samedi 28 février 2015

La France, le Québec et la laïcité


Éric Zemmour, essayiste, journaliste et polémiste français, a écrit un livre qui connaît actuellement un succès extraordinaire en France, « Le suicide français ». Je viens tout juste d’en terminer la lecture et il m’a appris pourquoi la France d’aujourd’hui n’est pas la France d’hier. Il raconte l’histoire totale d’une déconstruction joyeuse, savante et obstinée des moindres rouages qui avaient édifié la France. Je le recommande fortement.
J’ai pensé traiter, à ma façon, d’un de ces rouages concernant la venue des maghrébins en France et ce qui en a découlé depuis leur immigration massive. J’y vois une situation similaire au Québec.
En 1905, la loi sur la laïcité est adoptée en France. Elle affirme que la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes.
Elle établit les règles sur la séparation des Églises et de l’État. Dans les écoles, entre autres, elle ne s’adresse pas aux élèves mais aux professeurs qui doivent maintenir la neutralité religieuse.
En 1958, la nouvelle constitution française précise la laïcité : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.
Jusqu’en 1970, les prénoms des enfants sont français conformément à un calendrier contrôlé par le préfet, comme dans la Rome des romains. Ainsi Fatima pouvait être soit Catherine, Nathalie ou Françoise mais pas Fatima. Yehudi pouvait être Jean-Jacques, Charles ou Nicolas mais pas Yehudi. Et cela s’appliquait aussi aux enfants des nouveaux venus, arabes ou juifs maghrébins.
En septembre 1989, il y a à peine 26 ans, les Français sont sidérés. Ils ne savent pas comment appeler le voile : un tchador, un foulard, un morceau de tissu, un fichu… Deux étudiantes de 13 ans et 14 ans viennent d’être renvoyées d’un collège pour avoir refusé de l’ôter pendant les cours. L’évènement prend une ampleur nationale puis internationale. La gauche prend la défense des gamines. Une manifestation a lieu à Paris contre l’interdiction. Le PM Rocard et le ministre de l’éducation Jospin ne tranchent pas. Le Conseil d’État élabore une doctrine balancée qui concilie laïcité et liberté individuelle. Les juges du Palais-Royal estiment que « le port du voile islamique est compatible avec la laïcité s’il n’y a pas de menace pour l’ordre ou le fonctionnement normal de l’enseignement. Le Ministre met ses pas dans ceux des juges et publie une circulaire à cet effet.
Quelques années plus tard, en 1993, François Bayrou, le centriste devenu ministre de l’éducation, revoit la circulaire et fait la distinction entre signes religieux ostentatoires interdits et les autres autorisés. De plus, la loi est changée et dorénavant, les prénoms des enfants sont choisis par ses père et mère.
En 1996, la Cour Européenne des droits de l’homme confirme et décrète que : ..le prénom est un moyen d’identification… il revêt un caractère intime et affectif pour les parents et relève de la sphère de la vie privée. En fait, plusieurs y voient là, le passage de l’assimilation au multiculturalisme.  
