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lundi 31 août 2015

Une élection canadienne pas comme les autres

Le 19 octobre prochain, les Canadiens et Canadiennes sont appelés aux urnes pour choisir le prochain gouvernement de leur pays. Ce sera une journée importante pour l’unité canadienne et notre avenir.

Comment choisir parmi les partis qui briguent nos suffrages ? Par le positionnement politique qui correspond à leur raison d’être ou selon ce qu’ils nous proposent pour les quatre prochaines années ?

Jadis, si on était de droite, on pouvait choisir le Parti Conservateur (PC); de centre-gauche, le parti Libéral; de centre-droit le parti Progressiste-Conservateur avant que ce dernier soit monopolisé par la droite canadienne pour devenir le PC en 2003 et de gauche, le CCF devenu le Nouveau Parti Démocratique (NPD). Les environnementalistes votaient Vert. Quant aux séparatistes québécois, il y avait le Bloc Québécois pour se justifier de voter au fédéral.
Toujours, ou presque, l’électeur pouvait voter en fonction de ses critères personnels, politiques ou sociaux car les programmes politiques et les propositions qui en découlaient étaient clairement établis. Les clivages permettaient à l’électeur de choisir ce qu’il espérait que la société devienne.
Aujourd’hui, cet électeur réclame des actions politiques pragmatiques qui visent directement les problèmes du jour. Et pour ce faire, tous les partis ont recentré leurs politiques, par opportunisme ! Les discours ont changé et prendre le pouvoir avec une majorité de sièges à la Chambre des communes est devenu le seul but, la nécessité pour pouvoir agir. Il ne faut surtout pas afficher ses plus profondes convictions car elles peuvent éloigner l’électorat. Non, on s’adapte, on cherche à se faire aimer, on manipule les images et les illusions, on devient magicien politique.
Le NPD, si près du pouvoir, ne fait pas exception. Il ne veut prendre aucun risque de manquer son objectif qu’il a enfin à portée de main.  

Sous le leadership de Thomas Mulcair qui suit la ligne de son prédécesseur Jack Layton, le parti a bougé fortement vers le centre. Beaucoup trop, selon le président du caucus socialiste du NPD, Barry Weisleder qui s’inquiète de la tendance de son parti à oublier qu’il est celui des travailleurs et des organisations de travail au pays. 

Ce dernier réclame des actions et des politiques qui démontreront que le NPD est un parti de gauche. Il reproche à son chef de trop vouloir embrasser le capitalisme en promettant un budget équilibré tout en refusant de taxer les riches, les grandes entreprises et les banques pour financer de nouveaux programmes sociaux devant corriger les inégalités chez les Canadiens. Il affirme « les gens veulent du changement, mais pas le reniement de leurs espoirs et de leurs rêves ». Malheureusement, il va à contre-courant.
Mulcair veut justement changer l’image de « machine à dépenser » de son parti. Il demeure sensible aux besoins sociaux et veut agir. Mais, il sait que pour réaliser cela, il doit prendre le pouvoir et, pour ce faire, monopoliser le centre politique du débat en se montrant progressif, compétent et capable de diriger un gouvernement avec prudence.
Même le premier ministre (PM) Stephen Harper, le dur parmi les durs, demande aux Canadiens de lui faire confiance à nouveau. Il cherche à changer son image. Il veut faire oublier la ligne de droite de la droite qu’il a poursuivie sur les plans politiques, culturels et sociaux. Celle qui a tant déplu à un si grand nombre de Canadiens, dont les moins fortunés. Pour attirer des sympathies et gagner, il a fait voter des subventions importantes d’aide aux familles devant être remises durant la période électorale. Depuis, il se montre plus sensible, plus compréhensif, plus à l’écoute des Canadiens. Il cherche à faire oublier ses positions diplomatiques radicales et à sens unique comme en Palestine, en Iran, ses rebuffades répétées de plusieurs demandes raisonnables (plusieurs ne le sont pas), dont celle des armes, venant du Québec. Il courtise à fond les électeurs de centre. Il devient enfin plus sympathique pour plusieurs.
Quant à Justin Trudeau, le chef libéral, il joue la carte électorale normale de son parti mais son image souffre de sa jeunesse et de son inexpérience. En début de campagne, il paraissait ne pas être à la hauteur de la tâche de premier ministre. Depuis, selon un plan préétabli, il propose des politiques sensées, bien visées et il marque des points.
À l’élection de 2011, Jack Layton, chef du NPD, a été reconnu comme un homme de gauche très sympathique. Nonobstant une grave maladie qui l’affligeait, il a réussi l’impossible en faisant élire 59 députés au Québec, où il n’y en avait qu’un. Une comète aurait frappé la terre, que l’on n’aurait pas été plus surpris. Il avait axé sa campagne électorale sur les besoins de la « famille », mais c’est surtout par ses prestations uniques à des émissions télévisées, comme « Tout le monde en parle », qu’il a conquis, entre autres, le cœur des Québécois qui se sont levés spontanément pour aller en masse voter NPD afin de lui assurer leur confiance lui permettant ainsi de devenir chef de l’opposition officielle. Ce fut la plus grande victoire du commerce d’images et d’illusions au Québec de tous les temps.
Tous les chefs se rappellent ce grand balayage électoral. Ils en rêvent. Ils comprennent que leur principal défi est de marquer des points lors des débats télévisés des chefs. Ils reconnaissent toute l’importance de ces face-à-face sur le choix des électeurs et ne veulent pas, par conséquent, parler de droite ou de gauche.
Déjà, le premier débat a été révélateur. Ainsi, Trudeau, son image aidant, en a surpris plusieurs par son aplomb, sa connaissance des dossiers et ses réparties bien fondées. Dès le lendemain, les sondages reflétèrent sa bonne prestation et les observateurs avertis spéculaient déjà sur les chances du parti libéral qui remonta sensiblement dans les sondages. Mulcair, avec un air de chef d’État, a été clair, net et précis et a généralement bien fait. Les auditeurs ont compris pourquoi il a été qualifié par l’ex-PM Brian Mulroney : « meilleur chef de l’opposition de tous les temps ». De son côté, le PM Harper a aussi été correct mais j’ai eu l’impression qu’il n’était pas vraiment écouté. Quant au parti vert, n’ayant aucune chance de remporter la victoire, sa chef Élizabeth May a été vite oubliée. Le Bloc Québécois était absent car le débat était en langue anglaise.
Un facteur important de cette campagne électorale est sa longueur inhabituelle. Le triple d’une normale. Les électeurs rentrent de vacances. Ils ont été distraits, ne s’intéressant que par de courts moments à la campagne, n’entendant que de bons ou mauvais échos ici et là. Sachant que l’élection est relativement loin, ils se sont plutôt préoccupés de leur famille, de leurs affaires personnelles et peu de la politique. L’intensité électorale s’accentuera peu à peu et de plus en plus rapidement. C’est un gros défi pour chaque parti car il doit se retrouver au top de sa popularité au bon moment. Pas avant et ni après. Il est fort probable que les favoris des sondages d’aujourd’hui se retrouvent dans une autre position en fin de campagne. Il faut donc que les stratèges, dont l’expertise sera de plus en plus recherchée, planifient la fin de la campagne pour placer leur parti en pole position au moment de l’attaque finale. La stratégie devient de prime importance dans cette élection car, à ce jour, on ne peut prédire le gagnant.
Claude Dupras

