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samedi 30 octobre 2010

Le vide politique du Québec

Rien ne va plus en politique au Québec.

Le premier ministre libéral Jean Charest et son parti s’accrochent les pieds dans les fleurs du tapis. Depuis que le PM a refusé, à tort, de mettre sur pied une commission d’enquête sur les coûts de la construction, la foudre lui tombe sur la tête. L’opposition parlementaire et les journalistes ne cessent de rendre publiques des décisions et des transactions gouvernementales de toutes sortes dans lesquelles amis, supporteurs ou financiers du parti libéral du Québec ont été favorisés. Ces nombreux scandales qui pour la plupart n’en sont pas, ont un air de vérité. Et c’est çà le problème du PM car, en politique, l’apparence a autant d’importance que la réalité et par conséquent sa popularité en subit le contrecoup et fond dans les sondages.

Pendant ce temps, les dirigeants et députés du parti Québécois, l’opposition officielle, jubilent. Voyant le pouvoir possible de si près, ils ne peuvent s’empêcher de se lécher les babines. Les sites internet dédiés à l’indépendance du Québec font le plein d’articles optimistes, ce qui démontrent bien que la fièvre se répand. Mais il y a un problème. Le parti Québécois et son chef Pauline Marois ne figurent pas bien, eux non plus, dans les sondages. Les Québécois et les Québécoises ne sont pas satisfaits du parti Québécois ni du parti Libéral.

Le parti Libéral et le parti Québécois sont des partis de centre-gauche. Les libéraux flirtent par moment avec la droite. Les péquistes agissent de même avec la gauche. Cette dernière est représentée par le parti Québec-Solidaire qui n’a qu’un député. La droite est le parti Action Démocratique du Québec (ADQ) qui est venu à quelques députés près de prendre le pouvoir à l’avant-dernière élection générale. Après 21 mois comme opposition officielle, où il a fait mauvaise figure, il est retombé à seulement quelques députés et ne pèse plus politiquement. Pourtant, la droite est au pouvoir à Ottawa et croît rapidement aux USA où les élections législatives « mid-term » sont imminentes et pour lesquelles les sondages indiquent que le parti Républicain, parti de droite, fait une remontée impressionnante et enlèvera aux Démocrates la majorité à la Chambre des représentants et possiblement au Sénat. La droite a le vent dans les voiles en Amérique du Nord.

Plusieurs anciens membres du parti Québécois, dont l’ex-ministre démissionnaire François Legault, estiment que l’option indépendance n’est pas dans l’air. Ils rêvent de créer un nouveau parti, Force-Québec, avec des gens d’autres formations politiques pour s’attaquer efficacement aux vrais problèmes. Il y a quelques semaines, les medias ont rapporté que le parti se formait et qu’une annonce était imminente. Le sondage qui suivit, incluait ce nouveau parti comme option et l’a placé à 39% par rapport au parti Québécois qui chutait de 18% pour se retrouver à 22% (les purs et durs), le parti libéral à 21% et l’ADQ 6%. Ensemble, les trois partis traditionnels n’ont obtenu que 49% face à un parti qui n’existe pas. Ce qui démontre bien que les Québécois sont insatisfaits et ont une grande faim de changement.

À Québec, Il y a une semaine, un nouveau groupement, le Réseau-Liberté-Québec, a réuni durant un weekend plus de 450 individus de toutes les régions du Québec autour de chercheurs, de penseurs et d’activistes de droite pour parler politique. La rencontre a eu un impact positif dans les médias. Le Réseau-Liberté-Québec n’est pas et ne sera pas un parti politique. C’est un genre de « think-thank » en devenir, à tendance conservatrice, qui regroupe hommes et femmes politiques, chercheurs, universitaires, syndicalistes, gens d’affaires qui voient des solutions dans la philosophie de Droite. Ces individus veulent influencer les partis politiques en place pour qu’ils adoptent leurs suggestions. Dès l’annonce de la création de Réseau-Liberté-Québec, certains politiciens se sont empressés d’élever l’épouvantail à corneilles pour effrayer sans raison les Québécois et les Québécoises contre la droite qu’ils ont même associée à l’extrême-droite (idéologie contre-révolutionnaire voire fasciste). Cela n’a rien à voir avec le Réseau-Liberté-Québec qui est une bouffée d’air frais pour la politique québécoise.

