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vendredi 1 août 2014

L'omniprésent Jean Jaurès

En tant que Canadien qui aime la France, je suis toujours surpris de la ferveur exprimée par la classe politique française envers Jean Jaurès. Lors de la dernière campagne électorale présidentielle, je me rappelle d’avoir entendu Nicolas Sarkozy accuser François Hollande, Lionel Jospin et Ségolène Royal d’avoir renier Jaurès. Il se disait plus près de lui qu’eux. Pourtant, il est de la droite et les trois occupent ou ont occupé des postes politiques importants dans des gouvernements socialistes. De même, aujourd’hui, plusieurs leaders de gauche se déclarent plus près des idées de Jaurès que leurs collègues, pour requinquer leur image.

Il y a partout dans les villes françaises, des parcs, des rues, des bâtiments, des garages souterrains, comme à Avignon,… portant le nom de Jean Jaurès. Il est donc un personnage important du passé qui a marqué l’imaginaire politique des Français et qui continue à le faire si j’en juge par tout ce qui se raconte actuellement en France à l’occasion du centenaire de son assassinat. Mais qui est-il ?

Fils de petits paysans du Tarn, Jaurès est professeur de philosophie et de psychologie lorsqu’à vingt-cinq ans, il est élu député à Toulouse en 1885. Il est ni socialiste ni marxiste mais du côté des républicains. Quatre ans plus tard, il perd son siège et revient à ses amours d’enseignant, tout en étudiant pour obtenir un doctorat en Lettres.
 
La vie politique l’intéresse de plus en plus, il y participe et écrit ses pensées dans un quotidien de Toulouse de tendance radicale. Hanté par elle, il devient conseiller municipal et maire-adjoint de la ville de Toulouse. A ce moment-là, les ouvriers ont beaucoup de difficultés et Jaurès est marqué par leur solidarité. Puis, une grève de mineurs deviendra un point tournant où il confirmera ses convictions.  
 
Cette grève est déclenchée suite au licenciement d’un ouvrier et leader socialiste, devenu maire de Carmaux. Ce sont les absences de l’ouvrier–maire, nécessaires pour remplir ses obligations politiques, qui sont le prétexte de son congédiement. Les mineurs y voient un refus des droits de la classe ouvrière à être actif en politique. 1 500 soldats sont envoyés par le président de la république pour maintenir l’ordre, indiquant ainsi qu’il prend parti pour le patronat. Jaurès soutient la grève et accuse les capitalistes de ne pas respecter les mineurs. C’est l’occasion pour lui de définir ce qu’est la lutte des classes et le socialisme. Finalement, l’ouvrier-maire gagne sa demande et obtient un congé illimité pour servir ses concitoyens.
 
En 1893, un siège de la Chambre est libéré par un député démissionnaire et Jaurès est élu comme socialiste indépendant grâce au vote ouvrier et malgré une massive opposition de la classe rurale. Il s'affirme comme un tribun remarquable. Il accompagne les luttes sociales très dures face à un patronat brutal.
 
Durant cinq ans, il devient le grand défenseur des mineurs, des ouvriers et des paysans en général, qui sont en lutte contre leurs patrons. Homme de terrain, il va sur place se rendre compte des situations qui affectent les travailleurs. Il s’attaque aux anarchistes, à la brutalité des patrons, à la répression du gouvernement, à la censure des journaux et des députés socialistes, à la police qu’il traite d’agent provocateur… Il défend la paix. Il est courageux.
 
