vendredi 23 septembre 2016

Les Y : Citoyens du monde

Les générations se suivent mais ne se ressemblent pas.
 
Depuis la mienne, la génération silencieuse née de 1925-1945, se sont succédées celle des baby-boomers de 1945 à 1960, celle de la génération X dite du « baby-bust » de 1961 à 1980 et celle, qui arrive en trombe aujourd’hui et dont tout le monde parle de plus en plus, la génération Y, ou les Millennials (certains disent « Milléniaux » en français) de 1980 à 2000.
Pourquoi Y, certains disent que ça vient du mot anglais « Why ? ». C’est la question qu’ils posent et qui marque leur remise en cause systématique des contraintes qu’on veut leur imposer. D’autres y voient le Y sur leur poitrine dessiné par les fils de leurs écouteurs reliés à celui qui rejoint leur baladeur. Millennials, parce qu’il ferme le deuxième millénaire. C’est la génération émergente.
Avec 92 millions d’individus aux USA, la génération Y est la plus nombreuse dépassant même celle des baby-boomers qui compta 77 millions d’enfants nés aux lendemains de la 2ième guerre mondiale dans un moment de paix, de prospérité, de plein-emploi et de progrès.
Entre les deux, la génération X a connu un faible taux de natalité avec 61 millions d’enfants dans une atmosphère d’augmentation des divorces, de l’arrivée des femmes sur le marché du travail, de la pilule contraceptive, etc…
Même si le lien entre appartenance générationnelle et comportements est controversé, le fossé avec les générations précédentes peut s’expliquer par un changement rapide de la société à cause de l’apparition de nouvelles technologies de l’information et de la communication. L’Église, l’armée, même la famille sont moins influentes pour eux que l’internet, la télévision et les réseaux relationnels. Ils n’ont pas connu de menaces d’apocalypse de guerre froide, ni un monde sans le SIDA.   
Au Canada, la génération Y compte 8,9 millions d’individus dont 700 000 sont sans emplois et 4,5 millions vivent chez leurs parents. Plus de 60% ont un smartphone et écrivent un minimum de 60 textos par jour.
Les Y représentent 15% de la population européenne et 40 % de la population active en France (salariés, non-salariés et chômeurs).
En Europe de l’est, les Y sont venus en âge ou sont nés après la libération de leur peuple du communisme en 1989. Ils ont appris des notions inconnues de leurs parents, tels le chômage, le consumérisme, la liberté d’expression, la liberté d’entreprendre, l’acceptation des inégalités sociales, la démocratie… et ils ont pu faire la part des choses de chaque système politique, totalitaire ou démocratique.
C’est une génération de rebelles qui veulent un bon emploi pour s’épanouir au contact de l’action et travailler en s’amusant. Elle est influencée par la culture du partage et non par la compétition ou l’égoïsme. Elle veut être active sur les nouvelles plateformes sociales. Elle est née alors que l’intérêt général de la population pour l’écologie se manifestait, alors qu’avant, seule une minorité s’en préoccupait. Elle est « la génération performance » dopée au travail, mais aussi « la génération micro-ondes » qui exige tout, tout de suite.
Les Y étaient jeunes lors de l’introduction massive de l’information, de la téléphonie mobile, de la photo numérique, du GPS, etc… et ils ont acquis une maitrise intuitive de ces équipements dépassant même celle de leurs parents Le jeu vidéo est pour eux banal alors que la génération X le découvrait. Pour les américains, ce sont les digital natives.
Leur identité s’est forgée par les apports culturels autour d’eux. C’est surtout devant la télévision qu’ils ont grandi et elle les a grandement influencés. 
Bien éduqués, les Y répondent à la pénurie de la main d’œuvre hautement qualifiée. Mais se sachant rares, ils savent ce qu’ils valent et l’exigent. Pour eux, l’autorité n’est pas nécessairement synonyme de compétence et ils ne craignent pas de se comparer car ils peuvent communiquer directement ou avec l’aide des technologies. Ils n’acceptent pas le principe de la priorité de l’ancienneté au travail et veulent plutôt être jugés par leur contribution.  
Cependant, le travail pour eux n’est pas nécessairement au premier plan. Ils refusent de travailler les week-ends ou les jours de fêtes et veulent du temps pour décompresser afin de protéger leur santé mentale et physique qui est pour eux de première importance.  
En somme, les Y recherchent une meilleure qualité de vie, conciliant travail, liberté, autonomie et intérêt personnel. Ils pensent à court terme. Ils sont très mobiles.
Plus à l’aise avec les technologies et internet, ils ont facilement accès à l’ensemble des outils de création et de communication contrairement aux générations précédentes, ce qui leur permet de diffuser sur-le-champ leurs travaux dès leur production. Mais ce sont surtout des consommateurs des nouvelles technologies plutôt que des créateurs.
La génération Y se déplace beaucoup. Elle profite de la baisse des coûts de transport aérien, des autos et du transport en commun. Les études et échanges à l’étranger sont nombreux. Contrairement à la génération précédente, son kilométrage annuel a diminué de 23%. C’est l’avion et le surfe sur internet qui l’intéresse. Ou encore le vélo qu’elle a adopté de plein cœur. 
Chez les 18 à 31 ans, 23% de jeunes mariés américains vivent dans leur propre appartement. Ce pourcentage a chuté de 50% depuis 1960. Un nombre grandissant de jeunes choisissent de vivre à la maison avec leurs parents, puisqu’ils jugent que le mariage peut attendre.
Les Y veulent aussi être en bonne santé et non seulement « pas malades ». Ils recherchent de la nourriture enrichissante, ne fument pas, ne boivent pas et sont concentrés sur l’entrainement physique.
Pour eux, une marque reconnue d’un produit n’est pas suffisante pour confirmer un achat. Pour leurs achats au commerce de détail, 42% des Y achètent en ligne au moins une fois par mois et veulent qu’on leur facilite l’utilisation de leurs appareils mobiles pendant qu’ils sont dans les magasins. Avant d’acheter, ils comparent les prix, en ligne ou sur leur appareil mobile, avec ceux de la concurrence au Canada et dans le monde, lisent les critiques de produits, obtiennent des coupons et des codes promotionnels et concluent l’achat par voie numérique ou au magasin.
47% des Y sont confiants de pouvoir vivre une retraite idéale, alors que seulement 1/3 des baby-boomers pensent la même chose.
Même si tous les individus de l’Occident de cet âge sont des millenials, leur pays influence leur mode de vie, Ainsi les Y canadiens ont plus de potentiel économique que leur contrepartie américaine. À ce jour, 50% des Y canadiens possèdent une maison et cela à un âge plus jeune que leurs parents. En comparaison à 36% pour les américains. Ces derniers ont des conditions de travail moins bonnes que leurs semblables au Canada, les offres d’emplois sont plus rares et ils ont moins d’accès au crédit. De plus, les jeunes américains ont des dettes étudiantes beaucoup plus importantes que les canadiens.
Cette bonne performance des canadiens est due en grande partie aux femmes qui sont mieux éduquées et aux offres d’emplois pour elles qui atteignent des niveaux records au pays. Encore-là, les américaines performent moins bien.  
La génération Y comme les autres générations est critique de la génération précédente. Ainsi, elle regarde de haut la génération X qu’elle considère comme ayant été une bande de bousilleurs qui bâclaient leur travail, retardaient leurs prises de décision, ne rêvaient que de divertissements, avaient un moment d’attention très court et retardaient leur mariage car ils avaient peur de divorcer. 
Quant à la génération X qui suivit les baby-boomers, elle jugea ces derniers comme une bande centrée sur elle-même, inconstante et pas pratique.  
Pour le journaliste Joel Stein du magazine américain Times, « les Y sont trois fois plus touchés que leurs parents par des troubles de personnalité narcissique. Ce sont des obsédés par leur apparence physique et le désir de devenir célèbres. Ils manquent totalement d’ambition dans leur vie professionnelle. C’est pourquoi ils vivent plus nombreux avec leurs parents. Cette génération n’essaie pas de confronter l’establishment comme ses aïeules mais elle vit en dehors, inventant ses propres règles ».
Par contre, une étude par Jean Pralong, sur un échantillon français, conclut à « l’absence de différences entre les X et les Y dans le rapport au travail, à l’entreprise et à la carrière ». En fait, « ce ne sont pas les gens nés après 1980 qui sont narcissistes, ce sont les jeunes personnes qui sont narcissistes et qui par la suite s’en sortent au fur et à mesure qu’ils vieillissent ». Mais la France n’est pas l’Amérique.   
Les changements démographiques générés par chaque génération modifient les priorités des individus et, par conséquent, leur approche à la solution des problèmes. Selon les recherches du Centre pour l’Étude de la citoyenneté démocratique (CECD) du Québec, les succès ou les insuccès d’un parti politique peuvent être liés directement au « remplacement progressif de l’électorat par la nouvelle génération ». Les Y se ressentent des « citoyens du monde » et expriment une pensée politique marquée par ce sentiment. Ils sont au centre-droite du spectre politique. L’étude démontre aussi qu’« ils appuient l’importance de l’éducation et le respect de l’environnement mais accordent moins d’importance à la souveraineté et à la charte des valeurs ». Il me semble fort logique que chaque génération se distingue.
« Le parti québécois (PQ) qui avait été porté par les générations des baby-boomers et des X, a vu chuter ses résultats dès que les Y ont eu droit de vote. Alors que ce parti était le 1er choix des baby-boomers, le 2e de la génération X, il est devenu le 3e de la génération Y. » Cela s’explique en partie par le fait que ce parti est plus à gauche que les Y. Rien n’est évidemment tout perdu car un parti politique peut toujours redéfinir son projet politique pour s’adapter aux circonstances changeantes, mais ce peut être difficile si la question est fondamentale.
La génération des Y est unique de celles qui l’ont précédée. Elle a grandi lors d’une croissance économique sans précédent et a été éduquée durant le temps où le respect de soi était important et la technologie avancée devint disponible. Même si ces individus n’ont pas tous les mêmes comportements ou attitudes, que ce soit au travail, dans les magasins réels et en ligne ou dans l’isoloir électoral, leur interaction est évidente dans la façon qu’ils échangent et consomment l’information.  
Claude Dupras

