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dimanche 27 septembre 2015

Mon blog: 10 ans déjà


Ce jour-là, le 20 juin 2005, j’ai commencé une belle aventure dans le monde des blogs. Un article de journal publié en novembre 2004 avait suscité mon intérêt. Malgré que les blogs au Québec étaient plutôt rares à ce moment-là, il racontait que « le nombre de weblogs, communément appelé blogs, est passé dans le monde de 5 millions à 11,5 millions » (Aujourd’hui, il est plus près de 275 millions et il croît encore au rythme de 2 millions par mois). Plusieurs sites internet proposaient des programmes informatiques pour créer son propre blog. Pour faire un essai, j’ai opté pour celui offert par Google, le « Blogger.com ».
Le vrai challenge est d’écrire un texte objectif qui concerne un sujet de l’heure et de le faire régulièrement dans une démarche qui soit originale et respectée. Comme c’est en forgeant que l’on devient forgeron, il en est de même pour l’écriture.
   
J’ai été surpris, au fil des blogs, de voir comment je puisais dans mes expériences passées, qu’elles soient familiales, sociales, étudiantes, d’affaires ou politiques et comment ces dernières étaient soumises aux influences externes. Tout cela rendait plus difficile de décortiquer et de commenter la vie actuelle.
J’ai toujours accordé une grande importance à émettre une analyse consciente par des propos balancés, vrais, non agressifs tout en tenant compte des opinions des deux côtés de la médaille. Mais j’ai aussi réalisé que mon analyse pouvait être aussi inconsciente, puisque comme tout le monde je porte des cicatrices invisibles.
C’est une délicate besogne que de traduire dans des mots son appréciation des évènements de l’actualité. Le grand défi de bien écrire est de produire un témoignage tout en comprenant que le poids que l’on donne à un mot n’est pas toujours celui que certains lecteurs lui donnent ou qu’ils le définissent. Quelques fois, je me demande quelle est l’utilité d’écrire si mes mots risquent d’être lus dans un sens que je ne leur attribue pas. Mais, vite, je mets de côté ces idées noires pour continuer à relever le défi.
Un auteur a écrit en parlant de l’écriture : Les sujets foisonnent et les idées fusent. L’esprit réagit. Le coeur prend parti. Face à l’évènement, c’est une mécanique impressionnante qui se met en marche. Et c’est vrai !
Avec le temps, j’ai appris à écrire un texte plus ou moins personnel sur un sujet sérieux pour le publier. J’ai vite réalisé que l’émotion est la clef pour gagner le public et que si le sujet ne passionne pas, il vaut mieux ne rien faire. Mais si c’est le contraire, alors allez-y et votre texte volera de ses propres ailes grâce aux clics des internautes. 
Plusieurs bloggeurs présentent un texte quotidien ou hebdomadaire. Dans mon cas, je l’écris au moment où j’estime avoir quelque chose à dire sur l’actualité politique ou autre.  
Après un début difficile, le nombre de lecteurs de mon blog a augmenté constamment. Ses 443 articles, à ce jour, ont été vus plus de 350 000 fois.
Avec la sphère informatique sociale, les journalistes des médias traditionnels ont perdu le monopole du jugement quant à ce qui importe pour les gens. Par contre, ceux qui les concurrencent, comme les bloggeurs, se doivent d’agir avec la même obligation professionnelle qu’eux afin d’être neutres dans leurs analyses de toute situation. Et ça, ce n’est pas facile !
Durant ma jeunesse, j’étais intéressé par les activités d’associations de toutes sortes. Elles m’ont amené à participer activement à la politique qui est vite devenue, pour moi, une passion. Que ce soit au municipal, au scolaire, au provincial ou au fédéral, j’y étais et je m’engageais ouvertement. Durant ma vie étudiante et, plus tard, ma vie professionnelle, je suis devenu un jeune nationaliste canadien-français, bilingue, témoin du débat de l’autonomie du Québec. Je m’opposais au parti libéral du Canada sur cette question et j’ai vu la solution dans le parti progressiste-conservateur du Canada dans lequel j’ai occupé plusieurs postes importants. D’ailleurs, elle se concrétisa lors des mandats des PM Diefenbaker, Clark et Mulroney. C’est de cette période que viennent les cicatrices invisibles.
Aujourd’hui, je ne suis ni partisan, ni membre d’aucun parti politique mais un Québécois et un Canadien qui veut le bien-être de ses compatriotes, de sa nation et de son pays. Je ne suis pas séparatiste car j’estime que cette alternative n’a aucun sens pour mes descendants puisqu’elle leur enlève tout le potentiel que l’ensemble du Canada leur offre. De plus, en précisant nos besoins et nos espoirs, nous avons pu obtenir le pouvoir pour assurer la protection de notre culture et de notre langue tout en devenant forts économiquement dans l’ensemble canadien. C’est avec cette lunette que j’analyse ce qui se passe politiquement chez nous. Pas de secret, pas de mystère !
Mon blog n’aborde pas que des sujets politiques québécois, il s’intéresse à tout ce qui se passe dans le monde. Je lis beaucoup de blogs québécois, canadiens et internationaux qu’ils soient de gauche ou de droite, fédéralistes ou séparatistes, et j’en recommande la lecture à plusieurs de mes lecteurs, dans une colonne dédiée à cet effet sur la page de mon blog. Je comprends la position de ces auteurs avec qui je diffère souventefois d’opinion. Leur expérience de vie a été différente de la mienne puisqu’ils ont été forgés d’une autre façon que moi, mais leur réaction est semblable à la mienne.
En ce 10ième anniversaire de mon blog, je veux remercier mes lecteurs et leur dire que j’apprécie leurs mots d’encouragement, leurs commentaires (favorables ou non) et les références dont ils me gratifient.
Merci beaucoup !
Et au prochain… 

Claude Dupras

dimanche 5 octobre 2014

Le congrès de leadership du Parti Québécois est important

Vigile est le site internet par excellence des séparatistes québécois. Il est complet, moderne, très lu et parcouru.

La direction du site, son conseil d’administration, vient de prendre position pour le choix du prochain chef du Parti Québécois (PQ). Elle opte pour Pierre Karl Péladeau (PKP), l’ex magnat des médias et député du comté de Saint-Jérôme depuis six mois. 
Elle a comme objectif d’obtenir que PKP soit le seul candidat. En somme, elle propose, comme j’expliquais dans mon blog précédent, qu’il soit choisi par le caucus des 29 députés et que cette décision soit soumise à un scrutin par lequel tous les membres du parti seraient appelés à lui manifester leur confiance par un « oui » ou un « non ».
Drôle de façon de choisir un chef pour le PQ qui a toujours été le parti le plus démocratique du Québec. Celui des débats, des résolutions, du respect de toutes les opinions, de l’égalité de tous les membres, des droits de chacun.
Pour atteindre son objectif, elle cherche à convaincre les péquistes, par ses éditoriaux, des qualités de PKP, mais par contre elle s’acharne contre les ex-ministres ou députés qui ont signifié leur intérêt pour briguer les suffrages du leadership.
Parmi ces derniers, il y a :
Bernard Drainville, député depuis 2007, ministre du gouvernement Marois.  responsable des institutions démocratiques et du débat sur la charte des valeurs québécoises. Il a un baccalauréat en sciences politiques de l’Université d’Ottawa, une maîtrise en relations internationales du London School of Economics. Sa carrière à Radio-Canada a duré 18 années où il a  œuvré sur le plan municipal, provincial, fédéral et même international. Il a 51 ans.
Jean-François Lisée, députée depuis 2012, ministre de Pauline Marois au titre des Relations internationales et du Commerce Extérieur. Il une licence en droit. une maîtrise en communications de l’UQAM et un diplôme en journalisme du Centre de formation des journalistes de Paris. Il a été correspondant à Paris et Washington pour des médias montréalais et collaborateur à la revue Actualité. Conseiller des premier ministres québécois Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, il est devenu chef de la direction du Centre d’Études et de recherches internationales de l’U de M. Il a 56 ans.
Martine Ouellet, député depuis 2010, ministre des Ressources naturelles durant deux ans à partir de 2012. Ingénieure en mécanique, diplômée de l’université McGill en 1992, elle a ajouté à ses connaissances un MBA des HEC de Montréal. Elle a fait carrière à l’Hydro-Québec à des postes de plus en plus importants et prépara, entre autres, un document « la politique nationale de l’eau » qui fut adopté par le ministère de l’environnement du Québec. Parallèlement à son travail elle s’engagea dans plusieurs organisations communautaires et politiques jusqu’à son élection comme député. Elle a 45 ans.
Alexandre Cloutier, député depuis 2007, ministre du gouvernement Marois au poste de délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, avocat constitutionnel et administratif, il a été clerc d’un juge de la cour suprême du Canada et chargé de cours à l’université d’Ottawa. Il détient un baccalauréat en droit de l’Université d’Ottawa, une maîtrise en droit constitutionnel de l’U de M, une maîtrise en droit international de l’université de Cambridge et un doctorat en droit constitutionnel de l’Université Laval. Il a 37 ans.
Jean-Martin Aussant a été député de 2008 à 2012. Il a fait des études en économie des affaires au Aston Business School d’Angleterre. Il a obtenu un MBA de l’Université Laval, une maîtrise en sciences économiques de l’U de M et un doctorat en analyses économiques de l’université de Barcelone. Il commença sa vie professionnelle chez Morgan Stanley Capital International/Barra à Londres. Puis il revint au Québec pour s’engager en politique. Comme député, il quitte les rangs du PQ sur une question de principe et crée un nouveau parti « Option Nationale ». Puis MSCB lui propose de les rejoindre à nouveau. Il accepte, démissionne comme député et il part travailler à Londres. Il est âgé de 44 ans.
Comme on peut le juger, ces cinq candidats potentiels ont une très bonne éducation et ont rempli avec succès des tâches importantes dans leur vie. Le PQ n’est pas à court de bons candidats. Il est raisonnable qu’ils veuillent continuer à servir le Québec et ambitionnent de diriger sa destinée.  
Pourtant, la direction de Vigile les qualifie de « petits ambitieux, rêveurs, utopistes » qui risquent « de démolir leur crédibilité et leur carrière politique s’ils persistaient à vouloir affronter PKP ». Elle continue : « L’indépendance ne pouvait pas être confiée à des amateurs, des fantaisistes, des illusionnistes, des carriéristes ou des chauffards ». « Ils font le jeu des fédéralistes… ».
 « D’autres plaident la nécessité d’un débat sur les orientations du parti, autant de prétextes cousus de fil blanc pour masquer des ambitions carriéristes mesquines et des postures idéologiques revanchardes… » 
« Tout à leurs petits calculs personnels, ces aspirants ne voient pas ce que représente la candidature PKP dans l’imaginaire collectif des Québécois ». « Ils sont des aspirants très déconnectés de la réalité… qui tentent de forcer leur chance en insistant sur la tenue d’une course au leadership dont il est assuré qu’ils vont faire les frais ».
« S’ils ont deux sous de jugeote, ils vont s’effacer et lui (PKP) donner gracieusement la place ». « Quelques soient leurs mérites personnels, et ils en ont, ils ne sont pas de taille à se mesurer contre lui… ». « S’il fallait qu’ils se placent en travers de la volonté populaire (?)…. ils seraient les premiers à en pâtir ».
La direction de Vigile estime nécessaire « de faire l’économie de débats désormais futiles et de divisions inutiles qui ne feraient qu’affaiblir le parti. « Tout autre issue serait carrément suicidaire », estime-t-elle, « tant pour le parti que pour les personnes concernées ». 
« L’intérêt supérieur (?) du Québec exigerait que les députés du PQ se rallient au candidat le plus fort et soumettent cette candidature au plébiscite des membres de façon à donner au nouveau chef la légitimité démocratique requise ! »  

