mercredi 24 août 2016

Le Québec va bien !

Pour le chroniqueur, « intellectuel » et séparatiste, Mathieu Bock-Côté (MBC), le Québec se dissout dans l’époque actuelle et serait en danger de disparaître. Je ne partage pas cette opinion défaitiste.

Depuis les 80 dernières années, le Québec ne cesse de progresser. Ce fut le cas lorsque l’ex PM Duplessis fit voter un impôt personnel pour les Québécois en obtenant du PM canadien Louis Saint-Laurent une déduction équivalente de l’impôt fédéral, lorsque le PM Jean Lesage lança la révolution tranquille, lorsque le PM René Lévesque fit voter la loi 101, lorsque le PM Robert Bourassa développa son électricité, lorsque le PM Jacques Parizeau initia une ère de programmes économiques, etc…  En tout temps, sous tous les gouvernements québécois, l’autonomie politique du Québec s’est accrue quel que soit le parti au pouvoir à Ottawa.

Certains québécois veulent la séparation du Québec du Canada, comme s’ils ne peuvent tenir compte du développement spectaculaire du Québec dans tous les domaines. MBC est réaliste et leur dit qu’advenant un nouveau référendum « le Oui se ferait écraser ». Il appelle cela de la « lucidité cruelle », je dirais que c’est de « l’évidence criante » constamment niée par les séparatistes. Pour lui, le « Québec va mal ». Pour moi, il va bien. Et j’en suis bien heureux pour mes petits-enfants qui bientôt y contribueront, comme mes ancêtres, moi et mes enfants l’avons fait, et cela toujours en français en respectant nos compatriotes de langue anglaise.
Le passé catholique du Québec nous a laissé une base solide pour se lancer. Nous nous sommes transformés du tout au tout, dans tous les domaines, particulièrement dans ceux de l’éducation, de la culture, du génie et des affaires. Nous avions nos curés, nos intellectuels, nos penseurs, nos défenseurs de la race. Nous avons maintenant tous ceux-là, moins les curés, avec en plus nos leaders, nos chefs d’entreprise, nos banques, nos bâtisseurs, nos artistes, nos succès, nos exemples, nos motivateurs, nos associations.
MBC affirme « l’heure est à la déconstruction ». Pourtant, nous sommes dynamiques, d’avant-garde, progressistes, ouverts à tous les peuples et aux mouvements mondiaux dans lesquels nous nous engageons avec enthousiasme. Nous nous respectons ainsi que les autres. De plus en plus d’entre nous deviennent par leur éducation, leur culture, leur travail, leurs voyages et leurs expériences des citoyens du monde tout en demeurant profondément Québécois. Notre école nous y prépare et ce n’est pas négatif, car nous maintenons notre identité. Nous sommes devenus des gens forts, solides et réalistes qui avons développé une société à notre image. Et nous œuvrons non seulement chez nous mais aussi sur la planète dans plusieurs domaines tels le génie, l’informatique, le commerce, l’enseignement, les affaires, la recherche, la médecine, l’espace et encore… 
En 1955, je fus un des 105 diplômés de Polytechnique, aujourd’hui ils sont plus de 3 500. Ce fut la même progression aux universités McGill et Laval. En plus, nous avons l’ETS, une nouvelle école d’ingénieurs à Montréal, une autre à Sherbrooke, à Chicoutimi... De même pour les MBA (Master Business administration), il n’y eut aucun diplômé de nos universités en 1955, aujourd’hui près de 5 000 par an en sortent. Une telle progression fulgurante est présente aussi dans beaucoup de facultés universitaires, telle les HEC, dans des domaines anciens et nouveaux. 
En 1955, le réseau d’écoles élémentaires devenait répandu enfin partout au Québec. Pour atteindre ce résultat, le gouvernement a construit en moyenne une école par jour pendant 20 ans. Il n’y avait à Montréal que quelques écoles supérieures sans compter la poignée de collèges et de couvents, dirigés par des religieux (prêtres, frères ou sœurs) qui produisaient des diplômés pour entrer à l’université, comme mon collège le Mont-Saint-Louis. Peu de québécois avaient l’opportunité de se rendre jusqu’à l’université. Aujourd’hui, y accède qui veut grâce au gouvernement du Québec qui a mis-sur-pied des écoles secondaires-polyvalentes et des collèges (CEGEPS) dans toutes ses régions, agrandi, modernisé et multiplié les facultés universitaires et créé l’Université du Québec avec ses ramifications aux quatre coins de notre province.
En 1958, la très grande majorité des entreprises de plomberie, chauffage, ventilation, mécanique, électricité et communication (j’en parle parce que j’y œuvrais), pour la construction des premières écoles élémentaires auxquelles j’ai participé en tant qu’ingénieur conseil et qui répondaient aux demandes de soumissions publiques, étaient très majoritairement anglophones. Quelques entrepreneurs francophones importants n’œuvraient que pour les communautés religieuses. Vingt ans plus tard, elles étaient en forte majorité francophones (pour la construction du village olympique, par exemple). Aujourd’hui, elles sont devenues les plus importantes.
Ailleurs, lorsque les nouveaux quartiers industriels ont ouvert autour de Montréal, leurs entreprises-locataires étaient presque toutes anglophones. Aujourd’hui, allez voir, c’est le contraire et elles se sont multipliées fortement.
En 2016, les nouveaux gratte-ciels de Montréal sont désignés et construits en grande proportion par des firmes à majorité francophone, dont celle que j’ai fondée « Dupras Ledoux Ingénieurs ». Pour les constructions, dans les années ’50, de la Place Ville-Marie, de l’édifice de la CIL ou de celui de la Banque Canadienne et Impériale de Commerce, ce ne fut pas le cas. Même les plans et devis pour la construction du siège social de l’Hydro Québec, inauguré en 1962, furent écrits en langue anglaise.
Et cette évolution magistrale dans le monde de l’architecture, du génie, de la construction, des affaires ne nous a pas empêché de demeurer fermement québécois et de parler français, d’ailleurs de mieux en mieux. Tous les plans et devis d’aujourd’hui sont en langue française. (exemple : avant on disait « check valve », aujourd’hui on dit « robinet de retenue avec clapet oscillant »). Ce n’est pas beau ça ?
MBC affirme que « nous sommes devenus canadianisés comme jamais ». Donc moins Québécois, même si nous croyons l’être. Comme s’il fallait être 100% québécois les yeux fermés et oublier le reste du monde, surtout notre pays le Canada. Il prétend que « le régime de 1982 entre dans nos têtes », comme si nous, les francophones, ne sommes plus des Québécois pure laine et que nous avons accepté le fait que la constitution canadienne ne soit pas encore signée par le Québec. Personne parmi celles que je connais, même les plus fédéralistes, rejettent cette anomalie, qui un jour devra et sera corrigée.
Pour MBC notre « culture française devient optionnelle », comme si le fait de vivre, particulièrement à Montréal, au centre de près de 100 cultures différentes, nous nous sommes laissés endormir par elles au point de mettre de côté notre culture française. Il ajoute « le Québec contemporain est tellement fier d’être émancipé qu’il n’est plus capable de penser la domination qu’il subit ». Est-ce que je rêve, car je ne vois pas mes compatriotes dominés ou se sentir dominés par qui que ce soit ?
Et il ajoute : « Et la langue française se laisse dévorer par l’anglais ». Oui, nous utilisons certains anglicismes comme les Français emploient des noms et mots anglais à tour de bras. Dans le monde entier, c’est ainsi car la langue anglaise est dominante. Mais lorsque nous écrivons en français, il est rare que nous en utilisions même si nous ne possédons pas tous notre grammaire comme nous aimerions. Le français parlé à la radio, à la télévision et écrit dans nos journaux est bien et correct. Si MBC se choque d’entendre quelques fois parler la langue anglaise sur la rue Ste-Catherine ou sur le Plateau à Montréal, à cause du tourisme et des montréalais anglophones qui y vont faire leurs achats ou profitent de la bonne restauration, qu’il aille à Paris sur les Champs-Élysées où il entendra parler en plus, le chinois, le japonais, l’espagnol et l’arabe. De même sur Oxford Street à Londres où le son est encore plus fort. C’est ainsi dans toutes les grandes villes qui accueillent des immigrés et qui reçoivent de nombreux touristes.
