Mon ami et correspondant depuis toujours Mansour, berbère algérien, m’exprime dans un récent courrier sa pensée sur l’évolution du printemps arabe. Je crois que ses propos peuvent intéresser mes lecteurs et j’ai décidé d’en faire un billet de mon blog.
Mansour sera très intéressé par vos commentaires que je vous invite à m’envoyer ou à ajouter sur mon blog.
Claude Dupras
Cher ami,
Le comportement des USA et de ses alliés européens à travers tout le monde arabe me dégoûte. La goutte qui a vraiment fait débordé le vase pour moi a été le comportement de la Cour internationale de justice, qui soi-disant est là pour défendre les droits internationaux de toutes les sociétés du monde et qui se comporte tout simplement comme un instrument de la politique internationale des USA, depuis pratiquement les attentats du 9 septembre de 2001 à New York.
Revoyons rapidement les récentes interventions de cette Cour suprême. Elle n'a pas hésité d’émettre des mandats d’arrêts du président du Soudan, de Kadhafi et d’un nombre de membres du Hezbollah du Liban, inculpés de l'assassinat du dernier premier ministre libanais. Et maintenant, le président de la Syrie est dans la mire.
Où était cette Cour internationale de justice lors des atrocités commises par des gens comme Moubarak ou El Abidine ou mieux encore du président du Yémen qui opprime son people plus de 30 ans ? Où est-elle face à l'oppression des chiites par les régimes sunnis, à travers les émirats arabes qui sont soumis à la domination de l'Arabie saoudite et de ses alliés américains et européens.
Cette cour, qui devient kangourou, se donne le droit moral universel de poursuivre des gens comme Milosevic ou autres slaves mais oublie les atrocités commises par toutes les républiques de la Yougoslavie du passé. Mieux encore, comment peut-elle être la défenseure des droits internationaux et mettre de côté toutes les atrocités commises par les alliés des USA. Bientôt, nous allons la voir s'intéresser aux leaders politiques de l'Iran et peut être même de la nouvelle Turquie qui ont créé des démocraties tirées des valeurs occidentales mais qui refusent d'abandonner leurs valeurs culturelles musulmanes.
Un célèbre écrivain algérien, Malek Benabi, a publié dans le passé un ouvrage qui m'a considérablement marqué. Il y explique la colonisation par le monde occidental des pays arabes, en particulier, et dans le reste de la planète lors des 19e et 20e siècles. Il décrit bien les conditions sociopolitiques qui prévalaient à travers le monde arabe et surtout en Algérie, avant les interventions coloniales européennes. Ce qui me choque aujourd’hui même, c'est que je trouve que les mêmes conditions sociopolitiques, qui ont mené à la colonisation de ce monde arabe, sont encore "live and kicking" à travers ce même monde.
Les pseudos politologues français, anglais et surtout américains veulent nous faire croire que les événements en Tunisie et surtout en Egypte sont une dénonciation publique des mouvements islamiques à travers les mondes arabe et musulman de la terre. Mais on oublie de nous dire que ces mouvements, aussi spontanés qu'ils soient n'ont aucune vision de ce qu'ils veulent à long terme pour leurs sociétés qu'ils disent vouloir réformer. Cette révolte spontanée des jeunes arabes, en particulier, me rappelle tout de même le fameux ouvrage de Gillas « la révolte des gueux ». Et, l'histoire nous enseigne, tous les jours, que ces révoltes n'aboutissent à rien, en fin de compte. La révolte d’Alger du 5 octobre 1998 à Alger nous l’a bien démontré.
Je n'oublierai jamais une fameuse réponse du général de Gaule à une question posée par un journaliste français concernant la nation algérienne durant la guerre de libération. Sa réponse a été extraordinaire et très profonde pour toutes les générations du passé aussi bien que du futur. Il avait tout simplement répondu en posant une série de questions au journaliste. Il lui avait demandé s’il y avait des Diderot, Victor Hugo, Descartes, Lamartine ou tous les membres de l'histoire culturelle de la France façonnant la société algérienne d’alors. Il avait terminé sa réponse en affirmant que tous les dirigeants du mouvement nationaliste algérien de l'époque n'étaient que des grenouillards et que les algériens ne finiront jamais à toujours grenouiller dans l'avenir.
Je ne suis pas tout fait d'accord avec cette conclusion du général de Gaule. C’est vrai en rapport avec les dirigeants historiques algériens, mais faux en rapport avec le président Boumediene. Ce dernier était franchement sincère dans ses efforts de construire une nouvelle société moderne en Algérie. Malheureusement il n'avait pas les alliés nécessaires pour aboutir à ses objectifs.
Il ne fait pas de doute que nous avons des intellectuels arabes courageux qui décrivent bien la situation de leurs sociétés et qui dénoncent aussi les régimes qui les gèrent. Mais je suis désolé de reconnaître que le monde arabe est toujours aussi disloqué qu'à travers toute son histoire. Il ne croit pas en son avenir et apparemment se contente de son état présent, autant matériel que politique.
La crise actuelle du monde arabe me rappelle l'Algérie des années 1988-1991, alors qu’elle a vécu un soi-disant printemps arabe. Ceux qui appuient les révoltes actuelles sont les mêmes qui avaient applaudi la déstabilisation politique de l'Algérie, durant cette période, qui a coûté plus de 150,000 victimes à mon pays et qui continue, à ce jour, de payer lourdement pour ce soulèvement.
Cette révolte d’Alger qui éclata le 5 octobre 1988, avait en fait été organisée sournoisement par le ministre de l'intérieur lui même, pour répondre à des agitations importantes au sein même du parti au pouvoir, le FLN. Le syndicat national, l'UGTA, avait lancé toute une série de grèves pour faire comprendre au président Chadli que son pouvoir s'éloignait de plus en plus des droits des travailleurs en général et des populations les plus démunies.
Ce qui a vraiment poussé le peuple algérien à se révolter contre la "mal-vie" fut la grève illimitée des ouvriers de la Sonatrach. Après plus d'une semaine, les motoristes algériens étaient incapables de trouver une goutte d'essence pour leurs voitures. Et pour briser ce syndicat qui remettait en question la légitimité du pouvoir de Chadli, le ministre de l'intérieur encouragea la révolte populaire à travers Alger, en particulier. Il lâcha même tous les milliers d'écoliers du primaire et du secondaire dans la rue pour susciter une révolte générale.
Le soir du 5 octobre, un grand nombre de bus municipaux avaient été mis à feu et certains ministères saccagés. Le régime de Chadli profita de ces événements pour remettre en cause la légitimité du FLN. au pouvoir depuis le jour de l'indépendance politique du pays. Le système de représentation politique fut modifié pour détruire le monopole de ce dernier et pour, surtout, permettre la légalisation des tendances islamistes. Le régime encouragea la création de partis artificiels mineurs, pour soi-disant démocratiser la vie politique en Algérie.
En 1991 le front islamique du salut (FIS) remporta les élections législatives nationales. Mais les généraux, le pouvoir réel en Algérie, ne pouvaient pas accepter l'arrivée au pouvoir des islamistes fondamentalistes qui promettaient de retourner à l'orthodoxie musulmane et même de pendre tous les algériens qui avaient contribué au renforcement du pouvoir passé. C'est ainsi que ces généraux, avec une fois de plus l'approbation sournoise des pays occidentaux, se sont débarrassés de Chadli et ont installé une nouvelle dictature militaire, qui à ce jour est toujours au pouvoir.
