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vendredi 27 septembre 2013

Ne pas soulever la nation, mais la bâtir

Un récent article rappelait les résultats de l’enquête nationale de 2011 sur les ménages en rapport avec la place de la religion dans la vie des Canadiens. La province de Québec compte 12% d’individus qui affirment n’avoir aucune appartenance religieuse, tout de suite avant Terreneuve qui est la plus religieuse avec 6% de non-croyants. La plus athée est la Colombie Britannique avec 44%.

Je ne suis pas surpris de cette statistique en rapport avec le Québec. Encore aujourd’hui, les Québécois, descendants d’occidentaux, élevés surtout dans la religion catholique mais aussi dans le protestantisme et les religions orthodoxes et juives, demeurent croyants même si un grand nombre ne sont plus pratiquants. Cela se manifeste lors de grands évènements. À ces moments-là, l’église devient le point de ralliement pour marquer à nouveau notre foi, prier, se consoler mutuellement et écouter les paroles apaisantes d’un prêtre. On l’a constaté à nouveau récemment à Lac Mégantic suite au terrible accident ferroviaire. Quant aux funérailles de monsieur-et-madame-tout-le-monde, si elles ne sont tenues que rarement à l’église à cause des coûts plus élevés, elles le sont au salon funéraire lors d’une cérémonie à caractère religieux présidée soit par un prêtre, un diacre ou une personne autorisée. Je n’ai été témoin qu’une seule fois où un ami avait demandé de n’avoir aucune cérémonie.

Les nombreux immigrés venus s’installer au Québec depuis de nombreuses années pratiquent pour la plupart une religion. Ceux d’Amérique du sud sont généralement catholiques, ceux d’Arabie sont musulmans ou coptes, ceux d’Asie sont hindouistes, taôistes ou sikhs; ceux de l’Europe de l’est sont orthodoxes… Chacun a son clergé, ses pasteurs, ses imans, ses moines ou même ses gourous. Pour plusieurs, c’est la foi en un Être suprême. Pour d’autres, c’est une manière de vivre ou une réponse aux questions difficiles de l’humanité. Pour les non-croyants, ce n’est que de la superstition.

Malgré les 88% de croyants québécois, l’État du Québec est laïc. Je considère que c’est bien ainsi et peu de personnes questionnent cet état de fait. Cependant, nous croyons en la liberté de religion pour chacun.

La « charte des valeurs québécoises » n’implante pas la laïcité puisqu’elle existe déjà. Elle est proposée par le gouvernement actuel qui soupçonne que les serviteurs de l’État profitent de l’occasion qu’ils ont de rencontrer personnellement le public pour faire une propagande en faveur de la religion dans laquelle ils croient. Il ne tient pas compte que les fonctionnaires ont un devoir de réserve.

Pourquoi présenter une telle proposition à ce moment-ci, alors qu’il n’y a pas vraiment de problème entre les races au Québec ? Pourquoi susciter inutilement à l’extérieur des émotions négatives envers le Québec ? Pour défendre le port du voile intégral ? Mais il n’y a pas une fonctionnaire québécoise qui le porte !

Certes, nous avons connu il y a quelques années, la« crisette » d’Hérouxville, petite municipalité de 1 300 personnes, suite à l’adoption par le conseil de ville d’un règlement stipulant notamment que « la lapidation des femmes et le fait de les brûler vives, de même que l'excision, étaient interdits dans la municipalité ». Il craignait qu’une famille musulmane s’installe dans son patelin. Cette réaction xénophobe a été amplifiée démesurément par certains politiciens qui ont joué sur la perception négative de plusieurs Québécois envers les musulmans pour soulever la nation. Pourtant, c’est l’intolérance qui a été mise en évidence à ce moment-là. Voulons-nous répéter cette hystérie collective ?

Trop de Québécois ne font pas la différence entre l’Islam et le mouvement islamiste. Et on ne peut les blâmer. Ils ont été témoins de l’attentat du 11 septembre 2001 sur les tours du World Center de New York. Et depuis, ça n’arrête pas. Encore aujourd’hui, c’est le brutal acte terroriste au centre commercial en Nairobi au Kenya qui fait les manchettes. Ces islamistes nuisent à la réputation des musulmans monde.