sources: Internet, Times

mercredi 14 septembre 2016

Le Cauchemar de l’autoroute des Laurentides. Et demain ?

Mes grands-parents vivaient à St-Jérôme. En ce temps-là, il était de mise que les enfants aillent visiter leurs parents le dimanche. Mon père y rêvait mais il n’avait pas d’auto. Les mois passent et sa petite échoppe de 2 barbiers et 2 coiffeuses rapporte suffisamment pour les besoins de sa famille et quelques économies. Finalement, il achète une Plymouth 1933, toute neuve, et tous les dimanches, ou presque, qui suivirent « nous montons voir » Marie-Anne, Wilfrid et la parenté « dans le Nord ».

Plus tard, vers 1955, les parents de ma future épouse possèdent une maison au lac Guindon de Sainte-Anne-des-Lacs et encore-là, plusieurs dimanches, nous montons dans le nord pour les voir et cela jusqu’au moment, en 1963, où nous achetons notre propre chalet à l’Estérel, près de Ste-Adèle. C’est donc depuis ma jeunesse que je parcours ce chemin de Montréal aux Laurentides dont je connais les beaux et mauvais jours.

Évidemment ce ne fut pas toujours une autoroute comme aujourd’hui. Ah non ! Au début, c’est la route 11 à deux voies seulement et étroites. Et pour s’y rendre, à partir de Verdun, il faut traverser l’île de Montréal jusqu’à Cartierville pour franchir le pont Lachapelle sur la Rivière-des-Prairies, près du parc Belmont, puis parcourir toutes les municipalités de l’île Jésus dont l’Abord-à-Plouffe, Chomedey, Ste Rose jusqu’au pont Hyppolyte Lafontaine (son nom d’alors) qui enjambe la rivière des Mille-Îles. Puis c’est la montée vers Rosemère, Ste-Thérèse-en-haut, St-Janvier et enfin St-Jérôme, après 2h30 de route. Les accidents sont nombreux. Les crevaisons aussi. En hiver, on roule dans des canyons de neige plus hauts que l’auto.

La région des Laurentides est un aimant pour les Montréalais et devient une région touristique très prisée, une destination de premier choix. Le calme, le bon air frais, les nombreux lacs, les montagnes, sports d’hiver et d’été les attirent car la grande majorité vit dans de petits logements tassés les uns aux autres et souventes fois l’air de la ville est pollué. De plus, ils travaillent « dur » et, le dimanche, veulent fuir la ville avec leur famille pour aller se revivifier afin de reprendre le travail et l’école, le lundi, en meilleure forme. Plusieurs espèrent avoir, un jour, un « camp dans le Nord ».

La route 11, (aujourd’hui la 117, route nationale québécoise nord-sud jusqu’en Abitibi-Témiscamingue), est un lien routier important, de plus en plus achalandé, pénible et ingérable. Elle est élargie, améliorée mais l’accroissement rapide du nombre d’automobiles la rend insuffisante. La pression sur le gouvernement du Québec augmente et finalement le 3 mai 1957, le PM Maurice Duplessis annonce la construction d’une voie rapide entre Montréal et St-Jérôme au coût de 40 millions de $. C’est la première autoroute du Québec et elle est à péage. Quel charme, quel beau voyage, que c’est agréable une autoroute au Québec ! Ma famille avait découvert les autoroutes, quelques années auparavant, lors d’un voyage à New York où le New York Freeway nous avait amenés d’Albany à la métropole américaine. Mais ça, on imaginait, dans nos têtes d’enfants, que c’était pour les américains, pas pour nous.