samedi 19 avril 2014

Un « nerd » pour la réforme électorale canadienne

Il a 34 ans. Il est né en Alberta de parents français. Il a étudié les relations internationales à l’Université de Calgary. Puis, il devint sondeur, consultant politique, assistant de leaders politiques et, en 2004, candidat dans le comté Nepean-Carleton d’Ontario, où, à l’âge de 25 ans il est élu député canadien du Parti Conservateur (PC) en délogeant un ministre libéral de son siège par 4000 voix. Depuis, il a été réélu en 2006, 2008 et 2011 avec des majorités de plus en plus importantes frisant les 19,000 voix de majorité. Le sondage politique annuel du journal The Hill times l’a reconnu un des députés les plus travaillants dans sa circonscription. La politique est sa vie.

Son nom est Pierre Poilievre. Parfaitement bilingue, il est devenu, le 15 juillet 2013, ministre d’état à la Réforme Démocratique du gouvernement Harper. Il est de droite et a des allures d’une personne solitaire, passionnée et obnubilée par une approche politique et intellectuelle genre parti-républicain-américain. En somme, il a des airs de « nerd ». Je ne le connais pas et je n’émets que mon impression après l’avoir écouté et vu débattre à la Chambre des Communes, lu le Hansard, durant les dernières années. Depuis sa venue au parlement, Skippy, comme le surnomme ses collègues, agit en partisan aveugle. Il bondit, attaque et ridiculise les adversaires sur tout et rien. Comme ministre, il se montre petit, mesquin et se fout des questions de l’opposition avec des réponses hors-sujet et trop souvent absurdes. Sûr de lui-même, il est peu porté à écouter les opinions des autres. Malgré tout, on a l’impression qu’un jour il ira loin, peut-être même jusqu’à la tête de son parti et premier ministre du Canada. Mais pour se faire, il devra agir plus démocratiquement, arrondir les coins et comprendre que la politique est l’art du compromis.

Il y a deux mois, Poilievre proposa une réforme importante, le feuilleton C-23 sur l’intégrité électorale. Le projet de loi a été durement contesté depuis et le ministre a systématiquement refusé toute critique et toute modification à son texte.

L’opposition n’est pas venue seulement des partis politiques d’opposition que le ministre a cherché à ridiculiser, mais aussi de mandarins du gouvernement, tels Marc Mayrand, directeur général des élections du Canada et de Sheila Fraser, ex-vérificatrice générale du gouvernement canadien.

Mayrand, nommé par les conservateurs, a critiqué le projet de loi en exprimant ses nombreuses préoccupations dont, entre autres, les restrictions proposées pour l’identification des électeurs par un répondant. Il estime que 120 000 électeurs actifs ne pourront voter à la prochaine élection si la mesure est votée. Il regrette que ni lui et ni le commissaire aux élections Yves Côté n’aient été consultés pour la préparation du projet de loi et souligne qu’au Royaume-Uni, en Australie, en Inde et aux USA une telle preuve de résidence n’est pas exigée.

En réponse, Poilievre rejette du revers de la main l’argumentation réfléchie de Mayrand et l’attaque personnellement en prétextant qu’elle est « pleine d’allégations et ahurissante ». Il ajoute « qu’en réalité Mayrand ne cherche qu’à accroître son pouvoir de haut-fonctionnaire, d’augmenter ses budgets et de rendre moins de comptes au Parlement ». Accusations totalement gratuites et injustes.

Fraser a qualifié le C-23 d’ « une attaque contre notre démocratie » et s’il n’est pas amendé, elle craint que la prochaine élection soit en péril. Elle explique que « notre système est basé sur la justice et l’équité et chaque canadien doit pouvoir voter. Au lieu de faciliter cette approche, le feuilleton c-23 rend cette acte plus difficile ». Elle affirme connaître l’intégrité et l’impartialité de Mayrand et déplore l’attaque contre cet officier du parlement car elle craint que de tels gestes créent l’impression dans le public que les sept hauts-fonctionnaires indépendants du Gouvernement sont biaisés. « Ce qui est loin d’être le cas », assure-t-elle.

Le comité sénatorial à majorité conservateurs s’est penché sur la question et vient unanimement de rendre son premier rapport. Il est très critique et contient des recommandations précises, telles, ne pas empêcher le directeur général des élections de parler aux électeurs, l’obligation de fournir des attestations de noms et d’adresses aux personnes qui le demandent, de ne pas permettre aux partis politiques de dépenser sans limites pour solliciter des fonds d’anciens donateurs (cela favoriserait le PC)... Cependant, il ne s’est pas prononcé sur la question la plus disputée qu’est celle de l’identification d’un électeur par un répondant.

Les conservateurs font tout pour changer la normalité. Ils s’en prennent aux bases même du système tel que défini comme immuable dans le passé, telles, la précision du recensement, l’obligation du gouvernement de répondre au parlement et, aujourd’hui, les élections justes, le droit et le devoir de chaque canadien de voter, l’encouragement aux électeurs à voter, la confiance dans l’intégrité de ceux qui dirigent les élections… Dans le passé, Élections Canada a fait des campagnes de stimulations dans les milieux où le niveau de votation était bas, par exemple, chez les étudiants. Les conservateurs s’y opposent car ils savent que la majorité des étudiants ne sont pas conservateurs. Ils accusent donc Élections Canada de faire de la politique et d’être en « conflits d’intérêts » parce que cet organisme gère les élections et stimule les électeurs à voter puisque c’est son mandat.