Puis pour mettre la crème sur le gâteau, la direction sort son argument marteau : « PKP s’impose comme l’homme de la Providence ». Merci, mon Dieu !
Tout cela me semble totalement irréel, ridicule, injuste et ne correspond pas à l’intérêt du PQ ni du Québec. Surtout pour un parti foncièrement démocratique comme le Parti Québécois avec des membres profondément convaincus et aux options politiques variées.
Je ne connais pas de congrès au leadership d’un parti, du passé, à Québec ou à Ottawa qui ait nui au parti. Au contraire, après le résultat final, le parti et son nouveau chef grimpent dans les sondages. Un tel congrès donne l’occasion à tous les candidats de bien se faire connaître de la population à tel point que ceux qui sont défaits deviennent des vedettes positives pour l’avenir. Quant au parti, il gagne en prestige suite à un congrès bien organisé même si la bataille a été très engagée entre les candidats.
La direction de Vigile en utilisant avec un ton arrogant des qualificatifs négatifs contre les aspirants au leadership péquiste, en les insultant, ne fait qu’alimenter les braises de discorde dans le parti.  
J’ai été co-président du congrès de leadership du parti progressiste conservateur qui a choisi Brian Mulroney. Je connais bien les bienfaits que peut rapporter un tel évènement pour un parti politique, s’il est bien organisé.
Le Québec mérite que le PQ présente un bon congrès, juste et équitable pour choisir son prochain chef. Que chacun ait sa chance de se faire valoir. Si PKP est vraiment le meilleur, il sera choisi. Mais qu’il « gagne ses épaulettes » sans piler sur les pieds des autres.
Claude Dupras

Ps. Le PQ vient tout juste de confirmer que le nouveau chef sera choisi par les membres du parti. C’est bien, mais il lui faudra être vigilant pour s’assurer que ce qui est décrit dans ce billet ne se concrétise pas.  
Que Vigile cesse de chercher à imposer PKP en ne respectant pas les autres candidats. Ce site internet est celui de tous ses nombreux collaborateurs séparatistes/souverainistes/indépendantistes et autres. Qu’il devienne objectif et permette à chacun de prendre sa place.

dimanche 14 septembre 2014

Le parti socialiste français va disparaître ?

La vie n’est pas facile pour les membres du parti socialiste de France. Les sondages répétitifs de différents sondeurs leurs cassent la tête. Ça va mal! Ça ne peut aller plus mal ! Leurs déclarations, leurs positionnements, leurs prédictions, leurs débats sont devenus une tour de Babel où tous les bruits sont brouillés. On ne sait plus ce qu’ils disent, ce qu’ils pensent, ce qu’ils veulent. Le président François Hollande réclame des élus socialistes qu’ils respectent ses politiques, le premier ministre ne parle que d’unité-unité-unité, les ministres jouent aux coqs, certains démissionnent, d’autres sont démis, de nouveaux sont nommés, une démission suit l’autre, les alliés politiques fuient, l’ex-première dame dévoile le réel Hollande… ce n’est pas beau ! Rien ne va plus ! Pourquoi!

Le gouvernement français actuel n’est pas un bon gouvernement. C’est simple. Il parle pour parler, promet pour promettre, ne rencontre pas ses objectifs, déçoit. Il taxe, taxe, taxe. Puis, il détaxe, détaxe, détaxe. Il ne sait pas où il va et cela devient évident. Les statistiques d’emploi, de relance de l’économie, de croissance, de compétitivité, etc… l’assomment mensuellement. Le français moyen ne comprend pas, craint pour sa famille, pour son emploi, pour son commerce, pour son entreprise. Il ne voit pas le bout du tunnel. Ce n’est pas surprenant, le gouvernement gouverne mal.
Une bonne démonstration est la formation du nouveau cabinet des ministres suite à l’affaire Montebourg-Hamon-Filippetti. De ces trois, les deux derniers n’avaient absolument pas le bagage ni l’expérience nécessaire pour être ministres de France. C’était clair le jour de leur nomination et c’est devenu encore plus clair le jour de leur démission. Pourtant Hollande les avait choisis. Et, il vient de récidiver en choisissant les membres du nouveau cabinet. Certains diront que c’est le PM Valls qui a fait le choix. Soyons sérieux !
Normalement, un cabinet de ministres doit être formé des meilleurs individus  disponibles afin que chacun puisse remplir adéquatement le devoir du ministère qui lui est confié. Ils doivent être les plus expérimentés, les plus à jour des problèmes de l’heure, les plus renseignés sur les solutions réalistes pour les régler, les plus prêts à prendre les meilleures décisions pour que la France progresse. Ils peuvent être dans le cercle des élus ou se trouver dans le privé, si nécessaire. Qu’ils viennent tous de la même ville, de la même rue, importe peu. S’ils sont les mieux qualifiés, ils doivent être choisis.
Le malheur est qu’Hollande ne procède pas comme cela. Il joue aux cartes, il avance des jetons pour gagner politiquement. La France est son second choix.
En effet, ce président cherche à créer des alliances pour l’avenir. Qu’importent les qualités requises pour de vrais ministrables, les choisis le deviennent sur la base de critères qui ont rapport avec le sexe, les régions, les services rendus, la loyauté, les partis de gauche, la popularité, les promesses, la tendance, etc… Ainsi, plusieurs sont nommés ministres et arrivent dans leur ministère sans savoir où celui-ci va, qui il est et où il doit aller. On parle ici de la France, Believe it or not !
C’est une méthode de choix ridicule qui débouche sur un cabinet faible, non efficace, incapable de régler les vrais problèmes. Avec l’enfer que vit la France aujourd’hui, il semble que pour la formation du dernier cabinet, le président aurait pu inviter plusieurs non-élus, reconnus dans leur sphère d’activité pour leur savoir-faire et leur efficacité, à venir l’aider à gouverner. Son approche est vouée à l’échec car le niveau des problèmes et des solutions à trouver est trop haut pour des ministres non qualifiés. Pourtant, Hollande le sait puisqu’il a chialé contre certains des anciens ministres, les traitants d’« incompétents ».  Ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui qui l’a dit et répété à son ex-compagne et ex-première dame comme on peut le lire dans son récent livre sur sa relation avec Hollande.
Il y a aussi le parti socialiste français et son idéologie inébranlable de gauche. Il veut que le comportement des français corresponde à ses croyances, ses idées, ses doctrines. La bourgeoisie américaine qui s’associe principalement au parti républicain fait de même, à droite. Le temps de tels partis est dépassé. Aujourd’hui, plus que jamais, un parti doit pouvoir s’adapter aux besoins du temps. Au pouvoir, il doit gouverner en fonction des problèmes réels et ne pas se laisser aveuglement orienter par son idéologie. Alors que de plus en plus de citoyens souffrent, le temps n’est pas de se complaire dans des chimères, des politiques utopiques, des illusions ou des projets irréalisables, non plus que de ne s’occuper que d’une classe de la société. Toutes les classes de la société française ont besoin de l’une et de l’autre pour se sortir du marasme dans lequel elles sont toutes immergées.
Le parti est à un niveau d’impopularité record. Balayé aux dernières élections législatives, il subira, de l’avis de tous, une secousse sera encore plus forte aux prochaines élections sénatoriales. Son approche politique a entrainé Hollande dans les bas-fonds électoraux parce qu’elle ne correspond pas aux problèmes d’aujourd’hui. Le président semble avoir compris enfin le désastre dans lequel il a poussé la France, et ses nouvelles politiques ont pris un tournant brusque vers la droite. C’est ce qu’il avait à faire dans les circonstances actuelles, il n’avait d’autres choix. Mais plusieurs membres influents du parti socialiste s’offusquent et menacent de ne pas accorder leur confiance au nouveau programme politique du gouvernement Valls, à l’Assemblée Nationale. Si cela se concrétise, on comprendra que ce parti s’éloigne à nouveau des vrais problèmes et est voué à la disparition de son influence politique en France. Il risque de devenir une entité négligeable.
Au Canada, j’ai été longtemps membre actif du parti progressiste-conservateur du pays. Ces deux qualificatifs ensemble sont surprenants mais ils représentent bien ce qu’était ce parti qui avait dans son sein une aile droite forte et une aile gauche forte. C’est le parti de John Diefenbaker, plus à droite, celui de Joe Clark, plus à gauche et de Brian Mulroney, plus au centre. Ces trois ex-premiers ministres appliquaient une politique du parti appropriée aux besoins du moment. Chaque aile savait user de son influence si un besoin particulier de la population se faisait sentir et l’autre savait se rallier. Ainsi l’approche gouvernementale était pragmatique. Il en est de même pour le parti libéral du Canada. On peut critiquer chacun d’eux à différents moments, mais le fait demeure que le Canada progresse constamment et bien.
La France n’est plus à l’heure de Jean Jaurès, ni à celle de l’après-guerre de DeGaulle. L’heure est à la vraie démocratie. Les électeurs comprennent mieux l’envergure des problèmes. Ils sont mieux renseignés et plus vite. Ce ne sont plus les discours qui manient l’opinion publique, mais les médias qui, par tous les moyens différents que leur offrent les  nouvelles technologies, répandent rapidement les informations. De plus en plus, chaque côté de la médaille de chaque problème, est connue. Nous devenons plus aptes à nous faire une opinion. Certes, il y a toujours les images et les illusions que cherchent à créer les politiciens pour que l’opinion publique les favorise, mais lorsque ça va mal, elles n’atteignent pas les électeurs.
Ensemble, le président Hollande et son parti socialiste doivent repenser leur approche politique afin que les meilleures personnes dirigent le pays, non seulement dans le temps présent mais aussi et surtout dans le futur, sinon le parti risque de disparaître. La France a besoin dans les prochaines années de meilleurs conducteurs à la roue de l’État, quelque soit le parti, car le chemin est parsemé d’obstacles majeurs.