Je n’aime pas la droite à la GWBush ou à la Stephen Harper : trop d’idéologie, pas suffisamment de sensibilité dans les solutions pour les grands problèmes. J’espère que la droite québécoise ne prendra pas les politiques de ces hommes comme modèles. D’ailleurs, aujourd’hui, le Canada en souffre puisque les Nations Unies viennent de nous refuser un siège au conseil de sécurité parce qu’elles ne digèrent pas les politiques de notre PM Harper : environnement, unilatéralisme pour Israël, etc… (Par contre, sur plusieurs points, il a fait un excellent travail, comme vient justement de l’affirmer la vérificatrice générale du Canada en rapport avec l’important programme de 45 milliards de projets d’infrastructure lancés pour contrer les effets négatifs de la crise économique. Ce fut bien géré et de façon honnête. Bravo).

À cause de l’impopularité grandissante du PM Charest, les séparatistes « purs et durs » du parti Québécois croient que la victoire électorale est, par défaut, inévitable et certaine. Ils réclament un nouveau référendum sur la séparation du Québec du Canada, lors du premier mandat que le parti gagnera. Quant à elle, Mme Marois s’en tient à l’article 1 de la constitution du parti qui stipule «au moment jugé approprié». Elle est une fine politicienne et ne veut pas faire peur à ceux qui ne sont pas indépendantistes et qui auraient le goût de changer de gouvernement, à cause des circonstances, et voter PQ. Électoralement, elle a raison. Dans un premier temps, elle veut être élue premier ministre et gouverner. Ensuite, dans un deuxième temps, suite à une autre élection générale, tenir un référendum. C’est ce qu’elle appelle « le temps opportun ».

Mais c’est un peu d’hypocrisie car le Parti Québécois ne cesse d’affirmer qu’il existe pour faire l’indépendance du Québec. Je suis d’accord avec ceux qui veulent le tenir dans un premier mandat. L’électeur a droit de se prononcer sur la question nationale le plus tôt possible et cette question doit être réglé une fois pour toutes. Ce sera le troisième référendum et probablement le dernier, quelque soit le résultat. S’il n’a pas lieu dans le premier mandat et le parti non réélu, il n’y aura pas de référendum et la discorde sera toujours là.

Les « purs et durs » ont une autre crainte. Ils s’inquiètent de la performance de Mme Marois. Ils croient qu’elle sera un handicap qui pourra les empêcher de gagner la prochaine élection. Malgré qu’elle en ait vu d’autres et ait une longue expérience, elle subira un vote de confiance au congrès du PQ, le 15 avril prochain, qui risque de faire mal !

Jean Charest et Pauline Marois sont en mauvaise position dans l’opinion publique et dans l’esprit des membres de leur parti. Le parti Libéral est entaché de suppositions de mauvaise gouvernance et le parti Québécois dispute les qualités de son chef et la stratégie en vue d’un nouveau référendum. L’ADQ est faible mais est bien placé pour progresser étant donné sa position à droite de l’échiquier politique québécois. La gauche maintiendra-t-elle son ascendance sur la politique québécoise ? Force-Québec naîtra-t-il et sa popularité sera-t-elle éphémère ? Quelle sera l’influence de Réseau-Liberté-Québec sur l’évolution vers la droite des politiques des partis ? En fait, nous sommes dans un vrai « free for all » où tout peut arriver.

Dans le vide politique actuel du Québec, dans quelle case s’arrêtera la bille sur le panneau tournant de la roulette politique québécoise ? Voilà la question !

