Il y a des jours où je ne comprends pas le premier ministre du Québec, Jean Charest. Hier c’en fut un, suite au dépôt du rapport sur la question de l’exploitation du gaz de schiste par le Bureau des Audiences Publiques sur l’environnement (BAPE) du Québec, après six mois d’enquête. Ce dernier conclut ne pouvoir se prononcer scientifiquement avant d’avoir fait une évaluation environnementale stratégique (EES). Il la suggère sur le modèle de celle qui a statué contre l'exploitation pétrolière et gazière dans l'estuaire du Saint-Laurent. Le gouvernement a accepté sur le champ le rapport qui contient une centaine de recommandations.
Durant le temps de l’enquête et des audiences, la peur a saisi une majorité de Québécois et Québécoises. Au lieu de réagir politiquement, Jean Charest n’a fait que répéter que son gouvernement suivrait les recommandations du BAPE pour régulariser le développement du gaz de schiste. Il refusa les nombreuses demandes de moratoire qui fusaient de partout.
Pourtant, nous, les ingénieurs du Québec, lui avons suggéré d’élargir le mandat du BAPE afin d’inclure une évaluation EES, visant à intégrer les facteurs environnementaux à l’élaboration de politiques, de plans et de programmes publics pour l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. J’ai dédié quatre billets de mon blog à ce sujet depuis le premier le 8 octobre 2010 dans lequel j’écrivais « le BAPE se voit confié un mandat très limité et dispose de trop peu de temps pour faire le travail… ». Je suis revenu à la charge le 23 novembre 2010 : « le mandat actuel du BAPE ne couvre pas toutes les questions à analyser…. » ; puis, le 20 janvier 2011 : « j'ai réclamé un mandat plus étendu pour le BAPE » ; et finalement le 26 février 2011 : « le mandat du BAPE n'est pas suffisamment large pour vraiment étudier cette question difficile… ».
Après avoir vu à la télé des images de robinets de cuisine débitant de l’eau enflammée, venant de la Pennsylvanie où se fait l’extraction des gaz de schiste, le peuple québécois a pris peur et s’est massivement opposé au projet. Le Parti Québécois, favorable au début, a vite viré son capot de bord pour enfourcher ce nouveau cheval de bataille contre le projet et réclamer un moratoire sans condition. Certains affirmaient que le BAPE était « une affaire arrangée » et ne croyaient pas en son objectivité. D’autres, comme les artistes, toujours très (trop) influents auprès des Québécois, ont créé un collectif pour témoigner dans les medias contre le projet malgré leur ignorance totale de ce sujet complexe. Les environnementalistes, nonobstant leurs exagérations coutumières, ont su s’exprimer précisément contre le projet. Ce concert d’opposition, ajouté à d’autres aspects politiques, a fait en sorte que la popularité de Charest est passée de 51% il y a plus d’un an à 18% aujourd’hui.
Quant au moratoire demandé même s’il n’est pas accordé c’est tout comme, puisque le temps de préparation de l’évaluation EES sera d’un peu plus d’un an, soit une « pause » suffisamment longue pour calmer les esprits et permettre à chacun d’examiner le projet et d’être bien informé pour mieux le comprendre. J’avais suggéré dans mon dernier billet un moratoire d’une année. Je suis maintenant très confortable avec la nouvelle approche qui permettra au projet d’être mieux accepté socialement.
Même si le PM Charest n’est pas un expert dans le développement des gaz de schiste, il avait à sa disposition ceux des ministères des ressources, de l’environnement et de plusieurs autres dans le gouvernement. Il pouvait sûrement, au moment où il a confié l’enquête au BAPE, savoir la possibilité que celui-ci allait réclamer éventuellement une évaluation EES. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Par après, lorsque la suggestion est venue de corps professionnels comme l’Ordre des Ingénieurs, pourquoi s’est-il obstiné pour ne pas élargir le mandat du BAPE en l’incluant ? Même si le PM a dit, dans les derniers temps, que « le projet se fera correctement ou ne sera pas fait du tout et qu’il n’y aurait aucun compromis sur la santé et l’environnement », cela n’explique pas une telle erreur de jugement politique. C’est beau d’avoir confiance dans ses capacités électorales, mais il ne faut quand même pas jouer avec le feu. C’est comme si Charest avait établi un plan d’autodestruction et qu’il le suit à la lettre.