J’estime que nous allons voir le printemps arabe d’aujourd’hui se métamorphoser en une série de nouveaux régimes encore plus dictatoriaux que par le passé et le renforcement des mouvements fondamentalistes musulmans à travers le monde arabe. C’est triste.
Mon pessimisme pour l'avenir de tout le monde arabe vient du fait que je ne vois rien de bon pour lui à l’horizon. ll est certain que la Turquie finira par donner la solution finale à tous les problèmes du monde arabe, mais tant que les régimes féodaux de toute la péninsule arabique continueront à accepter le support inconditionnel du monde occidental, la renaissance du monde arabe ne sera pas au rendez-vous.
Mansour.
Affichage des articles dont le libellé est Bouteflika. Afficher tous les articles
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mercredi 13 juillet 2011
Les lendemains du printemps arabe : islamiques ou démocratiques ?
samedi 16 avril 2011
La constitution de Bouteflika, de la foutaise !
Le journal « Le Monde » rapporte aujourd’hui qu’Alain Juppé, ministre français des affaires étrangères, a souligné, suite au colloque sur le "printemps arabe" organisé par son ministère à Paris, que "le grand mouvement d'aspiration populaire à la liberté et à la démocratie, qui touche l'ensemble du Maghreb et au-delà, jusqu'au Golfe persique, concerne aussi l'Algérie bien sûr". Il a de plus qualifié les décisions annoncées vendredi par le président algérien Abdelaziz Bouteflika, dans un grand discours de ce dernier à sa nation, de réformes qui vont « dans la bonne direction ».
Bouteflika dit vouloir les amendements nécessaires à la constitution de 1996 pour « renforcer la démocratie ». Il a enfin parlé. Son discours était attendu depuis le début des manifestations du « printemps arabe » dans son pays qui avaient fait, en janvier dernier, cinq morts et 800 blessés,
Le président algérien veut créer une commission constitutionnelle « à laquelle participeront les courants politiques agissants et des experts en droit constitutionnel". La commission "me fera des propositions dont je m'assurerai de la conformité avec les valeurs fondamentales de notre société, avant de les soumettre à l'approbation du parlement ou à vos suffrages par la voie référendaire", a-t-il expliqué. Donc, c’est Bouteflika qui décidera.
Il veut aussi renforcer les lois électorales et la loi sur les partis afin que les algériens puissent "exercer leur droit dans les meilleures conditions, empreintes de démocratie et de transparence" et pour obtenir une participation "plus efficace de ces partis au processus de renouveau du pays". En fin de trajet, qui décidera ? Bouteflika.
Le président algérien est en fait la marionnette des généraux algériens. Bouteflika a 74 ans et est à la tête du pays depuis 1992, au moment où l’armée a saisi le pouvoir du Front Islamique du Salut (FIS) qui venait de gagner les élections. Il avait alors promis « des réformes globales incluant des réformes politiques". Elles ne sont pas venues. Puis, 200 000 innocents algériens ont été tués par les islamistes et, plusieurs algériens affirment, l’armée. Pour retrouver la paix, Bouteflika a instauré un pardon national pour les coupables. On oublie tout et on recommence !
Pour calmer les esprits qui s’expriment depuis le début des manifestations, Bouteflika a levé l'état d'urgence de février 1992 et a concédé plusieurs choses sur le plan économique et social : augmentations des salaires, plus d’emplois pour les jeunes et un grand nombre de nouveaux logements. Mais, il peine à satisfaire les manifestants qui en veulent de plus en plus, car le besoin est là.
Du côté des partis politiques, on veut maintenir le statu quo. Le Front de libération nationale (FLN) parti de la révolution, le Rassemblement national démocratique (RND) et le Mouvement de la société pour la paix (MSP, islamiste) ne souhaitent pas l'élection d'une assemblée constituante pour définir une nouvelle constitution. Tout ce beau monde veut conserver sa place et ses fioles. Très édifiant !
Vendredi, en réaction au discours du président, une dizaine de militaires ont été tués et plusieurs ont été blessés par un groupe qualifié de « terroriste » qui a attaqué leur poste de surveillance en Kabylie. L'attaque, non confirmée par les sources gouvernementales, aurait fait 14 morts chez les militaires et un parmi les assaillants. La dernière action d'envergure, attribuée cette fois-là aux groupes islamistes armés en Kabylie, remonte à octobre 2010.
C’est parce que Bouteflika commence à s'inquiéter de la réaction de son peuple, qu’il a réagi. Cette peur de la révolte du peuple algérien, qui ressemble à celles de la Tunisie, de l’Egypte et de la Syrie, pousse sur lui et sur tout son régime. Il fait semblant de commencer à vraiment écouter son peuple.
Il me semble évident que sa nouvelle initiative constitutionnelle n'est conçue que pour gagner du temps et gérer la tornade qui souffle à travers tout le monde arabe.
Il faut se rappeler les événements d'octobre 1988, lorsque le président algérien Chadli a aussi fait semblant de répondre aux aspirations de son peuple. Il avait soit disant ouvert le champ politique à qui voulait s'organiser et participer au dialogue politique national. On connaît les résultats désastreux de la démocratisation à la Chadli.
A mon avis, la démocratie ne s'offre jamais. Elle se prend. Elle est toujours acquise par la force des bras et souvent par des rivières de sang. Combien de constitutions nationales ont été promulguées par les chefs politiques en Algérie depuis 1962 ? On peine à les compter tellement elles sont nombreuses. La prochaine constitution de Bouteflika aura exactement les mêmes conséquences à moyen et long terme.
Le grand problème que l'Algérie doit surmonter n'est pas l'établissement d'une démocratie théorique mais plutôt de créer réellement des conditions sur le terrain pour permettre aux algériens de s'organiser pour tout d'abord exprimer clairement leurs revendications fondamentales et se mobiliser pour changer le système politique actuel. Tant que Bouteflika avec ses patrons, les généraux, n’accepteront pas une telle liberté, leurs paroles ne sont que des mots en l’air et de la foutaise.
Claude Dupras
Bouteflika dit vouloir les amendements nécessaires à la constitution de 1996 pour « renforcer la démocratie ». Il a enfin parlé. Son discours était attendu depuis le début des manifestations du « printemps arabe » dans son pays qui avaient fait, en janvier dernier, cinq morts et 800 blessés,
Le président algérien veut créer une commission constitutionnelle « à laquelle participeront les courants politiques agissants et des experts en droit constitutionnel". La commission "me fera des propositions dont je m'assurerai de la conformité avec les valeurs fondamentales de notre société, avant de les soumettre à l'approbation du parlement ou à vos suffrages par la voie référendaire", a-t-il expliqué. Donc, c’est Bouteflika qui décidera.
Il veut aussi renforcer les lois électorales et la loi sur les partis afin que les algériens puissent "exercer leur droit dans les meilleures conditions, empreintes de démocratie et de transparence" et pour obtenir une participation "plus efficace de ces partis au processus de renouveau du pays". En fin de trajet, qui décidera ? Bouteflika.
