samedi 3 octobre 2015

Un monde sans race

En France, on est à cheval sur le mot race. Le dernier incident qui met en relief cette affirmation est la conséquence d’une sortie verbale de l’ex-ministre du gouvernement Nicolas Sarkozy, Nadine Morano, qui a lancé dans une interview à la télévision que « la France est un pays judéo-chrétien, le général de Gaulle le disait, de race blanche, qui accueille des personnes étrangères ». Hors, De Gaulle n’a jamais écrit cela. Ce sont des propos qu’il aurait tenus dans une réunion privée et rapportés par une personne qui les aurait entendus.
Morano a aussitôt été attaquée violemment par l’opposition et la presse en général. Nonobstant cette levée de boucliers, Morano a persisté, signé et répété ses propos à Moscou, où elle était invitée, en affirmant « la France est un pays de race blanche avec des noirs, comme le Congo est un pays de race noire avec des blancs ». Elle semble vouloir dire que tous les membres de la population française, plurielle et métissée, ne sont pas égaux. 
Selon le "Trésor de la Langue Française Informatisé", le mot « race » signifie en biologie : « Ensemble de personnes qui présentent des caractères communs dus à l'histoire, à une communauté, actuelle ou passée, de langue, de civilisation sans référence biologique dûment fondée ». Ou encore « Subdivision de l’espèce fondée sur des caractères physiques héréditaires, représentés pas une population.
Nadine Morano avait annoncé qu’elle serait candidate à la primaire pour le choix du candidat à la présidentielle du parti « les Républicains », ex-UMP, aujourd’hui dirigé à nouveau par Sarkozy. Ce dernier, qui veut aussi briguer les suffrages de la primaire, n’a pas aimé ses propos et l’a renié sur le champ malgré le fait qu’elle avait été l’une de ses plus grandes supportrices durant la traversée du désert qu’il a connue, suite à sa défaite aux mains de François Hollande. Dans un premier temps, il a demandé que l’investiture de la candidature de son parti pour Morano en vue des élections régionales pour le comté de Meurthe-et-Moselle soit retirée. Cela me semble une réaction exagérée.
Mais Sarkozy a été encore plus loin. Il a déclaré vouloir enlever le mot « race » de la constitution de la France. Le parti socialiste a emboité le pas pour se dire en accord avec cette proposition. En fait, ils reconnaissent la proposition de loi adoptée le 16 mai 2013 par l’Assemblée nationale française visant à supprimer le terme « race » de la législation française et à modifier la constitution qui mentionne l'égalité de tous devant la loi, « sans distinction d'origine, de race ou de religion ».
Alors quel mot employé ? Population, ethnie, espèce, sous-espèce, famille, genres… ou est-ce que le mot « origine » couvre tout ?
Au Québec, on accepte de dire « race blanche », « race noire », « race jaune » ou « peaux-rouges » tout en oubliant les autres de couleurs métissées. Et, comme dans l'ensemble du Canada, on identifie, de plus en plus, l’origine ethnique. Ce qui signifie, en fait, que le Québécois ou le Néoquébécois non francophone est d’une « race » différente que celle de la majorité, même si sa famille est au pays depuis plusieurs décennies et qu’il soit né au Québec. C’est ainsi que l’on dit : « lui il est un anglais, un italien, un grec, un polonais, un irlandais, un algérien, un haïtien, un congolais.. ». En fait, le mot race est rarement utilisé. Mais on semble y faire allusion en créant une différence entre chaque individu sur la base des définitions mentionnées précédemment du mot « race ». Pour plusieurs, les vrais Québécois sont les francophones, surtout pour ceux qui espèrent la séparation du Québec de l’ensemble Canadien. Souventes fois, ces derniers dénigrent, même ouvertement, « les anglais » du West Island, le quartier particulièrement anglophone de Montréal. … De plus, lorsqu’ils disent « Nous les Québécois… on ressent qu’ils n’incluent pas toujours les autres dans ce « nous ».
Ce qui surprend dans ce débat en France est le préjudice du monde politique face au mot « race ». Il semble que l’idéal serait un monde sans race.
Le Français moyen ne s’exprime pas trop ouvertement sur ce sujet mais on sent que cela le touche car il réagit. On peut en juger par l’accroissement des rangs et de la popularité du parti du Front National, qui ne craint pas de parler de la défense de la race. Les hommes et femmes politiques des autres partis se montrent très sensibles à ce phénomène et s’inquiètent pour des raisons électorales ? On peut penser que Nadine Morano s’est exprimée comme elle l’a fait sur la place publique car elle craint la débandade de son parti de droite aux élections devant le FN qui gruge ses supporteurs et qu’elle voulait ainsi ramener au bercail plusieurs égarés.  
Mais, ce qui est plus important, ce sont les immigrés et migrants en sol de France depuis la guerre d’Algérie, particulièrement ceux des dernières années, qui s’inquiètent que leur pays d’adoption ne soit pas à la hauteur de sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité », si le Front National gagne le pouvoir.  

