Fumée blanche, retentissement à toutes volées des cloches de la basilique St-Pierre, « Habemus Papam » prononcé par le cardinal Jean-claude Lautran du haut du balcon principal de cette dernière, tous annonçaient qu’un nouveau pape, chef de l’église catholique, avait été élu au cinquième tour de votation par les 115 cardinaux réunis en conclave dans la chapelle Sixtine.
Malheureusement, l’annonce de son nom fut un « flop » car le cardinal Lautran a complètement failli à la tâche importante qu’on lui avait confiée, soit celle d’annoncer aux fidèles du monde entier le nom du nouveau pape. Il l’a balbutié et nous ne l’avons pas compris. L’attente, avant que son nom soit finalement confirmé par Radio-Vatican, parue longue. C’était celui du cardinal argentin Jorge Bergogli, 76 ans, qui avait choisi le nom de François. Pas François 1er, mais François tout court. Négligé des bookmakers britanniques, ce fut une surprise.
Mais François ne prit que quelques minutes pour se faire connaître. En un tour de main, presque par pure magie de communication, il nous a ébahis et le désappointement initial qui nous traversa, puisque notre cardinal préféré n’avait pas été choisi, s’envola subitement. "Les cardinaux sont allés me chercher au bout du monde pour être l’évêque de Rome" dit-il. Il improvisait, souriait, saluait la foule et dégageait une chaleureuse sympathie. Il était réconfortant. Avant de donner sa première bénédiction papale aux fidèles, il leur demanda d’être béni par eux. Il se plia et appuya sa tête sur la balustrade. Aussitôt, une absence totale de bruit et une émotion profonde enveloppa l’immense place St-Pierre et ses 60 000 fidèles. On en vit les doigts croisés en prière et la larme à l’œil, implorer le Seigneur d’aider ce nouveau chef de l’Église catholique. Combien de fois une telle situation s’est-elle produite dans ce gigantesque endroit où il y a toujours des gens ? Pas souvent, sûrement. Je me rappelle d’y être allé vers 2hres le matin pour voir l’éclairage de la basilique et celui des statues de saints qui trônent sur le haut des colonnes de marbre qui entourent la place. J’avais été fortement étonné d’y entendre les murmures d’au moins un millier de personnes.
Puis les commentateurs de la télé, remis de leur surprise, récupérèrent les données sur la vie du pape François et en donnèrent les grandes lignes. Sa vie simple fut particulièrement soulignée. Fils d’immigrés italiens, il naquit à Bueno Aires. Technicien, philosophe, détenteur d’un doctorat, il se joint à la Compagnie de Jésus, les jésuites, et est ordonné prêtre à 33 ans. Peu bavard, on le dit timide, disponible et humble. Durant sa jeunesse, il subit l’ablation d’un poumon. Il devient évêque, archevêque, cardinal nommé par Jean-Paul II, primat de l’Église d’Argentine. Il aime la lecture (Dostoïevski..) l’opéra comme tout ceux qui ont du sang italien et est un supporteur indéfectible de l’équipe de football (soccer) San Lorenzo.
Tout comme Jean-Paul II et Benoit XVI, il s’est opposé fermement au mariage gai, à l’avortement (interdit en Argentine) et au droit des transsexuels de changer de sexe à l’état civil. Il a cependant critiqué les prêtres qui refusaient de baptiser les enfants nés hors-mariage, allant même à les qualifier d’hypocrites.
François vivait comme ses paroissiens dans un logement simple et non au somptueux palais cardinalice, voyageait non accompagné dans les transports en commun, préparait ses propres mets, vivait le plus près possible des pauvres et des indigents pour mieux les écouter, les comprendre, les soulager. Tout comme le faisait l’ami des pauvres Saint-François-d’Assise, auquel il a emprunté le nom pour bien marquer le sens qu’il veut donner à son pontificat.
Bon pasteur, il n’a pas craint de s’élever contre les puissants pour leur rappeler leurs responsabilités sociales envers les classes miséreuses du pays. Théologien, premier pape issu de la Compagnie de Jésus, il devient le premier pape de l’Amérique du Sud où vivent maintenant près de 48% des catholiques du monde, et encore… Tout ce que nous apprenions nous démontrait que les sages cardinaux avaient choisi le bon homme.
Après sa présentations au balcon de St-Pierre, il refusa de prendre une auto privée qui lui était offerte mais opta, habillé de blanc, d’embarquer dans le bus qui ramenait les cardinaux à leur hôtel. Plus tard, de sa chambre, il appela directement le directeur des Jésuites à Rome et parla au réceptionniste, au secrétaire du directeur et à ce dernier. Toujours dans la plus grande simplicité. C’est là que le jeune jésuite-réceptionniste, prenant l’appel du pape qui s’identifia comme le pape François, crut en une mauvaise farce et lui dit : « ah oui, eh bien moi je suis Napoléon ». Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il réalisa que c’était bien le pape François au téléphone ! Le lendemain, François alla lui-même récupérer sa valise à l’hôtel, où il logeait durant le conclave, paya sa facture et remercia les dirigeants pour leur hospitalité, toujours vêtu de blanc.