Claude Dupras

mardi 9 mars 2010

Jean Charest : L’heure de décision

Ce ne sont pas les conseils ni les critiques qui manquent pour les hommes ou les femmes politiques de nos jours.

Au Québec, le déficit et la dette sont mis sur le dos du premier ministre Jean Charest. On oublie qu’ailleurs c’est pareil ou pire. La Grèce, le Portugal et l’Espagne frôlent la faillite. Le gouvernement des USA a une dette record inimaginable sur laquelle s’accumulent des déficits annuels record. Le Canada, modèle par excellence des pays occidentaux pour ses surplus financiers, recevait la visite de Premiers Ministres de pays étrangers, accompagnés de leurs Ministres des finances, pour comprendre la méthode canadienne de gérance des argents publics. Subitement, tout a bousculé et nous avons vu durant la dernière année, nos surplus s’évaporer et transformés en un déficit de 55 milliards $. Même la riche province d’Alberta, propriétaire des sables bitumineux, souffre et affiche un premier déficit. Adieu veau, vache, cochon, couvée…

Charest arrive à un moment crucial de sa direction des affaires gouvernementales du Québec. Au pouvoir depuis 1998 (à la fin du présent mandat il aura été Premier Ministre aussi longtemps que l’ex-PM Maurice Duplessis), il a bénéficié des années grasses que l’on vient de vivre pour bien administrer le Québec. Sous lui, les dépenses ont passé de 41 à 67 billions $, représentant un taux annuel d’accroissement de 4,6% alors que la moyenne provinciale au Canada s’est située à 6,6% et celle du gouvernement fédéral à 5,9%. Quant au déficit annuel, il s’est maintenu durant ces années aux alentours de 6 billions $ et la dette a passé de 110 à 160 milliard $, mais elle a quand même baissé en fonction du PIB de 58% en 1998 à 53,5% en 2009, puisque son poids relatif a diminué d'année en année en raison de la productivité de l'économie québécoise.

Les déficits ont été jugés nécessaires pour maintenir la création d’emploi et la protection des programmes sociaux québécois. Cependant, même si la situation actuelle est acceptable à court terme, elle risque de devenir très difficile, à cause de la récession et des augmentations probables des taux d’intérêt si le gouvernement ne prend pas, dès les prochaines années, les mesures nécessaires pour réduire ses déficits. C’est le défi de Jean Charest.

Il est prévisible que les prochains rapports financiers soient fortement déficitaires et cela pour les raisons suivantes : une baisse importante des versements de péréquation suite au ralentissement de l’exploitation des sables bitumineux, conséquence de la baisse du prix de pétrole; l’explosion des coûts de construction des grands projets d’infrastructures; les nouvelles demandes salariales des fonctionnaires; la diminution des revenus des particuliers suite à la récession qui risque de perdurer, etc.

Analystes, économistes, experts, intellectuels, journalistes et joueurs politiques s’élèvent de tous côtés pour nous dire que sans la voie qu’il propose, pour combler le déficit et réduire la dette du gouvernement du Québec, il n’y a pas d’espoir. Pour justifier leurs propositions, plusieurs cherchent à nous effrayer avec le spectre d’une apocalypse qui supposément nous guette. Certaines de ces personnes sont sincères, d’autres compétentes mais plusieurs tiennent des propos qui résonnent comme ceux de démagogues.