Je connais plusieurs Algériens de Montréal. J’ai signé des documents d’immigration pour quelques uns. Ce sont de bonnes gens, qui sont venues s’implanter chez nous pour y vivre, travailler, élever leurs enfants et assurer l’avenir de chacun. Et, ils réussissent et veulent contribuer et s’intégrer à notre société puisque leurs espérances sont similaires aux nôtres. Nous nous devons de les comprendre car eux aussi sont victimes d’islamistes. Ils sont un groupe parmi toutes les cultures différentes qui sont venues au Québec pour y vivre et qui ont droit à leur chance. Nous nous devons de faire la part des choses et leur assurer notre appui. La discrimination n’a pas sa place.

J’ai grandi dans un milieu fortement multiculturel. Ma famille et celles de nos voisins francophones sont demeurées, malgré cela, canadiennes-françaises « pure-laine ». Pour nous, les plus jeunes, ce fut positif de vivre avec des anglophones. En plus d’être devenus parfaits bilingues dès notre très jeune âge, leur esprit cartésien a laissé des traces positives sur notre formation, notre personnalité.

L’identité du Québec est principalement sa langue. Elle est protégée par la loi 101. D’où qu’ils viennent, de quelques langues qu’ils parlent, quelque soit leur culture, les nouveaux immigrés deviendront avec le temps des Québécois parlants-français. Peut être pas les parents, mais leurs descendants sûrement puisqu’ils devront obligatoirement fréquenter l’école française dès le niveau élémentaire. Tout comme ce fut le cas pour les anglophones dont 70% parlent le français, aujourd’hui. Et, avec le temps, le score sera encore plus haut. Cela démontre bien l’importance de la loi 101 et la raison pour laquelle nous devons veiller à ce qu’elle soit protégée et toujours respectée.

Les néoquébécois sont là et de nouveaux viendront, à moins que l’on change toutes les lois… ce qui n’arrivera pas. Nous nous devons d’accepter cette évidence et réaliser le potentiel extraordinaire que cette diversité nous apporte. Dans un premier temps, libérons-nous de la peur instinctive face aux immigrants qui hante plusieurs d’entre-nous. Devenons plus conciliants. Cela ne changera rien pour nous, ni en nous, puisque nous serons toujours ce que nous sommes !

La langue majoritaire sera toujours le français. Notre identité demeurera intacte. On ne se fera pas de mal en nous ouvrant aux autres. Au contraire. Nous comprendrons mieux ce qu’est le monde et ses habitants et les avantages que leurs cultures peuvent apporter aux connaissances des membres de notre société.

Les immigrants vivent la fracture avec leur pays d’origine. C’est difficile pour eux même s’ils l’ont quitté volontairement. Mais avec le temps, et on a de multiples exemples du passé qui nous le démontrent, ils se joindront de plus en plus à nos activités culturelles, sociales, sportives…. Certes, il y aura des problèmes et des conflits… mais ces différends seront réglés. Pour juger de ce potentiel, on n’a qu’à écouter à la télé des jeunes de familles chinoises, coréennes, haïtiennes et d’autres qui parlent le français avec un bel accent québécois. Ce sont des exemples d’intégration et une démonstration claire des effets de la loi 101.

Face à la réalité, notre gouvernement devrait renseigner les Québécois et les préparer à l’avenir. Qu’il ait confiance en l’intelligence de notre peuple ! Nous comprenons que tout change rapidement et que nous devons bien saisir l’opportunité, ouvrir nos esprits, être généreux, oublier nos préjugés, raffermir notre culture et s’assurer que les néo-québécois participent au développement culturel et économique de notre société francophone. Voilà un objectif positif.

Je souhaite que mon gouvernement mette l’accent sur les vrais défis de demain et bâtisse notre coin de pays au lieu de semer une zizanie qui ne crée que des conflits.

Claude Dupras

samedi 3 août 2013

Le « showdown » Keystone XL approche

Le débat sur la construction de l’oléoduc Keystone XL, du nord de l’Alberta à l’État d’Oklahoma, devient de plus en plus intéressant et captivant. Il met en vedette le président américain Barack Obama face au premier ministre (PM) canadien Stephen Harper.

Au tout début de la planification du projet, il y a cinq ans, l’American Petroleum Institute avait prédit que 500 000 emplois seraient créés. Puis, le State Departement a évalué les nouveaux emplois pour la fabrication et la construction du Keystone XL à 42 100. Enfin, il y a quelques jours, TransCanada Pipeline a émis son estimé et le fixe à 20 000 nouveaux emplois, sur deux ans.