Depuis qu’ils sont au pouvoir, les Conservateurs sont comme les républicains américains qui, dans les quartiers noirs et hispaniques, normalement favorables aux démocrates, font tout pour réduire appréciablement le nombre d’électeurs, via le recensement, la diminution du nombre de bureaux de votation... Nous avons été témoins à la dernière élection présidentielle américaine des longues et interminables filées d’électeurs qui attendaient des heures pour voter. Ils étaient blancs, noirs, hispaniques et tous pauvres. Au Canada, nous ne faisons pas cela. Ce n’est pas normal. Tout le monde doit voter et aucune embûche ne doit motiver un électeur à ne pas voter. Les conservateurs, au contraire, par le Bill C-23 cherchent à restreindre le vote étudiant, celui des autochtones et celui de ceux qui doivent utiliser un répondant pour se faire identifier comme électeur, etc. C’est inacceptable.

Le leader de l’opposition Thomas Mulcair, heureux du rapport sénatorial, a décidé de talonné Poilievre et le suit pas à pas au parlement. Ses questions sont pertinentes et, peu à peu, les Canadiens comprennent mieux l’importance de ce débat. La crédibilité du gouvernement est miné jour après jour. Quant au chef libéral, Justin Trudeau, il promet d’annuler le projet de loi s’il est adopté, dès sa prise du pouvoir.

Face à la pression négative montante venant de divers milieux, depuis deux mois, Harper a réagi et a demandé à son ministre de se dire prêt à discuter de changements. C’est un début mais la bataille est loin d’être gagnée même si l’intraitable Poilievre annonce que dorénavant « il a l’esprit ouvert ». Peut-on y croire ? Je ne crois pas, car un tel dossier est complexe, sensible, important et apolitique. Il requiert de l’expérience, de la rigueur et une capacité d’écoute pour être mené à bonne fin. Ce que ce ministre n’a pas démontré avoir à ce jour.

Nous, Canadiens, devons rester sur nos gardes, car la stratégie conservatrice est de faire adopter la loi C-23 le plus vite possible. Des changements de cette importance prennent normalement beaucoup de temps, d’analyses et d’évaluations par tous ceux qui sont engagés et touchés par une telle législation. Ils ne peuvent être brusqués car la démocratie fonctionne bien s’il y a consultation, respect des différentes opinions et consensus. C’est la responsabilité de notre gouvernement fédéral d’agir ainsi.

Claude Dupras

mercredi 15 janvier 2014

Même craqué, le Bloc est utile

Depuis sa fondation, le Bloc Québécois, parti politique canadien, a toujours représenté exclusivement à la Chambre des Communes canadienne les opinions politiques des séparatistes québécois. Même si je n’ai jamais été un partisan de ce parti, je reconnais d’emblée que maintes fois ses prises de positions reflétaient l’intérêt de tous les Québécois.

Le Bloc fut créé en 1991 par le ministre progressiste-conservateur démissionnaire Lucien Bouchard, suite à une mésentente de ce dernier avec le premier ministre (PM) canadien Brian Mulroney en rapport avec l’accord du Lac Meech sur le rapatriement de la constitution canadienne de Londres.

Ce n’était pas la première fois qu’était proposée l’idée d’un parti national composé exclusivement de Québécois à Ottawa, pour défendre les intérêts du Québec. Dès 1926, l’Action française avait propagé une telle proposition sans succès. Plus tard, en 1942, en pleine guerre mondiale, lors du débat sur la conscription obligatoire de jeunes Canadiens dans l’armée canadienne pour aller au front en Europe, le Bloc Populaire fut créé au Québec pour s’opposer à cette mesure. Son chef était Maxime Raymond. Il ne gagna aucun siège à l’élection fédérale.

Par contre, son aile provinciale dirigée par André Laurendeau présenta, en 1944, des candidats dans tous les comtés contre le gouvernement libéral d’Adélard Godbout. Elle accusa ce dernier de marcher, main dans la main, avec le gouvernement fédéral libéral de Mackenzie King qui, disait-elle, favorisait la conscription. La popularité de Laurendeau et de son parti connut un bond de popularité dans les milieux nationalistes, au point que quelques curés n’hésitèrent pas à dire en chaire à leurs paroissiens : « Je ne peux vous dire pour qui voter, mais votez en bloc ». C’est l’Union Nationale de Maurice Duplessis, défait en 1939, qui gagna finalement l’élection. Le Bloc Populaire ne remporta que 4 sièges et le parti disparut, quelques années plus tard, suite à la démission de Laurendeau.

Dans les années ’60, le « Ralliement des Créditistes », parti du Québec résolument fédéraliste et de droite, de Réal Caouette, gagna plusieurs sièges au Québec dans les régions rurales et devint jusqu’au début des années ’80 le porte-parole, à la Chambre des Communes, du mécontentement et du nationalisme des Québécois.

Après plusieurs décennies de déceptions et d'échecs, le Bloc Québécois fit élire 54 députés à l’élection fédérale de 1993. De plus, à la surprise générale, le parti se classa deuxième avec le plus grand nombre de sièges à la Chambre des Communes et devint, par la force des choses, l’Opposition officielle du gouvernement du Canada. Ce fut grâce à l’intelligence, les convictions profondes, l’éloquence et le charisme de Lucien Bouchard qui charmèrent les Québécois.

En fin de janvier 1996, Bouchard démissionna pour remplacer Jacques Parizeau au poste de PM du Québec et le Bloc a choisi Michel Gauthier comme son deuxième chef. Après un an, il fut remplacé par Gilles Duceppe. Habile, intelligent et bon politicien, Duceppe maintint le Bloc fort et majoritaire au Québec jusqu’à l’élection fédérale de 2011 où il connut une débandade spectaculaire et perdit tous ses députés, sauf quatre. Duceppe démissionna. Son successeur, Daniel Paillé, vient de démissionner à son tour, après un an à la barre du parti et le Bloc est redevenu orphelin.

Depuis, un débat sur la pertinence du Bloc Québécois sur la scène politique canadienne fait rage au Québec : « Un parti de séparatistes québécois est-il utile et nécessaire à Ottawa ? ». Ces derniers jours, l’ex-PM québécois Bernard Landry et l’ex-député péquiste Yves Michaud ont dit publiquement NON et ont demandé la mort officielle du Bloc Québécois. D’autres s’y opposent et prétendent que la place qu’occupe le parti doit être comblée parce qu’elle est une tribune pour ceux et celles qui veulent vanter les mérites de la séparation du Québec du Canada.