Devant les cardinaux, réunis pour sa première messe à la chapelle Sixtine, il refusa le texte préparé par le Vatican pour l’homélie et décida de l’improviser. Habillé de vêtements liturgiques simples le pape François parla en italien et non en latin comme le veut la coutume et il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. « Celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le diable ». « Si l'on ne suit pas le Christ, l'Eglise n'est qu'"une pitoyable ONG ». Ce qui a fait dire à Jean-Marie Guénois, journaliste spécialiste des questions religieuses au Figaro, "Jamais un pape – même Jean Paul II – n'a osé parler aussi crûment en public". Il estime que le nouveau pontificat « s'annonce décapant, …une critique acerbe d'une Église sans âme ». François a tenu un discours traditionnaliste d’un simple curé de paroisse qui va provoquer les milieux de gauche. « ce pape va nous "dérouiller" dans le bon sens pour que nous puissions voyager plus léger », ajoute un autre tweeter.
« Le protocole voulait qu'il parle assis, mitre en tête et crosse en main », il « a parlé sans mitre, sans crosse, et debout (...) comme un simple curé de paroisse ». D'où l'enthousiasme que la venue du pape François suscite chez les catholiques et l'intérêt qu'il éveille chez les non-catholiques.
Nous vivons à l’ère du low-cost qui offre aux consommateurs des prix attractifs pour des services réduits à l’essentiel. Le pape François propose une église attractive qui offrira l’essentiel. Un pape moderne qui même en continuant de respecter intégralement les préceptes religieux de l’Église, comme ses prédécesseurs, saura mieux les faire comprendre, voir accepter, grâce à une approche simple, sympathique, accessible, réaliste et compréhensible.
Ce fut un choix audacieux, une vraie surprise. Je crois que nous, catholiques, ne serons pas déçus.
Claude Dupras
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samedi 16 mars 2013
Un pape low-cost
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jeudi 4 novembre 2010
L’ennemi no. 1 d’Obama : Glen Beck
Il y a un homme qui a fait la différence dans l’élection de mi-mandat que viennent de vivre les Américains. Il a réussi à monter une armée d’individus dans tous les coins des USA pour voter contre le président et le parti démocrate.
Ce vote qui a permis aux Républicains de balayer les Démocrates est, en fait, un vote négatif. Et ce n’est pas moi qui le dis, mais un sondage auprès des électeurs à la sortie des bureaux de scrutin. Presqu’à l’unanimité, dans tous les États, dans les campagnes comme les villes, une majorité des électeurs a avoué avoir surtout voté « contre Obama ». Pourquoi ?
Depuis l’entrée de Barack Obama à la Maison Blanche, j’ai suivi sa démarche. J’en reste impressionné car il s’est avéré comme un des bons présidents que les Américains ont connus. Il a travaillé fort, a parlé intelligemment à ses concitoyens, a réagi efficacement à la crise économique et a fait voter des lois que peu de présidents ont réussi à faire voter dont celle sur la santé qui a permis à plus de 35 millions d’Américains d’être enfin protégés par un système d’assurance-maladie. Malgré tout cela, il est honni aujourd’hui par une majorité d’Américains dans tous les coins de ce grand pays.
Depuis plus d’un an, j’appréhendais le soir de l’élection « mid-term ». Ma crainte venait de ce que je percevais chez le polémiste Glen Beck. Il est un animateur d’une émission de télévision à la chaîne américaine Fox qui appartient au magnat australien des médias, Rupert Murdoch. Fox News est la dernière des grandes chaînes arrivées sur le marché Américain en 1997. Voyant un vide, Murdoch la campa complètement à droite pour promouvoir les positions politiques conservatrices. Elle le fait 24h /24, 7j/7 de façon très partisane. Aujourd’hui, Fox News a plus de 110 millions d’abonnés et est devenue une des chaînes préférées des Américains, au point que la compagnie vient tout juste d’annoncer, pour la dernière année, un accroissement des profits de 8% et des ventes publicitaires de 16%. Il faut reconnaître, en toute vérité, que la présentation des émissions est fort intéressante.
Glen Beck est un genre de René Lévesque du Québec du temps où ce dernier animait l’émission « Point de Mire » à Radio-Canada, et venait hebdomadairement expliquer aux Québécois et Québécoises, avec son ardoise et sa craie, l’évolution de la politique dans le monde. Nous étions tous accrochés à ses lèvres. Il était un vrai pédagogue. Lévesque, qui au début n’était pas très connu, a fait un tabac de son émission et est devenu une étoile de la télévision canadienne. Les Québécois et les Québécoises l’appréciaient et l’aimaient. Animateur responsable, honnête, très divertissant, clair et net dans ses propos, sa popularité fut si grande qu’il est devenu, avec le temps, premier ministre du Québec, et un des meilleurs.