Claude Dupras

dimanche 27 septembre 2015

Mon blog: 10 ans déjà


Ce jour-là, le 20 juin 2005, j’ai commencé une belle aventure dans le monde des blogs. Un article de journal publié en novembre 2004 avait suscité mon intérêt. Malgré que les blogs au Québec étaient plutôt rares à ce moment-là, il racontait que « le nombre de weblogs, communément appelé blogs, est passé dans le monde de 5 millions à 11,5 millions » (Aujourd’hui, il est plus près de 275 millions et il croît encore au rythme de 2 millions par mois). Plusieurs sites internet proposaient des programmes informatiques pour créer son propre blog. Pour faire un essai, j’ai opté pour celui offert par Google, le « Blogger.com ».
Le vrai challenge est d’écrire un texte objectif qui concerne un sujet de l’heure et de le faire régulièrement dans une démarche qui soit originale et respectée. Comme c’est en forgeant que l’on devient forgeron, il en est de même pour l’écriture.
   
J’ai été surpris, au fil des blogs, de voir comment je puisais dans mes expériences passées, qu’elles soient familiales, sociales, étudiantes, d’affaires ou politiques et comment ces dernières étaient soumises aux influences externes. Tout cela rendait plus difficile de décortiquer et de commenter la vie actuelle.
J’ai toujours accordé une grande importance à émettre une analyse consciente par des propos balancés, vrais, non agressifs tout en tenant compte des opinions des deux côtés de la médaille. Mais j’ai aussi réalisé que mon analyse pouvait être aussi inconsciente, puisque comme tout le monde je porte des cicatrices invisibles.
C’est une délicate besogne que de traduire dans des mots son appréciation des évènements de l’actualité. Le grand défi de bien écrire est de produire un témoignage tout en comprenant que le poids que l’on donne à un mot n’est pas toujours celui que certains lecteurs lui donnent ou qu’ils le définissent. Quelques fois, je me demande quelle est l’utilité d’écrire si mes mots risquent d’être lus dans un sens que je ne leur attribue pas. Mais, vite, je mets de côté ces idées noires pour continuer à relever le défi.
Un auteur a écrit en parlant de l’écriture : Les sujets foisonnent et les idées fusent. L’esprit réagit. Le coeur prend parti. Face à l’évènement, c’est une mécanique impressionnante qui se met en marche. Et c’est vrai !
Avec le temps, j’ai appris à écrire un texte plus ou moins personnel sur un sujet sérieux pour le publier. J’ai vite réalisé que l’émotion est la clef pour gagner le public et que si le sujet ne passionne pas, il vaut mieux ne rien faire. Mais si c’est le contraire, alors allez-y et votre texte volera de ses propres ailes grâce aux clics des internautes. 
Plusieurs bloggeurs présentent un texte quotidien ou hebdomadaire. Dans mon cas, je l’écris au moment où j’estime avoir quelque chose à dire sur l’actualité politique ou autre.  
Après un début difficile, le nombre de lecteurs de mon blog a augmenté constamment. Ses 443 articles, à ce jour, ont été vus plus de 350 000 fois.
Avec la sphère informatique sociale, les journalistes des médias traditionnels ont perdu le monopole du jugement quant à ce qui importe pour les gens. Par contre, ceux qui les concurrencent, comme les bloggeurs, se doivent d’agir avec la même obligation professionnelle qu’eux afin d’être neutres dans leurs analyses de toute situation. Et ça, ce n’est pas facile !
Durant ma jeunesse, j’étais intéressé par les activités d’associations de toutes sortes. Elles m’ont amené à participer activement à la politique qui est vite devenue, pour moi, une passion. Que ce soit au municipal, au scolaire, au provincial ou au fédéral, j’y étais et je m’engageais ouvertement. Durant ma vie étudiante et, plus tard, ma vie professionnelle, je suis devenu un jeune nationaliste canadien-français, bilingue, témoin du débat de l’autonomie du Québec. Je m’opposais au parti libéral du Canada sur cette question et j’ai vu la solution dans le parti progressiste-conservateur du Canada dans lequel j’ai occupé plusieurs postes importants. D’ailleurs, elle se concrétisa lors des mandats des PM Diefenbaker, Clark et Mulroney. C’est de cette période que viennent les cicatrices invisibles.
Aujourd’hui, je ne suis ni partisan, ni membre d’aucun parti politique mais un Québécois et un Canadien qui veut le bien-être de ses compatriotes, de sa nation et de son pays. Je ne suis pas séparatiste car j’estime que cette alternative n’a aucun sens pour mes descendants puisqu’elle leur enlève tout le potentiel que l’ensemble du Canada leur offre. De plus, en précisant nos besoins et nos espoirs, nous avons pu obtenir le pouvoir pour assurer la protection de notre culture et de notre langue tout en devenant forts économiquement dans l’ensemble canadien. C’est avec cette lunette que j’analyse ce qui se passe politiquement chez nous. Pas de secret, pas de mystère !
Mon blog n’aborde pas que des sujets politiques québécois, il s’intéresse à tout ce qui se passe dans le monde. Je lis beaucoup de blogs québécois, canadiens et internationaux qu’ils soient de gauche ou de droite, fédéralistes ou séparatistes, et j’en recommande la lecture à plusieurs de mes lecteurs, dans une colonne dédiée à cet effet sur la page de mon blog. Je comprends la position de ces auteurs avec qui je diffère souventefois d’opinion. Leur expérience de vie a été différente de la mienne puisqu’ils ont été forgés d’une autre façon que moi, mais leur réaction est semblable à la mienne.
En ce 10ième anniversaire de mon blog, je veux remercier mes lecteurs et leur dire que j’apprécie leurs mots d’encouragement, leurs commentaires (favorables ou non) et les références dont ils me gratifient.
Merci beaucoup !
Et au prochain… 

Claude Dupras

mardi 8 septembre 2015

Les migrants et nous

Quel extraordinaire mouvement vers l’Europe de réfugiés venant de pays tyrannisés par les guerres, la misère ou la faim !