Dans un récent discours, Obama, se méfiant du rapport du State Department qu’il jugeait faussé (le temps démontre que ce fut le cas puisque la firme britannique ERM, retenu par le State Department pour faire l’étude et le rapport, avait des liens d’affaires avec Trans Canada Pipeline, le constructeur de l’oléoduc), a utilisé les statistiques d’une étude sur la construction de l’oléoduc faite par l’Institut de recherches « Global labor » de l’université de Cornell. Celui-ci estime que la partie sud de l’oléoduc étant déjà construite, la partie nord ne nécessitera que 500 travailleurs par segments et comme il y en a 10 à faire, cela donne 5 000 travailleurs en deux ans, 2 500 par an plus de 50 à 100 permanents par la suite. Si Obama a raison, on peut donc conclure que l’emploi n’est pas un argument crucial pour cette décision importante.

Les républicains, qui depuis le début du débat utilisent les statistiques du rapport faussé du State Department pour justifier leur appui au projet, sont pris au piège. Nonobstant cela, aujourd’hui, ils braquent tous leurs canons sur Obama en l’accusant d’être insensible aux emplois de travailleurs, d’avoir truqué les chiffres, d’utiliser cet argument pour retarder à nouveau l’accord du projet, d’avoir zéro de crédibilité lorsqu’il parle de chiffres, d’avoir arbitrairement changé le mode d’’approbation des projets inter-pays, etc.. Il menace même d’enlever à Obama le pouvoir de décision sur la construction de cet oléoduc...

Obama a réitéré son argument principal à l’effet qu’il approuvera le projet seulement si les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites pour obtenir le volume de pétrole transporté par le Keystone XL n’augmentent que sensiblement par rapport au taux d’aujourd’hui. Il a ajouté « le Canada devrait faire plus ».

De son côté, Harper n’est pas heureux. Adepte des oléoducs et du pétrole des sables bitumineux, il affirme que les régions canadiennes bénéficient des oléoducs puisque le pétrole qu’ils transportent augmente la sécurité énergétique du pays. « C’est le moyen le plus sécuritaire pour le transport du pétrole » vient-il de préciser à Québec. Quel Québécoise ou Québécois depuis la catastrophe de Lac Mégantic, dira le contraire ?

Il profita de sa visite pour annoncer la construction d’une extension de l’oléoduc Energie-est, vers l’est du Canada, qui traversera le Québec pour se terminer à la raffinerie d’Irving Oil du Nouveau-Brunswick où il livrera chaque jour plus d’un million de barils de pétrole brut des sables bitumineux.

Il reste au gouvernement du Québec à approuver le passage de cet oléoduc sur son territoire, pour qu’il devienne réalité. Se ralliera-t-il aux positions du président Obama pour retarder ce projet ? Ou, oubliera-t-il simplement ses promesses électorales sur le sujet afin de protéger les retombées de péréquation de milliards de $ qu’il reçoit du Canada, en bonne partie à cause de ce que rapporte l’exploitation des sables bitumineux au pays.

Harper a aussi assuré les Canadiens que chaque nouvel oléoduc était sujet à « une rigoureuse analyse scientifique indépendante » qui tient compte des effets environnementaux et économiques et que « le nombre des emplois créés par la construction d’un oléoduc est important ».

Ce faisant, Harper dit le contraire d’Obama qui affirme que l’Oléoduc Keystone XL créera peu d’emploi, pourtant 10 fois plus important que l’Energie-est. Quant à la diminution des GES, Harper évite de confirmer si les analyses scientifiques mentionnées précédemment tiennent compte des GES. Il est clair qu’en ne répondant pas, il laisse à penser que les analyses n’en tiennent pas compte. Et, comme ces dernières ne sont pas rendues publiques, on ne peut vérifier ce qui en est vraiment. En fait, Harper s’oppose aux conditions posées par Obama pour donner son accord au Keystone XL.

Harper agit-il par intérêt politique ? Il est député d’Alberta où se situent les sables bitumineux. Comme je l’ai écrit dans un récent blog, il croit que la lutte contre les GES est « un complot socialiste pour enlever de l’argent aux pays riches ». Depuis huit ans PM, il a donné une nouvelle direction au Canada qui ne tient compte que de l’émergence de cette richesse pétrolière. Il a mis fin à l’accord du Canada à Kyoto car ce dernier contraignait l’exploitation des sables bitumineux en contrôlant les GES. Il s’est fait le porte-parole des républicains américains contre les critiques environnementalistes, même en personne à la télé-américaine de Fox News. Et, il est devenu, peu à peu et de plus en plus ouvertement, un porte-parole pour l’intérêt des pétrolières.