Je ne suis pas séparatiste. Je ne peux me résoudre à laisser le Canada aux autres. Mon pays est si vaste, si riche, si beau et si plein d’opportunités pour mes descendants que je me dois de tout faire pour leur conserver.

Par contre, l’idée que le Bloc demeure à Ottawa ne me déplait pas. Pas fort, mais avec un représentation minimum. Je ne crois pas, dorénavant possible, qu’il obtienne des victoires aussi éclatantes que celles obtenues par Bouchard et Duceppe et c'est une bonne chose. De plus, je crois important que plusieurs députés québécois issus de partis fédéraux traditionnels soient élus et qu'un bon nombre deviennent ministres du gouvernement. Ce que le Bloc ne peut faire. Mais qu’une dizaine de députés bloquistes soient élus à la prochaine élection me semble positif. Un tel résultat aura l'avantage de maintenir sur la scène nationale le débat sur les idées d’une bonne partie de la population québécoise. De plus, il servira à renseigner les députés des autres provinces des demandes du Québec. La démocratie ne peut qu’en gagner.

Avec le temps, j’ai remarqué que le débat de politique fédérale fait partie de nos discussions lorsqu’il y a au pouvoir à Ottawa un gouvernement avec un PM québécois (comme ceux de Trudeau, Chrétien et Mulroney) ou un gouvernement composé de plusieurs ministres québécois compétents (comme celui de Joe Clark) ou encore une opposition comme celle du Bloc qui défend ardemment des positions qui sont au cœur de plusieurs de nos débats locaux. Depuis l’élection du gouvernement du Parti Conservateur de Stephen Harper, dans lequel le Québec est peu représenté, je regrette que les Québécoises et Québécois n’entendent moins parlé de la politique fédérale et n’y apportent, par conséquent, moins d’attention que par le passé.

Le Nouveau Parti Démocratique a connu une grande victoire en 2011 et a balayé le Québec. Il est devenu l’opposition officielle. Malheureusement, l’inexpérience de ses nombreux députés québécois ne l’a pas vraiment aidé avec le résultat que les échos des débats de la colline parlementaire à Ottawa nous parviennent à peine. Et cela, même si son chef, Thomas Mulcair, fait un job du tonnerre comme chef de l’opposition, selon tous les observateurs avertis.

Face au nouveau, jeune et charismatique chef libéral, Justin Trudeau, qui a redynamisé son parti; face à la force politique que conserve le NPD; face au potentiel des 850 000 votes qu’a remportés le Bloc à la dernière élection et face au 12% de votes qu’obtiendront les Conservateurs, j’en conclus qu’il est probable que le vote au Québec, à la prochaine élection fédérale, sera réparti entre tous les partis si aucun ne prend un élan hors de l’ordinaire. Une telle situation pourra aider les candidats du Bloc à se faufiler, à plusieurs endroits, entre les autres candidats et à regagner ainsi une dizaine de comtés dans les régions où le parti a toujours été très populaire.

Le Bloc a besoin d’un nouveau chef avec une expérience politique et de bons candidats. Il y a quelques jours, Richard LeHir, ex-ministre de Parizeau, a annoncé être prêt à devenir candidat du Bloc à la prochaine élection. Il a affirmé son désir de se présenter contre Justin Trudeau dans le comté de Papineau, à Montréal. Le Hir est un bon candidat mais il perdra sa chemise contre Trudeau dans ce comté cosmopolite où un séparatiste n’a aucune chance de l’emporter surtout contre le chef du parti libéral. S’il ne vise qu’à faire du bruit et attirer l’attention, il y a des possibilités qu'il atteigne son but, mais ce n’est pas certain. Mais s’il est vraiment sérieux et veut être élu pour aider le Bloc, qu’il choisisse un comté aux caractéristiques favorables pour un candidat de sa trempe et de sa couleur politique. Ce ne sera pas facile mais, comme je l’ai expliqué précédemment, un bon candidat avec une bonne organisation peut gagner de justesse un comté pour son parti à la prochaine campagne électorale, même s’il s’agit du Bloc Québécois.

Claude Dupras

dimanche 25 mars 2012

Le défi de Mulcair

Le québécois Thomas Mulcair a finalement été élu, au quatrième tour de votation, chef du Nouveau Parti Démocratique (NPD) du Canada. Bravo pour les membres du parti et bravo pour tous les Canadiens. Je crois qu’il fera un excellent chef politique pour le pays et que son leadership sera salutaire pour le Québec.

Ce qui était remarquable au congrès d’hier, c’est que les Québécois représentaient à peine plus de 10% des 128 351 membres éligibles à voter. Mulcair a donc été élu par des Canadiens de toutes les provinces malgré que son adversaire principal, le torontois Brian Topp né au Québec et parfaitement bilingue, ait obtenu l’appui ouvert de l’establishment du parti. Ces bonzes n’approuvent pas la proposition de Mulcair de recentrer politiquement le parti, idée qu’il a lancée pour attirer un plus grand nombre d’électeurs au NPD afin de lui permettre, pour une première fois, de prendre le pouvoir et de gouverner le Canada. Dans son discours d’acceptation, le nouveau chef du NPD a réitéré officiellement son vœu d’attirer tous les progressistes canadiens à sa formation politique.

Ce congrès a permis de mettre en évidence neuf candidats de grande valeur, méconnus par l’ensemble des Canadiens. Sous Mulcair, ils deviendront les piliers de la députation néo-démocrate à la Chambre des communes et l’opposition officielle sera transformée, solide et efficace. Il est temps que le premier ministre Stephen Harper et son parti conservateur (PC) trouvent chaussures à leurs pieds.

La difficulté principale qu’aura Mulcair pour atteindre son objectif plane à l’horizon. En effet, le Parti Libéral du Canada (PLC) organise, lui aussi, une course au leadership pour remplacer son chef démissionnaire, Mikael Ignatieff. S’il déniche un bon leader, le parti prendra la place qui lui revient sur l’échiquier politique canadien. Il y a donc un risque que le vote anti-conservateur soit divisé entre le NPD et le PLC. Avec trois partis forts, on peut prévoir qu’à la prochaine élection, le parti avec la pluralité des sièges formera un gouvernement minoritaire. Il reste à espérer que ce ne soit pas encore le PC puisque cela permettrait à celui-qui-va-à-contre-sens-des-québécois, Stephen Harper, de se maintenir au pouvoir. Thomas Mulcair aura donc beaucoup à faire pour y accéder.