Parmi les suggestions avancées, on retrouve :

. L’imposition de nouvelles taxes sous forme d’une importante augmentation des tarifs d’électricité pour combler en partie les prochains déficits;
. Un accroissement majeur des frais de scolarité universitaire même si cette décision en Ontario a fermé la porte de l'éducation postsecondaire à tout un pan de la société;
. Sabrer dans les services et les salaires des fonctionnaires;
. Mettre fin à l’État-Providence;
. Augmenter les revenus de 5,6 milliards $ et réduire les dépenses d’autant;
. Retrouver l’efficacité dans les grandes sociétés de l’État telles Hydro-Québec, Société des Alcools, et autres qui sont peu performantes par rapport à des entreprises privées similaires;
. Éliminer plusieurs niveaux d’administration régionale qualifiés de structures intermédiaires inutiles;
. Augmenter la TVQ (taxe de vente) de 2% pour remplacer la diminution de 2% de la TPS (taxe sur les services) fédérale;
. Obtenir une véritable accessibilité à l’éducation;
. Utiliser immédiatement le Fonds des Générations qui accumule des argents qui sont placés via la Caisse de Dépôt en vue de rembourser un jour une partie importante de la dette pour les générations futures (commencer en 2007 avec 579 millions $, il compte aujourd’hui plus de 2 milliards $, devrait valoir 32 milliards $ en 2025 lorsqu’il sera appliqué au remboursement de la dette);
. Accélérer le remboursement de la dette, avec des taxes s’il le faut, pour obtenir une justice intergénérationnelle;
. Abolir les privilèges (évitement et évasion fiscaux) de l’entreprise privée qui privent le gouvernement d’entrées monétaires importantes;
. Reconnaître que les hommes et femmes vont travailler à la retraite plus longtemps et continuer à payer des impôts;
. Mettre en place un meilleur contrôle de l’endettement.

De leur côté, les fonctionnaires craignent une répétition des mesures draconiennes des gouvernements Lévesque et Bouchard qui pour des raisons de déficits ont réduit considérablement leur nombre et réclament des mesures comme l’élimination de la sous-traitance dans les services publics pour protéger leurs emplois.

On peut voir par ce bref résumé que ce n’est pas le choix qui manque.
Les différences de vue sont profondes car chacun prêche pour sa paroisse. Tous affirment s’exprimer dans le meilleur intérêt du Québec et parlent de lucidité, de réalité, d’objectivité, de franchise, de responsabilité, de liberté, d’accessibilité, d’équité, d’excellence, d’efficacité… mais on peut douter de la sincérité de plusieurs dont les textes sont clairement irréalistes, alarmistes, condescendants, défaitistes, anti-syndicalistes, anti-patronat, intolérants, partisans, fabricants de procès d’intentions et encore. En plus, et c’est le drame, chacun parle et parle mais n’entend pas l’autre et va même jusqu’à le diminuer, l’insulter. Une vraie tour de Babel d’irresponsabilités.

Un très grand nombre d’observateurs jugent que l’économie actuelle est fragile à cause de la récession et que le temps n’est pas propice pour augmenter les coûts aux citoyens. D’autres, à l’approche plus comptable, propose avec facilité de couper radicalement les dépenses du gouvernement et d’imposer de nouvelles taxes en oubliant que nous vivons en société.

À mon avis, le gouvernement doit revoir tous les postes de ses dépenses et éliminer les dépenses superflues. Il peut s’amincir sans souffrir.

Il se doit de protéger notre système d’éducation, éviter qu’un grand nombre de jeunes des nouvelles générations ne puissent accéder à des études supérieures et s’occuper en priorité du décrochage scolaire. Pour les universités, la réponse n’est pas une augmentation importante des frais de scolarité mais plutôt une responsabilisation des universités elles-mêmes et de leurs diplômés. Ces derniers ont une dette envers l’institution qui leur a donné, à bas coût, leurs grades. C’est à eux d’aider financièrement leur alma mater pour lui permettre d’être la meilleure possible. Que les universitaires québécois prennent exemple chez les diplômés de Polytechnique qui depuis des années contribuent énormément à l’École. Des anciens ont même payé complètement de nouveaux pavillons dédiés à de nouvelles spécialités du génie et continuent à supporter généreusement l’institution qui leur a permis de bien gagner leur vie. L’Université McGill est aussi un bel exemple.