Je n’ai rien contre les pétrolières ni les oléoducs et je sais que l’exploitation des sables bitumineux deviendra un super avantage économique pour le Canada et par conséquent pour le Québec. Une condition, cependant, me semble essentielle : le pétrole produit doit être « propre ».

J’aime rappeler, car on oublie trop vite ce que sont les sables bitumineux, la description que j’en faisais dans mon blog du 6 août 2009, intitulé « Les sables bitumineux du Canada » :
Au Canada, nous possédons une réserve pétrolifère en Alberta qui représente plus de 300 milliards de barils. C’est plus important qu’en Arabie. Pour mon pays et le monde occidental, c’est un atout stratégique majeur. C’est devenu une richesse inouïe pour les Canadiens. Malheureusement, notre réserve est sous la forêt boréale, en Alberta, à 60 mètres sous terre et contenue dans des sables bitumineux. Les sables bitumineux sont un mélange de pétrole brut, de sable, d’argile minérale et d’eau. Pour en extraire le pétrole, il faut creuser les 60 mètres de terre, injecter dans les sables de la vapeur d’eau à faible pression afin d’augmenter la température du bitume et diminuer sa viscosité. Une fois ramolli, le bitume est pompé, l’eau rejetée et la terre remise en place.

Le coût d’exploitation est élevé et l’impact environnemental est dévastateur puisqu’une tonne et demie de sables bitumineux donne à peine un baril de pétrole brut, qu’il faut trois barils d’eau douce pour le fabriquer et, pour créer la vapeur d’eau, on doit brûler beaucoup de gaz naturel, soit l’équivalent de deux barils de pétrole brut pour en faire trois, ce qui ajoute un taux inacceptable de gaz à effets de serre (GES) à l’atmosphère. Peut-on vraiment imaginer l’impact total de cette entreprise colossale qui s’étend sur un territoire grand comme le quart de la France métropolitaine ?

L’eau vient des rivières et des sources (déjà on constate l’assèchement du territoire et la baisse de la nappe phréatique) et l’eau usée est traitée et rejetée dans des bassins qui longent la rivière Athabaska. Malgré tout, cette eau reste fortement polluée, demeure toxique et est une sorte de bouillie de produits dangereux. Elle trouve son chemin jusqu’à la rivière, aux sources… Le risque est qu’à la longue, cette pollution fasse partie, un jour, des sédiments et des écosystèmes pour ensuite s’installer dans la nappe phréatique.


Depuis, il est vrai, les pétrolières ont fait beaucoup pour améliorer la qualité de leur production, mais c’est loin d’être suffisant. Barack Obama le sait puisqu’il affirme que « le Canada devrait faire mieux ».

Harper est-il assez fort avec l’appui des républicains pour renverser Obama ? Ou doit-il, pour satisfaire ce dernier, faire pression sur les pétrolières pour qu’elles investissent davantage afin de diminuer les GES tout en ayant une opération plus propre ? Le « showdown » approche !

Claude Dupras

dimanche 21 août 2011

Le pipeline des sables bitumineux : une occasion pour Obama

Barak Obama a fait de l’environnement un des importants piliers de sa campagne électorale qui l’a mené à la Maison Blanche. À ce jour, Obama déçoit ses plus ardents supporteurs. Il n’agit pas comme espéré et semble vouloir se limiter à trouver des compromis entre Démocrates et Républicains. Il désappointe le peuple américain et particulièrement son électorat. Ses appuis sont tombés à 40% dans le plus récent sondage Gallup et la tendance est à la baisse. Le New York Times vient d’affirmer dans sa page éditoriale que Barak Obama ne gouverne pas. Cela n’augure pas bien pour sa réélection.