Claude Dupras

dimanche 24 août 2014

Conseil de Lucien Bouchard aux séparatistes : soyez réalistes !


S’il y a un homme politique qui connaît bien le Québec et qui sait prendre son pouls, c’est bien l’ex-premier ministre Lucien Bouchard. Nationaliste dans l’âme, il a quitté le parti progressiste-conservateur canadien et le gouvernement de Brian Mulroney, en 1990, sur, ce qui était pour lui, une question de principe. Nous n’étions pas tous en accord avec lui, mais la quasi-majorité des Québécois l’était.
Après sa démission, il fonda un parti politique fédéral dédié à la séparation du Québec, le Bloc Québécois (BQ), et remporta une forte majorité des sièges du Québec. Ce faisant, il se retrouva chef de l’opposition de Sa Majesté à la Chambre des Communes puisque son parti avait fait élire le deuxième plus grand nombre de députés. Impensable, mais vrai !
Sa popularité était grandissante et elle a été bien démontrée lors du référendum sur la séparation du Québec de l’ensemble canadien de 1995. C’est Bouchard qui, par la force des choses, a mené la campagne lancée par le PM québécois Jacques Parizeau. Avec son dynamisme, sa forte personnalité, sa force de caractère et la puissance de ses mots, il a capté, assemblée après assemblée, l’imagination des Québécois qui venaient de plus en plus nombreux le voir, l’entendre, l’apprécier et se laisser convaincre de ses idées. Ce fut une démonstration spectaculaire d’un chef politique charismatique au discours clair, efficace et laconique. Il n’échoua que par quelques déciles puisque sur 4,7 millions de votes exprimés, le « NON » gagna par seulement 54 288 voix.
L’année suivante, Parizeau démissionna et Lucien Bouchard devint premier ministre du Québec et chef du Parti Québécois (PQ).
Cet homme aujourd’hui, suite à son retrait de la politique en 2001, est devenu un personnage important dans le monde légal et des affaires. Ses paroles portent toujours dans l’opinion publique. Ainsi, il y a quelques jours, il a exprimé ses convictions lors d’une interview importante durant laquelle il a démontré, encore une fois, sa sensibilité québécoise, son intelligence stratégique et son savoir politique. Il a résumé clairement ses sentiments sur son histoire politique personnelle, sur celles du PQ, du Québec, du Canada et sur les référendums sur la séparation du Québec de l’ensemble canadien.
Évidemment, les séparatistes actuels n’ont pas aimé ses propos et sont en furie contre Bouchard, surtout lorsqu’il a prédit qu’il n’y aura pas de nouveau « référendum de mon vivant », et que s’il y en avait un, « le « Oui » serait encore rejeté ». Concernant le BQ, il estime qu’il n’a plus sa place sur la scène fédérale car il y va de l’intérêt des Québécois d’être bien représentés dans les partis politiques nationaux capables de prendre le pouvoir.
Ses opposants ne partagent pas ses opinions puisque ses mots sont venus détruire leurs rêves, leurs actions et leurs prédictions sur la séparation du Québec. Depuis, ils le méprisent, le caricaturent et le déprécient tout en cherchant à démontrer qu’il a tort et que l’idée de la séparation est toujours aussi vive et présente dans l’esprit des québécois. Et cela, même si ce qu’a dit Bouchard correspond aux résultats des recherches de tous les sondeurs et au vote cruellement réel des Québécois envers le PQ lors de la dernière élection québécoise.  
Malgré tout, j’ai une certaine admiration pour ces individus en ce qui a trait à la densité de leur ferveur et de leur nationalisme. Le malheur est, qu’aveuglés par leurs ardeurs et leurs espoirs, ils refusent de reconnaître la sagesse de l’un de leurs plus prestigieux chefs du passé et de mettre de côté leur créature de rêve. De plus, en ne se ralliant pas à la pensée de la majorité des Québécois, ils n’aident pas la cause du peuple québécois sur le plan national. Ils ne sont pas des bâtisseurs.
De plus, ils ne respectent pas ceux qui ne partagent pas leurs opinions. Bouchard est un bon exemple. Voilà le chef qui leur a donné le pouvoir au Québec et qui par ses gestes et ses actions leur a presque livré un résultat positif à un référendum sur la séparation du Québec. Aujourd’hui, il le blâme de n’avoir pas déclenché un troisième référendum même si Bouchard savait que les conditions gagnantes n’étaient pas réunies. Ils se tournent contre lui comme s’il était un vulgaire individu en le pointant du doigt. On n’a qu’à les lire pour réaliser que pour beaucoup d’entre eux, Bouchard est un vendu, qu’il a été acheté, qu’il ne travaille que pour l’argent et qu’il est un paria qu’ils méprisent entre eux et sur la place publique. Ils sont intransigeants.
Ces séparatistes sont généralement bien instruits, écrivent très bien, abondamment et savent dénicher et amplifier tout ce qui va mal avec le gouvernement fédéral et celui du Québec pour asseoir les bases de leurs argumentations. Ce qui compte pour eux, c’est de dénigrer, avant tout, les porteurs de l’autre message. Je considère que c’est là leur erreur principale puisqu’elle résulte dans la baisse de leur crédibilité.
Quant à leur programme politique, il ne germe pas car il n’y a pas de terreau politique comme celui qui a prévalu lors des projets avortés de la réforme constitutionnelle au Canada suite aux accords rejetés du Lac Meech et de Charlottetown. 
De plus, ils n’ont pas de chef charismatique, chaleureux, sensible, aimé et convaincu comme René Lévesque qui a mené le premier référendum ni comme Lucien Bouchard qui a mené le second avec Jacques Parizeau. Ils rêvent de trouver un sauveur, sans réaliser que de tels chefs sont normalement issus de moments politiques particuliers où la société traverse des difficultés hors de l’ordinaire à cause de l’environnement politique qui rend alors propice l’impact de discours nationalistes pouvant fouetter l’imagination et ayant figures de solutions aux problèmes. On est loin de cela.
En fait, l’entrevue récente de Bouchard a mis en relief, encore une fois, l’impossibilité pour les séparatistes d’atteindre leur objectif. Il est temps qu’ils réagissent positivement et deviennent réalistes.
Claude Dupras

 

mercredi 15 janvier 2014

Même craqué, le Bloc est utile

Depuis sa fondation, le Bloc Québécois, parti politique canadien, a toujours représenté exclusivement à la Chambre des Communes canadienne les opinions politiques des séparatistes québécois. Même si je n’ai jamais été un partisan de ce parti, je reconnais d’emblée que maintes fois ses prises de positions reflétaient l’intérêt de tous les Québécois.

Le Bloc fut créé en 1991 par le ministre progressiste-conservateur démissionnaire Lucien Bouchard, suite à une mésentente de ce dernier avec le premier ministre (PM) canadien Brian Mulroney en rapport avec l’accord du Lac Meech sur le rapatriement de la constitution canadienne de Londres.

Ce n’était pas la première fois qu’était proposée l’idée d’un parti national composé exclusivement de Québécois à Ottawa, pour défendre les intérêts du Québec. Dès 1926, l’Action française avait propagé une telle proposition sans succès. Plus tard, en 1942, en pleine guerre mondiale, lors du débat sur la conscription obligatoire de jeunes Canadiens dans l’armée canadienne pour aller au front en Europe, le Bloc Populaire fut créé au Québec pour s’opposer à cette mesure. Son chef était Maxime Raymond. Il ne gagna aucun siège à l’élection fédérale.

Par contre, son aile provinciale dirigée par André Laurendeau présenta, en 1944, des candidats dans tous les comtés contre le gouvernement libéral d’Adélard Godbout. Elle accusa ce dernier de marcher, main dans la main, avec le gouvernement fédéral libéral de Mackenzie King qui, disait-elle, favorisait la conscription. La popularité de Laurendeau et de son parti connut un bond de popularité dans les milieux nationalistes, au point que quelques curés n’hésitèrent pas à dire en chaire à leurs paroissiens : « Je ne peux vous dire pour qui voter, mais votez en bloc ». C’est l’Union Nationale de Maurice Duplessis, défait en 1939, qui gagna finalement l’élection. Le Bloc Populaire ne remporta que 4 sièges et le parti disparut, quelques années plus tard, suite à la démission de Laurendeau.

Dans les années ’60, le « Ralliement des Créditistes », parti du Québec résolument fédéraliste et de droite, de Réal Caouette, gagna plusieurs sièges au Québec dans les régions rurales et devint jusqu’au début des années ’80 le porte-parole, à la Chambre des Communes, du mécontentement et du nationalisme des Québécois.

Après plusieurs décennies de déceptions et d'échecs, le Bloc Québécois fit élire 54 députés à l’élection fédérale de 1993. De plus, à la surprise générale, le parti se classa deuxième avec le plus grand nombre de sièges à la Chambre des Communes et devint, par la force des choses, l’Opposition officielle du gouvernement du Canada. Ce fut grâce à l’intelligence, les convictions profondes, l’éloquence et le charisme de Lucien Bouchard qui charmèrent les Québécois.

En fin de janvier 1996, Bouchard démissionna pour remplacer Jacques Parizeau au poste de PM du Québec et le Bloc a choisi Michel Gauthier comme son deuxième chef. Après un an, il fut remplacé par Gilles Duceppe. Habile, intelligent et bon politicien, Duceppe maintint le Bloc fort et majoritaire au Québec jusqu’à l’élection fédérale de 2011 où il connut une débandade spectaculaire et perdit tous ses députés, sauf quatre. Duceppe démissionna. Son successeur, Daniel Paillé, vient de démissionner à son tour, après un an à la barre du parti et le Bloc est redevenu orphelin.

