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mercredi 3 juin 2015

Duplessis (4) : l’impôt provincial

En 1953, Duplessis crée une commission royale d’enquête dirigée par le juge Thomas Tremblay dans le but d'étudier «le problème des relations fédérales-provinciales au Canada du point de vue fiscal, dans le cadre de la lutte menée par Québec contre la politique centralisatrice d’après-guerre du gouvernement fédéral ». Le rapport de la Commission est déposé le 14 janvier 1954 et le ministre provincial des finances du Québec, Onésime Gagnon, suite à une des recommandations, propose un impôt de 15 % sur le revenu des contribuables. Au dépôt du projet de loi, Duplessis commente cette décision: « Nous voulons faire plus pour nos universités, nos maisons d’enseignement secondaire, bref, pour l’éducation en général. Nous voulons faire plus encore pour venir en aide à nos hôpitaux, pour ajouter à la généreuse contribution du gouvernement aux frais considérables de l’Assistance publique. Nous voulons multiplier les hospices pour les vieux et les vieilles. Somme toute, c’est notre intime désir de compléter et de perfectionner les initiatives nombreuses dans le domaine provincial, en général et spécialement au sujet de la santé publique, de l’éducation et de la législation sociale… ».
Au début des discussions au conseil des ministres, Duplessis est hésitant à voter cet impôt. Le gouvernement du Québec demandera au gouvernement du Canada de le déduire de l’impôt fédéral. Si Ottawa refuse, les citoyens du Québec subiront une double taxation et il est possible alors que la mise en place du nouvel impôt ne soit pas une décision populaire. Les discussions sont longues. Finalement, suite au consensus des ministres et se fiant à son flair de politicien aguerri, Duplessis prend la décision. En général, elle est bien accueillie par le public malgré que Saint-Laurent, lors de son premier commentaire publique, affirme que les payeurs de taxes du Québec devront subir la double taxation et que cela est la faute de Duplessis et de l’Union Nationale.
De leur côté, les nationalistes sont heureux de cette loi car ils croient qu’elle favorise grandement l’autonomie du Québec. Plusieurs la qualifient de geste historique. 
La constitution canadienne attribue aux provinces la compétence de lever un impôt sur le revenu des particuliers. Ce fut le cas jusqu’en 1942 au moment où le premier ministre Godbout du Québec céda temporairement ce droit au gouvernement fédéral pour lui permettre de financer l’effort de guerre. La guerre est terminée et Duplessis, de retour au pouvoir, veut revenir à la case de départ mais rencontre une forte contestation de la part du gouvernement fédéral. Saint-Laurent défend l’idée que dorénavant les provinces se financent par des subventions fédérales. Il présente comme normale et inévitable cette dépendance du Québec. Les intellectuels fédéralistes partagent ce point de vue, mais les intellectuels nationalistes, par la bouche des journalistes André Laurendeau, Pierre Laporte, Gérard Filion et l’historien Michel Brunet, ne sont pas d’accord avec la position de Saint-Laurent. Le parti libéral du Québec de Georges-Émile Lapalme, qui est ni plus ni moins qu’une succursale du parti libéral fédéral, s’oppose totalement à l’instauration de cet impôt (ce sera une grande erreur). Jean Lesage, ministre fédéral, également. Il semble qu’Ottawa n’acceptera jamais et que Duplessis est en train de jouer sa carrière et le pouvoir.
La loi no. 43 est adoptée en trois lectures, le 24 février 1954.
Le débat pour l’obtention de la déduction s’éternise et Duplessis marque des points sur la place publique. Il explique l’importance d’être « maîtres chez nous » en fiscalité et affirme que la centralisation des impôts peut entraîner la centralisation politique. Il martèle sans cesse l’importance pour le Québec de se financer et d’exercer ses propres pouvoirs dans les domaines de sa juridiction constitutionnelle. « Je veux un gouvernement par le Québec, pour le Québec et à Québec ». Saint-Laurent, furieux, est convaincu que le gouvernement fédéral peut changer seul la constitution du pays lorsqu’il s’agit des pouvoirs de sa juridiction exclusive et menace Duplessis de le faire. Il ne se sent aucunement obligé de consulter les provinces et bénéficie de l’appui de Londres dans cette position. Duplessis rétorque que c’est anticonstitutionnel et montre son profond désaccord. Le débat s’échauffe et pour se montrer bon joueur, Saint-Laurent propose une déduction de 5 %, mais Duplessis refuse car il veut la pleine déduction.
Finalement, reconnaissant que sa fermeté génère des conséquences politiques, Saint-Laurent communique avec Duplessis pour fixer une rencontre à huis clos. Elle a lieu le 5 octobre 1954 à l’hôtel Windsor de Montréal. Saint Laurent annonce à Duplessis qu’il est prêt à reconnaître le droit du Québec de percevoir des impôts sur le revenu des particuliers à condition que ce dernier retranche du préambule de sa loi d’impôt la mention de priorité du Québec dans ce domaine. Saint-Laurent veut conserver la primauté du fédéral sur la perception des impôts. Duplessis accepte. Saint Laurent baisse le taux de taxation fédéral de 10 %, l’équivalent fédéral de la taxe de Duplessis et les citoyens du Québec ne seront pas pénalisés fiscalement par rapport aux citoyens des autres provinces. Trudeau, à l’encontre des intellectuels fédéralistes et des libéraux provinciaux et fédéraux, est satisfait, car la solution trouvée ne nécessite pas d’amendement constitutionnel et l’appuie à la surprise de tous.
