samedi 18 février 2012

La campagne électorale de la vérité

« Il ment », « Non, c’est lui qui ment ». Qui dit vrai ? Voilà les échos de la campagne électorale française depuis que Nicolas Sarkozy a annoncé, il y a quelques jours, son intention d’être candidat à nouveau à la présidence.

On a reproché à Sarkozy d’avoir fêté sa victoire au chic restaurant Fouquet’s des Champs Élysées, d’être allé se reposer, suite à la dure période électorale, dans un endroit qu’il voulait privé, sur le yacht de l’industriel français Vincent Bolléré, d’avoir apostrophé un individu qui l’insultait, en lui disant « tasse-toi pauvre con ». Pour l’opposition, ces gestes et ces mots dérisoires sont non-présidentiels et elle n’a cessé depuis de marteler la réputation du président en les répétant sans cesse. Abonné, via internet, à Libération, Marianne, le Nouvel Observateur et même Le Monde, tous médias de gauche, je suis toujours surpris de lire, jour après jour, la même rengaine contre le président. Je ne comprends pas pourquoi personne n’a osé dire « ça suffit, passons à autre chose, la France a d’autres problèmes importants ».

Observateur du Canada, je n’arrive pas à comprendre cette obsession des Français à dénigrer leur chef d’État. On peut s’opposer à ses politiques et le dire et c’est ce que je fais vis-à-vis le PM canadien Harper. Mais de là à être démagogique… Je m’imagine ce qui serait arrivé si Sarkozy avait posé un geste similaire à celui du premier ministre canadien Jean Chrétien qui, après avoir été insulté par un citoyen, l’avait accroché par le collet pour lui asséner un coup de poing au visage. Il aurait sûrement passé à la guillotine ! Nous avons compris que notre PM était un homme comme les autres et qu’il avait aussi ses sautes d’humeur, surtout après avoir été attaqué brutalement. Les Canadiens ont pardonné à Chrétien son geste et l’ont réélu. Le pardon ? La gauche française ne semble pas connaître le mot.

Il y a aussi la ritournelle que Sarkozy n’a rien fait sauf un cadeau de 75 milliards d’euros aux riches. « Pour les récompenser de l’avoir aidé à gagner son élection » dit François Hollande le candidat du parti socialiste qui peine à expliquer comment il a estimé ce montant.

Dès sa rentrée au pouvoir, Sarkozy a fait adopter « le bouclier fiscal » qui limitait l’impôt à 50% (aux USA, elle est près de 35%) Cette loi visait à permettre à la France de devenir fiscalement concurrentielle avec les autres pays européens. Trop de Français allaient déposer leurs fonds ailleurs et y trouvaient résidence pour payer moins d’impôts. La France se devait de redevenir attractive. Les critiques ferment les yeux devant le fait que ce sont avec le talent des meilleurs et les investissements des plus riches qu’un très grand nombre d’entreprises voient le jour et que de nouveaux emplois sont créés. De plus, l’impôt payé ailleurs n’est pas payé en France.

Sarkozy a corrigé l’erreur de la loi des 35 heures en exonérant les heures supplémentaires de cotisations sociales et d’impôts. De plus, il a supprimé la plupart des droits de succession, a permis des crédits d’impôts sur les intérêts d’emprunt et réduit la TVA à 5% pour stimuler le domaine de la restauration.

Il a assuré la continuité des services publics essentiels dans les transports terrestres pour permettre aux travailleurs, lors de grève, de pouvoir se rendre au travail. Avant, une grève des transports arrêtait la France.

Il a accordé l’autonomie aux universités. Dorénavant, elles gèrent leur patrimoine immobilier, leur budget et leurs ressources humaines, comme le font les meilleures universités du monde.

En révisant la constitution, il a diminué à deux le nombre des mandats du président et augmenté sensiblement les prérogatives du parlement.

Il a instauré une loi pour protéger les œuvres et les droits des auteurs en contrôlant et punissant les internautes se livrant au téléchargement illégal.

Il a créé le poste de conseiller territorial pour assurer la liaison de la région et du département en lui permettant de siéger aux deux instances.

