mardi 9 décembre 2014

Le nouveau pont Champlain : pas trop tard pour bien ou mieux faire


Aujourd’hui, le trafic des ponts et du tunnel qui relient Montréal au territoire de la Rive-Sud est intense aux heures-de pointe, au point qu’il déborde partout et est souventes fois arrêté par des bouchons. Les périodes d’attente par les automobilistes sont longues et nombreuses. Pourtant du côté nord, on sort relativement facilement de l’île de Montréal. L’explication est simple. Sur le côté sud, il y a 13 voies de circulation de véhicules pour traverser le fleuve, dans chaque direction, alors qu’il y en a 22 sur le côté nord pour une population presque équivalente. Il n’y a eu aucune nouvelle voie de circulation pour traverser le fleuve Saint–Laurent depuis 1967.
 

Depuis de nombreuses années, les montréalais et les citoyens de la Rive-sud exaspérés, les industriels et les commerçants demandent un pont additionnel sur le Saint-Laurent pour desservir l’île de Montréal. Pont additionnel veut dire voies additionnelles. Malheureusement, le nouveau pont Champlain ne répondra pas à ce besoin car il ne comporte que trois voies dans chaque direction, tout comme l’actuel. Le même nombre et la même largeur de voies sauf pour un accotement additionnel et un train léger.
 
Il y aura donc encore des bouchons sur le nouveau Pont Champlain, et sur les rives de chaque côté, même si le nouveau train léger remplacera les dizaines d’autobus qui aujourd’hui font la navette. « Mais ce ne sera pas suffisant car le déficit en termes de capacité routière est trop grand » m’a confirmé un ingénieur spécialisé en circulation de véhicules. De plus, les camions qui viennent des USA auront toujours la même difficulté pour livrer leurs marchandises. Avec un accès rapide, les coûts seraient diminués.
  
Dès l’ouverture du pont, nous en serons presque au même point. Il ne me semble pas y avoir eu de collaboration entre Québec et Ottawa (conflit Harper-Marois) pour le design du nouveau pont en rapport avec les besoins de circulation des véhicules entre Montréal et la rive-sud. Où en serons-nous dans 10 ans, avec un nombre d’automobiles qui croît au rythme de 1,9% par année au Québec dont environ 50,000 par an dans la grande région de Montréal. L’autoroute des Laurentides nous démontre clairement les effets du boom automobile.
 
Une voie additionnelle dans les deux directions du nouveau pont serait un ajout, nécessaire, essentiel et minimum. Deux voies équivaudraient à un pont additionnel. D’ailleurs, cela est conforme aux conclusions de la très sérieuse Commission Nicolet, dirigée par le réputé ingénieur québécois Roger Nicolet, en janvier 2003 et qui a fait une étude intensive pour améliorer la mobilité entre les deux rives du fleuve Saint-Laurent. Elle a suggéré l’addition d’un tunnel à deux voies et deux niveaux dans chaque direction, parallèle au pont Champlain (alors en bonne condition). Il est inconcevable qu’aujourd’hui personne ne relève cette situation.
 
Une voie de plus, c’est 2 000 véhicules par heure additionnelles aux heures de pointes, dans chaque sens, soit une augmentation de 33% de véhicules.
 
Il nous faut demander, je dirais même exiger, l’ajout d’une voie additionnelle dans chaque direction? Ces voies ne coûteraient relativement pas cher. 
 
De plus, pour la construction du nouveau pont Champlain, le gouvernement fédéral n’a pas fait de concours international invitant les designers de ponts à présenter leurs propositions. Il a unilatéralement décidé d’engager le compétent danois Poule Ove Jensen. À ce moment-là, il a mis de côté la possibilité d’obtenir les concepts d’autres grands designers, tel sir Norman Foster qui a fait le superbe viaduc de Millau. 
 
L’architecte français Roger Taillibert est un de ceux qui auraient aimé présenter leur projet de pont mais n’en ont pas eu l’opportunité. Devant l’évolution du dossier, il a décidé de faire connaître, en catastrophe, son projet aux Montréalais. C’est un beau et spectaculaire projet, tout d’acier, qui, il me semble, leur plait plus que celui de Jensen. Taillibert assure qu’il est moins cher et peut être réalisé plus rapidement. Or, sa proposition arrive en pleine période de préparation des soumissions pour la réalisation du nouveau pont par les trois groupes de constructeurs choisis par le fédéral. Ils doivent présenter leurs propositions techniques dans un peu plus de 2 mois, le 4 février 2015, et leurs propositions financières le 1er avril 2015.
 
Les groupes choisis sont très compétents et regroupent chacun des ingénieurs et constructeurs de grande réputation au Québec, au Canada et à travers le monde pour la réalisation de grands ouvrages d'art semblables. Ils doivent respecter le design et le concept de Jensen, mais à la demande du gouvernement fédéral, ils pourraient soumettre un prix pour un pont à quatre voies dans chaque sens au lieu de trois et en faire les plans et devis. Un retard de quelques mois seulement pour la remise de propositions dans ce sens serait requis mais le résultat en vaut la chandelle.
 
Le projet actuel du nouveau pont Champlain doit être repensé. Il ne s’agit pas de changer les équipes de constructeurs choisis pour la compétition, mais plutôt de réfléchir davantage à sa capacité-véhicules et à son allure. Jensen devrait modifier son projet pour ajouter de nouvelles voies.
 
Malheureusement, cela n’assure pas que notre pont sera le meilleur possible à tous les points de vue car si d’autres designers, jamais sollicités, sont en mesure de proposer des solutions différentes, pratiques, moins coûteuses, plus spectaculaires, pourquoi ne pas les considérer ? Sur la proposition de Taillibert, le ministre Lebel a affirmé spontanément « il est trop tard ! » sans même demander à ses ingénieurs d’examiner le concept proposé par Taillibert avant de le rejeter du revers de la main.