Duplessis vient de gagner une bataille qui profitera non seulement au Québec mais à toutes les provinces canadiennes. C’est une des belles victoires de sa carrière politique sinon la plus belle à ce jour. Il a fait reculer les centralisateurs. Forts du précédent créé, les gouvernements futurs du Québec réclame, 28 % en 1967 et aujourd’hui près de 50%. De plus, le Québec a remboursé totalement sa dette. Cette situation permettra de financer les grandes réformes de la « révolution tranquille » et d’obtenir éventuellement que la province se retire de plans conjoints proposés par le fédéral et obtienne des abattements d’impôts pour financer ses propres régimes de santé et d’éducation.
Pendant ce temps au Québec, le débat sur la démocratie tourne autour de deux autres lois de Duplessis, adoptées au début de 1954 et qui font croire au lien entre nationalisme et antisyndicalisme. La loi 19 permet la « décertification » de syndicats ayant toléré la présence de communistes dans leur direction. La loi 20, de son côté, prévoit une « décertification » pour tout syndicat qui déclencherait une grève dans les services publics. Elles sont rétroactives à janvier 1944. Ainsi, l’Alliance des professeurs de Montréal est « décertifiée ». Gérard Picard dénonce « l’hostilité concentrée dont les travailleurs du Québec sont victimes ». Malgré que plusieurs se demandent comment un syndicat catholique peut s’opposer à un gouvernement catholique, une partie du clergé, après Monseigneur Charbonneau, manifeste une ouverture à l’endroit du syndicalisme catholique. D’autres comme les sœurs de la Providence qui ont des rapports difficiles avec leurs infirmières syndiquées soutiennent Duplessis. Deux abbés, Dion et O’Neill, préparent un long dossier sur les principes chrétiens de la démocratie. Pour eux, l’arbitraire n’a pas de place en démocratie car tous sont soumis à la loi et les gouvernants n’ont le droit ni de faire des lois, ni d’administrer la chose publique à leur guise. Ils dénoncent aussi les mœurs électorales et affirment « qu’aucun catholique lucide ne peut être indifférent face au déferlement de bêtises et d’immoralité que l’on constate durant les élections ». Les antiduplessistes ont de nouvelles flèches à leurs arcs.
Durant ces mêmes années, le contexte social est difficile à Montréal. La charité publique se divise inégalement entre les Canadiens français, les Irlandais, les anglophones, les Juifs et les Anglais protestants. C’est chacun pour sa poche (Centraide n’existe pas).
Au niveau scolaire, les entreprises peuvent payer leurs taxes soit au niveau protestant soit au niveau catholique. Ils ont le choix. Mais comme les Canadiens anglais contrôlent les affaires et les grandes entreprises, ce sont les commissions scolaires protestantes qui sont les plus gâtées. Par conséquent, les enseignants des écoles anglophones gagnent beaucoup plus que ceux des écoles francophones. Ces derniers sont majoritairement des sœurs et des frères de communautés religieuses ou des filles célibataires. Les paroisses catholiques à Montréal se multiplient comme des lapins suite à l’immigration rurale à laquelle s’ajoutent les nouveaux immigrants européens qui commencent à arriver au pays. En plus des logements, des églises et des écoles qui se construisent partout, on voit surgir de nouvelles caisses populaires et de grandes épiceries Steinberg. Les nouvelles écoles pullulent dans les villages et dans les rangs. Duplessis construit ! Les enseignantes qui sont fortement majoritaires et les enseignants doivent apprendre leur métier durant deux ans à l’école normale de leur région qui est dirigée généralement par les communautés. Ceux et celles qui veulent enseigner à l’université doivent suivre des cours d’été à l’U de M. Ce sont surtout de nombreuses sœurs qui se préparent pour l’école du haut-savoir au point que le campus a des airs de couvent.
Les écoles supérieures (secondaires) sont rares et ne débouchent pas aux études collégiales et universitaires. Par conséquent, les élèves de ces écoles ne persistent pas et quittent prématurément les études. De leur côté, les collèges ne manquent pas. Il y en a plusieurs qui sont classiques où étudient les jeunes de l’élite et qui sont utiles pour le recrutement des prêtres, d’autres scientifiques et commerciaux comme le Mont-Saint-Louis et ceux qui donnent le cours secondaire comme le Collège Notre-Dame.
Au point de vue de la santé, les spécialités médicales se multiplient dans les hôpitaux, tout comme celles des nouvelles technologies et ceux-ci se voient obligés d’augmenter leurs tarifs. Comme il n’y a pas d’assurance maladie, la population, qui n’est pas protégée de l’inflation, a une difficulté croissante à payer les nouveaux frais. Elle s’irrite et met en cause les communautés religieuses qui contrôlent les hôpitaux. La situation devient scandaleuse, lorsque les sœurs exigent des patients de faire la preuve de leur capacité de payer avant l’admission à l’hôpital. Les classes populaires accusent les sœurs de faire des affaires au lieu de la charité.
Le gouvernement de Louis Stephen Saint Laurent, en fin de mandat,  proposa en 1957, à la Chambre des communes, l’acte d’ « Assurance hospitalisation et de services diagnostiques » qui fut adopté unanimement par les députés. Et cela grâce à la vision et aux efforts du chef du parti socialiste Tommy Douglas, député de la province de Saskatchewan. Le PM libéral Lester Pearson étendra l’acte pour en faire un programme universel de santé publique en 1966.
Le taux de natalité commence à baisser à cause de ces problèmes et du fait que la très grande majorité des travailleurs francophones et des nouveaux arrivants de la métropole sont locataires et vivent dans de petits logements vieillissants. Quant à la classe moyenne qui se loge dans des maisons de la banlieue, elle fait son choix entre de nouveaux enfants ou avoir son nouveau standard de vie qu’elle aime. Les curés perdent leur emprise sur les femmes.
La modernité s’en vient.
 

