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dimanche 2 novembre 2014

Le désappointant PKP

 Il est vraiment surprenant ce Pierre-Karl Péladeau (PKP), le magnat des médias québécois qui a décidé de quitter son conglomérat pour la politique active. Sur sa page Facebook d’hier, il a publié un texte dans lequel il s’attaque directement à la famille Desmarais, celle du regretté, célèbre et exceptionnel homme d’affaires québécois Paul Desmarais.
 
Il a malicieusement tenté de démontrer que le passage de l’oléoduc du pétrole brut albertain à travers le Québec a été décidé par la famille Desmarais afin qu’elle puisse profiter de revenus additionnels de ses investissements dans la pétrolière française Total. Rien moins que cela.
Le pétrole de l’Alberta, contenu dans des sables bitumineux, a un volume d’environ 1,8 billion de barils de bitume, soit une quantité comparable en ordre de grandeur à l'ensemble des réserves de pétrole conventionnel au monde. Avec les méthodes modernes de production de pétrole, seuls 10 % de ces dépôts, c'est-à-dire environ 170 milliards de barils sont économiquement et « proprement » exploitables.
On le dit sale. C’est l’exploitation qui est sale et qui est critiquée. Je l’ai fait souventes fois dans mes blogs passés. Sa production génère beaucoup de GES et requiert une quantité importante d’eau fraîche. Depuis le début, la qualité de l’extraction s’est grandement améliorée mais il reste encore beaucoup à faire. Les pétrolières y travaillent car elles veulent vendre leur produit. Quant à ce pétrole brut qui est transporté, il a une consistance similaire à ceux du Venezuela et de l’Algérie. Il n’est pas plus sale que les autres.
Pour le vendre, il faut l’exporter dans le monde. C’est une difficulté majeure. À l’ouest, via le Pacifique, aux pays asiatiques et l’Océanie. Au sud, via l’oléoduc KeystoneXL et autres, aux USA et aux pays de l’Amérique centrale et de l’Amérique du sud. À l’est, par l’oléoduc de l’est, aux raffineries des provinces canadiennes et du nord-est américain, et, via l’Atlantique, à l’Europe et à l’Afrique.
C’est une richesse incroyable qui appartient à tous les Canadiens. Pour 2014, les revenus de l’industrie du pétrole et du gaz au Canada auront générés près de 150 milliards de $. Évidemment, les premiers bénéficiaires sont les citoyens de l’Alberta dont près d’une centaine de milliers de travailleurs québécois qui y ont émigré avec leurs familles pour trouver de bons emplois rémunérateurs. Le gouvernement du Canada, ceux des provinces et tous les autres citoyens du pays sont aussi favorisés car les revenus, partagés grâce au système de péréquation, allègent les systèmes de taxation. Avec plus de revenus, les gouvernements ont la possibilité de rendre de meilleurs services tout en diminuant les dettes publiques et les impôts.
En juin 2013, la production en opération fut de 3 537 000 barils/jour de pétrole brut. La production des projets futurs était estimée à 7 694 120 b/j.
Voici ce que PKP a affirmé :
- « La famille Desmarais est le plus important actionnaire de TOTAL ». En réalité, elle n’a que 3,6% du capital et des droits de vote de la compagnie conjointement avec un investisseur belge. En fait, elle détient près de 1,8%. Le plus important actionnaire, vraiment ?
- « TOTAL est l’un des plus importants exploitants albertains du pétrole extrait des sables bitumineux ». La compagnie est présente en Alberta avec les autres grandes pétrolières du monde. Au début du printemps 2013, elle s’est retirée du projet d’une usine pétrolière en Alberta devant réduire la viscosité des pétroles bitumineux afin de pouvoir les traiter dans les raffineries traditionnelles. Cette aventure s’est soldée par une perte de 1,6 milliards$ pour la compagnie. En juin 2013, TOTAL avait un investissement de 38,4% dans les projets de Fort Hill (avec Suncor et Teck) et un autre dans le projet minier de Joslyn. Elle a produit 192 384 b/j, soit 5,4% de la production totale. En rapport avec le futur, sa part est prévue à 219 040 b/j, soit 2,84%. C’est çà, le plus important exploitant ? 