Puis vient l’affaire Alfred Dreyfus. Ce capitaine de l’armée française, juif, est condamné en 1894 au bagne à perpétuité pour avoir livré aux Allemands des documents secrets.  Au début, Jaurès le croit coupable mais en août 1898, il devient son défenseur passionné suite à une nouvelle révélation qui démontre qu’un autre commandant est le vrai traître. Alors que le socialiste et marxiste Jules Guesde juge que le prolétariat n'a pas à défendre un bourgeois, Jean Jaurès s'engage en sa faveur, écrivant : « Nous ne sommes pas tenus, pour rester dans le socialisme, de nous enfermer hors de l'humanité ». L’innocence de Dreyfus sera finalement reconnue et il sera libéré pour servir encore dans l’armée. Suite à ses discours, son action et son succès, l’influence politique de Jaurès devient nationale. Malgré tout, les patrons réussissent à le faire battre aux élections de 1898.
 
Intellectuel, il écrit de nombreux ouvrages politiques et historiques, dont « les preuves de l’affaire Dreyfus » et dirige une équipe pour la rédaction de « l’Histoire socialiste de la France contemporaine », incluant la partie qu’il rédige lui-même sur la révolution française. Il soutient le gouvernement républicain qui a nommé un socialiste au commerce et à l’industrie. En 1902, il est un de ceux qui fondent le « Parti socialiste français » et il reconquiert son siège de député et le gardera pour les trois prochains mandats jusqu’à sa mort.
 
Orateur hors pair, il devient le porte-parole du petit groupe de députés socialistes à l’Assemblée nationale. Il regroupe tous les partis de gauche dont les marxistes, appuie le gouvernement qui est de droite, mais le critique pour son incapacité à appliquer rapidement des réformes sociales. Il défend la liberté de conscience et propose la séparation des Églises et de l’État.
 
Il crée un journal, l’Humanité, auquel participent ses alliés de toujours et des écrivains comme Anatole France et Jules Renard. Son but est l’unité socialiste. Il l’atteint en 1905 grâce à son acceptation d’une direction bicéphale du mouvement (lui et un leader marxiste) et de l’abandon de son appui au gouvernement. Il dialogue avec succès avec les syndicats révolutionnaires qui lui deviennent sympathiques. A l’élection de 1914, son groupe socialiste obtient 17% des voix et 101 députés. Une belle victoire relative.
 
Depuis 10 ans, il discourt contre la venue d’une guerre. Inquiet, il constate la montée du nationalisme dans les pays voisins et les rivalités entre les grandes puissances. Il préconise d’organiser la défense nationale en préparant militairement l’ensemble des Français. Pacifiste, il voit dans une nation armée le moyen d’obtenir la paix. Il s’oppose au service militaire obligatoire dont la loi sera finalement votée, malgré lui. En 1914, il estime que les possibilités de guerre se sont amenuisées puisque celle des Balkans est terminée. Mais ce n’était pas compter sur l’attentat de Sarajevo qui deviendra l’étincelle du déclenchement de la première guerre mondiale à cause de l’accroissement des tensions qu’il crées entre les grandes puissances.
 
Il devient l’ennemi des « nationalistes » qui veulent leur revanche contre l’Allemagne et qui sont favorables à la guerre. Jaurès, pour sa part, veut absolument la paix et se rallie à l’idée d’une grève générale si une guerre est déclenchée. Il organise des manifestations et réclame de l’Internationale socialiste qu’elle intervienne. « Il n'y a plus qu'une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c'est que le prolétariat rassemble toutes ses forces (pour écarter) l'horrible cauchemar ».
 
Le 31 juillet 1914, il se lève à la Chambre des députés, puis au ministère des Affaires étrangères pour faire arrêter le début des hostilités. Il se rend à son journal et rédige un article allant dans le même sens. Puis, il s’en va dîner avec ses collaborateurs au « Café du Croissant », rue Montmartre. Il est assis près d’une fenêtre lorsqu’un étudiant nationaliste approche, le voit et tire deux coups de feu de la rue. Il est abattu à bout portant. Une émotion considérable s’empare des Français. Ils ne l’oublieront jamais.
 