Malheureusement, Glen Beck n’est pas un vrai René Lévesque. Il est un polémiste qui vise la controverse publique. Il joue avec les mots et les sentiments de ses auditeurs. Il a un objectif et il fait tout pour amener ces derniers où il veut. Il est habile, intelligent, un manipulateur hors de l’ordinaire, sur le petit écran tous les soirs à la même heure et très suivi. Dès les premiers soubresauts du « Tea Party », il a fait sien ce mouvement et s’est lancé tête basse dans la mêlée. Ses outils : l’ardoise et la craie; sa méthode : la démagogie. Il se fait professeur, enseigne, démontre, éclaircit, décortique les discours, interprète les affirmations et les projets de lois d’Obama comme s’il était un prix Nobel. Il a l’air vrai mais il est menteur. Il a l’air renseigné, mais il est manipulateur. Il a l’air d’un professeur, mais il est irresponsable. C’est un faux pédagogue, super habile et fort convaincant. Son auditoire est montée jusqu’à 3 millions d’auditeurs chaque jour.
J’ai réalisé le tort qu’il faisait lorsque deux des mes amis américains, dans des emails, m’ont recommandé l’émission télévisée de Glen Beck. Par hasard, les deux ont utilisé le même qualificatif pour le décrire : « il est très « éducatif ». Je leur ai répondu que Beck utilisait des « arguments tout croches », mais ils ne m’ont pas cru. C’est là que j’ai compris le danger pour Obama.
Depuis et souventes fois, aux nouvelles télévisées américaines, des gens bien ordinaires sont appelés à expliquer leur position anti-Obama. Chaque fois, j’ai remarqué qu’ils utilisaient les arguments de Beck, presque mot pour mot. Ce qui est le plus étonnant, c’est que ces gens critiquent, entre autres, le programme de santé d’Obama prétextant qu’il est trop coûteux, etc., alors qu’ils en sont les premiers bénéficiaires. De toute évidence, ils ne comprennent pas ce qu’ils critiquent.
Selon le New York Times, que Beck accuse d’être vendu à Obama, il a suggéré récemment aux chrétiens de quitter leur église si elle prêche la justice sociale et économique, car, dit-il, « ce sont des mot-codes pour communisme et nazisme ». Il est super-capitaliste, antisocialiste et s’oppose à tout ce qui peut venir de la gauche. Le problème est qu’il est persuasif et que ses arguments et explications deviennent des évidences dans l’esprit de ses auditeurs.
Son implication dans la récente période électorale a été très forte. Il a réuni à Washington des centaines de milliers d’électeurs pour une manifestation anti-Obama. Il a fait la promotion constante des teapartyers. Il a invité, moussé la candidature, appuyé et mis en vedette les candidats anti-Obama. Il a développé une influence profonde et une admiration étonnante chez l’Américain moyen qui est loin de comprendre la complexité des lois qui se votent à Washington mais qui gobe facilement ses explications démagogiques et simplistes du danger (qu’il invente) de ces lois.
Le résultat, c’est que des centaines de milliers d’Américains ont voté contre Obama à cause de Glen Beck. Et cela a fait la différence. Plusieurs candidats du « Tea Party » ont été élus. Mais ce qui compte surtout, c’est que des milliers d’indépendants et de Démocrates « mous » ont été convaincus par Beck de voter contre Obama et par conséquent pour les Républicains. Ajouté au noyau dur du parti républicain, ce nouvel apport de votes a fait la différence et a permis aux Républicains d’obtenir la victoire éclatante qu’ils ont obtenue.
Si Barak Obama et le parti démocrate veulent être réélus, ils devront tenir compte des actions néfastes de polémistes comme Beck, nombreux dans les médias américains, pour contrer, de façon persuasive, les arguments simplistes et démagogiques de ces derniers, afin de pouvoir ramener vers eux un nombre suffisant d’électeurs en 2012. Ce ne sera pas facile, mais c’est possible !
Claude Dupras
Ps. Durant les deux derniers mois, l’auditoire de Beck a diminué sensiblement car il a tendance à se montrer de plus en plus comme un leader politique au lieu d’un « entertainer » et cela plait moins à l’auditeur américain. Néanmoins, son auditoire actuel demeure supérieur aux auditoires combinés de toutes les émissions politiques équivalentes des autres chaînes qui se présentent comme ses compétitrices.