- « Les américains refusent l’accès vers le sud avec le projet Keystone actuellement suspendu ». Les inquiétudes originales avaient rapport avec l’importante nappe aquifère du Nebraska. Des dévoiements de l’oléoduc Keystone XL ont été proposés par Trans Canada Pipeline et acceptés par le gouverneur du Nebraska qui a levé son opposition. Aujourd’hui, c’est la tenue des élections législatives américaines de novembre qui retarde l’accord final d’OBAMA. Ce dernier ne veut pas déplaire à sa base environnementaliste avant les élections. Après, il devrait agir comme il l’a déjà dit, surtout si, comme prévu par les sondages, les républicains, qui y sont favorables au XL, détiennent la majorité au Sénat américain tout en maintenant celle à la Chambre des représentants. Ce qu’on doit savoir c’est qu’une grande partie de l’oléoduc Keystone d’une longueur de 3 462 km est déjà construite car il n’est pas un oléoduc mais un réseau d’oléoducs. En effet, depuis la demande de permis de construction du XL, il y a 5 ans, des milliers de km  ont été réalisés et mis en opération. Ils transportent, actuellement, 600 000 des 2,5 millions de b/j que le Canada vend et livre aux USA. Avec trois des quatre phases du Keystone en opération, il ne reste qu’une section connue sous le nom de KeystoneXL, du sud du Nebraska aux champs de pétrole de l’Alberta, à terminer. Cette dernière ajoutera 400 000 b/j (dont 25 % sera du pétrole américain) au réseau. « L’accès vers le sud » sera bientôt accepté.   
- « L’ouest canadien est également bloqué en Colombie Britannique avec celui du Northern Gateway ». Ce projet, consiste en deux réseaux de distribution : un oléoduc pour le pétrole brut et un pipeline pour le gaz naturel. Ils traverseront les montagnes Rocheuses situées dans la province de Colombie Britannique (CB). Il rencontre l’opposition de bandes de Premières Nations, du puissant lobby des environnementalistes, du Nouveau Parti Démocratique du Canada et du gouvernement de cette province qui réclame une partie des royautés que reçoit l’Alberta. Le 17 juin 2014, suite à de nombreuses discussions, le gouvernement Canadien accepta l’avancement du projet conditionnellement à ce que 209 problèmes, identifiés par des comités d’études, soient corrigés avant la prochaine étape d’approbation du projet. On juge dans les milieux bien renseignés que ces conditions seront rencontrées, que la province sera satisfaite et que ce projet sera finalement débloqué.
- « Il n’y a que l’ouverture vers l’est par pipeline, ou le transport ferroviaire que les experts disent coûter $20 le baril, qui serait ainsi épargné pour le bénéfice des actionnaires de Total par l’oléoduc ». L’ex-premier ministre Pauline Marois et son gouvernement ont accepté l’oléoduc de l’est. Quant au port pétrolier de Cacouana, pour le ravitaillement des bateaux-citernes vers les pays de l’Europe et de l’Afrique, il reste à vérifier si les complaintes et les arguments de ceux qui s’y opposent sont valables. Il est facile de susciter des sentiments anti-gouvernements, de s’opposer à la construction d’oléoducs, de pipelines, etc… mais encore faut-il démontrer clairement que de tels projets vont vraiment à l’encontre de l’intérêt public. De plus, ce sont tous les actionnaires de tous les producteurs qui bénéficieront de cette ouverture vers l’est.  
On voit bien que les déclarations de PKP n’ont pas de bases solides. Je soupçonne que le but réel de sa déclaration sur Facebook a été faite pour rallier, à sa candidature, les séparatistes qui voient « les Desmarais » dans leur soupe ! D’ailleurs plusieurs de ceux-ci, suite à la publication, se sont spontanément exclamés : « déclaration extraordinaire », « super, super », « un vrai chef »…
Que PKP se donne comme objectif de séparer le Québec du Canada, c’est son affaire! Mais qu’il se permette, par un court communiqué, de tromper sciemment ses concitoyens sur un projet d’une importance capitale pour tous, est incompréhensible. Çà sent la petite politique ! Et si c’est pour atteindre des ambitions politiques, c’est désappointant.
PKP peut vouloir montrer ses muscles à la famille Desmarais, encore faut-il qu’il soit de taille. Paul Desmarais et Pierre Péladeau étaient des hommes d’affaires hors de l’ordinaire qui aimaient aussi se mêler de politique. Tout le monde le savait et les partisans appréciaient.
Mais nous sommes dans une nouvelle ère. Les fils Desmarais sont des hommes qui s’occupent de leurs affaires. Si Pierre-Karl Péladeau a préféré quitter le monde des affaires pour la politique, c’est une décision noble et c’est très bien. Mais pour réussir, il se doit d’être juste avec les Québécois et être à la hauteur d’un chef politique.  
Claude Dupras 