C’est par dizaines de milliers que nous les voyons traverser la Méditerranée avec leurs enfants, à leurs risques et périls, dans des embarcations fragiles après avoir payé un gros prix à des bandits qui leur ont promis mer et monde et être assurés qu’ils seraient protégés alors, qu’en réalité, ils se foutent d’eux et les laissent le plus vite possible à leur misère et plusieurs à leur mort, dès que la mer fait des siennes.
Hier, les réfugiés arrivaient de l’Afrique noire. Ces jours-ci, ils arrivent en trombe de la Syrie, d’Iran et d’Irak. Près de 40 000 sont entrés en Allemagne après avoir traversé tout le territoire européen à partir des rives de la mer en Grèce, en Italie ou ailleurs.
Le gouvernement allemand n’a pas attendu que les pays d’Europe se décident sur le sort de ces individus. Ce pays qui, plus que d’autres, met l’accent sur le respect de l’État de droit et sur les valeurs fondamentales, a ouvert tout grand ses frontières et ses bras pour les accueillir et a fixé à 800 000 le nombre de réfugiés qu’il est prêt à intégrer. Les Allemands les ont même applaudis en les voyant entrer dans leur pays. C’est typique de ce peuple germanique dont les actions passées d’intégration de nouveaux-venus ont toujours été bien organisées et remarquables.
Les nouveaux arrivants seront dirigés vers des centres d’enregistrements installés dans des tentes temporaires pour y être recensés. Des interprètes sont sur place pour les aider à remplir les procédures qui sont sous la surveillance de la police fédérale pour assurer la sécurité nationale. Ensuite, on leur distribue vivres et vêtements. Puis, dans les jours suivants, vitement, ils sont dirigés en régions en nombre déterminé proportionnellement par la population de chacune de ces dernières.
Partout, ces régions sont prêtes à leur trouver logements, nourriture, soins et tout ce qui est nécessaire pour assurer leur bien-être immédiat. Dès les premiers jours, elles placent les enfants dans des écoles. De plus, et c’est fort remarquable, elles organisent, pour tous, des cours accélérés de langue allemande afin de faciliter leur intégration. Elles cherchent du travail selon, si possible, les qualifications de chacun. Ces réfugiés sont généralement bien instruits, ont un bon métier ou une profession et veulent travailler. C’est ainsi qu’un État responsable doit agir envers des gens dans le besoin qui doivent, pour leur sécurité et celle de leur famille, quitter subitement leur pays et qui désirent s’installer ailleurs, temporairement ou de façon permanente.  
Pendant ce temps-là, le gouvernement canadien entrebâille à peine ses portes pour n’y laisser passer que quelques milliers de nouveaux arrivants par année, malgré le potentiel de gain appréciable qui découle de la venue d’étrangers dans notre pays. Les allemands ont su reconnaître dans les Syriens, des gens brillants, bien éduqués, entreprenants, travaillants et avec du cœur. Ceux, comme moi, qui ont eu l’opportunité de connaître, d’être amis et de travailler avec nos compatriotes d’origine syrienne, le savent. C’est sûrement la même chose pour les Iraniens, et les Irakiens.
La décision de l’Allemagne est motivée d’abord par sa démographie décroissante et les besoins de travailleurs et d’ingénieurs de son industrie. Cependant, ce ne sont pas des travailleurs-invités pour une période de temps définie, comme elle l’a fait dans le passé avec les Turcs, mais des immigrés invités à rester avec leur famille de façon permanente pour devenir allemands. Elle voit dans les nouveaux venus le maintien du niveau de sa main d’œuvre, de sa croissance et la continuation du développement de son économie. Ce serait ainsi, pour la même raison, au Canada et au Québec. D’ailleurs tout indique que le PM québécois Philippe Couillard le sait, puisqu’il a offert de recevoir 10 000 réfugies syriens, tout de suite.