Le lendemain, l'Allemagne déclare la guerre à la Russie alors que la France décrète la mobilisation générale. Puis, le 3 août, la France et l'Allemagne sont en guerre, et les socialistes, n’ayant pas le choix, se rallient au gouvernement d'union nationale pour combattre l’ennemi, respectant ainsi ce que Jean Jaurès avait dit : « Il n'y a aucune contradiction à faire l'effort maximum pour assurer la paix, et si cette guerre éclate malgré nous, à faire l'effort maximum pour assurer l'indépendance et l'intégrité de la nation ».
 
En 1924, Jean Jaurès entre au Panthéon.
 
En terminant, cette courte biographie de Jean Jaurès, voici quelques-unes de ses paroles : « Et vous vous étonnez de la véhémence de nos paroles, de la force de nos accusations ! Mais songez donc que nous parlons au nom d’un siècle de silence ! Songez donc qu’il y a cent ans il y avait dans ces ateliers et dans ces mines des hommes qui souffraient, qui mouraient sans avoir le droit d’ouvrir la bouche et de laisser passer, en guise de protestation, même leur souffle de misère : ils se taisaient. Puis un commencement de liberté républicaine est venu. Alors nous parlons pour eux, et tous leurs gémissements étouffés, et toutes les révoltes muettes qui ont crié tout bas dans leur poitrine comprimée vibrent en nous, et éclatent par nous en un cri de colère qui a trop attendu et que vous ne comprimerez pas toujours. »
 
L'historien Michel Winock rappelle : « Ce qui est remarquable, c'est qu'il rend hommage à tous les camps. Ce n'est pas un sectaire. Par exemple, à propos des droits de l’homme et du citoyen, les marxistes disent que ce sont des droits formels, un masque qui rejette dans l'ombre les vraies motivations, c'est-à-dire la défense des intérêts de la bourgeoisie. Ce n'est pas du tout l'avis de Jaurès ».
 
Voilà pourquoi, après cent ans, on parle encore abondamment de cet homme politique remarquable qui a marqué la France.
 
Claude Dupras

samedi 10 septembre 2011

Sarkozy : Le moindre mal

Depuis le jour de son élection en 2007, l’opposition et principalement le parti socialiste français (PS) n’ont cessé de critiquer le président Nicolas Sarkozy. Le PS ne se gêne pas pour dire n’importe quoi de négatif, même sur des lois de première importance pour le développement positif de la France. De plus, il amplifie les erreurs les plus insignifiantes du président, et qui n’en fait pas, et les dénonce honteusement sachant que les médias rapporteront ses inexactitudes en boucle 24h/24. Alors qu’il accuse Sarkozy de ne pas être présidentiable, le PS ne montre, par ses agissements, aucun respect pour la position de président de la France. Il est même près à affirmer que si la pluie tombe, c’est la faute de Sarkozy. J’exagère évidemment par cette dernière affirmation, mais le PS le fait aussi et depuis les premiers jours.

Sarkozy achève une longue traversée du désert en ce qui touche sa popularité, mais peu à peu les sondages indiquent une remontée favorable pour lui dans l’opinion publique.

Une chose est certaine, l’Europe et le monde entier reconnaissent l’excellent travail que le président français Sarkozy a fait comme président de l’Europe et continue de faire comme président du G8 et comme président du G20. Les hommes et les femmes politiques de ces haut-niveaux admirent son leadership, sa capacité de travail et l’aplomb de son argumentation. Personne ne peut nier cela et il le démontre encore aujourd’hui, et clairement, dans la situation lybienne.

Comme président de la France, Nicolas Sarkozy se veut un président dédié à régler les vrais problèmes de son pays, ceux qui ont rapport au travail, à la sécurité et au social. Dans chacun de ces domaines, il a engagé un très grand nombre de réformes et il a généralement réussi. Certes la conjoncture économique change et certaines de ses décisions auraient dû être quelque peu différentes, mais lui, comme nous, ne pouvait anticiper la crise économique de 2008 ni celle qui nous envahit actuellement. Suite à la gravité et l’importance de ces crises, où en serait la France si Sarkozy n’avait pas fait tout ce qu’il a fait ?