Trop tard ? Pourtant, si un projet représente une solution permettant d’avancer la livraison du pont, il ne peut être question de retard. Et s’il était moins coûteux, cela diminuerait le coût du péage, non ? On n’a pas les moyens de refuser de meilleures idées ou de meilleurs concepts. Si le concept de Taillibert est acceptable au point de vue technique, pourquoi ne pas le soumettre aux soumissionnaires comme possibilité d’une proposition alternative.
 
Notre nouveau pont sera là longtemps et ces quelques mois supplémentaires peuvent changer beaucoup de choses. 
 
Les Montréalais ont débattu sur le nom du nouveau pont, mais ils n’ont pas eu la possibilité de discuter de son concept et design, ce qui est beaucoup plus important. Le temps est venu qu’ils s’impliquent.
 
Nous voulons le plus beau pont. Nous voulons qu’il réponde aux pressants problèmes quotidiens de mobilité pour les personnes et les marchandises. Nous voulons éliminer la pollution que génère la congestion qui nous confronte, de plus en plus chaque jour. Nous voulons que les économies montréalaise et québécoise cessent d’être pénalisées par les problèmes de circulation des véhicules. C'était le constat de la Commission Nicolet.

 
Claude Dupras
 


 

 

lundi 24 novembre 2014

Le gros méchant Vladimir Putin


Le président de la Russie est de nos jours la cible d’une violente propagande occidentale anti-Putin. On l’attaque de tous les angles, sur tous les sujets, dans tous les médias occidentaux.
On rappelle sans cesse ses actions politiques passées contre ses adversaires politiques et certaines minorités de son pays, même si certaines sont fausses et d’autres amplifiées. Hier, à la télé, un documentaire traitait de la richesse personnelle de Vladimir Putin. L’argumentaire était basé sur des transactions qu’il aurait faites depuis son accession au pouvoir. Malgré qu’à la dernière élection présidentielle il déclara ne posséder qu’un appartement et des autos de valeurs, nous avons vu à l’écran des propriétés, des accessoires de valeur, des montres de haute qualité, qui supposément lui appartiennent. Particulièrement, une immense maison d’une valeur supérieure à 500 millions $ (on peut l’apercevoir sur Google Earth), on devrait dire un palais, sur la Mer Noire qui d’après l’auteur du documentaire est sa nouvelle maison d’été. J’ai plutôt l’impression que c’est une nouvelle maison pour la présidence russe, construit par la Russie, oèu le président pourra recevoir les invités de son pays. Cette nuance n’a pas été faite.
Dans l’affaire de l’Ukraine et de la Crimée, le président de la France et d’autres l’ont comparé à l’Hitler de 1939, pour faire peur au monde, alors que la situation était totalement différente.
Je viens tout juste de lire un article du Washington Post qui prétend que Putin aurait fait mettre en orbite un satellite capable de détruire les satellites de communications des autres pays. La Russie dément cette version qui est invraisemblable car un tel geste deviendrait une déclaration de guerre étant donné l’importance des satellites pour l’information de l’économie mondiale et les forces militaires du monde. Comment croire que Putin poserait un tel geste dont les conséquences se retourneraient vite contre la Russie ? Ce sont de telles affirmations invraisemblables qui me font penser qu’une campagne de dénigrement est orchestrée contre Putin pour une raison quelconque.  
Au lieu de chercher à s’associer avec la Russie, l’Occident, dont la France, le boycotte, le sanctionne. Il riposte par des embargos comme sur les fruits, légumes, viandes et poissons et des milliers de producteurs occidentaux ont perdu une bonne partie de leurs produits et des travailleurs en grand nombre sont devenus chômeurs.
La Russie est un pays riche, grand, peuplé et important avec qui on a intérêt à être ami. Ça, le Canada ne semble pas le comprendre puisque notre PM Harper a bousculé Putin à Brisbane lors de la réunion du G20. Pourquoi ?  Par principe ? Non, pour se montrer fort et gagner la faveur du million de Canadien-Ukrainiens qui voteront à la prochaine élection fédérale.
On peut être fortement en désaccord avec un chef d’un autre pays mais on ne l’assaille pas en public en cherchant à l’humilier devant la presse. C’est la diplomatie. Heureusement, Putin n’est pas du genre à s’en faire pour de telles bêtises ni à écouter un PM comme Harper. Pour lui, rien n’est personnel. Il défend l’intérêt de son pays et ne s’adresse qu’aux grands qui sont les seuls lui permettant d’atteindre ses objectifs.
Dans un article du National Post, Derek Fraser, ex-ambassadeur canadien en Ukraine, explique l’évolution de la politique en Russie depuis Eltsine. Putin veut que l’Ouest cesse ses actions unilatérales et tienne compte de la sécurité de la Russie et de ses intérêts. Si ces attaques continuent, il affirme craindre une évolution vers une anarchie mondiale. Après la guerre froide, la Russie avait proposé à l’Ouest une organisation de sécurité indivisible pour l’espace euro-atlantique. La réponse fut l’expansion de l’OTAN aux frontières russes. La Russie voulait créer une union bilatérale avec l’Europe pour établir un complexe énergétique unique et une coordination de sujets touchant les armées, la politique, les aspects stratégiques et les problèmes globaux. Ce fut refusé. Encore aujourd’hui, la Russie recherche une telle organisation de sécurité et une coopération particulière avec toute l’Europe et espère qu’elle débouchera sur un espace économique et culturel commun. Le ministre des affaires extérieures de la Russie, Sergey Lavrov, affirme que le conflit Ukrainien ne serait pas arrivé si une telle organisation de sécurité avait été mise sur pied.
Putin est un nationaliste et joue fortement cette carte. Il a été, pour les américains, une trouble-fête en aidant des pays comme l’Iran ou en intervenant en Ukraine. Au lieu de tirer à hue et à dia, l’Ouest devrait offrir des contre-propositions à Putin qui parle d’entente. C’est ainsi que les Accords d’Helsinki en 1975 devinrent une étape importante pour la fin de la Guerre Froide. L’Ouest et Harper peuvent continuer à vilipender Putin et le traiter de brute, mais cela n’est pas productif.
Un récent sondage en Russie montre que 80% de la population se montre satisfait de sa présidence. Il d’ailleurs été réélu récemment. On peut l’accuser de tous les péchés d’Israël mais c’est avec lui qu’il faut négocier et s’entendre. Les Chinois ont compris en signant une entente qui prévoit la construction du plus long TGV au monde entre la Chine et la Russie et celle d’un gazoduc transsibérien pour alimenter la Chine du gaz naturel de la Russie. C’est sous sa gouverne que la Russie devient plus grande, s’ouvre au monde et assume son rôle de puissance mondiale.
On peut s’objecter à l’annexion de la Crimée, partie de l’Ukraine et anciennement partie de la Russie, mais le référendum tenu dans la péninsule a été fortement majoritaire pour rejoindre la Russie. Quant au règlement du conflit dans le Donbass, il est important et difficile. Putin et l’Ouest devront sûrement trouver les compromis nécessaires pour créer le climat favorable à des ententes bilatérales pouvant assurer le développement de la Russie et de l’Europe.
Claude Dupras

