mardi 18 novembre 2014

Les batailles de ponts au Québec

Décidément, le Québec a des problèmes de ponts. À Montréal, la bataille rangée est à propos du pont Champlain et à Québec c’est le vieux Pont de Québec qui envenime le débat. Les deux sont des structures importantes puisqu’elles traversent le fleuve Saint-Laurent.

Le pont Champlain est fédéral et il doit être démoli et remplacé par un nouveau. Pour ce faire le gouvernement conservateur du Canada, toujours près de ses sous, propose qu’il soit construit avec la méthode PPP, par laquelle une entreprise privée fera le design définitif du projet, le construira, l’entretiendra pendant des dizaines d’années, paiera tous les coûts, les frais et les dépenses et imposera un péage pour se dédommager, avec profit. De son côté, le gouvernement ne paiera que les dépenses de concept et de mise en place du projet pour la tenue de soumissions publiques. Les payeurs de taxes canadiens seront épargnés mais les utilisateurs du pont paieront. C’est ce qui fait débat.
Pressé par la mauvaise condition du pont actuel, le gouvernement fédéral a mis de côté la formule d’un concours international pour le choix des designers du nouveau pont et il a choisi l’architecte danois, Poule Ove Jenssen, de réputation mondiale, pour en faire le concept. Ce dernier a présenté sa maquette en fin juin 2014 et les Montréalais ont découvert un pont élégant et élancé. Pour traverser la voie maritime du Saint Laurent, une structure à haubans consistant en un haut pylône double d’où de nombreux câbles obliques rehausseront les tabliers pour assurer le passage des bateaux. Le reste du pont ressemblera à l’existant avec ses tabliers quasi-parallèles au niveau de l’eau et assis sur 70 piliers dont les fondations seront creusées dans le sol du fleuve. Parmi les commentaires qui m’ont été faits par des amis et autres sur ce projet, plusieurs se sont montrés quelque peu désappointés car ils ne trouvent rien de spectaculaire dans le design accepté.
Malgré que ce projet soit connu depuis plus de quatre mois, le débat principal des Québécois a porté sur son nom et non sur son design. Mais cela peut changer car l’architecte français Roger Taillibert qui a dessiné le Stade Olympique, le vélodrome, les piscines olympiques des JO de 1976 à Montréal, vient de proposer un concept différent. Il suggère un pont à haubans multiples sur toute la longueur du pont à partir de huit pylônes gigantesques inclinés, un peu comme des mats de grands voiliers (peut être voit-il ceux de Champlain). Son concept ressemble quelque peu au viaduc de Millau mais en beaucoup moins spectaculaire puisque ce dernier traverse la profonde vallée du Tarn et est construit en courbe avec son pylône central de la hauteur de la tour Eiffel.
Le pont Taillibert serait entièrement métallique et les huit pylônes ancrés dans le sol du fleuve. Taillibert prétend que son pont coûtera moins cher (1,7 milliards $ au lieu de 4) et sa réalisation sera faite en 40 mois, beaucoup plus vite. La maquette qu’il a présentée est remarquable et plusieurs Montréalais jugent cette proposition plus spectaculaire que celle de Jenssen et plus réaliste pour un climat comme le nôtre puisqu’il est tout d’acier comme le pont Jacques Cartier et le pont Victoria, qui sont toujours là et solides.
Il me semble que le gouvernement conservateur devrait examiner le projet Taillibert et, s’il le trouve conforme, le soumettre en soumissions avec celui de Jenssen. Que les réalisateurs-constructeurs des groupes PPP, nous présentent la meilleure option avec son prix et son temps d’exécution, car tous ces critères sont importants dans ce projet. Moins cher coûtera le pont, plus bas sera le péage. C’est donc crucial que les politiciens y portent toute leur attention.  
Du côté du pont de Québec, la situation est tout autre. L’histoire de sa réalisation marqua les annales canadiennes. Il a une structure remarquable. Il fut construit, avec une aide initiale du gouvernement fédéral, par une compagnie privée. De construction métallique rivetée, il est composé de deux porte-à-faux gigantesques de 178 mètres chacun qui retiennent une travée centrale importante. Le pont s’écroula deux fois durant sa construction, tuant 90 de ses travailleurs et en blessant un très grand nombre. Finalement, les travaux furent complétés au coût total de 25 millions $ et le premier train le traversa en 1917. On le considérait alors une des merveilles du monde. De là,  les Québécois aiment à dire, en parlant d’une construction nouvelle, qu’elle est « plus solide que le pont de Québec ».
Plus tard, on démantela une des deux voies ferrées pour élargir la voie carrossable. Finalement, trois voies furent réalisées. C’est un pont important à Québec qui, jumelé avec le pont Pierre-Laporte, construit en 1970, permet une circulation libre et rapide pour entrer et sortir de la région de la ville de Québec. De son ouverture jusqu’à avril 1942, un péage était imposé à chaque véhicule le traversant. Avec ces revenus, ses propriétaires sont « entrés dans leur argent ».
En 1993, le gouvernement du Canada, devenu propriétaire du pont, l’a cédé avec divers terrains d’emprise de chemin de fer situés dans tout le pays à la compagnie d’état des chemins de fers, le Canadien National (CN), pour la somme nominale de 1 $. En retour, la compagnie s’est engagée à faire une restauration complète du pont. Mais en 1995, le gouvernement fédéral a privatisé le CN et a renégocié une nouvelle entente tripartite, valable pour dix ans. Mais, au terme de cette entente, en 2005, seulement 40% du pont avait été nettoyé de sa rouille et repeint à neuf. Le CN a alors refusé d’investir toute somme supplémentaire dans la rénovation du pont et les travaux furent interrompus. Face à cette situation de blocage et malgré d’intenses négociations, le gouvernement du Canada a résolu d’intenter une poursuite légale contre le CN en 2007, pour l’obliger à terminer la remise en état du pont de Québec. L’affaire est encore devant les tribunaux.
Le Pont de Québec a été désigné « lieu historique national du Canada ». Les sociétés d’ingénieurs canadiens et américains le nommèrent « monument historique international ». Il est donc partie de notre héritage et un bien à conserver. C’est une structure imposante, fort impressionnante qui, même avec sa couleur brune rouillée, a belle apparence.
Aujourd’hui, sa structure n’offre aucun danger et le maire de Québec parle du besoin de le repeindre pour des raisons esthétiques. Le problème est que le CN refuse de dépenser 200 millions $ (son estimation) pour faire ce travail de peinture à moins que la facture soit payée par les gouvernements. Sinon, il propose de remettre le pont à celui des gouvernements qui voudra bien l’accepter.  
Jamais cette compagnie privée n’entreprendra ce travail sans la résolution de sa mésentente avec le fédéral. C’est pourtant facile à comprendre. Au lieu d’insulter les dirigeants du CN pour se faire des manchettes dans les journaux, le maire LaBeaume devrait cogner à la bonne porte.  
Il y a une autre solution : le péage. Que l’un des gouvernements accepte de devenir propriétaire du pont et qu’il impose un péage pour défrayer ses frais d’opération et d’entretien annuel. À ce moment-là, les Montréalais et les citadins de Québec débâteront du même sujet : pour ou contre le péage sur leur pont.