Le président algérien est en fait la marionnette des généraux algériens. Bouteflika a 74 ans et est à la tête du pays depuis 1992, au moment où l’armée a saisi le pouvoir du Front Islamique du Salut (FIS) qui venait de gagner les élections. Il avait alors promis « des réformes globales incluant des réformes politiques". Elles ne sont pas venues. Puis, 200 000 innocents algériens ont été tués par les islamistes et, plusieurs algériens affirment, l’armée. Pour retrouver la paix, Bouteflika a instauré un pardon national pour les coupables. On oublie tout et on recommence !
Pour calmer les esprits qui s’expriment depuis le début des manifestations, Bouteflika a levé l'état d'urgence de février 1992 et a concédé plusieurs choses sur le plan économique et social : augmentations des salaires, plus d’emplois pour les jeunes et un grand nombre de nouveaux logements. Mais, il peine à satisfaire les manifestants qui en veulent de plus en plus, car le besoin est là.
Du côté des partis politiques, on veut maintenir le statu quo. Le Front de libération nationale (FLN) parti de la révolution, le Rassemblement national démocratique (RND) et le Mouvement de la société pour la paix (MSP, islamiste) ne souhaitent pas l'élection d'une assemblée constituante pour définir une nouvelle constitution. Tout ce beau monde veut conserver sa place et ses fioles. Très édifiant !
Vendredi, en réaction au discours du président, une dizaine de militaires ont été tués et plusieurs ont été blessés par un groupe qualifié de « terroriste » qui a attaqué leur poste de surveillance en Kabylie. L'attaque, non confirmée par les sources gouvernementales, aurait fait 14 morts chez les militaires et un parmi les assaillants. La dernière action d'envergure, attribuée cette fois-là aux groupes islamistes armés en Kabylie, remonte à octobre 2010.
C’est parce que Bouteflika commence à s'inquiéter de la réaction de son peuple, qu’il a réagi. Cette peur de la révolte du peuple algérien, qui ressemble à celles de la Tunisie, de l’Egypte et de la Syrie, pousse sur lui et sur tout son régime. Il fait semblant de commencer à vraiment écouter son peuple.
Il me semble évident que sa nouvelle initiative constitutionnelle n'est conçue que pour gagner du temps et gérer la tornade qui souffle à travers tout le monde arabe.
Il faut se rappeler les événements d'octobre 1988, lorsque le président algérien Chadli a aussi fait semblant de répondre aux aspirations de son peuple. Il avait soit disant ouvert le champ politique à qui voulait s'organiser et participer au dialogue politique national. On connaît les résultats désastreux de la démocratisation à la Chadli.
A mon avis, la démocratie ne s'offre jamais. Elle se prend. Elle est toujours acquise par la force des bras et souvent par des rivières de sang. Combien de constitutions nationales ont été promulguées par les chefs politiques en Algérie depuis 1962 ? On peine à les compter tellement elles sont nombreuses. La prochaine constitution de Bouteflika aura exactement les mêmes conséquences à moyen et long terme.
Le grand problème que l'Algérie doit surmonter n'est pas l'établissement d'une démocratie théorique mais plutôt de créer réellement des conditions sur le terrain pour permettre aux algériens de s'organiser pour tout d'abord exprimer clairement leurs revendications fondamentales et se mobiliser pour changer le système politique actuel. Tant que Bouteflika avec ses patrons, les généraux, n’accepteront pas une telle liberté, leurs paroles ne sont que des mots en l’air et de la foutaise.
Claude Dupras
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samedi 5 mars 2011
L’Algérie va-t-elle rater le coche ?
Après la Tunisie, l'Égypte et la Lybie, le Yémen et Bahrein qui vacillent, la liberté appelle les Algériens. L'Algérie, pays que j'aime beaucoup, m'inquiète. Je crains qu'il manque le train. J'étais à écrire un billet sur ce sujet lorsqu'un texte de l'écrivain algérien Boualem Sansal m'est tombé sous la main. Il résume très bien la situation actuelle du monde arabe, de l'Occident face aux révoltes, de l'évolution en Algérie et du pourquoi de l'hésitation des jeunes Algériens et Algériennes à faire leur propre révolution. J'ai pensé le reproduire ici, à la suite, étant donné sa qualité et sa pertinence.
Claude Dupras
L’Algérie va-t-elle rater le coche ?
"Le monde arabe de papa est mort, on se félicite chaudement. Soyons modestes, disons qu’il se meurt. Il sera fini lorsque tombera le dernier dictateur et que sera brisé ce machin absurde, l’Arabie Saoudite, club de faux princes arrogants et cruels, qui se pose en gardien de la mythique race arabe et du véritable islam, et que disparaîtra la Ligue arabe, club fantoche mais combien pernicieux avec sa vision raciale et raciste du monde. A ce stade l’affaire sera réglée, on aura arraché la racine, on tournera la page et on tentera de rattraper le temps perdu et d’échapper définitivement aux travers de ce monde : le passéisme, la folie des certitudes et l’imprécation. Et on aidera pour que meure cet autre monde, celui des ayatollahs et des talibans, là-bas en Asie. On balaie partout, ou ce n’est pas la peine.
Mais en vrai rien ne sera réglé tant que la question arabe, mélange d’islam, d’islamisme, de nationalisme, de panarabisme, de terrorisme, d’émigration, et autres ombres au tableau, hante les arrière-pensées des Occidentaux. Il faudrait aussi qu’ils cessent de penser que la démocratie et le droit leur appartiennent et qu’il leur revient de les dicter, agissant ainsi comme les princes et dictateurs arabes qui se sont convaincus que tout, la langue arabe, l’islam, son prophète, les peuples et les terres arabes, le pétrole et l’avenir du monde leur appartiennent et qu’il leur revient de convertir les mécréants ou de les tuer.
La question se pose : si le monde arabe de papa tombe, le monde arabe que les Occidentaux portent dans la tête va-t-il tomber aussi ou vont-ils le garder pour les besoins de leur vision du monde ? Le monde arabe peut-il se transformer de lui-même et échapper au scénario écrit par l’Occident ? Lui-même verra-t-il l’Occident autrement que comme un monde de mécréance et de manipulation ? Moi, je ne sais pas répondre à ces questions, sauf à dire qu’il faut en finir avec tous ces mondes qui se regardent en chiens de faïence, qui finalement n’existent que dans et par le regard méprisant de l’autre et l’échange de mauvais procédés. Ce sont des questions pour les philosophes, ils pourraient se démener et nous dire si les choses existent par elles-mêmes ou si elles ne sont que des arguments de vente qui naissent de la confrontation d’idées fausses. Il faut des philosophes courageux qui ne craignent ni les tyrans ni les fous qui mènent le monde au crash. S’il faut par exemple parler de la place de l’islam dans l’Etat et la société, ils devront le faire en toute clarté et simplicité. Y en a-t-il dans l’avion ? Il y a urgence car le diable ne dort jamais longtemps et les révolutions se dévoient comme rien. La fin des dictatures soulève des montagnes de questions existentielles.