mardi 18 novembre 2014

Les batailles de ponts au Québec

Décidément, le Québec a des problèmes de ponts. À Montréal, la bataille rangée est à propos du pont Champlain et à Québec c’est le vieux Pont de Québec qui envenime le débat. Les deux sont des structures importantes puisqu’elles traversent le fleuve Saint-Laurent.

Le pont Champlain est fédéral et il doit être démoli et remplacé par un nouveau. Pour ce faire le gouvernement conservateur du Canada, toujours près de ses sous, propose qu’il soit construit avec la méthode PPP, par laquelle une entreprise privée fera le design définitif du projet, le construira, l’entretiendra pendant des dizaines d’années, paiera tous les coûts, les frais et les dépenses et imposera un péage pour se dédommager, avec profit. De son côté, le gouvernement ne paiera que les dépenses de concept et de mise en place du projet pour la tenue de soumissions publiques. Les payeurs de taxes canadiens seront épargnés mais les utilisateurs du pont paieront. C’est ce qui fait débat.
Pressé par la mauvaise condition du pont actuel, le gouvernement fédéral a mis de côté la formule d’un concours international pour le choix des designers du nouveau pont et il a choisi l’architecte danois, Poule Ove Jenssen, de réputation mondiale, pour en faire le concept. Ce dernier a présenté sa maquette en fin juin 2014 et les Montréalais ont découvert un pont élégant et élancé. Pour traverser la voie maritime du Saint Laurent, une structure à haubans consistant en un haut pylône double d’où de nombreux câbles obliques rehausseront les tabliers pour assurer le passage des bateaux. Le reste du pont ressemblera à l’existant avec ses tabliers quasi-parallèles au niveau de l’eau et assis sur 70 piliers dont les fondations seront creusées dans le sol du fleuve. Parmi les commentaires qui m’ont été faits par des amis et autres sur ce projet, plusieurs se sont montrés quelque peu désappointés car ils ne trouvent rien de spectaculaire dans le design accepté.
Malgré que ce projet soit connu depuis plus de quatre mois, le débat principal des Québécois a porté sur son nom et non sur son design. Mais cela peut changer car l’architecte français Roger Taillibert qui a dessiné le Stade Olympique, le vélodrome, les piscines olympiques des JO de 1976 à Montréal, vient de proposer un concept différent. Il suggère un pont à haubans multiples sur toute la longueur du pont à partir de huit pylônes gigantesques inclinés, un peu comme des mats de grands voiliers (peut être voit-il ceux de Champlain). Son concept ressemble quelque peu au viaduc de Millau mais en beaucoup moins spectaculaire puisque ce dernier traverse la profonde vallée du Tarn et est construit en courbe avec son pylône central de la hauteur de la tour Eiffel.
Le pont Taillibert serait entièrement métallique et les huit pylônes ancrés dans le sol du fleuve. Taillibert prétend que son pont coûtera moins cher (1,7 milliards $ au lieu de 4) et sa réalisation sera faite en 40 mois, beaucoup plus vite. La maquette qu’il a présentée est remarquable et plusieurs Montréalais jugent cette proposition plus spectaculaire que celle de Jenssen et plus réaliste pour un climat comme le nôtre puisqu’il est tout d’acier comme le pont Jacques Cartier et le pont Victoria, qui sont toujours là et solides.
Il me semble que le gouvernement conservateur devrait examiner le projet Taillibert et, s’il le trouve conforme, le soumettre en soumissions avec celui de Jenssen. Que les réalisateurs-constructeurs des groupes PPP, nous présentent la meilleure option avec son prix et son temps d’exécution, car tous ces critères sont importants dans ce projet. Moins cher coûtera le pont, plus bas sera le péage. C’est donc crucial que les politiciens y portent toute leur attention.  
Du côté du pont de Québec, la situation est tout autre. L’histoire de sa réalisation marqua les annales canadiennes. Il a une structure remarquable. Il fut construit, avec une aide initiale du gouvernement fédéral, par une compagnie privée. De construction métallique rivetée, il est composé de deux porte-à-faux gigantesques de 178 mètres chacun qui retiennent une travée centrale importante. Le pont s’écroula deux fois durant sa construction, tuant 90 de ses travailleurs et en blessant un très grand nombre. Finalement, les travaux furent complétés au coût total de 25 millions $ et le premier train le traversa en 1917. On le considérait alors une des merveilles du monde. De là,  les Québécois aiment à dire, en parlant d’une construction nouvelle, qu’elle est « plus solide que le pont de Québec ».
Plus tard, on démantela une des deux voies ferrées pour élargir la voie carrossable. Finalement, trois voies furent réalisées. C’est un pont important à Québec qui, jumelé avec le pont Pierre-Laporte, construit en 1970, permet une circulation libre et rapide pour entrer et sortir de la région de la ville de Québec. De son ouverture jusqu’à avril 1942, un péage était imposé à chaque véhicule le traversant. Avec ces revenus, ses propriétaires sont « entrés dans leur argent ».
En 1993, le gouvernement du Canada, devenu propriétaire du pont, l’a cédé avec divers terrains d’emprise de chemin de fer situés dans tout le pays à la compagnie d’état des chemins de fers, le Canadien National (CN), pour la somme nominale de 1 $. En retour, la compagnie s’est engagée à faire une restauration complète du pont. Mais en 1995, le gouvernement fédéral a privatisé le CN et a renégocié une nouvelle entente tripartite, valable pour dix ans. Mais, au terme de cette entente, en 2005, seulement 40% du pont avait été nettoyé de sa rouille et repeint à neuf. Le CN a alors refusé d’investir toute somme supplémentaire dans la rénovation du pont et les travaux furent interrompus. Face à cette situation de blocage et malgré d’intenses négociations, le gouvernement du Canada a résolu d’intenter une poursuite légale contre le CN en 2007, pour l’obliger à terminer la remise en état du pont de Québec. L’affaire est encore devant les tribunaux.
Le Pont de Québec a été désigné « lieu historique national du Canada ». Les sociétés d’ingénieurs canadiens et américains le nommèrent « monument historique international ». Il est donc partie de notre héritage et un bien à conserver. C’est une structure imposante, fort impressionnante qui, même avec sa couleur brune rouillée, a belle apparence.
Aujourd’hui, sa structure n’offre aucun danger et le maire de Québec parle du besoin de le repeindre pour des raisons esthétiques. Le problème est que le CN refuse de dépenser 200 millions $ (son estimation) pour faire ce travail de peinture à moins que la facture soit payée par les gouvernements. Sinon, il propose de remettre le pont à celui des gouvernements qui voudra bien l’accepter.  
Jamais cette compagnie privée n’entreprendra ce travail sans la résolution de sa mésentente avec le fédéral. C’est pourtant facile à comprendre. Au lieu d’insulter les dirigeants du CN pour se faire des manchettes dans les journaux, le maire LaBeaume devrait cogner à la bonne porte.  
Il y a une autre solution : le péage. Que l’un des gouvernements accepte de devenir propriétaire du pont et qu’il impose un péage pour défrayer ses frais d’opération et d’entretien annuel. À ce moment-là, les Montréalais et les citadins de Québec débâteront du même sujet : pour ou contre le péage sur leur pont.