En tout cas, avec cette « pause » sur la question du gaz de schiste qui équivaut à un moratoire et la création de l’« escouade permanente anticorruption » qui rend la demande d’une enquête sur la construction inutile, Jean Charest devrait pouvoir respirer un peu mieux. Ceux de ses adversaires qui continueront à réclamer soit un moratoire ou soit l’enquête sur la construction ne parleront que pour parler et ne seront pas crédibles.
L’exploitation de gaz de schiste peut être un atout très important pour les Québécois, si on en découvre suffisamment. Et pour le savoir, il faut explorer. On ne peut simplement et bêtement s’opposer à une telle opération lorsqu’on importe autant de pétrole polluant et qu’on peut le remplacer par du gaz naturel propre produit chez nous. Mais on ne peut non plus prendre cela à la légère, se laisser emporter par des arguments monétaires et mettre en danger nos nappes phréatiques. Il faut agir avec rigueur. Ailleurs dans le monde, on exploite ce gaz avec prudence et succès. C’est ce que nous devons viser chez nous.
Les Ardéchois et d’autres Français vivent les mêmes peurs que les Québécois. Notre effort, s’il réussit, et je crois que nous réussirons, pourra non seulement nous être profitable (on parle de dizaines de billions $ et de plus de 6 000 emplois) mais devenir en plus un exemple pour d’autres pays.
Claude Dupras
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mercredi 9 mars 2011
Le BAPE et le gaz de schiste : un excellent rapport
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mardi 23 novembre 2010
Les maux de tête de Jean Charest : taxes, gaz de schiste et enquête publique
Il y a à peine trois mois, le premier ministre québécois Jean Charest recevait 51% d’appuis favorables à sa façon de gouverner le Québec. Aujourd’hui, il n’en reçoit que 22%. Comment peut-il avoir chuté si bas, si vite ?
Dans mon dernier blog « Jean Charest, le " punching bag " », je semblais expliquer la baisse rapide de sa popularité exclusivement par son refus de mettre sur pied une commission d’enquête dans le domaine de la construction. En fait, il y a plus que ça. Il y a aussi les sujets de l’exploitation du gaz de schiste et les taxes nouvelles.
Actuellement, le gouvernement autorise l’exploration de sources de gaz de schiste pour évaluer son potentiel énergétique global pour le Québec et son apport à son économie.
De retour au pays, depuis quelques jours, j’ai constaté combien cette question inquiète vivement les Québécois et les Québécoise. J’avais bien lu certaines critiques citoyennes et j’étais porté à penser qu’elles venaient surtout de ceux qui vivent à proximité des sites où l’exploration est en cours d’exécution. Je croyais que ces plaintes ne correspondaient qu’au syndrome « pas dans ma cour ». Je me suis trompé.
En effet, suite à quelques émissions de télé faisant état de l’expérience qu’ont connue les populations des états de la Pennsylvanie et de New York dans l’exploitation du gaz de schiste, les Québécois y voient maintenant des possibilités de danger pour la vie et de contamination des nappes phréatiques. Ils ont été profondément touchés par ces informations. Avec raison, ils sont devenus craintifs et voient dans un moratoire, qu’ils réclament maintenant expressivement, une façon d’arrêter les explorations jusqu’au moment où le gouvernement du Québec pourra leur faire la démonstration que l’exploitation de gaz de schiste n’engendrera pas de danger futur pour eux.
Le PM Charest, pour calmer les esprits, a soumis le dossier au Bureau d’Audiences Publiques pour l’environnement (BAPE) mais a refusé de décréter un moratoire.