Il a mis en place le grenelle de l’environnement qui a débouché sur des lois qui touchent l’énergie, le bâtiment, les transports, la biodiversité et les risques pour l’environnement et la santé, etc.

Il a institué un allongement de la durée des études pour la formation des enseignants et élevé le niveau pour le recrutement afin d’assurer une qualité accrue de l’enseignement en France.

Il a fait adopter une loi pour sauver les régimes de retraites des français malgré la pression des immenses manifestations de rue qui ont perduré longtemps.

Il a modifié les lois traitant de la sécurité et de la justice pour supprimer 400 tribunaux, réviser des peines-planchers, assurer une rétention de sûreté pour les criminels les plus dangereux, etc.

Il est intervenu pour sauver les ports de France qui sont en grande difficulté. Il a rationnalisé les bases militaires et en a réduit le nombre. Grâce à ses mesures de sécurité, le nombre de morts sur la route a baissé appréciablement.

Il a durci les lois d’immigration touchant les règles d’éloignement des étrangers sans-papiers et les conditions d’acquisition de la nationalité.

Il a implanté la TVA sociale pour diminuer le coût du travail et faciliter l’emploi chez d’innombrables entreprises et artisans.

Il a proposé la règle d’or pour que les prochains budgets ne soit dorénavant jamais déficitaire, mais elle a été rejetée par le parti socialiste.

Voilà quelques points majeurs des réformes importantes du président Sarkozy qui supposément n’a rien fait. Par contre, une chose est certaine, les socialistes ont voté contre ou se sont abstenus lors des votes pour leur adoption. Alors, qui n’a rien fait ?

Il ne faut pas oublier que le président Sarkozy a aussi été, pendant six mois, président de l’Europe économique où la qualité de son travail a été reconnue par tous les pays. Il a aussi présidé avec brio le G8 et le G20. Et, récemment, il a surtout agi avec la chancelière Angela Merkel, efficacement et sans relâche, pour sauver l’euro et l’Europe.

Le président Sarkozy a mené la barque française à travers les crises économiques mondiales de 2007-2009 et la crise financière et monétaire européenne de 2011. Malgré que les mesures prises à ce jour aient provoqué un effet positif, Sarkozy reconnaît que le travail n’est pas complété et qu’il y a encore des choses à faire.

Il est aussi évident que Sarkozy n’a pas pris que de bonnes décisions. La perte du triple AAA, le chômage croissant, etc, sont des situations qui méritent d’être analysées en tenant compte de la perspective économique qui a prévalue durant son mandat. Pour obtenir une analyse réaliste de son administration, il faut partager les résultats positifs et négatifs qui en découlent et ne pas, par dessein politique, les placer sur le mauvais plateau. La campagne électorale permettra de les définir clairement et on pourra alors juger de quel côté penche la vérité.

En tenant objectivement compte du passé, les Français pourront mieux peser et soupeser les nouvelles promesses électorales des candidats face aux circonstances économiques difficiles qui s’annoncent. Ce qui compte c’est qu’ils prennent la meilleure décision pour l’avenir de la France.

Claude Dupras

mercredi 15 février 2012

Le fils de son père ?

Pierre Elliot Trudeau fut un premier ministre populaire et un des grands qui ont occupé le poste de leader de la nation canadienne. Je n’ai jamais voté pour lui car je n’appréciais pas ses politiques centralisatrices beaucoup trop favorables à l’état fédéral. Nous vivons dans une confédération et j’ai toujours pensé que les provinces devaient avoir le plus de pouvoirs possibles, particulièrement le Québec pour assurer le développement et l’épanouissement de sa culture et de sa langue. Nonobstant ses politiques, les Québécois ont toujours fait entière confiance à Trudeau. C’était un homme intelligent, fin, mais surtout un gars de chez nous. Quant à moi, même si je ne l’appuyais pas, je l’ai toujours admiré.

Mon parti était le parti progressiste-conservateur (PPC). « progressiste » pour le développement social et « conservateur » pour la gérance de l’économie. Pour moi, c’était un équilibre parfait. Malheureusement, les Québécois ne l’ont pas toujours compris en votant massivement contre ses chefs Robert Stanfield et Joe Clark, leur préférant Trudeau. Ils se sont repris en donnant la presque totalité de leurs comtés à Brian Mulroney qui succéda à Clark. Brian était un gars de chez nous.