Suite :  Duplessis (5) :  Autonomie… autonomie

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mardi 23 juillet 2013

Un Premier ministre bien ordinaire

C’est à son arrivée à Lac Mégantic, que j’ai revu Stephen Harper. Encore une fois, je l’ai trouvé terne, incolore, inodore et sans saveur. Quelle image désolante pour un premier ministre (PM) du Canada, au pouvoir depuis près de 8 ans ! Est-ce cela qui explique qu'il n'a que 8% d’appuis au Québec, alors que Robert Stanfield, chef du Parti progressiste-conservateur qui aussi avait peu d’image, mais était un progressiste, en avait 21% ? Qu’en est-il vraiment ? Pour mieux comprendre, je crois qu’une comparaison s’impose avec les faits et gestes de ses prédécesseurs : John George Diefenbaker, Lester Pearson, Pierre-Elliot Trudeau, Brian Mulroney et Jean Chrétien.

John Diefenbaker né en Ontario, adolescent en Saskatchewan, soldat de la 1ière guerre mondiale, en revient pour pratiquer le droit. Amant de la politique, tribun extraordinaire, il perd sept élections avant d’être député, ministre et PM du Canada. Il le sera 6 ans. Traduction simultanée, première femme ministre, premier amérindien sénateur, plus de points d’impôts aux provinces, protection des agriculteurs de l’Ouest et des pauvres de la société sont ses actions. Il fait adopter la déclaration canadienne des droits et des libertés fondamentales. Il veut l’indépendance économique et politique du Canada des USA. Refuse l’implantation sur le sol canadien de missiles nucléaires américains Bomarc. En 1958, il gagne 50 députés au Québec, malgré qu’il soit unilingue anglais. Persuasif, convaincu et convainquant, « the chief » est un leader sincère, franc et a de la couleur. Pour le PM Joe Clark : « Ce fut un homme indomptable qui changea la nature profonde de son pays et la changea pour toujours ».

Lester Pearson devint Nobel de la paix. Diplômé de l’U de Toronto et d’Oxford, athlète, pilote à la guerre 1914-18, il devient ministre, s’oppose à l’intervention militaire du Canada dans le monde et propose, à l’ONU, la formation des « casque bleus ». PM en avril 1963, il le sera 5 ans, il instaure l'accès universel aux soins de santé, les prêts aux étudiants, le bilinguisme officiel, le régime de pensions des canadiens, etc.. et le drapeau du Canada. Il légalise le divorce, décriminalise l'avortement et l'homosexualité. Combiné à son travail innovateur à l'ONU et en diplomatie internationale, Pearson est l'un des Canadiens les plus influents du XXe siècle. Il a fait sa marque partout.

Pierre-Elliot Trudeau, formé par les jésuites, étudiant en droit, obtient une maîtrise en économie politique d’Harvard. Outrancier, insolent et provocateur, il aime le canoë et les voyages, dont en Chine de Mao. Il s’intéresse à la grève d’Asbestos et aide les grévistes. Il joint « Cité libre » où il propose des « réformes sociales et une plus grande égalité ». Professeur de droit constitutionnel à l'U de M, il se lance en politique fédérale. Elu, il est ministre de la Justice. Une phrase le rend célèbre « L’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation ». Devenu PM, il le sera 15 ans. Il fait adopter la loi sur les langues officielles et oblige les institutions fédérales à offrir des services en anglais et en français à la grandeur du pays. Aux prises avec l’enlèvement du diplomate James Richard Cross et le meurtre du ministre Pierre Laporte, il ordonne à l'armée d’agir et proclame la « Loi sur les mesures de guerre ». Il aboli la peine de mort. En 1976, il apporte une aide financière au peuple cubain victime d’un embargo américain. Il gagne le référendum de 1980 contre les séparatistes québécois et rapatrie la constitution canadienne de Londres, nonobstant le refus du Québec. Intellectuel au caractère flamboyant, il a rehaussé la visibilité du Canada dans le monde.

Brian Mulroney, de Baie Comeau, devient avocat d’une firme montréalaise, commissaire de la Commission Cliche sur la construction et président de Iron Ore Company. Intéressé par la politique, il est élu PM progressiste-conservateur en 1964. Il le sera 9 ans. Il veut la signature du Québec sur l’acte constitutionnel de Trudeau et négocie l’accord du Lac Meach pour ce faire. Il vient à un cheveu près de réussir. Il privatise de nombreuses sociétés d'État dont Air Canada, ratifie le libre-échange avec les États-Unis, s’oppose au régime d’apartheid en Afrique du Sud et appuie la « coalition » durant la guerre du golfe. Il initie un accord sur les pluies acides avec les USA et est le premier répondeur occidental à la famine éthiopienne de 1984-1985. Il s’oppose à l'intervention des USA au Nicaragua, mais devient interventionniste dans des conflits en Yougoslavie, en Ethiopie et en Irak. Malgré qu’il sache l’impopularité pour son parti qui va en résulter, il impose une taxe de vente (TPS), décrète un moratoire sur la pêche à la morue et accorde le contrat d’entretien des F-18 au Québec. Sa forte et plaisante personnalité en fait un leader politique aimé par les grands de ce monde et cela a bénéficié au Canada.