Claude Dupras 

Note particulière : Les bagues d’acier remise aux nouveaux ingénieurs canadiens lors de l’assermentation des « Sept Gardiens », doivent être portées sur l’auriculaire de la main de travail des ingénieurs professionnels et sont destinées à rappeler aux ingénieurs leurs responsabilités sociales de respecter l’éthique de leur profession. L’anneau est au départ en fer rugueux et c’est avec le temps qu’il se fait polir par le travail, recevant l’expérience qui vient avec l’âge. On a toujours dit aux jeunes ingénieurs que ces bagues avaient été forgées des morceaux d’acier effondrés du pont de Québec. C’est faux. Diplômé en 1955 de Polytechnique, j’avais alors cru en l’origine prétendue. J’ai toujours cette bague à mon auriculaire depuis ce jour et je ne l’ai jamais enlevée.

dimanche 16 novembre 2014

Poutine, un joueur d’échec ou un grand politique ?

Pour mieux comprendre ce qui se passe à un G20 voici ce qu’en dit Vladimir Poutine, président de la Russie, lors d’une interview accordée à l’agence Tass, à la veille de son départ vers la récente réunion en Australie.
 
C’est un texte long qui mérite d’être lu.
 
Question : Vous allez à un nouveau sommet du G20. Combien demandé et actuel est le format du G20 ? Est-il logique que les pays du G20, tout en cherchant à coopérer et à développer l'économie mondiale, imposent des sanctions à l'un de leurs membres ? 

Vladimir Poutine : Le format, est-il demandé ou non ? Je pense qu'il est demandé. Pourquoi ? Parce que le G20 est un forum qui permet de se rencontrer, de discuter aussi bien des relations bilatérales que de problèmes globaux, un forum où l'on peut mettre au point une prise de position commune sur un problème et la façon de le résoudre, indiquer la voie du travail commun. C'est là l'essentiel, parce qu'il est absolument irréel de croire que tout dont on y parle sera exécuté, car les décisions mêmes ne sont pas contraignantes. En plus elles ne sont pas exécutées en partie. Elles ne sont pas exécutées là où cela est manifestement contraire aux intérêts de certains pays, notamment aux intérêts des acteurs mondiaux. Ainsi un sommet du G20 a adopté la décision sur le renforcement du rôle des économies en développement dans l'activité du FMI et sur la redistribution des quotas. Le Congrès des Etats-Unis a bloqué cette décision. Nos partenaires des négociations nous disent qu'ils voudraient bien que la décision adoptée soit appliquée, mais le Congrès l'interdit. En voilà la valeur des décisions du G20.

Néanmoins le fait que la décision ait été formulée et que tous les participants à la vie internationale dans le cadre du G20 l'aient trouvée correcte, juste et conforme aux réalités modèle d'une certaine façon l'opinion publique internationale et la mentalité des experts et oblige à en tenir compte. Le fait que le Congrès des Etats-Unis ait rejeté cette loi indique que ce sont les Etats-Unis qui ne s'inscrivent pas dans le contexte général de la solution des problèmes auxquels est confrontée la communauté mondiale. Hélas, personne ne s'en souvient. On fait taire cette information bénéficiant du monopole des médias mondiaux, comme s'il n'existait pas.

Tous parlent des problèmes d'actualité, les sanctions et la Russie comprises, mais sur le plan global les Etats-Unis n'exécutent pas les décisions. C'est un problème fondamental.

Mais cela ne veut pas dire que le format est inutile. J'ai déjà dit pourquoi. Il est d'une certaine utilité. 

Question : Peut-être faut-il rendre ces décisions exécutoires ? 

Vladimir Poutine : C'est impossible. Il n'y a pas de tels exemples dans la pratique internationale. Sauf les décisions du Conseil de sécurité dans le domaine de la sécurité internationale. Mais ce mécanisme a été élaboré dans les conditions difficiles d'une guerre meurtrière, de la Seconde guerre mondiale. Il est tout à fait irréel d'imaginer à l'heure actuelle la mise au point de nouveaux mécanismes garantissant l'exécution des décisions, d'autant plus dans le domaine économique. Mais je tiens à répéter que de toute façon cela revêt un caractère politico-économique moral, ce qui est déjà bon.