« Le franglais devient la norme ». Il a toujours existé, en tout cas depuis ma jeunesse, et nous l’utilisons de moins en moins. Dire qu’il est devenu la norme est une exagération car la nouvelle norme est que nous le combattons constamment. Il est dû en grande partie à la présence constante du géant américain au sud et à celle des réseaux sociaux. Les anglophones de Montréal n’y sont pour rien. Par contre, il faut reconnaître que de plus en plus de nos compatriotes francophones possèdent davantage leur français, l’écrivent et le parlent mieux que par le passé. Ceux qui ont vécu plusieurs générations le constatent clairement.
« L’immigration massive pèse sur le destin du Québec » s’exclame MBC. Jadis, nous n’avions pas de problèmes avec la croissance démographique. Nos mères nous donnaient des bébés en grande quantité, auxquels venaient se joindre de nouveaux immigrés, en nombre restreint, particulièrement à Montréal.  Aujourd’hui, le taux de naissance ne rencontre pas nos besoins et nous devons faire appel à l’immigration pour les combler si on veut assurer la continuation du développement de notre économie. L’immigration est devenue essentielle. C’est donc à nous de bien intégrer les nouveaux venus dans notre société et du bon travail se fait de ce côté-là par le gouvernement.  
MBC prétend que le contraire arrive à Montréal. « la majorité francophone est appelée à s’intégrer à un nouveau peuple montréalais » qui lui « est moins lié au Québec dans son ensemble ». Je ne le crois pas. Comme dirait un de mes amis anglophones, « It’s far fetched ».
Montréal a toujours été une ville d’immigration. Il y a eu dans ma jeunesse, les Grecs, les Italiens, les Juifs, les Chinois, les Irlandais, les Écossais, les Gallois, les Syriens, les Lithuaniens, les Polonais, et encore... puis les Vietnamiens, les Haïtiens, les Centro et Sud-américains, et d’autres races qui se sont ajoutées au fur et à mesure des drames qui se déroulèrent dans plusieurs pays du monde et qui déversèrent sur nos rives une partie de leurs réfugiés. Ces gens-là, après quelques générations, se sont intégrés à notre société, en bonne partie, et contribuent au développement de Montréal, du Québec et du Canada. Cela est indéniable.
Aujourd’hui, nous priorisons davantage les parlants français comme ceux du Maghreb et d’Afrique et cela malgré les différences de couleur et de religion, et ils s’intègrent relativement bien à notre société.
MBC affirme « Un Québec bilingue et multiculturaliste, ce ne serait pas le Québec ». Pourtant, le Québec par la loi est français et 51.8% de sa population ne parlent que le français, 42,6% sont bilingues (français-anglais) et 4.7% ne parlent que l’anglais, (recensement 2011). Il dit, en somme, que les Québécois de souche et ceux des autres communautés culturelles bien intégrés, ne peuvent faire le Québec ? Vraiment ? Pourtant, tous les francophones que je connais, et leurs enfants, vivent, comme moi, 100% leur vie en français. Toutes leurs entreprises sont françaises et leurs employés francophones ou d’origines différentes sont, en majorité, des parlants français. La langue française est presque de rigueur partout.  Certes, nous écoutons la télé américaine et quelques fois la CBC. Nous lisons des magazines en langues française et anglaise, nous glanons sur internet et regardons des films en anglais. Nous sommes de plus en plus bilingues, plusieurs trilingues, malgré que personne ne veuille rendre le bilinguisme officiel au Québec. Ce fait, je dirais cet avantage, ne diminue pas la qualité de notre français, bien au contraire car elle progresse. Généralement, nos enfants le parlent mieux que nous le parlions à leur âge. Il est faux de dire comme MBC « le français est victime d’un rapport de domination culturelle ». C’est une analyse irréelle.   
Il ajoute, les Québécois « doivent résister à un régime fédéral qui les dépersonnalise », à « une idéologie dominante… d’une mondialisation qui pousse au déracinement des peuples » et pour se faire « les Québécois doivent se sentir d’abord et avant tout des Québécois qui ne se laissent pas digérer par le Canada ». Whew! Pas de Canada, pas de monde. Pour moi, les Québécois se sentent bien comme Québécois où qu’ils soient, au Canada et dans le monde, et ne se laissent pas digérer par personne !
Il continue « le ressort… s’appelle la question identitaire qui redonnera une vitalité politique au Québec ». Pour lui, on doit demeurer ce qu’on était et, en somme, se fermer les yeux sur ce qui se passe ailleurs au risque de se faire contaminer. Pour se faire, il propose « une diminution des seuils d’immigration » et « un renforcement de la loi 101 ». Je partage son opinion sur cette dernière suggestion car elle aidera les francophones à solidifier davantage leur langue et son respect dans le monde multiculturel où nous vivons. Mais diminuer les seuils d’immigration est irréaliste.
Il propose que les Québécois se réconcilient « avec la mémoire d’avant 1960 » et je partage cette opinion car cela va enfin démontrer que « le mythe de la Grande Noirceur » était faux et « toxique » et que cette période a été très positive pour le Québec et le Canada.
MBC critique nos écoles. Il va de soi qu’elles doivent transmettre toujours mieux l’enseignement « de l’histoire, de la géographie, de la langue française, des sciences humaines, de l’autorité … » pour maintenir notre patrimoine de civilisation, mais elles ne doivent pas pour autant diminuer la maitrise des mathématiques, des sciences, de la technologie, de la langue anglaise… Elles se doivent d’être formatrices, dynamiques et d’avant-garde pour préparer nos jeunes à relever les grands défis du monde de demain.
MBC ne dit mot de la situation économique actuelle et future du Québec. Il ne parle pas du domaine de la construction qui va bien… Il n’aborde pas les conséquences des traités passés de libre-échange, du futur du Pacifique, de la perte des emplois du milieu industriel de l’Ontario et de celui du pétrole Albertain depuis la baisse des prix de l’or noir et de leurs effets possiblement négatifs sur le Québec. Il ne semble pas voir les conséquences sur les versements de la péréquation canadienne aux provinces qui seront de toute évidence moindre pour le Québec. De tels sujets ne l’intéressent pas car pour lui ce n’est que la langue et la culture qui comptent.
Il termine son article avec une déclaration surprenante et à mon point de vue irréaliste : « Le Québec est hanté par le fantasme et le désir de sa propre disparition, comme s’il voulait se délivrer d’une culture qui le sépare du reste de l’Amérique ». Il appelle à la « résistance » face à ce supposé déclin. Pour ce faire, il suggère aux nationalistes de se réunir pour prendre le pouvoir, mais seulement ceux qui sont indépendantistes. Pas les autres, comme moi, qui avons été nationalistes et bilingues toute notre vie tout en refusant de séparer le Québec du Canada. Il cherche à copier l’Union Nationale de Maurice Duplessis, mais il le fait à sens unique.
Finalement, il dit : « Pour qu’il y ait un jour un Québec indépendant, il doit y avoir encore un Québec ». Depuis le 3 juillet 1608, le jour où Champlain a débarqué au cap Diamant, il y a toujours eu un Québec et il y aura toujours un Québec. Mais séparé du Canada, le pays que nos ancêtres ont découvert, contribué à créer, à bâtir et où vivent, hors Québec, un peu plus d’un million de nos compatriotes francophones… ce n’est pas pour demain !
Claude Dupras