En 2004, après 15 ans de tergiversations, le président Chirac ose interdire le voile islamique à l’école, faisant semblant d’inclure dans sa législation les croix trop visibles et les calottes portées par les enfants juifs. Personne n’est dupe ». Il croit que le pouvoir législatif ajouté à celui du judiciaire est en mesure de régler la question. Mais ce ne sera que deux grand coups d’épée dans l’eau car ces décisions ne respectent pas les règles de la loi sur la laïcité.
Le débat porte aussi sur le droit des femmes. Les grand-mères ont toujours eu dans le passé des fichus pour cacher leurs cheveux, traces de la passion érotique des méditerranéens. Pour plusieurs, la liberté et la dignité de la femme sont bien plus méprisées par la pornographie, la publicité et le cinéma.
En réalité, Chirac recherche l’assimilation. Par exemple, une règle non écrite mais respectée fait en sorte que les jeunes juifs doivent ôter leur kipa de leur tête et ranger leur étoile de David sous la chemise puisque toute manifestation de tout signe religieux est interdite dans l’espace public.
En 1980, cette pratique est abandonnée au bénéfice du Moi tout-puissant et de sa liberté individuelle. Les musulmans s’engouffrent alors dans leur société pour utiliser leur religion comme un manifeste identitaire leur permettant de retrouver une certaine puissance et une autonomie politique.
Pendant ce temps, la France ne se rend pas compte qu’elle perd la guerre du halal. Dans les quartiers, où la population musulmane devient majoritaire, cette dernière impose sa culture et son culte. Elle islamise tous les domaines de l’existence. Les boucheries halal se multiplient. Les mamans demandent des viandes halal à la cantine scolaire. Certaines matières de l’enseignement sont récusées comme le darwinisme, les croisades, la Shoah, Voltaire, l’infidèle Mme Bovary.. Le ramadan doit être respecté à l’école, les jeunes filles rabrouées par leur grand frère même si elles sont décemment habillées, etc… C’est une islamisation par le bas. Quelques décennies plus tard, après le regroupement familial, les émeutes, les marches, la sortie forcée des Français de certains quartiers, l’affaire des filles voilées, etc… la France en sort bouleversée. Plus elle s’oppose, plus elle est accusée de manque de bonne volonté et de racisme par les jeunes immigrés.
En fait, au nom de la liberté, une société totalitaire s’est instaurée dans la société française. Au nom des droits de l’homme, une nation dans une nation s’est érigée. La France est devenue multiculturelle. Depuis, elle s’adapte difficilement, veut, veut pas. Et tout ça, malgré sa loi sur la laïcité.
Aujourd’hui, au Québec, nous sommes au point où était la France avant 1905 et en 1958. On débat pour savoir si oui ou non notre Assemblée Nationale doit voter une loi de la laïcité. Pour plusieurs, c’est la solution à leur peur démesurée face au nombre croissant de musulmans dans notre société. D’autres affirment aussi qu’elle assurera l’égalité homme et femme. Pour un bon nombre, ils veulent imposer leur conviction athéiste. Tous donnent en exemple la loi de la laïcité de la France sans vraiment connaître son impact réel, son efficacité et sans avoir une démonstration concluante qu’elle a atteint ses objectifs.