Claude Dupras 

Note particulière : Les bagues d’acier remise aux nouveaux ingénieurs canadiens lors de l’assermentation des « Sept Gardiens », doivent être portées sur l’auriculaire de la main de travail des ingénieurs professionnels et sont destinées à rappeler aux ingénieurs leurs responsabilités sociales de respecter l’éthique de leur profession. L’anneau est au départ en fer rugueux et c’est avec le temps qu’il se fait polir par le travail, recevant l’expérience qui vient avec l’âge. On a toujours dit aux jeunes ingénieurs que ces bagues avaient été forgées des morceaux d’acier effondrés du pont de Québec. C’est faux. Diplômé en 1955 de Polytechnique, j’avais alors cru en l’origine prétendue. J’ai toujours cette bague à mon auriculaire depuis ce jour et je ne l’ai jamais enlevée.

dimanche 16 novembre 2014

Poutine, un joueur d’échec ou un grand politique ?

Pour mieux comprendre ce qui se passe à un G20 voici ce qu’en dit Vladimir Poutine, président de la Russie, lors d’une interview accordée à l’agence Tass, à la veille de son départ vers la récente réunion en Australie.
 
C’est un texte long qui mérite d’être lu.
 
Question : Vous allez à un nouveau sommet du G20. Combien demandé et actuel est le format du G20 ? Est-il logique que les pays du G20, tout en cherchant à coopérer et à développer l'économie mondiale, imposent des sanctions à l'un de leurs membres ? 

Vladimir Poutine : Le format, est-il demandé ou non ? Je pense qu'il est demandé. Pourquoi ? Parce que le G20 est un forum qui permet de se rencontrer, de discuter aussi bien des relations bilatérales que de problèmes globaux, un forum où l'on peut mettre au point une prise de position commune sur un problème et la façon de le résoudre, indiquer la voie du travail commun. C'est là l'essentiel, parce qu'il est absolument irréel de croire que tout dont on y parle sera exécuté, car les décisions mêmes ne sont pas contraignantes. En plus elles ne sont pas exécutées en partie. Elles ne sont pas exécutées là où cela est manifestement contraire aux intérêts de certains pays, notamment aux intérêts des acteurs mondiaux. Ainsi un sommet du G20 a adopté la décision sur le renforcement du rôle des économies en développement dans l'activité du FMI et sur la redistribution des quotas. Le Congrès des Etats-Unis a bloqué cette décision. Nos partenaires des négociations nous disent qu'ils voudraient bien que la décision adoptée soit appliquée, mais le Congrès l'interdit. En voilà la valeur des décisions du G20.

Néanmoins le fait que la décision ait été formulée et que tous les participants à la vie internationale dans le cadre du G20 l'aient trouvée correcte, juste et conforme aux réalités modèle d'une certaine façon l'opinion publique internationale et la mentalité des experts et oblige à en tenir compte. Le fait que le Congrès des Etats-Unis ait rejeté cette loi indique que ce sont les Etats-Unis qui ne s'inscrivent pas dans le contexte général de la solution des problèmes auxquels est confrontée la communauté mondiale. Hélas, personne ne s'en souvient. On fait taire cette information bénéficiant du monopole des médias mondiaux, comme s'il n'existait pas.

Tous parlent des problèmes d'actualité, les sanctions et la Russie comprises, mais sur le plan global les Etats-Unis n'exécutent pas les décisions. C'est un problème fondamental.

Mais cela ne veut pas dire que le format est inutile. J'ai déjà dit pourquoi. Il est d'une certaine utilité. 

Question : Peut-être faut-il rendre ces décisions exécutoires ? 

Vladimir Poutine : C'est impossible. Il n'y a pas de tels exemples dans la pratique internationale. Sauf les décisions du Conseil de sécurité dans le domaine de la sécurité internationale. Mais ce mécanisme a été élaboré dans les conditions difficiles d'une guerre meurtrière, de la Seconde guerre mondiale. Il est tout à fait irréel d'imaginer à l'heure actuelle la mise au point de nouveaux mécanismes garantissant l'exécution des décisions, d'autant plus dans le domaine économique. Mais je tiens à répéter que de toute façon cela revêt un caractère politico-économique moral, ce qui est déjà bon.

En ce qui concerne les sanctions imposées à la Russie par quelques-uns des pays du G20, c'est, certes, contraire au principe même de l'activité du G20. Plus encore, c'est contraire non seulement à l'activité du G20 et à ses principes, mais aussi au droit international, parce que les sanctions peuvent être introduites dans le cadre des Nations Unies et de leur Conseil de sécurité. C'est même contraire aux principes de l'OMC et de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, le GATT. A l'époque les Etats-Unis ont créé cette organisation et à présent ils violent grossièrement ces principes. Il va de soi que cela nous cause un certain préjudice, mais c'est aussi préjudiciable pour eux parce qu'au fond cela sape l'ensemble du système des relations économiques internationales. Je pars du fait qu'en fin de compte cela sera compris et cela restera dans le passé. Je l'espère bien. 

Question : Avez-vous l'intention de soulever cette question pendant le sommet ? S'il en est question, qu'en direz-vous ? 

Vladimir Poutine : S'il en est question, j'en parlerai certes. Mais moi-même je n'ai pas l'intention d'évoquer ces questions : je pense que c'est inutile. Tous comprennent ce qu'ils font, ceux qui introduisent ces sanctions le comprennent aussi. A quoi bon y prêter attention et demander quelque chose ? C'est inutile. Chez eux, les décisions de ce genre sont adoptés au niveau de bloc, au niveau national, en fonction de l'interprétation par nos partenaires de leurs intérêts géopolitiques. Je pense que c'est une erreur, même du point de vue de leurs intérêts géopolitiques.

A notre regret, le monde moderne vit dans le contexte d'une planification à très court terme, surtout dans le domaine de la politique et de la sécurité. La planification se fait pour une période entre deux élections. C'est très court et cela ne permet pas de voir une perspective lointaine. Cela ne va pas. J'espère que nous en parleront. Tout récemment, pendant le sommet de l'APCE nous avons débattu pratiquement avec tous les participants de tous les problèmes internationaux et bilatéraux, tout comme des sanctions que vous venez d'évoquer. 

