Notre amie Andrée Dalcourt Gauvin est décédée. Elle a été l’épouse de feu le Dr Pierre Gauvin.
Cette fille de Louiseville est devenue une femme
merveilleuse, agréable, dévouée qui a grandement aidé les québécois. Jeune
infirmière diplômée de l’hôpital Notre Dame, elle y travaille deux ans et
devient infirmière soignante à l’hôpital de Louiseville. Elle est intriguée par
les craintes souventes fois exprimées par des personnes âgées sur leur fin de vie.
« Qu’est-ce que je voudrai en fin de vie, et de quoi
aurai-je besoin ? Est-ce que j’aurai de la douleur, et aurai-je besoin de
médicaments pour soulager mes symptômes ? Mes proches et amis sauront-ils mes
volontés ? Quels sont les types d'aide à ma disposition ? Si je tombe malade,
vais-je me sentir comme un fardeau pour les autres ? Quelles décisions aurai-je
à prendre ? ». Elle décide d’y dédier sa carrière.
Andrée a
alors moins de trois ans d’expérience comme infirmière et seulement deux ans
comme volontaire aux soins palliatifs de l’hôpital Royal Victoria de Montréal, largement
anglophone. Elle affirme : « Il
semble y avoir une notion que les mourants sont une menace aux vivants et
qu’ils ne méritent pas le même genre d’attention ».
Presque
seule, elle s’attaque à cette perception et réussit à la faire changer au
Québec et même en Europe. En 1979, elle convainc, avec un collègue, la
direction de l’hôpital Notre Dame de Montréal d’installer une unité de soins
palliatifs (USP). À ce moment-là, il n’existe pas de tels services pour les
malades en phase terminale au Québec et même ailleurs, dans le monde
francophone. Elle participe à l’élaboration des politiques de soutien des
malades et à leur diffusion au Québec, au Canada et dans plusieurs pays
d’Europe.
Co-fondatrice
de l’unité USP, Andrée passe ses jours à former son personnel, à rencontrer les
patients et les membres de leurs familles avec toujours un air joyeux, une
bonne humeur, son beau sourire, appelant chacun par leur prénom car,
explique-t-elle, « cette période
finale de la vie ensemble à autant rapport à la vie qu’à la mort ». L’unité
connaît un rayonnement tel qu’elle entraîne la création de centres semblables
dans tout le Québec et en Europe.
Pour
financer la nouvelle unité, elle co-fonde PalliAmi, en 1981, un organisme pour
fournir le soutien financier essentiel à l’USP de l’Hôpital Notre Dame.
Puis, Andrée
devient de plus en plus reconnue comme une pionnière et une experte dans ce
champ d’action. Tout évolue soudainement très rapidement et elle reçoit
régulièrement des invitations pour aller conseiller et instruire du personnel
médical en France, en Suisse et en Belgique, tant pour leurs organisations que
pour la formation des professionnels de la santé et des bénévoles. Elle accepte
et se révèle une consultante hors pair à l’échelle internationale.
En
reconnaissance de ses efforts, le gouvernement français, qui normalement
n’honore que ses propres citoyens, lui accorde un de ses grand honneurs,
chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur, en 1993.
Entre temps,
Andrée communique sa passion pour son œuvre par des publications et par de
nombreux colloques, conférences et séances de formation dans le monde. Elle est
la co-auteure avec Roger Rénier, d’un livre en 1992 « L’accompagnement au soir de la vie : le rôle des proches et des
bénévoles auprès du malade » et elle récidive en 1994 avec « Vouloir vivre : les luttes et les
espoirs de malades ».
Elle siège à
de nombreux comités scientifiques, à des congrès de soins palliatifs au niveau
des provinces et du Canada pour veiller à ce que ces congrès répondent aux
besoins des bénévoles en matière de formation.
Enjouée,
mère de trois enfants avec son mari ophtalmologiste, Andrée explique que sa
plus grande satisfaction est sa présence à « l’ultime école de la vie ». « Le focus », dit-elle, « n’est pas sur la mort, mais sur la façon de vivre l’expérience finale
de la vie. On apprend qu’il y a une richesse et une beauté même dans les plus
petits évènements de chaque jour ». Dans ses visites régulières aux
patients et à leur famille, elle fait la promotion de la notion que chacun
d’eux doit se ressentir le plus possible comme à la maison et qu’elle et son
équipe, de plus de 40 volontaires, doivent être considérés comme des membres de
la famille. « Ne contrarier jamais
ou ne prodiguer pas de faux espoirs à un patient » répète-t'elle.
Son travail
a clairement influencé son attitude face à la vie. Elle a appris à croire
fermement que « la vie, jusqu’à la
fin, doit être célébrée ». Et c’est ce qu’elle fait dans sa vie
personnelle. Elle joue au tennis toute l’année, skie en hiver et se dévoue totalement
à son jardin l’été. Elle aime passionnément la danse et votre humble serviteur
a le plaisir souventes fois d’être son partenaire. Inoubliable !
Malgré son
dynamisme, elle avoue « je dois
m’éloigner plusieurs fois par an, mettre mon travail de côté et recharger mon
esprit ». Mais chaque fois, Andrée revient pleine d’énergie pour
rappeler aux autres qu’au moment où la mort approche, les joies de la vie
deviennent plus précieuses.
En plus de
la Légion d’honneur, Andrée Gauvin est inscrite au Honor roll du magazine Maclean’s
en 1995 et la même année le journal
La Presse la choisit Personnalité de la semaine. En 1996,
c’est la revue L’actualité qui la
classe parmi les Grands et l’année
suivante le gouverneur Général du Canada lui remet l’Ordre du Canada dans une cérémonie à Rideau Hall. En 2003, l’Association canadienne des soins palliatifs reconnaît son grand
mérite et lui accorde le Prix
d’excellence. Finalement, en
2005, le Québec la nomme Chevalier de son
Ordre national.
Nous lui
devons en grande partie les progrès faits dans le domaine des soins palliatifs
au Québec où elle a toujours été une source constante d’inspiration et
d’exemple pour ses collègues et un grand nombre de professionnels de la santé.
Cette
femme aimable et rieuse qui aimait la vie a su bien servir le monde. Une femme
rare qui a œuvré constamment pour aider les malades. Elle n’a jamais recherché
les honneurs mais ses contemporains ont reconnu sa motivation et l’excellence
de son œuvre.
Merci Andrée
Gauvin, Merci. Tu auras passé près de 30 ans de ta vie à accompagner des gens
en fin de vie. Tu as été une grande parmi les grandes. Une championne.
Claude
Dupras