Jean Chrétien est né à Shawinigan. Diplômé en droit de l’U de Laval, il est élu député fédéral en 1963. PM en novembre 1994, il le sera 10 ans. Il hérite d'un pays largement endetté. Avec son ministre des finances, Paul Martin, il procède à des compressions budgétaires importantes et élimine un déficit de 42 milliards $. Ses cinq budgets suivant sont excédentaires et il rembourse 36 milliards $ sur la dette. Il vote la plus grande baisse d'impôt de l'histoire. Lors du référendum de 1995, il dirige les fédéralistes à la victoire. Puis, il fait adopter la loi sur la clarté référendaire pour que toute question référendaire future soit « une question claire » qui doit obtenir « une majorité claire ». Il refuse que le Canada participe à la guerre d’Irak de 2003 et ratifie le Protocole de Kyōto sur les changements climatiques. Depuis sa retraite, la popularité de Chrétien ne cesse de grandir et il demeure un orateur puissant et aimé.

Stephen Harper, membre fondateur du Reform Party, parti de droite de la droite, est élu chef du parti (devenu Alliance Canadienne). En 2003, il conclut un accord avec le parti Progressiste-Conservateur pour fusionner les partis. Pour réussir, il doit renier ses politiques contre l’avortement et contre le bilinguisme. Le Parti Conservateur est créé (le mot progressiste étant trop choquant aux oreilles d’Harper). En 2006, il est élu PM et hérite d’un Canada prospère, dynamique et respecté sur la scène mondiale.

Pour respecter ses promesses électorales de 2006, Harper diminue la TPS de 2 %. De plus, il réduit l’imposition des sociétés de 6 %. Le PIB augmente de 13,6% et le Canada s’en tire mieux que les autres pays développés. En 2013, la croissance est de 2,5%, les exportations en hausse de 6% et la dette est moins élevée. 95 000 nouveaux emplois sont créés. Définitivement, un plus.

Sous prétexte que le Canada est devenu une « superpuissance énergétique éminente », Harper change radicalement la direction du pays en rapport avec l’environnement. Lui qui avait traité le protocole de Kyoto de « complot socialiste », annule les programmes d’actions volontaires, dont « le « défi d’une tonne ». Pour masquer son inaction, il annonce des programmes visant à baisser de 20%, en 13 ans, les GES. Les médias dénoncent la duplicité et le manque de sérieux du gouvernement. Trois ans plus tard, Harper retire le Canada de Kyoto, met la clef dans son programme d’une bourse de carbone et réduit son objectif de GES, qui ont augmenté de 7,4% au lieu de diminuer. Définitivement, un moins.

L’industrie du gaz et du pétrole représente 8% du PIB. Les sables bitumineux y compte pour 60%. Le monde entier s’élève contre l’exploitation des sables dont l’Union Européenne qui refuse ce pétrole « sale » sur son territoire. Aujourd’hui, la réduction de pollution est réelle mais chimérique au moment où Obama est pressé par Harper, au nom de la bonne entente USA-Canada, d’approuver le nouvel oléoduc Keystone XL. « Le transport se fera par oléoduc ou par rails », dit Harper au président, « à vous de choisir ». Après l’apocalypse du Lac Mégantic, on peut comprendre la force de cette menace. Pour Harper, l’impact économique au Canada et l’indépendance énergétique en Amérique du Nord, l’emporte sur le réchauffement climatique. Définitivement, un moins.

Bon conservateur, Harper introduit des modifications au code criminel pour le rendre plus sévère. Allongement de peines, peines minimales pour petit délit, mise en liberté sous condition annulée, libérations conditionnelles restreintes, etc... Il ferme six « fermes-prisons » de réhabilitation pour les détenus. La population carcérale augmente. Critiqué par les juges et les avocats, Harper ne bronche pas. Son modèle est les USA qui selon lui est l’endroit le plus sûr de la planète. Définitivement, un moins.

Toujours sur sa ligne à droite, il somme le Conseil national de recherches à mettre l’accent sur des recherches pratiques pour aider l’industrie au lieu de la recherche fondamentale. C’est une guerre contre la science qui peut coûter cher à long terme et qui fait en sorte que les meilleurs cerveaux nous quittent. Définitivement, un moins.

Il aboli le registre national des armes à feu mis sur pied à coup de millions $ par ses prédécesseurs, suite à la tuerie de Polytechnique. Définitivement, un moins.

Harper fait intervenir le Canada dans la guerre en Afghanistan. Il avait reproché à Chrétien d’avoir refusé de participer à la guerre en Irak. Le nombre de morts est grand. Les coûts aussi.
Définitivement, un moins.

Voulant limiter le jeu de l’influence avec l’argent, suite aux dons politiques, Harper instaure une interdiction de lobbysme de 5 ans aux ex-ministres, haut fonctionnaires. Il crée le poste de Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique. Définitivement, un plus.

Il modifie la loi électorale et instaure les élections générales à date fixe. Définitivement, un plus.

Il n’oublie pas ses politiques du Reform et nomme des unilingues à des postes qui requièrent des personnes bilingues. Il renie ainsi sa parole donnée au parti progressiste conservateur. Il coupe le budget pour le bilinguisme et est critiqué vertement par le vérificateur général. Définitivement, un moins.

Harper met fin à l’obligation des Canadiens de remplir le formulaire du recensement quinquennal, malgré l’opposition du directeur de Statistique Canada. Au recensement qui suit, le taux de réponse de 50% devient un empêchement pour obtenir des renseignements valides pour le développement urbain, la construction d’écoles, d’hôpitaux, de logement à loyer modique, de services aux immigrants. Tout devient plus compliqué et souventes fois impossible. Définitivement, un moins.