Parlons un peu de l’Algérie. Je sais qu’on se demande ce qui se passe. L’Algérie est un pays révolutionnaire prompt à bondir, or voilà qu’il ne bouge pas. Les Algériens sont-ils déjà morts, tués préventivement ? Pourquoi ce silence, alors que de Nouakchott à Manama la bataille fait rage et que les tyrans capitulent l’un après l’autre. Même la police n’en revient pas : les 12, 19 et 26 février, jours de marches organisées par l’opposition, elle avait sorti 35 000 hommes, les meilleurs, suréquipés, gonflés à bloc, car s’attendant à un tsunami de hooligans. Et qu’a-t-elle vu ? Rien d’effrayant, un petit groupe de personnes d’âge mûr, bien mis, polis, les matraques leur en sont tombées des mains. Il faut dire que le vieux Bouteflika avait pris les devants. Cela faisait des semaines, depuis la fuite de Ben Ali, qu’il arrosait à tout-va. Ce sont des millions de dollars qui coulent du robinet jour après jour. Si on ne s’enrichit pas en ce moment avec papa Bouteflika, on ne s’enrichira jamais, c’est l’astuce du jour, elle brille au fronton des administrations, ouvertes en priorité aux jeunes, aux diplômés chômeurs, aux sans-logis, à tous les mécontents. Il a écrasé son orgueil de chef d’Etat et s’est pris d’amour fou pour ces fainéants, comme il les appelait hier. Il ne travaille que pour eux, les annonces budgétaires se succèdent à feu roulant. Le bonheur revient, la révolution recule. Le prix du pétrole grimpe, ça va, le pays ne sera pas ruiné tout de suite même si l’inflation accourt.
Est-ce tout ? Qu’en pense Toufik (1), le grand patron de l’Algérie ? Va-t-il laisser faire ? Est-il derrière les marches d’avertissement à Bouteflika ? Va-t-il le garder comme bouclier, chiffon rouge, attendre que son cancer l’emporte, qu’il démissionne ? Qu’en pense la DST en France, alliée stratégique du DRS (2), a-t-elle encore besoin de M. Bouteflika et sa concorde foireuse ? Si oui, pourquoi le terrorisme, s’étant déplacé au Sahel, ne sévit-il plus en Algérie que sur commande, comme piqûre de rappel ? Et M. Sarkozy, pourquoi le soutient-il encore (3), puisqu’il vient de dire que l’hypothèse islamiste a vécu et la Françafrique aussi ? Ne voit-il pas que l’homme est une potiche qu’on laisse jouer au dictateur pour cacher les vrais pouvoirs, les vrais enjeux ? On sait qu’Obama déteste Bouteflika et Sarkozy, mais ira-t-il jusqu’à actionner l’ANP (4), l’autre grand patron de l’Algérie, pour les sortir du jeu ?
Qui va gagner ? C’est opaque, le jeune Algérien veut savoir avant d’aller mourir dans les rues d’Alger. D’un autre côté, Tunis, Le Caire, Benghazi, Manama, Sanaa, le font rêver, les jeunes s’y battent comme des lions, il fait corps avec eux, via Al-Jezira. La révolution c’est beau, les peuples n’ont qu’elle pour exister, mais la révolution, comme les trains, n’attend pas. De ceux qui ratent la chance de leur vie, on dit ici : «Bobby les a mangés.» Bobby, c’est le chien de garde.
(1) et (2) Le général major Toufik est le patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), les services secrets, cœur battant du système politique algérien.
(3) Sarkozy avait déclaré durant la présidentielle algérienne de 2008 : «Je préfère Bouteflika aux talibans à Alger.» Il s’adressait évidemment aux généraux algériens, les faiseurs de rois, lesquels s’exécutèrent, après accord de confirmation de la CIA. Bouteflika eut son 3e mandat, avec un score de 94%.
(4) L’Armée nationale populaire, autre cœur battant du système politique algérien."
Claude Dupras
L’Algérie va-t-elle rater le coche ?
"Le monde arabe de papa est mort, on se félicite chaudement. Soyons modestes, disons qu’il se meurt. Il sera fini lorsque tombera le dernier dictateur et que sera brisé ce machin absurde, l’Arabie Saoudite, club de faux princes arrogants et cruels, qui se pose en gardien de la mythique race arabe et du véritable islam, et que disparaîtra la Ligue arabe, club fantoche mais combien pernicieux avec sa vision raciale et raciste du monde. A ce stade l’affaire sera réglée, on aura arraché la racine, on tournera la page et on tentera de rattraper le temps perdu et d’échapper définitivement aux travers de ce monde : le passéisme, la folie des certitudes et l’imprécation. Et on aidera pour que meure cet autre monde, celui des ayatollahs et des talibans, là-bas en Asie. On balaie partout, ou ce n’est pas la peine.
Mais en vrai rien ne sera réglé tant que la question arabe, mélange d’islam, d’islamisme, de nationalisme, de panarabisme, de terrorisme, d’émigration, et autres ombres au tableau, hante les arrière-pensées des Occidentaux. Il faudrait aussi qu’ils cessent de penser que la démocratie et le droit leur appartiennent et qu’il leur revient de les dicter, agissant ainsi comme les princes et dictateurs arabes qui se sont convaincus que tout, la langue arabe, l’islam, son prophète, les peuples et les terres arabes, le pétrole et l’avenir du monde leur appartiennent et qu’il leur revient de convertir les mécréants ou de les tuer.
La question se pose : si le monde arabe de papa tombe, le monde arabe que les Occidentaux portent dans la tête va-t-il tomber aussi ou vont-ils le garder pour les besoins de leur vision du monde ? Le monde arabe peut-il se transformer de lui-même et échapper au scénario écrit par l’Occident ? Lui-même verra-t-il l’Occident autrement que comme un monde de mécréance et de manipulation ? Moi, je ne sais pas répondre à ces questions, sauf à dire qu’il faut en finir avec tous ces mondes qui se regardent en chiens de faïence, qui finalement n’existent que dans et par le regard méprisant de l’autre et l’échange de mauvais procédés. Ce sont des questions pour les philosophes, ils pourraient se démener et nous dire si les choses existent par elles-mêmes ou si elles ne sont que des arguments de vente qui naissent de la confrontation d’idées fausses. Il faut des philosophes courageux qui ne craignent ni les tyrans ni les fous qui mènent le monde au crash. S’il faut par exemple parler de la place de l’islam dans l’Etat et la société, ils devront le faire en toute clarté et simplicité. Y en a-t-il dans l’avion ? Il y a urgence car le diable ne dort jamais longtemps et les révolutions se dévoient comme rien. La fin des dictatures soulève des montagnes de questions existentielles.
Parlons un peu de l’Algérie. Je sais qu’on se demande ce qui se passe. L’Algérie est un pays révolutionnaire prompt à bondir, or voilà qu’il ne bouge pas. Les Algériens sont-ils déjà morts, tués préventivement ? Pourquoi ce silence, alors que de Nouakchott à Manama la bataille fait rage et que les tyrans capitulent l’un après l’autre. Même la police n’en revient pas : les 12, 19 et 26 février, jours de marches organisées par l’opposition, elle avait sorti 35 000 hommes, les meilleurs, suréquipés, gonflés à bloc, car s’attendant à un tsunami de hooligans. Et qu’a-t-elle vu ? Rien d’effrayant, un petit groupe de personnes d’âge mûr, bien mis, polis, les matraques leur en sont tombées des mains. Il faut dire que le vieux Bouteflika avait pris les devants. Cela faisait des semaines, depuis la fuite de Ben Ali, qu’il arrosait à tout-va. Ce sont des millions de dollars qui coulent du robinet jour après jour. Si on ne s’enrichit pas en ce moment avec papa Bouteflika, on ne s’enrichira jamais, c’est l’astuce du jour, elle brille au fronton des administrations, ouvertes en priorité aux jeunes, aux diplômés chômeurs, aux sans-logis, à tous les mécontents. Il a écrasé son orgueil de chef d’Etat et s’est pris d’amour fou pour ces fainéants, comme il les appelait hier. Il ne travaille que pour eux, les annonces budgétaires se succèdent à feu roulant. Le bonheur revient, la révolution recule. Le prix du pétrole grimpe, ça va, le pays ne sera pas ruiné tout de suite même si l’inflation accourt.