Dans un premier temps, il devra chercher à solidifier sa base québécoise. Les 58 députés néo-démocrates du Québec ont tous été élus pour un premier mandat alors que la très grande majorité d’entre eux n’était absolument pas prête à devenir député. La tâche de faire réélire ces élus à la prochaine élection générale est gigantesque. C’est celle de Mulcair. Ce dernier qui n’a pas le charme du « bon Jack » devra compenser la confiance que ce dernier générait par un leadership entraînant. Chaque député devra durant les trois prochaines années se donner à plein pour bien connaître son travail, définir les vrais besoins de ses électeurs, les aider et les rencontrer le plus possible. Grâce aux politiques sociale-démocrates du NPD et les qualités « d’homme de principe » que Mulcair a démontrées aux Québécois alors qu’il était ministre à l’Assemblée Nationale, le parti a toutes les chances de conserver la sympathie de l’électorat de sa province.

Mulcair devra aussi concentrer ses efforts sur les trois provinces du centre du pays, de la frontière ouest de l’Ontario à celle de la Colombie Britannique. Le NPD n’a que trois des 56 députés de ce territoire qui lui est normalement sympathique grâce au fait que le parti a été créé dans ce coin du pays par de grands leaders politiques comme Tommy Douglas, le père du programme canadien d’assurance pour les soins de santé. Au niveau provincial, le Manitoba a un gouvernement NPD et la Saskatchewan a déjà eu jusqu’à récemment de tels gouvernements. Au fédéral, ce sont les conservateurs qui y règnent en rois et maîtres. Tout siège enlevé au PC devient un gros plus pour le NPD. C’est un potentiel réel qui exigera un travail colossal !

De plus, il y a le milieu ouvrier canadien qui appuie fortement le NPD et sans lequel, à ce jour, le parti n’aurait probablement pas survécu durant les années difficiles. Lorsque Mulcair tentera de recentrer politiquement le NPD, il devra le faire avec l’aval des syndicats. Il ne peut mettre en jeu ce support précieux qui a été, souventes fois, l’élément motivateur pour l’adoption des politiques NPD, particulières aux domaines social et du travail. Mulcair pourra rassembler les progressistes, mais il devra le faire sans bousculer les syndicalistes.

Un autre aspect important sera la solidarité de tous les membres du parti envers le chef et ses politiques. Je crains que Mulcair rencontre quelques difficultés de ce côté-là. Lui, qui a quitté le parti libéral du Québec parce qu’il n’était pas d’accord avec certaines prises de position du cabinet des ministres où il siégeait et avec lequel il se devait d’être solidaire, n’a pas ainsi donné un bon exemple. Il risque de se voir confronter par des députés qui seront en désaccord avec lui comme sur le débat de l’évolution du parti vers le centre. Il sera intéressant de voir sa réaction dans un tel cas.

Thomas Mulcair a donc un défi d’envergure. Ses qualités de persuasion et son expérience politique seront bientôt mises durement à l’épreuve. Je lui souhaite bonne chance.

Claude Dupras

mercredi 14 mars 2012

Un chef politique pour le Canada : Thomas Mulcair

On sait rarement si un candidat à la chefferie de son parti pourra devenir un leader politique capable de gagner une élection et de bien diriger le pays. Ayant assisté à quelques congrès de leadership, j’ai constaté qu’un très grand nombre de délégués avaient tendance à se baser, pour faire leur choix, sur des critères politiques, laissant de côté l’image projetée par les candidats. Parmi les chefs choisis, politiquement compétents mais sans charisme, rares sont ceux qui ont pu se faire accepter par l’électorat. Parmi eux, on retrouve Robert Stanfield du Parti Progressiste Conservateur du Canada, Stéphane Dion et Michael Ignatieff du Parti Libéral canadien qui subirent des défaites électorales retentissantes et durent démissionner. Par contre, des Pierre Elliott Trudeau et des Brian Mulroney allièrent les deux facettes, politique et charisme, et devinrent de grands premiers ministres réélus maintes fois. La réalité est que la politique est aussi un commerce d’images et d’illusions. La clef du succès d’un parti est là.

Voilà le défi des 140 000 membres-votants du Nouveau Parti Démocratique du Canada (NPD), qui doivent élire un nouveau chef le 24 mars prochain pour remplacer le « bon Jack » Layton décédé prématurément quelques mois après l’élection générale fédérale de mai dernier. Ce ne sera pas une mince tâche pour ces membres de trouver le bon successeur puisque sept candidats briguent les rangs et plusieurs d’entre eux sont reconnus pour leur compétence.

Pour ce choix, aux facteurs politique et image doit s’ajouter celui du bilinguisme. En effet, il est primordial que le prochain chef possède bien la langue française puisque le Canada est officiellement bilingue et qu’une majorité des députés néo-démocrates sont québécois.

Parmi les candidats, on retrouve Thomas Mulcair.

Né en Ontario d’une mère francophone, descendant d’Honoré Mercier, élevé au Québec, étudiant des Sciences sociales à Montréal, diplômé en droit de McGill, il a enseigné au campus du collège Champlain et à l’université du Québec à Trois-Rivières, présidé l’Office des professions du Québec et le conseil scolaire catholique anglophone. Comme avocat, il s’est spécialisé dans les causes linguistiques.

En 1994, il joint les rangs du parti libéral du Québec. Il est élu député de Chomedey à l’Assemblée nationale du Québec et réélu en 1998 et 2003. Porte-parole en matière de justice et de commerce, il devient leader-adjoint de l’opposition officielle et laisse sa marque. En 2003, nommé ministre du développement durable, de l’environnement et des parcs, il propose une politique environnementale moderne et appuie le protocole de Kyoto, mais s’oppose au projet d’une nouvelle centrale thermique au gaz naturel d’Hydro-Québec et à la privatisation du parc national Mont-Orford, projets appuyés par le gouvernement. Certains affirment qu’il démontre alors un manque de solidarité avec ses collègues, qu’il est un loose canon. Pourtant, il a toujours été loyal. Il démissionne de son poste de ministre en 2006, refuse d’être candidat libéral à l’élection de 2007 et quitte la politique provinciale. C’est la réponse à ses détracteurs qui démontre ainsi qu’il est en fait un homme de principes.