Claude Dupras

samedi 21 février 2015

La campagne référendaire québécoise est lancée

Il faut le reconnaître, les séparatistes québécois ne sont pas des lâcheurs. Même après avoir subi une dégelée électorale, ils foncent à nouveau tête baissée vers leur objectif, sans tenir compte des erreurs qui leur ont fait si mal.

La principale fut d’avoir laissé entendre, en période électorale, qu’il y aurait un autre référendum pour séparer le Québec de l’ensemble Canadien. Le principal fauteur de cette erreur fut leur candidat-vedette, le milliardaire Pierre-Karl Péladeau (PKP), qui arriva sur scène le poing en l’air à la Lénine pour marquer avec force sa détermination séparatiste.

À ce moment-là, la campagne électorale du parti Québécois (PQ), qui se déroulait relativement bien, s’écroula subitement malgré l’excellente équipe de candidats que présentait la Première Ministre Pauline Marois. Le chat était sorti du sac. Marois ne put réaligner sa campagne, perdit l’élection, le pouvoir et démissionna.   
Aujourd’hui, au moment où se déroule la campagne à la chefferie du Parti Québécois (PQ), les sondages indiquent que 72% de la population votante n’est pas favorable à la séparation et que les jeunes de 18-24 ans, n’appuient pas le PQ, massivement.
PKP est candidat avec quatre autres dont les ex-ministres Bernard Drainville, Alexandre Cloutier et Martine Ouellet et un outsider Pierre Céré.  Malgré tout, PKP demeure le grand favori avec près de 60% d’appuis qui comprennent principalement les péquistes à tête blanche car les jeunes ne sont pas au rendez-vous. 
Le récent sondage CROP au Québec place PKP devant Couillard, advenant une élection. Les séparatistes qui ont toujours qualifié les sondages CROP de « bidon » s’en régalent aujourd’hui.
Mais en même temps, PKP perd des plumes dans son parti à cause de sa moche campagne, teintée d’erreurs de comportement et de stratégie. La dernière, l’affirmation de la possibilité qu’advenant une victoire du PQ à la prochaine élection, son gouvernement pourrait déclarer unilatéralement l’indépendance, sans référendum. Aux Québec, les élections sont gagnées avec 35% à 42% du vote exprimé alors qu’un référendum exige 50% +1. Les péquistes expérimentés savent bien qu’une telle élection est un accro intolérable à la démocratie et qu’aucun gouvernement du monde ne la reconnaîtra.
PKP a démontré à l’annonce de sa candidature qu’il était un mauvais orateur. Depuis, il ne s’est pas amélioré et il ne s’aide pas, non plus, avec le contenu de ses discours. Au sein de son parti, les épaules de ses auditeurs se haussent de plus en plus. Ils sont surpris de son manque d’habilité à s’exprimer avec conviction. Au récent conseil national du PQ, tous attendaient son discours. Il ne fut pas à la hauteur de ce moment important. Un journaliste présent a écrit : « il a parlé comme un jeune étudiant qui ne s’est pas préparé pour son examen oral. L’assemblée ne lui a réservé que des applaudissements polis ». Ailleurs, dans sa tournée des comtés pour chercher des appuis, il se veut éducateur et historien. Il fait appel à un discours patriotique pour toucher le cœur sensible de ceux qui l’écoutent. Il rappelle la conquête anglaise de la Nouvelle-France en oubliant le peu de support accordé par les rois de France à la colonie. Il souligne aussi les rébellions des patriotes de 1836-38 contre la milice britannique, les tensions politiques de l’époque et la proposition de Lord Durham pour assujettir les francophones à la domination vigoureuse d’une majorité anglaise afin de les assimiler. En somme, il cherche à rappeler certaines actions passées des anglais afin qu’aujourd’hui, pour creuser un fossé entre les anglophones et nous, nos compatriotes se révoltent contre les anglophones du gouvernement canadien actuel. En fait, cela est partie de notre histoire et n’a rien à voir avec 2015. Grâce à leur solidarité, nos pères ne se sont pas laissés faire et ont riposté en agissant pour que nous devenions ce que nous sommes. Un peuple fier, fort et autonome dans un grand pays indépendant qu’est le nôtre, le Canada.
Et il y a l’incident de Rouyn-Noranda. En tournée de campagne, il assista en fin de soirée à un concert de chansons anglaises donné par des artistes francophones du groupe pop montréalais Groenland. Soudainement, à la surprise de tous, il cria du fond de la salle « en français ». Le lendemain, sans excuse, il déclara « je suis un défenseur de la langue française », persista dans sa position et signa. Son porte-parole, insista pour dire que PKP n’était pas ivre et justifia sa bévue comme étant normale après une journée de cabale bien remplie. Ouais !
 