Question : A l'heure actuelle il y a un certain équilibre des forces au sein du G20 : d'une part le G7 et, de l'autre, les BRICS et certains autres Etats qui s'y sont joints. Vous venez de dire que chacun fait valoir ses propres intérêts. Dans cette optique quelle est votre idée de cet équilibre des forces : est-ce une discussion qui fait naître la vérité ou un face-à-face entre deux blocs ? 

Vladimir Poutine : D'abord, je trouve que ce serait mal de recommencer à créer des blocs. Ce n'est pas constructif, c'est nuisible pour l'économie mondiale. Nous parlons à présent de l'économie, n'est-ce pas ? 

Question : De l'économie dans laquelle la politique s'ingère toujours davantage. 

Vladimir Poutine : C'est vrai. Quand même le G20 est en tout premier lieu un forum économique. Je propose de déplacer le centre de gravité de notre entretien dans ce domaine. Je voudrais attirer l'attention sur le problème suivant. J'ai déjà évoqué l'OMC qui avait formulé des règles du jeu. Un mécanisme comme le FMI a été créé. Des débats sont menés sur le perfectionnement des mécanismes financiers internationaux et sur le perfectionnement des rapports commerciaux. Vous savez que le cycle de Doha de négociations sous l’égide de l’OMC se trouve pratiquement dans une impasse. Pourquoi ? En raison de la différence d'approche et de la différence d’intérêts entre les économies émergentes et les économies développées. Nous voyons apparaître un déséquilibre dans le domaine des capitaux, d’une part, et un déséquilibre dans la circulation des marchandises, d’autre part. Les économies développées disposent de quantités assez importantes de capitaux libres et le problème est de placer ces capitaux de manière efficace, fiable et sûre dans les économies et régions du monde qui garantiront la stabilité, protègeront la propriété et génèreront des bénéfices en apportant des recettes aux économies développées. Ainsi, ils exportent des capitaux, alors que les pays émergents forment les flux commerciaux. Les uns veulent être sûrs que leurs capitaux seront placés avec fiabilité. Les autres, les receveurs de ces capitaux, veulent être sûrs que les règles du jeu ne changeront pas selon la volonté de ceux qui exportent leurs capitaux, notamment pour des raisons politiques.

Tout le monde doit comprendre que l’économie mondiale et le secteur des finances sont en dépendance exclusive l’un vis-à-vis de l’autre. Prenons notre cas. Admettons que nos partenaires ont limité l'accès des marchés financiers internationaux à nos institutions financières. En bénéficiant des capitaux provenant des marchés financiers internationaux, nos institutions financières financent nos sociétés qui achètent des produits finis dans les économies développées ce qui y garantit l'emploi, les prestations sociales et la croissance économique. Si nous ne le faisons pas, il y aura des perturbations. Ce sont des choses sous-jacentes, on ne les voit peut-être pas à la surface.

Notre travail conjoint garantit à l'Allemagne 300 000 emplois. Ce sera fini s'il n'y a pas de commandes. Ils se réorienteront évidemment sur quelque chose, mais il faut d'abord comprendre sur quoi, ce qui n'est pas si facile.

C'est pourquoi il faut affronter tous les problèmes et toutes les difficultés, qui sont d'ailleurs nombreuses, en commun. Si nous empruntons une autre voie... Prenons les Etats-Unis. A l'heure actuelle ils parlent de la création de deux alliances : trans-atlantique et trans-pacifique. Si ce sont deux groupes fermés, cela conduira en fin de compte à l'aggravation des déséquilibres dans l'économie mondiale, au lieu de leur élimination. Nous voulons certes que ces déséquilibres n'existent pas, que nous travaillons ensemble. Et c'est seulement en commun que ces questions peuvent être réglées.

Il y a 20, 30 ou 50 ans la situation était différente. Pourquoi dis-je avec tant d'assurance que les problèmes ne peuvent être résolus efficacement qu'en commun ? En termes de capacité d'achat, le PIB cumulé des pays du BRICS est déjà supérieur à celui du G7 : il est, si je me souviens bien, de 37 400 milliards de dollars chez les BRICS contre 34500 milliards du G7. Si quelqu'un dit : « Nous allons tout faire séparément à notre guise et vous, vous faites comme cela vous plaise », cela ne fera qu'à accentuer les déséquilibres. Si nous voulons résoudre un problème, il faut le faire ensemble. 

Question : A l'heure actuelle on parle de l'apparition d'un nouveau grand G7, à savoir les BRICS, l'Indonésie, la Turquie et le Mexique. Quel est, à votre avis, son avenir ? 

Vladimir Poutine : J'ai déjà dit : i l faut décider ensemble. Parce que tout est interdépendant dans le monde moderne et si l’on décide de créer une structure régionale – comme nous créons la structure régionale, l'Union économique eurasienne, avec la Biélorussie et le Kazakhstan –, c’est uniquement en complément des instruments globaux existants qui doivent fonctionner selon ces règles globales. 

Question : Vous avez parlé des déséquilibres dans l'économie mondiale. Le FMI en parle aussi : il prévoit l'apparition possible de nouvelles « bulles de savon ». L'économie russe est-elle prête à affronter une nouvelle vague de crise ? 

Vladimir Poutine : Elle y est prête. Nous réfléchissons à tous les scénarios, une baisse catastrophique des prix des vecteurs d'énergie compris. Cela est tout à fait possible et nous l'admettons. Les ministères de l'Economie et des Finances, le gouvernement dans son ensemble, font des calculs concernant l'évolution de l'économie d'après chacun de ces scénarios.

Voyons les déséquilibres entre le capital et les marchandises, dont j'ai parlé. Quand ils apparaissent, notamment pour des raisons politiques, quand ils s'aggravent, les pays, émergeants surtout, se retrouvent dans une situation très difficile. C'est plus facile pour un pays comme le nôtre. Pourquoi ? Nous sommes un pays pétrogazier, nous ménageons nous réserves : aussi bien les réserves de change que les réserves du gouvernement. Elles sont suffisamment importantes ce qui nous permet d'être sûrs de pouvoir honorer tous nos engagements sociaux et de ne pas franchir certaines limites dans les processus budgétaires et dans l'économie dans son ensemble. Les pays qui n'en disposent pas auront du mal à y faire face. Mais je tiens à répéter que j'espère que nous aurons un débat général et que nous adopterons une décision commune sur le changement de la situation et l'élimination des déséquilibres en question. 