Mulcair est aussitôt approché par les partis fédéraux qui l’invitent à se joindre à eux. Sa sensibilité politique, compatible avec celle du NPD, le pousse dans cette direction. Il joint le parti et devient candidat à une élection partielle qui se tient dans le comté d’Outremont. Tous les observateurs qualifient sa candidature de « mission impossible » car le comté Outremont a toujours été fortement libéral. Surprise, Mulcair est élu avec une avance de 20 % et devient le seul député NPD au Québec. Jack Layton le nomme chef-adjoint du parti et son lieutenant au Québec. Il est réélu à l’élection de 2008, toujours seul député de son parti. En 2011, avec le « bon Jack » ils créent une vague exceptionnelle au Québec où le NDP fait élire 59 députés. Du jamais vu !

Il a 57 ans lorsque le « bon Jack » meurt. Sa vie politique comprend, à ce moment-là, treize ans comme député à Québec et cinq ans à Ottawa. Il a été leader-adjoint de l’opposition officielle libérale, ministre à Québec et chef-adjoint du NPD à Ottawa.

Sa longue expérience, sa bonne réputation et son approche de progressiste le poussent à être candidat pour devenir le nouveau chef du NPD. Nous en sommes-là !

Thomas Mulcair est éloquent, impressionnant, convaincant, a une physionomie ouverte et possède un charisme naturel. Il est parfaitement bilingue, excellent communicateur et démontre une compréhension des enjeux. Certains de ses collègues le qualifient de visionnaire. C’est un homme de famille avec deux enfants. Son image publique est bonne. Il passe bien la rampe, est bon à la télé et s’exprime clairement et précisément. C’est un homme de vérité qui peut devenir parfois un peu tranchant mais qui est généralement charmant et attrayant.

Bon debater, il est toujours bien préparé et sait reconnaître le nœud de chaque question. Sensible aux problèmes de chacun et aux revendications de la population, il estime que la démocratie sociale est une bonne voie pour agir. Pragmatique, il aime l’action pratique et sait reconnaître une bonne idée sans nécessairement considérer si elle est de droite ou de gauche. Pour lui, ce qui est vrai réussit. Il se retrouve souventes fois plus près du centre du spectre politique, un peu désaxé par rapport à la position normale centre-gauche du NPD qu’il espère faire bouger afin qu’il soit en mesure d’attirer plus d’électeurs. Son ambition est de faire du NPD un parti moderne et moins dogmatique pouvant assurer une bonne gouvernance du Canada. Il sait, pour ce faire, qu’il devra « frapper le clou sur la tête » en proposant des idées, des politiques qui collent à la réalité et être en mesure de les faire accepter par une majorité d’électeurs.

C’est un leader. Un vrai. Et cela, il l’a démontré par son travail au Québec. Je ne veux pas ici lui donner tout le crédit de l’impressionnante victoire québécoise du NDP de mai dernier. Au contraire, car cet évènement extraordinaire a été réalisé par Jack Layton et le mérite lui revient. Mais Thomas Mulcair a su bien l’appuyer, le conseiller, planifier, recruter… De plus, il a su motiver une nouvelle génération de Canadiens à participer aux affaires publiques. Jamais, comme député québécois, il a désappointé, fait une erreur tactique ou prononcé des paroles qui auraient pu nuire au parti. Au contraire, chacune de ses sorties, à la Chambre des Communes et à l’extérieur, a été bien rapportée et reçue positivement par l’opinion publique. Travaillant dans l’ombre du « bon jack », si on peut dire cela, il a su préparer le terrain pour son chef.

Aujourd’hui, Thomas Mulcair est, de toute évidence, prêt à diriger le NPD. Je suis convaincu qu’il sera un chef solide capable de redynamiser le parti et lui redonner un nouvel élan dans la trace laissée par son prédécesseur. Il saura diriger l’opposition officielle à la Chambre des Communes pour qu’elle soit à la hauteur de l’intérêt supérieur du pays en exécutant son rôle de critique, de façon efficace, honnête, positive et inlassable sur les agissements des Conservateurs et des lois présentées par leur gouvernement.

J’ai le sentiment qu'il saura persuader les Canadiens et les Canadiennes de le suivre et d’élire des députés NPD. Ils découvriront un homme politique sérieux avec une profonde connaissance de la politique canadienne, un charisme entraînant et le potentiel de devenir un bon Premier Ministre canadien.

À ce jour, il a fait une campagne au leadership positive et sans attaques contre les autres candidats. Ses propositions politiques ont été précises et le caractérisent bien. Ces dernières lui ont apporté le support d’un très grand nombre de néo-démocrates importants des autres provinces.

C’est une belle opportunité pour les électeurs NPD de donner au Canada un vrai chef politique.

Claude Dupras

mercredi 18 janvier 2012

2012, une année pour les mordus de la politique

2012 est une année rare de trois Vendredi 13. Ça augure mal, puisque vendredi le 13 janvier, le gigantesque navire de croisière Costa Concordia avec 4229 passagers à bord frappa un rocher, s’échoua et roula à tribord en Méditerranée. De plus, Nostradamus et les Mayas ont prédit la fin du monde pour 2012.

On se rappellera longtemps de 2012 puisqu’elle sera aussi hautement politique et électorale en Amérique, en France, au Québec, au Canada, dans les pays arabes… Une année exceptionnelle pour les mordus de la politique.

Aux USA, le résultat de l’élection présidentielle de novembre prochain peut secouer éventuellement le monde. La bataille entre les partis démocrate et républicain s’annonce pour être une des moins civilisées. L’élection primaire républicaine en donne des signes avant-coureurs. Les cinq candidats qui sont encore en liste : Mitt Romney, Newt Gingrich, Rick Santorum, Rick Perry, et Ron Paul n’hésitent pas à s’accuser mutuellement méchamment et faussement dans le but de salir leurs adversaires. Ils oublient qu’un d’eux sera le candidat contre Barack Obama et que l’organisation électorale de ce dernier pourra utiliser leurs diatribes contre lui.

Mitt Romney est le seul modéré du groupe et un ancien gouverneur républicain du démocrate Massachusetts où il a fait voter d’importantes lois sociales. Aujourd’hui, il dénonce des lois similaires d’Obama et renie son passé simplement pour plaire à l’aile conservatrice et religieuse de son parti. Il veut gagner à tout prix. Il récolte actuellement près de 35% des suffrages des primaires et l’establishment du parti l’appuie.