Ce vote qui a permis aux Républicains de balayer les Démocrates est, en fait, un vote négatif. Et ce n’est pas moi qui le dis, mais un sondage auprès des électeurs à la sortie des bureaux de scrutin. Presqu’à l’unanimité, dans tous les États, dans les campagnes comme les villes, une majorité des électeurs a avoué avoir surtout voté « contre Obama ». Pourquoi ?
Depuis l’entrée de Barack Obama à la Maison Blanche, j’ai suivi sa démarche. J’en reste impressionné car il s’est avéré comme un des bons présidents que les Américains ont connus. Il a travaillé fort, a parlé intelligemment à ses concitoyens, a réagi efficacement à la crise économique et a fait voter des lois que peu de présidents ont réussi à faire voter dont celle sur la santé qui a permis à plus de 35 millions d’Américains d’être enfin protégés par un système d’assurance-maladie. Malgré tout cela, il est honni aujourd’hui par une majorité d’Américains dans tous les coins de ce grand pays.
Depuis plus d’un an, j’appréhendais le soir de l’élection « mid-term ». Ma crainte venait de ce que je percevais chez le polémiste Glen Beck. Il est un animateur d’une émission de télévision à la chaîne américaine Fox qui appartient au magnat australien des médias, Rupert Murdoch. Fox News est la dernière des grandes chaînes arrivées sur le marché Américain en 1997. Voyant un vide, Murdoch la campa complètement à droite pour promouvoir les positions politiques conservatrices. Elle le fait 24h /24, 7j/7 de façon très partisane. Aujourd’hui, Fox News a plus de 110 millions d’abonnés et est devenue une des chaînes préférées des Américains, au point que la compagnie vient tout juste d’annoncer, pour la dernière année, un accroissement des profits de 8% et des ventes publicitaires de 16%. Il faut reconnaître, en toute vérité, que la présentation des émissions est fort intéressante.
Glen Beck est un genre de René Lévesque du Québec du temps où ce dernier animait l’émission « Point de Mire » à Radio-Canada, et venait hebdomadairement expliquer aux Québécois et Québécoises, avec son ardoise et sa craie, l’évolution de la politique dans le monde. Nous étions tous accrochés à ses lèvres. Il était un vrai pédagogue. Lévesque, qui au début n’était pas très connu, a fait un tabac de son émission et est devenu une étoile de la télévision canadienne. Les Québécois et les Québécoises l’appréciaient et l’aimaient. Animateur responsable, honnête, très divertissant, clair et net dans ses propos, sa popularité fut si grande qu’il est devenu, avec le temps, premier ministre du Québec, et un des meilleurs.
Malheureusement, Glen Beck n’est pas un vrai René Lévesque. Il est un polémiste qui vise la controverse publique. Il joue avec les mots et les sentiments de ses auditeurs. Il a un objectif et il fait tout pour amener ces derniers où il veut. Il est habile, intelligent, un manipulateur hors de l’ordinaire, sur le petit écran tous les soirs à la même heure et très suivi. Dès les premiers soubresauts du « Tea Party », il a fait sien ce mouvement et s’est lancé tête basse dans la mêlée. Ses outils : l’ardoise et la craie; sa méthode : la démagogie. Il se fait professeur, enseigne, démontre, éclaircit, décortique les discours, interprète les affirmations et les projets de lois d’Obama comme s’il était un prix Nobel. Il a l’air vrai mais il est menteur. Il a l’air renseigné, mais il est manipulateur. Il a l’air d’un professeur, mais il est irresponsable. C’est un faux pédagogue, super habile et fort convaincant. Son auditoire est montée jusqu’à 3 millions d’auditeurs chaque jour.
J’ai réalisé le tort qu’il faisait lorsque deux des mes amis américains, dans des emails, m’ont recommandé l’émission télévisée de Glen Beck. Par hasard, les deux ont utilisé le même qualificatif pour le décrire : « il est très « éducatif ». Je leur ai répondu que Beck utilisait des « arguments tout croches », mais ils ne m’ont pas cru. C’est là que j’ai compris le danger pour Obama.
Depuis et souventes fois, aux nouvelles télévisées américaines, des gens bien ordinaires sont appelés à expliquer leur position anti-Obama. Chaque fois, j’ai remarqué qu’ils utilisaient les arguments de Beck, presque mot pour mot. Ce qui est le plus étonnant, c’est que ces gens critiquent, entre autres, le programme de santé d’Obama prétextant qu’il est trop coûteux, etc., alors qu’ils en sont les premiers bénéficiaires. De toute évidence, ils ne comprennent pas ce qu’ils critiquent.
Selon le New York Times, que Beck accuse d’être vendu à Obama, il a suggéré récemment aux chrétiens de quitter leur église si elle prêche la justice sociale et économique, car, dit-il, « ce sont des mot-codes pour communisme et nazisme ». Il est super-capitaliste, antisocialiste et s’oppose à tout ce qui peut venir de la gauche. Le problème est qu’il est persuasif et que ses arguments et explications deviennent des évidences dans l’esprit de ses auditeurs.