En ce qui concerne les sanctions imposées à la Russie par quelques-uns des pays du G20, c'est, certes, contraire au principe même de l'activité du G20. Plus encore, c'est contraire non seulement à l'activité du G20 et à ses principes, mais aussi au droit international, parce que les sanctions peuvent être introduites dans le cadre des Nations Unies et de leur Conseil de sécurité. C'est même contraire aux principes de l'OMC et de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, le GATT. A l'époque les Etats-Unis ont créé cette organisation et à présent ils violent grossièrement ces principes. Il va de soi que cela nous cause un certain préjudice, mais c'est aussi préjudiciable pour eux parce qu'au fond cela sape l'ensemble du système des relations économiques internationales. Je pars du fait qu'en fin de compte cela sera compris et cela restera dans le passé. Je l'espère bien. 

Question : Avez-vous l'intention de soulever cette question pendant le sommet ? S'il en est question, qu'en direz-vous ? 

Vladimir Poutine : S'il en est question, j'en parlerai certes. Mais moi-même je n'ai pas l'intention d'évoquer ces questions : je pense que c'est inutile. Tous comprennent ce qu'ils font, ceux qui introduisent ces sanctions le comprennent aussi. A quoi bon y prêter attention et demander quelque chose ? C'est inutile. Chez eux, les décisions de ce genre sont adoptés au niveau de bloc, au niveau national, en fonction de l'interprétation par nos partenaires de leurs intérêts géopolitiques. Je pense que c'est une erreur, même du point de vue de leurs intérêts géopolitiques.

A notre regret, le monde moderne vit dans le contexte d'une planification à très court terme, surtout dans le domaine de la politique et de la sécurité. La planification se fait pour une période entre deux élections. C'est très court et cela ne permet pas de voir une perspective lointaine. Cela ne va pas. J'espère que nous en parleront. Tout récemment, pendant le sommet de l'APCE nous avons débattu pratiquement avec tous les participants de tous les problèmes internationaux et bilatéraux, tout comme des sanctions que vous venez d'évoquer. 

Question : A l'heure actuelle il y a un certain équilibre des forces au sein du G20 : d'une part le G7 et, de l'autre, les BRICS et certains autres Etats qui s'y sont joints. Vous venez de dire que chacun fait valoir ses propres intérêts. Dans cette optique quelle est votre idée de cet équilibre des forces : est-ce une discussion qui fait naître la vérité ou un face-à-face entre deux blocs ? 

Vladimir Poutine : D'abord, je trouve que ce serait mal de recommencer à créer des blocs. Ce n'est pas constructif, c'est nuisible pour l'économie mondiale. Nous parlons à présent de l'économie, n'est-ce pas ? 

Question : De l'économie dans laquelle la politique s'ingère toujours davantage. 

Vladimir Poutine : C'est vrai. Quand même le G20 est en tout premier lieu un forum économique. Je propose de déplacer le centre de gravité de notre entretien dans ce domaine. Je voudrais attirer l'attention sur le problème suivant. J'ai déjà évoqué l'OMC qui avait formulé des règles du jeu. Un mécanisme comme le FMI a été créé. Des débats sont menés sur le perfectionnement des mécanismes financiers internationaux et sur le perfectionnement des rapports commerciaux. Vous savez que le cycle de Doha de négociations sous l’égide de l’OMC se trouve pratiquement dans une impasse. Pourquoi ? En raison de la différence d'approche et de la différence d’intérêts entre les économies émergentes et les économies développées. Nous voyons apparaître un déséquilibre dans le domaine des capitaux, d’une part, et un déséquilibre dans la circulation des marchandises, d’autre part. Les économies développées disposent de quantités assez importantes de capitaux libres et le problème est de placer ces capitaux de manière efficace, fiable et sûre dans les économies et régions du monde qui garantiront la stabilité, protègeront la propriété et génèreront des bénéfices en apportant des recettes aux économies développées. Ainsi, ils exportent des capitaux, alors que les pays émergents forment les flux commerciaux. Les uns veulent être sûrs que leurs capitaux seront placés avec fiabilité. Les autres, les receveurs de ces capitaux, veulent être sûrs que les règles du jeu ne changeront pas selon la volonté de ceux qui exportent leurs capitaux, notamment pour des raisons politiques.

Tout le monde doit comprendre que l’économie mondiale et le secteur des finances sont en dépendance exclusive l’un vis-à-vis de l’autre. Prenons notre cas. Admettons que nos partenaires ont limité l'accès des marchés financiers internationaux à nos institutions financières. En bénéficiant des capitaux provenant des marchés financiers internationaux, nos institutions financières financent nos sociétés qui achètent des produits finis dans les économies développées ce qui y garantit l'emploi, les prestations sociales et la croissance économique. Si nous ne le faisons pas, il y aura des perturbations. Ce sont des choses sous-jacentes, on ne les voit peut-être pas à la surface.

Notre travail conjoint garantit à l'Allemagne 300 000 emplois. Ce sera fini s'il n'y a pas de commandes. Ils se réorienteront évidemment sur quelque chose, mais il faut d'abord comprendre sur quoi, ce qui n'est pas si facile.

C'est pourquoi il faut affronter tous les problèmes et toutes les difficultés, qui sont d'ailleurs nombreuses, en commun. Si nous empruntons une autre voie... Prenons les Etats-Unis. A l'heure actuelle ils parlent de la création de deux alliances : trans-atlantique et trans-pacifique. Si ce sont deux groupes fermés, cela conduira en fin de compte à l'aggravation des déséquilibres dans l'économie mondiale, au lieu de leur élimination. Nous voulons certes que ces déséquilibres n'existent pas, que nous travaillons ensemble. Et c'est seulement en commun que ces questions peuvent être réglées.