Sur la question de l’unité nationale, Harper dépose une motion reconnaissant « que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni ». Le vote aux Communes est quasi unanime. Controverse au Canada Anglais que Harper apaise en lui affirmant qu’il y a plusieurs nations au pays. Finie l’histoire du Canada créé par deux nations, la francophone et l’anglophone. Que sont les francophones des autres provinces ? L’ile-du-Prince Edouard, une nation ? Ce n’est que de la petite politique qui n’a rien apporté à Harper aux élections qui suivirent. Il n’en parle plus. Pour certains un plus, pour d’autres un moins !

Comme on peut juger, le conservatisme de droite a pris charge de la politique canadienne. Les moins l’emportent sur les plus. Influencé par la politique républicaine américaine, Harper et son idéologie a amené le Canada dans une voie qui nous est étrangère. Certes, il met l’accent sur l’économie et réussit, mais un pays c’est aussi une foule d’autres choses aussi importantes.

Les premiers ministres qui ont précédé Harper ont bâti un Canada grand, propre, fier, fort, ouvert au monde, respecté, respectueux de la personne humaine et de ses droits, champion de l’environnement. Aujourd’hui, le Canada souffre, fait du sur place et les gens du monde nous demandent « Qu’est ce qui se passe chez vous ? ». La réponse est simple. « Nous avons un Premier Ministre bien ordinaire »

Claude Dupras

lundi 26 décembre 2011

Découverte de 2011 : Le bulldozer Harper

Stephen Harper a été réélu premier ministre du Canada, le 2 mai dernier. Son Parti Conservateur (PC) a obtenu 39,6% des votes des 61,1 % d’électeurs qui ont voté. Grâce au jeu du système parlementaire britannique, Harper a obtenu une majorité de députés à la Chambre des communes malgré que seulement 24,1% des électeurs éligibles ont voté pour le PC. Évidemment, on peut faire le même genre de calcul pour les autres partis politiques mais ils ne sont pas le gouvernement. Contrairement aux chefs de gouvernements majoritaires précédents qui savaient faire la part des choses, Harper agit comme un p’tit dictateur.

Il me semble que dans une telle situation, un gouvernement démocratique majoritaire responsable doit, au minimum, écouter, réfléchir et s’ajuster avant de proposer. Harper, au contraire, relit le programme de son ex-parti de droite de la droite, le Reform Party, l’impose et l’applique à la lettre, sans consultation. Il serait sage qu’il se rappelle que jamais le Reform n’aurait été élu si le Parti Progressiste Conservateur (PPC) n’avait pas accepté de se fusionner avec lui et que c’est grâce aux membres de ce dernier qu’il a pu atteindre le poste important de premier ministre du Canada. Ces membres du PPC, dont j’étais, n’épousaient pas la politique du Reform, mais se situait plutôt au centre-droit. Aujourd’hui, jamais je ne pourrais voter pour le PC actuel car il méprise en grande partie ce que, sous Stanfield, Clark et Mulroney, nous avons proposé pour le pays.

Au lieu d’être un gouvernement majoritaire bon, il est devenu littéralement un bulldozer. Voici quelques exemples :

1. Il a imposé le bâillon sur des projets de loi dont le vote était assuré.

2. Il a forcé certains comités parlementaires à siéger à huis-clos.

3. Il a fait faire une démonstration de la puissance militaire aérienne canadienne au-dessus de la colline parlementaire. Du jamais vu !

4. Il a engagé une firme privée pour nuire politiquement au député libéral de Mont-Royal.

5. Il a démontré un patronage éhonté et coûteux envers les comtés conservateurs lors de l’organisation du G20 au Canada.

6. Il a dû reconnaître, devant l’évidence accumulée, sa culpabilité d’avoir enfreint la loi pour le financement des partis politiques.

7. Il a regroupé, dans une loi omnibus, neuf projets de loi de la justice criminelle sur des sujets aussi variés que le terrorisme, l’exploitation sexuelle infantile et la culture de marijuana. Le vote, suite au bâillon, a été bâclé au point que c’est le sénat non-élu qui doit, aujourd’hui, apporter des amendements jugés maintenant essentiels.

8. Il ajouté de force 30 nouveaux députés sans tenir compte des arguments de la nation québécoise, une des deux fondatrices du pays, qui réclamait que le seuil traditionnel de son poids historique de 25 % des députés à la Chambre des communes soit maintenu. Il est tombé à 23,1 %.

9. Il a modifié le financement des partis en réduisant de 30 millions $ annuellement l’apport du gouvernement à leurs caisses. Le PC a hérité du système de collecte du « Fonds PC du Canada » où j’ai siégé comme vice-président du temps de Joe Clark. Avec le temps, ce système avait amassé une liste imposante de donneurs et était devenu une formidable machine pour ramasser des sous. L’an dernier, le PC a collecté 17 millions $, plus que tous les autres partis combinés. En vue de la prochaine élection, Harper se sert de la loi pour défavoriser ses adversaires politiques qui n’ont pas un tel outil… ni l’appui inconditionnel des pétrolières.

10. Il a retiré la signature du Canada de l’accord de Kyoto sur les changements climatiques, au grand dam de l’ONU, de l’Europe et de l’Asie.

11. Il a fermé le registre des armes à l’épaule et s’apprête à en détruire toutes les données même si elles sont réclamées par le Québec, qui veut maintenant créer son propre registre en remplacement de celui du fédéral, malgré le fait que les Québécois ont payé pour.

12. Il n’a proposé aucun nouveau programme national, sauf celui pour la régulation centrale des valeurs mobilières qui vient tout juste d’être déclaré anticonstitutionnel par la cour Suprême du pays qui l’a jugé de juridiction provinciale.