Je ne suis pas d’accord avec cette approche du PM car le mandat actuel du BAPE ne couvre pas toutes les questions à analyser. En effet, il se limite à « proposer un cadre de développement de l’exploration et de l’exploitation, et proposer des orientations pour un encadrement légal et réglementaire ». Rien dans un tel rapport ne viendra calmer les appréhensions des Québécois sur ce sujet. Et c’est ce qui compte à ce moment-ci.
Ce qu’il faut faire c’est ce que propose l’Ordre des Ingénieurs du Québec : « un travail approfondi d’étude de la filière des gaz de schiste susceptible d’éclairer les citoyens et les décideurs et d’orienter la politique énergétique du Québec. … c’est une véritable évaluation environnementale stratégique (EES), qui vise à intégrer les facteurs environnementaux à l’élaboration de politiques, de plans et de programmes publics ». (Voir mon blog du 8 octobre 2010, « le gaz de schiste : rectifions le tir ! »)
L’exploitation du gaz de schiste apportera un avantage incroyable pour le Québec. 40% de nos énergies consommées viennent du pétrole et 13% du gaz naturel. Réduire appréciablement la partie de pétrole sale en faveur du gaz propre serait un apport important à l’environnement et par conséquent à notre qualité de vie. Ce sera aussi un gain économique extraordinaire pour tous les Québécois et Québécoises. Il est donc important que ce projet de développement énergétique aille de l’avant si des études bien faites démontrent qu’il n’y a pas de danger pour la vie humaine. Lorsque les Québécois seront bien instruits sur le sujet, je suis convaincu qu’ils seront d’accord à poursuivre ce projet important.
J’en appelle au PM Charest à modifier immédiatement le mandat du BAPE afin que les citoyens obtiennent les vraies réponses à leurs questions. De plus, j’espère qu’il décrétera le moratoire demandé à hauts cris par eux. Le PM calmera ainsi les appréhensions de ses commettants. Rien n’est urgent puisque le gaz sera toujours là.
Il y a aussi un autre dossier qui nuit à Jean Charest. C’est celui des nouvelles taxes. Le 2 avril 2010, mon blog s’intitulait : « Bye, Bye, Jean Charest ». J’ai écrit ce dernier pour critiquer le budget de l’année que venait de déposer le ministre des finances à l’Assemblée Nationale québécoise. Je fus tellement surpris de ce budget qui prévoit tant de taxes nouvelles et d’augmentations de tarifs que j’en avais conclu que Jean Charest ne serait pas réélu, car la politique québécoise m’a appris qu’un politicien qui taxe est un politicien qui se fait battre.
Les conséquences de ce budget pour les payeurs de taxes prirent un certain temps à apparaître. Elles commencent à se faire sentir comme on l’a vu depuis quelques mois. Depuis, le taux de satisfaction du PM baisse.
On peut donc conclure que ce n’est pas seulement la question du refus de Jean Charest de tenir une enquête publique sur la construction qui contribue à sa présente descente aux enfers. Il y a aussi les craintes des Québécois et Québécoises au sujet de l’exploitation future du gaz de schiste et leurs révoltes devant les nouvelles taxes et tarifs. Tout cela pèse dans la balance anti-Charest.
Jean Charest peut-il se sortir de l’étau qui le resserre de plus en plus ? Je le crois, s’il décide finalement :
1. De créer une enquête publique dans le domaine de la construction. Perdra-t-il la face s’il « vire son capot de bord », à ce moment-ci ? Pas nécessairement, car l’opération policière « marteau », qu’il a mise en place pour enquêter sur la construction, fait actuellement un travail de plus en plus intense. Elle pourra collaborer étroitement avec les nouveaux commissaires de l’enquête publique. Ainsi, ce qui est fait ne sera pas perdu et la nouvelle enquête publique pourra agir beaucoup plus rapidement.
2. De modifier le mandat du BAPE afin que celui-ci puisse faire une enquête complète et produire une évaluation environnementale stratégique (EES), afin de renseigner comme il se doit les Québécois et Québécoises.
3. D’assurer que son gouvernement coupera le plus possible dans ses dépenses afin de réduire les augmentations de taxes au strict minimum.
Si Charest ne fait rien, je crois que cela démontrera qu’il a décidé de quitter la politique.