La route 117, à la sortie de l’autoroute à St-Jérôme, est vite engorgée et l’accès aux Laurentides devient problématique. En 1964, le gouvernement l’allonge de 24 km jusqu’à Ste-Adèle. Puis en 1974, ajoute 20 km additionnels pour rejoindre Ste-Agathe des Monts. Et pour faciliter la circulation, le péage est éliminé vers 1983.
L’autoroute des Laurentides est une partie de l’autoroute 15 qui origine à St-Bernard-de-Lacolle aux frontières américaines et se termine à Ste-Agathe-des-monts, sur une longueur de 163 km. C’est aussi une partie du parcours de la route transcanadienne qui s’échelonne de St-John, Terre-Neuve, à Victoria en Colombie Britannique. De Montréal, le chemin le plus court pour se rendre à Vancouver est l’autoroute des Laurentides vers le nord en direction du Témiscamingue pour entrer en Ontario. Toutes ces origines et destinations ajoutent un nombre important d’automobiles et de camions à l’autoroute. 

Le territoire de la rive-nord, surnommée la couronne nord de Montréal, attire les citoyens de la métropole et connait un développement sans pareil grâce à l’autoroute des Laurentides. Des dizaines de milliers d’entre eux quittent leur ville, laissent leurs logements à de nouveaux immigrés et installent leur famille dans de nouvelles maisons dans des villages qui deviennent vite des municipalités importantes.  
La région des Laurentides connait la plus importante croissance démographique au Québec. L’institut de la statistique indique que de 2001 à 2026, la MRC (Municipalité Régionale de Comté) Thérèse-de Blainville connaîtra une croissance d’environ 28,8% comparativement à 9,3 % au Québec. Les MRC voisines ont vécu, vivent et vivront aussi de telles augmentations de leur population.
Depuis l’an 2000, de grands travaux sont réalisés sur l’autoroute des Laurentides pour répondre au nombre croissant d’automobiles. La route est élargie à 4 voies entre Montréal et St-Jérôme. De nouvelles autoroutes 440 et 640, est-ouest, y sont reliées par de nouveaux échangeurs importants. De même avec l’échangeur Décarie à la jonction du boulevard Métropolitain de Montréal dont le trafic lourd de l’ouest vient en partie de l’Ontario et des USA. Les interminables travaux ont ralenti la circulation automobile durant plusieurs années. Nous avons subi ces délais, ces exaspérations, sans mot dire, avec l’espoir qu’une fois terminés la circulation serait fluide. Mais le contraire est le résultat. « Trop souvent les automobilistes sont pris en otage dans des kilomètres de voitures immobilisées », affirme le maire de Bois-des-Filions, comme nous l’avons constaté constamment durant les mois de juillet et août dernier. (Un jour, j’ai roulé durant 2h30 du boulevard Métropolitain à Ste-Adèle, une distance de 69 km. Le même temps que prenait mon père dans les années ’40). Le moins que je puisse dire est que ce fut désespérant. Pourquoi ?
Le nombre d’automobiles augmente exponentiellement. Tous ceux en droit de conduire ont la possibilité, aujourd’hui, d’avoir une automobile. Devant une résidence de banlieue, il n’est pas rare de constater deux, trois et même quatre véhicules de stationnés. Les pages des journaux sont remplies d’offres de location-achat d’autos neuves à des taux aussi bas que $70 par semaine. Il n’est pas rare d’inviter des amis chez soi et de voir un couple arriver chacun avec sa voiture. Et, souventes fois, leurs enfants aussi.
De son côté, le ministère du transport du Québec semble incapable de prédire l’avenir de la circulation sur nos routes. Il est compétent pour construire, mais pas pour prédire ce que sera le trafic dans 5 ans ou dix ans. Le cas de l’autoroute des Laurentides en est une bonne démonstration puisque ses longs travaux viennent à peine d’être terminés et déjà elle est saturée. Ce sera quoi durant les prochaines années ?
La circulation sur l’autoroute des Laurentides est souventes fois si dense et le temps si long pour se rendre à Montréal que cela nous justifie de poser des questions et de mettre en doute la compétence professionnelle des designers de nos routes. Ce n’est pas une question de tricherie en rapport avec la construction, comme l’a révélé la commission Charbonneau, mais une de l’évaluation du niveau de la circulation future de nos autoroutes. Nous avons droit de savoir si les responsables actuels sont des professionnels qualifiés pour faire ces études et d’être rassurés que le résultat de leur travail futur ne soit pas comme celui du passé. Le problème se doit d’être réglé.
D’autre part, le ministère doit et peut trouver des solutions pour désengorger l’autoroute des Laurentides qui, contrairement à d’autres autoroutes, n’a pas de voie réservée au transport collectif. Pour les Laurentides, ce service public est organisé via un important réseau d’autobus qui desservent tous les villages et municipalités des Laurentides et transportent les usagers, souvent via l’autoroute, jusqu’à la gare intermodale de St-Jérôme d’où part la ligne de trains St-Jérôme-Montréal.
Ce système s’améliore constamment. De la gare, le train rejoint, en 35 minutes, la station de métro De La Concorde à Laval qui, elle, est reliée à tout le réseau des stations de métros de Montréal. Il dessert aussi directement les stations Parc, Vendôme et Lucien l’Allier ainsi que cinq municipalités de la couronne. Les 13 trains par jour sont de deux niveaux, confortables, relativement neufs. C’est une bonne façon d’aller en ville sans automobile, soulageant ainsi le trafic de l’autoroute. Malheureusement, ce système n’est pas encore utilisé à son plein potentiel parce que mal connu et le stationnement de 775 cases est nettement insuffisant.
Parmi les autres moyens, il y a :
1. La prolongation de l’autoroute 13 (elle devait desservir l’ex-aéroport international de Mirabel) qui chevauche actuellement une grande partie de son trafic sur celui de l’autoroute des Laurentides, au niveau de la ville de Boisbriand. La prolongation pourrait aller jusqu’à Ste-Adèle et la construction des premières sections vers St-Jérôme ou autres municipalités peut être entreprise dans des délais relativement courts.
2. La prolongation de l’autoroute 19, située au centre de l’île Jésus de Laval, vers le nord en direction de Ste-Sophie et de là rejoindre l’autoroute de Laurentides après St-Jérôme.
3. L’amélioration des exits des autoroutes 440 et 640 qui versent sur l’autoroute des Laurentides une forte quantité d’automobiles qui ralentissent constamment sa circulation. Cela est possible et nécessaire.
4. La synchronisation des feux rouges de la route nationale 117, parallèle à l’autoroute des Laurentides. Très large, elle traverse les municipalités adjacentes de Ste-Thérèse, Blainville et Mirabel. Ces dernières utilisent cette route comme leur rue principale et font tout pour ralentir la circulation d’où la désynchronisation des feux rouges. Le résultat est que tout automobiliste qui veut rouler jusqu’à St-Jérôme, via cette route comme par le passé, se voit contraint d’utiliser l’autoroute des Laurentides à cause des multiples arrêts. 
De plus, le gouvernement devra tenir compte qu’un nouveau centre commercial géant de 300 000 mètres carrés, le Royalmount/Quinze40, sera construit, dès 2017, à l’intersection sud-ouest de l’autoroute des Laurentides et du boulevard Métropolitain, à Montréal, et qu’il attirera des milliers d’automobilistes, si on se fie à ce qui se passe au gigantesque Dix30 de la rive-sud. Si rien de majeur n’est fait, le cauchemar risque d’être plus pénible et angoissant.  
Le premier ministre du Québec doit exiger de son ministre du Transport de revoir la qualité du travail de certains de ses fonctionnaires qui analysent l’ensemble du trafic actuel et futur de l’autoroute des Laurentides et d’y apporter des changements majeurs !
Alors que rien ne va plus aujourd’hui, qu’arrivera-t’il demain si on continue de la même façon ?
Claude Dupras