Il y a 20, 30 ou 50 ans la situation était différente. Pourquoi dis-je avec tant d'assurance que les problèmes ne peuvent être résolus efficacement qu'en commun ? En termes de capacité d'achat, le PIB cumulé des pays du BRICS est déjà supérieur à celui du G7 : il est, si je me souviens bien, de 37 400 milliards de dollars chez les BRICS contre 34500 milliards du G7. Si quelqu'un dit : « Nous allons tout faire séparément à notre guise et vous, vous faites comme cela vous plaise », cela ne fera qu'à accentuer les déséquilibres. Si nous voulons résoudre un problème, il faut le faire ensemble. 

Question : A l'heure actuelle on parle de l'apparition d'un nouveau grand G7, à savoir les BRICS, l'Indonésie, la Turquie et le Mexique. Quel est, à votre avis, son avenir ? 

Vladimir Poutine : J'ai déjà dit : i l faut décider ensemble. Parce que tout est interdépendant dans le monde moderne et si l’on décide de créer une structure régionale – comme nous créons la structure régionale, l'Union économique eurasienne, avec la Biélorussie et le Kazakhstan –, c’est uniquement en complément des instruments globaux existants qui doivent fonctionner selon ces règles globales. 

Question : Vous avez parlé des déséquilibres dans l'économie mondiale. Le FMI en parle aussi : il prévoit l'apparition possible de nouvelles « bulles de savon ». L'économie russe est-elle prête à affronter une nouvelle vague de crise ? 

Vladimir Poutine : Elle y est prête. Nous réfléchissons à tous les scénarios, une baisse catastrophique des prix des vecteurs d'énergie compris. Cela est tout à fait possible et nous l'admettons. Les ministères de l'Economie et des Finances, le gouvernement dans son ensemble, font des calculs concernant l'évolution de l'économie d'après chacun de ces scénarios.

Voyons les déséquilibres entre le capital et les marchandises, dont j'ai parlé. Quand ils apparaissent, notamment pour des raisons politiques, quand ils s'aggravent, les pays, émergeants surtout, se retrouvent dans une situation très difficile. C'est plus facile pour un pays comme le nôtre. Pourquoi ? Nous sommes un pays pétrogazier, nous ménageons nous réserves : aussi bien les réserves de change que les réserves du gouvernement. Elles sont suffisamment importantes ce qui nous permet d'être sûrs de pouvoir honorer tous nos engagements sociaux et de ne pas franchir certaines limites dans les processus budgétaires et dans l'économie dans son ensemble. Les pays qui n'en disposent pas auront du mal à y faire face. Mais je tiens à répéter que j'espère que nous aurons un débat général et que nous adopterons une décision commune sur le changement de la situation et l'élimination des déséquilibres en question. 

Question : Vous venez de mentionner les réserves budgétaires, qui ont permis de surmonter la crise de 2008-2009. Aujourd'hui, ne pensez-vous pas qu'il soit à nouveau temps de débloquer ces fonds pour relancer l'économie? 

Poutine : Non. En fait, nous étions déjà prêts à les débloquer avant tous les phénomènes négatifs actuels comme les fluctuations du rouble ou la chute du cours du pétrole - nous évoquions l'éventualité d'utiliser l'argent du Fonds du bien-être national. On en parle depuis longtemps. Le sujet a été soulevé il y a deux ans déjà. Dans des situations comme celle de l'économie mondiale aujourd'hui, et de la nôtre aussi, cela se passe toujours de la manière suivante: si les fonds sont dépensés, c'est fait sur plusieurs axes. L'un d'eux est le développement de l'infrastructure. C'est à cet effet qu'on comptait dépenser l'argent du Fonds du bien-être national: il est question d'un périphérique supplémentaire autour de Moscou, du rejointoiement des passages à niveau, de la construction et de l'extension de la circulation des marchandises vers l'Est - je veux parler du Transsibérien et de la BAM (Magistrale Baïkal-Amour) -, du TGV, du développement de l'infrastructure des ports et des aéroports. Tout cela figurait déjà dans nos plans antérieurs et dans la conjoncture actuelle, qui se détériore, c'est précisément ce que nous allons faire. Mais cela ne signifie certainement pas que nous devons gaspiller inconsidérément ces réserves pour régler les affaires courantes, sans attendre un retour économique approprié. Nous ne le ferons pas. 

Question : On parle bien de réformes structurelles pour lesquelles on manque toujours d'argent et de temps. 

Poutine : Les réformes structurelles ne demandent pas tant d'argent que ça. Elles nécessitent simplement une volonté politique et certaines décisions administratives, cela concerne aussi bien l'économie que les prestations sociales. 

Question : Avant de revenir à l'infrastructure, je voudrais terminer avec le Fonds du bien-être national: que pensez-vous de la demande formulée par Rosneft de lui allouer de l'argent du fonds? 

Poutine : Je dirais aux responsables de Rosneft que moi aussi, je demanderais de l'argent. Qui ne le fait pas? Tout le monde tente sa chance et espère en obtenir. L'exécutif – je le sais, nous avons parlé à ce sujet avec le gouvernement et la direction de Rosneft – prendra des décisions uniquement en fonction des besoins de la compagnie qui nous est, bien évidemment, précieuse. Nous l'aiderons, bien sûr, mais en fonction de sa gestion, de ses intentions d'investir cet argent et du retour pour toute l'économie nationale en cas d'investissement. Ce sera une estimation réelle. Et je n'exclus pas que Rosneft puisse bénéficier de certaines ressources, mais il faut bien analyser combien, dans quels délais et à quelles conditions. Nous n'allons pas nous presser. 

Question : Comme aucune décision n'a été prise pour le moment, peut-on en déduire que le gouvernement n'est pas encore convaincu? 

Poutine : Vous savez en ce moment, par exemple au cours de ma visite en Chine, Rosneft s'entend avec nos amis chinois pour qu'une grande compagnie chinoise obtienne 10% des actifs du champ de Vankor. Sachant que les Chinois y obtiendront des sièges au conseil d'administration. Mais on s'entend également pour que le commerce du pétrole exploité à cet endroit - et les réserves sont importantes - soit effectué en yuans. Dans ces conditions, nos partenaires chinois seront prêts à créditer et financer certaines transactions. Deuxièmement, nous échappons au diktat du marché qui libelle tous les flux commerciaux pétroliers en dollars, et nous étendons nos capacités d'utilisation des monnaies nationales, le rouble et le yuan. Troisièmement, cela stabilise davantage la situation financière de la compagnie.