13. Contrairement à ce qui s’est toujours fait, il a refusé toute discussion à la récente réunion fédérale-provinciale des ministres des finances des provinces où son ministre a tout simplement fait part de la contribution canadienne pour les prochaines années au financement des systèmes de santé gérés par les provinces et est reparti sur-le-champ vers Ottawa. D’ailleurs, Harper n’a pas convoqué de rencontre des premiers ministres des provinces comme à l’habitude.

14. Il s’est révélé monarchiste, sans en avoir soufflé mot durant la période électorale, en imposant brusquement et exagérément le symbole de la couronne britannique et en repoussant l’image d’indépendance du pays que les gouvernements précédents depuis Lester B. Pearson ont créée.

15. Il fait fi de l’opinion de tous les environnementalistes du monde, et l’a démontré encore récemment, en faisant pression sur Barack Obama pour qu’il accepte immédiatement la construction du pipeline Keystone entre l’Alberta et le Texas, sans forcer les compagnies pétrolières à produire un pétrole « propre ». Dans mon billet du 21 août dernier « Le pipeline des sables bitumineux : une occasion pour Obama », je me montrais favorable la construction du pipeline, bon économiquement pour le Canada, à la condition cependant que le président impose des mesures pour assurer que les producteurs produiront un pétrole « propre ». Obama a voulu se donner un an pour étudier cette question importante. En désaccord, Harper pousse Obama d’agir. Les Républicains, financés par les pétrolières, menacent aussi le Président de retarder l’approbation de ses politiques s’il n’approuve pas le pipeline d’ici deux mois. C’est le leader du NDP-Alberta, Brian Mason, qui décrit bien le lien malsain entre les politiciens conservateurs et l’industrie pétrolière : “The Conservative party is far too close to the oil industry — they’re way too cosy … They get an enormous amount of money from the oil industry. There’s just a tremendous integration of the Conservative Party and executives of the oil industry in terms of making policy. That is very inappropriate.”

La semaine dernière, l’ex-PM le libéral Jean Chrétien a mis en garde les Canadiennes et les Canadiens. À son avis, les lois sur l’avortement, le mariage gai et la peine capitale sont dans la mire des conservateurs. Il prétend possible qu’ils veuillent revenir sur les décisions prises par les gouvernements passés, libéraux ou PPC, sur ces sujets qui sont de prime importance pour notre société. En somme, ils voudraient restaurer chez nous les politiques de notre voisin du sud, où des médecins sont tués pour avoir fait un avortement, où des innocents sont déclarés coupables et tués en prison et où les gais sont pourchassés. Même si dans certains cas, comme l’avortement, Harper a nié vouloir agir ainsi, je crois qu’il faut se méfier de lui, si on se base sur les dernières années et le programme du Reform Party.

Avec son attitude intransigeante et ses gestes unilatéraux, Stephen Harper ne semble pas préoccupé par le danger que la légitimité du parlement canadien puisse être diminuée dans l’esprit des Canadiens. Il ne semble pas préoccupé par le fait qu’il s’isole de plus en plus des Québécoises et des Québécois. Il n’hésite pas à alimenter les séparatistes d’arguments de taille. Il ne craint pas de tout bousculer sur son passage, convaincu que de tels gestes n’influencent pas le vote des électeurs. Au contraire, il estime que ces derniers y voient un signe de force puisque le Canada n’est pas englué, comme d’autres pays, dans des débats stériles qui nuisent à l’économie.

C’est la nouvelle démocratie canadienne !

Claude Dupras

jeudi 18 août 2011

Les extrêmes en marche au Canada

C’est un drôle de pays que le mien, le Canada. À un extrême, les séparatistes québécois font preuve d’un manque de pragmatisme surprenant. À l’autre, le gouvernement conservateur fédéral se montre de plus en plus attaché à la couronne britannique.

Au Québec, le Parti Québécois (PQ) qui menait largement dans les sondages, il y a à peine quelques mois, se détruit de l’intérieur. Cinq députés, et non les moindres, l’ont quitté sur un coup de cœur prétextant que les stratégies de leur parti ne le positionnaient pas carrément en faveur de l’indépendance du Québec. Depuis l’élection fédérale de mai dernier où le Bloc Québécois (BQ) a été à toutes fins pratiques éliminé de la carte politique canadienne et québécoise, la panique s’est emparée des péquistes. Les démissions ont été suivies de multiples déclarations fracassantes dénonçant la chef péquiste Pauline Marois et réclamant sa démission immédiate, et cela à peine quelques mois après que le congrès national du PQ lui ait accordé sa confiance à 93%. Les idéalistes séparatistes lui reprochent sa politique de « gouvernance souverainiste » par laquelle elle s’engage à former un bon gouvernement tout en préparant le terrain pour un référendum sur la séparation de l’ensemble canadien sans toutefois s’engager à le tenir dans un premier mandat électoral. Ces mordus de l’indépendance le veulent tout de suite. Les conséquences de cette querelle de famille sont clairement exposées dans les récents sondages où le PQ devient presque un tiers parti dans l’opinion québécoise et risque de subir le même sort que le BQ. C’est un revirement à 180°.

