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dimanche 24 août 2014

Conseil de Lucien Bouchard aux séparatistes : soyez réalistes !


S’il y a un homme politique qui connaît bien le Québec et qui sait prendre son pouls, c’est bien l’ex-premier ministre Lucien Bouchard. Nationaliste dans l’âme, il a quitté le parti progressiste-conservateur canadien et le gouvernement de Brian Mulroney, en 1990, sur, ce qui était pour lui, une question de principe. Nous n’étions pas tous en accord avec lui, mais la quasi-majorité des Québécois l’était.
Après sa démission, il fonda un parti politique fédéral dédié à la séparation du Québec, le Bloc Québécois (BQ), et remporta une forte majorité des sièges du Québec. Ce faisant, il se retrouva chef de l’opposition de Sa Majesté à la Chambre des Communes puisque son parti avait fait élire le deuxième plus grand nombre de députés. Impensable, mais vrai !
Sa popularité était grandissante et elle a été bien démontrée lors du référendum sur la séparation du Québec de l’ensemble canadien de 1995. C’est Bouchard qui, par la force des choses, a mené la campagne lancée par le PM québécois Jacques Parizeau. Avec son dynamisme, sa forte personnalité, sa force de caractère et la puissance de ses mots, il a capté, assemblée après assemblée, l’imagination des Québécois qui venaient de plus en plus nombreux le voir, l’entendre, l’apprécier et se laisser convaincre de ses idées. Ce fut une démonstration spectaculaire d’un chef politique charismatique au discours clair, efficace et laconique. Il n’échoua que par quelques déciles puisque sur 4,7 millions de votes exprimés, le « NON » gagna par seulement 54 288 voix.
L’année suivante, Parizeau démissionna et Lucien Bouchard devint premier ministre du Québec et chef du Parti Québécois (PQ).
Cet homme aujourd’hui, suite à son retrait de la politique en 2001, est devenu un personnage important dans le monde légal et des affaires. Ses paroles portent toujours dans l’opinion publique. Ainsi, il y a quelques jours, il a exprimé ses convictions lors d’une interview importante durant laquelle il a démontré, encore une fois, sa sensibilité québécoise, son intelligence stratégique et son savoir politique. Il a résumé clairement ses sentiments sur son histoire politique personnelle, sur celles du PQ, du Québec, du Canada et sur les référendums sur la séparation du Québec de l’ensemble canadien.
Évidemment, les séparatistes actuels n’ont pas aimé ses propos et sont en furie contre Bouchard, surtout lorsqu’il a prédit qu’il n’y aura pas de nouveau « référendum de mon vivant », et que s’il y en avait un, « le « Oui » serait encore rejeté ». Concernant le BQ, il estime qu’il n’a plus sa place sur la scène fédérale car il y va de l’intérêt des Québécois d’être bien représentés dans les partis politiques nationaux capables de prendre le pouvoir.
Ses opposants ne partagent pas ses opinions puisque ses mots sont venus détruire leurs rêves, leurs actions et leurs prédictions sur la séparation du Québec. Depuis, ils le méprisent, le caricaturent et le déprécient tout en cherchant à démontrer qu’il a tort et que l’idée de la séparation est toujours aussi vive et présente dans l’esprit des québécois. Et cela, même si ce qu’a dit Bouchard correspond aux résultats des recherches de tous les sondeurs et au vote cruellement réel des Québécois envers le PQ lors de la dernière élection québécoise.  
Malgré tout, j’ai une certaine admiration pour ces individus en ce qui a trait à la densité de leur ferveur et de leur nationalisme. Le malheur est, qu’aveuglés par leurs ardeurs et leurs espoirs, ils refusent de reconnaître la sagesse de l’un de leurs plus prestigieux chefs du passé et de mettre de côté leur créature de rêve. De plus, en ne se ralliant pas à la pensée de la majorité des Québécois, ils n’aident pas la cause du peuple québécois sur le plan national. Ils ne sont pas des bâtisseurs.
De plus, ils ne respectent pas ceux qui ne partagent pas leurs opinions. Bouchard est un bon exemple. Voilà le chef qui leur a donné le pouvoir au Québec et qui par ses gestes et ses actions leur a presque livré un résultat positif à un référendum sur la séparation du Québec. Aujourd’hui, il le blâme de n’avoir pas déclenché un troisième référendum même si Bouchard savait que les conditions gagnantes n’étaient pas réunies. Ils se tournent contre lui comme s’il était un vulgaire individu en le pointant du doigt. On n’a qu’à les lire pour réaliser que pour beaucoup d’entre eux, Bouchard est un vendu, qu’il a été acheté, qu’il ne travaille que pour l’argent et qu’il est un paria qu’ils méprisent entre eux et sur la place publique. Ils sont intransigeants.
Ces séparatistes sont généralement bien instruits, écrivent très bien, abondamment et savent dénicher et amplifier tout ce qui va mal avec le gouvernement fédéral et celui du Québec pour asseoir les bases de leurs argumentations. Ce qui compte pour eux, c’est de dénigrer, avant tout, les porteurs de l’autre message. Je considère que c’est là leur erreur principale puisqu’elle résulte dans la baisse de leur crédibilité.
Quant à leur programme politique, il ne germe pas car il n’y a pas de terreau politique comme celui qui a prévalu lors des projets avortés de la réforme constitutionnelle au Canada suite aux accords rejetés du Lac Meech et de Charlottetown. 
De plus, ils n’ont pas de chef charismatique, chaleureux, sensible, aimé et convaincu comme René Lévesque qui a mené le premier référendum ni comme Lucien Bouchard qui a mené le second avec Jacques Parizeau. Ils rêvent de trouver un sauveur, sans réaliser que de tels chefs sont normalement issus de moments politiques particuliers où la société traverse des difficultés hors de l’ordinaire à cause de l’environnement politique qui rend alors propice l’impact de discours nationalistes pouvant fouetter l’imagination et ayant figures de solutions aux problèmes. On est loin de cela.
En fait, l’entrevue récente de Bouchard a mis en relief, encore une fois, l’impossibilité pour les séparatistes d’atteindre leur objectif. Il est temps qu’ils réagissent positivement et deviennent réalistes.
Claude Dupras