Question : Vous venez de mentionner les réserves budgétaires, qui ont permis de surmonter la crise de 2008-2009. Aujourd'hui, ne pensez-vous pas qu'il soit à nouveau temps de débloquer ces fonds pour relancer l'économie? 

Poutine : Non. En fait, nous étions déjà prêts à les débloquer avant tous les phénomènes négatifs actuels comme les fluctuations du rouble ou la chute du cours du pétrole - nous évoquions l'éventualité d'utiliser l'argent du Fonds du bien-être national. On en parle depuis longtemps. Le sujet a été soulevé il y a deux ans déjà. Dans des situations comme celle de l'économie mondiale aujourd'hui, et de la nôtre aussi, cela se passe toujours de la manière suivante: si les fonds sont dépensés, c'est fait sur plusieurs axes. L'un d'eux est le développement de l'infrastructure. C'est à cet effet qu'on comptait dépenser l'argent du Fonds du bien-être national: il est question d'un périphérique supplémentaire autour de Moscou, du rejointoiement des passages à niveau, de la construction et de l'extension de la circulation des marchandises vers l'Est - je veux parler du Transsibérien et de la BAM (Magistrale Baïkal-Amour) -, du TGV, du développement de l'infrastructure des ports et des aéroports. Tout cela figurait déjà dans nos plans antérieurs et dans la conjoncture actuelle, qui se détériore, c'est précisément ce que nous allons faire. Mais cela ne signifie certainement pas que nous devons gaspiller inconsidérément ces réserves pour régler les affaires courantes, sans attendre un retour économique approprié. Nous ne le ferons pas. 

Question : On parle bien de réformes structurelles pour lesquelles on manque toujours d'argent et de temps. 

Poutine : Les réformes structurelles ne demandent pas tant d'argent que ça. Elles nécessitent simplement une volonté politique et certaines décisions administratives, cela concerne aussi bien l'économie que les prestations sociales. 

Question : Avant de revenir à l'infrastructure, je voudrais terminer avec le Fonds du bien-être national: que pensez-vous de la demande formulée par Rosneft de lui allouer de l'argent du fonds? 

Poutine : Je dirais aux responsables de Rosneft que moi aussi, je demanderais de l'argent. Qui ne le fait pas? Tout le monde tente sa chance et espère en obtenir. L'exécutif – je le sais, nous avons parlé à ce sujet avec le gouvernement et la direction de Rosneft – prendra des décisions uniquement en fonction des besoins de la compagnie qui nous est, bien évidemment, précieuse. Nous l'aiderons, bien sûr, mais en fonction de sa gestion, de ses intentions d'investir cet argent et du retour pour toute l'économie nationale en cas d'investissement. Ce sera une estimation réelle. Et je n'exclus pas que Rosneft puisse bénéficier de certaines ressources, mais il faut bien analyser combien, dans quels délais et à quelles conditions. Nous n'allons pas nous presser. 

Question : Comme aucune décision n'a été prise pour le moment, peut-on en déduire que le gouvernement n'est pas encore convaincu? 

Poutine : Vous savez en ce moment, par exemple au cours de ma visite en Chine, Rosneft s'entend avec nos amis chinois pour qu'une grande compagnie chinoise obtienne 10% des actifs du champ de Vankor. Sachant que les Chinois y obtiendront des sièges au conseil d'administration. Mais on s'entend également pour que le commerce du pétrole exploité à cet endroit - et les réserves sont importantes - soit effectué en yuans. Dans ces conditions, nos partenaires chinois seront prêts à créditer et financer certaines transactions. Deuxièmement, nous échappons au diktat du marché qui libelle tous les flux commerciaux pétroliers en dollars, et nous étendons nos capacités d'utilisation des monnaies nationales, le rouble et le yuan. Troisièmement, cela stabilise davantage la situation financière de la compagnie.

Nous avons récemment vérifié l'état financier de Rosneft: il n'y a tout simplement aucun problème. Je le répète: s'ils ont besoin de fonds supplémentaires, ils doivent prouver qu'en obtenant cet argent ils viseront des objectifs concrets et devront montrer quel sera le retour non seulement pour la compagnie, mais également pour toute l'économie russe. 

Question : L'une des propositions de la présidence australienne du G20 concerne la création d'un centre d'investissements dans l'infrastructure. Est-ce un point positif pour la Russie, qui a déjà fait des projets d'infrastructure une priorité? Ou aucune concertation avec notre travail ne sera engagée à cause des sanctions qui frappent la Russie? 

Poutine : Il n'y a rien à discuter ni à convenir avec qui que ce soit. Cela montre tout simplement, et il est difficile de contredire la présidence australienne là-dessus, que nous sommes sur la bonne voie, que nous agissons absolument dans ce qu'on appelle le mainstream; que la communauté internationale, économique en l'occurrence, a la même position vis-à-vis des actes des gouvernements dans la situation actuelle de l'économie mondiale et confirme que nous avons raison. C'est toujours agréable et utile. 

Question : Pour la Russie, le G20 sera-t-il davantage une aide ou une simple tribune pour partager sa propre expérience? 

Poutine : Je pense qu'il s'agit plutôt d'une tribune pour échanger son expérience. Et pour préparer les cadres, ce qui est une bonne chose. Tout le reste est la continuation, dans une certaine mesure, de nos propositions formulées au G20 de Saint-Pétersbourg. 

Question : Les sommets, que ce soit le G20, l'APEC ou auparavant le G8, étaient également pour vous l'opportunité de communiquer avec vos collègues en tête-à-tête. Et le sommet qui vient de se dérouler à Pékin était votre premier voyage à l'étranger depuis l'allocution au club Valdaï, un grand discours sur la sécurité globale et l'ordre mondial. Les partenaires occidentaux ont-ils réagi à votre intervention? 

Poutine : Non, le club Valdaï est une discussion avec des experts, c'est une sorte de libre débat. Comme cela doit toujours être le cas dans les tribunes de ce genre, la discussion doit être assez active pour donner le ton du débat, voire provoquer les interlocuteurs pour qu'ils s'ouvrent, montrent leur point de vue, cherchent ensemble une solution aux problèmes au niveau d'experts. Quand nous nous réunissons avec les collègues, on évoque davantage les questions pragmatiques. 

Question : Autrement dit, vous n'avez pas noté de changement dans leur position? 

Poutine : Non, rien n'arrive si vite. Si quelqu'un a voulu entendre ce que je disais, il faut de toute façon un certain temps pour que tout cela soit analysé par les organismes administratifs, gouvernementaux et présidentiels. En parler d'abord au niveau des conseillers et des experts, puis organiser des discussions sans les bruits et sifflements artistiques qui accompagnent généralement les espaces comme Valdaï, mais discuter dans le calme des bureaux avec franchise.
 