Nicolas Sarkozy n’est pas un président du même genre que ceux qui ont succédé à De gaulle. Ces derniers s’appliquaient à bien remplir leur poste de président en étant présidentiable mais en évitant de s’ingérer dans les problèmes profonds qui s’annonçaient déjà. Ils aimaient bâtir pour marquer leur période. Quant à Sarkozy, il est un réformateur qui s’inquiète de la situation actuelle de la France et de son avenir. Il cherche et propose des solutions. Pas nécessairement les plus faciles ou les plus populaires, mais celles qui doivent être appliquées pour relancer le pays. Ce n’est pas un De gaulle puisque ce dernier était unique, mais il est animé du même souffle de réformateur que le grand Charles.

Plusieurs prétendants rêvent de le remplacer. Au PS, six candidats contestent la primaire, mais seulement trois peuvent prétendre à la victoire : Ségolène Royal, Martine Aubry, et François Hollande. Ségolène Royal a changé et montre un visage différent. Malheureusement pour elle, personne n’écoute. On peut prédire qu’elle ne sera pas élue candidate du PS. De son côté, Martine Aubry porte le boulet de l’adoption de la loi des 35 heures qu’elle a proposée en tant que ministre, même si, aujourd’hui, elle veut réécrire l’histoire en affirmant que c’est l’ex-PM Jospin qui voulait cela. Ce fut une des grandes erreurs politiques des dernières décennies en France. François Hollande, a dirigé un PS qui perdit deux présidentielles et a laissé un parti désorganisé. De plus, il préside la Corrèze et il s’avère que sa région est une des plus endettées de France. Quant à son programme politique pour la présidentielle, on constate de plus en plus qu’il ne résiste pas à la critique comme dans l’affaire des 70 000 emplois à l’éducation. De tels points, parmi plusieurs autres, sont importants et minent la confiance des électeurs surtout lorsque la France a besoin d’un leadership solide pour les prochaines années qui de toute évidence seront difficiles.

Au centre du spectre politique, il y a François Bayrou et Jean Louis Borloo. Bayrou est président du Modem, et après avoir traversé une mauvaise période politique revient à la charge pour se faire élire président de la France. Il n’a aucune chance dans les circonstances actuelles. Borloo est l’ancien ministre de l’environnement de Sarkozy et a quitté le cabinet avec dépit lorsque le président ne l’avait pas choisi premier ministre. Il se voyait dans ce poste et le choc a été dur. Il est revenu à son parti politique d’origine et parle fortement de devenir aussi un candidat présidentiel du centre. S’il le fait, Bayrou et lui diviseront ces votes et s’élimineront eux-mêmes de la course.

Malgré ses qualités, Marine Le Pen, chef du front National de droite de la droite, dirige un parti encore honni par une très grande partie de l’électorat français. Elle a été la cible d’insinuations mensongères depuis qu’elle a fait de bons scores dans les sondages. Ces attaques ont eu leurs effets et son appui a diminué, quelque peu, même s’il demeure important. Tout ce qu’elle peut espérer, c’est la deuxième place au premier tour afin d’être éligible au dernier tour.

Il y a aussi Eva Joly qui est la candidate d’« Europe Ecologie – Les Verts ». C’est une personne de fort calibre qui a obtenu la confiance des environnementalistes. Elle mérite d’être écoutée. Même si son score peut dépasser les 10%, si tout va bien, elle ne peut espérer d’être élue.

Puis, il y a le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui bénéficie de l’appui du parti communiste et du fait qu’il est un excellent tribun. Il ne récoltera que 5-9% des suffrages.