mardi 13 août 2013

Oui, à Énergie-Est

De son origine au sud de l’Alberta, le nouvel oléoduc Énergie-est s’étendra sur 4 300 km en direction du Nouveau-Brunswick, via la Saskatchewan, le Manitoba, l’Ontario et le Québec. Chacune des provinces devra donner son accord. Si l’une d’elle bloque, tout bloque à moins que l’oléoduc soit dévié via un des États américains à son sud pour la contourner.

La section au Québec comprend, en plus, la traversée du fleuve Saint-Laurent, la construction d’un terminal à Québec avec stations de pompages et réservoirs de stockage nécessaires à l’acheminement du pétrole vers les raffineries de Québec et de Montréal ainsi que des installations maritimes destinées au chargement de navires-citernes pour livraison du pétrole à l’étranger. C’est un très gros projet qui nécessitera, pour sa réalisation, des professionnels et des travailleurs qualifiés et bien rémunérés. Quant aux emplois permanents qui suivront, il reste à en déterminer impartialement le nombre pour juger de l’impact réel sur le marché du travail.

La télévision rapportait, hier, les complaintes d’agriculteurs qui affirmaient que l’oléoduc traversera leur terre et qu’ils n’ont pas été consultés. Ils doivent comprendre que le projet est à l’étape préliminaire et que le tracé exact n’est pas déterminé.

Le parti libéral du Québec (PLQ) et la Coalition Avenir Québec (CAQ) ont émis une opinion favorable dès l’annonce du projet par le premier ministre (PM) Stephen Harper. Leurs déclarations ne sont qu’un ramassis de lieux communs. Ça ne fait pas sérieux dans les circonstances !

Quant à la première ministre Pauline Marois, que fera-t-elle? Étudiera-t-elle à fond ce projet, ses retombées et les conséquents de sa décision ? Où se limitera-t-elle à ses promesses électorales pour s’opposer ?

Certains observateurs affirment que la réalisation du projet augmentera le montant de péréquation que recevra le Québec dans les années prochaines parce que l’Alberta sera plus riche. Il n’en est rien. Le système de péréquation est un programme fédéral payé par le gouvernement canadien à même les revenus qu’il prélève. Originalement, plus il en percevait, plus il en redistribuait aux provinces dîtes « pauvres » pour les aider à financer des services publics de qualité comparables à ceux des provinces « riches ». Ce fut ainsi jusqu’en 2008, lorsque le gouvernement Harper (pour répondre aux complaintes des Albertains) a imposé un plafond au total des paiements en péréquation à distribuer afin qu’il ne croisse pas plus vite que l’économie canadienne.

En 2013-14, le Québec recevra environ 7,8 milliards, en baisse de 1 milliards $ par rapport à 2010-2011. Il demeure une province « pauvre » puisque sa capacité fiscale est encore moindre que la moyenne canadienne. Mais cela peut changer radicalement dans l’avenir, pour différentes raisons. Premièrement, la fiscalité québécoise s’améliore plus rapidement que celles des autres provinces. Deuxièmement, l’économie canadienne plafonne, comme l’explique l’économiste Pierre Fortin : « la reprise mondiale est lente et, vieillissement oblige, la population en âge de travailler augmente moins vite ». Troisièmement, l’économie de l’Ontario va de mal en pis par rapport à celles des autres provinces et cela se traduira par des paiements de péréquation augmentés pour l’Ontario et, par conséquent, diminués pour les provinces « pauvres ».

De plus, la fiscalité québécoise serait plus forte si l’Hydro-Québec (HQ) versait des dividendes plus importants au gouvernement, son unique actionnaire. Les profits d’HQ sont bas à cause de tarifs bas. Les autres provinces rechignent et qualifient de « subvention déguisée » la différence de ces tarifs par rapport aux leurs. Elles insinuent qu’en fait ce sont les versements de péréquation au Québec qui la payent. Si le mode de calcul futur de la péréquation en tient compte, et c’est possible, le Québec recevra encore moins.