Pour se convaincre de la véracité d’une telle affirmation, on n’a qu’à se rappeler le passé lors de la venue des 50 000 boatpeoples vietnamiens au Canada et au Québec. De même de celle des 37 000 hongrois et des 11 000 tchèques. Ils étaient pauvres mais éduqués, dynamiques, plein d’initiatives et ils se sont bien intégrés. Ils sont devenus de bons citoyens et un actif constant de développement économique pour le Québec et le Canada. Ce fut ainsi aussi pour les milliers d’individus d’une centaine de nationalités différentes qui vivent dans le Grand Montréal.
Malheureusement, une partie de notre population s’oppose à recevoir les réfugiés syriens pour la raison qu’ils sont en majorité de religion musulmane. Ce sentiment de rejet a pris racine lors du débat sur la Charte québécoise des valeurs et sur le port du voile. Suite à tout ce qui s’est dit de négatif à la Commission, rapporté dans nos médias, mal répété, mêlé, tordu, déformé, amplifié et répandu de bouche à oreille, un profond mal a été créé nonobstant que la Charte n’ait pas été adoptée. Il reste à le déraciner.
C’est similaire à la position du Front National en France. Ce parti d’extrême droite est antimusulman. Il l’affiche tout haut et refuse tout nouveau réfugié de cette religion en France, comme l’a encore répété sa cheffe Marine Le Pen lors du weekend dernier à l’université d’été du parti.  
Cela explique le sentiment négatif de plusieurs de nos compatriotes envers la religion musulmane, ses imans et les musulmans. Mais cela ne peut durer car ça va à l’encontre du bon sens, de la vérité et de la liberté. Qu’on aime ou non le voile, le fait demeure que la religion musulmane est une religion comme les autres dans laquelle des milliards de personnes ont foi. Celle-ci est la croyance dans un être supérieur et la religion, le moyen de le prier. Ceux qui n’y croient pas, ont le droit de penser comme ils le veulent mais la foi est un attribut de l’homme qui se doit d’être respecté et cela me semble indiscutable.
Il existe des musulmans de toutes nationalités. Ils sont, par exemple, des centaines de millions en Asie (Indonésie, Philippines, …), en Afrique (Maghreb, Arabie…). Ce sont des gens intelligents, éduqués, entreprenants... comme l’indique clairement leur lointain passé. J’ai eu le privilège de travailler professionnellement dans des pays musulmans africain et j’ai appris à les connaître, à rencontrer leurs familles, à être inviter à leurs fêtes et à en faire des amis. J’ai été pour quelques-uns leur parrain lors de leur venue à Montréal. Ce sont des gens de bonne famille qui veulent travailler pour gagner leur vie honnêtement. Ce sont des gens bien qui ont du potentiel. Il faut cesser de les diaboliser et mettre fin à cette injustice.   
Nous nous devons d’aider les réfugiés de tous pays quelles que soient leur couleur, leur religion. Pour l’humain, c’est un geste naturel que d’aider ceux qui sont en détresse. Certains diront obligatoire, et je suis d’accord ! De plus, c’est notre tradition et il n’y a pas de bonnes raisons pour la discontinuer. Nous avons aussi, dans le présent, besoin d’eux pour contribuer à la croissance de notre économie. Voilà pourquoi, je suis triste de voir la France se laisser banaliser par des sentiments irraisonnables basés sur la peur et de constater la même chose au Québec à cause d’une crainte injustifiée.
Le Canada est un pays de réfugiés. Ceux qui y sont venus, l’ont fait pour avoir une meilleure vie. Ils ont réussi, se sont intégrés dans notre société et y ont apporté leur soutien humain, économique et fraternel. Tous ces néo-québécois-canadiens sont un atout pour notre société.
Avec la grandeur de notre pays, ses richesses, son potentiel et sa relative petite population, il y a de la place et une espérance de bonne vie pour beaucoup de personnes.
Les Nations-Unies estiment que les réfugiés syriens seront plus d’un million au cours des cinq prochaines années. Et il y a ceux de tous les autres pays…  Nous entrons dans une période de transfert de population jamais vu.
N’hésitons pas à accueillir les réfugiés et préparons-les à bien s’intégrer chez nous en prenant l’Allemagne comme modèle.
Que le gouvernement canadien bouge ! 