Ces situations surprenantes démontrent une stratégie revancharde, irrespectueuse et déplacée. Le moins que l’on puisse dire, c’est une approche mesquine envers les anglophones du Québec.
À cause de PKP, les rapports journalistiques des rencontres de candidats à la chefferie portent surtout sur la séparation du Québec. C’est devenu une enchère entre eux pour déterminer lequel a la meilleure façon d’aborder cette question. Pendant ce temps, heureux de la tournure des évènements, le PM Philippe Couillard se frotte les mains car il connaît le pouls de la population et sait qu’elle ne veut rien savoir d’un nouveau référendum.   
À la dernière assemblée générale du PQ, les dirigeants ont hésité à faire adopter des résolutions politiques expliquant que le nouveau chef devait imprimer sa marque sur le programme. Donc, ce que propose et dit PKP, qui deviendra vraisemblablement le chef, sera le prochain programme du PQ. Quelle différence avec le PQ d’hier dont les membres savaient se tenir debout. Certains, dont Jacques Parizeau,  ont même quitté la salle en protestation contre des éléments du discours de René Lévesque qui présidait la réunion. Ils l’ont humilié pour faire valoir leurs opinions.
Aujourd’hui, aveuglement, les péquistes suivent le joueur de flute PKP même si, malgré ses réussites impressionnantes en affaires, il ne démontre absolument pas, à ce jour, des qualités de chef d’État. Tellement désespérés de reprendre le pouvoir, ils mettent tous leurs œufs dans le même panier malgré son manque d’expérience politique. Il ne faudrait pas qu’il trébuche car, comme Perrette, ils diront  « adieu veau, vache, cochon, couvée…. ». Le rêve s’évanouira en un instant. Pourtant, ils ont d’autres bons candidats qui montrent de telles qualités comme le jeune Alexandre Cloutier qui, à 37 ans, a le même âge que Robert Bourassa lorsqu’il devint premier ministre.  
Les campagnes référendaires du passé dirigées par René Lévesque, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard étaient basées sur des arguments sérieux qui découlaient de conflits et de débats importants avec le gouvernement fédéral tels les accords du lac Meech et de Charlottetown, de commissions gouvernementales nationales et québécoises, d’états-généraux de la nation et de toute une série d’autres de même nature issus des niveaux nationaux et provinciaux. Y participaient pour les péquistes, des individus de la trempe des René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Jacques-Yvan Morin, Camille Laurin, Denis Lazure, Marc-André Bédard, Jean Garon, Yves Bérubé, Claude Charron, Lise Payette, Pierre Marc Johnson, Gérald Godin, Rodrigue Biron, Yves Duhaime, Denis Vaugeois, Denis de Belleval et des dizaines d’autres. Aujourd’hui, rares sont les individus de cette trempe dans le PQ.
Pour les remplacer, PKP veut créer « un think tank sur la séparation » dont il choisira évidemment les membres. Ils seront sûrement séparatistes puisque les conclusions devront aller dans le sens qu’il recherche. Elles seront contestées pour cette raison car les Québécois se méfieront d’un tel organisme.
Les fédéralistes de leur côté ne sont pas en reste non plus. Ils n’auront pas de Pierre Elliott Trudeau, Jean Chrétien, Paul Martin sur le plan fédéral, mais Stephen Harper et ses conservateurs, s’ils sont encore au pouvoir. Pas fort pour défendre le système fédéral dans un référendum québécois.
Pauvres Québécois ! Il me semble que nous avons donné souventes  fois nos opinions sur la question de la séparation du Québec et que les sondages scientifiques démontrent qu’elles n’ont pas changé. Nous avons tellement d’autres problèmes importants à régler, pourquoi devons-nous nous faire rabâcher les oreilles avec les mêmes rengaines. Assez, c’est assez ! Non ?
La meilleure situation pour le PQ serait que PKP ne gagne pas. Les raisons sont celles de son écrasante défaite à la dernière élection qui a permis au parti Libéral de gagner une majorité inattendue. Les mêmes débats ajoutés à la question de conflits d’intérêts (l’ex-ministre Lisée l’a bien démontré) donneront le même résultat électoral ou pire.
Claude Dupras

lundi 26 janvier 2015

L’intégration au lieu de la laïcité imposée

La Laïcité n’est pas un sujet facile à traiter au Québec. Les opinions sont très partagées sur sa définition, son importance et divisent les québécois.