Du côté positif pour Obama, il y a le fait que le parti républicain soit embourbé avec le tea party et la droite évangéliste du pays. Cela se reflète sur la qualité des candidats en lice pour représenter le parti républicain à la prochaine élection présidentielle. Ils ne sont pas présidentiables sauf une exception, Mitt Romney. Et même ce dernier contredit son excellent passé de gouverneur du Massachusetts en se repositionnant, particulièrement sur le programme de santé, pour chercher à obtenir le plus d’appuis possibles des républicains qui s’opposent à l’Obamacare. La course, qui vient de débuter dans l’Iowa, met en évidence cette bande de bouffons politiques. Il me semble impensable que le peuple américain choisisse l’un d’eux pour devenir le prochain président. Mais, dans les circonstances économiques actuelles, qui sait…

Le département d’État américain doit émettre dans les prochains jours son analyse du projet de pipeline Keystone XL, qui doit traverser la frontière canado-américaine et six états américains pour transporter du nord de l’Alberta au Texas, chaque semaine, des millions de barils de pétrole brut provenant des sables bitumineux. Dès la remise de ce rapport, le président Obama aura 90 jours pour déterminer si le projet est d’intérêt national et s’il l’autorisera. Cette décision n’a pas à être ratifiée par le Congrès américain.

Les environnementalistes de tous les États américains veulent modifier les activités humaines qui génèrent les changements climatiques de notre planète. C’est pour cette raison qu’ils sont contre l’exploitation des sables bitumineux. Ils s’organisent pour convaincre Obama de refuser la construction du pipeline. Ils comptent en grande partie sur le pouvoir de la popularité des stars d’Hollywood pour accentuer le mouvement de protestation. Appuyés par le producteur James « Titanic, Avatar » Cameron, l’acteur mis en nomination pour un Oscar Mark Ruffalo, la canadienne Margot Kidder, l’acteur Danny Glover et une pléiade d’autres, ils convergent vers Washington pour un sit-in prévu jusqu’au 3 septembre. Ils disent vouloir organiser durant les deux prochaines semaines un grand mouvement de désobéissance civile. Ils se disent prêts à être arrêtés et emprisonnés pour faire valoir leur opposition au pipeline.

De leur côté, les compagnies pétrolières et le gouvernement du Canada ont engagé des milliers de lobbyistes pour convaincre la population américaine et presser ainsi Obama d’accepter leur projet. Pour eux, comme pour le premier ministre canadien Stephen Harper, les changements climatiques ne sont qu’une vaine imagination, une illusion et une utopie inventées par les socialistes. Déjà, et sans surprise, le parti républicain a signifié son approbation de la construction du pipeline. Ce sera une lutte serrée.

Ce n’est pas une décision facile à prendre pour Obama. Une chose est certaine, c’est une occasion pour lui de redynamiser ses partisans. S’il dit NON au projet, ces derniers seront enfin heureux d’avoir voté pour lui car il aura prouvé qu’il veut vraiment protéger l’environnement.

Par contre, il devra évaluer les aspects négatifs d’une telle décision : la perte de nouveaux emplois générés par la construction de cet immense projet au moment où le pays en réclame à haute voix; la continuation possible des augmentations des prix à la pompe; le maintien du joug des producteurs arabes de pétrole sur les USA alors que les Américains plaident pour se défaire de cette contrainte morale; l’augmentation des contributions financières du monde pétrolier à ses adversaires politiques qui sont passionnément pour le projet alors que l’élection présidentielle est dans 15 mois; la détérioration des relations diplomatiques canado-canadiennes puisque le Canada tient mordicus à ce pipeline pour augmenter ses revenus; etc.

Pour nous Canadiens, c’est aussi difficile de choisir. Plusieurs d’entre nous combattons depuis longtemps l’exploitation des sables bitumineux canadiens, situés en Alberta. C’est la plus grande réserve de pétrole au monde et dépasse celle de l’Arabie Saoudite. Le malheur est que pour produire trois barils de nouveau pétrole, on doit en brûler deux et tous les rejets de gaz à effet de serre (GES) vont directement dans l’atmosphère alors que les autres résidus, tel le carbone, trouvent leur chemin vers la grande rivière Athabaska et le lac du même nom. L’importante forêt boréale canadienne est gravement attaquée. Cela fait de notre pétrole un « pétrole sale ».

Les Albertains en ont bien profité. Leur gouvernement a éliminé totalement sa dette, diminué considérablement ses impôts, augmenté les services à la population et vu celle-ci augmenter considérablement. Le Québec a aussi bénéficié de l’augmentation de la richesse de l’Alberta car cela a fait croître les paiements de péréquation qu’il reçoit du Canada. Par contre, lorsque le prix du pétrole baissa en 2009, l’exploitation devint non économique. Certaines compagnies firent faillite et les Albertains furent surpris par un déficit important. Depuis, les choses se sont rétablies.