Les tarifs d’électricité doivent être fixés en fonction du coût des autres énergies. L’Hydro-Québec se doit d’être compétitive sur le marché. Agir arbitrairement pour augmenter les ristournes à l’État ne serait pas sérieux. Si l’électricité est trop chère, les Québécois se retourneront vers d’autres sources pour se chauffer et l’HQ perdra des clients.

Sabrer aveuglément dans le nombre de fonctionnaires n’est pas nécessairement une solution réaliste. On a vu récemment le ministère responsable des travaux publics faire appel au privé pour assurer que l’octroi et la surveillance de ses projets respectent ses normes et ses budgets et cela parce que les fonctionnaires attitrés à ces tâches importantes avaient perdu leur emploi. « La sous-traitance, oui, mais pas nécessairement la sous-traitance ». Éliminer les rond-de-cuir, oui, mais ne pas renvoyer des gens compétents et mieux payés simplement pour diminuer les coûts. L’expérience nous montre que ce sont de fausses économies. Nous avons besoin de bons fonctionnaires et les dénigrer continuellement n’est pas à notre avantage car c’est avec eux que notre gouvernement remplit les tâches normales d’un bon gouvernement. C’est avec eux que l’on pourra trouver les vraies raisons qui font que la construction civile au Québec est 35% plus chère qu’en Ontario et corriger la situation. Les économies possibles se chiffrent par milliards.

Il est essentiel de rendre plus efficace les grandes entreprises de l’État québécois à l’image des grandes entreprises privées qui constamment font cet effort puisque c’est toujours une source de meilleure productivité et de réduction de dépenses.

Éliminer certaines administrations régionales, dont j’en suis, comme celles
de la santé entre le ministère et les administrés et certains conseils d’agglomération de villes, coûteux et inutiles, comme celui de Ste-Marguerite – Estérel. Par contre plusieurs sont fort importantes et méritent de continuer. Les municipalités régionales (MRC) en sont. Mais on doit revoir plusieurs de leurs postes de dépenses qui sont excessifs.

Augmenter la TVQ, oui, mais en dernier ressort à condition d’exempter les produits nécessaires aux familles comme les vêtements d’enfants, la nourriture, les livres scolaires, etc…

Éliminer le Fonds des générations, non ! Il assure la justice intergénérationnelle réclamée par les jeunes. De plus, augmenter les impôts pour payer la dette n’est pas justifiable car une grande partie de l’endettement public est pour la réalisation d’infrastructures qui serviront aux générations de demain.

Quant à la fiscalité pour les individus et les entreprises, il faut comprendre que nous ne vivons pas isolés de tout le monde. Nous nous devons d’être compétitifs. Les conditions de travail, les rémunérations, les impôts doivent être en sorte que les travailleurs et les entreprises restent chez nous et ne cherchent pas à œuvrer ailleurs. Pour avoir les meilleurs, il faut les attirer, les garder. Il faut aider ceux qui créent, qui osent et qui savent produire car ils sont générateurs d’emplois et de revenus. C’est ainsi que les travailleurs obtiendront les meilleurs salaires. Par contre, l’élimination des paradis fiscaux est essentielle pour atteindre une justice fiscale.

À ce moment de notre économie, il est important que nous comprenions bien les enjeux. Ainsi, notre gouvernement sera plus à l’aise pour prendre les meilleures décisions possibles.

Claude Dupras

samedi 20 février 2010

Les séparatistes québécois ont-ils un avenir ?

Ça ne va pas très bien pour les séparatistes québécois, ou souverainistes comme ils aiment s’appeler. Les réactions à la récente déclaration publique de leur ex-chef Lucien Bouchard ont mis en relief les divergences profondes qui divisent les membres et les supporteurs du parti Québécois (PQ). Un article récent du journal Le Devoir les partage en trois catégories : les « fatigués » qui ont lâché prise, les « inévitalistes » qui croient que l’indépendance est certaine et les « pédagogues-léninistes » qui discourent depuis les banquettes de l’opposition.