samedi 23 juillet 2016

Coluche, c’est ça que ça donne un humoriste !

Coluche, le plus grand humoriste français, était un « philosophe et humaniste » qui dans sa salopette aimait dire ses quatre vérités. Il avait une tête politique capable d’aborder les grands problèmes de la société et démontrait qu’il était en avance sur son temps avec une liberté de ton et d’imagination qui scandalisait déjà à l’époque. Ses amis le voyaient comme « un personnage angoissé, d’une grande intelligence et très généreux, avec une réflexion forte sur la vie ».

Il revendiquait parfois la « grossièreté » mais « sans jamais être vulgaire ». On lui avait demandé si on pouvait tout se permettre, il avait répondu « oui, absolument tout, sauf ne pas faire rire ». Sans vulgarité.
Coluche défendait aussi les plus faibles et, malgré ses immenses succès sur scène, il a créé les « Restos du Cœur » pour leur servir des repas. Aujourd’hui, « 30 ans après sa mort, ils en servent de plus en plus pour subvenir aux 8 millions de français qui vivent sous le seuil de la pauvreté. L’an dernier seulement, ils en ont distribué 128 millions durant l’hiver ». C’est la plus grande œuvre et le vrai héritage de Coluche.

Coluche a même failli être candidat à la présidence française en 1981. Un sondage lui donna 16% d’appuis et a généré des pressions énormes du petit monde de la politique qui ont « fini par ne plus le faire rire ». Il lâcha prise. Mais son influence a persisté. Par exemple, le Parlement a voté à l’unanimité « l’amendement Coluche permettant aux contribuables de déduire de leurs impôts une partie de leurs dons aux associations ».
Il est mort happé sur sa moto en 1986, par un camion, sur une petite route du sud de la France. Les Français venaient de perdre leur amuseur public numéro 1 et ils se souviennent encore de son immense talent. Il conserve la faveur générale puisqu’il n’est pas rare de l’entendre fréquemment, encore aujourd’hui, à l’émission quotidienne de la radio française « Rires et Chansons » où on reprend ses sketchs moqueurs et satiriques, à la demande générale. C’est ainsi que je l’ai découvert depuis quelques années.

Les 30 ans de sa mort ont été marqués par la publication d’une littérature abondante, telle « Le Pavé Coluche », l’Almanach Coluche », « Chez Coluche »…
Il est un modèle pour les humoristes d’aujourd’hui.

Voici quelques phrases qui rappellent son humour tranchant sur les évènements de son pays :
Sur le racisme :

« La France est le seul pays arabe à ne pas être en guerre ».
« Tous ces étrangers seraient bien mieux dans leur pays… La preuve : nous, on y va bien en vacances ».

Sur les LGBT :
« Il était communiste et homosexuel. On l’appelait l’embrayage de gauche. Parce que c’est la pédale de gauche ».

« Les homosexuels ne se reproduisent pas entre eux et pourtant ils sont de plus en plus nombreux ».
Sur le capital et les syndicats :

« Le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme ! Le syndicalisme c’est le contraire ».
« Les syndicats, c’est pour donner raison à des gens qui ont tort ».

Sur les associations juives :
« C’est un chanteur israélite, tellement il avait le pantalon moulé : non seulement on lui voyait le sexe, mais aussi on lui voyait la religion ».

« Drôle d’époque où ce sont les Allemands qui font des affaires et les juifs qui font la guerre ».
Sur le tour de France :

« Mettons que les sportifs arrêtent le doping. On aura l’air malin, nous, devant nos téléviseurs à attendre qu’ils battent les records hein ! Et puis le tour de France, pour arriver le 14 juillet, il faudra qu’il parte à Noël ».
Sur le pape :

« Dieu a dit : « Mangez, c’est mon corps ; buvez c’est mon sang ; touchez pas, c’est mon cul ».
C’est l’abbé Pierre qui présida à ses funérailles pour rappeler son aide aux plus dépourvus. Au cimetière de Montrouge à Paris, le gardien des lieux affirme que « la sépulture de Coluche est de loin celle que l’on nous demande, le plus souvent, presque tous les jours ». Le caveau de l’humoriste est constamment fleuri par les visiteurs qui laissent aussi leur message particulier. Et, au centre-ville de Montrouge, la ville a fait ériger une statue en bronze, sur la place de la Libération, qui consiste seulement en une salopette, le vêtement de spectacle de Coluche.