 

vendredi 2 septembre 2011

Vous voulez un nouveau pont, alors, la prochaine fois, votez pour Harper…

Dans les années ’50, les gens de Shawinigan réclamaient sans succès du premier ministre québécois Maurice Duplessis un nouveau pont sur la rivière Saint-Maurice. Le problème : leur député était rouge alors que les bleus étaient au pouvoir. Dans la campagne de 1956, dans un discours à Shawinigan, Duplessis a dit crûment à la foule « vous voulez un pont, alors votez Union Nationale ». Nonobstant cette proposition alléchante mais menaçante, ils votèrent, à nouveau, libéral, et n’eurent pas de pont. Dans ce temps-là, ça marchait comme ca ! Autant sous les gouvernements de l’Union Nationale que sous ceux des libéraux.

Aujourd’hui, plus de cinquante ans plus tard, le journal anglophone Montréal Gazette estime que les Québécois ont brûlé le political bridge (pont politique) avec Ottawa, en votant massivement NDP le 2 mai dernier. Voilà, nous sommes revenus à la case de départ, si on en croit l’éditorialiste du journal montréalais. Étant donné que nous n’avons pas voté pour le gouvernement conservateur, nous nous retrouvons sur la liste noire et nos demandes ne sont pas écoutées et même boycottées par Ottawa.

Examinons quelques prises de position depuis l’élection du 2 mai du gouvernement conservateur et qui touchent le Québec :

. Celui-ci veut que la réalisation d’un nouveau pont Champlain sur le fleuve Saint-Laurent, entre Montréal et la Rive-Sud, devienne la responsabilité du gouvernement du Québec et de la ville de Montréal alors que l’actuel pont qui doit être remplacé appartient au fédéral.

. Il a annoncé une loi omnibus pour son agenda de lois pour combattre le crime même si au Québec nous nous opposons au contenu de ces lois, qui sonnent fascistes, puisque nous favorisons une approche basée sur la réhabilitation et que les statistiques montrent que le crime diminue.

. Il refuse toute concession en rapport avec la diminution de la représentation québécoise à la Chambre des communes découlant de la décroissance démographique au Québec par rapport au reste du Canada. Pourtant, le parlement avait reconnu unanimement, lors de l’accord du Lac Meech, que le Québec ait toujours 25% du nombre des députés, puisqu’il est une des nations fondatrices du pays avec une culture et une langue à protéger en Amérique du Nord. La nouvelle proposition du gouvernement la diminuerait à 22,2%.