Nous avons récemment vérifié l'état financier de Rosneft: il n'y a tout simplement aucun problème. Je le répète: s'ils ont besoin de fonds supplémentaires, ils doivent prouver qu'en obtenant cet argent ils viseront des objectifs concrets et devront montrer quel sera le retour non seulement pour la compagnie, mais également pour toute l'économie russe. 

Question : L'une des propositions de la présidence australienne du G20 concerne la création d'un centre d'investissements dans l'infrastructure. Est-ce un point positif pour la Russie, qui a déjà fait des projets d'infrastructure une priorité? Ou aucune concertation avec notre travail ne sera engagée à cause des sanctions qui frappent la Russie? 

Poutine : Il n'y a rien à discuter ni à convenir avec qui que ce soit. Cela montre tout simplement, et il est difficile de contredire la présidence australienne là-dessus, que nous sommes sur la bonne voie, que nous agissons absolument dans ce qu'on appelle le mainstream; que la communauté internationale, économique en l'occurrence, a la même position vis-à-vis des actes des gouvernements dans la situation actuelle de l'économie mondiale et confirme que nous avons raison. C'est toujours agréable et utile. 

Question : Pour la Russie, le G20 sera-t-il davantage une aide ou une simple tribune pour partager sa propre expérience? 

Poutine : Je pense qu'il s'agit plutôt d'une tribune pour échanger son expérience. Et pour préparer les cadres, ce qui est une bonne chose. Tout le reste est la continuation, dans une certaine mesure, de nos propositions formulées au G20 de Saint-Pétersbourg. 

Question : Les sommets, que ce soit le G20, l'APEC ou auparavant le G8, étaient également pour vous l'opportunité de communiquer avec vos collègues en tête-à-tête. Et le sommet qui vient de se dérouler à Pékin était votre premier voyage à l'étranger depuis l'allocution au club Valdaï, un grand discours sur la sécurité globale et l'ordre mondial. Les partenaires occidentaux ont-ils réagi à votre intervention? 

Poutine : Non, le club Valdaï est une discussion avec des experts, c'est une sorte de libre débat. Comme cela doit toujours être le cas dans les tribunes de ce genre, la discussion doit être assez active pour donner le ton du débat, voire provoquer les interlocuteurs pour qu'ils s'ouvrent, montrent leur point de vue, cherchent ensemble une solution aux problèmes au niveau d'experts. Quand nous nous réunissons avec les collègues, on évoque davantage les questions pragmatiques. 

Question : Autrement dit, vous n'avez pas noté de changement dans leur position? 

Poutine : Non, rien n'arrive si vite. Si quelqu'un a voulu entendre ce que je disais, il faut de toute façon un certain temps pour que tout cela soit analysé par les organismes administratifs, gouvernementaux et présidentiels. En parler d'abord au niveau des conseillers et des experts, puis organiser des discussions sans les bruits et sifflements artistiques qui accompagnent généralement les espaces comme Valdaï, mais discuter dans le calme des bureaux avec franchise.
 
Ces espaces de discussions sont bénéfiques parce qu'on peut parler franchement. Et ensuite, à un autre niveau, comme je l'ai déjà dit, il faut revenir à ces sujets pour en parler tranquillement à huis clos. Cela demande du temps. 

Question : Comptez-vous vous entretenir, au sommet du G20, avec quelqu'un en particulier? 

Poutine : Oui, nous avons des entretiens prévus avec la chancelière allemande et bien d'autres réunions. 

Question : Les observateurs constatent que vos relations avec Angela Merkel sont devenues plus tendues et moins conviviales ces derniers temps. L'avez-vous remarqué? 

Poutine : Non, je ne l'ai pas remarqué. Vous savez, nous sommes guidés par les intérêts, et non par des sympathies ou des antipathies personnelles. 

Question : Avant, étiez-vous toujours guidé par ces mêmes intérêts? 

Poutine : Pas avant, toujours. Et elle est également guidée par les intérêts de son propre pays. Comme tout autre chef d’État ou de gouvernement. Par conséquent, je ne vois aucun changement significatif dans la nature de nos relations.

samedi 8 novembre 2014

Stephen Harper aime-t-il le Québec ?

Le passage du président de la France, François Hollande, en nos murs, a suscité beaucoup d’intérêt. Après avoir visité l’ouest Canadien avec le PM canadien Stephen Harper, pour parler de pétrole en faveur de la pétrolière française Total, il se présenta à la Chambre des Communes, pour livrer un discours à la nation où un parterre impressionnant de leaders de notre pays l’attendait. Le président exprima ses bons sentiments envers le Canada et n’a pas tari d’éloges sur sa splendeur, sa grandeur et sa richesse. Quant au peuple canadien, il déclara ouvertement son amour pour les Québécois et son amitié profonde pour tous les autres Canadiens. 