Ron Paul est un libertaire de droite qui croit en la liberté absolue de chaque américain en matière politique et sociale. Il s’oppose à la guerre et veut que la presque totalité des 900 bases militaires américaines dans le monde soient fermées et le personnel rapatrié. Il prône que les USA cessent d’influencer les pays du monde. Il veut diminuer considérablement les dépenses gouvernementales. 20 à 25% d’électeurs primaires enthousiastes l’appuient.

Newt Gingrich et Rick Santorum sont comme des frères jumeaux, même si Gingrich est plus âgé et a une plus vaste expérience politique puisqu’il a été le Speaker de la chambre. Ce dernier est un homme intelligent, un historien bien renseigné et un excellent orateur. Il est cependant un démagogue qui n’hésite pas à lancer des arguments insoutenables. Sa part d’appui se situe à près de 20%. Quant à Santorum, il est le candidat choisi des évangélistes. Ancien sénateur du Pennsylvanie, il a été chassé par ses électeurs par une marge de 16%. Nonobstant cette cuisante défaite, il est cette année candidat à l’investiture de son parti et est venu à huit voix de gagner la primaire de l’Iowa. On lui donne actuellement près de 15% des votes et son étoile est à la hausse. Une fusion Gingrich-Santorum est dans l’air car la droite récolte actuellement plus de 50% des suffrages et vise à avoir un candidat unique.

Quant au gouverneur du Texas, Rick Perry, il est fortement à droite mais sa campagne ne lève pas. Il est malhabile, mal renseigné et les débats l’ont coulé. Il devrait quitter la course bientôt et ses supporteurs (3-5%) iront vers Gingrich ou Santorum.

Malgré que la prochaine primaire soit en Caroline du Sud, terre fertile pour les évangélistes et la droite de la droite, Mitt Romney mène dans les sondages. Ce sera sa troisième victoire consécutive après celles du New Hampshire et de l’Iowa et elle amplifiera le vent dans ses voiles.

Dans cette course, comme toujours aux USA, l’argent est important. Ces primaires coûtent une fortune à chaque candidat, et lorsqu’un candidat faiblit, la source de ses revenus s’assèche et il se voit obligé de la quitter. Bientôt, trois candidats demeureront en liste. Romney, Paul et Gingrich ou Santorum.

Un facteur additionnel peut affecter le résultat. C’est le vote des délégués ex-officio, « Unpleged delegates », choisis parmi les dirigeants du parti. Ils représentent près de 20% du total des délégués à la convention et peuvent faire la différence. Je crois de plus en plus que Mitt Romney sera le candidat du parti républicain.

En France, le président Nicolas Sarkozy a des problèmes importants de réélection à cause, entre autres, de l’économie. Malgré qu’il ne reste que moins de 100 jours avant l’élection présidentielle, Sarkozy n’est pas encore officiellement en campagne électorale, prétextant qu’il a trop à faire en rapport avec la crise de l’euro et de l’Europe, la baisse de la notation de la France, et tout ce qu’il doit faire comme président. Il y a du vrai dans tout cela, mais ses actions et ses déplacements montrent bien, en tout cas, qu’il y pense. Depuis plusieurs mois, Sarkozy a remonté dans les sondages. La cote de son adversaire principal, le socialiste François Hollande a diminué mais il conserve une marge de 6% pour le deuxième tour si lui et Sarkozy sont les candidats. Cela semble beaucoup, mais si seulement 3% des supporteurs d’Hollande changent d’idée, Sarkozy peut gagner. C’est possible.

Mais comment gagner et avec quelle stratégie devant la détestation manifeste d’un très grand nombre de Français. Comment agir face un Hollande qui l’accuse de n’être qu’un gouvernement de paroles, alors qu’à ce jour, comme candidat socialiste, il ne dit que des mots, des mots et encore des mots qui ne signifient rien de concret car il ne veut pas s’engager et risquer des critiques. Le défi de Sarkozy est grand, mais possible. Comment faire ?

Il semble que Sarkozy optera pour l’action. Il veut implanter des changements qui depuis longtemps auraient dû l’être. Des changements qui répondront aux vrais problèmes de la France, la compétitivité et la productivité. C’est la raison principale pourquoi l’Allemagne a si distancé industriellement la France. C’est aussi l’argument de Standard and Poor’s, cette semaine, lorsqu’elle a baissé la note de la France de AAA à AA+.

Sarkozy a fait beaucoup pour encourager les Français à travailler plus. Il a combattu et corrigé l’erreur magistrale qu’a été la loi des 35 heures. Il reste à favoriser l’emploi dans les entreprises et chez les artisans en éliminant les charges sociales.

Je vis en France depuis 13 ans, 4,5 mois par an et combien de fois ai-je entendu un artisan français plombier, ébéniste, maçon, jardinier, électricien, et autres travaillant seuls, et à qui je demandais la raison pour laquelle ils n’engageaient pas d’employés alors que leur carnet de commandes débordait. « les charges, Monsieur, les charges… », est la réponse chaque fois. Impossible de faire un profit raisonnable face à un coût de travail excessif.

Sarkozy, veut s’attaquer à cette situation en proposant la TVA sociale. Il s’agit d’augmenter la taxe de valeur ajoutée de 2% et de financer, avec ces revenus additionnels, les cotisations sociales actuellement payées par l’employeur et l’employé sur chaque salaire. Sans ses charges, l’employeur profite d’une meilleure compétitivité-prix et l’employé voit son revenu net augmenter. Je suis convaincu qu’il y aura une augmentation rapide de l’emploi chez les artisans et que les entreprises pourront vendre leurs produits à meilleurs prix à l’étranger puisqu’ils pourront concurrencer les autres pays. Évidemment, l’opposition est forte, et accuse Sarkozy de ne vouloir faire qu’un cadeau aux entreprises au détriment d’une augmentant des prix pour les consommateurs.

Si Sarkozy prend finalement cette décision, ce sera un geste non seulement nécessaire à ce moment-ci, mais courageux. À cause de l’élection présidentielle, la France ne peut quand même pas rester 6 mois à ne rien faire face aux menaces qui la confrontent.

Au lieu de promesses électorales, Sarkozy passera à l’action. S’il perd, tant pis pour lui, mais la France aura gagné. Si les Français comprennent son geste, l’impopularité initiale de cette mesure sera renversée et Sarkozy sera réélu. Quant à Hollande, il sera devant un dilemme important : la France ou le parti socialiste. S’il est politiquement intelligent, il optera pour la France en appuyant Sarkozy. Il amenuisera ainsi les effets positifs gagnés par le président.