Ces espaces de discussions sont bénéfiques parce qu'on peut parler franchement. Et ensuite, à un autre niveau, comme je l'ai déjà dit, il faut revenir à ces sujets pour en parler tranquillement à huis clos. Cela demande du temps. 

Question : Comptez-vous vous entretenir, au sommet du G20, avec quelqu'un en particulier? 

Poutine : Oui, nous avons des entretiens prévus avec la chancelière allemande et bien d'autres réunions. 

Question : Les observateurs constatent que vos relations avec Angela Merkel sont devenues plus tendues et moins conviviales ces derniers temps. L'avez-vous remarqué? 

Poutine : Non, je ne l'ai pas remarqué. Vous savez, nous sommes guidés par les intérêts, et non par des sympathies ou des antipathies personnelles. 

Question : Avant, étiez-vous toujours guidé par ces mêmes intérêts? 

Poutine : Pas avant, toujours. Et elle est également guidée par les intérêts de son propre pays. Comme tout autre chef d’État ou de gouvernement. Par conséquent, je ne vois aucun changement significatif dans la nature de nos relations.

samedi 8 novembre 2014

Stephen Harper aime-t-il le Québec ?

Le passage du président de la France, François Hollande, en nos murs, a suscité beaucoup d’intérêt. Après avoir visité l’ouest Canadien avec le PM canadien Stephen Harper, pour parler de pétrole en faveur de la pétrolière française Total, il se présenta à la Chambre des Communes, pour livrer un discours à la nation où un parterre impressionnant de leaders de notre pays l’attendait. Le président exprima ses bons sentiments envers le Canada et n’a pas tari d’éloges sur sa splendeur, sa grandeur et sa richesse. Quant au peuple canadien, il déclara ouvertement son amour pour les Québécois et son amitié profonde pour tous les autres Canadiens. 

Son discours fut important et toucha particulièrement les sujets de l’énergie et du climat. Deux sujets délicats pour notre premier ministre Stephen Harper, grand défenseur de l’exploitation pétrolière des sables bitumineux albertains et incrédule de la véracité des changements climatiques qu’il a qualifié d’« invention socialiste ». Hollande prononça son allocution avec vigueur et conviction et ce fut le plus important et le meilleur discours de sa visite. Il s’était bien préparé et il impressionna la majorité des Canadiens qui l’écoutaient de tous les coins du pays.
Malheureusement, son discours au Québec ne fut pas de la même nature. Il semblait non structuré et improvisé. Hollande cherchait dans ses feuilles des points de discours et voltigeait d’un à l’autre sans suite vraiment logique. Et, tout comme il fait en France où il accepte, à cause de son impopularité personnelle extrême, toutes les idées qui lui sont soumises pour chercher à regagner de la sympathie et l’appui de tous ceux qui l’ont lâché politiquement, il a dit « OUI » au Québec. Il a affirmé que la France participerait activement aux deux nouveaux projets du PM Couillard : Le « Plan Nord » au nord du 49e parallèle et le « Maritime » sur les berges du Saint-Laurent. 
Si j’avais un conseil à donner au PM québécois, ce serait d’attendre le premier engagement officiel de la part d’une entreprise française dans un de ces projets pour se réjouir. Personnellement, j’y croirai lorsque de tels gestes seront posés car je n’ai aucune confiance dans les dires et les capacités de réalisation de ce président français qui est venu parler à Québec… pour parler.
Aujourd’hui, Hollande ne récolte que seulement 12% d’appuis du peuple français. Harper est dans la même situation au Québec, puisqu’il ne recueille que 14%. Mais, contrairement à Hollande, Harper ne fléchit pas. Il croit à sa vision du Canada, à ses politiques et est convaincu que le Québec s’en sortira mieux malgré son indifférence envers lui. Il est convaincu du résultat futur et continue à foncer en avant vers la destination que, pour lui, le Canada doit atteindre. Pourtant, s’il tenait compte plus souvent de l’opinion des Québécois, il pourrait probablement faire élire, à la prochaine élection, une dizaine de députés conservateurs de plus au Québec, ce qui lui assurera son retour au pouvoir car son bilan économique est très fort.
Dans les jours qui ont suivi la visite du président français, je discutais  de tout cela avec un ami, autour de tasses de café. Lorsque notre conversation porta sur la politique fédérale, mon compagnon m’affirma soudainement que les agissements d’Harper envers le Québec venaient du fait qu’ « Harper n’aime pas le Québec ». Je fus surpris de cette affirmation claire et nette. Depuis, j’y réfléchis.
En fait, si on juge l’attitude d’Harper envers le Québec, son approche politique, ses décisions, ses lois, on peut être porté à penser qu’Harper a un problème personnel avec le Québec et que peut-être il ne l’aime pas. En effet, il n’accepte que rarement une position politique qui correspond aux désirs des québécois. Entre autres, il a détruit le registre canadien des armes à feu qui fut réclamé fort majoritairement par les Québécois suite au massacre de Polytechnique. Il a engagé le Canada dans la guerre en Afghanistan malgré l’opposition des Québécois. Il a coupé injustement dans les budgets des arts et de la culture si chers aux québécois. Il a modifié les transferts pour le système de santé, accablant ainsi le budget québécois. Il a coupé de moitié le budget de la condition féminine éliminant la recherche et la défense des droits des femmes, malgré les nombreuses oppositions de Québécoises. Il a mis de côté l’Accord de Kelowna destiné à améliorer, entre autres, la vie des autochtones québécois malgré les pressions de ces derniers et du gouvernement québécois. Il a favorisé une justice impitoyable et répressive à la GWBush qui va à l’inverse de l’approche pénale des québécois. Il a renié la signature du Canada sur l’accord de Kyoto, malgré l’appui quasi unanime des Québécois pour cette entente. Dans le conflit palestinien, il est à 100% avec Israël alors que les Québécois font la part des choses. Harper a perdu, à cause de ce qui précède, le siège au conseil de sécurité de l’ONU pour le Canada, au grand regret des Québécois. Il fait la promotion du pétrole brut des sables bitumineux malgré la farouche opposition des Québécois. Durant le pouvoir péquiste récent au Québec, Harper a tout fait pour ne pas aider ce gouvernement péquiste qui, pour lui, était un ennemi du Canada, même si les Québécois l’avait élu. Et ça continue… en fait, je pourrais noircir toute cette page d’exemples similaires.
Pour un Québécois, c’est à n’y rien comprendre surtout qu’il oublie vite les bons coups d’Harper, telle : l’augmentation des transferts fédéraux en 2005 pour solidifier le budget du Québec mais qui a été transformée, pour des fins électorales, en baisse d’impôts par le PM québécois Jean Charest, au grand dam d’Harper.
Harper parle relativement bien le français qu’il a appris dans les écoles albertaines où rares sont ses compatriotes qui ont réussi à maitriser cette langue comme il l’a fait. Il refuse tout débat constitutionnel pour régulariser l’accord de 1982 que le Québec n’a pas signé, car il craint la confusion et les divisions nationales qu’un tel débat crée. Pour se montrer ouvert, il a fait voter à l’unanimité à la Chambre des communes une résolution reconnaissant le Québec comme une nation. C’est peu, mais cela représente sa pensée. Il commence toujours ses discours en langue française où qu’il soit. Même s’il vient rarement au Québec, on ne peut pas dire qu’il ne respecte pas les Québécois.
Harper est un homme de droite et il a des convictions profondes. Tout comme Pierre Elliot Trudeau, l’ex-premier ministre libéral, qui était plus à gauche. Mal-aimé en Alberta, où le parti libéral ne remportait aucun comté à cause de ses politiques sur l’énergie, personne n’accusait Trudeau d’agir ainsi parce qu’il n’aimait pas les albertains. C’était une question politique et non personnelle.
Harper a réussi à réunir les forces de l’opposition de droite, à créer le nouveau Parti Conservateur du Canada et à prendre le pouvoir.  On peut être en désaccord avec ses politiques, voter contre lui, mais l’accuser de ne pas aimer les Québécois, la preuve n’est pas faite. Par contre, il a démontré de l’amitié !
La responsabilité d’un premier ministre canadien est de maintenir et de bâtir un Canada fort. Durant les longues années des libéraux et même du parti progressiste-conservateur du Canada de Joe Clark et de Brian Mulroney, les politiques s’orientaient, en bonne partie, vers le centre-gauche. Depuis le début du règne d’Harper, ce dernier croit que le temps est venu de redresser les politiques canadiennes en dirigeant le pays vers la droite afin de stabiliser notre orientation future. Il n’a pas tort de vouloir protéger la santé financière future du Canada, si on en juge par le piteux état financier de la France créé par un amoncellement de politiques de gauche, depuis la 2e guerre mondiale.. 
Pour Harper, la pouvoir politique est un balancier régulateur de la santé du pays.
Claude Dupras