Son discours fut important et toucha particulièrement les sujets de l’énergie et du climat. Deux sujets délicats pour notre premier ministre Stephen Harper, grand défenseur de l’exploitation pétrolière des sables bitumineux albertains et incrédule de la véracité des changements climatiques qu’il a qualifié d’« invention socialiste ». Hollande prononça son allocution avec vigueur et conviction et ce fut le plus important et le meilleur discours de sa visite. Il s’était bien préparé et il impressionna la majorité des Canadiens qui l’écoutaient de tous les coins du pays.
Malheureusement, son discours au Québec ne fut pas de la même nature. Il semblait non structuré et improvisé. Hollande cherchait dans ses feuilles des points de discours et voltigeait d’un à l’autre sans suite vraiment logique. Et, tout comme il fait en France où il accepte, à cause de son impopularité personnelle extrême, toutes les idées qui lui sont soumises pour chercher à regagner de la sympathie et l’appui de tous ceux qui l’ont lâché politiquement, il a dit « OUI » au Québec. Il a affirmé que la France participerait activement aux deux nouveaux projets du PM Couillard : Le « Plan Nord » au nord du 49e parallèle et le « Maritime » sur les berges du Saint-Laurent. 
Si j’avais un conseil à donner au PM québécois, ce serait d’attendre le premier engagement officiel de la part d’une entreprise française dans un de ces projets pour se réjouir. Personnellement, j’y croirai lorsque de tels gestes seront posés car je n’ai aucune confiance dans les dires et les capacités de réalisation de ce président français qui est venu parler à Québec… pour parler.
Aujourd’hui, Hollande ne récolte que seulement 12% d’appuis du peuple français. Harper est dans la même situation au Québec, puisqu’il ne recueille que 14%. Mais, contrairement à Hollande, Harper ne fléchit pas. Il croit à sa vision du Canada, à ses politiques et est convaincu que le Québec s’en sortira mieux malgré son indifférence envers lui. Il est convaincu du résultat futur et continue à foncer en avant vers la destination que, pour lui, le Canada doit atteindre. Pourtant, s’il tenait compte plus souvent de l’opinion des Québécois, il pourrait probablement faire élire, à la prochaine élection, une dizaine de députés conservateurs de plus au Québec, ce qui lui assurera son retour au pouvoir car son bilan économique est très fort.
Dans les jours qui ont suivi la visite du président français, je discutais  de tout cela avec un ami, autour de tasses de café. Lorsque notre conversation porta sur la politique fédérale, mon compagnon m’affirma soudainement que les agissements d’Harper envers le Québec venaient du fait qu’ « Harper n’aime pas le Québec ». Je fus surpris de cette affirmation claire et nette. Depuis, j’y réfléchis.
En fait, si on juge l’attitude d’Harper envers le Québec, son approche politique, ses décisions, ses lois, on peut être porté à penser qu’Harper a un problème personnel avec le Québec et que peut-être il ne l’aime pas. En effet, il n’accepte que rarement une position politique qui correspond aux désirs des québécois. Entre autres, il a détruit le registre canadien des armes à feu qui fut réclamé fort majoritairement par les Québécois suite au massacre de Polytechnique. Il a engagé le Canada dans la guerre en Afghanistan malgré l’opposition des Québécois. Il a coupé injustement dans les budgets des arts et de la culture si chers aux québécois. Il a modifié les transferts pour le système de santé, accablant ainsi le budget québécois. Il a coupé de moitié le budget de la condition féminine éliminant la recherche et la défense des droits des femmes, malgré les nombreuses oppositions de Québécoises. Il a mis de côté l’Accord de Kelowna destiné à améliorer, entre autres, la vie des autochtones québécois malgré les pressions de ces derniers et du gouvernement québécois. Il a favorisé une justice impitoyable et répressive à la GWBush qui va à l’inverse de l’approche pénale des québécois. Il a renié la signature du Canada sur l’accord de Kyoto, malgré l’appui quasi unanime des Québécois pour cette entente. Dans le conflit palestinien, il est à 100% avec Israël alors que les Québécois font la part des choses. Harper a perdu, à cause de ce qui précède, le siège au conseil de sécurité de l’ONU pour le Canada, au grand regret des Québécois. Il fait la promotion du pétrole brut des sables bitumineux malgré la farouche opposition des Québécois. Durant le pouvoir péquiste récent au Québec, Harper a tout fait pour ne pas aider ce gouvernement péquiste qui, pour lui, était un ennemi du Canada, même si les Québécois l’avait élu. Et ça continue… en fait, je pourrais noircir toute cette page d’exemples similaires.
Pour un Québécois, c’est à n’y rien comprendre surtout qu’il oublie vite les bons coups d’Harper, telle : l’augmentation des transferts fédéraux en 2005 pour solidifier le budget du Québec mais qui a été transformée, pour des fins électorales, en baisse d’impôts par le PM québécois Jean Charest, au grand dam d’Harper.
Harper parle relativement bien le français qu’il a appris dans les écoles albertaines où rares sont ses compatriotes qui ont réussi à maitriser cette langue comme il l’a fait. Il refuse tout débat constitutionnel pour régulariser l’accord de 1982 que le Québec n’a pas signé, car il craint la confusion et les divisions nationales qu’un tel débat crée. Pour se montrer ouvert, il a fait voter à l’unanimité à la Chambre des communes une résolution reconnaissant le Québec comme une nation. C’est peu, mais cela représente sa pensée. Il commence toujours ses discours en langue française où qu’il soit. Même s’il vient rarement au Québec, on ne peut pas dire qu’il ne respecte pas les Québécois.
Harper est un homme de droite et il a des convictions profondes. Tout comme Pierre Elliot Trudeau, l’ex-premier ministre libéral, qui était plus à gauche. Mal-aimé en Alberta, où le parti libéral ne remportait aucun comté à cause de ses politiques sur l’énergie, personne n’accusait Trudeau d’agir ainsi parce qu’il n’aimait pas les albertains. C’était une question politique et non personnelle.
Harper a réussi à réunir les forces de l’opposition de droite, à créer le nouveau Parti Conservateur du Canada et à prendre le pouvoir.  On peut être en désaccord avec ses politiques, voter contre lui, mais l’accuser de ne pas aimer les Québécois, la preuve n’est pas faite. Par contre, il a démontré de l’amitié !
La responsabilité d’un premier ministre canadien est de maintenir et de bâtir un Canada fort. Durant les longues années des libéraux et même du parti progressiste-conservateur du Canada de Joe Clark et de Brian Mulroney, les politiques s’orientaient, en bonne partie, vers le centre-gauche. Depuis le début du règne d’Harper, ce dernier croit que le temps est venu de redresser les politiques canadiennes en dirigeant le pays vers la droite afin de stabiliser notre orientation future. Il n’a pas tort de vouloir protéger la santé financière future du Canada, si on en juge par le piteux état financier de la France créé par un amoncellement de politiques de gauche, depuis la 2e guerre mondiale.. 
Pour Harper, la pouvoir politique est un balancier régulateur de la santé du pays.
Claude Dupras