Cela démontre bien la qualité de ce grand homme et surtout le vide qu’il a laissé. C’est ça que ça peut donner un humoriste !
Claude Dupras

Sources, "Le Dauphin libéré", notes personnelles

dimanche 17 juillet 2016

Puerto Rico et Cuba, les jumelles des Caraïbes.

De longue date, les États-Unis (USA) ont avec Cuba et Puerto Rico des liens géographiques, économiques et historiques étroits.

Puerto Rico, après des années de dépenses exagérées, a accumulé une dette 70 milliards $ qu’elle ne peut rembourser et se retrouve au bord de la faillite, en 2015, incapable de payer ses comptes. Son gouvernement fait appel à celui des USA pour l’aider. Après de longues hésitations au Sénat américain, le président Obama signe, le 30 juin 2016, une nouvelle loi d’aide financière comprenant aussi des mesures très difficiles pour le portoricain moyen dont la création d’un « Comité de Contrôle » qui gèrera, entre autres, les finances de l’île et pourra couper dans les écoles, les services sociaux, les fonds de pensions, les institutions publiques, etc. C’est, selon des observateurs, « un désastre pour le peuple portoricain puisqu’il fait des USA le maître colonial et lui enlève ses droits démocratiques ». Mais il sauve leur peau.   

Cuba, de son côté, bénéficie soudainement d’une décision du président Obama qui a décidé unilatéralement d’assouplir l’embargo américain qui l’étranglait depuis 1962, suite à la venue de Fidel Castro.  

C’est un nouveau départ pour les habitants de ces deux îles caribéennes, ex-espagnoles à l’histoire commune. Où en seront-elles dans 50 ans ?

Le début

Le 28 octobre 1492, Christophe Colomb trouve l’ile de Cuba, après avoir découvert celle de San Salvador, le 12 octobre précédent. L’Amérique nait !

À son deuxième voyage, Colomb arrive à l’île de Puerto Rico, le 19 novembre 1493, après que sa flottille ait été poussée par les vents dominants des alizés et les courants marins. Elle est douze fois plus petite en superficie que Cuba et Colomb la nomme San Juan Bautista. Avec le temps, elle devient un bastion pour l’expansion coloniale espagnole et l’escale des capitaines de navires de toutes les nations européennes qui viennent y chercher de l’eau, de la nourriture, y conclure des ententes commerciales et des échanges de marchandises. Elle est comme la porte d’entrée en Amérique et prend alors le nom de Puerto Rico, « le port riche ».

Les Amérindiens

Cuba et Puerto Rico sont originalement peuplées d’Amérindiens particulièrement les « Tainos » et les « Ciboney ». Les espagnols les exploitent, les réduisent à l’esclavage et en 50 ans, ils sont pratiquement décimés.

L’Esclavage

La monarchie espagnole intègre ces nouvelles îles à son empire et déçue par le peu d’or qu’elle y trouve, crée de nouvelles activités commerciales : le tabac, le café et la canne à sucre. Ces dernières nécessitant une main d’œuvre importante, elle fait appel aux esclaves qui viennent d’Afrique sub-saharienne.  

Pour Puerto Rico, le nombre d’esclaves est limité car l’intérieur de l’île demeure inexploré et sous-développé. Ils sont surtout requis par les commerçants des ports et des villes côtières.

De son côté, en 1762, la capitale cubaine La Havane est conquise par les Anglais qui y règnent pendant neuf mois et l’occupation se règle par le traité de Paris, par lequel Cuba est remise aux Espagnols en échange de la Floride. Jusqu’en 1860, 720 000 nouveaux esclaves sont introduits à Cuba pour assurer le fondement de l'économie coloniale.

En 1886, l’esclavage est entièrement supprimé.

L’indépendance

En 1809, la Cour Suprême espagnole reconnait Puerto Rico comme une province d’outre-mer de l’Espagne avec représentants au parlement espagnol. La monarchie revient en 1823 et le décret est annulé.   

Alors que les colonies espagnoles des Amériques deviennent indépendantes, Puerto Rico et Cuba grandissent en importance stratégique pour la Couronne espagnole qui, pour maintenir son emprise sur ses deux dernières colonies du Nouveau Monde, offre des terres libres à titre d'incitation à l'immigration et la colonisation. Cette campagne s’avère très fructueuse

Les luttes pour l'indépendance de Cuba commencent en 1868 avec un mouvement anti-pauvreté. Elles durent 10 ans et résultent en 200 000 morts, soit 1/8 de la population. José Martí, philosophe et homme politique mène le combat avec son Parti Révolutionnaire Cubain. Âgé de 42 ans, il est tué le 19 mai 1895, à la Bataille de Dos Rios, et devient le héros national.

En 1897, le gouvernement libéral espagnol accepte des chartes d'autonomie pour Cuba et Puerto Rico et elles deviennent « provinces outre-mer » de l'Espagne.

La guerre hispano-américaine

Le capitaine de navires américains Mahan déclare au ministère de la Guerre : « N’ayant pas d’installations à l’étranger, coloniale ou militaire, les navires de guerre des États-Unis sont comme des oiseaux terrestres incapables de voler loin de leurs côtes. Nous avons besoin de lieux de repos pour eux et pour les entretenir ».

En plus, en 1898, les américains veulent protéger les investissements des entreprises américaines à Cuba et ailleurs dans le Pacifique. Ils entrent en guerre avec l’Espagne. La guerre est courte et ne dure que 23 jours. Avec le traité de Paris qui suit, l'Espagne reconnait l'indépendance de Cuba, tout en cédant les Philippines, Puerto Rico, et Guam aux USA en échange d'un versement de 20 millions de $ US.

Cuba est maintenant indépendant et Puerto Rico fait partie des USA sans être un Etat.

Les années 1898 - 1940

Nonobstant le traité, les USA occupent Cuba jusqu’en 1909 et poursuivent une ingérence marquée jusqu'en 1934. Après, ils placent au pouvoir une junte militaire dont l’éminence grise est le général Fulgencio Batista.

De leur côté, les Portoricains deviennent des citoyens américains en 1917 et commencent le 20e siècle sous le régime militaire et légal des USA qui décrète que la langue utilisée au sein du gouvernement doit être l’anglais. Les enseignants sont des Américains du Nord afin que les Portoricains apprennent l'anglais. Américains, de nombreux Portoricains se voient enrôlés dans l’armée américaine.