Le Parti Québécois (PQ) qui cherche souvent à calquer ses politiques sur celle de la France, prétexte, de nos jours, que la laïcité est essentielle pour notre mode de vie future puisqu’elle assure, entre autres, la neutralité religieuse, l’égalité hommes-femmes et la paix sociale. De tous les pays du monde, seule la France a adopté une loi sur la laïcité. Est-ce à dire qu’ailleurs, sur toute la planète, il n’y a pas de neutralité, d’égalité ou de paix ? Évidemment, non. Aux USA, par exemple, le pays le plus d’avant-garde du monde où les immigrés se sentent les mieux intégrés et l’affirment en grand nombre, le dollar comporte l’inscription In God we Trust.
Pourquoi veut-il précipiter le Québec dans l’adoption d’une telle loi. Il est clair qu’il cherche à profiter des émotions générées par l’agression de Charlie Hebdo pour gagner des points politiques. Pourtant, aujourd’hui, il y a plusieurs français et étrangers qui concluent que la laïcité est devenue en fait une arme de destruction de leur pays.
L’ex-gouvernement Marois a divisé profondément notre société avec sa Charte des valeurs québécoises. Il avait créé un comité parlementaire pour recevoir les dépositions des auteurs de mémoires. Celui-ci devint un vrai cirque où des opinions plus bizarres les unes que les autres furent émises. Cet opportunisme véreux fut vite détecté par la population qui réserva, par la suite, une raclée électorale hors de l’ordinaire au PQ.
Dès sa venue au pouvoir, le nouveau gouvernement libéral du PM Couillard mit fin au comité parlementaire tout en promettant de présenter un nouveau projet de loi pour compléter ce qui existe déjà et le confirmer.
Aujourd’hui, le PQ insiste sur l’urgence d’une loi sur la laïcité pour, dit-il, combattre l’intégrisme, nonobstant la vraie priorité qui est de régler les problèmes budgétaire et financier du Québec et de créer un grand nombre de nouveaux emplois. Pourtant, la France est laïque depuis longtemps et la menace terroriste y est fortement installé, comme ailleurs dans le monde. On voit bien que la laïcité de l’État n’a rien à voir avec le combat contre la radicalisation.
De toute évidence, l’adoption d’une telle loi n’est pas urgente car depuis des décennies, toutes les lois québécoises sont indépendantes de conceptions religieuses et les dirigeants religieux n’ont aucun pouvoir politique ou administratif. Dieu n’est pas mentionné, ni les religions. Dans toutes les activités humaines telles, l’éducation, les soins de santé, la vie sociale … les québécois et les québécoises ont les mêmes opportunités, les mêmes protections et les mêmes droits à tous les niveaux. Certes, il y a encore des difficultés notamment dans le travail mais avec le temps, les statistiques montrent qu’elles s’amenuisent.
De plus, nous vivons depuis des décennies dans une réelle paix sociale.
Mais soyons francs, ce qui est à la base de toute cette discussion est la présence grandissante de musulmans dans notre société. Certains de nos concitoyens sont mal à l’aise avec des personnes étrangères surtout celles qui sont vêtues de façon non conformiste. Mais de tels sentiments ne justifient pas l’adoption d’une loi sur la laïcité qui ne changera rien. mais qui peut diviser.
Le monde musulman existe principalement au Maghreb, en Libye, en Turquie, en Égypte, en Arabie Saoudite, en Syrie, en Irak, en Iran, au Pakistan, en Indonésie, en Afrique noire, en Inde… Il regroupe plus d’un milliard d’individus sur la planète. En France, ils sont 8% de la population. Au Canada, c’est 5%. Au Québec, 3%. Les musulmans québécois ne sont donc pas tous arabes, pas tous du même courant (sunnite ou chiite), pas tous du même pays ou du même continent. Ils sont vraiment différents les uns des autres. Au Québec, plus de 100 nationalités coexistent et un très grand nombre des religions de la terre y sont représentées.
Les gouvernements libéral et péquiste du passé étaient en accord pour augmenter le nombre des immigrants et encourageaient particulièrement les parlant français, dont les maghrébins, à venir chez nous. Ils voulaient en plus profiter de l’apport économique important que ces immigrants génèreraient.
Ayant eu l’opportunité de travailler en Algérie de nombreuses années, j’ai eu le privilège de me faire plusieurs amis algériens. J’ai connu leurs épouses, leurs familles, leurs modes de vie et leur approche à la société. Depuis, j’ai pu y retourner en touriste et partout on m’a toujours accueilli à bras ouverts, généreusement et amicalement. Ce sont tous des gens bien. J’en connais plusieurs à Montréal et c’est la même chose.