Claude Dupras
Dans mon dernier blog « Jean Charest, le " punching bag " », je semblais expliquer la baisse rapide de sa popularité exclusivement par son refus de mettre sur pied une commission d’enquête dans le domaine de la construction. En fait, il y a plus que ça. Il y a aussi les sujets de l’exploitation du gaz de schiste et les taxes nouvelles.
Actuellement, le gouvernement autorise l’exploration de sources de gaz de schiste pour évaluer son potentiel énergétique global pour le Québec et son apport à son économie.
De retour au pays, depuis quelques jours, j’ai constaté combien cette question inquiète vivement les Québécois et les Québécoise. J’avais bien lu certaines critiques citoyennes et j’étais porté à penser qu’elles venaient surtout de ceux qui vivent à proximité des sites où l’exploration est en cours d’exécution. Je croyais que ces plaintes ne correspondaient qu’au syndrome « pas dans ma cour ». Je me suis trompé.
En effet, suite à quelques émissions de télé faisant état de l’expérience qu’ont connue les populations des états de la Pennsylvanie et de New York dans l’exploitation du gaz de schiste, les Québécois y voient maintenant des possibilités de danger pour la vie et de contamination des nappes phréatiques. Ils ont été profondément touchés par ces informations. Avec raison, ils sont devenus craintifs et voient dans un moratoire, qu’ils réclament maintenant expressivement, une façon d’arrêter les explorations jusqu’au moment où le gouvernement du Québec pourra leur faire la démonstration que l’exploitation de gaz de schiste n’engendrera pas de danger futur pour eux.
Le PM Charest, pour calmer les esprits, a soumis le dossier au Bureau d’Audiences Publiques pour l’environnement (BAPE) mais a refusé de décréter un moratoire.
Je ne suis pas d’accord avec cette approche du PM car le mandat actuel du BAPE ne couvre pas toutes les questions à analyser. En effet, il se limite à « proposer un cadre de développement de l’exploration et de l’exploitation, et proposer des orientations pour un encadrement légal et réglementaire ». Rien dans un tel rapport ne viendra calmer les appréhensions des Québécois sur ce sujet. Et c’est ce qui compte à ce moment-ci.
Ce qu’il faut faire c’est ce que propose l’Ordre des Ingénieurs du Québec : « un travail approfondi d’étude de la filière des gaz de schiste susceptible d’éclairer les citoyens et les décideurs et d’orienter la politique énergétique du Québec. … c’est une véritable évaluation environnementale stratégique (EES), qui vise à intégrer les facteurs environnementaux à l’élaboration de politiques, de plans et de programmes publics ». (Voir mon blog du 8 octobre 2010, « le gaz de schiste : rectifions le tir ! »)
L’exploitation du gaz de schiste apportera un avantage incroyable pour le Québec. 40% de nos énergies consommées viennent du pétrole et 13% du gaz naturel. Réduire appréciablement la partie de pétrole sale en faveur du gaz propre serait un apport important à l’environnement et par conséquent à notre qualité de vie. Ce sera aussi un gain économique extraordinaire pour tous les Québécois et Québécoises. Il est donc important que ce projet de développement énergétique aille de l’avant si des études bien faites démontrent qu’il n’y a pas de danger pour la vie humaine. Lorsque les Québécois seront bien instruits sur le sujet, je suis convaincu qu’ils seront d’accord à poursuivre ce projet important.
J’en appelle au PM Charest à modifier immédiatement le mandat du BAPE afin que les citoyens obtiennent les vraies réponses à leurs questions. De plus, j’espère qu’il décrétera le moratoire demandé à hauts cris par eux. Le PM calmera ainsi les appréhensions de ses commettants. Rien n’est urgent puisque le gaz sera toujours là.
Il y a aussi un autre dossier qui nuit à Jean Charest. C’est celui des nouvelles taxes. Le 2 avril 2010, mon blog s’intitulait : « Bye, Bye, Jean Charest ». J’ai écrit ce dernier pour critiquer le budget de l’année que venait de déposer le ministre des finances à l’Assemblée Nationale québécoise. Je fus tellement surpris de ce budget qui prévoit tant de taxes nouvelles et d’augmentations de tarifs que j’en avais conclu que Jean Charest ne serait pas réélu, car la politique québécoise m’a appris qu’un politicien qui taxe est un politicien qui se fait battre.