Claude Dupras

 

 

lundi 31 août 2015

Une élection canadienne pas comme les autres

Le 19 octobre prochain, les Canadiens et Canadiennes sont appelés aux urnes pour choisir le prochain gouvernement de leur pays. Ce sera une journée importante pour l’unité canadienne et notre avenir.

Comment choisir parmi les partis qui briguent nos suffrages ? Par le positionnement politique qui correspond à leur raison d’être ou selon ce qu’ils nous proposent pour les quatre prochaines années ?

Jadis, si on était de droite, on pouvait choisir le Parti Conservateur (PC); de centre-gauche, le parti Libéral; de centre-droit le parti Progressiste-Conservateur avant que ce dernier soit monopolisé par la droite canadienne pour devenir le PC en 2003 et de gauche, le CCF devenu le Nouveau Parti Démocratique (NPD). Les environnementalistes votaient Vert. Quant aux séparatistes québécois, il y avait le Bloc Québécois pour se justifier de voter au fédéral.
Toujours, ou presque, l’électeur pouvait voter en fonction de ses critères personnels, politiques ou sociaux car les programmes politiques et les propositions qui en découlaient étaient clairement établis. Les clivages permettaient à l’électeur de choisir ce qu’il espérait que la société devienne.
Aujourd’hui, cet électeur réclame des actions politiques pragmatiques qui visent directement les problèmes du jour. Et pour ce faire, tous les partis ont recentré leurs politiques, par opportunisme ! Les discours ont changé et prendre le pouvoir avec une majorité de sièges à la Chambre des communes est devenu le seul but, la nécessité pour pouvoir agir. Il ne faut surtout pas afficher ses plus profondes convictions car elles peuvent éloigner l’électorat. Non, on s’adapte, on cherche à se faire aimer, on manipule les images et les illusions, on devient magicien politique.
Le NPD, si près du pouvoir, ne fait pas exception. Il ne veut prendre aucun risque de manquer son objectif qu’il a enfin à portée de main.  