. Malgré la forte opposition du Québec, Harper a accepté de signer la garantie d’un prêt fédéral à taux réduit pour la réalisation du projet hydroélectrique Bas-Churchill au Labrador. Le Québec a toujours financé lui-même ses projets hydroélectriques et estime, avec raison, que le geste du gouvernement fédéral fausse la concurrence.

. Il veut fermer le registre canadien des armes à feux, malgré la forte opposition des Québécois. Le PM Jean Charest a proposé d’en instaurer un nouveau pour le Québec. Les conservateurs l’ont avisé qu’il ne recevra aucun argent ni aucune des données contenues dans le registre canadien.

. Sur la question de l’environnement, le Québec contrairement à Ottawa respecte l’accord de Kyoto et s’exprime pour un contrôle environnemental de l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta. Le PM ne répond même plus aux doléances du Québec sur ces questions.

Si la représentation conservatrice au Québec a diminué lors des deux dernières élections, le PM Harper doit faire son propre « mea culpa ». Gouvernement sortant-de-charge, son parti a mené une campagne électorale minable au Québec, sans thème et sans programme politique particulier alors qu’ailleurs, il a promis des mesures qui heurtaient de front l’opinion publique québécoise. Le financement des candidats dans les comtés a été insatisfaisant et un très grand nombre d’entre eux n’ont pu faire une campagne adéquate, le parti prétextant qu’ils n’avaient aucune chance de gagner. Le résultat : Harper s’est réveillé avec 5 députés alors qu’il en avait 11 et un pourcentage du votes amoindri pour la deuxième élection générale consécutive.

Le but des conservateurs était d’obtenir une majorité parlementaire sans le Québec. Ils ont réussi un évènement très rare et quasi impossible, un tour de force. Les circonstances ont voulu que les Québécois en aient ras-le-bol des partis traditionnels et du Bloc Québécois et, le 2 mai dernier, ils se sont tous tournés ensemble vers le NDP, à la surprise générale. Les Québécois qui sont majoritairement fédéralistes, sont maintenant éloignés du pouvoir et Harper donne l’impression qu’il administre le Canada comme si le Québec n’existait pas. Veut-il les punir de leur vote contre lui ?

Au lieu d’agir comme il le fait, une meilleure stratégie, pour le futur, serait de traiter le Québec comme par le passé. Une telle attitude laisserait une bonne impression chez les Québécois à l’effet qu’Harper est un chef politique ouvert qui pense à l’intérêt général. Il y va aussi de son propre intérêt puisque rien ne lui garantit qu’il puisse retrouver une majorité au Canada anglais lors de la prochaine élection canadienne. Avec plusieurs députés au Québec, il pourrait la maintenir. S’il continue sur la voie actuelle, il ne les aura sûrement pas. C’est surprenant de la part du « grand stratège » comme le surnomme le Canada anglais.

Le pont Champlain est une bonne occasion pour le PM Harper de renverser la mauvaise perception envers lui qui s’implante au Québec. Dans un premier temps, il s’agit du pont le plus utilisé du Canada et les Québécois n’en peuvent plus d’être pris dans les bouchons qui créent des attentes interminables. Un consortium d’ingénieurs a présenté un rapport détaillé et il semble que le pont doit être remplacé. Les ponts qui traversent le Saint Laurent ont toujours été de responsabilité fédérale. Alors pourquoi attendre ? Pourquoi jouer ce jeu irréel de vouloir transférer cette lourde responsabilité financière au Québec ? N’est-ce pas une attitude qui peut nuire à long terme aux bonnes relations des Québécois avec leur gouvernement fédéral ? Allons-nous revenir au temps passé, où il fallait voter du bon bord si on voulait obtenir des investissements du gouvernement ?