Du côté du premier ministre canadien Stephen Harper, le revirement est aussi à 180°. Élus avec une majorité parlementaire, lors de l’élection fédérale, le PM et son parti conservateur se pensent tout permis. Ils ne cessent d’affirmer que le peuple canadien leur a donné le mandat d’agir comme ils le font. Et même s’ils n’ont jamais parlé des liens avec la couronne britannique durant l’élection, le PM et ses ministres ont décidé de rétablir tous les symboles de la royauté qui ont été mis au rancart par les gouvernements canadiens passés. Ainsi, les deux tableaux représentant le Canada, de l’important peintre québécois Alfred Pellan, qui étaient suspendus dans le Hall d’entrée du ministère des Affaires extérieures depuis des dizaines d’années ont été enlevés et remplacés par un immense portrait de sa majesté Elizabeth II. L’explication pour eux est simple, la reine est le chef d’état et son portrait doit être affiché à cet endroit. Il semble qu’Harper a été très impressionné d’avoir été invité à coucher à Buckingham Palace…

De plus, Harper a décidé de revenir sur la décision, d’il y a 60 ans, de l’ex-PM Lester Pearson, Nobel de la paix, d’enlever le mot « royal » du nom de chacune des trois forces militaires canadiennes. Ainsi l’armée royale canadienne, la marine royale canadienne et la « Royal Air Force » sont devenues l’armée canadienne, la marine canadienne et la « Canadian Air force ». Aujourd’hui, Harper rajoute le mot « royal » à nouveau pour montrer son attachement à la reine de l’Angleterre. Alors que la population canadienne devient de plus en plus multiculturelle, alors que notre pays a retrouvé sa constitution et qu’il serait normal de chercher à s’éloigner définitivement de la couronne Britannique et de devenir, non seulement par la loi mais aussi par les symboles, un pays vraiment indépendant, Harper recrée les images de notre dépendance passée envers les anglais et Londres. Je n’y comprends rien.

Pour revenir au Québec, la seule vraie chance qu’ont les séparatistes d’atteindre leur but passe par un gouvernement PQ. Le passé l’a clairement établi puisque les deux référendums ont été votés par un gouvernement péquiste qui avait passé un mandat électoral au pouvoir. Le peuple québécois ne veut pas être brusqué et les séparatistes devraient s’en souvenir. Pauline Marois n’est peut être pas la plus sympathique des leaders politiques, mais elle a été élue et plébiscitée à son poste.

Après les trois mandats électoraux successifs de Jean Charest, il est normal que les Québécoises et les Québécois pensent à changer de gouvernement. Mais suite à la façon spectaculaire avec laquelle les séparatistes se tirent dans le pied, ils indiquent dans les sondages que Jean Charest et le parti libéral reprennent du poil de la bête. S’ils veulent vraiment créer le pays Québec, les séparatistes doivent cesser de se chamailler et redevenir sérieux. Comme membres responsables d’un parti politique, le bon sens indique leur obligation d’appuyer leur parti et leur chef. Si la division règne, ils sont assurés de l’opposition et risquent même de perdre l’opposition officielle.

Quant au monarchiste Harper, il continue d’aller à rebrousse-poil par rapport aux tendances dans le monde et à la façon de penser et de voir des Québécois. Alors que la première ministre d’Australie propose publiquement l’abolition de la monarchie, Harper en fait la promotion au Canada. Partout au monde, lorsqu’on voyage, les gens de tous les pays ne peuvent pas comprendre que la photo de la reine Élizabeth soit sur les billets d’argent canadien. Et s’il continue, Harper enlèvera-t-il les portraits d’ex-PM du pays qui figurent sur certains autres billets ? Ce sera de beaux billets lorsque Charles deviendra roi !

Ce faisant, le PM Harper ne retrouvera certes pas l’appui des Québécois. Nous avons besoin au Canada d’un vrai gouvernement pour tous ses citoyens et citoyennes quelques soient leurs origines. Certes Harper a une majorité, mais il ne représente qu’une nation du pays et qu’une frange de l’opinion publique. Diriger le Canada sans tenir compte du statut et de l’opinion de la nation canadienne-française n’est pas dans l’intérêt de l’unité canadienne puisque plusieurs Québécois et francophones des autres provinces se révoltent tous les jours contre cette façon de faire. Harper ne rend pas service à notre pays en poussant vers la souveraineté ceux qui hésitent entre le Canada et le Québec.

Claude Dupras

lundi 21 mars 2011

Avec peu de Québécois à la tête du pays, peu se fait !

Il est possible que le gouvernement minoritaire conservateur du PM Stephen Harper soit renversé cette semaine par un vote à la Chambre des communes canadienne. Le pays sera alors projeté dans une élection générale.

L’heure est donc à l’analyse du bilan du gouvernement Harper. Et pour l’évaluer à sa juste valeur, j’ai pensé comparer ses actions à celles des premiers ministres qui l’ont précédé, soient Louis Saint-Laurent, Pierre-Eliott Trudeau, Jean Chrétien, Brian Mulroney et Paul Martin.

Le gouvernement Harper n’a pas en son sein de Québécois à la hauteur des responsabilités gouvernementales à Ottawa. La dizaine de députés conservateurs actuels est incapable d’imposer ses idées à Harper. Les ministres québécois choisis ont été nommés parce que le PM Harper n’avait pas de choix. Peu font le poids et aucun n’est vraiment partie de la tête dirigeante du pays.