Depuis, un débat sur la pertinence du Bloc Québécois sur la scène politique canadienne fait rage au Québec : « Un parti de séparatistes québécois est-il utile et nécessaire à Ottawa ? ». Ces derniers jours, l’ex-PM québécois Bernard Landry et l’ex-député péquiste Yves Michaud ont dit publiquement NON et ont demandé la mort officielle du Bloc Québécois. D’autres s’y opposent et prétendent que la place qu’occupe le parti doit être comblée parce qu’elle est une tribune pour ceux et celles qui veulent vanter les mérites de la séparation du Québec du Canada.

Je ne suis pas séparatiste. Je ne peux me résoudre à laisser le Canada aux autres. Mon pays est si vaste, si riche, si beau et si plein d’opportunités pour mes descendants que je me dois de tout faire pour leur conserver.

Par contre, l’idée que le Bloc demeure à Ottawa ne me déplait pas. Pas fort, mais avec un représentation minimum. Je ne crois pas, dorénavant possible, qu’il obtienne des victoires aussi éclatantes que celles obtenues par Bouchard et Duceppe et c'est une bonne chose. De plus, je crois important que plusieurs députés québécois issus de partis fédéraux traditionnels soient élus et qu'un bon nombre deviennent ministres du gouvernement. Ce que le Bloc ne peut faire. Mais qu’une dizaine de députés bloquistes soient élus à la prochaine élection me semble positif. Un tel résultat aura l'avantage de maintenir sur la scène nationale le débat sur les idées d’une bonne partie de la population québécoise. De plus, il servira à renseigner les députés des autres provinces des demandes du Québec. La démocratie ne peut qu’en gagner.

Avec le temps, j’ai remarqué que le débat de politique fédérale fait partie de nos discussions lorsqu’il y a au pouvoir à Ottawa un gouvernement avec un PM québécois (comme ceux de Trudeau, Chrétien et Mulroney) ou un gouvernement composé de plusieurs ministres québécois compétents (comme celui de Joe Clark) ou encore une opposition comme celle du Bloc qui défend ardemment des positions qui sont au cœur de plusieurs de nos débats locaux. Depuis l’élection du gouvernement du Parti Conservateur de Stephen Harper, dans lequel le Québec est peu représenté, je regrette que les Québécoises et Québécois n’entendent moins parlé de la politique fédérale et n’y apportent, par conséquent, moins d’attention que par le passé.

Le Nouveau Parti Démocratique a connu une grande victoire en 2011 et a balayé le Québec. Il est devenu l’opposition officielle. Malheureusement, l’inexpérience de ses nombreux députés québécois ne l’a pas vraiment aidé avec le résultat que les échos des débats de la colline parlementaire à Ottawa nous parviennent à peine. Et cela, même si son chef, Thomas Mulcair, fait un job du tonnerre comme chef de l’opposition, selon tous les observateurs avertis.

Face au nouveau, jeune et charismatique chef libéral, Justin Trudeau, qui a redynamisé son parti; face à la force politique que conserve le NPD; face au potentiel des 850 000 votes qu’a remportés le Bloc à la dernière élection et face au 12% de votes qu’obtiendront les Conservateurs, j’en conclus qu’il est probable que le vote au Québec, à la prochaine élection fédérale, sera réparti entre tous les partis si aucun ne prend un élan hors de l’ordinaire. Une telle situation pourra aider les candidats du Bloc à se faufiler, à plusieurs endroits, entre les autres candidats et à regagner ainsi une dizaine de comtés dans les régions où le parti a toujours été très populaire.

Le Bloc a besoin d’un nouveau chef avec une expérience politique et de bons candidats. Il y a quelques jours, Richard LeHir, ex-ministre de Parizeau, a annoncé être prêt à devenir candidat du Bloc à la prochaine élection. Il a affirmé son désir de se présenter contre Justin Trudeau dans le comté de Papineau, à Montréal. Le Hir est un bon candidat mais il perdra sa chemise contre Trudeau dans ce comté cosmopolite où un séparatiste n’a aucune chance de l’emporter surtout contre le chef du parti libéral. S’il ne vise qu’à faire du bruit et attirer l’attention, il y a des possibilités qu'il atteigne son but, mais ce n’est pas certain. Mais s’il est vraiment sérieux et veut être élu pour aider le Bloc, qu’il choisisse un comté aux caractéristiques favorables pour un candidat de sa trempe et de sa couleur politique. Ce ne sera pas facile mais, comme je l’ai expliqué précédemment, un bon candidat avec une bonne organisation peut gagner de justesse un comté pour son parti à la prochaine campagne électorale, même s’il s’agit du Bloc Québécois.

Claude Dupras

lundi 9 décembre 2013

Stephen Harper ne partira pas

Stephen Harper est premier ministre du Canada depuis 9 ans. C’est beaucoup pour un chef conservateur. Surtout durant les années que nous vivons où les politiques conservatrices ne sont pas toujours au goût de la majorité des électeurs. Depuis un certain temps, plusieurs observateurs s’amusent à prédire son départ. Qu’en est-il vraiment ?

Issu de la fusion entre les réformateurs modérés du Bas-Canada et du Haut-Canada en 1854, le Parti Conservateur (PC) devint, de 1942 à 2003, le Parti Progressiste-Conservateur (PPC) en intégrant un parti de l’Ouest. Sa politique était centriste. Puis, suite au regroupement avec le parti Alliance Canadienne (AC), en 2003, le nom redevint Parti Conservateur. Cette union n’en fut pas une d’idées mais de noms seulement et revêtait un caractère opportuniste.

Le Reform Party était un parti populiste créé par Preston Manning dans l’Ouest Canadien. Après ses insuccès lors d’élections fédérales, le Reform voyant son incapacité à gagner des appuis dans l’est du pays changea son nom pour Alliance Canadienne (AC), pensant que son impopularité n’était qu’une question de cosmétique. Suite à d’autres défaites électorales, Stephen Harper devint chef de l’Alliance. Il proposa la fusion avec le PPC du chef Peter Mackay. Plusieurs ex-ministres du PPC telle, Flora Macdonald, et des sénateurs PPC tel, Lowell Murray (il siège encore aujourd’hui comme sénateur progressiste-conservateur), s’opposèrent à cette union dont ils prévoyaient l’issue politique. Mais leurs oppositions furent renversées. Le Parti Conservateur renaquit de ses cendres et Harper le campa carrément à droite.

La conjoncture politique servit bien Harper puisque le parti libéral, alors dirigé par le PM Paul Martin, au pouvoir depuis trop longtemps, fut pris dans un scandale d’envergure nationale, « les commandites ». De plus, Harper promit de baisser la TPS (TVA) de 2%. Le bruit qui en résulta fit en sorte qu’Harper et son parti PC prirent le pouvoir. Harper obtint sa victoire grâce à l’appui de l’Ouest et de certaines régions conservatrices de l’Ontario. Le Québec ne lui donna que 10 députés sur 75.

Les Canadiens ne sont pas majoritairement de droite, si on en juge par les partis de centre ou de centre-gauche qui dirigent les gouvernements des provinces. Et cela, même en Alberta où se trouve la base nationale du PC. Les séparatistes québécois aiment affirmer que les Québécois ne sont pas semblables aux autres Canadiens qui, disent-il, sont conservateurs. Or, cela ne correspond pas à la réalité. Harper est de droite, mais la grande majorité des Canadiens ne l’est pas.

Le Canada n’est pas la France. Là-bas on vote à gauche, à droite, au centre, à l’extrême droite ou à l’extrême gauche. Les Français votent pour les politiques et non les politiciens. Par exemple, lorsqu’on est de gauche, on vote pour le candidat de gauche aux élections nationales, aux départementales, aux cantonales, aux municipales. Les Canadiennes et Canadiens, plus pragmatiques, ne décident pas ainsi de leurs votes. Ils optent pour le parti, son chef et le candidat de leur comté sur la base du programme électoral en tenant compte des problèmes de l’heure. La valeur des candidats compte. Au Québec, il y a en plus d’autres considérations puisque les agissements d’un lointain passé des conservateurs demeurent dans le subconscient des francophones, telles la pendaison du métis Louis Riel ou les deux crises de conscription obligatoire lors des guerres mondiales. Québec se souvient !

Il faut se rappeler qu’Harper a démissionné comme député réformiste pour promouvoir son programme de droite. Il espère, depuis ce temps, que la droite écrase le centre et la gauche comme ce fut le cas en Grande-Bretagne, aux USA et en Nouvelle-Zélande. C’est comme chef de l’opposition qu’il dévoila sa politique étrangère, lors du débat sur la guerre en Irak et le refus du Canada d’y participer : « Ce gouvernement nous a, pour la première fois dans notre histoire, tenu à l’écart de nos alliés britanniques et américains au moment où ils avaient besoin de nous ».

La politique étrangère du PM Harper surprend : boycottage récent de réunions aux Nations-Unis et au Commonwealth, rejet de l’accord de Kyoto déjà signé par son prédécesseur, etc. Il refuse à chaque occasion de faire la part des choses. Alors que le Canada s’est toujours rangé du côté des plus faibles et de la liberté, le Canada d’aujourd’hui appuie inconditionnellement le gouvernement d’Israël dans la lutte palestino-israélienne. Pour lui, le Canada n’est grand que s’il accepte la coalition impérialiste anglo-saxonne, qu’elle soit sous la dominance de Washington ou de Londres.

Quelle différence avec la politique du Parti Progressiste-Conservateur du PM Brian Mulroney que nous rappelle la mort récente de Nelson Mandela. À ce moment-là, le PM et son ministre des affaires étrangère Joe Clark prirent solidement position à l’ONU en faveur de la position de Nelson Mandela et des noirs sud-africains dans leur bataille contre l’apartheid et les Afrikaners, malgré les appuis des conservateurs anglais et des républicains américains aux blancs. C’est Mulroney qui convaincra Margaret Thatcher et Ronald Reagan de mettre la pédale douce et de modifier leurs points de vue. Je crois que l’on peut affirmer clairement aujourd’hui que si Harper avait été alors PM, il aurait ouvertement appuyé les Afrikaners au nom de la coalition impérialiste anglo-saxonne contre Nelson Mandela.

Harper a vertement critiqué le gouvernement Chrétien de n’avoir pas voulu joindre le Canada à la guerre d’Irak. Par contre, il a engagé le pays dans celle d’Afghanistan, sous commandement américain. Il a ainsi ramené l’identité canadienne à la case de départ en modifiant les pouvoirs du gouvernement canadien principalement : la politique étrangère, la défense et l’armée.