Après Mulroney, le parti est descendu aux enfers avec 14% des suffrages à l’élection qui suivit et l’Ouest, qui avait été toujours favorable au PPC, s’est retourné vers le Reform Party, un parti à droite de la droite où se situait le PPC. C’est dans le Reform que Stephen Harper est né politiquement. Après quelques changements de nom, Harper a réussi à prendre la direction du parti devenu l’Alliance Canadienne (AC). Durant ce temps, le PPC continuait sa traversée du désert sous la direction d’un nouveau chef, Peter Mackay.

Finement, subtilement, Harper sachant qu’il ne pouvait gagner une élection fédérale avec l’AC persuada Mackay de se joindre à lui et à transformer le nom de son parti à Parti Conservateur (PC) du Canada, en laissant tomber la partie « progressiste ». Cette décision est la démonstration claire de la pensée politique d’Harper. Des membres illustres du PPC, l’ex-PM Joe Clark, le sénateur Lowell Murray, l’ex-ministre Flora Macdonald et des centaines d’autres se révoltèrent contre cette décision et ne joignirent pas les rangs du PC. Je les ai appuyés. Je trouvais inconcevable que notre parti devienne un parti d’extrême droite. Avec ses agissements, Harper a réussi à usurper le nom de notre parti (un nom reconnu depuis la Confédération) pour remplacer celui de son parti qui était rejeté par une très grande majorité de Canadiens.

Sa stratégie fut bonne puisqu’il prit le pouvoir. Mais, on voit ce que ça donne aujourd’hui. Harper est en train de transformer notre Canada en un pays qui ne considère pas que la personne humaine est la plus précieuse des richesses.

Justin Trudeau, fils de Pierre Elliot Trudeau et député de Montréal, a bien défini avant-hier la situation dans laquelle nous nous retrouvons : « Ce pays est un pays d’ouverture, de respect, de compassion, un État de droit et de liberté. Le Canada est devenu mesquin, petit d’esprit, fermé, anti-intellectuel, qui prône la division. Excusez, mais je ne reconnais pas ce pays ». Bien dit et bien vrai ! et il a ajouté : « Le Canada a besoin des valeurs québécoises pour contrebalancer la vision de Stephen Harper… ».

La veille, Trudeau avait affirmé que les Québécois seraient poussés vers la séparation du Québec par un Canada de style Harper et pour provoquer l’opinion publique il a ajouté que dans un tel cas « peut être que je songerais à vouloir faire du Québec un pays ». Il a bien réussi sa tactique puisque depuis, ses arguments ont déclenché une frénésie dans la blogosphère, sur twitter et les médias le poursuivent

Évidemment, la riche machine politique conservatrice s’est sur-le-champ déchaînée contre Justin Trudeau en le traitant d’adolescent, de politicien incohérent, de menteur, d’irresponsable, de traître, de narcissique, de manquer d’éthique, d’antipatriotique, de manquer d’intelligence politique et encore.

Pourtant Trudeau s’est élevé contre des politiques conservatrices qui vont à l’encontre des politiques adoptées par le Canada depuis les 60 dernières années et qui lui ont donné son excellente réputation dans le monde.

De toute façon, il est certain que le jeune Trudeau n’est pas un séparatiste et il l’a affirmé encore hautement, clairement et avec force hier sur les marches du parlement devant une meute de journalistes.

Je dénonce depuis longtemps les agissements et les politiques de Stephen Harper et il est inutile de répéter ici mes arguments qui démontrent que le Canada est sur une nouvelle voie qui ne correspond pas et qui l’éloigne de celle de son passé glorieux. J’ai aussi affirmé qu’Harper apportait de l’eau au moulin des séparatistes et j’en suis convaincu. Cela ne fait pas de moi un séparatiste comme les affirmations de Trudeau n’en font pas un de lui. Loin de là !