Les conséquences de ce budget pour les payeurs de taxes prirent un certain temps à apparaître. Elles commencent à se faire sentir comme on l’a vu depuis quelques mois. Depuis, le taux de satisfaction du PM baisse.
On peut donc conclure que ce n’est pas seulement la question du refus de Jean Charest de tenir une enquête publique sur la construction qui contribue à sa présente descente aux enfers. Il y a aussi les craintes des Québécois et Québécoises au sujet de l’exploitation future du gaz de schiste et leurs révoltes devant les nouvelles taxes et tarifs. Tout cela pèse dans la balance anti-Charest.
Jean Charest peut-il se sortir de l’étau qui le resserre de plus en plus ? Je le crois, s’il décide finalement :
1. De créer une enquête publique dans le domaine de la construction. Perdra-t-il la face s’il « vire son capot de bord », à ce moment-ci ? Pas nécessairement, car l’opération policière « marteau », qu’il a mise en place pour enquêter sur la construction, fait actuellement un travail de plus en plus intense. Elle pourra collaborer étroitement avec les nouveaux commissaires de l’enquête publique. Ainsi, ce qui est fait ne sera pas perdu et la nouvelle enquête publique pourra agir beaucoup plus rapidement.
2. De modifier le mandat du BAPE afin que celui-ci puisse faire une enquête complète et produire une évaluation environnementale stratégique (EES), afin de renseigner comme il se doit les Québécois et Québécoises.
3. D’assurer que son gouvernement coupera le plus possible dans ses dépenses afin de réduire les augmentations de taxes au strict minimum.
Si Charest ne fait rien, je crois que cela démontrera qu’il a décidé de quitter la politique.
Claude Dupras
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vendredi 8 octobre 2010
Gaz de schiste : rectifions le tir !
Je m’apprêtais à écrire un texte sur l’exploitation éventuelle des gaz de schiste dont on parle actuellement beaucoup au Québec, lorsque je reçois le « Bulletin aux membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec » qui contient la position de l’Ordre sur cette question importante pour nous tous. J’ai été surpris de voir combien ce document correspond à ce que je pense. Je crois qu’il devrait être lu par tous les Québécois et Québécoises et voilà pourquoi je le republie dans mon blog pour le bénéfice de mes lecteurs, afin d’aider à le répandre. J’encourage chacun à faire de même. C’est une position mesurée, intelligente, non politicienne et essentielle si on veut tous être en mesure de bien comprendre ce dossier complexe et important. J’espère que le PM Charest réagira dans le bon sens !
Claude Dupras, ing.
Gaz de schiste : rectifions le tir !
Le débat sur l’exploitation des gaz de schiste fait rage. Le gouvernement affiche sa volonté d’aller de l’avant. Les riverains des éventuelles zones d’exploitation sont inquiets et se questionnent sur les impacts environnementaux. Les citoyens s’interrogent sur l’intérêt de cette nouvelle filière énergétique. Pendant ce temps, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) se voit confié un mandat très limité et dispose de trop peu de temps pour faire le travail. Le débat risque de déraper sérieusement. Il est temps de rectifier le tir.
Pour quiconque examine le bilan énergétique du Québec, constate notre dépendance envers les hydrocarbures fossiles, voit les cours mondiaux des hydrocarbures et appréhende leur évolution, l’intérêt d’une filière québécoise de gaz naturel apparaît immédiatement. On oublie trop facilement qu’on utilise autant de pétrole que d’électricité au Québec (40 % du bilan énergétique dans les deux cas). Le gaz naturel ne représente quant à lui que 13 % de notre bilan énergétique. S’il était plus disponible, il pourrait se substituer à une partie importante du pétrole que nous consommons.