Bouchard, François Legault l’ex-ministre-démissionnaire et d’autres estiment que les Québécois ne veulent pas se séparer du Canada et qu’il n’est pas propice de perdre du temps précieux à discuter du sujet. Les sondages confirment cette opinion. Plusieurs de ces individus, inquiets de l’évolution du Québec, suggèrent que le PQ mette de côté l’article 1 de sa constitution (l’indépendance du Québec) et oriente plutôt son programme et ses politiques vers l’objectif de créer un bon gouvernement et de classer aux oubliettes la tenue d’un autre référendum. Certains proposent même la création d’un nouveau parti « arc-en-ciel » qui embrasserait toutes les tendances et proposerait des politiques pratico-pratiques face aux grands défis qui se lèvent à l’horizon de notre province. D’autres croient qu’une nouvelle coalition de l’opposition inspirée des « lucides » et dirigée par des hommes d’affaires serait la réponse.

Qu’il y ait un nouveau parti sur la scène politique québécoise, je n’y vois pas d’objection même si je pense que les trois qui existent suffisent. Mais penser qu’il prendra le pouvoir dans un avenir rapproché me semble illusoire. Ce n’est pas la multiplication des partis qui renversera le gouvernement actuel. Jean Charest, PM et chef du parti libéral, est trop fin politicien et bon gouvernant pour se faire renverser aussi facilement.

Le mouvement séparatiste québécois est un peu comme d’autres dans le monde qui se sont exprimés depuis la deuxième guerre mondiale. Les berbères d’Algérie, les Kurdes d’Irak et de Turquie, les protestants en Irlande, les Basques d’Espagne, les Arméniens de Turquie ont tous connu une fin tragique. L'histoire de ces peuples nous a appris que toutes les batailles gagnées par les minorités dans le passé ne l'ont jamais été au bout du fusil mais grâce à l'action positive des minorités elles mêmes vis a vis des majorités.

Les Irlandais, les Italiens et surtout les noirs américains ont eu d'énormes difficultés à défendre leur identité tout en essayant de s'intégrer à la société américaine en général. Tous ces mouvements ont réussi à changer les choses dans leur pays en faveur de la société qu’ils défendaient. Par exemple, les berbérophones les plus virulents ne parlent plus, aujourd'hui, d'une république berbère indépendante du reste de la nation algérienne, mais se re-concentrent sur les revendications les plus importantes de la Kabylie, à savoir la sauvegarde de leur culture. Non seulement réaffirment-ils leur nationalisme algérien mais ils jouent aussi le jeu démocratique en Algérie pour démontrer que la pluralité culturelle est en fait un avantage pour l'avenir de leur société plutôt qu'un fardeau.

Je ne doute pas qu'il y ait encore de l’animosité entre les sociétés revendicatrices et les autres de leur pays, mais je crois qu'avec le temps, elles finiront par trouver un terrain d'entente et oublieront leurs conflits culturels du passé, malgré que ce ne soit jamais à la satisfaction de tous.

J’ai toujours pensé que le parti Québécois, le parti le plus démocratique du Québec, représentait l’âme patriote de notre peuple. Il a toujours été un grand défenseur de sa langue et de sa culture. Il a rendu de grands services depuis qu’il existe. Les politiques sociales, culturelles, économiques ont toutes subi ses influences positives et ont été transformées à l’avantage de l’ensemble de notre peuple. Toute nation a besoin que certains de ses membres soient constamment à l’affût pour rappeler et défendre la raison d’être de son existence.

Nonobstant que le fossé soit encore grand entre les francophones et les anglophones canadiens, je diffère profondément d’opinion avec les péquistes sur la question de la séparation de l’ensemble canadien. Nous avons le privilège de vivre dans un grand pays au territoire extraordinaire qui est le plus vaste du monde, riche en pétrole, en minerais, en eau, en forêt, entourée de trois mers, etc. Ce sont nos ancêtres qui l’ont découvert, parcouru et cartographié mais, malheureusement, ils en ont perdu le contrôle. Le Canada est un pays superbe à tous les points de vue, pourquoi vouloir céder notre part ? Ne devrions-nous pas chercher à le conquérir avec nos entreprises… ?