Louis Saint-Laurent fut PM du Canada de 1948 à 1957. Entouré de ministres prestigieux du Québec, il entreprit la route transcanadienne, lança la voie maritime du Saint-Laurent, construisit l’oléoduc canadien, nomma un premier gouverneur-général né au pays, participa à la fondation de l’OTAN, instaura les paiements de péréquation aux provinces, accepta de réduire l’impôt fédéral suite à l’instauration d’un impôt personnel au Québec, apporta des modifications importantes aux pensions de vieillesse et à l’assurance maladie, fit de Terre-Neuve une nouvelle province canadienne et encore…

Pierre Elliott Trudeau fut PM du Canada de 1968 à 1979 et de 1980 à 1984. Il avait joint le cabinet du PM Lester Pearson avec Jean Marchand et Gérard Pelletier. Il légalisa l’avortement, le divorce et l’homosexualité. Devenu PM, il adopta la loi sur les langues officielles faisant du Canada un pays bilingue, il décréta la loi sur les mesures de guerre à la crise d’octobre 1970, abolit la peine capitale, rapatria la constitution canadienne de Londres, signa la nouvelle constitution canadienne et y intégra une nouvelle charte des droits et libertés. Il fit adopter le programme énergétique national, et encore…

Brian Mulroney fut PM du Canada de 1984 à 1993. Son équipe ministérielle comprenait des Québécois de grande qualité. Il réalisa le traité de libre-échange avec les USA et le Mexique; instaura la TPS pour régler les problèmes de dette du pays; fit tout pour obtenir une reconnaissance officielle du Québec par l’accord du Lac Meech, rejeté par deux provinces, et l’accord de Charlottetown rejeté par référendum; enchâssât les droits linguistiques des Acadiens du Nouveau-Brunswick dans la constitution. De plus, il privatisa 23 sociétés d’État dont Air Canada et Petro-Canada, créa un nouveau territoire du Nord-Ouest nommé Nanuvut, s’opposa à l’apartheid en Afrique du sud malgré les pressions des USA, collabora à la guerre du golfe de 1991, signa l’accord sur les pluies acides avec les USA, s’opposa à l’invasion du Nicaragua par les Américains, et encore…

Jean Chrétien fut PM du Canada de 1993 à 2003. Son équipe ministérielle comprenait plusieurs québécois de valeur. Il fut ministre sous Lester Pearson et Pierre Elliot Trudeau. En tant que PM, il participa aux référendums de 1995 sur la séparation du Québec, ratifia l’Accord de Kyoto, refusa de participer à la guerre en Irak. Avec son ministre des finances, Paul Martin, il élimina les déficits de plus 42 milliards $, enregistra cinq surplus, remboursa 36 milliards $ sur la dette nationale et réduisit les impôts des particuliers et des entreprises de 100 milliards $ sur 5 ans, la plus grande réduction d'impôt de l'histoire, et encore...

Paul Martin fut PM du Canada de 2003 à 2006. Il avait aussi une équipe de ministres québécois compétents. Il entreprit d’améliorer les relations avec les USA; de répartir une partie des excédents fédéraux pour aider les provinces; accepta, une première canadienne, que l’argent remis au Québec puisse être dépensé ailleurs qu’à la santé où le dictait le fédéral (le PM Charest l’attribua à l’impôt personnel pour rendre le taux fiscal québécois plus compétitif). Il suggéra d’augmenter le G8 à G20, établit de meilleures relations avec la Chine qui accepta son accord de partenaire stratégique, et nomma une Québécoise d’origine haïtienne gouverneur-générale du Canada. Et encore…

Voilà un bilan bien succinct des actions prises par les PM qui ont précédé Stephen Harper. On peut être en désaccord avec certaines de leurs actions, mais on ne peut que reconnaitre que les Québécois étaient à la tête du Canada, jouaient un rôle décisionnel et que de grandes décisions étaient prises.

Stephen Harper est PM depuis janvier 2006, toujours minoritaire. Qu’a-t-il fait ? Sa première action fut de s’opposer à l’accord de Kyoto et de défendre bec et ongles l’exploitation des sables bitumineux d’Alberta, sa province. Puis, il se mit à mimer GWBush, calquant même ses lois aux américaines. Il fit accepter une résolution reconnaissant la nation québécoise, voter la loi sur la responsabilité réduisant les influences et instaurer le principe des élections à date fixe. Il changea notre politique de neutralité au Moyen-Orient en plaçant le Canada unilatéralement en faveur d’Israël. Il joignit la guerre en Afghanistan et dépense des milliards $ pour ce faire et pour moderniser les équipements militaires. Il a renouvelé l'accord de NORAD avec les USA, le rendant permanent et y ajoutant la défense maritime au détriment de la souveraineté canadienne. Il a boudé les Jeux Olympiques de Beijing et essaie depuis de retisser les liens avec la Chine. Il a réglé le conflit du bois d'œuvre sans récolter le remboursement total des 5 milliards $ payés inutilement par les producteurs canadiens en tarifs douaniers. Il a hérité d’un budget à surplus mais gouverne depuis avec des déficits qu’il a accentués en diminuant la TPS de 2% pour fins électorales. Il a organisé un programme de financement d’infrastructures pour contrevenir aux effets de la crise.

En comparaison avec ses prédécesseurs, je place Stephen Harper au bas de la liste. Son gouvernement manque d’imagination, de courage politique, de vision et ne pense qu’à satisfaire sa base d’à droite de la droite. Je n’ai jamais manifesté un patriotisme excessif, mais il me semble clair que c’est un gouvernement à un son de cloche. Il lui manque celui du Québec pour avoir vraiment une âme canadienne d’un océan à l’autre à l’autre.

Comme le Parti Conservateur qui n’aide pas le Québec en ne recrutant pas des candidats de grande valeur, le Bloc Québécois n’aide pas le pays et n’aide pas le Québec à Ottawa. En prêchant un nationalisme mal pensé, le Bloc vide les rangs de Québécois des partis fédéraux et empêchent ces partis d’être vraiment la réflexion de ce qu’est le pays. Les Québécois sont à la base des grandes transformations politiques du pays. La marque importante qu’ils ont laissée à Ottawa doit se poursuivre. Le pays doit cesser de végéter.

A nous de voter bientôt pour accroître la représentation du Québec dans les rangs des partis fédéraux.

Claude Dupras