En politique domestique, Harper estime que le vrai problème canadien se situe entre les secteurs privé et public. Il n’aime pas le concept de l’État-providence qui, dit-il, a créé une « classe politique » qui ne fait que réclamer davantage de ressources que le secteur privé peut en fournir. La gauche veut des prêts, des subventions, de meilleures pensions, des subsides… La droite veut des réductions d’impôts. Pour Harper, cela se traduit par moins de gouvernement, donc plus de liberté.

Pour lui, l’obstacle principal est le Québec où il ne voit que étatisme, dirigisme, socialisme et « patronage ». Il s’est opposé à l’entente du Lac Meech et à l’Accord de Charlottetown parce que les deux prévoyaient une forme de statut particulier pour le Québec. Il s’est opposé à la « société distincte » car pour lui ce n’était qu’un chèque en blanc pour davantage d’étatisme. Il était et demeure partisan de la ligne dure à l’égard du Québec et refuse de céder à ce qu’il appelle « le chantage du Québec » sur ces questions.

Le PM Harper débute toujours ses discours en français et cela est apprécié par les Québécois qui comprennent néanmoins qu’il est motivé pour ce faire par des aspects politiques. Le malheur, c’est que ses actions politiques envers le Québec ne suivent pas.

Harper s’oppose à la promotion du bilinguisme au Canada. Il se justifie par le fait que le Québec soit officiellement unilingue français. Il ne tient pas compte du fait que plus de 75% des Québécois sont bilingues. Même s’il dit accepter que le français et le l’anglais ont un statut égal dans toutes les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada, il fait tout pour contrevenir indirectement à ces lois, en nommant trop souvent, comme on a vu récemment, des « mandarins » unilingues à des postes qui requièrent la connaissance de la langue française. Même au Parti Conservateur, cette semaine, il n’a pas osé nommer un francophone comme directeur général, alors que le poste était ouvert.

Je reconnais qu’il a changé plusieurs de ses positions rigides de son temps de député. Pour lui, même s’il pense que la langue française n’est pas menacée au Québec, il accepte aujourd’hui que les provinces puissent légiférer sur la langue et la culture. Cependant, il ajoute un bémol. Leurs décisions doivent respecter la charte pour la défense des droits à la liberté d’expression et au choix de la langue.

En rapport avec la séparation du Québec, Harper n’accepte pas qu’elle puisse se faire suite à une déclaration unilatérale d’indépendance du Québec. Pour lui, la sécession requiert un amendement constitutionnel et le consentement unanime des provinces. Il affirme « si le Canada est divisible, le Québec l’est aussi » et exige une question référendaire claire. Je rappelle qu’il s’est opposé à la « Déclaration de Calgary » qui reconnaissait le « caractère unique » de la société québécoise et l’intégration de cette caractéristique dans la constitution canadienne. Il a souventes fois affirmé « qu’il ne fallait pas céder au « bluff » du Québec ».

Harper a toujours œuvré pour que les valeurs de la droite économique, sociale et religieuse deviennent les valeurs dominantes du Canada. Il calque son travail sur les expériences conservatrices de ses héros, Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Il veut déréglementer, privatiser, baisser des impôts, réduire la dette et diminuer le rôle de l’État. Il refuse de faire des concessions économiques et sociales aux provinces. Il continue de favoriser le libéralisme économique classique et le conservatisme social. Pour lui, le véritable problème est le relativisme moral et la neutralité morale.

En bon politicien, Harper sait choisir ses batailles afin de ne pas trop diviser les rangs de son parti. Il a dévoilé sa stratégie, il y a plusieurs années : « L’important c’est d’aller dans la bonne direction, même si c’est lentement ».

Tout ça me fait conclure qu’Harper n’est pas prêt à démissionner et à risquer que les rênes du Parti Conservateur tombent dans les mains d’un successeur qui ne poursuivra pas avec persévérance la réalisation du projet de droite qu'il s'est fixé pour le Canada.

Il ne partira pas car il craint de voir détruire en un jour l’œuvre de sa vie politique, comme dirait Kipling.

Claude Dupras

mardi 23 juillet 2013

Un Premier ministre bien ordinaire

C’est à son arrivée à Lac Mégantic, que j’ai revu Stephen Harper. Encore une fois, je l’ai trouvé terne, incolore, inodore et sans saveur. Quelle image désolante pour un premier ministre (PM) du Canada, au pouvoir depuis près de 8 ans ! Est-ce cela qui explique qu'il n'a que 8% d’appuis au Québec, alors que Robert Stanfield, chef du Parti progressiste-conservateur qui aussi avait peu d’image, mais était un progressiste, en avait 21% ? Qu’en est-il vraiment ? Pour mieux comprendre, je crois qu’une comparaison s’impose avec les faits et gestes de ses prédécesseurs : John George Diefenbaker, Lester Pearson, Pierre-Elliot Trudeau, Brian Mulroney et Jean Chrétien.

John Diefenbaker né en Ontario, adolescent en Saskatchewan, soldat de la 1ière guerre mondiale, en revient pour pratiquer le droit. Amant de la politique, tribun extraordinaire, il perd sept élections avant d’être député, ministre et PM du Canada. Il le sera 6 ans. Traduction simultanée, première femme ministre, premier amérindien sénateur, plus de points d’impôts aux provinces, protection des agriculteurs de l’Ouest et des pauvres de la société sont ses actions. Il fait adopter la déclaration canadienne des droits et des libertés fondamentales. Il veut l’indépendance économique et politique du Canada des USA. Refuse l’implantation sur le sol canadien de missiles nucléaires américains Bomarc. En 1958, il gagne 50 députés au Québec, malgré qu’il soit unilingue anglais. Persuasif, convaincu et convainquant, « the chief » est un leader sincère, franc et a de la couleur. Pour le PM Joe Clark : « Ce fut un homme indomptable qui changea la nature profonde de son pays et la changea pour toujours ».

Lester Pearson devint Nobel de la paix. Diplômé de l’U de Toronto et d’Oxford, athlète, pilote à la guerre 1914-18, il devient ministre, s’oppose à l’intervention militaire du Canada dans le monde et propose, à l’ONU, la formation des « casque bleus ». PM en avril 1963, il le sera 5 ans, il instaure l'accès universel aux soins de santé, les prêts aux étudiants, le bilinguisme officiel, le régime de pensions des canadiens, etc.. et le drapeau du Canada. Il légalise le divorce, décriminalise l'avortement et l'homosexualité. Combiné à son travail innovateur à l'ONU et en diplomatie internationale, Pearson est l'un des Canadiens les plus influents du XXe siècle. Il a fait sa marque partout.

Pierre-Elliot Trudeau, formé par les jésuites, étudiant en droit, obtient une maîtrise en économie politique d’Harvard. Outrancier, insolent et provocateur, il aime le canoë et les voyages, dont en Chine de Mao. Il s’intéresse à la grève d’Asbestos et aide les grévistes. Il joint « Cité libre » où il propose des « réformes sociales et une plus grande égalité ». Professeur de droit constitutionnel à l'U de M, il se lance en politique fédérale. Elu, il est ministre de la Justice. Une phrase le rend célèbre « L’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation ». Devenu PM, il le sera 15 ans. Il fait adopter la loi sur les langues officielles et oblige les institutions fédérales à offrir des services en anglais et en français à la grandeur du pays. Aux prises avec l’enlèvement du diplomate James Richard Cross et le meurtre du ministre Pierre Laporte, il ordonne à l'armée d’agir et proclame la « Loi sur les mesures de guerre ». Il aboli la peine de mort. En 1976, il apporte une aide financière au peuple cubain victime d’un embargo américain. Il gagne le référendum de 1980 contre les séparatistes québécois et rapatrie la constitution canadienne de Londres, nonobstant le refus du Québec. Intellectuel au caractère flamboyant, il a rehaussé la visibilité du Canada dans le monde.

Brian Mulroney, de Baie Comeau, devient avocat d’une firme montréalaise, commissaire de la Commission Cliche sur la construction et président de Iron Ore Company. Intéressé par la politique, il est élu PM progressiste-conservateur en 1964. Il le sera 9 ans. Il veut la signature du Québec sur l’acte constitutionnel de Trudeau et négocie l’accord du Lac Meach pour ce faire. Il vient à un cheveu près de réussir. Il privatise de nombreuses sociétés d'État dont Air Canada, ratifie le libre-échange avec les États-Unis, s’oppose au régime d’apartheid en Afrique du Sud et appuie la « coalition » durant la guerre du golfe. Il initie un accord sur les pluies acides avec les USA et est le premier répondeur occidental à la famine éthiopienne de 1984-1985. Il s’oppose à l'intervention des USA au Nicaragua, mais devient interventionniste dans des conflits en Yougoslavie, en Ethiopie et en Irak. Malgré qu’il sache l’impopularité pour son parti qui va en résulter, il impose une taxe de vente (TPS), décrète un moratoire sur la pêche à la morue et accorde le contrat d’entretien des F-18 au Québec. Sa forte et plaisante personnalité en fait un leader politique aimé par les grands de ce monde et cela a bénéficié au Canada.

Jean Chrétien est né à Shawinigan. Diplômé en droit de l’U de Laval, il est élu député fédéral en 1963. PM en novembre 1994, il le sera 10 ans. Il hérite d'un pays largement endetté. Avec son ministre des finances, Paul Martin, il procède à des compressions budgétaires importantes et élimine un déficit de 42 milliards $. Ses cinq budgets suivant sont excédentaires et il rembourse 36 milliards $ sur la dette. Il vote la plus grande baisse d'impôt de l'histoire. Lors du référendum de 1995, il dirige les fédéralistes à la victoire. Puis, il fait adopter la loi sur la clarté référendaire pour que toute question référendaire future soit « une question claire » qui doit obtenir « une majorité claire ». Il refuse que le Canada participe à la guerre d’Irak de 2003 et ratifie le Protocole de Kyōto sur les changements climatiques. Depuis sa retraite, la popularité de Chrétien ne cesse de grandir et il demeure un orateur puissant et aimé.

Stephen Harper, membre fondateur du Reform Party, parti de droite de la droite, est élu chef du parti (devenu Alliance Canadienne). En 2003, il conclut un accord avec le parti Progressiste-Conservateur pour fusionner les partis. Pour réussir, il doit renier ses politiques contre l’avortement et contre le bilinguisme. Le Parti Conservateur est créé (le mot progressiste étant trop choquant aux oreilles d’Harper). En 2006, il est élu PM et hérite d’un Canada prospère, dynamique et respecté sur la scène mondiale.