D’un autre côté, l’oléoduc Energie-Est, ajoutera aux revenus du Canada et de l’Alberta. Et si les oléoducs Keystone XL vers le sud et le Northern Gateway vers le Pacifique sont construits, et c’est possible, ce sera alors le Klondike pour le Canada et l’Alberta. Le gouvernement canadien sera en position de baisser appréciablement les impôts canadiens. Et, un autre gouvernement pourrait éliminer le plafond Harper sur la péréquation pour les bonnes raisons que l’exploitation des sables bitumineux a été rendue possible à ses débuts grâce au financement important du gouvernement fédéral (plus de 23 milliards $ sous le gouvernement Mulroney seulement) et que les sables bitumineux sont une source de richesse importante pour les Canadien et que chacun doit pouvoir en profiter.

Le frein à cette manne est l’effet négatif sur l’environnement. Chaque personne responsable, qui a visité le site des sables en revient généralement choquée. Combien de rapports négatifs avons-nous lus suite à ces visites ? C’en est décourageant. Les compagnies pétrolières, qui y voient leur intérêt attaqué, s’inquiètent constamment des répercussions des critiques et ne pouvant les faire taire cherchent par tous les moyens à réagir positivement. De nombreuses innovations techniques ont été réalisées pour améliorer la qualité de l’exploitation et le niveau de pollution a diminué sensiblement. Mais c’est encore insuffisant et les compagnies peuvent et doivent faire mieux. C’est ce qu’exigent les pays du monde, dont ceux d’Europe et les USA, acheteurs possibles du pétrole des sables.

Le PM Harper et ses ministres n’aident pas la cause en fonçant à pleine vitesse pour persuader les acheteurs, Avec des discours aux arguments exagérés et souventes fois faux, ils donnent l’impression d’être vendus aux pétrolières et de ne vouloir faire aucun effort pour leur forcer la main afin de réduire les gaz à effets de serre (GES). Pour ces politiciens, tout est beau et bon et ce sont les gouvernements-acheteurs qui ont tort de critiquer la qualité de l’exploitation des sables bitumineux. Et, ils insistent. A cette allure, ils ne vont nulle part.

Je crois que le Québec devrait donner le pas car il y va de son intérêt. Le gouvernement Marois se doit, pour montrer sa bonne foi, d’accepter le plus tôt possible le principe du passage de l’oléoduc Energie-Est sur le territoire québécois, en ajoutant quelques conditions importantes et réalistes, telles :

1. La tenue d’une consultation publique.

2. Une analyse par les organismes de règlementations.

3. La démonstration par les pétrolières qu’elles s’appliqueront à diminuer le rythme des émissions de GES pour la production du million de b/j de pétrole qu’Énergie-Est transportera. Tout comme l’exige le président américain pour le Keystone XL.

4. TransCanada Pipeline (TCP), propriétaire et constructrice de l’oléoduc, devra protéger en cas d’accident, par assurances ou autres garanties, les victimes pour qu’elles soient indemnisées totalement pour dommages à leurs biens et blessures à leur personne.

5. TCP, les pétrolières et les propriétaires de navires-citernes doivent, en cas de désastre, être tenus responsables des dommages et du nettoyage total de l’environnement, particulièrement dans le fleuve Saint Laurent. Que l’on négocie ces responsabilités en gardant à la mémoire, les accidents créés par le pétrolier l’Exxon Valdez en 1989 qui a pollué le Pacifique et ses rives avec 180 000 tonnes de pétrole, et celui de la plateforme BP dans le golfe du Mexique en 2010, qui, suite à un incendie, a laissé échapper 4,9 millions de litres de pétrole brut et pollué la mer et les rives de la Louisiane.

6. Les législations canadiennes et québécoises pour le transport maritime doivent s’adapter aux modifications significatives apportées à la législation américaine suite aux situations mentionnées précédemment.

7. Le gouvernement du Québec, comme celui de la Colombie Britannique, doit évaluer la possibilité d’établir un droit de passage annuel de l’oléoduc calculé sur la base du volume de pétrole transporté.

Ce sera une négociation difficile. Le Québec est en bonne position. Quant aux pétrolières et TCP, elles s’adapteront à ces exigences. L’enjeu est trop grand pour les deux parties pour que chacune refuse des compromis, comme il est trop grand pour nous pour le rejeter du revers de la main.

Je dis « Oui » à Énergie-Est.

Claude Dupras