Dans le débat actuel au Québec, en entend plusieurs affirmations en rapport avec la religion et le comportement culturel des musulmans. Trop sont inventées de toute pièce et amplifiées pour faire peur. Pour les crieurs de malheur, la religion musulmane n’est pas compatible avec notre mode de vie et nous sommes en danger. Pourquoi proférer de telles faussetés ? Pour alimenter un mouvement islamophobe dans le but de les chasser de notre territoire ?  
Les musulmans ne sont pas une menace au sens que certains voudraient nous le faire croire. Ils ne sont pas culturellement incompatibles avec nous. Face à ce que plusieurs qualifient de menace fondamentaliste, il faut avoir la tête froide et ne pas crier des absurdités mal définies et faire la part des choses. Il nous faut trouver et réaliser les politiques publiques les plus susceptibles de faciliter et de maximiser leur intégration.
Oui, la solution est l’intégration. Elle est rattachée aux opportunités disponibles pour que les néo-québécois puissent participer à la vie économique du Québec. Il faut trouver les moyens pour les aider et les inciter à le faire comme en Angleterre et en Allemagne où ils sont mieux intégrés avec leurs enfants parce que les marchés du travail de ces pays sont peu réglementés alors que la France, avec un système quasi byzantin de lois sur le travail, obtient un résultat nettement moins bon.
En somme, lorsqu’on ne bloque pas artificiellement l’intégration, les immigrants voient moins d'avantages à la réclusion et préfèrent s'intégrer comme les Canadiens-français l'ont fait aux États-Unis et comme les Italiens, les Irlandais, les Grecs, les Écossais, les Slaves l'ont fait au Québec. P
Pour le reste, cela n’empêche pas d’avoir de bonnes politiques pour rechercher et expulser les éléments islamistes radicaux très minoritaires qui violent leurs conditions de citoyenneté en prêchant la violence au nom de l’Islam. L’intégration veut dire aussi que la société civile dénonce les éléments extrémistes dans son sein afin que tous sachent la perfidie de leurs propos.
Pour l'ensemble de l'Europe, les démographes ont constaté que « le taux de croissance de la population musulmane a chuté de 2,2% par année pendant la décennie 1990-2000 à 1% pendant la décennie 2000-2010. Ce taux continuera de chuter progressivement au fur et à mesure que les différences du taux de fertilité entre les femmes non-musulmanes et celui des autres femmes s'estomperont d'ici 2030. Aux États-Unis, la différence est encore plus petite puisque les musulmans ont un taux de fertilité déjà très proche de la moyenne nationale ». Au Canada et au Québec ce sera éventuellement de même.
Les promoteurs de la laïcité parlent encore d’éliminer les signes religieux tels, la croix accrochée au mur principal de l’Assemblée nationale. Ils y voient un signe de dépendance à une autorité religieuse alors qu’elle est devenue un symbole de notre passé. L’exemple de la France sur ce sujet devrait les éclairer. Alors qu’elle est supposément très neutre religieusement, la France nomme encore ses jours fériés avec des noms de fêtes religieuses : lundi de Pâques, jeudi de l’Ascension, lundi de la Pentecôte, l’Assomption, la Toussaint. Elle ne craint pas de montrer son passé religieux.
De plus, ils affirment que la laïcité protégera toutes les religions et leur pratique alors qu’ils s’opposent à ce que les fonctionnaires portent un vêtement ou un objet ayant rapport avec une religion (musulmane, juive, sikh) contrairement avec ce qui se fait en France. C’est un manque de respect à la liberté démocratique de ces individus.
Les églises de France sont devenues la propriété du gouvernement pour les protéger contre des démolitions sauvages. Il les entretient pour les mettre à la disposition des fidèles. Dans un petit village de Provence, que je connais bien et qui ressemble à tous les autres, l’église est le lieu de messes dominicales, de baptêmes et de funérailles. Son clocher carillonne à toutes les heures et demi-heures et le son se répercute dans la vallée. Les musulmans de leur côté prient à leur mosquée, les juifs à leur synagogue et les protestants à leur temple.
Au Québec, on vend les églises pour en faire des condos, des centres communautaires, etc.. ou on les détruit comme la belle église de pierres de Notre-Dame-de-la-paix à Verdun. Même l’église de la paroisse de Lamothe en Abitibi, celle du cardinal Marc Ouellet qui fut considéré comme un papabile lors du dernier conclave à Rome, est devenue un centre d’activités communautaires.
Le PQ propose la laïcité pour régler un problème qui n’existe pas. Un tel projet est un instrument de division et ne réglera aucune des craintes générées par les fondamentalistes radicaux comme on vient de le voir en France.
En somme, les promoteurs de la laïcité du Québec sont plus catholiques que le pape.
Claude Dupras