Son implication dans la récente période électorale a été très forte. Il a réuni à Washington des centaines de milliers d’électeurs pour une manifestation anti-Obama. Il a fait la promotion constante des teapartyers. Il a invité, moussé la candidature, appuyé et mis en vedette les candidats anti-Obama. Il a développé une influence profonde et une admiration étonnante chez l’Américain moyen qui est loin de comprendre la complexité des lois qui se votent à Washington mais qui gobe facilement ses explications démagogiques et simplistes du danger (qu’il invente) de ces lois.
Le résultat, c’est que des centaines de milliers d’Américains ont voté contre Obama à cause de Glen Beck. Et cela a fait la différence. Plusieurs candidats du « Tea Party » ont été élus. Mais ce qui compte surtout, c’est que des milliers d’indépendants et de Démocrates « mous » ont été convaincus par Beck de voter contre Obama et par conséquent pour les Républicains. Ajouté au noyau dur du parti républicain, ce nouvel apport de votes a fait la différence et a permis aux Républicains d’obtenir la victoire éclatante qu’ils ont obtenue.
Si Barak Obama et le parti démocrate veulent être réélus, ils devront tenir compte des actions néfastes de polémistes comme Beck, nombreux dans les médias américains, pour contrer, de façon persuasive, les arguments simplistes et démagogiques de ces derniers, afin de pouvoir ramener vers eux un nombre suffisant d’électeurs en 2012. Ce ne sera pas facile, mais c’est possible !
Claude Dupras
Ps. Durant les deux derniers mois, l’auditoire de Beck a diminué sensiblement car il a tendance à se montrer de plus en plus comme un leader politique au lieu d’un « entertainer » et cela plait moins à l’auditeur américain. Néanmoins, son auditoire actuel demeure supérieur aux auditoires combinés de toutes les émissions politiques équivalentes des autres chaînes qui se présentent comme ses compétitrices.
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samedi 23 octobre 2010
Des bondieuseries ?
Au retour de Rome, où j’ai eu le privilège d’assister à la canonisation de Saint Frère André, je raconte mon expérience d’une voix émue.
Tout a commencé la veille par une vigile de prières organisée par la Congrégation des pères et des frères de Sainte-Croix, celle du Saint Frère André, pour aider les pèlerins francophones à se préparer à la canonisation d’un des leurs. Elle se déroula à la cathédrale Sant’ Andrea Della Valle, deuxième plus vaste de Rome. Nous y arrivâmes une heure avant le début de la cérémonie, pour la trouver pleine à craquer. Discours, prières et chants se succédèrent et l’immensité de la structure de la cathédrale réfléchissait leurs échos de façon saisissante.
Le lendemain, sur la place Saint-Pierre, 62 000 personnes se préparaient à vivre la canonisation de six nouveaux saints, dont notre Saint Frère André. Le début de la cérémonie était fixé pour 10h. Nous arrivâmes à 8h pour trouver une foule immense qui attendait de passer les contrôles de sécurité (instaurés depuis l’attentat contre Jean-Paul II) où seuls les pèlerins munis d’un laissez-passer émis par le Vatican eurent accès. Nous y découvrîmes une tapisserie géante à l’effigie du Frère André accrochée sous l’une des fenêtres de façade de la Cathédrale. Benoit XVI fut accueilli dans sa papemobile par un silence respectueux. Finalement, tout ce beau monde se retrouva devant le podium d’où le pape présida la canonisation. La cérémonie de deux heures fut simple, belle et impressionnante.
Quelques jours plus tard, retour à la Cathédrale Sant’ Andrea Della Valle pour une messe d’action de grâce présidée par l’archevêque de Montréal. Encore une fois la basilique débordait.
Puis ce fut l’audience papale du mercredi, toujours sur la place Saint-Pierre. 22 000 personnes de toutes religions, de tous pays étaient là. Plusieurs par curiosité, sans doute. Le pape fut accueilli par des cris de joies, des bravos, des drapeaux et des foulards aux couleurs de pays. Des milliers de caméras numériques marquèrent l’évènement. Le beau temps était de la partie. Lentement, Benoit XVI, debout sur la papemobile, fit un long trajet dans la foule pour se rendre sous un immense canapé blanc surélevé et situé devant la porte de la Cathédrale. Suite à un discours relatant la vie d’une sainte et aux présentations des différents groupes réunis devant lui, le pape donna sa bénédiction apostolique. Pratiquants ou non, ceux qui étaient là, dont mon voisin un communiste chinois, ne pouvaient qu’être touchés par la magnificence de cette rencontre.