Pour respecter ses promesses électorales de 2006, Harper diminue la TPS de 2 %. De plus, il réduit l’imposition des sociétés de 6 %. Le PIB augmente de 13,6% et le Canada s’en tire mieux que les autres pays développés. En 2013, la croissance est de 2,5%, les exportations en hausse de 6% et la dette est moins élevée. 95 000 nouveaux emplois sont créés. Définitivement, un plus.

Sous prétexte que le Canada est devenu une « superpuissance énergétique éminente », Harper change radicalement la direction du pays en rapport avec l’environnement. Lui qui avait traité le protocole de Kyoto de « complot socialiste », annule les programmes d’actions volontaires, dont « le « défi d’une tonne ». Pour masquer son inaction, il annonce des programmes visant à baisser de 20%, en 13 ans, les GES. Les médias dénoncent la duplicité et le manque de sérieux du gouvernement. Trois ans plus tard, Harper retire le Canada de Kyoto, met la clef dans son programme d’une bourse de carbone et réduit son objectif de GES, qui ont augmenté de 7,4% au lieu de diminuer. Définitivement, un moins.

L’industrie du gaz et du pétrole représente 8% du PIB. Les sables bitumineux y compte pour 60%. Le monde entier s’élève contre l’exploitation des sables dont l’Union Européenne qui refuse ce pétrole « sale » sur son territoire. Aujourd’hui, la réduction de pollution est réelle mais chimérique au moment où Obama est pressé par Harper, au nom de la bonne entente USA-Canada, d’approuver le nouvel oléoduc Keystone XL. « Le transport se fera par oléoduc ou par rails », dit Harper au président, « à vous de choisir ». Après l’apocalypse du Lac Mégantic, on peut comprendre la force de cette menace. Pour Harper, l’impact économique au Canada et l’indépendance énergétique en Amérique du Nord, l’emporte sur le réchauffement climatique. Définitivement, un moins.

Bon conservateur, Harper introduit des modifications au code criminel pour le rendre plus sévère. Allongement de peines, peines minimales pour petit délit, mise en liberté sous condition annulée, libérations conditionnelles restreintes, etc... Il ferme six « fermes-prisons » de réhabilitation pour les détenus. La population carcérale augmente. Critiqué par les juges et les avocats, Harper ne bronche pas. Son modèle est les USA qui selon lui est l’endroit le plus sûr de la planète. Définitivement, un moins.

Toujours sur sa ligne à droite, il somme le Conseil national de recherches à mettre l’accent sur des recherches pratiques pour aider l’industrie au lieu de la recherche fondamentale. C’est une guerre contre la science qui peut coûter cher à long terme et qui fait en sorte que les meilleurs cerveaux nous quittent. Définitivement, un moins.

Il aboli le registre national des armes à feu mis sur pied à coup de millions $ par ses prédécesseurs, suite à la tuerie de Polytechnique. Définitivement, un moins.

Harper fait intervenir le Canada dans la guerre en Afghanistan. Il avait reproché à Chrétien d’avoir refusé de participer à la guerre en Irak. Le nombre de morts est grand. Les coûts aussi.
Définitivement, un moins.

Voulant limiter le jeu de l’influence avec l’argent, suite aux dons politiques, Harper instaure une interdiction de lobbysme de 5 ans aux ex-ministres, haut fonctionnaires. Il crée le poste de Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique. Définitivement, un plus.

Il modifie la loi électorale et instaure les élections générales à date fixe. Définitivement, un plus.

Il n’oublie pas ses politiques du Reform et nomme des unilingues à des postes qui requièrent des personnes bilingues. Il renie ainsi sa parole donnée au parti progressiste conservateur. Il coupe le budget pour le bilinguisme et est critiqué vertement par le vérificateur général. Définitivement, un moins.

Harper met fin à l’obligation des Canadiens de remplir le formulaire du recensement quinquennal, malgré l’opposition du directeur de Statistique Canada. Au recensement qui suit, le taux de réponse de 50% devient un empêchement pour obtenir des renseignements valides pour le développement urbain, la construction d’écoles, d’hôpitaux, de logement à loyer modique, de services aux immigrants. Tout devient plus compliqué et souventes fois impossible. Définitivement, un moins.

Sur la question de l’unité nationale, Harper dépose une motion reconnaissant « que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni ». Le vote aux Communes est quasi unanime. Controverse au Canada Anglais que Harper apaise en lui affirmant qu’il y a plusieurs nations au pays. Finie l’histoire du Canada créé par deux nations, la francophone et l’anglophone. Que sont les francophones des autres provinces ? L’ile-du-Prince Edouard, une nation ? Ce n’est que de la petite politique qui n’a rien apporté à Harper aux élections qui suivirent. Il n’en parle plus. Pour certains un plus, pour d’autres un moins !

Comme on peut juger, le conservatisme de droite a pris charge de la politique canadienne. Les moins l’emportent sur les plus. Influencé par la politique républicaine américaine, Harper et son idéologie a amené le Canada dans une voie qui nous est étrangère. Certes, il met l’accent sur l’économie et réussit, mais un pays c’est aussi une foule d’autres choses aussi importantes.

Les premiers ministres qui ont précédé Harper ont bâti un Canada grand, propre, fier, fort, ouvert au monde, respecté, respectueux de la personne humaine et de ses droits, champion de l’environnement. Aujourd’hui, le Canada souffre, fait du sur place et les gens du monde nous demandent « Qu’est ce qui se passe chez vous ? ». La réponse est simple. « Nous avons un Premier Ministre bien ordinaire »

Claude Dupras

mercredi 20 mars 2013

L’affaire n’est pas dans le sac pour Justin

Pierre-Elliot Trudeau fut un grand premier ministre du Canada. Éduqué par les jésuites, avocat, il a parcouru le monde durant sa jeunesse. Racé, coloré, libre penseur, il a marqué la politique canadienne. C’est en 1965 qu’il fut invité par le premier ministre canadien Lester Pearson à se joindre au Parti Libéral du Canada (PLC) avec deux autres éminents Québécois, Jean Marchand et Gérard Pelletier. Les « trois colombes », qualificatif choisi par les médias, acceptèrent. Trudeau croyait dans la confédération canadienne et c’est ce qui l’incita à se joindre à un parti politique fédéral. Élu facilement député, il devint secrétaire parlementaire du PM.

Deux ans plus tard, en 1967, une conférence constitutionnelle des premiers ministres, canadien et provinciaux, fut organisée et c’est là, en tant que ministre de la Justice, que Trudeau, grâce à ses interventions dans les débats, fut reconnu comme un homme qui prendrait une place importante dans la politique canadienne. Au congrès pour la chefferie libérale qui suivit la démission de Pearson, il contra tous les obstacles et fut élu au quatrième tour pour devenir le quinzième premier ministre (PM) canadien.

Trudeau ne refusa aucune bataille, constitutionnelle ou autre. Intelligent, articulé, ayant un bon jugement, debater exceptionnel et persuasif, il avait un franc-parler qui laissait bouche bée ses adversaires.

Il se maria alors qu’il était premier ministre et eut trois fils, dont son ainé Justin.

A sa retraite, il entreprit de combattre, presque seul, l’important accord constitutionnel du Lac Meech qui, finalement, ne fut pas ratifié au grand dam du PM Brian Mulroney. Décédé en 2000, il est demeuré dans la mémoire des Canadiens, même de ceux qui ne l’ont pas aimé, un politicien pas comme les autres, situé à plusieurs coches au-dessus.

Nous voilà en 2013, au moment où le Parti Libéral du Canada est dans une situation dramatique. Jadis si puissant, il est maintenant la 2ième opposition à la Chambre des Communes, dépassé par les socialistes du Nouveau Parti Démocrate (NDP). Depuis sa descente aux enfers, il a tout fait pour se redresser. Il cherche le chef-miracle capable de ramener les Canadiens à son bercail. Dans un premier temps il a choisi lors d’un congrès palpitant et surprenant, l’intellectuel Stéphane Dion, député de Montréal. Malgré son intelligence, sa clarté de vue, son bon vouloir, Dion a été balayé aux élections par Stephen Harper, chef du Parti conservateur (PC). Puis, Michael Ignatieff, aussi intellectuel mais de Toronto, fut choisi pour diriger les destinées du parti. Lui aussi subit une dégelée électorale aux mains d’Harper et du NPD. Dion et Ignatieff auraient été de bons premiers ministres mais ils n’avaient pas le charisme nécessaire à la victoire politique.

Malgré ses revers et grâce à son chef intérimaire, Bob Rae, le parti a su se tenir la tête hors l’eau. Il a repris quelques forces, mais sa résistance est fragile. Une nouvelle course au leadership a été déclenchée. Et, pour élire ce chef, le PLC a imaginé une méthode originale mais bizarre : tous les Canadiens sympathiques à la cause du parti, membres ou non, peuvent voter. Le coût d’inscription est de 4$, il faut avoir atteint 18 ans, être un électeur qualifié, non-membre d’un autre parti et se déclarer « supporteur ». A ce jour, le parti a plus de 300 000 membres et supporteurs, mais seulement 40% d’entre-eux se sont inscrits pour voter le 14 avril 2013.

Huit candidats se disputent actuellement le leadership, depuis que l’ex-astronaute Marc Garneau s’est retiré de la course, la semaine dernière. Quatre de ces candidats sont des femmes qui ont toutes de grandes qualités. Un autre candidat est Justin Trudeau, le fils de Pierre-Elliot. Il a 36 ans et aime se faire appeler, simplement, Justin.

Il a étudié la littérature anglaise à l'université McGill, l'éducation à l'université de Colombie-Britannique. Il a fait des études de génie à l’École Polytechnique de Montréal, mais a quitté après deux ans. Il s’est engagé dans une maîtrise en géographie environnementale à l'université McGill mais, encore une fois, a quitté avant de terminer. En somme, il a butiné d’école en école, sans obtenir de diplôme, piquant ici et là des bribes de connaissances. Marié, il a deux enfants de 4 et 6 ans.

À l’élection générale de 2008, Justin est élu député fédéral du comté de Papineau à Montréal malgré qu’il n’était pas le favori à cause d’une vague populaire qui transporta le Bloc Québécois. Il est réélu en 2011, nonobstant, cette-fois, la vague NPD qui remporta presque tout le Québec. Chaque fois, il s’avère être un bon « campaigner » qui sait gagner la faveur des électeurs ouvriers et multiethniques. Un gagnant !