vendredi 16 janvier 2015

La limite de la liberté d'expression

La France vient de traverser des jours très difficiles. Des évènements meurtriers l’ont touchée profondément et c’est dans les rues de ses villes, dont surtout celles de Paris, que les Français ont démontré leur angoisse et leur détresse alors qu’ils étaient en plein désarroi. La réaction fut générale et spontanée.

Du Canada, comme la plupart des Canadiens j’ai suivi ces évènements. D’autant plus que nous étions sensibles devant tant de folie puisque que nous venions de vivre des actes de terrorisme à St-Jean-d’Iberville au Québec et dans notre capitale Ottawa durant lesquels deux de nos braves militaires furent tués sauvagement. Et, il en fallut de peu pour que le nombre de morts soit plus grand.
Depuis des années, le journal Charlie Hebdo se moque des religions. Et particulièrement du prophète Mahomet, du pape et d’autres. Même si la direction de ce journal savait qu’un très grand nombre de musulmans du monde étaient offusqués de voir leur prophète être le sujet de ses caricatures, pas toujours flatteuses, et que cela lui avait été souventes fois exprimé par des mouvements musulmans de par le monde qui leur demandaient de cesser cette pratique, elle continuait de ridiculiser Mahomet. De plus, elle connaissait, comme tout le monde, le sort de Salman Rushdie qui avait généré une vague d'émotions dans le monde musulman pour devenir l’objet d’une fatwa (décret d’une société religieuse) de mort suite à la parution de son livre « les versets sataniques » et les violences qui ont suivi.
La direction se défendait par le fait qu’en France, il y a la liberté d’expression. Oui, et cela est une bonne chose à laquelle une très forte majorité de français comme de canadiens, américains et occidentaux en général souscrivent. C’est la base de notre démocratie et c’est défendable. Mais peut-on tout faire et tout dire sans croire qu’aucune vive réaction ne surgisse suite à certains propos verbaux, écrits ou caricaturés ? Et s'il y a réaction doit-on simplement dire d’offrir l’autre joue ?
On peut circuler en auto partout, mais il ne faut pas dépasser la ligne blanche ou passer tout droit au feu rouge. On peut chanter et crier mais pas la nuit dans un milieu résidentiel. La liberté d’expression nous permet-elle de tout dire et de tout faire ?
Le pape François est en voyage pastoral aux Philippines et au Sri Lanka. Il est en Asie dans une partie du monde à forte majorité musulmane. Il ne faut pas oublier que 25% des individus de la planète sont musulmans. Profitant de ce voyage, il a parlé aux journalistes dans l’avion papal qui le mène à sa destination pour répondre clairement à leurs questions justement sur la question de la liberté d’expression.
Pour lui, « deux droits humains sont fondamentaux : la liberté d’expression et la liberté religieuse. On ne peut empêcher tout individu de pratiquer librement sa religion sans offenser personne. On ne peut ni offenser, ni faire la guerre, ni tuer au nom de Dieu à cause de sa religion ». Il a rappelé l’Histoire du  monde durant laquelle des guerriers ont conquis des territoires entiers et tué des millions de personnes au nom de la religion. « Une aberration » a-t-il dit. « La liberté religieuse, on doit l’exercer avec liberté, sans offenser, sans l’imposer et sans tuer ».
« Non seulement chacun a la liberté du droit d’expression et il a aussi l’obligation de dire ce qu’il pense pour aider le bien commun ».  
« On ne peut pas insulter la foi des autres ». Ni insulter ceux qui ne pratiquent aucune religion.
« Il ne faut pas réagir violemment, mais si mon ami M. Gaspari (c’est son organisateur de voyages qui est près de lui durant sa rencontre avec la presse), dit un gros mot sur ma mère, il doit s’attendre à recevoir un coup de poing ! C’est normal ». C’est le pape qui parle. « On ne peut pas provoquer, on ne peut pas insulter la foi des autres, on ne peut pas se moquer de la foi ».
Son message est clair. On ne devrait pas se moquer impunément des religions des autres qui ont de la dignité et qui respectent la vie humaine et l’homme. Le droit religieux de chacun est sa foi. C’est la limite du droit d’expression.

Claude Dupras

lundi 12 janvier 2015

Le PM Couillard et la légitimité

Au Québec, les séparatistes prétendent que le premier ministre Philippe Couillard n’a pas la légitimité démocratique pour entreprendre les profondes transformations qu’il a entreprises pour assainir les dépenses publiques. Ils estiment cette légitimité sur la base des suffrages que son parti a obtenus à l’élection qui l’a porté au pouvoir par rapport au nombre d’électeurs inscrits sur les listes électorales. Et cela, même si son parti a remporté une forte majorité parlementaire et que le gouvernement sortant-de-charge du parti Québécois (PQ) a subi sa pire défaite depuis des décennies, venant même près de perdre le rôle de l’opposition officielle à l’Assemblée Nationale aux mains du parti Coalition Avenir Québec (CAQ). Ils prétendent que le PM ne peut agir comme il le fait car son parti n’a obtenu que 41,52% des voix alors que seulement 71,44% de l’électorat a voté. En réalité, ils calculent en multipliant les deux pourcentages pour affirmer que le PLQ n’a obtenu que 29,6% du nombre d’électeurs inscrits sur la liste électorale. Donc, pour eux, il n’a pas l’appui d’une majorité réelle de la population et, par conséquent, pas de légitimité pour entreprendre ses réformes importantes.   