Il a du potentiel et de l’intelligence ce jeune député et il mérite d’être écouté et compris. Il a démontré hier qu’il est le fils de son père.

Claude Dupras

lundi 13 février 2012

Go west young man, go west !

Il n’y a pas de chômage en Alberta. Au contraire, les entreprises peinent à trouver des travailleurs pour combler des milliers d’emplois dans le domaine de la construction, de la mécanique, de l’électricité, de l’informatique, de la gérance, etc… L’exploitation des sables bitumineux et sa croissance rapide (les pétrolières prévoient doubler leur production d’ici dix ans) est créatrice d’emplois chez des milliers d’entreprises de toutes spécialités. De plus, l’Ouest requerra 100 000 travailleurs de mines lors des huit prochaines années, 150 000 travailleurs de la construction lors des trois prochaines années et des milliers de soudeurs pour la Colombie Britannique. Même les petits commerces et les hôteliers craignent de manquer de personnel. Les dirigeants politiques estiment que si ces besoins ne sont pas comblés, la situation peut éventuellement nuire à la croissance de l’Ouest.

Alors que le taux de chômage augmente dans l’est du Canada et se situe entre 10 et 15%, des centaines de milliers d’emplois à bons salaires sont offerts dans l’Ouest.

Déjà, un grand nombre de travailleurs Québécois s’y sont rendus pour profiter de la manne de l’Alberta. Non seulement, ils gagnent bien leur vie, mais ils profitent aussi du fait qu’il n’y a pas de taxe de vente dans cette province et que les taux d’impôts des particuliers sont plus bas qu’au Québec. De plus, et c’est le bonus, l’Ouest est beau avec ses plaines, ses rocheuses spectaculaires, une très bonne qualité de vie et l’opportunité qu’il offre d’apprendre la langue anglaise.

La nouvelle premier ministre de l’Alberta, Alison Redford, a compris que sa province doit être plus attractive. Le prochain budget qu’elle vient de dévoiler sera donc très généreux. Même si elle est la chef du parti progressiste-conservateur de l’Alberta, les observateurs avertis la situent à gauche, comme le NPD. Plusieurs Québécois seront surpris de ses politiques car ils ont l’impression que l’Alberta est très à droite. C’est vrai pour Harper et ses réformistes-conservateurs mais pas nécessairement pour les autres personnages politiques. On n’a qu’à se rappeler les politiques sociales de l’ex-premier ministre canadien Joe Clark qui était député de l’Alberta et un « red tory », comme tant d’autres. Cette province est comme le Québec, elle aide ceux qui souffrent.

Alison Redford propose d’augmenter appréciablement les budgets de l’éducation, des garderies, des bénéfices sociaux dont certains augmenteront du tiers, etc.. Le gouvernement albertain estime que ces dépenses sociales additionnelles représenteront 500 $ millions par année. Le budget augmentera de 7% et le déficit atteindra 900 $ millions. Comme la Colombie Britannique, reconnue pour être à gauche, l’Alberta dépense 9 000$ par résident comparés à 8 400 $ au Québec, que plusieurs canadiens de l’Ouest qualifient de dépensier. Si, Redford avait maintenu les critères utilisés pour le budget précédent, c’est un surplus de 400 millions de $ que prévoirait l’Alberta. Son ministre des finances dit compter sur le maintien du prix du pétrole à 100 $ le baril et plus, pour prédire que d’ici deux ans le budget albertain redevienne positif.

Ses adversaires politiques estiment que Redford dépense ainsi pour se maintenir au pouvoir lors des prochaines élections qui seront déclenchées d’ici deux ou trois mois. C’est possible, mais à l’entendre, je suis prêt à lui donner le bénéfice du doute.

Mais une chose est certaine, l’Alberta se doit d’attirer un nombre suffisant de Canadiens des autres provinces pour combler ses besoins de main d’œuvre, sinon elle fera appel à l’immigration. Et le gouvernement fédéral le sait puisque le ministre canadien de l’immigration Jason Kenney a annoncé, cette semaine, son intention de vouloir mettre fin à l’immigration familiale afin de la remplacer par une immigration axée sur le choix de personnes spécialisées ou professionnelles, capables de subvenir aux demandes d’emplois du Canada (il voulait dire l’Ouest Canadien).