Sous le leadership de Thomas Mulcair qui suit la ligne de son prédécesseur Jack Layton, le parti a bougé fortement vers le centre. Beaucoup trop, selon le président du caucus socialiste du NPD, Barry Weisleder qui s’inquiète de la tendance de son parti à oublier qu’il est celui des travailleurs et des organisations de travail au pays. 

Ce dernier réclame des actions et des politiques qui démontreront que le NPD est un parti de gauche. Il reproche à son chef de trop vouloir embrasser le capitalisme en promettant un budget équilibré tout en refusant de taxer les riches, les grandes entreprises et les banques pour financer de nouveaux programmes sociaux devant corriger les inégalités chez les Canadiens. Il affirme « les gens veulent du changement, mais pas le reniement de leurs espoirs et de leurs rêves ». Malheureusement, il va à contre-courant.
Mulcair veut justement changer l’image de « machine à dépenser » de son parti. Il demeure sensible aux besoins sociaux et veut agir. Mais, il sait que pour réaliser cela, il doit prendre le pouvoir et, pour ce faire, monopoliser le centre politique du débat en se montrant progressif, compétent et capable de diriger un gouvernement avec prudence.
Même le premier ministre (PM) Stephen Harper, le dur parmi les durs, demande aux Canadiens de lui faire confiance à nouveau. Il cherche à changer son image. Il veut faire oublier la ligne de droite de la droite qu’il a poursuivie sur les plans politiques, culturels et sociaux. Celle qui a tant déplu à un si grand nombre de Canadiens, dont les moins fortunés. Pour attirer des sympathies et gagner, il a fait voter des subventions importantes d’aide aux familles devant être remises durant la période électorale. Depuis, il se montre plus sensible, plus compréhensif, plus à l’écoute des Canadiens. Il cherche à faire oublier ses positions diplomatiques radicales et à sens unique comme en Palestine, en Iran, ses rebuffades répétées de plusieurs demandes raisonnables (plusieurs ne le sont pas), dont celle des armes, venant du Québec. Il courtise à fond les électeurs de centre. Il devient enfin plus sympathique pour plusieurs.
Quant à Justin Trudeau, le chef libéral, il joue la carte électorale normale de son parti mais son image souffre de sa jeunesse et de son inexpérience. En début de campagne, il paraissait ne pas être à la hauteur de la tâche de premier ministre. Depuis, selon un plan préétabli, il propose des politiques sensées, bien visées et il marque des points.
À l’élection de 2011, Jack Layton, chef du NPD, a été reconnu comme un homme de gauche très sympathique. Nonobstant une grave maladie qui l’affligeait, il a réussi l’impossible en faisant élire 59 députés au Québec, où il n’y en avait qu’un. Une comète aurait frappé la terre, que l’on n’aurait pas été plus surpris. Il avait axé sa campagne électorale sur les besoins de la « famille », mais c’est surtout par ses prestations uniques à des émissions télévisées, comme « Tout le monde en parle », qu’il a conquis, entre autres, le cœur des Québécois qui se sont levés spontanément pour aller en masse voter NPD afin de lui assurer leur confiance lui permettant ainsi de devenir chef de l’opposition officielle. Ce fut la plus grande victoire du commerce d’images et d’illusions au Québec de tous les temps.
Tous les chefs se rappellent ce grand balayage électoral. Ils en rêvent. Ils comprennent que leur principal défi est de marquer des points lors des débats télévisés des chefs. Ils reconnaissent toute l’importance de ces face-à-face sur le choix des électeurs et ne veulent pas, par conséquent, parler de droite ou de gauche.
Déjà, le premier débat a été révélateur. Ainsi, Trudeau, son image aidant, en a surpris plusieurs par son aplomb, sa connaissance des dossiers et ses réparties bien fondées. Dès le lendemain, les sondages reflétèrent sa bonne prestation et les observateurs avertis spéculaient déjà sur les chances du parti libéral qui remonta sensiblement dans les sondages. Mulcair, avec un air de chef d’État, a été clair, net et précis et a généralement bien fait. Les auditeurs ont compris pourquoi il a été qualifié par l’ex-PM Brian Mulroney : « meilleur chef de l’opposition de tous les temps ». De son côté, le PM Harper a aussi été correct mais j’ai eu l’impression qu’il n’était pas vraiment écouté. Quant au parti vert, n’ayant aucune chance de remporter la victoire, sa chef Élizabeth May a été vite oubliée. Le Bloc Québécois était absent car le débat était en langue anglaise.
Un facteur important de cette campagne électorale est sa longueur inhabituelle. Le triple d’une normale. Les électeurs rentrent de vacances. Ils ont été distraits, ne s’intéressant que par de courts moments à la campagne, n’entendant que de bons ou mauvais échos ici et là. Sachant que l’élection est relativement loin, ils se sont plutôt préoccupés de leur famille, de leurs affaires personnelles et peu de la politique. L’intensité électorale s’accentuera peu à peu et de plus en plus rapidement. C’est un gros défi pour chaque parti car il doit se retrouver au top de sa popularité au bon moment. Pas avant et ni après. Il est fort probable que les favoris des sondages d’aujourd’hui se retrouvent dans une autre position en fin de campagne. Il faut donc que les stratèges, dont l’expertise sera de plus en plus recherchée, planifient la fin de la campagne pour placer leur parti en pole position au moment de l’attaque finale. La stratégie devient de prime importance dans cette élection car, à ce jour, on ne peut prédire le gagnant.
Claude Dupras