dimanche 2 novembre 2014

Le désappointant PKP

 Il est vraiment surprenant ce Pierre-Karl Péladeau (PKP), le magnat des médias québécois qui a décidé de quitter son conglomérat pour la politique active. Sur sa page Facebook d’hier, il a publié un texte dans lequel il s’attaque directement à la famille Desmarais, celle du regretté, célèbre et exceptionnel homme d’affaires québécois Paul Desmarais.
 
Il a malicieusement tenté de démontrer que le passage de l’oléoduc du pétrole brut albertain à travers le Québec a été décidé par la famille Desmarais afin qu’elle puisse profiter de revenus additionnels de ses investissements dans la pétrolière française Total. Rien moins que cela.
Le pétrole de l’Alberta, contenu dans des sables bitumineux, a un volume d’environ 1,8 billion de barils de bitume, soit une quantité comparable en ordre de grandeur à l'ensemble des réserves de pétrole conventionnel au monde. Avec les méthodes modernes de production de pétrole, seuls 10 % de ces dépôts, c'est-à-dire environ 170 milliards de barils sont économiquement et « proprement » exploitables.
On le dit sale. C’est l’exploitation qui est sale et qui est critiquée. Je l’ai fait souventes fois dans mes blogs passés. Sa production génère beaucoup de GES et requiert une quantité importante d’eau fraîche. Depuis le début, la qualité de l’extraction s’est grandement améliorée mais il reste encore beaucoup à faire. Les pétrolières y travaillent car elles veulent vendre leur produit. Quant à ce pétrole brut qui est transporté, il a une consistance similaire à ceux du Venezuela et de l’Algérie. Il n’est pas plus sale que les autres.
Pour le vendre, il faut l’exporter dans le monde. C’est une difficulté majeure. À l’ouest, via le Pacifique, aux pays asiatiques et l’Océanie. Au sud, via l’oléoduc KeystoneXL et autres, aux USA et aux pays de l’Amérique centrale et de l’Amérique du sud. À l’est, par l’oléoduc de l’est, aux raffineries des provinces canadiennes et du nord-est américain, et, via l’Atlantique, à l’Europe et à l’Afrique.
C’est une richesse incroyable qui appartient à tous les Canadiens. Pour 2014, les revenus de l’industrie du pétrole et du gaz au Canada auront générés près de 150 milliards de $. Évidemment, les premiers bénéficiaires sont les citoyens de l’Alberta dont près d’une centaine de milliers de travailleurs québécois qui y ont émigré avec leurs familles pour trouver de bons emplois rémunérateurs. Le gouvernement du Canada, ceux des provinces et tous les autres citoyens du pays sont aussi favorisés car les revenus, partagés grâce au système de péréquation, allègent les systèmes de taxation. Avec plus de revenus, les gouvernements ont la possibilité de rendre de meilleurs services tout en diminuant les dettes publiques et les impôts.
En juin 2013, la production en opération fut de 3 537 000 barils/jour de pétrole brut. La production des projets futurs était estimée à 7 694 120 b/j.
Voici ce que PKP a affirmé :
- « La famille Desmarais est le plus important actionnaire de TOTAL ». En réalité, elle n’a que 3,6% du capital et des droits de vote de la compagnie conjointement avec un investisseur belge. En fait, elle détient près de 1,8%. Le plus important actionnaire, vraiment ?
- « TOTAL est l’un des plus importants exploitants albertains du pétrole extrait des sables bitumineux ». La compagnie est présente en Alberta avec les autres grandes pétrolières du monde. Au début du printemps 2013, elle s’est retirée du projet d’une usine pétrolière en Alberta devant réduire la viscosité des pétroles bitumineux afin de pouvoir les traiter dans les raffineries traditionnelles. Cette aventure s’est soldée par une perte de 1,6 milliards$ pour la compagnie. En juin 2013, TOTAL avait un investissement de 38,4% dans les projets de Fort Hill (avec Suncor et Teck) et un autre dans le projet minier de Joslyn. Elle a produit 192 384 b/j, soit 5,4% de la production totale. En rapport avec le futur, sa part est prévue à 219 040 b/j, soit 2,84%. C’est çà, le plus important exploitant ? 
- « Les américains refusent l’accès vers le sud avec le projet Keystone actuellement suspendu ». Les inquiétudes originales avaient rapport avec l’importante nappe aquifère du Nebraska. Des dévoiements de l’oléoduc Keystone XL ont été proposés par Trans Canada Pipeline et acceptés par le gouverneur du Nebraska qui a levé son opposition. Aujourd’hui, c’est la tenue des élections législatives américaines de novembre qui retarde l’accord final d’OBAMA. Ce dernier ne veut pas déplaire à sa base environnementaliste avant les élections. Après, il devrait agir comme il l’a déjà dit, surtout si, comme prévu par les sondages, les républicains, qui y sont favorables au XL, détiennent la majorité au Sénat américain tout en maintenant celle à la Chambre des représentants. Ce qu’on doit savoir c’est qu’une grande partie de l’oléoduc Keystone d’une longueur de 3 462 km est déjà construite car il n’est pas un oléoduc mais un réseau d’oléoducs. En effet, depuis la demande de permis de construction du XL, il y a 5 ans, des milliers de km  ont été réalisés et mis en opération. Ils transportent, actuellement, 600 000 des 2,5 millions de b/j que le Canada vend et livre aux USA. Avec trois des quatre phases du Keystone en opération, il ne reste qu’une section connue sous le nom de KeystoneXL, du sud du Nebraska aux champs de pétrole de l’Alberta, à terminer. Cette dernière ajoutera 400 000 b/j (dont 25 % sera du pétrole américain) au réseau. « L’accès vers le sud » sera bientôt accepté.   