dimanche 4 septembre 2016

L'immigration au Québec, un problème ? NON !

Depuis quelques années, en Occident, les programmes d’immigration sont de plus en plus critiqués. Les attentats monstrueux au Canada, en France et dans un trentaine d’autre pays font peur. La crainte a envahi l’esprit de plusieurs et comme les auteurs de ces crimes sont, souventes fois, des immigrants naturalisés dans le pays où ils commettent leurs crimes, un grand nombre de citoyens dénoncent les services d’immigration. Certains politiciens, toujours à l’aguet de situations pour se faire valoir, profitent de ces mouvements de mécontentement pour proposer des réductions annuelles du nombre de nouveaux immigrants. Ainsi au Québec, le chef du parti « Coalition pour l’Avenir du Québec (CAQ) », vient de proposer une réduction de 10,000 nouveaux immigrants par année, soit une réduction de 20%. Certains chroniqueurs de nos journaux partagent cet avis.  

Pourtant au Québec, l’immigration est bien organisée. Les statistiques du gouvernement du Québec indiquent que de 2011 à 2015 nous avons accueilli 258 057 immigrants, soit une moyenne 51,611 immigrants par année dont 67,4% capables de répondre à nos besoins économiques et d’y investir, 21,1% pour répondre aux besoins de regroupement familial et 10,2% de réfugiés. Les autres comptent pour seulement 1,2% des entrées.
La répartition hommes/femmes était égale. Quant à l’âge, 21,2% avaient moins de 14 ans, 11,1% de 15-24 ans, 56,7% de 25-44 ans et les autres 10,9%.