On dit que les Anglais nous ont conquis, j’aime mieux dire que les Français n’ont pas défendu leur territoire. En effet, « à peine 15 000 Français et Françaises ont fait voile en direction du Canada au XVIIe siècle, et les deux tiers d'entre eux n'ont fait qu'un séjour temporaire dans la colonie avant de retourner définitivement en France ou de mourir au Canada à l'état de célibataire. C'est très peu. Avec une population dépassant à peine le tiers de celle de la France, les îles britanniques auraient envoyé au Nouveau Monde près de 330 000 immigrants durant la même période. (PDRH) ». N’ayant pas peuplé leur territoire, les Français se sont mis en position de faiblesse et ont tout perdu. Si la France avait agi comme le gouvernement anglais d’alors, aujourd’hui l’Amérique serait française et la langue française serait probablement la langue mondiale. La France a vraiment perdu gros.

Nous avons vécu longtemps sous la domination anglaise depuis 1759 et ce que nous possédons aujourd’hui a été gagné à cause de la solidarité qu’ont fait montre nos ancêtres. Mais il nous faut quand même, et c’est un travail de tous les instants, veiller au grain afin que notre culture, notre langue, nos lois sociales, notre économie et tout ce qui à rapport à notre société demeurent en bonne santé.

La défense d'une culture minoritaire dans un pays ou un autre est une chose que je supporte avidement. C’est pourquoi je souhaite que le PQ continue à exister même si je ne partage pas sa raison d’être qu’est la séparation du Québec du Canada. Il doit se renouveler pour maintenir vivantes et à jour ses politiques de défense des intérêts de la nation francophone du Québec Cependant, il ne doit pas croire en avoir le monopole car c’est l’affaire de tout le monde, même des fédéralistes.

Claude

jeudi 18 février 2010

Non, à Lucien Bouchard

L’ancien premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, vient de faire une sortie remarquée sur la question de la séparation du Québec de l’ensemble Canadien. Lui qui fut chef du parti Québécois (PQ), parti séparatiste du Québec, mena une campagne référendaire extraordinaire pour le « oui » à la séparation. Il attint presque son objectif avec un vote de 49,42% favorable à son option. Jamais un si grand nombre de Québécois ne votèrent en faveur de l’indépendance du Québec.

Ce fut un chef charismatique, un orateur populaire à l'éloquence puissante et directe et qui livrait des discours enflammés et convaincants. Il toucha profondément chaque Québécois, même ceux qui votèrent contre son option. Il est un homme d’une intense sincérité et animé d’une ferveur rare et profonde de patriote.

Depuis sa démission, en 2001, comme chef du gouvernement et du PQ pour rejoindre un important bureau d’avocats à Montréal, il a été généralement discret sur les affaires du Québec, sauf en 2005 lorsqu’il regroupa autour de lui une douzaine de personnalités québécoises, penseurs et personnes d’affaires, pour évaluer la direction que prenait le Québec face aux problèmes qui le confrontent. Ce groupe publia un manifeste « Pour un Québec lucide » qui fut généralement bien accepté mais vite dénoncé par la gauche et les milieux altermondialistes et écologistes.

Aujourd’hui, Lucien Bouchard affirme « Dans l'immédiat, au Québec, on a autre chose à faire qu'attendre quelque chose qui ne vient pas vite (l’indépendance du Québec) », lui qui estime que le Québec a d'urgents problèmes économiques à régler et que les Québécois ne veulent pas actuellement de la séparation. De plus, au passage, il dénonce le nouveau radicalisme du PQ et ajoute que ce dernier est fermé aux néo-québécois. En somme, il dénonce le leadership de la chef actuelle Pauline Marois.