Allez, allez, premier ministre Harper, montrez votre ouverture d’esprit…

Claude Dupras

lundi 23 mai 2011

Les francophones et les femmes sont absents du pouvoir au Canada

Le nouveau cabinet de ministres du premier ministre canadien Stephen Harper vient tout juste d’être assermenté par le Gouverneur Général du Canada. Il inclut quatre ministres du Québec (dont deux sont des ministres juniors qui dépendent d’un autre ministre) sur un total de 39 ministres. Ce n’est pas fort. On ne peut, cependant, blâmer le PM puisque que les Québécoises et les Québécois n’ont élu que cinq députés du Parti Conservateur du Canada (PC), dans les 75 comtés du Québec, lors de la récente élection fédérale.

Dans notre système parlementaire britannique, le premier ministre est tout-puissant et ceux de son entourage immédiat, « l’inner-circle », sont ceux qui ont le plus d’influence sur lui. Ils sont, par conséquent, les vrais moteurs de la gouverne du Canada. Aujourd’hui, comme le rapporte le journal torontois Le Star, seuls douze hommes composent ce vrai pouvoir à Ottawa, dont seulement six élus. Il n’y a aucune femme. Tous les autres ne sont que des porteurs d’eau.

Ce groupe dirigé par le PM comprend son chef de cabinet (le compétent Nigel Wright), le premier assistant de ce dernier (l’Ontarien Derek Vanstone), le ministre des finances (le respecté Jim Flaherty), son secrétaire principal (le réformiste Ray Novak), son responsable des politiques (le réformiste Paul Wilson), son directeur des communications (le Québécois Dimitri Soudas), le ministre du trésor (l’allianciste réformiste Tony Clement), le ministre de l’immigration (l’Albertain Jason Kennedy), le ministre des affaires extérieures (l’Ontarien John Baird), le ministre de la défense (Peter Mackay de la Nouvelle-Écosse) et le ministre de la justice (l’Ontarien Rob Nicholson).

Le maillon faible est Soudas, un québécois d’origine grec qui ne comprend rien à la sensibilité politique québécoise et qui s’est montré, durant les dernières années, d’une arrogance surprenante, déplaisante et improductive envers nous. Le PC ne va nulle part au Québec avec lui, comme vient de le démontrer clairement le résultat de la récente élection générale. Il est dans l’intérêt du PC et du Québec qu’il soit muté.

Quant aux autres membres du groupe des 12, ils sont forts compétents et aideront le PM a bien diriger le pays. Le malheur est qu’ils démontrent de la difficulté à comprendre l’approche politique des Québécois et, je dirais même, celle des francophones des autres provinces. On l’a vu, dans le passé, sur les questions du registre des armes à feu, de la défense de l’environnement, des propositions de « loi et ordre », du pro-militarisme excessif, du « copier-coller » de politiques de la droite de la droite de GWBush, de l’appui unilatéral à Israël dans le conflit israélo-palestinien, du manque de progressisme dans ses propositions, de la concurrence déloyale envers l’Hydro-Québec, etc.

Par contre, les Québécois d’âge moyen appuient les politiques conservatrices d’accroissement d’échanges commerciaux via de nouveaux accords de libre-échange avec l’Europe et d’autres pays, les bons rapports avec le président américain, la concentration des efforts du gouvernement sur l’économie, la prudence fiscale, les efforts pour réduire la taille du gouvernement, les déficits, la dette, etc.

Les Québécois ont été dupés par le Bloc Québécois qui a constamment cherché à « démoniser » Harper. Au lieu de débattre avec des arguments apolitiques, le Bloc a réussi, sur chaque sujet, à les rattacher à de supposés desseins morbides du PM canadien contre le Québec. Ces attaques de tous les instants ont porté fruit au point que les Québécois ont voté « tous, sauf Harper ». Mais, comme il y a de la justice dans tout, le Bloc a été surpris et éliminé. N’eut été de cette approche constamment négative, Harper aurait probablement fait élire plusieurs autres députés au Québec et aujourd’hui nous serions mieux représentés dans le parti au pouvoir à Ottawa.

Je me suis opposé souventes fois, dans mon blog, aux politiques de Harper mais sans attaquer sa personne et sans lui attribuer des motifs insensés ni malhonnêtes.

Contrairement au passé, où l’électorat était préoccupé par de grands enjeux politiques comme la construction du pipeline canadien, le plan national d’énergie, le bilinguisme et le biculturalisme, le respect des droits (fiscaux et autres) des provinces, le rapatriement de la constitution, l’accord constitutionnel du Lac Meech, etc., il réagit maintenant aux politiques qui le touchent directement sur la base de leurs valeurs respectives, comme ceux mentionnés précédemment. Cela a permis, pour une première fois, l’élection d’un parti majoritaire à Ottawa sans le Québec.