Plusieurs des immigrants ont quitté le Québec après y avoir été admis. En rapport avec la langue parlée, des 25,8% qui parlaient le français, 84% sont restés au Québec ; des 33,6% qui parlaient le français et l’anglais, 73% sont restés au Québec ; des 16,4% qui ne parlaient que l’anglais, 54% sont restés au Québec ; des 24,2% qui ne parlaient ni l’anglais ni le français, 68% sont restés au Québec. (journal Le Devoir).
Et cela, malgré que les patrons, les hommes d’affaires, les manufacturiers et les exportateurs aient demandé que les exigences en rapport avec la connaissance du français soient allégées pour privilégier les compétences professionnelles à cause « de la pénurie de main d’œuvre ». Pour juger de ces départs fâcheux, il faut savoir qu’ils comprennent deux-tiers des Pakistanais et des Indiens admis et une moitié des Chinois et des Iraniens admis. Ce qui est choquant est que ces groupes incorporent plusieurs investisseurs. Ils partent pour diverses raisons : rejoindre des membres de leur famille vivant dans les autres provinces ; leur inhabilité à parler le français ; leur difficulté à trouver un emploi ; la liberté de parler anglais et de faire des affaires dans cette langue... Ils choisissent de travailler ou d’investir ailleurs alors que le chômage afflige près du « quart » des immigrants restés au Québec.
Il y a aussi la demande des francophones et acadiens hors Québec qui affecte quelque peu l’immigration québécoise. Le nouveau Programme de Mobilité Internationale (PMI), favorise la venue de parlants français vers l’ensemble des communautés francophones hors Québec.
En tenant compte de ce qui précède, 35,620 des 51 611 immigrants admis, en moyenne, sont devenus des néoquébécois permanents. Il est faux de dire que 50 000 immigrants s’ajoutent à la population québécoise à tous les ans. Près de 26 283, se sont installés à Montréal, 2 040 à Laval, 2 889 en Montérégie, 1 907 dans la région de Québec, 980 en Outaouais, et le reste, 1 161, est réparti plus ou moins également dans chacune des 12 autres régions du Québec.
Ils avaient émigré de toutes les parties du monde, dont 32,9 % d’Afrique, 20,8% des Amériques, 29,6% d’Asie et 16,5% d’Europe. 
Ils sont venus de la Chine (8,8%), de la France (8,1%), d’Haïti (7,1%), d’Algérie (7,0%), du Maroc (5,8%), d’Iran (5,5%), de Colombie (3,5%), du Cameroun (2,6%), d’Égypte (2,6%), de Tunisie (2,5%) et 45,7% des autres pays du monde.
Leur niveau de scolarité est élevé puisque 67,8 % des 15 ans et plus totalisent 14 années et plus d’études.  
Beaucoup de ces néoquébécois ont des qualités leur permettant de bien s’intégrer dans notre société particulièrement dans les domaines de la gestion, des affaires, de l’administration, du secteur de la santé, des sciences sociales, des arts et culture, des sports et loisirs, des ventes et services, des métiers de construction, de la fabrication et autres, du transport, des services d’utilité publique, etc… En effet, 29,5% sont des professionnels, 12,5% sont des techniciens et para professionnels, 5,7% sont des techniciens intermédiaires, 3,7% des entrepreneurs et investisseurs et 44,4 % sont de nouveaux travailleurs.
Parmi eux, il y a aussi les conjoints de fait, les enfants, les autres personnes à charge, les parents, les cas humanitaires, les aides familiaux… Il faut aussi compter les réfugiés et les membres de leurs familles pris-en-charge par le Canada, le Québec et ceux qui sont parrainés par des organismes à but non lucratif ou des groupes de résidents qui s’engagent à subvenir à leurs besoins et faciliter leur intégration.  
Voilà un survol rapide des statistiques de l’immigration québécoise des cinq dernières années.
35 620 nouveaux néoquébécois par année, c’est l’équivalent de la population d’une nouvelle ville comme Val-D’or ou Saint-Georges de Beauce ou Sorel-Tracy à chaque année. Imaginer tout ce que nécessite une telle ville : maisons, logements, écoles, services sociaux et hospitaliers, commerces, autos, nourriture, vêtements, centre de sports, services urbains, etc… etc… et le travail que ça génère : constructeurs, entrepreneurs, professionnels, ouvriers, vendeurs, secrétaires, etc… etc… Estimez les revenus, les taxes, les dépenses, les investissements, etc… C’est l’activité économique potentielle d’une population équivalente au nombre d’immigrés qui s’installent au Québec par an. Combien de familles ont quitté l’est de Montréal depuis les 20 dernières années et plus pour s’établir sur la rive nord de la rivière des prairies, ou la rive sud du fleuve Saint-Laurent, et laissé leurs logements aux nouveaux venus pour aller dans des maison neuves gonfler des villages existants en villes. Ces nouvelles municipalités importantes sont le résultat en bonne partie des effets de l’immigration. 
De 1951 à 2013, la population du Québec a augmenté en moyenne de 66 101 individus par année. À mon avis, ce n’est pas suffisant puisque la proportion par rapport à la population canadienne est passée de 28,9 % à 23 %. Les immigrés ont contribué près de 52,9 % de l’augmentation annuelle de notre population.
Actuellement, le Québec vieillit à cause « du manque de natalité chez les jeunes (taux de fécondité inférieur à 2,1) et du pic de natalité des ainés. En 2036, les aînés devraient être plus nombreux que les moins de 19 ans (une différence de 228 000 individus, comparée à 79 000 pour les jeunes). Le « baby-boom » de l'après-guerre, 1941-1960, fait son œuvre. Les personnes nées durant cette période sont désormais près de l'âge à la retraite ou le sont présentement, ce qui occasionne une population vieillissante et une population active réduite ».
En somme, contrairement aux dires des protagonistes favorables à la réduction des seuils de l’immigration au Québec, 64,6% des immigrés connaissent le français en arrivant, 12,4 % ne parlent que l’anglais et 22,9% des immigrés ne parlent ni le français et ni l’anglais. Une fois admis, ils ont l’opportunité de suivre des cours de français, une langue très difficile à apprendre, et leurs enfants seront placés dans des écoles françaises. Combien de leurs descendants parleront français dans quelques années ? Un très grand nombre si on en juge par le passé. Rappelons-nous, les Johnson, les Macdonald, les Mulroney, les Burns, les Gray, et des milliers d’autres… dont les ancêtres arrivés sur le sol québécois ne parlaient que la langue anglaise. Et le Québec était alors beaucoup moins fort qu’aujourd’hui…
Certains affirment que l’immigration est un truc des fédéralistes pour assurer des votes additionnels en vue d’un référendum futur sur la séparation du Québec du Canada. C’est farfelu, de la petite politique. A vrai dire, rien n’est plus ridicule. L’immigration est actuellement le sauveur économique du Québec et lui donne les moyens de continuer son développement et d’assurer une protection sociale à ses citoyens. Pour bien continuer, nous nous devons de trouver moyen d’intégrer plus de nouveaux venus dans notre société par des emplois, car trop d’entre eux n’ont pas de travail et quittent le Québec, contrairement à ce qui se passe ailleurs dans les autres grandes villes canadiennes.
D’autres y voient une porte ouverte aux musulmans et blâment l’immigration de ne pas contrôler leur entrée au pays. Plusieurs d’entre eux sont francophones, possèdent des diplômes divers et sont prêts à œuvrer dans des domaines cruciaux comme celui des hôpitaux où, selon mon expérience récente, ils font un travail exceptionnel grâce à leur dévouement et leurs compétences.  
On ne cesse de parler des problèmes du développement de notre économie québécoise. Imaginez ce que ce serait sans les centaines de milliers d’immigrés que nous avons reçus durant les dernières décennies. Ils se sont bien intégrés dans notre société et leur contribution est immense.
Radio-Canada rapportait hier, que depuis un an le Québec compte 33 400 personnes de moins dans sa population active. C’est un autre argument qui nous indique que le nombre d’immigrants doit être augmenté et que leur intégration doit être accélérée. 
Donc, pour maintenir le rythme du développement économique du Québec et tout ce qui en découle, les Québécois et leur gouvernement doivent trouver des solutions pratiques pour améliorer le programme d’immigration. Les Montréalais veulent continuer à vivre dans un milieu cosmopolite qui nous ouvre au monde et à ses cultures tout en ajoutant à notre enrichissement personnel, en respectant notre langue, nos principes et notre mode de vie. Fermer l’immigration nous étoufferait économiquement à la longue. Au contraire, il faut l’accroître et la rendre efficace et performante pour bien répondre aux besoins nouveaux du Québec qui évolue rapidement.
Les solutions sont simples : les jeunes québécois doivent se donner de plus grosses familles ou le nombre d’immigrés devra s’accroître. Nous devons trouver les moyens pour diminuer le taux de chômage des nouveaux arrivés en enseignant bien le français à ceux qui le maîtrisent mal et en leur trouvant des « jobs ». Pour les prochaines immigrations, nous devons tout faire pour augmenter la présence de parlants français et de candidats qui ont des liens culturels avec le Québec, qu’ils soient unilingues français ou bilingues.
Une modification de la loi 101 pourrait nous aider à renforcir la présence de la langue française dans le monde multiculturel où nous vivons, sans brimer les droits des autres.
L’immigration coûte cher, 15-20 milliards $ par an pour le Canada et 3-4 milliards $ au Québec. On ne peut l’éviter. Il est donc important de bien administrer ce budget pour obtenir le maximum de rendement.

Nous avons un grand besoin, annuellement, de bons candidats francophones pouvant répondre aux valeurs québécoises, en nombre important. Ce n’est pas une question de survie à long terme du français au Québec mais un besoin pour son épanouissement.
A ce moment-ci, une politique populiste, des expressions de peur ou des arguments nationalistes mal fondés n’apportent rien de positif au débat. En fait, un nouveau « baby-boom » comme le plus récent des "millennials" serait la vraie solution. Mais cela, c’est un rêve en couleurs !

Claude Dupras

mercredi 24 août 2016

Le Québec va bien !