Est-ce tout ? Qu’en pense Toufik (1), le grand patron de l’Algérie ? Va-t-il laisser faire ? Est-il derrière les marches d’avertissement à Bouteflika ? Va-t-il le garder comme bouclier, chiffon rouge, attendre que son cancer l’emporte, qu’il démissionne ? Qu’en pense la DST en France, alliée stratégique du DRS (2), a-t-elle encore besoin de M. Bouteflika et sa concorde foireuse ? Si oui, pourquoi le terrorisme, s’étant déplacé au Sahel, ne sévit-il plus en Algérie que sur commande, comme piqûre de rappel ? Et M. Sarkozy, pourquoi le soutient-il encore (3), puisqu’il vient de dire que l’hypothèse islamiste a vécu et la Françafrique aussi ? Ne voit-il pas que l’homme est une potiche qu’on laisse jouer au dictateur pour cacher les vrais pouvoirs, les vrais enjeux ? On sait qu’Obama déteste Bouteflika et Sarkozy, mais ira-t-il jusqu’à actionner l’ANP (4), l’autre grand patron de l’Algérie, pour les sortir du jeu ?
Qui va gagner ? C’est opaque, le jeune Algérien veut savoir avant d’aller mourir dans les rues d’Alger. D’un autre côté, Tunis, Le Caire, Benghazi, Manama, Sanaa, le font rêver, les jeunes s’y battent comme des lions, il fait corps avec eux, via Al-Jezira. La révolution c’est beau, les peuples n’ont qu’elle pour exister, mais la révolution, comme les trains, n’attend pas. De ceux qui ratent la chance de leur vie, on dit ici : «Bobby les a mangés.» Bobby, c’est le chien de garde.
(1) et (2) Le général major Toufik est le patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), les services secrets, cœur battant du système politique algérien.
(3) Sarkozy avait déclaré durant la présidentielle algérienne de 2008 : «Je préfère Bouteflika aux talibans à Alger.» Il s’adressait évidemment aux généraux algériens, les faiseurs de rois, lesquels s’exécutèrent, après accord de confirmation de la CIA. Bouteflika eut son 3e mandat, avec un score de 94%.
(4) L’Armée nationale populaire, autre cœur battant du système politique algérien."
samedi 12 février 2011
Allez, allez, jeunes Algériens, c’est à votre tour…
Quelle journée inoubliable que ce 11 février 2011 pour l’Égypte! Quelle journée, belle à vivre! Quelles journées que celles des révoltes tunisienne et égyptienne ! Enfin, enfin les arabes réagissent ! Du jamais vu.
Lorsqu’on visite les pays arabes, on s’interroge sur la raison de la soumission des arabes envers leur gouvernement. On les sait pris dans l’engrenage d’un pouvoir corrompu, armé et sans pitié qui utilise la peur pour les contenir. Mais on ne peux comprendre pourquoi ces peuples intelligents, d’une grande humanité, pratiquent la politique du laisser-faire comme s’ils n’avaient pas d’autres choix. Pourquoi acceptent-ils la pauvreté du peuple, la privation des libertés, la corruption des élites, l’État répressif ? Pourtant, ils connaissent par la télé et les médias, la qualité de vie des peuples occidentaux. Ils en rêvent au point qu’un très grand nombre d’entre eux ont réussi à émigrer avec leurs familles vers les pays démocratiques afin de vivre mieux et de s’échapper de leur enfer.
Mais cela ne durera pas éternellement car « il n’y a pas de fatalité de la dictature arabe ». Pas plus qu’en Amérique du sud, comme on a vu. L’évolution technologique, la télévision avec la chaîne arabe Al-Jazeerra et le développement de réseaux sociaux d’internet leur permettent, enfin, de se renseigner, de se rallier et de réagir. Les Tunisiens leur ont montré comment faire. Les Égyptiens viennent de leur démontrer que tout est possible. Les citoyens des autres pays arabes comprennent maintenant que la révolte n’est pas nécessairement un saut dans un inconnu périlleux.
Ces journées de révolte nous ont fait comprendre, à nous Occidentaux, que les arabes sont des gens comme nous. Je crois que nous ne les regarderons plus de la même manière que par le passé.
La révolte doit continuer ailleurs jusqu’à ce que tous les pays arabes aient un gouvernement démocratique. Le prochain éclatement peut être l’Algérie. Et c’est pourquoi, je fais appel à tous les Algériens, et particulièrement aux jeunes, pour qu’ils se lèvent et contestent leur gouvernement afin de le faire fuir, comme les autres. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, élu par des élections truquées, dirige son pays, de 35 millions d’individus, d’une main de fer grâce à l’armée et aux services de sécurité. En fait, ce sont les indélogeables généraux sans légitimité qui sont au pouvoir. Ils se partagent le butin et sont corrompus jusqu’à la moelle. Ils ont des intérêts dans toutes les grandes compagnies qui fournissent des services ou du matériel au pays. C’est le contraire de l’armée Égyptienne.
L’Algérie a beaucoup souffert de son passé. La guerre de libération a duré huit ans et s’est terminée en 1962 par l’indépendance, suite à des centaines de milliers de morts. Puis, ce fut l’échec total du socialisme totalitaire à la soviet choisi comme modèle de développement par Boumediene et le FLN. Ensuite, en 1991, l’armée annula les résultats de l’élection après que le Front Islamiste du Salut (FIS) l’eut gagnée démocratiquement, à cause de la pauvreté envahissante qui existait au pays à ce moment-là. La majorité des dirigeants du FIS ont été mis en prison. Les islamistes-vengeurs assassinèrent plus de 200,000 innocents algériens : hommes, femmes et enfants. Les services de sécurité ont été créés et la loi des mesures d’urgence a été appliquée. Vingt ans plus tard, ces derniers et l’armée gardent toujours une main de fer sur la vie des Algériens et Algériennes et la loi d’urgence est encore en force.
Il y a cinq ans, j’ai été victime de ce contrôle sécuritaire, lors d’un voyage en Algérie. Alors que je captais des photos de ce très pittoresque pays, une voiture non identifiée, arriva à pleine vitesse, s’arrêta à angle devant la nôtre et quatre individus en civil ouvrèrent rapidement les portes pour se lancer vers moi en courant et en exigeant mon permis de photographier. J’ignorais que cela était obligatoire. Ce n’est que grâce à l’intervention des Algériens qui étaient avec moi et à leur statut dans la société, que je m’en suis sorti. Et cela persiste toujours On comprend pourquoi il n’y a pas de touristes dans ce pays alors que les pays voisins, le Maroc et la Tunisie, en débordent même si l’Algérie est de beaucoup plus intéressante et spectaculaire.
Le 22 janvier dernier, une première manifestation contre le gouvernement eut lieu alors que 300 jeunes descendirent au centre d’Alger. Elle fut vite contrôlée sous prétexte qu’ils n’avaient pas de permis. Le bilan : sept morts, 32 personnes blessées, sept arrêtées. Ailleurs, deux Algériens s’immolèrent. Hier, lors du succès des Égyptiens, il fut défendu aux Algériens de manifester publiquement leur joie.