Le PM Harper a une grande tâche devant lui s’il veut atteindre l’unité nationale requise pour un grand pays comme le Canada. Il ne peut oublier que seulement 39,6% des électeurs ont voté pour lui et son parti, qu’il doit d’être le PM de tous les Canadiens et, pour se faire, doit reconnaître que ses positions politiques actuelles sont ancrées trop droite pour un grand nombre de ses compatriotes.

Si le PM Harper veut vraiment réussir à convaincre une grande majorité de ses compatriotes, entre autres les Québécois, de l’appuyer, le PM doit se repositionner vers le centre du spectre politique. Pour se faire, il serait utile qu’il ait dans son groupe des 12, de fortes personnalités québécoises et des femmes capables de faire la part des choses pour l’amener à bien servir tous les Canadiens.

Claude Dupras

samedi 26 février 2011

Lucien Bouchard, bon ou pas bon ?

L’ex-premier ministre du Québec, l’avocat Lucien Bouchard, a accepté le poste de président de l’Association pétrolière et gazière du Québec au moment où les Québécois et Québécoises ont vraiment peur des conséquences de l’exploitation du gaz de schiste et s’y opposent majoritairement.

Bouchard a été avocat en droit du travail pendant 22 ans avant d’entreprendre une carrière politique. Il a été le principal penseur qui a mis dans la bouche de Brian Mulroney, son grand ami d’université, les mots qui ont permis à ce dernier de remporter la presque totalité des comtés au Québec et d’être propulsé au poste de PM du Canada, avec son Parti Progressiste-Conservateur (PPC).

Devenu ministre à Ottawa, Bouchard jugea que les principes et les objectifs de l’Accord du Lac Meech (pour réintégrer le Québec dans la constitution canadienne) devenaient trop dilués. Il quitta son poste pour créer le Bloc Québécois (BQ), un parti politique fédéral dédié à la séparation du Québec. À l’élection qui suivit, le BQ gagna suffisamment de sièges pour permettre à Bouchard de devenir chef de l’opposition à la Chambre des communes devant le nouveau PM Jean Chrétien. Du jamais vu !

En 1995, la campagne référendaire au Québec dirigée par le PM Jacques Parizeau, n’allait nulle part. Bouchard en prit le contrôle et devint, en un rien de temps, le vrai leader séparatiste (le mot est de lui). Tribun extraordinaire, il remplissait salle après salle grâce à son discours d’une logique implacable. À son grand désappointement et à ceux de ses fidèles, au soir du vote, l’option séparatiste du OUI ne perdit que par quelques centiles. Devant cette performance magistrale et l’admiration passionnée que lui témoignaient les Québécois, Parizeau se retira et Bouchard devint chef du Parti Québécois et fut assermenté premier ministre et dûment élu à l’élection qui suivit.

Il a gouverné le Québec d’une main de fer. Son projet de fusion des municipalités au Québec a créé un brouhaha indescriptible. La presque totalité des municipalités visées tinrent des référendums et le NON l’emportait partout par des majorités dépassant les 90%. Nonobstant cette expression démocratique, Bouchard imposa quand même la fusion. Par la suite, son successeur Jean Charest se senti obligé de permettre la dé-fusion, ce qui ajouta à la confusion. Une autre erreur!

Par ailleurs, afin de répondre aux exigences des financiers de Wall street, Bouchard décida de forcer à la retraite des milliers de professionnels des hôpitaux (chirurgiens, spécialistes, médecins et infirmières) afin de diminuer les dépenses de l’État. Les plus expérimentés quittèrent leurs taches. Depuis, les patients sont moins bien traités et les hôpitaux peinent à répondre adéquatement à la demande des citoyens malades. Un vrai scandale !