Pour le chroniqueur, « intellectuel » et séparatiste, Mathieu Bock-Côté (MBC), le Québec se dissout dans l’époque actuelle et serait en danger de disparaître. Je ne partage pas cette opinion défaitiste.

Depuis les 80 dernières années, le Québec ne cesse de progresser. Ce fut le cas lorsque l’ex PM Duplessis fit voter un impôt personnel pour les Québécois en obtenant du PM canadien Louis Saint-Laurent une déduction équivalente de l’impôt fédéral, lorsque le PM Jean Lesage lança la révolution tranquille, lorsque le PM René Lévesque fit voter la loi 101, lorsque le PM Robert Bourassa développa son électricité, lorsque le PM Jacques Parizeau initia une ère de programmes économiques, etc…  En tout temps, sous tous les gouvernements québécois, l’autonomie politique du Québec s’est accrue quel que soit le parti au pouvoir à Ottawa.

Certains québécois veulent la séparation du Québec du Canada, comme s’ils ne peuvent tenir compte du développement spectaculaire du Québec dans tous les domaines. MBC est réaliste et leur dit qu’advenant un nouveau référendum « le Oui se ferait écraser ». Il appelle cela de la « lucidité cruelle », je dirais que c’est de « l’évidence criante » constamment niée par les séparatistes. Pour lui, le « Québec va mal ». Pour moi, il va bien. Et j’en suis bien heureux pour mes petits-enfants qui bientôt y contribueront, comme mes ancêtres, moi et mes enfants l’avons fait, et cela toujours en français en respectant nos compatriotes de langue anglaise.
Le passé catholique du Québec nous a laissé une base solide pour se lancer. Nous nous sommes transformés du tout au tout, dans tous les domaines, particulièrement dans ceux de l’éducation, de la culture, du génie et des affaires. Nous avions nos curés, nos intellectuels, nos penseurs, nos défenseurs de la race. Nous avons maintenant tous ceux-là, moins les curés, avec en plus nos leaders, nos chefs d’entreprise, nos banques, nos bâtisseurs, nos artistes, nos succès, nos exemples, nos motivateurs, nos associations.
MBC affirme « l’heure est à la déconstruction ». Pourtant, nous sommes plus que jamais dynamiques, d’avant-garde, progressistes, ouverts à tous les peuples et aux mouvements mondiaux dans lesquels nous nous engageons avec enthousiasme. Nous nous respectons ainsi que les autres. De plus en plus d’entre nous deviennent par leur éducation, leur culture, leur travail, leurs voyages et leurs expériences des citoyens du monde tout en demeurant profondément Québécois. Notre école nous y prépare et ce n’est pas négatif, car nous maintenons notre identité. Nous sommes devenus des gens forts, solides et réalistes qui avons développé une société à notre image. Et nous œuvrons non seulement chez nous mais aussi sur la planète dans plusieurs domaines tels le génie, l’informatique, le commerce, l’enseignement, les affaires, la recherche, la médecine, l’espace et encore… 
En 1955, je fus un des 105 diplômés de Polytechnique, aujourd’hui ils sont plus de 3 500. Ce fut la même progression aux universités McGill et Laval. En plus, nous avons l’ETS, une nouvelle école d’ingénieurs à Montréal, une autre à Sherbrooke, à Chicoutimi... De même pour les MBA (Master Business administration), il n’y eut aucun diplômé de nos universités en 1955, aujourd’hui près de 5 000 par an en sortent. Une telle progression fulgurante est présente aussi dans beaucoup de facultés universitaires, telle les HEC, dans des domaines anciens et nouveaux. 
En 1955, le réseau d’écoles élémentaires devenait répandu enfin partout au Québec. Pour atteindre ce résultat, le gouvernement a construit en moyenne une école par jour pendant 20 ans. Il n’y avait à Montréal que quelques écoles supérieures sans compter la poignée de collèges et de couvents, dirigés par des religieux (prêtres, frères ou sœurs) qui produisaient des diplômés pour entrer à l’université, comme mon collège le Mont-Saint-Louis. Peu de québécois avaient l’opportunité de se rendre jusqu’à l’université. Aujourd’hui, y accède qui veut grâce au gouvernement du Québec qui a mis-sur-pied des écoles secondaires-polyvalentes et des collèges (CEGEPS) dans toutes ses régions, agrandi, modernisé et multiplié les facultés universitaires et créé l’Université du Québec avec ses ramifications aux quatre coins de notre province.
En 1958, la très grande majorité des entreprises de plomberie, chauffage, ventilation, mécanique, électricité et communication (j’en parle parce que j’y œuvrais), pour la construction des premières écoles élémentaires auxquelles j’ai participé en tant qu’ingénieur conseil et qui répondaient aux demandes de soumissions publiques, étaient très majoritairement anglophones. Quelques entrepreneurs francophones importants n’œuvraient que pour les communautés religieuses. Vingt ans plus tard, elles étaient en forte majorité francophones (pour la construction du village olympique, par exemple). Aujourd’hui, elles sont devenues les plus importantes.
Ailleurs, lorsque les nouveaux quartiers industriels ont ouvert autour de Montréal, leurs entreprises-locataires étaient presque toutes anglophones. Aujourd’hui, allez voir, c’est le contraire et elles se sont multipliées fortement.
En 2016, les nouveaux gratte-ciels de Montréal sont désignés et construits en grande proportion par des firmes à majorité francophone, dont celle que j’ai fondée « Dupras Ledoux Ingénieurs ». Pour les constructions, dans les années ’50, de la Place Ville-Marie, de l’édifice de la CIL ou de celui de la Banque Canadienne et Impériale de Commerce, ce ne fut pas le cas. Même les plans et devis pour la construction du siège social de l’Hydro Québec, inauguré en 1962, furent écrits en langue anglaise.
Et cette évolution magistrale dans le monde de l’architecture, du génie, de la construction, des affaires ne nous a pas empêché de demeurer fermement québécois et de parler français, d’ailleurs de mieux en mieux. Tous les plans et devis d’aujourd’hui sont en langue française. (exemple : avant on disait « check valve », aujourd’hui on dit « robinet de retenue avec clapet oscillant »). Ce n’est pas beau ça ?
MBC affirme que « nous sommes devenus canadianisés comme jamais ». Donc moins Québécois, même si nous croyons l’être. Comme s’il fallait être 100% québécois les yeux fermés et oublier le reste du monde, surtout notre pays le Canada. Il prétend que « le régime de 1982 entre dans nos têtes », comme si nous, les francophones, ne sommes plus des Québécois pure laine et que nous avons accepté le fait que la constitution canadienne ne soit pas encore signée par le Québec. Personne parmi celles que je connais, même les plus fédéralistes, acceptent cette anomalie, qui un jour devra et sera corrigée.
Pour MBC notre « culture française devient optionnelle », comme si le fait de vivre, particulièrement à Montréal, au centre de près de 100 cultures différentes, nous nous sommes laissés endormir par elles au point de mettre de côté notre culture française. Il ajoute « le Québec contemporain est tellement fier d’être émancipé qu’il n’est plus capable de penser la domination qu’il subit ». Est-ce que je rêve, car je ne vois pas mes compatriotes dominés ou se sentir dominés par qui que ce soit ?
Et il ajoute : « Et la langue française se laisse dévorer par l’anglais ». Oui, nous utilisons certains anglicismes comme les Français emploient des noms et mots anglais à tour de bras. Dans le monde entier, c’est ainsi car la langue anglaise est dominante. Mais lorsque nous écrivons en français, il est rare que nous en utilisions même si nous ne possédons pas tous notre grammaire comme nous aimerions. Le français parlé à la radio, à la télévision et écrit dans nos journaux est bien et correct. Si MBC se choque d’entendre quelques fois parler la langue anglaise sur la rue Ste-Catherine ou sur le Plateau à Montréal, à cause du tourisme et des montréalais anglophones qui y vont faire leurs achats ou profitent de la bonne restauration, qu’il aille à Paris sur les Champs-Élysées où il entendra parler en plus, le chinois, le japonais, l’espagnol et l’arabe. De même sur Oxford Street à Londres où le son est encore plus fort. C’est ainsi dans toutes les grandes villes qui accueillent des immigrés et qui reçoivent de nombreux touristes.