Donc, le deuxième tour se tiendra entre Sarkozy et le candidat du PS ou celui du Front National. Si c’est Marine Le Pen, Sarkozy gagnera aisément à cause de l’appui d’une très grande partie des socialistes, tout comme ce fut le cas pour Jacques Chirac en 2002. Et contre le candidat du PS, j’ai la nette impression que Nicolas Sarkozy sera réélu, nonobstant les sondages qui favorisent actuellement Hollande ou Aubry.

Malgré tous les reproches que le président a subis, dont plusieurs étaient mérités, l’électorat français aura à choisir entre lui et le candidat du PS. Après y avoir bien réfléchi et comparé les candidats, je crois que plusieurs électeurs qui, en début de campagne, auront l’intention de voter contre Sarkozy se résigneront à voter pour lui. La brillance de Sarkozy et ses actions sur le plan international feront la différence. Il sera devenu, pour eux, le candidat du moindre mal.

Claude Dupras

dimanche 28 août 2011

Contre Sarkozy : Hollande, Aubry ou peut être… Ségolène

Le parti socialiste français (PS) tient actuellement, à La Rochelle, son université d’été. Pour la compréhension des Canadiens, des universités d’été sont organisées en France par les organisations politiques, économiques, professionnelles ou autres pour faire le point avec leurs membres et discuter de l’évolution des choses et des actes à prendre pour l’avenir.

L’université d’été du PS est importante puisqu’elle se situe dans le cadre de la campagne primaire pour le choix du candidat (e) du parti à l’élection présidentielle française de 2012. Le vote du premier tour aura lieu le 9 octobre prochain et sera suivi d’un deuxième sur les deux finalistes, une semaine plus tard. Ce qui est différent et intéressant cette année, c’est que les électeurs ne sont pas limités aux membres du PS comme à la primaire de 2007, mais à tous les Français qui se veulent de gauche, quelque soit leur parti, et qui acceptent de signer une déclaration à cet effet et déposent une cotisation d’un euro.

Parmi les six candidats, les favoris sont François Hollande, ex-premier secrétaire du PS, Martine Aubry la plus récente 1ière secrétaire générale du parti et Ségolène Royal, la candidate de 2007 contre Nicolas Sarkozy. Actuellement, les sondages placent Hollande 10 points en avant d’Aubry et Ségolène traîne en arrière. Deux autres jeunes candidats, les députés Arnaud Montebourg et Manuel Valis ne sont pas dans la course mais font un bon travail de défrichage qui pourra leur être utile dans l’avenir.

Alors qu’en 2007, ils étaient 250 000 électeurs pour la primaire, on prédit cette année que ce chiffre peut s’approcher du million, si les gens de gauche s'enthousiasment pour ce scrutin. À mon avis, le résultat de cette bataille est actuellement imprévisible et on ne peut trop se fier aux sondages actuels puisque tous les électeurs possibles ne sont pas clairement identifiés. Un exemple récent vient de le démontrer lorsque Eva Joly est devenue la candidate présidentielle des Écolos alors que son adversaire la vedette environnementaliste mondiale Nicolas Hulot était donné très largement vainqueur par les sondeurs.

Rien n’est réglé au PS et c’est ce qui rend la course fascinante.

François Hollande est parti de loin. Il s’est engagé dans cette lutte contre DSK avant que celui-ci entre au 2806 du Sofitel. Face à ce dernier, peu d’analystes prenaient Hollande au sérieux, mais, petit à petit, on ressentit qu’il grimpait dans l’opinion publique au point que DSK disqualifié, il est devenu le favori.

Martine Aubry, qui avait conclu un pacte de non agression mutuelle avec DSK, a sauté dans l’arène après les mésaventures de ce dernier. Elle a tardé à s’engager, ce qui ne l’a pas aidée, mais sa présence à l’université d’été est, à ce jour, très positive pour sa candidature.

Depuis sa défaite de 2007, Ségolène Royal n’a cessé de faire campagne, se disant convaincue qu’elle sera choisie pour redevenir le porte étendard du PS en 2012.