Certains observateurs se demandent si Lucien Bouchard ne souffre pas de nostalgie et pense à revenir à la tête du gouvernement. C’est vrai qu’il y a des problèmes importants à régler dans notre province, particulièrement le décrochage scolaire et les sérieux défis à relever que posent la santé, l'économie et l'assainissement des finances publiques.

Lucien Bouchard a gouverné le Québec. L’a-t-il bien gouverné ? Si j’avais à lui donner une note sur 10, ce serait 4.

C’est Lucien Bouchard qui a démantelé le système de santé au Québec, au nom de supposées économies, en forçant des dizaines de milliers d’infirmières d’expérience et de nombreux médecins à la retraite. Les chirurgiens et le personnel médical du Québec ont dénoncé alors et avec raison cette décision intempestive et non réfléchie. Elle a abouti sur le désastre que connaît depuis notre système de soins de la santé. Pas brillant M. Bouchard !

Lucien Bouchard a fusionné, de force, un très grand nombre de municipalités du Québec et cela malgré tous les référendums fortement majoritaires (à plus de 90%) contre la fusion, tenus dans ces municipalités. L’opinion des contribuables ça ne comptait pas car c’est lui qui avait raison, pensait-il. Démocrate, M. Bouchard ?

Par exemple, il a fusionné toutes les municipalités de l’île de Montréal, dont Montréal, une vingtaine, et a démantelé la Commission Urbaine de Montréal qui assurait des services communs à toutes ces municipalités et favorisait la répartition des dépenses à tous les occupants de l’île. Nous avions un système qui marchait bien et qui nous a donné l’Exposition internationale et universelle de 1867, les Jeux Olympiques de 1976 et le Montréal moderne. Certes, il y avait place pour améliorations et elles étaient réalisables. Le résultat fut un désastre. Des centaines de millions de $ ont été dépensés pour la « réorganisation » de la nouvelle grande ville et sa « désorganisation-réorganisation » suite à la « défusion » de villes qui décidèrent, par après, par référendums (qui furent reconnus cette fois) qu’elles ne voulaient plus s’unir avec les autres. De la folie furieuse !

Partout au Québec, les taxes foncières ont augmenté considérablement dans ces villes fusionnées, dépassant même les 50%. Dans mon cas personnel, ce fut 100%. Pourquoi ? Pour avoir de meilleurs services municipaux…? Sûrement pas, car de l’avis de tout le monde, ils sont pires qu’avant; pour assurer une plus grande efficacité dans les tâches comme l’enlèvement de la neige…? Sûrement pas, car depuis c’est la pagaille et la ville recommande même aux citoyens d’ajouter des « crampons » à leur bottes pour éviter de glisser sur la glace des trottoirs; pour assurer plus d’intégrité dans l’administration des fonds publics…? Sûrement pas, car jamais tant de cas de corruption ont été découverts et des dizaines d’enquêtes policières sont en cours, etc.

L’administration a été décentralisée vers les villes fusionnées, devenues arrondissements, et le manque de coordination avec la ville-centre a créé des problèmes d’administration cacophoniques. On a même entendu, lors de la dernière élection municipale, les contribuables réclamer l’abolition des arrondissements pour retrouver la ville à gouvernement unique… C’est à en pleurer !

Et cela, c’est la responsabilité directe de Lucien Bouchard. Et il y a beaucoup d’autres cas que je pourrais citer, particulièrement dans le monde de l’éducation… Pour moi, il fut le pire premier ministre que le Québec ait connu depuis 50 ans. Je ne dis pas qu’il n’a pas raison dans ce qu’il avance aujourd’hui. C’est facile de parler surtout lorsqu’on le fait sans se contrôler. Je ne me fie plus à lui ni à ses dires car je le juge sur ses actions passées.

Le Québec ne peut se payer le luxe de suivre Lucien Bouchard à nouveau.

Claude Dupras