Pourquoi plus de chômeurs de l’est du Canada ne partent-ils pas, pour une période de temps, travailler en Alberta ? Est-ce le régime d’assurance chômage qui les démotive, puisqu’ils n’ont qu’à travailler un peu plus de 10 semaines pour bénéficier d’un revenu payé par le régime pour un an ? Dans un village, près de chez moi, je connais de jeunes diplômés du secondaire, sans métier, qui calculent leurs jours de travail pour rencontrer le minimum requis par l’Assurance-Chômage et quitter leur emploi. Ils se vantent même de leurs prouesses pour réussir à vivre au frais de l’État sans travailler. C’est clair qu’ils ne sont pas motivés pour aller chercher du travail ailleurs. Ne devrions-nous pas corriger notre système pour qu’il colle plus à la réalité ?

Je crois que le gouvernement canadien devrait favoriser et aider à la mobilité temporaire des travailleurs et financer les provinces, particulièrement le Québec, pour qu’elles accélèrent le perfectionnement professionnel des travailleurs.

Un autre volet intéressant pour dénicher des travailleurs est celui des Premières Nations. Un panel national vient de suggérer d’accentuer l’éducation de leurs jeunes puisque plus de 400 000 d’entre eux atteindront, d’ici 10 ans, l’âge du travail. Voilà un beau réservoir de main d’œuvre possible. Une action du gouvernement fédéral dans ce sens atteindrait un double objectif. En plus d’aider le développement du pays, elle motiverait les Première Nations à améliorer la qualité de vie de leurs populations. L’ex-PM Paul Martin avait lancé de tels programmes, malheureusement, Harper les a annulés dès sa prise de pouvoir, il y a déjà six ans. Aujourd’hui, il parle d’immigration… belle logique.

Et nous n’avons pas à nous inquiéter que le déficit budgétaire de l’Alberta vienne influencer à la baisse la péréquation canadienne pour nous puisque cette dernière est basée sur la capacité fiscale de chaque province.

Si j’étais jeune, avec un bon métier, une famille et sans travail, je me relocaliserais temporairement dans l’Ouest pour me renflouer, acquérir de l’expérience pour revenir éventuellement reprendre ma place au Québec avec un métier compétitif. Je ferais de même, si j’étais un jeune sans métier puisqu’à l’Est, certains gouvernements diminuent considérablement le nombre d’apprentis obligatoires pour satisfaire les exigences des syndicats qui craignent de perdre leur « membership » à cause de la situation de l’emploi.

Comme disaient les aventuriers de la découverte de l’ouest américain : Go west young man, Go west ! Et Dieu sait combien, ceux qui sont partis, en ont profité.

Claude Dupras

samedi 4 février 2012

Sarkozy joue avec le feu

La réputation du président Sarkozy comme organisateur politique et excellent candidat n’est plus à faire. Il a démontré sa force en 2007 après avoir créé le parti UMP et gagné l’élection présidentielle avec une main de maître.

Du Fouquet’s des Champs Élysée, le soir de son élection en 2007, à aujourd’hui, une campagne de détestation a été entreprise contre Sarkozy. Et les sondages indiquent clairement le succès de cette dernière. Malgré les nombreuses réalisations du président français, son bilan impressionnant, sa présidence remarquable à la tête de l’Europe économique, son inlassable travail comme président du G8 et du G20, son leadership solide avec Angela Merkel pour redresser la crise de l’Euro et de l’Europe, tous les sondages se sont maintenus à son désavantage. Certes, il a repris quelques points à certains moments. Mais ces quelques soubresauts, même s’ils ont amélioré sa cote, n’ont pu renverser l’image d’impopularité du président Sarkozy.

Même si nous sommes à 80 jours de l’élection présidentielle, le président a décidé de retarder son annonce comme candidat pour continuer à concentrer ses efforts sur les problèmes de la France et définir des solutions à y apporter. Je le comprends car la France d’aujourd’hui a besoin de son président aux commandes. Mais cela n’aide pas les chances de Sarkozy d’être réélu.