Aujourd’hui, le 12 février 2011, alors que j’écris ces lignes, une nouvelle manifestation est en marche dans la capitale malgré que le despote Bouteflika ait défendu toute manifestation à Alger (il dit permettre les manifestations dans les autres villes). Les premiers rapports de presse indiquent qu’ils sont seulement 200 à protester alors que 30 000 policiers sont déployés dans toute la ville avec leurs équipements, camions, canon-d’eau, etc. De toute évidence, les gens ont peur de l’armée et de la prison.
Si les Algériens veulent avoir leur place au soleil, ils devront sortir plus nombreux sur la place publique pour la réclamer. Surtout la jeunesse innombrable, pauvre, moins religieuse, mieux éduquée, plus nationaliste, sans emploi, désespérée quant à son avenir qui ne supporte pas la corruption et qui refuse l’autorité en place. Pour se faire, elle doit se mobiliser et se politiser. Avec internet, elle sait mieux que ses aînés comment s’informer et traduire les sentiments de chacun en un effort collectif. Cela exigera beaucoup de leadership et de courage.
J’espère aussi que la diaspora algérienne manifestera partout dans le monde pour faire pression sur les gouvernements comme le Canada et les encourager à dire à Bouteflika et ses comparses : « Dégagez ».
Claude Dupras
Lorsqu’on visite les pays arabes, on s’interroge sur la raison de la soumission des arabes envers leur gouvernement. On les sait pris dans l’engrenage d’un pouvoir corrompu, armé et sans pitié qui utilise la peur pour les contenir. Mais on ne peux comprendre pourquoi ces peuples intelligents, d’une grande humanité, pratiquent la politique du laisser-faire comme s’ils n’avaient pas d’autres choix. Pourquoi acceptent-ils la pauvreté du peuple, la privation des libertés, la corruption des élites, l’État répressif ? Pourtant, ils connaissent par la télé et les médias, la qualité de vie des peuples occidentaux. Ils en rêvent au point qu’un très grand nombre d’entre eux ont réussi à émigrer avec leurs familles vers les pays démocratiques afin de vivre mieux et de s’échapper de leur enfer.
Mais cela ne durera pas éternellement car « il n’y a pas de fatalité de la dictature arabe ». Pas plus qu’en Amérique du sud, comme on a vu. L’évolution technologique, la télévision avec la chaîne arabe Al-Jazeerra et le développement de réseaux sociaux d’internet leur permettent, enfin, de se renseigner, de se rallier et de réagir. Les Tunisiens leur ont montré comment faire. Les Égyptiens viennent de leur démontrer que tout est possible. Les citoyens des autres pays arabes comprennent maintenant que la révolte n’est pas nécessairement un saut dans un inconnu périlleux.
Ces journées de révolte nous ont fait comprendre, à nous Occidentaux, que les arabes sont des gens comme nous. Je crois que nous ne les regarderons plus de la même manière que par le passé.
La révolte doit continuer ailleurs jusqu’à ce que tous les pays arabes aient un gouvernement démocratique. Le prochain éclatement peut être l’Algérie. Et c’est pourquoi, je fais appel à tous les Algériens, et particulièrement aux jeunes, pour qu’ils se lèvent et contestent leur gouvernement afin de le faire fuir, comme les autres. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, élu par des élections truquées, dirige son pays, de 35 millions d’individus, d’une main de fer grâce à l’armée et aux services de sécurité. En fait, ce sont les indélogeables généraux sans légitimité qui sont au pouvoir. Ils se partagent le butin et sont corrompus jusqu’à la moelle. Ils ont des intérêts dans toutes les grandes compagnies qui fournissent des services ou du matériel au pays. C’est le contraire de l’armée Égyptienne.
L’Algérie a beaucoup souffert de son passé. La guerre de libération a duré huit ans et s’est terminée en 1962 par l’indépendance, suite à des centaines de milliers de morts. Puis, ce fut l’échec total du socialisme totalitaire à la soviet choisi comme modèle de développement par Boumediene et le FLN. Ensuite, en 1991, l’armée annula les résultats de l’élection après que le Front Islamiste du Salut (FIS) l’eut gagnée démocratiquement, à cause de la pauvreté envahissante qui existait au pays à ce moment-là. La majorité des dirigeants du FIS ont été mis en prison. Les islamistes-vengeurs assassinèrent plus de 200,000 innocents algériens : hommes, femmes et enfants. Les services de sécurité ont été créés et la loi des mesures d’urgence a été appliquée. Vingt ans plus tard, ces derniers et l’armée gardent toujours une main de fer sur la vie des Algériens et Algériennes et la loi d’urgence est encore en force.
Il y a cinq ans, j’ai été victime de ce contrôle sécuritaire, lors d’un voyage en Algérie. Alors que je captais des photos de ce très pittoresque pays, une voiture non identifiée, arriva à pleine vitesse, s’arrêta à angle devant la nôtre et quatre individus en civil ouvrèrent rapidement les portes pour se lancer vers moi en courant et en exigeant mon permis de photographier. J’ignorais que cela était obligatoire. Ce n’est que grâce à l’intervention des Algériens qui étaient avec moi et à leur statut dans la société, que je m’en suis sorti. Et cela persiste toujours On comprend pourquoi il n’y a pas de touristes dans ce pays alors que les pays voisins, le Maroc et la Tunisie, en débordent même si l’Algérie est de beaucoup plus intéressante et spectaculaire.
Le 22 janvier dernier, une première manifestation contre le gouvernement eut lieu alors que 300 jeunes descendirent au centre d’Alger. Elle fut vite contrôlée sous prétexte qu’ils n’avaient pas de permis. Le bilan : sept morts, 32 personnes blessées, sept arrêtées. Ailleurs, deux Algériens s’immolèrent. Hier, lors du succès des Égyptiens, il fut défendu aux Algériens de manifester publiquement leur joie.
Aujourd’hui, le 12 février 2011, alors que j’écris ces lignes, une nouvelle manifestation est en marche dans la capitale malgré que le despote Bouteflika ait défendu toute manifestation à Alger (il dit permettre les manifestations dans les autres villes). Les premiers rapports de presse indiquent qu’ils sont seulement 200 à protester alors que 30 000 policiers sont déployés dans toute la ville avec leurs équipements, camions, canon-d’eau, etc. De toute évidence, les gens ont peur de l’armée et de la prison.
Si les Algériens veulent avoir leur place au soleil, ils devront sortir plus nombreux sur la place publique pour la réclamer. Surtout la jeunesse innombrable, pauvre, moins religieuse, mieux éduquée, plus nationaliste, sans emploi, désespérée quant à son avenir qui ne supporte pas la corruption et qui refuse l’autorité en place. Pour se faire, elle doit se mobiliser et se politiser. Avec internet, elle sait mieux que ses aînés comment s’informer et traduire les sentiments de chacun en un effort collectif. Cela exigera beaucoup de leadership et de courage.
J’espère aussi que la diaspora algérienne manifestera partout dans le monde pour faire pression sur les gouvernements comme le Canada et les encourager à dire à Bouteflika et ses comparses : « Dégagez ».