Exaspérés, certains dirigeants politiques de l’île demandent un changement de structure politique et, le 21 mars 1937, une assemblée est organisée dans la ville de Ponce par le Parti nationaliste de Puerto Rico. Un conflit sanglant éclate, 9 morts 200 blessés. C’est le massacre de Ponce.

Les années 1940 – 1960

Batista devient président de la république de Cuba, de 1940 à 1952, suite à des élections truquées. En 1954, il est élu sans opposition.

La capitale du pays, La Havane, connait alors une période d’expansion économique. Les gangsters américains sous la direction de leur penseur Meyer Lansky, ami de Batista, développent le jeu, le marché de la drogue et la prostitution (la ville est devenue un grand lupanar avec plus de 13,000 jeunes filles qui pratiquent le vieux métier). Lansky a des plans pour faire de La Havane un nouveau Las Vegas. Elle reçoit annuellement 300,000 touristes américains riches. La vie nocturne est frénétique. Les truands s’enrichissent. L’industrie sucrière est en plein essor. Les investissements de capitaux américains sont nombreux. La construction va !

Malheureusement, cette activité augmente les inégalités entre les habitants de la capitale et la disparité entre les villes et la campagne. La Havane a un taux d’analphabétisme de 10% contre 43% à la campagne. L’activité culturelle y est intense, ailleurs peu. Il y a un lit d’hôpital par 300 habitants de l’île, mais 65% sont dans la capitale alors que celle-ci n’a que 22% de la population. Il y a les riches et les pauvres. C’est Cuba!

En 1943, un sénateur américain présente un projet de loi au Congrès appelant à l'indépendance totale de Puerto Rico. Il est rejeté. En 1946, un premier gouverneur né dans l’île, Luis Munoz Marin, est nommé et l’année suivante les USA accordent le droit aux Portoricains d’élire démocratiquement leur gouverneur. Marin est élu.

Après plusieurs conflits, la constitution de Puerto Rico est approuvée le 6 février 1952. Puerto Rico devient un état libre associé avec les USA, un Commonwealth. Cependant, le congrès américain continue à légiférer sur la citoyenneté, la monnaie, les services postaux, les relation de travail, l’environnement, le commerce, la finance, la santé, le bien-être, etc..

Depuis le début du XXe siècle, Puerto Rico compte sur l'agriculture et, sa principale culture, le sucre. Il y a aussi le tabac, toujours important. Durant les années 1950, Puerto Rico connait une industrialisation rapide, due au « New Deal » du président Franklin Delano Roosevelt, qui favorise la fabrication industrielle par le biais d'exonérations fiscales pour les compagnies. Puerto Rico est classée par la Banque mondiale comme un « pays à revenu élevé" car elle est devenue un centre mondial de fabrication de produits pharmaceutiques.

Face au maintien des salaires malgré l’augmentation du coût de la vie, les syndicats deviennent agressifs et réussissent à faire grimper le coût des salaires au point que le tourisme est réservé surtout aux plus riches visiteurs de catégorie supérieure ou de luxe, Puerto Rico ne pouvant plus concurrencer Cuba et d’autres îles des Caraïbes pour le touriste économique. Le niveau de l’emploi diminue.

De plus, avec le temps, plusieurs usines sont déplacées vers des pays à salaires plus bas en Amérique latine et en Asie. Le chômage revient. C’est depuis ce moment que débute une forte émigration de Portoricains, en quête de meilleures conditions économiques, sur le continent américain, notamment à New York. D’une moyenne annuelle de 1 800 émigrants pour les années 1930-1940, il passe à un pic de 75 000 en 1953 au point qu’en 2003, il y a plus de portoricains de naissance ou d’ascendance qui vivent aux États-Unis qu'à Puerto Rico.

Et ce ne sont pas seulement les ouvriers qui partent mais aussi des jeunes hauts diplômés en commerce, en génie, en droit, en médecine et autres professions. Des gens de talents, intelligents, entreprenants…créateurs d’emplois. Pour arrêter le mouvement, la langue espagnole devient la langue officielle de Puerto Rico en 1991. Mais, le mouvement migratoire des plus âgés ne s’arrête pas et, avec le temps, la presque totalité de la jeunesse ne parle plus que l’espagnol.

Le pouvoir à Fidel Castro

Fidel Castro prend la tête d'une armée rebelle et c'est le 15 novembre 1956 qu'il annonce que le temps est venu de se rendre à Cuba. Il y parvient le 1er janvier 1959 et renverse Batista.

Le gouvernement américain reconnait le nouveau gouvernement, mais les rapports entre les deux pays se gâtent dès le mois de mai, de la même année, lors de la nationalisation des avoirs étrangers à Cuba, dont ceux de la compagnie américaine United Fruit.


Cette décision découle de la nouvelle politique socialisante que propose Fidel Castro.  

La baie des Cochons

Du 17 au 19 avril 1961, les USA veulent renverser Castro et organisent, via la CIA, un débarquement de mercenaires à la baie des Cochons de Cuba qui se solde par un échec retentissant. Ils mettent alors en place un embargo économique en 1962 et renoncent à toute invasion future. 

Avec l’embargo et la tendance « communisante » de la politique exprimée par Castro, plusieurs intellectuels, professionnels, entrepreneurs, constructeurs, commerçants… quittent l’île et cherchent à se réfugier aux USA. 62 000 d’entre eux choisissent de s’installer à Puerto Rico où ils investissent, bâtissent, développent l’île et occupent des postes importants dans la fonction publique, les universités, le sport…

Les mouvements créent des difficultés financières à Cuba et Castro accepte l’aide de l'URSS qui lui accorde 4 à 6 milliards de dollars américains par an (jusqu'en 1990) en échange de son alignement sur la politique russe. Castro a sa propre logique tiers-mondiste. À l’automne 1981, les Russes quittent. Pour survivre, il organise des échanges de médecins, instituteurs, etc… avec divers pays, tels, l’Angola, le Venezuela, pour obtenir du pétrole et autres produits. Cuba demeure pauvre mais petit à petit sa position économique s’améliore grâce aux touristes qui affluent. Il peut ainsi continuer à offrir le minimum vital à son peuple.

Cuba, demain ?

La vie des 10 000 000 de cubains sous le régime communiste de Castro est faite de privations, de sacrifices, d'appels à l'héroïsme, etc… 

Ce sont des patriotes qui croient en leur Commandante et ont confiance que leur avenir, un jour, sera meilleur. L’entre-aide fait partie de la vie quotidienne. L’argent est rare.