Le 31 mars 2012, il met KO par décision, alors qu’il n’est pas favori, le sénateur conservateur Patrick Brazeau lors d'un combat de boxe à l'occasion d'un gala de bienfaisance pour la lutte contre le cancer.

En septembre, Justin annonce qu'il sera candidat à la chefferie du Parti libéral du Canada.

Depuis le début de sa carrière politique fédérale de 5 ans, Justin est porté à gaffer. Quelques exemples : en 2007, il critique « la séparation en éducation des anglophones et des francophones au Nouveau-Brunswick ». En 2011, il s'exprime indirectement en faveur de la souveraineté du Québec, disant que « sa loyauté au Canada dépend de si le gouvernement de l'heure correspondait à ses valeurs personnelles ». Il accuse faussement « le gouvernement Harper de vouloir rendre illégaux l'avortement et le mariage gay ». En 2012, il lance que « le Canada ne va pas bien parce que ce sont des Albertains qui contrôlent nos communautés et notre agenda socio-démocratique ».

Les médias, les fédéralistes, les Albertains, les Acadiens, les Québécois et évidemment ses adversaires qualifient les propos de Justin d’irréfléchis, d’arrogants, d’haineux, de diviseurs et de discriminatoires. À mon avis, il aime frôler la démagogie et ce faisant démontre un manque de jugement. Encore plus, les excuses, que Justin présente pour se sortir des pétrins dans lesquels il se fourre sans attention, sont maladroites et non persuasives.

Malgré ses fautes politiques, rien ne colle à Justin comme le démontre un récent sondage interne au PLC qui indique qu’il remportera plus de 60% des votes au congrès de leadership. Il est le candidat « teflon ». Comme si l’adage politique « en politique peu importe ce que vous dîtes, l’important c’est que l’on parle de vous.. » était vrai.

De toute évidence, Justin Trudeau n’est pas prêt à être chef d’un des plus grands partis politique du Canada. Il n’a, à ce moment-ci de sa carrière politique, ni la formation, ni l’expérience pour devenir premier ministre du Canada. Ses seules forces sont son nom, sa belle face, son entregent. Il mise sur le fait que la politique est un commerce d’images et d’illusions. Mais, malheureusement, pour lui et le parti, il n’est pas Pierre-Elliot Trudeau. Ce dernier avait l’intellect, la connaissance, le caractère, l’envergure, le « flower power » qui lui donnaient la capacité de persuader les Canadiens et Canadiennes de le porter à la tête du pays. Justin ne semble avoir rien de cela, sauf le charisme.

Les libéraux qui avaient misé sur les qualités intellectuelles de Dion et Ignatieff gagent maintenant sur l’image. À mon avis, ils font, à nouveau, une erreur.

C’est triste car deux des candidates au leadership libéral sont exceptionnelles et capables de gagner éventuellement une élection générale. Ce sont Martha Hall Findlay et Joyce Murray. Elles ont chacune l’éducation, l’expérience, la capacité et l’image requises. Quelle belle opportunité s’offre aux membres du parti ! Ils se doivent de réaliser que les Canadiens et Canadiennes, depuis quelques années, votent, partout au pays, pour des candidates féminines, puisque cinq d’entre elles sont premiers ministres de dix des provinces canadiennes : Pauline Marois au Québec, Alison Redford en Alberta, Christy Clark en Colombie–Britannique, Kathleen Wynne en Ontario et Kathy Dunderdale au Terreneuve-Labrador. Ensemble, elles représentent plus 81% de la population canadienne.

Justin deviendra probablement le nouveau leader de son parti. Mais l’affaire n’est pas dans le sac pour la prochaine élection générale.

Claude Dupras

lundi 17 septembre 2012

Lucien Bouchard, un vrai Québécois !

Il est un des grands tribuns charismatiques de l’histoire de notre nation québécoise Ce fut une campagne référendaire remarquable que celle de 1995 lors de laquelle Lucien Bouchard, selon ses mots, « a amené les Québécois à la frontière de la Terre Promise ».

Aujourd’hui, les plus fervents séparatistes-souverainistes-indépendantistes le critiquent comme s’il était le dernier venu. Certains l’accusent même d’avoir fait perdre cette campagne référendaire alors qu’il l’a littéralement sauvée au moment où elle plafonnait dans l’opinion publique sous la direction du PM Jacques Parizeau. D’autres, aujourd’hui, pour des motifs que je ne comprends pas, mais qui me semblent dictés par des sentiments personnels, ne cessent de chercher à noircir sa carrière d’avocat et d’homme politique.

Cultivé, racé, dynamique, intransigeant, compétent, laconique et tribun persuasif, Bouchard est un homme qui s’est toujours tenu debout. Le début de sa carrière légale est brillant. Jeune avocat spécialisé dans les relations de travail, il est vite reconnu par les dirigeants politiques quelque soit le parti. On lui confie plusieurs tâches importantes où il fait sa marque dont celle, en 1974, de premier procureur de la Commission Cliche créée pour investiguer sur les problèmes dans le domaine de la construction. Les audiences de la Commission sont télévisées, une première au Québec, et Bouchard impressionne les Québécois qui le découvrent et qui apprécient sa rigueur et la clarté de ses propos.

Nationaliste dans l’âme, Lucien Bouchard supporte activement le « Oui » lors du référendum de 1980. Puis, il participe à la montée politique de son ami d’université Brian Mulroney qui devient premier ministre canadien en 1983. Bouchard est l’un de ses penseurs et comme « speechwriter » est l’auteur de remarquables discours que Mulroney prononce sur les relations Québec-Canada.

Nommé ambassadeur du Canada à Paris, il parle beaucoup du Québec. Il est rappelé pour devenir ministre d’état en 1988 puis ministre canadien de l’environnement. En 1990, Bouchard appuie l’accord du Lac Meech parce qu’il situe bien, une fois pour toutes, le rôle du Québec dans la gouvernance canadienne. Mais l’accord n’est pas adopté. Puis, Bouchard est torturé par les modifications à l’accord qui sont proposées par un comité dirigé par le député progressiste-conservateur Jean Charest et qui sont approuvées par Mulroney. Il rompt avec son ami sans l’avertir alors que Jacques Parizeau, à Alma, lit la lettre de démission de Bouchard qui invoque, pour se justifier, la vision de René Lévesque.

Député indépendant, il fonde le Bloc Québécois avec des amis des deux partis canadiens. Ce sera un parti fédéral dédié à séparer le Québec du Canada. À l’élection qui suit, le Bloc, avec l’aide du Parti Québécois (PQ) remporte 54 des 75 comtés et Bouchard devient chef de l’« Opposition officielle de sa Majesté », à la surprise des Canadiens. Un tour de force aussi impensable qu’incroyable. Il profite alors de chaque occasion pour promouvoir le Québec et son idéal de la séparation.

En 1994, Bouchard est amputé d’une jambe suite à l’attaque de la « bactérie mangeuse de chair » qui aurait pu lui être fatale. Les Québécois sont profondément émus. En 1995, lors du référendum, au moment où la campagne du « OUI » va nulle part, les Québécois le réclament. Des foules énormes et enthousiastes viennent à sa rencontre dans tous les coins du Québec et il devient le vrai chef du « OUI » repoussant dans l’ombre le PM Parizeau qui est en manque de charisme. Bouchard propose un pays indépendant associé au Canada, au grand dam de Parizeau qui finalement accepte l’idée. Le « OUI » reçoit 49,4% des votes.

La défaite référendaire est lourde pour Parizeau. Les péquistes veulent sa démission car il voit en Bouchard un nouveau chef capable de les maintenir au pouvoir. Suite aux pressions, Parizeau démissionne. Lucien Bouchard quitte aussitôt le Bloc, est choisi chef du PQ et assermenté comme premier ministre du Québec.

Bouchard déclare qu’aucun référendum ne sera tenu tant que les « conditions gagnantes » ne seront pas réunies pour le gagner. Il entreprend d’assainir les finances québécoises.

Le PQ est réélu en 1998 même s’il obtient moins de voix que le parti libéral. Il poursuit l’opération « déficit zéro » et congédie 30 000 haut-fonctionnaires dans les domaines de la santé, de l’éducation, du transport, de la recherche… Depuis, c’est le bordel partout..

Un ami, chef-chirurgien de Ste-Justine, quitte son travail puisque son équipe d’infirmières est décimée. Un patron du CRIQ m’affirme qu’il doit refuser des essais et des recherches pour des industries car trop de ses chercheurs expérimentés ont été mis à la retraite forcée. Un ingénieur-en-chef du ministère des Travaux Publics me confesse qu’il est devenu presque impossible de contrôler la qualité et les budgets des projets de construction pour les mêmes raisons. Voilà pourquoi, j’ai toujours estimé que Bouchard ne fut pas un bon PM du Québec puisqu’il a coupé exagérément les budgets des ministères sans tenir compte des conséquences que l’on ressent encore aujourd’hui. Il a aussi créé d’immenses et coûteux problèmes à plusieurs municipalités, dont la ville de Montréal, en leur imposant de fusionner et cela sans tenir compte de tous les référendums tenus dans ces villes par lesquels leurs citoyens se sont fortement prononcés contre cette décision.

Certes, il a réussi de bons coups comme les garderies à 7$, Emploi-Québec, un budget balancé… Sous ses mandats, il a contribué à la diminution du chômage et l’économie a repris vie, mais il n’en est pas le seul responsable. Ses actions positives ne sont pas suffisantes pour faire oublier les dégâts qu’il a laissés derrière lui.

En début 2001, les tensions augmentent au PQ et Bouchard donne l’impression d’être fatigué. Il quitte subitement la politique invoquant toutes sortes de bonnes raisons et devient associé d’une importante étude d’avocats de Montréal, où il roule sa bosse. Malgré son travail, il intervient régulièrement depuis pour donner publiquement son opinion sur des sujets précis et ses sorties démontrent qu’il a toujours hautement à cœur le bien du Québec.

Depuis son départ de la politique, Bouchard est de plus en plus critiqué par les « purs et durs » séparatistes qui rivalisent de mots durs et bêtes pour le dénigrer alors qu’il affirme être toujours péquiste et indépendantiste. Une chose est certaine, il a ses qualités et ses défauts mais ses actions et ses mots ont toujours démontré qu’il est un vrai Québécois.