En effet, Hollande et les socialistes ont monté une bonne organisation électorale et nous en voyons maintenant les résultats. La première grande assemblée au Bourget a attiré près de 20 000 personnes et a été indiscutablement un grand succès. La présentation des 60 promesses du candidat a aussi été bien réalisée. En tout cas, les médias ont tous bien couvert ces activités et leurs commentaires sont positifs.

Le seul accro et il est fort important, Hollande ne dit rien qui corresponde au temps présent de la crise économique qui secoue la France et l’Europe. Il agit comme si elle n’existait pas. Son discours est d’un autre temps. Malgré cet irréalisme évident, les résultats des sondages ne changent pas et lui sont toujours favorables.

Où Sarkozy me surprend, c’est qu’il a décidé d’implanter en période électorale des mesures difficiles pour rectifier l’élan de la France. Il annoncé une augmentation de la TVA et d’autres politiques cruciales mais sévères. Il a raison sur le fond, mais est-il sage de les avoir annoncées avant l’élection? Je ne le crois pas. Tout ce que je peux dire, c’est que cela est un geste courageux mais est-il astucieux?
Je crois qu’il joue avec le feu.

Partout, ou presque, un politicien qui taxe est un politicien qui se fait battre. Ce n’est pas moi qui le dit mais l’histoire qui le rapporte. Alors pourquoi Sarkozy a-t-il voulu ajouter à ses problèmes de popularité en prenant des mesures impopulaires additionnelles ?

Sarkozy sait qu’une économie qui ne marche pas, comme celle de la France d’aujourd’hui, favorise son adversaire. Pourquoi a-t-il décidé de jouer quitte ou double en proposant des solutions réalistes mais coûteuses pour le payeur de taxes ? Est-ce que ce dernier comprendra que ces augmentations favorisent la création d’emploi, problème numéro 1 de la France, en diminuant appréciablement le coût du travail? Je l’espère mais je ne miserais rien sur cette question.

Pourtant la France a besoin aujourd’hui plus que jamais d’un chef qui comprenne les vrais problèmes et qui s’est montré capable de les solutionner. Il est facile d’affirmer, comme le font tous les porte-paroles du PS, que ce problème est le résultat des politiques des 5 dernières années sarkozystes. Cependant, si on veut être raisonnable, on doit conclure que c’est faux puisque les meilleurs économistes apolitiques affirment que la crise monétaire et financière actuelle découle de l’ensemble des administrations depuis et incluant celle du président François Mitterrand.

Encore ce matin, les sondages démontrent qu’en France actuellement, il y a 43% d’électeurs de gauche et 43% d’électeurs de droite. Ce sont des gens convaincus de leur position politique et ils ne la modifieront pas. C’est donc 14% de la population qui décidera si les mesures proposées par François Hollande sont réalistes et peuvent abattre l’hydre de la crise, ou si Nicolas Sarkozy mérite d’être réélu parce qu’il dit avoir démontré le courage de proposer des solutions contraignantes difficiles à gober et qui correspondent à la hauteur du danger qui menace la France.

La prochaine élection présidentielle française ne peut être un référendum antisarkozysme. L’enjeu est trop important pour la réduire à cela. Les critiques ne doivent pas se limiter au dénigrement de l’adversaire. Ce ne devrait pas non plus être une campagne d’images et d’illusions comme celle que monte actuellement le comité organisateur de François Hollande en cherchant à imiter en tout point la campagne de Mitterrand.

La crise à laquelle fait face la France et l’Europe est majeure. Elle oblige que cette élection soit exceptionnelle. Le débat doit donc se faire dans une atmosphère de respect mutuel et l’accent mis sur les vrais problèmes. J’espère que l’électeur français, plus que jamais, ressentira, par la force des choses, l’obligation d’être objectif et impartial dans son jugement, sans partisannerie.

Dans ces conditions, que le meilleur gagne !

Claude Dupras

dimanche 29 janvier 2012

Duceppe, le Gingrich québécois

La sauvage primaire pour le choix du candidat républicain à l’élection présidentielle américaine de Novembre 2012, nous en fait voir de toutes les couleurs ! Surtout depuis que Mitt Romney et Newt Gingrich sont devenus les favoris. C’est à qui s’entredéchirerait le plus pour gagner !