Malgré le décor somptueux, toutes les cérémonies religieuses que je viens de vivre à Rome étaient empreintes de simplicité et de réalité. Les prières étaient vraies et belles. Les mots, bons.
Durant toutes ces cérémonies, les hymnes religieux furent chantés en latin. Ils ravivèrent mes souvenirs de jeunesse, lorsque membre d’une chorale je les avais appris tous par cœur. Je revis l’évolution de l’église catholique québécoise depuis. Je pensai aux critiques d’alors et d’aujourd’hui, aux contenus d’articles de journaux, de blogs ou de commentaires d’amis et d’autres qui louent ou critiquent l’Église. Je revis les accusations de bondieuseries souventes fois répétées pour qualifier et ridiculiser les cérémonies religieuses de l’église catholique.
Comme pour les autres Québécois de mon âge, la religion catholique était omniprésente dans ma vie du matin au soir, tous les jours. Ma grand-mère paternelle était sûrement comme la maman du Frère André. Elle priait toujours, le chapelet à la main, et vivait dans l’amour et la crainte de Dieu. Sa vie était orientée par les dires et je dirais même les caprices du curé de la paroisse. Quant à moi, je pensais que c’était ça la vie. Même si nous maugréions contre l’intensité religieuse qu’on nous faisait subir, cela ne changeait
rien puisqu’il nous fallait être soumis, tout comme Jésus à 13 ans, nous disait-on.
L’ensemble des communautés religieuses catholiques de notre province ont aidé considérablement les Québécoises et les Québécois. Les hôpitaux, sous la direction des bonnes sœurs, étaient de première qualité. Les collèges et les couvents ont prodigué une bonne éducation à des milliers d’entre nous. Les écoles publiques étaient aussi influencées par leurs actions pédagogiques. La majorité de nos livres d’écoles ont été écrits par ces religieux. Il y a d’innombrables autres exemples de leur bon travail.
Bien avant, suite à la conquête, ce sont les religieux qui ont maintenu notre peuple ensemble et lui ont enseigné le français tout en lui inculquant un sentiment profond de solidarité. Ils ont tout fait pour que perdure la langue française. Nous leur devons reconnaissance pour ne pas avoir été assimilés à la langue et à la culture des conquérants anglais.
Le malheur c’est qu’avec le temps, les évêques et les curés québécois sont devenus trop autoritaires, intransigeants et se mêlaient de choses qui n’étaient pas de leur ressort, comme la politique. De plus, ils appliquaient de façon irrationnelle les préceptes de l’église, toujours au nom du bon Dieu, en prêchant aux femmes, par exemple, l’obligation d’enfanter nonobstant la qualité de leur santé. Ils les menaçaient même de ne pas les absoudre de leurs « péchés » si elles ne les écoutaient pas, de ne pouvoir « faire leurs Pâques ». Combien d’entre elles ont eu de 10 à 16 enfants ? Il faut faire de la généalogie pour constater le grand nombre de mariages en deuxième, troisième et même quatrième noces pour les hommes au Québec. Ces noces signifiaient trop souvent qu’une femme était morte à cause d’accouchements répétés pour satisfaire les pressions du curé. Oui, nous avons eu la revanche des berceaux mais au prix de combien d’innocentes victimes mortes prématurément. Les bondieuseries d’alors n’étaient pas seulement des dévotions superficielles ni un étalage d’objets de piété de mauvais goût mais aussi des sermons et des exigences irréalistes du clergé au nom de principes religieux souventes fois et volontairement mal définis.
Puis Jean XXIII est venu. Il devait être un pape de transition. Il a changé l’église. Avec le concile, il a effacé d’un coup un grand nombre de ces bondieuseries. Il a fait un changement si profond que plusieurs catholiques ont cessé sur le champ de pratiquer quotidiennement leur religion, frustrés d’avoir été imposés, durant toutes les années précédentes, d’obligations religieuses que le nouveau pape rejetait maintenant du revers de la main.
L’autre sujet qui me vint à l’esprit, fut les révélations actuelles en rapport avec la pédophilie dans le milieu religieux d’hier. On le vit principalement de nos jours avec les reportages des médias sur le collège Notre-Dame, celui où le Saint Frère André fut portier durant 40 années. J’ai été étudiant et pensionnaire dans ce collège et témoin de quelques moments difficiles. Par la suite, comme étudiant-externe durant six ans au collège Mont-Saint-Louis, dirigé par les frères des Écoles Chrétiennes, je n’ai jamais vu ou su quoi que ce soit en rapport avec la pédophilie. Cela n’existait pas dans ce collège.
Il faut bien situer ce grave problème car certaines statistiques démontrent que moins de 1% des élèves ont été affectés par ces problèmes. C’est quand même beaucoup trop et totalement inacceptable. Mais de là à accuser et salir l’ensemble des religieux et religieuses du Québec, comme beaucoup cherchent à le faire, il y a une marge.