Au Québec, c’est l’ère des transfuges. Il s’agit d’individus qui se qualifient « personnes de principe », mais qui laissent l’impression de ne chercher qu’à sauver leur poste de député ou de vouloir accéder au cabinet des ministres du prochain gouvernement. Je suis surpris des ouvertures de François Legault, chef de la « Coalition de l’avenir », aux députés des autres partis. Je n’aime pas qu’il favorise de telles singeries. Alors qu’il trône au haut des sondages depuis un long moment, que la presse est bonne pour lui et qu’il est populaire, pourquoi ne présente-t-il pas une brochette de candidats nouveaux et de haut niveau prêts à laisser leurs affaires personnelles pour servir le Québec. Les Québécois veulent des personnes sincères et compétentes pour les diriger. Ils aiment des chefs forts mais pas des « one-man show ». Le chef François Legault a les moyens, grâce à son niveau élevé de popularité, de présenter une « équipe du tonnerre ». S’il ne le fait pas, il ferait mieux de rentrer chez lui tout de suite, car les Québécois l’y amèneront le soir des élections.

Quant au Parti Québécois, c’est l’auto-destruction qui est en vogue. Malgré que la chef, Pauline Marois, ait obtenu 93 % d’appuis au dernier congrès, les députés, affolés par les sondages, ne cessent de critiquer sur la place publique leur chef et leur parti quand ils ne les quittent pas. Et les « purs et durs » ne cessent d’invectiver la chef tout en appelant à l’unité des forces. C’est ridicule car s’il n’y a pas d’unité dans un parti, il n’y a pas de succès électoral.

Devant ce parterre de groupuscules qui se chamaillent, la chef semble vouloir prendre la politique française comme modèle. Elle veut proposer des ententes avec les micropartis souverainistes. Il s’agit pour elle d’attribuer à ces groupuscules des comtés où le Parti Québécois ne présenterait pas de candidats en échange qu’ils ne présentent pas de candidat contre ceux du PQ. Par exemple, dans le comté de Gouin, le Parti Solidaire présente sa chef Françoise David contre le député sortant Girard. Cela pourrait avoir comme effet de diviser les votes et de permettre au candidat libéral ou caquiste de gagner le comté. C’est du magouillage politique et antidémocratique et l’exemple français démontre combien c’est injuste. Mme Marois fera une grave erreur si elle accorde l’opportunité à ces groupes non importants d’obtenir, par un jeu de coulisses, des représentants à l’Assemblée nationale qu’ils ne pourraient obtenir autrement. Le PQ le regrettera longtemps.

Que les souverainistes, indépendantistes, séparatistes, péquistes se rallient derrière la chef du parti Québécois et ils seront surpris des résultats. Dans la situation de fluctuation actuelle, rien n’est perdu et affirmer comme certains que la prochaine élection marquera la fin du parti Québécois, est de la folie furieuse. Quand même, soyons sérieux !

Quant au parti libéral de Jean Charest, il se dirige lentement et surement vers un gouvernement minoritaire. À moins que Jean Charest ne démissionne, comme je le prévois.

Au niveau fédéral, c’est l’élection du chef du Nouveau Parti Démocratique (NDP) qui est importante pour le Canada. Les membres de ce parti ont un choix important à faire. Ils ne doivent pas oublier que la majorité des députés de leur parti vient du Québec. Thomas Mulcair, le député NPD d’Outremont est candidat. Dans sa carrière professionnelle, il a toujours été associé à des causes difficiles et à des groupes de défense de droits de l’individu. Il a été ministre de l’environnement du Québec et a protégé notre patrimoine écologique allant même jusqu’à refuser une décision gouvernementale, en raison de laquelle il a finalement démissionné du gouvernement et du parti. Il s’est présenté à Outremont pour le NPD et a réussi l’impossible en se faisant élire député fédéral. Le seul au Québec. Il a bien travaillé à la Chambre des communes et a démontré sa vigueur et sa rigueur dans ses débats avec le premier ministre et les ministres. Il a collaboré étroitement avec Jack Layton, est devenu son principal assistant et a contribué grandement à l’élection des 59 députés québécois le 2 mai dernier. Nous savons qu’il a toutes les qualités requises pour être un bon chef de parti et qu’il saura bien représenter tous les électeurs du NPD.

Mais peut-il gagner la chefferie ? Aujourd’hui, cela semble peu probable à cause du fait que ce sont les membres qui votent et qu’au Québec, à cause de la conjoncture, il y a peu de membres. Les députés du Québec y travaillent, mais réussiront-ils ?

Le choix du chef NPD est difficile à cause des qualités personnelles des huit aspirants. Le favori d’après les observateurs serait Brian Topp, un organisateur de longue date. C’est un Québécois, qui parle le français. Cependant lors du premier débat, il a démontré de la difficulté à s’exprimer avec aisance, charisme et conviction. Topp a affirmé qu’il apprendrait avec le temps. Malheureusement, ce n’est pas en tant que chef de l’opposition officielle à Ottawa que le temps est venu d’apprendre à débattre. Non, le chef est alors dans le feu de l’action et ses mots et ses arguments doivent porter. Avec Mulcair, nous sommes certains qu’il sait comment faire. Il l’a démontré maintes fois dans le passé.

J’espère que les délégués néodémocrates auront l’intelligence politique de choisir Thomas Mulcair comme chef de leur parti.

Puis, il y a tous les pays arabes qui seront confrontés en 2012 avec l’immense tâche politique de bâtir des gouvernements démocratiques à leur image. Marocains, Tunisiens, Libyens, Égyptiens et de nombreux autres ont devant eux un défi important pour l’avenir de leur pays et la liberté individuelle de leurs populations. Il est clair et normal, dans les circonstances, que ces gouvernements seront musulmans tout comme les nôtres en Occident étaient chrétiens alors que nous étions tous de fervents pratiquants, il n’y a pas tellement longtemps. Ce sera fort intéressant de suivre le développement politique de tous ces pays.

Oui, 2012 sera une année politiquement remplie et exceptionnelle.

Claude Dupras

Note ajoutée le 20 janvier 2012
Au contraire de ce que j'ai écrit dans ce texte, suite au recomptage des votes, c'est Rick Santorum qui a gagné la primaire d'Iowa par 34 votes.
Claude Dupras