À jour, je crois qu’Hollande gagne la bataille des idées. Il est bien renseigné, connaît à fond les politiques de la droite et les résultats de leurs implantations. Il sait expliquer, critiquer et proposer. Ses discours sont galvanisants, bien structurés et remplis de statistiques pour étayer ses arguments. Il veut un contrat des générations pour l’emploi des jeunes. Il blâme sévèrement Sarkozy. Il met beaucoup d’accent sur la question d’« égalité » des Français. Il veut refondre la société française. Jusqu’où ? Il promet beaucoup. Est-ce réaliste dans le climat difficile qui augure à cause de l’économie des prochaines années ?

Martine Aubry a été à la base de la préparation du programme politique du PS pour 2012. Cependant, à l’entendre, on a l’impression que cela se limite à proposer de déconstruire ce que le président Sarkozy a fait. Entre autres, elle veut revenir à la loi des 35 heures, qu’elle a fait voter, en abolissant les mesures de Sarkozy pour la corriger. Elle veut revenir à l’âge de la pension à 60 ans de Mitterrand (il l’avait baissée de 65 à 60 ans d’un coup), alors que Sarkozy l’a fixée à 62 ans. Les observateurs neutres estiment que ce furent les deux plus grandes erreurs politiques depuis De Gaulle. La politicienne Aubry promet maintenant de revenir en arrière. Pourtant, elle qualifie son projet de « transformation sociale, économique et écologique ». Dans les deux cas, Sarkozy a agi pour tenir compte de la réalité économique. D’ailleurs les agences de notation ont récemment confirmé le maintien de la haute note de la France à cause justement des actions positives du président et de son gouvernement dans ces cas particuliers.

Ségolène Royal est transformée. J’écoute et je lis ses discours comme ceux des autres, mais il me semble qu’elle frappe le clou sur la tête beaucoup plus souvent que ses adversaires. Elle démontre qu’elle est aguerrie depuis son expérience de 2007 où elle a obtenu 18 millions de votes, malgré le peu d’appui reçu de son parti dirigé alors par Hollande. Par contre, elle n’a pas actuellement la cote des Français. Ceux que je rencontre sont presqu’unanimes à m’affirmer qu’elle n’a pas de chance. Ils n’écoutent même plus ce qu’elle dit. Pourtant, je trouve que ses propos récents sont de plus en plus empreints de bon sens. Devenue une excellent oratrice et une femme avec une force de caractère remarquable, elle s’exprime avec fermeté, constance, précision et réalisme. Le PS organise trois « débat des candidats » durant les prochains mois. Ils seront télévisés en direct et j’ai l’impression que c’est à ce moment-là que Ségolène sera remarquée à nouveau par les Français et les Françaises.

Chaque candidat a affirmé vouloir éviter les attaques personnelles. À mon avis, cela est essentiel pour le futur du parti et pour le candidat qui voudra rallier ses adversaires à sa candidature pour le deuxième tour, s’il se rend là. C’est sur le fond des idées que le débat doit se faire. Mais, Martine Aubry, nerveuse, croyant les sondages qui la placent loin derrière Hollande, a décidé d’attaquer les qualités de leadership de ce dernier en lui reprochant de lui avoir légué un PS en mauvaise santé. « Tout le monde regardait le parti avec pitié en 2008 » dit-elle du moment où elle a remplacé François Hollande à la tête du PS, « alors qu’aujourd’hui, il est réuni ». Elle oublie de dire, entre autres, qu’il y avait beaucoup plus de membres du temps d’Hollande.

Cette course au PS s’annonce dure, serrée et captivante. On ne peut prédire à ce moment-ci qui gagnera. À suivre.