Durant les cérémonies mentionnées précédemment où cardinaux, archevêques, évêques, prêtres et religieuses étaient réunis autour du pape sur le podium, je ne pouvais faire autrement que réfléchir à cette question en regardant ces hommes et ces femmes instruits, concentrés dans leur prière. J’ai compris qu’il fallait faire la part des choses. Oui, nous devons, sans merci, pourchasser ceux qui ont blessé nos enfants, mais aussi comprendre que la très grande majorité des individus qui ont donné leur vie à la religion, respectent leurs vœux dont celui de chasteté. Les mettre tous dans le même panier que les plus faibles d’entre eux, est une injustice flagrante.
Plusieurs personnes se déclarent athées et nient l’existence de toute divinité. C’est leur affaire. D’autres croient en un être suprême et en une religion pour prier. À chacun sa liberté religieuse.
À ceux, dont je suis, qui choisissent de demeurer catholique, on peut poser la question : pourquoi ? Ils s’y sentent bien ! C’est une partie de leurs racines. Ils voient dans cette religion, le raisonnable, la justice, la charité, l’amour. Ils oublient son passé trompe-l’œil, ses exagérations, ses immenses cathédrales et ses grandes églises et ses membres délinquants. Ils regrettent sa persistance à fermer la prêtrise aux femmes, ses positions sur l’avortement, etc. Pour eux, l’importance de ses fondements et de son enseignement priment sur tous les autres aspects. Ils ne seront plus jamais les pratiquants inlassables qu’ils ont été, mais ils se confieront toujours à elle pour retrouver leur chemin spirituel.
Merci, Saint Frère André.
Claude Dupras
ps. Le seul religieux notable québécois absent à toutes les cérémonies fut le Cardinal Marc Ouellet.
Tout a commencé la veille par une vigile de prières organisée par la Congrégation des pères et des frères de Sainte-Croix, celle du Saint Frère André, pour aider les pèlerins francophones à se préparer à la canonisation d’un des leurs. Elle se déroula à la cathédrale Sant’ Andrea Della Valle, deuxième plus vaste de Rome. Nous y arrivâmes une heure avant le début de la cérémonie, pour la trouver pleine à craquer. Discours, prières et chants se succédèrent et l’immensité de la structure de la cathédrale réfléchissait leurs échos de façon saisissante.
Le lendemain, sur la place Saint-Pierre, 62 000 personnes se préparaient à vivre la canonisation de six nouveaux saints, dont notre Saint Frère André. Le début de la cérémonie était fixé pour 10h. Nous arrivâmes à 8h pour trouver une foule immense qui attendait de passer les contrôles de sécurité (instaurés depuis l’attentat contre Jean-Paul II) où seuls les pèlerins munis d’un laissez-passer émis par le Vatican eurent accès. Nous y découvrîmes une tapisserie géante à l’effigie du Frère André accrochée sous l’une des fenêtres de façade de la Cathédrale. Benoit XVI fut accueilli dans sa papemobile par un silence respectueux. Finalement, tout ce beau monde se retrouva devant le podium d’où le pape présida la canonisation. La cérémonie de deux heures fut simple, belle et impressionnante.
Quelques jours plus tard, retour à la Cathédrale Sant’ Andrea Della Valle pour une messe d’action de grâce présidée par l’archevêque de Montréal. Encore une fois la basilique débordait.
Puis ce fut l’audience papale du mercredi, toujours sur la place Saint-Pierre. 22 000 personnes de toutes religions, de tous pays étaient là. Plusieurs par curiosité, sans doute. Le pape fut accueilli par des cris de joies, des bravos, des drapeaux et des foulards aux couleurs de pays. Des milliers de caméras numériques marquèrent l’évènement. Le beau temps était de la partie. Lentement, Benoit XVI, debout sur la papemobile, fit un long trajet dans la foule pour se rendre sous un immense canapé blanc surélevé et situé devant la porte de la Cathédrale. Suite à un discours relatant la vie d’une sainte et aux présentations des différents groupes réunis devant lui, le pape donna sa bénédiction apostolique. Pratiquants ou non, ceux qui étaient là, dont mon voisin un communiste chinois, ne pouvaient qu’être touchés par la magnificence de cette rencontre.
Malgré le décor somptueux, toutes les cérémonies religieuses que je viens de vivre à Rome étaient empreintes de simplicité et de réalité. Les prières étaient vraies et belles. Les mots, bons.