Le président Barack Obama a juré de combattre le réchauffement climatique et lors d’une rencontre avec Harper à Ottawa, il s’est entendu avec le PM canadien pour que l’exploitation future des sables bitumineux change et que les carbones soient enterrés afin de protéger l’environnement. À cette condition, il semble que les USA soient intéressés à acheter notre pétrole qui serait alors qualifié de propre.

Cela démontre que nous avons commencé prématurément l’exploitation des sables bitumineux, motivés que nous étions par les revenus extraordinaires qu’elle apporte au pays. Heureusement, depuis, suite à la pression des environnementalistes du monde, de blogueurs et des acheteurs, les exploiteurs ont considérablement amélioré leurs méthodes d’extractions. Mais il y a encore beaucoup à faire.

Tous les Canadiens peuvent obtenir des avantages financiers encore plus importants de cette exploitation. Lorsqu’on connaît les difficultés financières de nos gouvernements fédéral et provinciaux pour maintenir et améliorer le filet social qui protège notre population, nos déficits grandissants et notre dette combinée provincial/fédéral toujours croissante, nous sommes tentés d’être favorables à l’exploitation puisque nos générations futures en profiteront grandement et deviendront riches.

L’exploitation des sables bitumineux est une très grosse entreprise. Elle durera plus de cent ans. Il est temps d’agir de façon responsable. Nous nous devons de poser les actes nécessaires, comme la construction de centrales nucléaires pour chauffer l’eau au lieu d’utiliser le pétrole afin de diminuer les GES. Nous devons accélérer l’utilisation de tous les moyens techniques pour protéger la faune de notre forêt boréale, de la rivière et du grand lac Athabaska.

Quant au pipeline vers les USA, je suis favorable à sa construction si le président Obama, obtient la garantie du Canada que le pétrole qui ira vers son pays sera du « pétrole propre ».

Claude Dupras

samedi 19 mars 2011

Deux poids, deux mesures pour l’Arabie : la fin du printemps arabe ?

L'évolution des événements en Arabie Saoudite, au Bahreïn et au Yémen me donnent envie de vomir quand je vois la réaction qu’elle engendre de la part de la Maison Blanche, de la France, du Royaume–Uni et du Canada qui se disent champions des droits de l'homme où qu'il soit.

Je ne suis pas contre la pression internationale d'arrêter la folie de Kadhafi, bien au contraire, mais je dénonce l'hypocrisie de plusieurs pays occidentaux qui gardent un silence criminel face à tout ce qui se passe actuellement en Arabie saoudite, comme si ce fameux pays était le berceau de la démocratie à travers le monde arabe.

Pour contrer la révolte grandissante dans son pays, l’Arabie Saoudite défend toute manifestation. Son roi arrogant et ses scheiks royaux ne sont que des dictateurs qui se sont accaparés les richesses pétrolifères de leur pays et qui ont toujours agi envers leur peuple, particulièrement leurs femmes, avec une arrogance cruelle.

Ces rois maudits qui se sont auto déclarés gardiens de la mythique race arabe et de l’islam véritable font la pluie et le beau temps grâce à leur argent.

Pour contrer la révolte qui s’est manifestée malgré l’interdit, le roi saoudien a entrepris d’acheter la paix en augmentant le salaire minimum, en promettant la construction de milliers de nouveaux logements et la création de 75 000 nouveaux emplois. Si cette démarche ne débouche pas sur le calme et la fin de la révolte, il n’hésitera pas à utiliser son armée pour mettre à bas les révolutionnaires. La preuve vient d’être faite, puisqu’il a dépêché plus de 1 000 de ses soldats et des centaines de tanks pour soi-disant défendre l'indépendance de Bahreïn, contre les révolutionnaires Bahreinis eux mêmes.

A ce jour, le président Obama, le PM anglais Cameron, le président français Sarkozy et le PM canadien Harper n'ont aucune difficulté à garder un silence continu face aux massacres des manifestants bahreinis. Ils protègent ainsi l'émir de Bahreïn, leur allié de toujours. Ils agissent de même avec les Yéménites. Aujourd'hui même, un ami m’affirme avoir vu à la télé que les forces de répression du régime du Yémen viennent d'assassiner plus de 30 manifestants et d’autres images qui montraient que l'émir de Bahreïn n'hésite plus à tirer à bout portant sur les pauvres Bahreïnis. Les révolutionnaires de ces deux pays sont sans armes et c’est dans le calme et la sérénité qu’ils ont manifesté jusqu’à ce jour dans l’espoir de démocratiser leur coin du monde.