Si on accepte ce raisonnement, on doit reconnaître qu’aucun parti politique ou chef québécois du passé n’a eu la légitimité d’entreprendre de grandes réformes, car aucun n’a obtenu une telle majorité. Par exemple, en 1960, Jean Lesage a pris le pouvoir en ne remportant que 41,95% du nombre d’électeurs inscrits. Pour l’élection de 1962, celle de la nationalisation de l’électricité, il a obtenu 44,8%. Robert Bourassa en 1970 a obtenu 38,2% et 43,9% en 1973. René Lévesque à l'élection de 1976 a obtenu 35,27% et a organisé un référendum en 1980 sur la séparation du Québec de l’ensemble canadien. Puis il obtint 40,6% en 1981 pour faire « un bon gouvernement ». Toutes ces années passées sont celles de la « révolution tranquille » durant laquelle des politiques importantes ont changé profondément la société québécoise pour lui donner un nouveau départ.

Plus tard, Gérard Parizeau imposa un second référendum après avoir obtenu 36,5% en 1994. Quatre ans plus tard, Lucien Bouchard obtenait 33,5% et imposa des coupures budgétaires draconiennes suite auxquelles des milliers de fonctionnaires compétents furent mis à la retraite et de nombreuses villes, dont celles de l’île de Montréal, fusionnées. Jean Charest ne fit pas mieux avec 32,3% en 2003, 23,5% en 2007 et 24,16% en 2008. Quant à Pauline Marois, elle obtint 23,8% en 2012 pour former un gouvernement minoritaire et son ministre des finances s’apprêtait à couper dans les dépenses. Les bas-scores depuis 1994 s’expliquent par la présence de tiers partis qui sont appuyés par de bonnes franges de l’électorat et qui en fait divisent le vote.

Je souligne à nouveau, les pourcentages précédents sont toujours sur la base des électeurs inscrits sur la liste électorale.

Tous ces chefs politiques avaient le droit de faire ce qu’ils ont fait et ils l’ont utilisé pour bien réorienter les politiques, économiques, sociales et culturelles du Québec. Ils ont agi avec responsabilité malgré de nombreuses et sévères critiques venant des milieux traditionnels, religieux et autres. Ils ont même perdu leurs élections par la suite.

De plus, on se rappellera que lors de la dernière élection, le sujet principal débattu a été la nécessité de réorganiser les dépenses gouvernementales pour protéger financièrement l’avenir du Québec. Le plus grand propagandiste de cette difficile politique fut le chef de la CAQ, François Legault. Sur toutes les tribunes, il a martelé sans cesse l’importance d’assainir les dépenses gouvernementales et de les réduire. Alors que les sondages le plaçaient très bas dans l’opinion publique en début de la campagne, il est revenu en force à la fin de celle-ci en obtenant 23,05% des suffrages et 22 députés alors que le gouvernement péquiste sortant-de-charge obtenait 25,38% des suffrages et 30 députés.

De son côté, le chef libéral Couillard développait longuement le même sujet dans ses discours. Avec moins d’ardeur que Legault, il est vrai, mais avec autant de conviction. Ils étaient, sur le sujet des finances, sur la même longueur d’ondes à quelques différences près.

Même si on cumule les suffrages en leur faveur, PLQ 41,52% et CAQ 23,05%, ils ne représentent que 46,12% du nombre d’électeurs inscrits. Encore là, le 50% n’est pas atteint.

Notre système politique est ainsi fait. Certains diront : la solution, c’est un système électoral comme en France avec deux tours de votation. Analysons la dernière élection présidentielle en France où Hollande a obtenu, au deuxième tour, 51,64% des suffrages. Ce résultat ne représente en fait que 41,49% des français ayant le droit de vote. Donc pas de telle majorité là non plus.

Tout ça démontre bien que l’on ne peut accuser un chef politique au pouvoir ou son parti de manquer de légitimité sur la base du nombre de suffrages qu’il a reçus. Si on le fait pour un, on doit le faire pour tous les autres. C’est ridicule et teinté de démagogie.

La légitimité est le fondement de notre vie sociale et politique. Un élu qui n’a pas un sens naturel de la justice, qui ne respecte pas les droits de chacun ou qui décide de façon partiale perd sa légitimité même s’il a été élu avec une majorité absolue.

Claude Dupras