pour la construction d’une route, la 125 nord, au coût de 23 millions de $ dans son comté.

Chevrette a défendu férocement sa probité, son intégrité et a tout nié en rapport avec le présumé montant reçu. On ne pouvait s’attendre à autre chose. Mais ce qui a été plus révélateur, c’est son affirmation à l’effet que « le choix de la réalisation de grand projets routiers au Québec est politique ».

La 125 nord est une route (de qualité autoroute), en pleine forêt et montagnes, longue de plus de 40 de km. Depuis son ouverture au public, elle est très peu fréquentée. Je l’ai parcourue hier pour vérifier la véracité de cette affirmation et je n’ai croisé que trois automobiles qui venaient en sens contraire et des dizaines de cyclistes. J’ai compris pourquoi elle a le surnom « de la plus belle route cycliste au Québec ». C’est Chevrette qui a décidé de la construire supposément, dit-il, « pour des raisons de développement touristique de sa région de Lanaudière ». Les spécialistes du ministère du Transport, responsables de l’analyse des besoins routiers au Québec, sont venus témoigner à la Commission pour affirmer qu’ils n’étaient pas en accord avec la construction de cette nouvelle route 125 nord puisqu’ils ne pouvaient en démontrer la nécessité.

Pour justifier son raisonnement, Chevrette a donné cinq exemples de cas similaires de routes construites durant les dernières années, dont l’autoroute qui mène de la ville de Québec au Saguenay et l’autoroute 55 qui s’étend de la frontière canado-américaine (route de Boston) à la transcanadienne. Je connais ces deux autoroutes. Elles sont somptueuses et se déroulent dans un décor naturel de toute beauté. Mais elles sont peu achalandées et leur réalisation a coûté très cher.

Il me semble clair que les projets mentionnés plus haut font la preuve que la réalisation de grands projets routiers doit être basée sur des études de circulation sérieuses et qu’aucun projet de cette nature ne peut être accepté par les élus sans la recommandation des hauts fonctionnaires experts du ministère. Ce n’est pas à un député-ministre, qui ne s’y connaît pas en la matière, de décider et d’imposer une telle dépense à l’ensemble des Québécois, pour accroître sa popularité locale.

Le Québec fait face à des déficits importants et à un surendettement qui dépasse ses moyens. Cela est dû au laisser-aller politicien des dernières années durant lesquelles la manne a été distribuée aux Québécois qui en demandaient toujours davantage. Malheureusement, elle n’était pas providentielle ni miraculeuse mais générée par nos emprunts. Et aujourd’hui, le nouveau gouvernement Couillard se voit obligé de proposer de prendre des bouchées doubles de coupures budgétaires pour resolidifier d’urgence les finances du Québec. Ça va faire mal !

Du côté du gouvernement fédéral, la situation financière se présente mieux. Le gouvernement conservateur du PM Stephen Harper a vite reconnu le danger qui l'affrontait. Il a eu le courage de prendre les grands moyens et de réduire appréciablement les dépenses gouvernementales. Au point que l’an prochain, le Canada aura un surplus budgétaire et sera en mesure de commencer à rembourser sa dette et de diminuer les impôts des Canadiens.

Cela n’a pas été réalisé facilement. Plusieurs restrictions budgétaires ont été critiquées vivement lorsqu’elles se sont faites sentir, dont certaines avec raison, comme celles qui affectent l’émancipation de la langue française au pays. Je ne suis pas un grand « fan » du PM Harper. Je le trouve insensible face aux demandes du Québec et considère que cette attitude nuit à l’unité canadienne. Mais il faut reconnaître qu’il a réussi à mettre les finances du Canada en ordre et qu’aujourd’hui cela est à notre avantage. Lorsque nous nous comparons aux USA, à la France, à la Grande Bretagne, à l'Italie, à l'Espagne, à la Grèce et à très grand nombre d’autres pays, nous pouvons dire à Harper : Bravo!

La question du jour dans la région métropolitaine de Montréal est la construction d’un nouveau pont pour remplacer l’important pont Champlain tombé en désuétude. Infrastructure fédérale, Harper a décidé qu’elle sera payée grâce aux revenus d’un système électronique intelligent de péage pour chaque véhicule traversant le pont, ce qui ne nécessitera aucun arrêt et n’alourdira pas la circulation.

Devant cette proposition, la voix des utilisateurs s’est aussitôt élevée et la complainte a été reprise fortement par tous les politiciens québécois dont les commettants sont touchés par cette décision. En chœur, ils critiquent vertement la décision du gouvernement d’Ottawa et réclament la gratuité pour le passage sur le pont. Pourtant, on parle d’un investissement qui dépasse quelques milliards de $.

Les deux derniers ponts construits à Laval et à Beauharnois sont à péage, avec le même genre de système, et personne n’a vraiment critiqué ces décisions. Le grand pont de la Confédération dans les maritimes est payant. Partout au monde de nouveaux ponts et des autoroutes sont payants. En Écosse, par exemple, c’est payant et on peut payer le passage, contrôlé électroniquement, dans tout dépanneur si on n’est pas abonné.

Si nous voulons un gouvernement qui vit selon ses moyens, on ne peut ajouter cette dépense, comme d’autres, à celles de l’état fédéral. Certains disent que les autres ponts qui traversent le fleuve aux extrémités de l’île de Montréal seront surchargés d’automobiles puisqu’ils seront sans péage. C’est un argument gratuit qui n’est pas prouvé et pour lequel certains experts disent le contraire. D’autres estiment que le fardeau monétaire annuel du péage pour les propriétaires de véhicules qui quotidiennement entrent et sortent de Montréal sera trop fort. Ils oublient qu’il y a à peine quelques années, nous n’avions pas de charges d’internet et de cellulaire et qu’aujourd’hui presque tout le monde paye de 60 à 100$ par mois pour ces services. Nous nous sommes adaptés. C’est ce qu’on appelle le progrès.

Nous aurons besoin de plus en plus de rénover nos grandes infrastructures et d’en construire de nouvelles dans le futur et les usagers devront les payer. Notre population est vieillissante, nos besoins sociaux et autres grandissants et pour rencontrer leurs obligations nos gouvernements devront en avoir les moyens. On ne peut continuellement s’endetter et laisser cette charge pesante aux générations futures.

Que les politiciens locaux cessent de ne penser qu’à leur niveau de popularité et à leur réélection ! Qu’ils laissent la fonction publique faire son boulot ! Qu’ils réalisent la difficile situation financière dans laquelle nous sommes plongés et qu’ils agissent avec responsabilité !

Le Québec et le Canada doivent être financièrement solides pour faire face aux besoins de demain de leurs populations et aux défis d’avenir. Le seul vrai moyen est que chacun fasse sa part, tous les jours.

Claude Dupras