Le gaz naturel pourrait ainsi s’insérer dans une stratégie visant à réduire nos émissions de GES, notamment dans les transports urbains, les flottes de véhicules, les procédés industriels et pour le chauffage des locaux, là où son efficacité est très élevée. À la clé, moins d’émissions de GES, moins de pollution liée aux hydrocarbures plus lourds et une plus grande indépendance énergétique et économique. De bien belles perspectives !
Les gaz de schiste peuvent-ils assurer au Québec un approvisionnement durable en gaz naturel ? Quels sont les impacts de leur exploitation ? Est-elle soutenable sur les plans environnemental et économique ? En aval, quel est le potentiel de substitution du gaz naturel dans le bilan énergétique du Québec ? À quelles conditions les Québécois profiteront-ils au maximum des retombées économiques ? Comment cette exploitation s’inscrit-elle dans une stratégie de développement durable ? Pour répondre à ces questions, il faut examiner la filière des gaz de schiste dans son ensemble, de l’extraction du gaz jusqu’à son utilisation.
Ce serait un beau mandat pour le BAPE, qui pourrait demander les études nécessaires, les rendre publiques et consulter les citoyens. Malheureusement, on ne lui donne ni le temps ni les ressources pour le faire, et ce n’est pas ce qu’on lui demande !
Le mandat du BAPE est très limité : proposer un cadre de développement de l’exploration et de l’exploitation, et proposer des orientations pour un encadrement légal et réglementaire. Le BAPE doit présenter un rapport au gouvernement au début de février 2011. Un mandat utile, notamment en ce qui a trait à l’encadrement légal, qui devrait être révisé pour rendre obligatoire la production d’études d’impact sur l’environnement pour tout projet d’exploitation de pétrole ou de gaz et revoir la question des redevances. Mais c’est insuffisant.
Ce n’est certes pas avec ce mandat trop limité ni avec ce délai que le BAPE fera un travail approfondi d’étude de la filière des gaz de schiste susceptible d’éclairer les citoyens et les décideurs et d’orienter la politique énergétique du Québec. Ce que l’Ordre propose, c’est une véritable évaluation environnementale stratégique (EES), qui vise à intégrer les facteurs environnementaux à l’élaboration de politiques, de plans et de programmes publics. Encore peu utilisée au Québec, l’EES est reconnue et bien implantée ailleurs au Canada, en Europe ainsi qu’aux États-Unis. L’EES tient compte des impacts cumulatifs d’un ensemble de projets. Elle est préliminaire et complémentaire aux études d’impact détaillées.
Le manque de temps ne devrait pas être invoqué. La mise en place d’une filière de gaz de schiste ne se fera pas du jour au lendemain. Par ailleurs, l’industrie elle-même a besoin de temps pour évaluer le potentiel des gisements, affiner ses méthodes d’exploitation et produire des études d’impact détaillées, à mes yeux essentielles avant d’autoriser tout projet d’exploitation.
Les gaz de schiste présentent un intérêt certain. Sont-ils pour autant la solution extraordinaire dont certains nous font miroiter les avantages ? Il faut prendre le temps et les moyens pour le savoir. Ne pas le faire, ou agir trop précipitamment, pourrait avoir l’effet inverse et jeter durablement le discrédit sur cette filière. Il est temps de rectifier le tir et de se donner les moyens de faire un travail sérieux et approfondi. Et ça, ce n’est pas de l’immobilisme. C’est du bon sens.
Maud Cohen, ing.
Présidente, Ordre des ingénieurs du Québec
Claude Dupras, ing.
Gaz de schiste : rectifions le tir !
Le débat sur l’exploitation des gaz de schiste fait rage. Le gouvernement affiche sa volonté d’aller de l’avant. Les riverains des éventuelles zones d’exploitation sont inquiets et se questionnent sur les impacts environnementaux. Les citoyens s’interrogent sur l’intérêt de cette nouvelle filière énergétique. Pendant ce temps, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) se voit confié un mandat très limité et dispose de trop peu de temps pour faire le travail. Le débat risque de déraper sérieusement. Il est temps de rectifier le tir.