Dans un premier temps, le capitalisme n’est pas pour eux. Ils le voient comme générateur de chômage saisonnier, d’inégalités entre groupes et secteurs. Pour eux, ces problèmes n’existent pas dans leur société car tout le monde est instruit et ceux qui sont en mesure d’obtenir un diplôme le reçoivent après des études sérieuses, l’Éducation est gratuite, les soins de santé aussi, les coûts du logement et les salaires sont très bas et uniformes. C’est un peuple solidaire. Ceux qui sont nés le jour de la révolution ont maintenant 57 ans. Ils n’ont pas connu autre chose. 

Le parti communiste est unique et est le vrai successeur de Castro. Raoul Castro n’est pas la solution car il est d’une autre génération, celle de Fidel, alors que la majorité des dirigeants actuels sont généralement dans la quarantaine. Plusieurs de ces derniers, respectés pour leurs caractères affirmés, ont exercé des fonctions importantes dans la période Castro. Ce ne sont pas des marxistes-léninistes classiques mais ils sont enracinés dans une histoire et dans une expérience unique. Pour atteindre le pouvoir, ce sera par le biais du parti « communiste » puisqu’il repose sur le principe du « mérite acquis par l’investissement personnel dans une activité sociale ».

Les figures de Marx et de Lénine ont disparu du paysage alors que les citations du héros national José Martí se sont intensifiées.

Le parti demeure en position de force relative. Mais avec l’accroissement important des touristes, l’ouverture à la télévision mondiale, l’internet, les médias sociaux… tout cela affaiblit le régime et on peut prédire qu’un jour, un vrai régime démocratique sera installé et la liberté reviendra.

Ce peuple a un potentiel extraordinaire. Il est instruit, en bonne forme et en santé, solidaire, travaillant, créateur, pas égoïste et il veut améliorer son sort. Il a tout pour devenir un grand peuple et il le sera. Il veut être libre et l’a démontré en réservant une salve d’applaudissements au président Obama en visite récemment à Cuba alors que ce dernier déclara : « Les électeurs devraient pouvoir choisir leur gouvernement dans des élections libres et démocratiques ».  

La société cubaine deviendra une des plus dynamiques des pays espagnols des Amériques.

Puerto Rico, demain ?

Au référendum de 1992 sur l’avenir de Puerto Rico, 61% des portoricains ont voté en faveur que leur île devienne le 51ième état des USA, 33,5% ont opté pour une Association libre et 5,5% ont voté pour l’indépendance totale.

Une chose est devenue évidente, le « statu quo » du Commonwealth actuel ne fonctionne plus, même rehaussé, car il ne peut plus maintenir une saine économie ni modérer le flot d’émigration hors Puerto Rico.

Comparée à Cuba, Puerto Rico est beaucoup plus développée. Elle est moderne et a tous les atouts des meilleurs centres américains. Elle est une île enchanteresse, traversée par la chaine des Andes et limitrophe, au sud, à la mer des Caraïbes et au nord à l’Atlantique. De beaucoup plus petite, elle est un paradis pour les vacanciers. Ses plages sont magnifiques, son industrie hôtelière de grande qualité et elle est située à proximité des îles vierges.

Cependant sans industrie majeure, sauf le tourisme qui injecte 7 milliards par an, elle peut difficilement survivre. Avec la levée de l’embargo cubain, il est probable que le niveau du tourisme sera affecté pour quelques années. Si Puerto Rico avait un statut d’indépendance, ce serait le désastre car elle manquerait d’outils pour se soutenir. Actuellement ses citoyens sont américains et bénéficient de services personnels importants à cause de ce fait.

Le paysage linguistique portoricain est espagnol. L'État libre associé de Porto Rico jouit actuellement d'une grande autonomie politique, culturelle et linguistique. Cette situation est accentuée par son caractère insulaire. Porto Rico n'est pas soumise à de fortes doses de bilinguisme institutionnel pour les affaires intérieures, ce qui lui assure des frontières linguistiques assez sécurisantes et quasi imperméables. Devenant un État américain, une nouvelle réalité sociologique s’implanterait. Elle deviendrait bilingue.

Il me semble inévitable que dans quelques années, Puerto Rico deviendra enfin un État américain et Cuba sera toujours un pays vraiment indépendant.

Claude Dupras 

NB. Quatre mois après son entrée à la Havane, le 26 avril 1959, Fidel Castro répond à l'invitation de Claude Dupras, président de la Chambre de Commerce des Jeunes du district de Montréal, à l'occasion de la campagne de jouets pour les enfants de Cuba et vient à Montréal pour deux jours. (Photos et récits de la visite : http://www.claude.dupras.com/fidel_castro_à_montréal.htm).


 
 