Le silence des USA, de l'Europe et du Canada indique qu’ils n'ont aucun problème avec des interventions militaires futures par les dictateurs des autres émirats du golfe Persique pour contenir les révoltes chez eux. Ils agissent comme si la seule tragédie internationale qui nous obsède aujourd’hui est la guerre civile en Lybie. En réalité, ce silence de l’Occident a plus à voir avec la production mondiale de pétrole et le fait que ces dictateurs sont ses alliés fidèles depuis longtemps.

Dernièrement, la chaîne de télévision arabe El Djazeera retransmettait les déclarations d'un citoyen de Bahreïn qui disait en gros qu'il était dégoûté du comportement du monde occidental qui soit disant sympathisait avec le sort des martyrs de Lybie et qu’apparemment le sang des pauvres civils tués par les forces de répression à Bahreïn n'était pas aussi important que le sang des martyrs Libyens.

Pourquoi toute cette hypocrisie du monde occidental vis à vis les différentes sociétés arabes et leurs souffrances ? Est-ce que le renouveau du monde arabe va se terminer à cause des armes et le support tacite des USA, de l’UK, de la France et du Canada aux dictateurs-amis qui les utilisent contre ceux qui se révoltent contre eux ?

Heureusement, un nouvel espoir existe, l’ONU. La récente décision de son conseil de sécurité en rapport avec la Lybie démontre enfin que l’organisme international fonctionne. Pour une fois, c’est elle qui a décidé d’intervenir militairement là où il y a un problème des droits de l’homme. De plus, avec l’appui de la ligue arabe, elle émet un signal à la rue arabe que le monde est maintenant avec eux, que le chemin est libre et que l’ONU peut dorénavant s’interposer pour aider des rebelles injustement pilonnés par les dictateurs qu’ils combattent. C’est aussi un avertissement important à ces derniers qu’ils ne peuvent plus agir à leur guise puisqu’ils risquent une opération militaire internationale.

En rapport avec la décision des Nations Unies, le ministre des affaires étrangères de France, Alain Juppé, écrivait dans son dernier blog ce qui suit : « Il est souvent arrivé dans notre histoire contemporaine que la faiblesse des démocraties laisse le champ libre aux dictatures. Il n'est pas encore trop tard pour faire mentir cette règle. Ce sera l'honneur de la France d'avoir tout tenté pour y parvenir ».

Est-ce suffisant pour convaincre les dictateurs du golfe et ceux de la Syrie, de l’Algérie, de la Jordanie, du Maroc et les autres de laisser les manifestations populaires antigouvernementales se dérouler dans la paix ? Je l’espère.

Si non, je crains que ce soit la fin du printemps arabe.

Claude Dupras

lundi 7 mars 2011

Jusqu’au dernier dictateur arabe….

Les intellectuels arabes comme l’écrivain algérien Boualem Sansal et les scientifiques arabes ne sont pas très écoutés en Arabie. Pourtant dans le passé, ils ont maintes fois donné des signaux d’alerte à leurs concitoyens pour chercher à les faire réagir. Malheureusement, les gouvernements de la Ligue arabe s’assuraient toujours que leurs opinions n’aient pas d’échos. Même en Occident, elles étaient volontairement ignorées.

Un exemple frappant est le rapport des Nations Unies de 2002 traitant du développement humain chez les arabes. Il a été préparé et rédigé par un groupe d’intellectuels arabes sous la direction d’un statisticien de renommée internationale, l’égyptien Nader Fergany. Les constatations de ces chercheurs ont démontré combien il sera difficile pour les Arabes de s’adapter à la démocratie.

Le rapport conclut que le monde arabe en comparaison avec l’Occident a trois grands manques : en éducation, dans le respect de la liberté et dans l’accès des femmes au travail.