Claude Dupras
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jeudi 27 janvier 2011
Les jeunes arabes au pouvoir
Mon ami Berbère a du flair. Sa longue expérience dans la vie politique de son pays et du Maghreb lui sert bien lorsque vient le temps d’analyser les remous anti-gouvernementaux qui déboulent dans le monde arabe. Il prédisait dans un billet en date du 16 janvier 2011, de mon blog, que « Je crois que le monde arabe vient de commencer une nouvelle page de son histoire présente et future. De plus, je suis convaincu que tous les régimes politiques arabes n'arrivent plus à dormir tranquillement après ce qui est arrivé au président tunisien ».
J’ai cru en sa prédiction et la tournure des évènements est la démonstration de la justesse de son appréciation de l’état de la vie politique des pays arabes. Il a vu les chambardements qui s’annoncent dans ces pays.
Et ce ne sont pas les islamistes fondamentalistes qui sont à la base de ces révoltes, mais les jeunes qui sont en colère parce sans emploi et sans avenir. Il y a longtemps qu’il broute du noir. Mais maintenant, ils ont enfin à leur disposition l’arme capable de renverser leur gouvernement respectif : les réseaux sociaux d’internet (Facebook, Twitter…), et ils les utilisent à fond.
Voici, à la suite, un nouveau texte de mon ami que je m’empresse de présenter à mes lecteurs.
Claude Dupras
Cher ami,
Je vais peut être te surprendre en te demandant pourquoi le monde occidental s'inquiète du renforcement des mouvements islamistes à travers le monde arabe en particulier chaque fois qu'une société arabe se révolte contre le régime politique qui l'a opprimé depuis des décennies.
Tout d'abord, je ne crois pas qu'il y a une idéologie islamiste unique et qui explique les mouvements comme les islamistes égyptiens (les frères musulmans) ou les islamistes tunisiens ou les islamistes algériens, sans parler des islamistes de tout bord de la péninsule arabique. Ces mouvements islamistes se révoltent tout d'abord contre les régimes politiques arabes qui ne font qu'imiter les valeurs culturelles occidentales sans pour autant les mettre en application. La publication des fameux papiers palestiniens par El Djazeera (voir note à la fin) nous donnent les raisons pour lesquelles l'islamisme politique ne fera que se renforcer à travers tout le monde arabe, même durant cette période de révolte tunisienne, égyptienne, yéménite ou algérienne.
Ceci étant dit, je ne crois pas que les islamistes fondamentalistes finiront par vraiment prendre le pouvoir dans un pays arabe ou un autre. Les jeunes « révolutionnaires » les en empêcheront.
Mon plus grand souhait aujourd'hui est de voir l'avenir de la Tunisie défini non pas par les partis politiques de ce pays mais plutôt par tout d'abord l'UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail) et les associations de tous genres représentant cette société où les jeunes sont impliqués.
L'avenir de tout le monde arabe dépendra énormément de l'évolution de la transformation politique de la Tunisie. S’il y a une société arabe capable de vraiment construire un système politique capable de servir toute la société, c'est bien la Tunisie. Aucun autre pays arabe n'a une classe moyenne aussi importante que la Tunisie. Et cette classe moyenne n'a rien à envier aux classes moyennes européennes et surtout françaises.
Ceci étant dit, nous ne devons pas oublier qu'il y a tout de même en Tunisie, un régime basé sur l'armée et surtout les services de sécurité. La révolution tunisienne devra trouver un moyen de démanteler cet appareil politico-militaire.
Ton ami
Note de C.D. : La chaîne Al-Jazeera a révélé des centaines de «documents confidentiels» relatifs aux négociations israélo-palestiniennes, montrant selon elle que les négociateurs palestiniens étaient prêts à d’importantes concessions sur Jérusalem et le sort des réfugiés.
J’ai cru en sa prédiction et la tournure des évènements est la démonstration de la justesse de son appréciation de l’état de la vie politique des pays arabes. Il a vu les chambardements qui s’annoncent dans ces pays.
Et ce ne sont pas les islamistes fondamentalistes qui sont à la base de ces révoltes, mais les jeunes qui sont en colère parce sans emploi et sans avenir. Il y a longtemps qu’il broute du noir. Mais maintenant, ils ont enfin à leur disposition l’arme capable de renverser leur gouvernement respectif : les réseaux sociaux d’internet (Facebook, Twitter…), et ils les utilisent à fond.
Voici, à la suite, un nouveau texte de mon ami que je m’empresse de présenter à mes lecteurs.
Claude Dupras
Cher ami,
Je vais peut être te surprendre en te demandant pourquoi le monde occidental s'inquiète du renforcement des mouvements islamistes à travers le monde arabe en particulier chaque fois qu'une société arabe se révolte contre le régime politique qui l'a opprimé depuis des décennies.
Tout d'abord, je ne crois pas qu'il y a une idéologie islamiste unique et qui explique les mouvements comme les islamistes égyptiens (les frères musulmans) ou les islamistes tunisiens ou les islamistes algériens, sans parler des islamistes de tout bord de la péninsule arabique. Ces mouvements islamistes se révoltent tout d'abord contre les régimes politiques arabes qui ne font qu'imiter les valeurs culturelles occidentales sans pour autant les mettre en application. La publication des fameux papiers palestiniens par El Djazeera (voir note à la fin) nous donnent les raisons pour lesquelles l'islamisme politique ne fera que se renforcer à travers tout le monde arabe, même durant cette période de révolte tunisienne, égyptienne, yéménite ou algérienne.
Ceci étant dit, je ne crois pas que les islamistes fondamentalistes finiront par vraiment prendre le pouvoir dans un pays arabe ou un autre. Les jeunes « révolutionnaires » les en empêcheront.
Mon plus grand souhait aujourd'hui est de voir l'avenir de la Tunisie défini non pas par les partis politiques de ce pays mais plutôt par tout d'abord l'UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail) et les associations de tous genres représentant cette société où les jeunes sont impliqués.
L'avenir de tout le monde arabe dépendra énormément de l'évolution de la transformation politique de la Tunisie. S’il y a une société arabe capable de vraiment construire un système politique capable de servir toute la société, c'est bien la Tunisie. Aucun autre pays arabe n'a une classe moyenne aussi importante que la Tunisie. Et cette classe moyenne n'a rien à envier aux classes moyennes européennes et surtout françaises.
Ceci étant dit, nous ne devons pas oublier qu'il y a tout de même en Tunisie, un régime basé sur l'armée et surtout les services de sécurité. La révolution tunisienne devra trouver un moyen de démanteler cet appareil politico-militaire.
Ton ami
Note de C.D. : La chaîne Al-Jazeera a révélé des centaines de «documents confidentiels» relatifs aux négociations israélo-palestiniennes, montrant selon elle que les négociateurs palestiniens étaient prêts à d’importantes concessions sur Jérusalem et le sort des réfugiés.
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jeudi 30 avril 2009
La mascarade électorale algérienne
J’ai toujours affirmé qu’il n’y avait pas de réelle démocratie dans l’Algérie d’aujourd’hui. Depuis le FLN de Boumediene, le système politique s’est transformé de socialiste et totalitaire à pseudo-capitaliste, mais la direction de l’État est demeurée dans les mains des mêmes individus de l’ancien régime.
Suite à mon récent blog, j’ai reçu les commentaires d’un Algérien qui vient de vivre la dernière campagne électorale présidentielle de son pays qui démontre bien que l’Algérie vit une pseudo-démocratie.
Voici l’opinion :
« Je veux vous donner mes observations sur la récente mascarade nationale des élections présidentielles en Algérie.