Je n’ai jamais partagé les opinions politiques de Lucien Bouchard sur la question nationale mais j’ai toujours admiré son intelligence, sa force de caractère, son talent oratoire, sa présence et son sens de démocrate. Comme lui, je suis nationaliste, mais je ne le défends pas de la même façon. Que l’on combatte ses positions sur le développement des gaz de schistes, de l’extraction du pétrole, etc… j’en suis, Mais que les critiques s’attaquent à ce patriote, je crois que c’est infâme et totalement injuste.

Lucien Bouchard a démontré aux séparatistes-souverainistes-indépendantistes qu’ils ont besoin, pour gagner un prochain référendum, d’un chef solide, cultivé, intelligent, au sens patriotique élevé et qui est un orateur populaire à l'éloquence puissante et directe pour persuader les Québécois et Québécoises de renier le Canada. Tant que cette personne ne sera pas au rendez-vous, leur option ne passera pas la rampe.

Bouchard a raison d’affirmer clairement qu’un nouveau référendum ne serait pas gagnant pour le « OUI ». En réalité, il ne fait qu’exprimer hautement, à sa façon, le cri des Québécois lors de la dernière élection générale et leur sentiment exprimé par les sondages depuis quelques années. Actuellement, l’importance est le développement du Québec et c’est là-dessus que le nouveau gouvernement péquiste doit se concentrer. On n’a pas de temps à perdre !

Claude Dupras

vendredi 29 juin 2012

Si j’étais séparatiste québécois, je voterais pour Harper

Il n’y a pas de meilleur propagandiste pour la cause de la séparation du Québec du Canada que le premier ministre du Canada, Stephen Harper. Jamais n’ai-je vu un parti fédéral, le parti conservateur (PC), voter autant de lois qui vont à l’encontre des désirs des Québécois. C’est comme s’il « faisait exprès » pour nous narguer.

J’ai été membre actif du parti progressiste-conservateur du Canada (PPC) durant une longue période sous des chefs comme Diefenbaker, Stanfield, Clark, Mulroney, Campbell et Mackay. Jamais, un de ces leaders n’a posé de gestes allant si délibérément contre les opinions exprimées par les Québécois. Lorsque Mackay a fusionné notre parti avec le Reform party, parti droite-de-la-droite, dirigé par Harper et qui, par opportunisme électoral, avait changé son nom pour Alliance Canadienne, j’ai compris que je ne pouvais plus appuyer cette formation politique et j’ai quitté avec regret la barque PPC. Tout comme plusieurs autres membres de mon parti en commençant par Joe Clark, Lowell Murray, Flora Macdonald et des centaines d’autres…

Depuis 2005, j’ai écrit 32 billets de mon blog sur les politiques d’Harper et celles de son gouvernement conservateur.

Le soir de sa victoire électorale du 2 mai 2011, lorsqu’Harper a obtenu la majorité absolue des sièges à la Chambre des Communes et cela malgré qu’il n’ait gagné que cinq des 75 comtés du Québec, il affirma vouloir gouverner le Canada dans l’intérêt de tous les Canadiens et il s’adressa particulièrement aux Québécois pour les assurer qu’il ferait tout pour regagner leur faveur. À ce jour, le contraire est la vérité.

Son bilan en rapport avec les Québécois est largement négatif malgré le protocole d’entente sur l'harmonisation des taxes de vente du Canada et du Québec par lequel le gouvernement du Québec a reçu 2,2 milliards de $. Le Québec a empoché, toute proportion gardée, la même chose que les autres provinces canadiennes.

Environnement, sables bitumineux, pipeline, justice, criminalité des jeunes, registre des armes, Afghanistan, militarisme, patronage, bilinguisme, nominations d’unilingues, financement des partis, carte électorale, valeurs mobilières, rencontres fédérale-provinciale, monarchie, dette, financement santé, avortement, et encore… sont tous des sujets où Harper a agi sans vraiment tenir compte de l’opinion québécoise. Jamais depuis le PM Robert Borden avec sa loi concernant le service militaire qui mena à la crise de la conscription de 1917, a-t-on vu un premier ministre canadien se foutre si systématiquement des Québécois.

Et voilà, que soudainement, à l’occasion de la fête nationale des Québécois et Québécoises du 24 juin dernier, Harper a fait son apparition au Québec avec 19 de ses ministres, dont les plus influents. Il a choisi pour ce faire le petit village de Saint-Narcisse-de-Beaurivage, près de Québec, qui compte 1 100 habitants et qui se situe dans un des rares comtés représentés par un député conservateur. Jamais un village canadien n’a reçu la visite d’autant de dirigeants canadiens importants en même temps ! Un record ! « C’est pour faire comprendre aux Québécois qu’on les aime » affirma le ministre Christian Paradis, lieutenant du Québec pour le PC.

C’est quoi cette mise en scène, cette comédie, cette mascarade, cette pantalonnade ? Il a peur de qui le PM pour ne vouloir rencontrer que quelques Québécois alors que tous sont en liesse et débordants de joie ? Pourquoi cette réunion a-t-elle été si microscopique, si contrôlée, si cachée et annoncée à la dernière minute comme s’il visitait un territoire ennemi ? Pourquoi le PM n’a-t-il pas voulu, avec son extraordinaire contingent ministériel, célébrer la fête nationale, à quelques kilomètres de là, en compagnie de centaines de milliers de Québécois réunis dans la capitale. Où encore à Montréal où il y en avait encore plus ? Ou en régions comme à Chicoutimi, à Rimouski, à Sherbrooke ou ailleurs ?

Cela démontre bien jusqu’à quel point Stephen Harper ressent l’impact de son impopularité, générée par sa façon de gouverner comme si le Québec n’existait pas. Il dit maintenant vouloir se rapprocher des Québécois, mieux les comprendre et agir avec eux. Quels commentaires hypocrites ! Maintenant qu’il a fait tous ses mauvais coups ! Maintenant qu’il a détruit le registre des armes, renié Kyoto, imposé le bâillon pour son bill omnibus sur la justice criminelle et autres, nommé tous ses amis unilingues anglais à de hauts postes gouvernementaux qui ont toujours nécessité des personnes bilingues, choisi comme porte-paroles francophones du gouvernement deux députés anglophones de l’Alberta qui sont bilingues, etc.. etc… voilà qu’il dit vouloir dorénavant nous écouter. Pour qui nous prend-t-il ? Il dit reconnaître la nation québécoise mais il agit comme si elle n’existait pas.

Le seul bon point que j’accorde à Harper c’est la façon avec laquelle il gère notre économie. Il a investi au bon moment pour contrer la crise de 2008 et, aujourd’hui, il sait serrer la ceinture pour retrouver un budget balancé. C’est important pour notre avenir, mais est-ce suffisant pour les Québécois ? Je ne le crois pas. Ces derniers reconnaissent qu’il a démontré un certain leadership dans ce domaine, mais ils savent qu’il est incapable de tenir compte de leurs sensibilités politiques particulières. En somme, Harper n’est le premier ministre que d’une partie des Canadiens puisqu’il a démontré ne pas être celui de la nation québécoise.

Harper se doit de trouver des Québécois d’envergure pour aider son gouvernement et pour remonter la côte au Québec. Entre temps, il devrait reconnaître que Maxime Bernier est un député populaire, bien éduqué, qui a de l’étoffe et qui sait se tenir debout. Lorsque ce dernier est apparu sur la scène politique, j’avais dans un billet prédit qu’il serait un jour PM du Canada. Depuis, je le suis, l’analyse, lis ses discours dans le Hansard et ailleurs et je crois encore dans ma prédiction. Certes il a fait des erreurs, il était jeune, responsable d’un gros ministère malgré son peu d’expérience politique. Un grand nombre de bons politiciens ont fait des erreurs mais sont revenus plus forts. Car ce qui compte, c’est leur caractère, leur sincérité, leur engagement, leurs idées, leur capacité de parler et de se faire comprendre, leur qualité de leadership… Bernier a tout cela. Harper devrait le nommer son lieutenant du Québec et remplacer Paradis, qui « ne fait pas la job ». Bernier, bien appuyé, pourrait devenir un grand politicien et aider le parti conservateur à se ressaisir face au Québec. On le dit trop à droite, je le vois migrer peu à peu vers le centre-droit où se sont situés les partis progressistes-conservateurs du passé.

La situation politique au Québec est particulière, comme toujours. L’annonce du déclenchement prématuré d’une élection générale est dans l’air. Elle peut arriver dans les prochains mois. À ce jour, il est difficile d’en prédire le résultat. Mais il y a des indices qui sont inquiétants pour le premier ministre Jean Charest et son parti libéral. En effet, la récente élection complémentaire d’Argenteuil a résulté, contre toute attente, dans l’élection du candidat du parti Québécois. Ce comté, qui depuis près de 50 ans était libéral, vient de basculer dans le camp des péquistes. C’est une surprise révélatrice !

On sait aussi que les électeurs votent généralement « contre », surtout après de longues années de pouvoir d’un parti. Ils veulent du changement. C’est pourquoi, même si Pauline Marois, cheffe du parti Québécois, est impopulaire, il est fort possible, dans les circonstances actuelles, qu’elle devienne premier ministre et forme le prochain gouvernement. Les séparatiste-indépendantistes-souverainistes seraient alors au pouvoir et cela pourrait vouloir dire qu’il est possible qu’en 2015, un nouveau référendum sur la séparation du Québec du Canada soit déclenché par ce gouvernement péquiste.

Et qui défendra la position Canada lors de ce référendum ? Dans le passé ce fut deux premiers ministres de grande envergure, Pierre Elliot Trudeau et Jean Chrétien. En 2015, ce sera Stephen Harper. Oh !

Les séparatistes auront aussi un problème de porte-paroles. Il n’y a pas parmi eux actuellement de Jacques Parizeau ou de tribun de la force de Lucien Bouchard qui à lui seul est venu près de convaincre les Québécois de faire le grand saut lors du référendum de 1995. Quant à Pauline Marois, elle n’a ni le charisme ni le pouvoir d’entrainement pour assurer une victoire référendaire à son clan. Mais l’effet négatif de Harper sera tellement dévastateur pour la cause fédéraliste que cela aidera la cause des séparatistes-indépendantistes-souverainistes, que Marois soit convaincante ou non.

Si j’étais organisateur séparatiste, je ferais campagne pour garder Harper au pouvoir. C’est une stratégie qui aiderait ma cause.

Claude Dupras