jeudi 27 août 2015

L'Iran et les Canadiens

C’est actuellement la période touristique de pointe en Iran. Les visiteurs y affluent de tous les continents pour visiter les merveilles de ce pays si riche que son passé de 5 millénaires lui a laissées. 

L’Iran, pays des poètes et des roses, a rouvert au monde son musée à ciel ouvert. 
J’ai rencontré des amis français qui en sont revenus ébahis et enchantés. Non seulement ils ont pu, lors de leur voyage culturel et historique, admirer les grands trésors que le pays renferme mais ils ont été enchantés de la réception que les Iraniens et Iraniennes moyens leur ont réservée. Partout, c’était un accueil chaleureux exprimé par des sourires, des salutations, des politesses et des attentions d’aide. Ils en furent agréablement surpris.
Mon épouse et moi avons décidé d’y aller et de profiter de l’ouverture du pays pour le visiter et mieux comprendre et apprécier son histoire artistique, musicale, poétique, philosophique, de traditions et d’idéologies.
Grâce au site internet Evaneos.com, nous avons accédé aux différentes possibilités de voyages préparés pour plaire à tous les goûts. Fixé pour octobre, le voyage de 10 jours fut négocié facilement, en français, avec un représentant de l’agence locale iranienne installé en France. Nous avons choisi le thème « Les trésors de la Perse » qui nous amenait à Téhéran, Chiraz, Persépolis, Ispahan et Yazd pour visiter les villes, les villages, les palais, les citadelles, les bâtiments, les constructions monumentales, les jardins, les places, les quartiers, les marchés publics, les bazars, les musées archéologiques et historiques, les superbes immenses mosquées, les collections préislamiques, les peintures, les fresques, les tapisseries, les musées (du tapis, des joyaux nationaux, de l’eau, du verre, de la céramique, etc..), les fontaines immenses, etc…
Je m’imaginais le superbe photoreportage que je pourrais préparer à mon retour et l’occasion de pouvoir le partager avec mes amis.
Nous avons confirmé notre voyage, les dates, les vols internationaux et… nous avons tout annulé !
La raison. Le Canada n’est pas la France ou un pays européen. Notre premier ministre Stephen Harper, qui est, selon Benjamin Netanyahou, « le plus grand ami d’Israël », est le pire ennemi de l’Iran. Alors que les USA discutent de la réouverture de leur ambassade à Téhéran après avoir réussi, en compagnie de la Russie, de la Chine, de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne, à négocier une entente sur le nucléaire iranien, le Canada continue à dénigrer l’Iran tel qu’en fait foi la déclaration du ministre le lendemain de l’entente : «L’Iran reste l’une des plus importantes menaces à la paix et à la sécurité internationales ».
De plus, le Canada, contrairement aux autres pays, recommande aux Canadiens et Canadiennes « d’éviter tout voyage et de ne pas visiter l’Iran », prétextant que l’ambassade canadienne, fermée en 2012, demeure close et que les services normaux qu’elle devrait rendre aux Canadiens en nécessité, sont inexistants. De toute évidence, de plus en plus, cela n’est que de la bouillie pour les chats !