Avant même les élections, j'avais prédit que Bouteflika allait être déclaré vainqueur de ces élections avec 92% des suffrages exprimés. Après tout, Bouteflika ne pouvait pas faire moins que ses acolytes comme Moubarak d'Égypte et le président éternel de la pauvre Tunisie, dont je n'arrive même pas à me rappeler le nom.
Et, ce qui est vraiment tragique c'est que le régime de Bouteflika n'avait même pas à truquer les élections du fait qu'il n'avait pas du tout d'opposants en lisse. Ceci étant dit, il ne fait pas de doute que la grande majorité de la population algérienne ne s'est pas rendue aux urnes le jour du vote.
De toute ma famille en Algérie, seules ma sœur et ma belle-sœur se sont données la peine d'aller voter. Et toutes les deux m'ont juré que les bureaux de vote étaient pratiquement vides. Et le soir, nous avons appris officiellement que le taux de participation à Alger dépassait les 90%; quel culot!!!!!
Et les irrégularités ne se comptent plus sur les 10 doigts. Il paraît, par exemple, qu'à Blida, le Wally (le préfet de la province) a fermé tous les bureaux de vote à 16 heures, chassé tous les responsables des élections et s'est donné le plaisir de remplir toutes les urnes pour faire plaisir à son Émir, Bouteflika. Et vive la démocratie occidentale à l'algérienne !
Et ce qui m'a encore le plus étonné, c'est la réaction officielle de la France et de ses mass-médias. Tout juste si la France n'a pas déclaré la victoire de Bouteflika comme une fête nationale française.
Ceci étant dit, j’avoue que l'Algérie d'aujourd'hui ne pouvait pas trouver quelqu'un de mieux que Bouteflika, malgré toutes ses défaillances surtout morales. Que je le veuille ou pas, Bouteflika a tout de même réussi à acheter toute la mouvance islamiste en Algérie. Le terrorisme des années 90 a complètement disparu de la scène. La manne pétrolière aidante Bouteflika a réussi à maintenir une paix sociale très fragile, jusqu'à présent du moins.
Mais l'économie algérienne n'a jamais été aussi malade qu'aujourd'hui. Il n'y a pratiquement plus d'activité industrielle. Les entreprises publiques, construites à coût de milliards de $, sont en grande majorité fermées. Le secteur privé est pratiquement inexistant dans ce secteur. Les seules activités vibrantes depuis plus de 5 ans sont liées aux importations payées par les recettes pétrolières. L'Algérie de 2009, à mon avis, est plus dépendante de la rente pétrolière que même les pays arabes du golf.
Mais ce qui me chagrine le plus c'est l'absence totale de vie politique en Algérie. Qui aurait pensé que ce peuple, qui débattait tout et rien aussi bien avant la guerre de libération que durant le régime de Boumediene même, se retrouve aujourd'hui complètement anesthésié à tel point qu'il n'y a même pas une seule personne politique en Algérie capable de poser les vrais problèmes que notre société doit un jour ou l'autre gérer.
J'ai l'impression que nous devons attendre la fin de toutes les générations qui ont vu, de près ou de loin, la guerre de libération pour qu'enfin les Algériens commencent à se prendre en charge une fois de plus.
Merci. »
On voit bien que l’Algérie est dans la lignée des autres pays arabes et musulmans du Maghreb et des alentours. Il semble, comme le dit si bien cet Algérien, que ce ne sont que les prochaines générations qui pourront changer la culture politique qui règne en maître aujourd’hui dans tous ces pays.
Claude Dupras
Suite à mon récent blog, j’ai reçu les commentaires d’un Algérien qui vient de vivre la dernière campagne électorale présidentielle de son pays qui démontre bien que l’Algérie vit une pseudo-démocratie.
Voici l’opinion :
« Je veux vous donner mes observations sur la récente mascarade nationale des élections présidentielles en Algérie.
Avant même les élections, j'avais prédit que Bouteflika allait être déclaré vainqueur de ces élections avec 92% des suffrages exprimés. Après tout, Bouteflika ne pouvait pas faire moins que ses acolytes comme Moubarak d'Égypte et le président éternel de la pauvre Tunisie, dont je n'arrive même pas à me rappeler le nom.
Et, ce qui est vraiment tragique c'est que le régime de Bouteflika n'avait même pas à truquer les élections du fait qu'il n'avait pas du tout d'opposants en lisse. Ceci étant dit, il ne fait pas de doute que la grande majorité de la population algérienne ne s'est pas rendue aux urnes le jour du vote.
De toute ma famille en Algérie, seules ma sœur et ma belle-sœur se sont données la peine d'aller voter. Et toutes les deux m'ont juré que les bureaux de vote étaient pratiquement vides. Et le soir, nous avons appris officiellement que le taux de participation à Alger dépassait les 90%; quel culot!!!!!
Et les irrégularités ne se comptent plus sur les 10 doigts. Il paraît, par exemple, qu'à Blida, le Wally (le préfet de la province) a fermé tous les bureaux de vote à 16 heures, chassé tous les responsables des élections et s'est donné le plaisir de remplir toutes les urnes pour faire plaisir à son Émir, Bouteflika. Et vive la démocratie occidentale à l'algérienne !
Et ce qui m'a encore le plus étonné, c'est la réaction officielle de la France et de ses mass-médias. Tout juste si la France n'a pas déclaré la victoire de Bouteflika comme une fête nationale française.
Ceci étant dit, j’avoue que l'Algérie d'aujourd'hui ne pouvait pas trouver quelqu'un de mieux que Bouteflika, malgré toutes ses défaillances surtout morales. Que je le veuille ou pas, Bouteflika a tout de même réussi à acheter toute la mouvance islamiste en Algérie. Le terrorisme des années 90 a complètement disparu de la scène. La manne pétrolière aidante Bouteflika a réussi à maintenir une paix sociale très fragile, jusqu'à présent du moins.
Mais l'économie algérienne n'a jamais été aussi malade qu'aujourd'hui. Il n'y a pratiquement plus d'activité industrielle. Les entreprises publiques, construites à coût de milliards de $, sont en grande majorité fermées. Le secteur privé est pratiquement inexistant dans ce secteur. Les seules activités vibrantes depuis plus de 5 ans sont liées aux importations payées par les recettes pétrolières. L'Algérie de 2009, à mon avis, est plus dépendante de la rente pétrolière que même les pays arabes du golf.
Mais ce qui me chagrine le plus c'est l'absence totale de vie politique en Algérie. Qui aurait pensé que ce peuple, qui débattait tout et rien aussi bien avant la guerre de libération que durant le régime de Boumediene même, se retrouve aujourd'hui complètement anesthésié à tel point qu'il n'y a même pas une seule personne politique en Algérie capable de poser les vrais problèmes que notre société doit un jour ou l'autre gérer.
J'ai l'impression que nous devons attendre la fin de toutes les générations qui ont vu, de près ou de loin, la guerre de libération pour qu'enfin les Algériens commencent à se prendre en charge une fois de plus.
Merci. »
On voit bien que l’Algérie est dans la lignée des autres pays arabes et musulmans du Maghreb et des alentours. Il semble, comme le dit si bien cet Algérien, que ce ne sont que les prochaines générations qui pourront changer la culture politique qui règne en maître aujourd’hui dans tous ces pays.
Claude Dupras
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