Les statistiques démontrent le triste retard du monde arabe. Le produit domestique brut total des 330 millions d’Arabes est moindre que celui des 47 millions d’Espagnols. Per capita, les dépenses en éducation dans les pays arabes ont été de 20% dans les années ’80 et de 10% dans les années ’90, de celles des pays industrialisés. Les documents scientifiques émis dans ces pays (par million de personnes) ont été près de 2% de ceux des pays industrialisés. Le monde arabe a traduit 330 bouquins par année, soit le cinquième de ce qui s’est fait en Grèce. Au point de vue de la liberté individuelle, les pays arabes sont les derniers sur les échelles de comparaison. A l’aube du 21ième siècle, il y avait plus de 60 millions d’adultes illettrés en Arabie, dont la majorité sont des femmes. On prédit que dans 10 ans, le Yemen sera le premier pays du monde à manquer d’eau. Et encore….

Ce bilan désastreux est celui des dictatures des pays arabes. Voilà ce que les despotes qui les dirigent qualifient de « stabilité ». En réalité, cela ressemble plus à des sociétés prises dans un sable mouvant.

Nos gouvernements occidentaux portent aussi le blâme pour ces chiffres honteux. Au lieu de favoriser la transformation des sociétés arabes pour les aider à sortir leurs habitants de la misère, nos leaders politiques ont flatté et cajolé leurs dirigeants-oppresseurs, n’agissant ainsi que pour assurer et protéger l’alimentation en pétrole de nos pays respectifs. Que les peuples arabes n’aient pas de droits fondamentaux, que la corruption soit généralisée au vu et au su de tous, que leurs femmes soient illettrées et non respectées, que leurs familles demeurent dans la misère, que leurs jeunes n’aient pas l’éducation nécessaire pour obtenir des emplois motivants, que l’intolérance soit prêchée dans les mosquées, etc… rien de tout cela n’était important car seule l’alimentation en pétrole comptait et… compte toujours.

Aujourd’hui, les jeunes arabes n’en peuvent plus. Ils se soulèvent et crient leur faim de liberté et leur besoin d’accès au monde moderne. S’ils réussissent à obtenir une vraie démocratie pour leur pays, ils en seront les premiers bénéficiaires et le monde se portera mieux. Mais soyons réalistes, ce ne sera pas facile. Il y aura beaucoup de soubresauts, mais le temps fait bien les choses et finalement ils prévaudront et réussiront à s’adapter. Ce n’est pas une mince tâche qui les attend. C’est le prix de la liberté.

Ils devront être vigilants pour empêcher que de nouveaux tyrans viennent les tromper, reprennent le pouvoir et confisquent leur nouvelle démocratie, comme ce fut le cas pour les jeunes algériens de 1990 qui après avoir réussi leur révolte ont vu les généraux ressaisir le pouvoir suite aux élections démocratiques de 1992 et le conserver jusqu’à ce jour.

Appuyons ces révolutionnaires qui vont changer non seulement leur monde mais aussi le nôtre. Appuyons-les aujourd’hui, demain et après-demain car ils sont sérieux. En effet, les jeunes Égyptiens et les jeunes Tunisiens nous le démontrent encore chaque jour. Ils n’acceptent pas n’importe quoi de ceux qui les dirigent temporairement et restent dans la rue pour exiger des changements réels, profonds et durables.

Les autres contestataires de Lybie, de Bahreïn, d’Oman et du Yémen combattent toujours. Ce matin, les dépêches nous rapportent que l’Arabie Saoudite défend toute manifestation dans le pays et que l’armée de Bouteflika apeure les jeunes et les empêche de manifester à Alger et à Oran. N’est-ce pas là la démonstration que la liberté n’existe pas dans ces pays ? Ces actions irraisonnables auront à la longue un effet boomerang qui fera en sorte que ceux qui, à ce jour, demeurent supporteurs des régimes actuels, se retourneront à leur tour contre les autocrates qui les persécutent.

Supportons-les. Que nos dirigeants politiques collaborent avec eux, et avec les autres qui s’ajouteront dans les mois prochains, pour assurer que le grand chambardement de tout le monde arabe devienne une réalité. Faisons en sorte que ce peuple arabe qui a déjà été grand, puisse se débarrasser des parasites qui l’ont entraîné dans les entrailles de l’enfer où il se trouve, et qu’il ait les instruments pour le redevenir.

L’objectif final de cette lutte sera atteint, comme l’a écrit Sansal : « … lorsque tombera le dernier dictateur et que sera brisé ce machin absurde, l’Arabie Saoudite, club de faux princes arrogants et cruels, qui se pose en gardien de la mythique race arabe et du véritable islam, et que disparaîtra la Ligue arabe, club fantoche mais combien pernicieux avec sa vision raciale et raciste du monde ».

C’est possible !

Claude Dupras