« Le franglais devient la norme ». Il a toujours existé, en tout cas depuis ma jeunesse, et nous l’utilisons de moins en moins. Dire qu’il est devenu la norme est une exagération car la nouvelle norme est que nous le combattons constamment. Il est dû en grande partie à la présence constante du géant américain au sud et à celle des réseaux sociaux. Les anglophones de Montréal n’y sont pour rien. Par contre, il faut reconnaître que de plus en plus de nos compatriotes francophones possèdent davantage leur français, l’écrivent et le parlent mieux que par le passé. Ceux qui ont vécu plusieurs générations le constatent clairement.
« L’immigration massive pèse sur le destin du Québec » s’exclame MBC. Jadis, nous n’avions pas de problèmes avec la croissance démographique. Nos mères nous donnaient des bébés en grande quantité, auxquels venaient se joindre de nouveaux immigrés, en nombre restreint, particulièrement à Montréal.  Aujourd’hui, le taux de naissance ne rencontre pas nos besoins et nous devons faire appel à l’immigration pour les combler si on veut assurer la continuation du développement de notre économie. L’immigration est devenue essentielle. C’est donc à nous de bien intégrer les nouveaux venus dans notre société et du bon travail se fait de ce côté-là par le gouvernement.  
MBC prétend que le contraire arrive à Montréal. « la majorité francophone est appelée à s’intégrer à un nouveau peuple montréalais » qui lui « est moins lié au Québec dans son ensemble ». Je ne le crois pas. Comme dirait un de mes amis anglophones, « It’s far fetched ».
Montréal a toujours été une ville d’immigration. Il y a eu dans ma jeunesse, les Grecs, les Italiens, les Juifs, les Chinois, les Irlandais, les Écossais, les Gallois, les Syriens, les Lithuaniens, les Polonais, et encore... puis les Vietnamiens, les Haïtiens, les Centro et Sud-américains, et d’autres races qui se sont ajoutées au fur et à mesure des drames qui se déroulèrent dans plusieurs pays du monde et qui déversèrent sur nos rives une partie de leurs réfugiés. Ces gens-là, après quelques générations, se sont intégrés à notre société, en bonne partie, et contribuent au développement de Montréal, du Québec et du Canada. Cela est indéniable.
Aujourd’hui, nous priorisons davantage les parlants français comme ceux du Maghreb et d’Afrique et cela malgré les différences de couleur et de religion, et ils s’intègrent relativement bien à notre société.
MBC affirme « Un Québec bilingue et multiculturaliste, ce ne serait pas le Québec ». Pourtant, le Québec par la loi est français et 51.8% de sa population ne parlent que le français, 42,6% sont bilingues (français-anglais) et 4.7% ne parlent que l’anglais, (recensement 2011). Il dit, en somme, que les Québécois de souche et ceux des autres communautés culturelles bien intégrés, ne peuvent faire le Québec ? Vraiment ? Pourtant, tous les francophones que je connais, et leurs enfants, vivent, comme moi, 100% leur vie en français. Toutes leurs entreprises sont françaises et leurs employés francophones ou d’origines différentes sont, en majorité, des parlants français. La langue française est presque de rigueur partout.  Certes, nous écoutons la télé américaine et quelques fois la CBC. Nous lisons des magazines en langues française et anglaise, nous glanons sur internet et regardons des films en anglais. Nous sommes de plus en plus bilingues, plusieurs trilingues, malgré que personne ne veuille rendre le bilinguisme officiel au Québec. Ce fait, je dirais cet avantage, ne diminue pas la qualité de notre français, bien au contraire car elle progresse. Généralement, nos enfants le parlent mieux que nous le parlions à leur âge. Il est faux de dire comme MBC « le français est victime d’un rapport de domination culturelle ». C’est une analyse irréelle.   
Il ajoute, les Québécois « doivent résister à un régime fédéral qui les dépersonnalise », à « une idéologie dominante… d’une mondialisation qui pousse au déracinement des peuples » et pour se faire « les Québécois doivent se sentir d’abord et avant tout des Québécois qui ne se laissent pas digérer par le Canada ». Whew! Pas de Canada, pas de monde. Pour moi, les Québécois se sentent bien comme Québécois où qu’ils soient, au Canada et dans le monde, et ne se laissent pas digérer par personne !
Il continue « le ressort… s’appelle la question identitaire qui redonnera une vitalité politique au Québec ». Pour lui, on doit demeurer ce qu’on était et, en somme, se fermer les yeux sur ce qui se passe ailleurs au risque de se faire contaminer. Pour se faire, il propose « une diminution des seuils d’immigration » et « un renforcement de la loi 101 ». Je partage son opinion sur cette dernière suggestion car elle aidera les francophones à solidifier davantage leur langue et son respect dans le monde multiculturel où nous vivons. Mais diminuer les seuils d’immigration est irréaliste.
Il propose que les Québécois se réconcilient « avec la mémoire d’avant 1960 » et je partage cette opinion car cela va enfin démontrer que « le mythe de la Grande Noirceur » était faux et « toxique » et que cette période a été très positive pour le Québec et le Canada.
MBC critique nos écoles. Il va de soi qu’elles doivent transmettre toujours mieux l’enseignement « de l’histoire, de la géographie, de la langue française, des sciences humaines, de l’autorité … » pour maintenir notre patrimoine de civilisation, mais elles ne doivent pas pour autant diminuer la maitrise des mathématiques, des sciences, de la technologie, de la langue anglaise… Elles se doivent d’être formatrices, dynamiques et d’avant-garde pour préparer nos jeunes à relever les grands défis du monde de demain.
MBC ne dit mot de la situation économique actuelle et future du Québec. Il ne parle pas du domaine de la construction qui va bien… Il n’aborde pas les conséquences des traités passés de libre-échange, du futur du Pacifique, de la perte des emplois du milieu industriel de l’Ontario et de celui du pétrole Albertain depuis la baisse des prix de l’or noir et de leurs effets possiblement négatifs sur le Québec. Il ne semble pas voir les conséquences sur les versements de la péréquation canadienne aux provinces qui seront de toute évidence moindre pour le Québec. De tels sujets ne l’intéressent pas car pour lui ce n’est que la langue et la culture qui comptent.
Il termine son article avec une déclaration surprenante et à mon point de vue irréaliste : « Le Québec est hanté par le fantasme et le désir de sa propre disparition, comme s’il voulait se délivrer d’une culture qui le sépare du reste de l’Amérique ». Il appelle à la « résistance » face à ce supposé déclin. Pour ce faire, il suggère aux nationalistes de se réunir pour prendre le pouvoir, mais seulement ceux qui sont indépendantistes. Pas les autres, comme moi, qui avons été nationalistes et bilingues toute notre vie tout en refusant de séparer le Québec du Canada. Il cherche à copier l’Union Nationale de Maurice Duplessis, mais il le fait à sens unique.
Finalement, il dit : « Pour qu’il y ait un jour un Québec indépendant, il doit y avoir encore un Québec ». Depuis le 3 juillet 1608, le jour où Champlain a débarqué au cap Diamant, il y a toujours eu un Québec et il y aura toujours un Québec. Mais séparé du Canada, le pays que nos ancêtres ont découvert, contribué à créer, à bâtir et où vivent, hors Québec, un peu plus d’un million de nos compatriotes francophones… ce n’est pas pour demain !
Claude Dupras