Lors du dernier débat à Jacksonville en Floride, j’ai entendu à nouveau le sempiternel reproche de Romney à Gingrich en rapport avec son manque d’éthique durant la période où il a été orateur (the speaker) de la Chambre des Représentants du Congrès américain. Il fut accusé par le sous-comité d’éthique de la Chambre d’avoir utilisé pour ses besoins politiques, des fonds dédiés à d’autres fins. Cela ressemble étrangement à la révélation récente de La Presse sur les agissements de Gilles Duceppe, du temps pendant lequel il était chef du Bloc Québécois.

En janvier 1997, la Chambre des Représentants, à majorité républicaine, a réprimandé Gingrich pour son manque d’éthique par un vote de 395 à 28 et lui a imposé une punition de 300 000$. Une première pour cet organisme. Gingrich a alors admis les accusations du sous-comité et a reconnu avoir apporté du discrédit à cette dernière.

Voici ce qu’a dit, à ce moment-là, Tom Brokaw, le célèbre commentateur de la NBC : “Newt Gingrich, who came to power, after all, preaching a higher standard in American politics, a man who brought down another speaker on ethics accusations, tonight he has on his own record the judgment of his peers, Democrat and Republican alike. By an overwhelming vote, they found him guilty of ethics violations; they charged him a very large financial penalty, and they raised — several of them — raised serious questions about his future effectiveness.”

Son comportement a coûté cher à Gingrich. Il a payé son amende et a finalement quitté la politique. Après de longues années, il revient comme candidat à l’investiture républicaine et Gallup, qui sonde l’ensemble des républicains américains, le place ce matin à 6% en avant de Romney. Comme quoi, un politicien peut toujours revenir en politique s’il admet ses fautes.

Gilles Duceppe, qui a fait du bon travail à Ottawa, ne nie pas que l’organisateur-en-chef du Bloc ait été payé par des budgets votés par la Chambre des Communes et dédiés au travail parlementaire de son parti. Nonobstant cela, il est défendu par un grand nombre de ses amis politiques. À mon avis, c’est insupportable. Le manque d’éthique de Duceppe sur cette question est clair. Il n’avait même pas à consulter les règlements. Il aurait dû le savoir puisque que ce n’est que le gros bon sens. Comment peut-on défendre le principe qu’un chef de parti ou un député détourne l’argent dédié à ses fins politiques pour financer ses activités partisanes ?

L’entourage de Duceppe semble vouloir justifier ses actes en affirmant que les autres chefs de partis faisaient de même. Eh bien ! J’encourage Duceppe, qui les connait sûrement, à les nommer et qu’on les accuse à leur tour. C’est important.

Comme disait le républicain Mark Sandford de la Caroline du Sud, « si j’avais su ce que contenait le rapport du comité d’éthique, je n’aurais jamais voté pour Gingrich comme Orateur » et d’ajouter « Je pense à mes trois garçons et ce n’est pas l’exemple de leadership que je veux leur donner ». Voilà les mots d’un homme politique responsable qui met de côté la partisannerie pour l’intérêt public.

De toute évidence, je crois que le comité d’éthique du parlement canadien chargé d’enquêter sur le sujet arrivera à la même conclusion que celui qui a analysé le cas Gingrich et confirmera l’erreur de Duceppe. Toute cette question n’en est pas une de Républicains (ils étaient majoritaires et auraient pu trouver moyen de classer aux oubliettes le rapport du sous-comité) ou de Démocrates, ni de fédéralistes ou de séparatistes au Québec. C’est une question d’éthique.

Ceux qui interviennent comme moi par des articles, des blogues ou des commentaires, se doivent de faire des analyses qui sont respectueuses de la logique et de l’intelligence de nos lecteurs. De plus, même si nous avons chacun nos positions et nos visions politiques, nous nous devons de les énoncer dans une atmosphère de respect mutuel.

Claude Dupras

mardi 24 janvier 2012

Le genre de Québec que l'on veut

La politique est un boomerang.