Pour quiconque examine le bilan énergétique du Québec, constate notre dépendance envers les hydrocarbures fossiles, voit les cours mondiaux des hydrocarbures et appréhende leur évolution, l’intérêt d’une filière québécoise de gaz naturel apparaît immédiatement. On oublie trop facilement qu’on utilise autant de pétrole que d’électricité au Québec (40 % du bilan énergétique dans les deux cas). Le gaz naturel ne représente quant à lui que 13 % de notre bilan énergétique. S’il était plus disponible, il pourrait se substituer à une partie importante du pétrole que nous consommons.
Le gaz naturel pourrait ainsi s’insérer dans une stratégie visant à réduire nos émissions de GES, notamment dans les transports urbains, les flottes de véhicules, les procédés industriels et pour le chauffage des locaux, là où son efficacité est très élevée. À la clé, moins d’émissions de GES, moins de pollution liée aux hydrocarbures plus lourds et une plus grande indépendance énergétique et économique. De bien belles perspectives !
Les gaz de schiste peuvent-ils assurer au Québec un approvisionnement durable en gaz naturel ? Quels sont les impacts de leur exploitation ? Est-elle soutenable sur les plans environnemental et économique ? En aval, quel est le potentiel de substitution du gaz naturel dans le bilan énergétique du Québec ? À quelles conditions les Québécois profiteront-ils au maximum des retombées économiques ? Comment cette exploitation s’inscrit-elle dans une stratégie de développement durable ? Pour répondre à ces questions, il faut examiner la filière des gaz de schiste dans son ensemble, de l’extraction du gaz jusqu’à son utilisation.
Ce serait un beau mandat pour le BAPE, qui pourrait demander les études nécessaires, les rendre publiques et consulter les citoyens. Malheureusement, on ne lui donne ni le temps ni les ressources pour le faire, et ce n’est pas ce qu’on lui demande !
Le mandat du BAPE est très limité : proposer un cadre de développement de l’exploration et de l’exploitation, et proposer des orientations pour un encadrement légal et réglementaire. Le BAPE doit présenter un rapport au gouvernement au début de février 2011. Un mandat utile, notamment en ce qui a trait à l’encadrement légal, qui devrait être révisé pour rendre obligatoire la production d’études d’impact sur l’environnement pour tout projet d’exploitation de pétrole ou de gaz et revoir la question des redevances. Mais c’est insuffisant.
Ce n’est certes pas avec ce mandat trop limité ni avec ce délai que le BAPE fera un travail approfondi d’étude de la filière des gaz de schiste susceptible d’éclairer les citoyens et les décideurs et d’orienter la politique énergétique du Québec. Ce que l’Ordre propose, c’est une véritable évaluation environnementale stratégique (EES), qui vise à intégrer les facteurs environnementaux à l’élaboration de politiques, de plans et de programmes publics. Encore peu utilisée au Québec, l’EES est reconnue et bien implantée ailleurs au Canada, en Europe ainsi qu’aux États-Unis. L’EES tient compte des impacts cumulatifs d’un ensemble de projets. Elle est préliminaire et complémentaire aux études d’impact détaillées.
Le manque de temps ne devrait pas être invoqué. La mise en place d’une filière de gaz de schiste ne se fera pas du jour au lendemain. Par ailleurs, l’industrie elle-même a besoin de temps pour évaluer le potentiel des gisements, affiner ses méthodes d’exploitation et produire des études d’impact détaillées, à mes yeux essentielles avant d’autoriser tout projet d’exploitation.
Les gaz de schiste présentent un intérêt certain. Sont-ils pour autant la solution extraordinaire dont certains nous font miroiter les avantages ? Il faut prendre le temps et les moyens pour le savoir. Ne pas le faire, ou agir trop précipitamment, pourrait avoir l’effet inverse et jeter durablement le discrédit sur cette filière. Il est temps de rectifier le tir et de se donner les moyens de faire un travail sérieux et approfondi. Et ça, ce n’est pas de l’immobilisme. C’est du bon sens.
Maud Cohen, ing.
Présidente, Ordre des ingénieurs du Québec
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