vendredi 1 juillet 2016

Andrée Gauvin, une championne


Notre amie Andrée Dalcourt Gauvin est décédée. Elle a été l’épouse de feu le Dr Pierre Gauvin.
Cette fille de Louiseville est devenue une femme merveilleuse, agréable, dévouée qui a grandement aidé les québécois. Jeune infirmière diplômée de l’hôpital Notre Dame, elle y travaille deux ans et devient infirmière soignante à l’hôpital de Louiseville. Elle est intriguée par les craintes souventes fois exprimées par des personnes âgées sur leur fin de vie. « Qu’est-ce que je voudrai en fin de vie, et de quoi aurai-je besoin ? Est-ce que j’aurai de la douleur, et aurai-je besoin de médicaments pour soulager mes symptômes ? Mes proches et amis sauront-ils mes volontés ? Quels sont les types d'aide à ma disposition ? Si je tombe malade, vais-je me sentir comme un fardeau pour les autres ? Quelles décisions aurai-je à prendre ? ». Elle décide d’y dédier sa carrière.
Andrée a alors moins de trois ans d’expérience comme infirmière et seulement deux ans comme volontaire aux soins palliatifs de l’hôpital Royal Victoria de Montréal, largement anglophone. Elle affirme : « Il semble y avoir une notion que les mourants sont une menace aux vivants et qu’ils ne méritent pas le même genre d’attention ». 
Presque seule, elle s’attaque à cette perception et réussit à la faire changer au Québec et même en Europe. En 1979, elle convainc, avec un collègue, la direction de l’hôpital Notre Dame de Montréal d’installer une unité de soins palliatifs (USP). À ce moment-là, il n’existe pas de tels services pour les malades en phase terminale au Québec et même ailleurs, dans le monde francophone. Elle participe à l’élaboration des politiques de soutien des malades et à leur diffusion au Québec, au Canada et dans plusieurs pays d’Europe.
Co-fondatrice de l’unité USP, Andrée passe ses jours à former son personnel, à rencontrer les patients et les membres de leurs familles avec toujours un air joyeux, une bonne humeur, son beau sourire, appelant chacun par leur prénom car, explique-t-elle, « cette période finale de la vie ensemble à autant rapport à la vie qu’à la mort ». L’unité connaît un rayonnement tel qu’elle entraîne la création de centres semblables dans tout le Québec et en Europe.
Pour financer la nouvelle unité, elle co-fonde PalliAmi, en 1981, un organisme pour fournir le soutien financier essentiel à l’USP de l’Hôpital Notre Dame.  
Puis, Andrée devient de plus en plus reconnue comme une pionnière et une experte dans ce champ d’action. Tout évolue soudainement très rapidement et elle reçoit régulièrement des invitations pour aller conseiller et instruire du personnel médical en France, en Suisse et en Belgique, tant pour leurs organisations que pour la formation des professionnels de la santé et des bénévoles. Elle accepte et se révèle une consultante hors pair à l’échelle internationale. 
En reconnaissance de ses efforts, le gouvernement français, qui normalement n’honore que ses propres citoyens, lui accorde un de ses grand honneurs, chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur, en 1993.
Entre temps, Andrée communique sa passion pour son œuvre par des publications et par de nombreux colloques, conférences et séances de formation dans le monde. Elle est la co-auteure avec Roger Rénier, d’un livre en 1992 « L’accompagnement au soir de la vie : le rôle des proches et des bénévoles auprès du malade » et elle récidive en 1994 avec « Vouloir vivre : les luttes et les espoirs de malades ».
Elle siège à de nombreux comités scientifiques, à des congrès de soins palliatifs au niveau des provinces et du Canada pour veiller à ce que ces congrès répondent aux besoins des bénévoles en matière de formation.  
Enjouée, mère de trois enfants avec son mari ophtalmologiste, Andrée explique que sa plus grande satisfaction est sa présence à « l’ultime école de la vie ». « Le focus », dit-elle, « n’est pas sur la mort, mais sur la façon de vivre l’expérience finale de la vie. On apprend qu’il y a une richesse et une beauté même dans les plus petits évènements de chaque jour ». Dans ses visites régulières aux patients et à leur famille, elle fait la promotion de la notion que chacun d’eux doit se ressentir le plus possible comme à la maison et qu’elle et son équipe, de plus de 40 volontaires, doivent être considérés comme des membres de la famille. « Ne contrarier jamais ou ne prodiguer pas de faux espoirs à un patient » répète-t'elle.  
Son travail a clairement influencé son attitude face à la vie. Elle a appris à croire fermement que « la vie, jusqu’à la fin, doit être célébrée ». Et c’est ce qu’elle fait dans sa vie personnelle. Elle joue au tennis toute l’année, skie en hiver et se dévoue totalement à son jardin l’été. Elle aime passionnément la danse et votre humble serviteur a le plaisir souventes fois d’être son partenaire. Inoubliable !
Malgré son dynamisme, elle avoue « je dois m’éloigner plusieurs fois par an, mettre mon travail de côté et recharger mon esprit ». Mais chaque fois, Andrée revient pleine d’énergie pour rappeler aux autres qu’au moment où la mort approche, les joies de la vie deviennent plus précieuses.  
En plus de la Légion d’honneur, Andrée Gauvin est inscrite au Honor roll du magazine Maclean’s en 1995 et la même année le journal La Presse la choisit Personnalité de la semaine. En 1996, c’est la revue L’actualité qui la classe parmi les Grands et l’année suivante le gouverneur Général du Canada lui remet l’Ordre du Canada dans une cérémonie à Rideau Hall. En 2003, l’Association canadienne des soins palliatifs reconnaît son grand mérite et lui accorde le Prix d’excellence. Finalement, en 2005, le Québec la nomme Chevalier de son Ordre national.
Nous lui devons en grande partie les progrès faits dans le domaine des soins palliatifs au Québec où elle a toujours été une source constante d’inspiration et d’exemple pour ses collègues et un grand nombre de professionnels de la santé.
Cette femme aimable et rieuse qui aimait la vie a su bien servir le monde. Une femme rare qui a œuvré constamment pour aider les malades. Elle n’a jamais recherché les honneurs mais ses contemporains ont reconnu sa motivation et l’excellence de son œuvre.
Merci Andrée Gauvin, Merci. Tu auras passé près de 30 ans de ta vie à accompagner des gens en fin de vie. Tu as été une grande parmi les grandes. Une championne.

Claude Dupras  

mercredi 29 juin 2016

Les « partageurs » de l’économie collaborative bousculent tout, pour le mieux !

Tout change vite. Nous sommes dans une unique période où le monde se transforme littéralement devant nos yeux. Quelle chance de vivre cela !