Claude Dupras

dimanche 15 mai 2011

Avec l’affaire DSK, Sarkozy sera réélu

Je ne sais pas si Dominique Strauss-Kahn (DSK) est coupable, mais les évènements qui se sont déroulés samedi dans cette chambre d’hôtel de New York viennent de bousculer cul-sur-tête la politique française. Après avoir fait un si bon travail au FMI, DSK s’enlignait de toute évidence sur la présidence française à laquelle il aspire depuis toujours.

Déjà depuis quelques semaines, une campagne négative avait été entreprise contre lui pour le dénigrer aux yeux des Françaises et des Français. Il y a eu l’évènement d’une Porsche Panamera de plus de 100,000 $ qu’il a utilisée avec son épouse la belle ex-journaliste Anne Sinclair. Ce supposé scandale était suivi d’un autre soit celui de la confection de trois de ses costumes à des prix de 7 000 $ à 35 000 $ par un tailleur français de NY. Cela ajouta à la rumeur que DSK a un train de vie digne des plus riches et que plusieurs membres du PS s’inquiétent de l’image de riche qu’il projette. Ce sont les mêmes qui reprochent au président Sarkozy d’être en symbiose avec l’argent, de protéger ses amis riches et d’avoir un style de vie « bling bling ». Voilà que leur candidat favori, DSK, va encore plus beaucoup plus loin avec son mode de vie quotidienne. Plusieurs pensent qu’un vrai socialiste est normalement le défenseur des petits, et qu’un DSK vivant la grosse vie est loin de donner l’image d’être près des préoccupations quotidiennes des travailleurs qui bossent jour après jour et difficilement pour rencontrer les deux bouts et nourrir leur famille.

L’incident de NY a mis en évidence, de plus, le fait qu’il logeait depuis vendredi, seul, dans le cinq étoiles Sofitel de NY, dans une suite à 3 000$ la nuitée et qu’il a été arrêté alors qu’il était assis en première classe du vol d’Air France.

Ces insinuations envers DSK sont tristes et ne devraient pas faire partie du débat politique. La France a suffisamment de problèmes pour prendre la meilleure personne possible pour la diriger durant les quatre prochaines années. Et DSK semble être cet individu. Mais c’est fini… car la politique est un commerce d’images et d’illusions.

Même si DSK est blanchi des accusations de la police newyorkaise qui planent sur lui, il en restera quelque chose dans l’arrière-pensée des électeurs français. À moins que ce soit un coup monté. À ce moment-là, DSK deviendra la victime et tout basculera en sa faveur. Mais cette probabilité est mince.

La prochaine élection présidentielle s'annonce très serrée, ce qui signifie que chaque vote va compter. J’ai l’impression que DSK vient de perdre les milliers de votes qui auraient fait la différence. J’ai des amis français de droite qui étaient prêts à voter pour lui. Mais aujourd’hui… si DSK revient de tous ses problèmes, ils le sont beaucoup moins.

C’est Sarkozy qui doit jubiler. DSK parti et Ségolène Royal knout-out, c’est soit Martine Aubry (la femme des 35 heures) soit François Hollande (l’ex-premier secrétaire PS qui a vu son parti éliminé au deuxième tour lors de la dernière élection présidentielle) qui sera son adversaire socialiste à sa gauche et Marine Lepen du FN à sa droite. Deux des trois seront au deuxième tour.

Sarkozy y sera, malgré sa descente aux enfers des sondages. Il reprend du poil de la bête et le dernier sondage lui donne une embellie de cinq points pour l’amener à 32%, et ce n’est pas fini… C’est un politicien hors de l’ordinaire et un campaigner extraordinaire. Il l’a clairement prouvé lors de la dernière élection. Même s’il arrive deuxième au premier tour, il gagnera les votes du candidat (e) éliminé (e). Si c’est le (la) socialiste, la gauche ira à Sarkozy avant d’aller au Front National. Si Marine Lepen est éliminée, la droite de la droite ira à Sarkozy qui est à droite avant d’aller à gauche. Il ne peut pas perdre.

Claude Dupras