Nonobstant que les chefs des partis d’opposition, notamment celui du NPD, proposent de rouvrir l’ambassade canadienne en Iran si leur parti prend le pouvoir à l’élection fédérale d’octobre prochain, le PM Harper continue à dire NON. De plus, son gouvernement affirme créer des délais pour l’émission de documents de voyage ou le remplacement d’un passeport perdu.
Par ailleurs, pour toute sortie du Canada, le voyageur se doit de prendre une assurance-voyage pour couvrir les risques d’accident ou de maladie. Encore-là, pour l’Iran, le Canada créé problème et c’est la raison principale de l’annulation de notre voyage en Iran. Nous avons une telle assurance-voyage mais elle contient une prévision pour exclusions et protections non couvertes : « Tout problème de santé dont vous souffrez ou que vous contactez dans un pays… à l’égard duquel le ministère des Affaires extérieurs a publié, avant la date de votre départ, un avertissement officiel conseillant aux Canadiens d’éviter tout voyage, essentiel ou non, dans le pays ». En fait, à cause des mauvaises relations du Premier Ministre de notre pays avec l’Iran, notre assurance ne nous protège pas. 
Par contre, de leur côté, le Royaume Uni, la France  et la Chine ont rétabli leurs ambassades avec l’Iran alors que les USA sont en pourparlers comme ils viennent de le faire à Cuba. 
Si un Canadien décide de faire le voyage quand même en oubliant les restrictions gouvernementales, il lui faut dans un premier temps faire application au gouvernement iranien pour obtenir la permission de faire une demande de visa. Avec cette confirmation en main, il doit se rendre en personne à l’ambassade iranienne à Ottawa pour faire application. Plus tard, le visa lui est envoyé en bonne et due forme par la poste à son adresse. Si vous ne demeurez pas dans la ville où se situe l’ambassade iranienne, c’est complexe et coûteux.
Pendant ce temps, les ressortissants d’autres pays peuvent obtenir un visa d’entrée à l’aéroport d’Iran.
Contrairement aux gouvernements canadiens précédents qui ne prenaient parti ni pour Israël ni pour la Palestine, le gouvernement conservateur continue à jouer une carte politique palestinienne qui nuit à notre pays. Et, ce sont nous les Canadiens qui en payons le prix. 
Déjà, selon le rapport alarmant de l'ONU, nous et nos descendants ne pourrons plus voir et apprécier les trésors de plus de 300 sites du patrimoine culturel syrien et mondial qui ont été détruits, endommagés ou pillés par Daech en plus de quatre ans de guerre, notamment l'une des forteresses les plus anciennes et les plus vastes au monde à Alep, les temples romains de Palmyre, ou les statues assyriennes du 1er millénaire à Hassaka…
Les visites culturelles, historiques et touristiques du fabuleux pays qu’est l’Iran se doivent d’être facilitées pour que les Canadiens aient toutes les opportunités de découvertes des uniques trésors du passé lointain dans ce pays de 80 millions d’habitants.

Claude Dupras