Lucien Bouchard vient d’expliquer sa position sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste. Évidemment, il n’est pas favorable à l’idée d’un moratoire puisqu’il représente l’industrie qui veut développer cette ressource. Plusieurs de ses arguments sont bons, logiques mais incomplets. Il affirme que le Québec doit se baser sur les conclusions du prochain rapport du Bureau d’Audience Publique sur l’Environnement (BAPE). Or le mandat du BAPE n’était pas suffisamment large pour vraiment étudier cette question difficile. Il n’a pas fait « une véritable évaluation environnementale stratégique (EES), visant à intégrer les facteurs environnementaux à l’élaboration de politiques, de plans et de programmes publics » comme le proposa l’Ordre des Ingénieurs du Québec.

Bouchard se trompe face à la vive réaction des Québécois. Ce ne sont pas des mots qui viendront à bout de leur perception négative du projet. Un arrêt de l’exploration est justifié pour calmer les esprits et permettre à tout le monde de reprendre son souffle. Je crois qu’un moratoire d’une année pourrait suffire pour permettre à Bouchard et cie de revenir expliquer le projet afin qu’ensemble nous réexaminions cette question qui peut s’avérer très importante pour l’avenir économique du Québec.

Puis, il y a la question de la mise sur pied d’une commission d’enquête sur la construction. Bouchard a une bonne expérience dans le domaine puisqu’il était procureur de la dernière commission d’enquête tenue il y a près de 40 ans. Après avoir dit qu’il s’opposait à une telle enquête parce que « les témoins deviennent coupables dès lors qu’ils sont vus à la télévision en train de témoigner à une telle commission d’enquête » voilà maintenant qu’il affirme « Moi, aujourd’hui, je la ferais parce que le gouvernement paie un prix énorme pour ne pas la faire et qu’il faut assainir les perceptions ». En somme, il accepte que le Québec dépenses des centaines de millions de dollars pour salir des gens innocents, pour assainir les perceptions, sauver le gouvernement… Non, cet argument n’est pas sérieux, d’autant plus qu’une nouvelle escouade permanente anticorruption vient d’être mise sur pied par le gouvernement et qu’elle pourra faire le travail plus efficacement. Ce n’est que de la petite politique et Bouchard le sait, car il affirme, en conclusion, « …malgré qu’il n’est pas certain que les coupables seront dénichés avec une commission d’enquête ».

J’ai été souventes fois en désaccord avec Lucien Bouchard. Tout particulièrement en rapport avec ses prétextes pour quitter le PPC, ses arguments pour créer un parti séparatiste à Ottawa (Bloc Québécois) qui a enlevé aux Québécois le pouvoir qu’ils avaient sur la scène fédérale, la fusion des municipalités qui a créé la désorganisation qui règne aujourd’hui à Montréal, la mise à pied du personnel professionnel des hôpitaux qui nuit encore à la qualité des soins aux Québécois. Et aujourd’hui, je m’oppose à son refus d’un moratoire sur la question du gaz de schiste et à son accord, que je qualifierais d’opportuniste, à la tenue d’une commission d’enquête sur la construction.

Malgré ces différents, j’admire Lucien Bouchard. C’est un Québécois hors de l’ordinaire. C’est un homme de conviction, sérieux, intelligent, convaincant, engagé, honnête qui aime le Québec et qui sait l’expliquer à ses compatriotes. Il est un homme qui a survécu à une maladie grave et qui a su relever la tête et continuer comme si rien n’était. Il a été un vrai homme politique qui garde ses convictions. C’est un bon homme.

Claude Dupras

Ps. Aujourd’hui, les « purs et durs » séparatistes le dénigrent à qui mieux mieux. Ils l’accusent d’avoir « botché » le référendum de 1995, donc d’être le responsable de la défaite. Ils ne l’aiment pas parce que comme d’autres personnages sérieux qui connaissent bien la situation politique québécoise, tel l’ex-ministre péquiste François Legault, Lucien Bouchard affirme qu’un nouveau référendum n’est pas gagnable à ce moment-ci. Ces « purs et durs » irréalistes seraient mieux de se regarder dans le miroir avant de critiquer les autres. N’est-ce pas eux qui viennent d’organiser, le 19 février dernier, une manifestation devant le parlement de Québec pour exiger le départ de Jean Charest ? Elle devait être extraordinaire et répercutante mais elle n’a attiré que 45 personnes. Cette manifestation manquée est devenue le plus grand « flop » organisé par des séparatistes, indépendantistes ou souverainistes depuis que l’on parle de séparation au Québec.