Même l’économie est en mutation rapide et ce faisant se donne de nouvelles facettes avec de nouveaux noms : Économie participative, économie collaborative, économie contributive.
Je préfère utiliser le nom « économie collaborative » qui regroupe tous. Elle est basée sur un principe simple : le « partage » dans toutes les sphères de la collectivité.   
On vient de vivre les chocs qu’occasionnent dans l’économie du tourisme le site Airbnb (logement privé dans le monde pour un soir ou plus) et les disputes des propriétaires de taxis générées par Uber (par lequel n’importe qui peut devenir un genre de conducteur de taxi à son compte). Et ce n’est que le début. 
Telle une avalanche, une importante masse de nouvelles idées, de nouveaux projets, de nouvelles entreprises dévale des flancs de l’informatique avec le potentiel d’entrainer dans la boue des entreprises que l’on jugeait indéracinables. Elles prennent le nom de Blablacar (co-voiturage), Zilok (objets quotidiens), TashRabbit, (services d’aide à la personne), La Ruche qui dit oui (Alimentation), Fablabs (la production, la réparation ou le recyclage d’objets), Lendopolis (le prêt direct de particulier aux entreprises), Kickstarter et Crowdfunding (le financement entre particuliers), Kijiji ou Leboncoin (petites annonces gratuites pour la vente de n’importe quoi), Troc ton jardin, La Remise (coopérative d’entreposage et de prêts d’outils d’usage commun), L’Accorderie (l’échange de services), Wikipedia (une encyclopédie), Sweech et Monkeyparking (marché de sous-location pour des places de parking), Streetbank (le prêt entre voisins), le Couchsurfing (hébergement gratuit chez l’habitant), etc…  (Note : plusieurs sont françaises avec noms anglais selon l’habitude des Français)
Les « partageurs », c’est le nom que je leur donne, se sont rencontrés pour définir des règles de fonctionnement du « nouveau monde sans marché, sans état ». De l’utopie, non. L’autogestion devient le mode de l’économie collaborative où le marché libre, la planification étatique, la hiérarchie au travail et les notions de profit et de l’entreprise privée n’existent pas. La société de partage s’alimente de la mise en commun de l’usage des biens de consommation et crée une rupture avec la société industrielle dans le sens que le consommateur n’est plus passif mais devient à la fois producteur et consommateur ou co-créateur. Elle a aussi des préoccupations écologiques et sociales. En somme, elle est une réelle alternative économique qui se construit au fur et à mesure qu’elle grandit et elle perturbera éventuellement des secteurs entiers de l’économie actuelle. Déjà des chaînes hôtelières ressentent les effets, et, par exemple, le président de la française Accord a reconnu avoir négligé l’importance de la compétition de ces nouveaux services et se dédie à trouver des solutions pour marier les deux.   
La plateforme Web, les technologies du numérique et la mise en réseau, dopée par internet, permettent en temps réel de mettre en relation les offreurs et les demandeurs et sont la base de lancement de cette économie. On peut ainsi faire du local à grande échelle et rendre rentable une économie de proximité. Quant aux importants aspects de la confiance et de l’évaluation du risque, on y répond par des statistiques émanant de systèmes de notations capables de rassurer les usagers et les prêteurs. On ne loue pas n’importe quoi de tout croche et on ne met pas son logement à la disposition de n’importe qui ! Airbnb propose 800 000 logements sur son site et 20 millions de voyageurs en ont déjà bénéficié. Ça marche ! Sûrement il y a des problèmes mais des services de médiation et d’assistance juridique se forment. Une solution, le site de micro-assurance Peerby.  
Les idées ne manquent pas : louer une auto lorsque non utilisée ; louer une partie de terrain non occupée à un individu qui recherche un endroit pour un jardin ; louer des espaces de storage au garage ou dans sa maison, partager des cuisines pour la préparation de mets ; créer des bibliothèques virtuelles pour les échanges, la vente, l’achat ou l’emprunt de livres des membres ; faciliter les prêts locaux, les dons, le partage ou le troc de biens ou de services entre individus ; créer un atelier d’outils communautaires bien équipés pour les bricoleurs, un atelier collaboratif où des travailleurs informatiques autonomes peuvent travailler ensemble et créer des prototypes d’objets fabriqués à partir d’équipement informatique, etc… Ainsi, ces économies génèrent des diminutions de coûts sur l’achat d’équipement coûteux, la réduction du transport, des frais d’énergie moindres, etc. Bref, l’important n’est plus de posséder quelque chose mais d’avoir la garantie de pouvoir y accéder n’importe où et n’importe quand.
Ces jeunes qui bousculent le statu quo, se demandent s’ils doivent toujours posséder des avoirs et les accumuler dans une économie où la seule constance est le changement ? Ils rappellent que de tout temps des communautés locales dans le monde se sont auto-organisées pour mettre en partage les ressources, les gérer de façon collective et coopérative et inventer des règles pour les protéger. En fait, rien de neuf ! Est-ce que l’économie collaborative peut déboucher sur des entreprises en biens communs, « sans profit » ?
Ces partageurs comprennent qu’une foule de gens recherchent les mêmes choses et qu’il est possible de leur permettre de les obtenir à de meilleurs coûts, à des prix abordables en agissant en groupe, rapidement, plus facilement et de reprendre le contrôle sur leur consommation de façon indépendante des grandes institutions et de secteurs où les prix sont trop élevés et parfois exorbitants. L’économie collaborative rapproche le producteur du consommateur comme le site La Ruche qui dit oui ! qui met en contact des individus et des producteurs alimentaires locaux ayant des pratiques bio ou artisanales. Ils comprennent ainsi ce qu’ils consomment et en font le choix en toute connaissance de cause.
Et pour coordonner la génération des idées, des solutions, des moyens et encore, il existe une communauté mondiale nommé OuiShare, créée en France, pour favoriser l’économie de partage en impliquant des gens de tous les milieux et démontrer que l’informatique peut servir la communauté et être utile à tout le monde.  Aujourd’hui, elle regroupe des milliers d’adeptes dans plus de 20 pays dont le Canada au Québec à Montréal. Ouishare Québec a comptabilisé plus de 170 programmes très variés (voir lien à la fin pour liste) initiés par beaucoup d’individus qui travaillent généralement indépendamment l’un de l’autre. L’important, c’est de les amener à œuvrer ensemble en réseau afin que leurs solutions soient disponibles au plus grand nombre de personnes possibles et d’organismes locaux.
Il y a aussi le partage des connaissances favorisé par un programme informatique de rencontres entre individus de différentes expériences de vie pour élargir le potentiel de connaissances de chacun. Comme on peut le constater, rien n’est laissé au hasard.  
Actuellement tout cela existe en partie et est en pleine formation, mais les lois et les systèmes de taxation existants ne tiennent pas compte de l’action des partageurs. On a vu le chaos créé par ce manque pour Uber et Airbnb. C’est une étape prochaine et essentielle au Québec et au Canada car, comme en France, l’État et les dirigeants des grandes entreprises solliciteront sûrement éventuellement les services des partageurs en lançant des appels d’offres auprès des réseaux de leurs ateliers collaboratifs que sont les Fab Labs. Plusieurs collectivités sont actuellement de plus en plus impliquées dans de tels réseaux qui fabriquent autrement et à moins cher, telle la ville de Barcelone. L’exemple actuel de la réussite la plus symbolique est la création de la Wikispeed, une voiture à basse consommation, construite en dehors de l’industrie automobile par 44 personnes issues de 4 pays différents et financée par le crowdfunding.
La chroniqueuse française du monde numérique Chrystèle Bazin explique que  « l’économie collaborative est une économie horizontale, non hiérarchique dans laquelle le nombre d’intermédiaires entre les parties est réduit au minimum. Sa structure est une forme d’auto-organisation spontanée, sans gouvernance centrale. Elle remplace autant que possible l’emploi rémunéré par l’automatisation et la participation gratuite de ses utilisateurs ou des indépendants précaires ». La conséquence peut être la destruction massive d’emplois et la libéralisation du travail. L’économie collaborative qui est progressiste peut créer à moyen terme des problèmes à notre société qui devra s’adapter pour suivre l’évolution du nouveau monde.
Claude Dupras