samedi 23 juillet 2016

Coluche, c’est ça que ça donne un humoriste !

Coluche, le plus grand humoriste français, était un « philosophe et humaniste » qui dans sa salopette aimait dire ses quatre vérités. Il avait une tête politique capable d’aborder les grands problèmes de la société et démontrait qu’il était en avance sur son temps avec une liberté de ton et d’imagination qui scandalisait déjà à l’époque. Ses amis le voyaient comme « un personnage angoissé, d’une grande intelligence et très généreux, avec une réflexion forte sur la vie ».

Il revendiquait parfois la « grossièreté » mais « sans jamais être vulgaire ». On lui avait demandé si on pouvait tout se permettre, il avait répondu « oui, absolument tout, sauf ne pas faire rire ». Sans vulgarité.
Coluche défendait aussi les plus faibles et, malgré ses immenses succès sur scène, il a créé les « Restos du Cœur » pour leur servir des repas. Aujourd’hui, « 30 ans après sa mort, ils en servent de plus en plus pour subvenir aux 8 millions de français qui vivent sous le seuil de la pauvreté. L’an dernier seulement, ils en ont distribué 128 millions durant l’hiver ». C’est la plus grande œuvre et le vrai héritage de Coluche.

Coluche a même failli être candidat à la présidence française en 1981. Un sondage lui donna 16% d’appuis et a généré des pressions énormes du petit monde de la politique qui ont « fini par ne plus le faire rire ». Il lâcha prise. Mais son influence a persisté. Par exemple, le Parlement a voté à l’unanimité « l’amendement Coluche permettant aux contribuables de déduire de leurs impôts une partie de leurs dons aux associations ».
Il est mort happé sur sa moto en 1986, par un camion, sur une petite route du sud de la France. Les Français venaient de perdre leur amuseur public numéro 1 et ils se souviennent encore de son immense talent. Il conserve la faveur générale puisqu’il n’est pas rare de l’entendre fréquemment, encore aujourd’hui, à l’émission quotidienne de la radio française « Rires et Chansons » où on reprend ses sketchs moqueurs et satiriques, à la demande générale. C’est ainsi que je l’ai découvert depuis quelques années.

Les 30 ans de sa mort ont été marqués par la publication d’une littérature abondante, telle « Le Pavé Coluche », l’Almanach Coluche », « Chez Coluche »…
Il est un modèle pour les humoristes d’aujourd’hui.

Voici quelques phrases qui rappellent son humour tranchant sur les évènements de son pays :
Sur le racisme :

« La France est le seul pays arabe à ne pas être en guerre ».
« Tous ces étrangers seraient bien mieux dans leur pays… La preuve : nous, on y va bien en vacances ».

Sur les LGBT :
« Il était communiste et homosexuel. On l’appelait l’embrayage de gauche. Parce que c’est la pédale de gauche ».

« Les homosexuels ne se reproduisent pas entre eux et pourtant ils sont de plus en plus nombreux ».
Sur le capital et les syndicats :

« Le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme ! Le syndicalisme c’est le contraire ».
« Les syndicats, c’est pour donner raison à des gens qui ont tort ».

Sur les associations juives :
« C’est un chanteur israélite, tellement il avait le pantalon moulé : non seulement on lui voyait le sexe, mais aussi on lui voyait la religion ».

« Drôle d’époque où ce sont les Allemands qui font des affaires et les juifs qui font la guerre ».
Sur le tour de France :

« Mettons que les sportifs arrêtent le doping. On aura l’air malin, nous, devant nos téléviseurs à attendre qu’ils battent les records hein ! Et puis le tour de France, pour arriver le 14 juillet, il faudra qu’il parte à Noël ».
Sur le pape :

« Dieu a dit : « Mangez, c’est mon corps ; buvez c’est mon sang ; touchez pas, c’est mon cul ».
C’est l’abbé Pierre qui présida à ses funérailles pour rappeler son aide aux plus dépourvus. Au cimetière de Montrouge à Paris, le gardien des lieux affirme que « la sépulture de Coluche est de loin celle que l’on nous demande, le plus souvent, presque tous les jours ». Le caveau de l’humoriste est constamment fleuri par les visiteurs qui laissent aussi leur message particulier. Et, au centre-ville de Montrouge, la ville a fait ériger une statue en bronze, sur la place de la Libération, qui consiste seulement en une salopette, le vêtement de spectacle de Coluche.

Cela démontre bien la qualité de ce grand homme et surtout le vide qu’il a laissé. C’est ça que ça peut donner un humoriste !
Claude Dupras

Sources, "Le Dauphin libéré", notes personnelles