Nous venons d’en avoir une nouvelle démonstration avec la révélation du « scandale du Bloc ». Le parti fédéral Bloc Québécois est accusé d’avoir utilisé des portions de son budget parlementaire pour payer l’important salaire du président de son organisation politique et électorale. Pourtant le Bloc recevait du gouvernement, comme les autres partis reconnus, des millions $ pour ses fins électorales calculés sur la base du nombre de ses électeurs à l’élection générale précédente.

C’est le même Bloc, plus blanc que neige, qui n’a jamais manqué d’attaquer les pécheurs politiques des autres partis. Avec raison.

Lors du fameux « scandale des commandites », nous étions tous en accord avec le Bloc, qui accablait avec des accusations précises le Parti Libéral du Canada d’avoir utilisé malhonnêtement les argents du gouvernement pour ses fins électorales et d’être un parti sale. Suite à l’enquête de ce scandale, nous avons chassé le PLC du pouvoir pour le punir.

Aujourd’hui, c’est Gilles Duceppe, l’ex-chef du Bloc qui a pris cette décision de mal utiliser les fonds, et son parti qui sont au banc des accusés.

Et ça tombe mal !

En effet, une pression grandissante venant d’une myriade d’opposants vise la chef du Parti Québécois (PQ) afin qu’elle quitte son poste et soit remplacée par Duceppe. Ce n’est que le plus récent putsch contre Pauline Marois et il est motivé par le même leitmotiv, soit la faible situation du PQ dans l’opinion publique et son impossibilité de reprendre le pouvoir aux prochaines élections.

Accusé, Duceppe a surpris par sa réaction en annonçant subitement son départ définitif de la politique disant vouloir dédier tout son temps à se défendre contre l’accusation. Son geste laisse croire qu’elle est fondée puisqu’on ne rejette pas ses ambitions politiques pour des riens.

Pauline Marois obtiendra donc à nouveau la confiance de son parti, lors de la rencontre du bureau national du PQ durant le prochain weekend.

C’est par une Une exagérément éclatante, suivie d’une page 3 de même nature, que La Presse a appris le « scandale du Bloc » aux Québécois. À Ottawa, le parti libéral et le NPD ont déclaré vouloir éclaircir cette situation et, si elle est vraie, réclamer le remboursement de près de 1 millions $ de Duceppe et du Bloc.

Dès la publication de la nouvelle, un grand nombre de séparatistes-souverainistes-indépendantistes, parmi ceux dont la plume est la meilleure, ont déclenché des accusations gratuites contre le journaliste, auteur de l’article, et les propriétaires de La Presse. Pour eux, ce n'est qu'un coup monté pour empêcher la venue de Duceppe à la tête du parti Québécois et la reprise du pouvoir par le PQ. En somme, ils s’attaquent au messager et non au message.

Au lieu d’affirmer qu’ils sont choqués par la révélation, qu’elle est inacceptable si elle s’avère fondée et que ce n’est pas le genre de pays qu’ils veulent faire du Québec, ils cherchent à défendre directement ou indirectement la décision de Duceppe, à la qualifier de « pas grave », à la justifier en prétextant que d’autres ont fait pire, à la réduire à un coup monté, etc..

Le « scandale du Bloc » n’a pas l’envergure du « scandale des commandites ». Mais il a la même importance puisqu’il brave ostensiblement les principes moraux. Et, on se demande, après, pourquoi les électeurs en ont « plein le casque » des politiciens.

Non, ce n’est pas acceptable. Tous les partis doivent s’élever contre une telle façon de faire et le dire, à chaque fois. Le cynisme des électeurs est suffisamment élevé contre la gente politique. Il faut que cessent ces attitudes partisanes et ce genre d’argumentation qui faussent la réalité.

Pour renverser ce courant malsain, nous devons nous donner des femmes et des hommes qui comprennent l’importance de cela dans chacun des partis politiques. Ce n’est pas une question de fédéralisme ou de séparatisme. C’est une question qui touche le genre de Québec que l’on veut, qu’il soit dans le Canada ou indépendant.

Claude Dupras