- « L’ouest canadien est également bloqué en Colombie Britannique avec celui du Northern Gateway ». Ce projet, consiste en deux réseaux de distribution : un oléoduc pour le pétrole brut et un pipeline pour le gaz naturel. Ils traverseront les montagnes Rocheuses situées dans la province de Colombie Britannique (CB). Il rencontre l’opposition de bandes de Premières Nations, du puissant lobby des environnementalistes, du Nouveau Parti Démocratique du Canada et du gouvernement de cette province qui réclame une partie des royautés que reçoit l’Alberta. Le 17 juin 2014, suite à de nombreuses discussions, le gouvernement Canadien accepta l’avancement du projet conditionnellement à ce que 209 problèmes, identifiés par des comités d’études, soient corrigés avant la prochaine étape d’approbation du projet. On juge dans les milieux bien renseignés que ces conditions seront rencontrées, que la province sera satisfaite et que ce projet sera finalement débloqué.
- « Il n’y a que l’ouverture vers l’est par pipeline, ou le transport ferroviaire que les experts disent coûter $20 le baril, qui serait ainsi épargné pour le bénéfice des actionnaires de Total par l’oléoduc ». L’ex-premier ministre Pauline Marois et son gouvernement ont accepté l’oléoduc de l’est. Quant au port pétrolier de Cacouana, pour le ravitaillement des bateaux-citernes vers les pays de l’Europe et de l’Afrique, il reste à vérifier si les complaintes et les arguments de ceux qui s’y opposent sont valables. Il est facile de susciter des sentiments anti-gouvernements, de s’opposer à la construction d’oléoducs, de pipelines, etc… mais encore faut-il démontrer clairement que de tels projets vont vraiment à l’encontre de l’intérêt public. De plus, ce sont tous les actionnaires de tous les producteurs qui bénéficieront de cette ouverture vers l’est.  
On voit bien que les déclarations de PKP n’ont pas de bases solides. Je soupçonne que le but réel de sa déclaration sur Facebook a été faite pour rallier, à sa candidature, les séparatistes qui voient « les Desmarais » dans leur soupe ! D’ailleurs plusieurs de ceux-ci, suite à la publication, se sont spontanément exclamés : « déclaration extraordinaire », « super, super », « un vrai chef »…
Que PKP se donne comme objectif de séparer le Québec du Canada, c’est son affaire! Mais qu’il se permette, par un court communiqué, de tromper sciemment ses concitoyens sur un projet d’une importance capitale pour tous, est incompréhensible. Çà sent la petite politique ! Et si c’est pour atteindre des ambitions politiques, c’est désappointant.
PKP peut vouloir montrer ses muscles à la famille Desmarais, encore faut-il qu’il soit de taille. Paul Desmarais et Pierre Péladeau étaient des hommes d’affaires hors de l’ordinaire qui aimaient aussi se mêler de politique. Tout le monde le savait et les partisans appréciaient.
Mais nous sommes dans une nouvelle ère. Les fils Desmarais sont des hommes qui s’occupent de leurs affaires. Si Pierre-Karl Péladeau a préféré quitter le monde des affaires pour la politique, c’est une décision noble et c’est très bien. Mais pour réussir, il se doit d’être juste avec les Québécois et être à la hauteur d’un chef politique.  
Claude Dupras 

dimanche 19 octobre 2014

Les Français, dénigreurs de leur pays ?

Il y a quelques jours, à la télé, le premier ministre français Manuel Valls a accusé ses compatriotes de faire du « France Bashing ». Il a affirmé que ce dénigrement de leur pays l’énervait et l’agaçait et que cela devait cesser.

Je rentre au Canada après un bon moment en France durant lequel j’ai eu l’occasion de rencontrer et de parler avec un grand nombre de Français et Françaises, de tous milieux, de la situation actuelle dans leur pays. J’ai compris qu’ils sont devenus pessimistes et désespérés face à la situation politique et économique dans leur pays. Ils constatent le déclin de la France et la voit comme le pays malade de l’Europe. Ils la trouvent moins compétitive, moins influente sur le plan international. Ils regrettent que les jeunes diplômés s’exilent. Ils en ont marre. Pour eux, la « Douce France… » de Charles Trenet a disparu. Son âme s’est envolée.

Mais ce n’est pas la France qu’ils dénigrent mais les politiciens qui l’ont amenée au bord de ce précipice. Ils sont exaspérés devant leurs inaptitudes et leur incompétence. Ce n’est pas du « French bashing », puisqu’il faut parler anglais, mais du « Hollande bashing » qu’ils pratiquent. Ils n’en peuvent plus de leur président et de ses gouvernements. Rien ne va plus. Jour après jour, ils réalisent l’erreur monumentale qu’ils ont faite en l’élisant avec son parti socialiste. 

Les Français savent bien que leur pays est unique et qu’il est une terre de grands découvreurs, chercheurs, inventeurs, scientifiques, travailleurs, réalisateurs, artistes, écrivains, cuisiniers… dans tous les domaines. Le passé lointain le démontre et le récent le confirme. En effet, il y a quelques jours, deux prix Nobel ont été choisis parmi les leurs, en littérature et en économie. Ils reconnaissent que la France est un des pays les plus intéressants du monde et qu’elle attire un plus grand nombre de visiteurs que tous les pays d’Europe. Ils constatent son prestige dans tous les coins de la planète.

À toutes questions sur la politique, ils regardent l’interlocuteur et, d’un air découragé, haussent les épaules. Chacun a sa théorie mais toutes touchent principalement l’incompétence de ses dirigeants actuels, les dérives de ceux du passé et le poids du système social.  Plusieurs socialistes, pour se justifier, vont même jusqu’à prétendre que la France est un pays ingouvernable tellement ils sont mal à l’aise et affaissés devant tous les sondages qui placent Hollande entre 13% à 18% d’appuis favorables et les défaites électorales successives de leur parti.

Pourtant, Hollande n’a cessé de faire des changements, des « réformes» comme il dit. Dès son entrée à l’Élysée, il a voulu respecter ses dénonciations des politiques de son prédécesseur faites en campagne électorale. Il a mis fin à plusieurs projets et lois malgré qu’elles étaient importantes et nécessaires. Particulièrement celles qu’il qualifiait de « cadeaux aux riches » et celles devant corriger la magistrale erreur des « 35 heures » du gouvernement Jospin. Toutes ces « méchantes » lois avaient été supposément inspirées par la méchante « Finance », qu’Hollande qualifiait de « mon pire ennemi ». Pourtant, elles avaient été votées pour relancer l’emploi en diminuant appréciablement le « coût du travail » dans le but d’aider les petits entrepreneurs à engager des apprentis et des ouvriers additionnels pour leur permettre de croître, et les grandes entreprises afin qu’elles deviennent plus concurrentielles sur le marché mondial.

Parallèlement, Hollande a augmenté les taxes, sans bon sens, en ne tenant pas compte des conséquences négatives sur l’emploi et sur la capacité de payer de la classe moyenne et des moins riches.

En somme, il a tout fait pour nuire au développement de la France et cela, souventes fois, pour des raisons politiques partisanes. Il refusa de faire la part des choses. Il est clair qu’Hollande n’a jamais été en affaires et ne connaît rien aux vrais défis d’un entrepreneur. Il n’a cru qu’en ses thèses idéologiques qui n’ont rien à voir avec la vraie vie démontrant clairement ainsi qu’il est déconnecté de la réalité. 

Puis, voyant sa cote de popularité s’écraser, il a changé son fusil d’épaule et s’est tourné radicalement vers la droite pour renaître. Il a commencé à détaxer et à revoir ses décisions passées. Il affirme maintenant aimer le monde de « la finance » et justifie sa nouvelle position en affirmant qu’il a compris, laissant entendre qu’il était dans l’erreur dans le passé. Il cherche à reprendre le temps perdu des deux dernières années par des voltefaces spectaculaires. Mais les résultats se feront attendre car normalement, quatre à cinq années sont nécessaires avant que l’État puisse réellement bénéficier de nouvelles politiques économiques. Deux ans ont été perdus et son quinquennat à la tête de la France est à moitié complété. Il est donc probable que ce sera son successeur qui sera, politiquement, le bénéficiaire.

De plus, pressé de redevenir populaire, le président dit « oui » à tous ceux qui critiquent ses politiques et fait des changements afin qu’ils soient satisfaits et arrêtent de chialer. Vous n’aimez pas une politique, alors manifestez, menacez de grève, critiquez et vous verrez, ô combien vite, le président comprend vos doléances et s’adapte à vos demandes. Il renie ce qu’il affirmait il n’y a pas tellement longtemps, aussi vite que Judas. De plus, il va-t’en guerre à la moindre occasion Mali, Centrafrique, Irak, Syrie, Ukraine… et voyage vers des pays étrangers le plus possible pour impressionner les Français avec des qualités de leader mondial.

Le malheur est que souvent ces voyages sont inutiles. Par exemple, il ira au Canada et au Québec au début de novembre prochain pour une visite officielle. Pourquoi ? Il n’y a aucun conflit majeur entre nos deux nations. La bonne entente règne. Certes, il y a quelques petits différents, par exemple sur la question des subsides aux jeunes français qui étudient dans nos universités, mais rien qui ne peut être réglé via nos ministres respectifs et nos ambassades. Il s’est invité et nous sortirons le tapis rouge pour bien le recevoir. Alors que la France a des problèmes par-dessus la tête et que la responsabilité première de son président est de rencontrer les Français pour en discuter et les encourager, il part faire le beau au Canada et tenir quelques discours qui seront aussi vite oubliés qu’ils seront débités. Pour couvrir ce déplacement du président français et de sa suite, la France, le Canada et le Québec vont engendrer des frais importants au moment même où chacun coupe radicalement, chez lui, dans les dépenses inutiles pour diminuer ses déficits.

En somme, il tasse l’intérêt de la France pour redorer son image et rehausser sa popularité. Au diable les principes, les politiques du parti socialiste, rien ne va plus, la roulette tourne. Pendant ce temps-là, le chômage continue de grimper, la production industrielle stagne, les entreprises tirent le diable par la queue, le chômage augmente, la croissance est aux arrêts, les statistiques sont au mauvais fixe, les plus défavorisés souffrent davantage et les français chialent. Son parti est divisé et les « frondeurs socialistes (députés socialistes non-satisfaits des politiques de droite d’Hollande) le menacent avec, en tête, Martine Aubry, la femme des 35 heures. 

De plus, le physique du président laisse percer son état d’esprit. Son visage est triste, sa démarche plus lente, ses discours moins dynamiques. Il semble perdu, sans amis, seul et incapable de pouvoir jouer son rôle. Il n’est que l’ombre d’un chef de l’État. Triste constat pour un pays aussi extraordinaire que la France. Comment avec une telle attitude de son président, peut-elle reprendre confiance ?

Le récent livre du polémiste Eric Zemmour « le suicide français » a un succès énorme car il est le symptôme des angoisses françaises. Il estime que « la France se meurt, est morte ». « Que ses élites crachent sur sa tombe ». Que l’on vit « les dernières pages de l’Histoire de La France ». Exagéré, sûrement. Mais ce qui arrive en France se situe aussi dans le grand réaménagement du monde où repères, identités et certitudes s’effacent. Malheureusement, le président Hollande n’est pas à la hauteur de ces défis.

Pour être utile à son pays, Hollande devrait démissionner. Mais sur çà, les Français me disent « n’y comptez pas ».

Il reste à espérer que la Providence soit bonne pour la France.


Claude Dupras