Durant toutes ces cérémonies, les hymnes religieux furent chantés en latin. Ils ravivèrent mes souvenirs de jeunesse, lorsque membre d’une chorale je les avais appris tous par cœur. Je revis l’évolution de l’église catholique québécoise depuis. Je pensai aux critiques d’alors et d’aujourd’hui, aux contenus d’articles de journaux, de blogs ou de commentaires d’amis et d’autres qui louent ou critiquent l’Église. Je revis les accusations de bondieuseries souventes fois répétées pour qualifier et ridiculiser les cérémonies religieuses de l’église catholique.
Comme pour les autres Québécois de mon âge, la religion catholique était omniprésente dans ma vie du matin au soir, tous les jours. Ma grand-mère paternelle était sûrement comme la maman du Frère André. Elle priait toujours, le chapelet à la main, et vivait dans l’amour et la crainte de Dieu. Sa vie était orientée par les dires et je dirais même les caprices du curé de la paroisse. Quant à moi, je pensais que c’était ça la vie. Même si nous maugréions contre l’intensité religieuse qu’on nous faisait subir, cela ne changeait
rien puisqu’il nous fallait être soumis, tout comme Jésus à 13 ans, nous disait-on.
L’ensemble des communautés religieuses catholiques de notre province ont aidé considérablement les Québécoises et les Québécois. Les hôpitaux, sous la direction des bonnes sœurs, étaient de première qualité. Les collèges et les couvents ont prodigué une bonne éducation à des milliers d’entre nous. Les écoles publiques étaient aussi influencées par leurs actions pédagogiques. La majorité de nos livres d’écoles ont été écrits par ces religieux. Il y a d’innombrables autres exemples de leur bon travail.
Bien avant, suite à la conquête, ce sont les religieux qui ont maintenu notre peuple ensemble et lui ont enseigné le français tout en lui inculquant un sentiment profond de solidarité. Ils ont tout fait pour que perdure la langue française. Nous leur devons reconnaissance pour ne pas avoir été assimilés à la langue et à la culture des conquérants anglais.
Le malheur c’est qu’avec le temps, les évêques et les curés québécois sont devenus trop autoritaires, intransigeants et se mêlaient de choses qui n’étaient pas de leur ressort, comme la politique. De plus, ils appliquaient de façon irrationnelle les préceptes de l’église, toujours au nom du bon Dieu, en prêchant aux femmes, par exemple, l’obligation d’enfanter nonobstant la qualité de leur santé. Ils les menaçaient même de ne pas les absoudre de leurs « péchés » si elles ne les écoutaient pas, de ne pouvoir « faire leurs Pâques ». Combien d’entre elles ont eu de 10 à 16 enfants ? Il faut faire de la généalogie pour constater le grand nombre de mariages en deuxième, troisième et même quatrième noces pour les hommes au Québec. Ces noces signifiaient trop souvent qu’une femme était morte à cause d’accouchements répétés pour satisfaire les pressions du curé. Oui, nous avons eu la revanche des berceaux mais au prix de combien d’innocentes victimes mortes prématurément. Les bondieuseries d’alors n’étaient pas seulement des dévotions superficielles ni un étalage d’objets de piété de mauvais goût mais aussi des sermons et des exigences irréalistes du clergé au nom de principes religieux souventes fois et volontairement mal définis.
Puis Jean XXIII est venu. Il devait être un pape de transition. Il a changé l’église. Avec le concile, il a effacé d’un coup un grand nombre de ces bondieuseries. Il a fait un changement si profond que plusieurs catholiques ont cessé sur le champ de pratiquer quotidiennement leur religion, frustrés d’avoir été imposés, durant toutes les années précédentes, d’obligations religieuses que le nouveau pape rejetait maintenant du revers de la main.
L’autre sujet qui me vint à l’esprit, fut les révélations actuelles en rapport avec la pédophilie dans le milieu religieux d’hier. On le vit principalement de nos jours avec les reportages des médias sur le collège Notre-Dame, celui où le Saint Frère André fut portier durant 40 années. J’ai été étudiant et pensionnaire dans ce collège et témoin de quelques moments difficiles. Par la suite, comme étudiant-externe durant six ans au collège Mont-Saint-Louis, dirigé par les frères des Écoles Chrétiennes, je n’ai jamais vu ou su quoi que ce soit en rapport avec la pédophilie. Cela n’existait pas dans ce collège.
Il faut bien situer ce grave problème car certaines statistiques démontrent que moins de 1% des élèves ont été affectés par ces problèmes. C’est quand même beaucoup trop et totalement inacceptable. Mais de là à accuser et salir l’ensemble des religieux et religieuses du Québec, comme beaucoup cherchent à le faire, il y a une marge.
Durant les cérémonies mentionnées précédemment où cardinaux, archevêques, évêques, prêtres et religieuses étaient réunis autour du pape sur le podium, je ne pouvais faire autrement que réfléchir à cette question en regardant ces hommes et ces femmes instruits, concentrés dans leur prière. J’ai compris qu’il fallait faire la part des choses. Oui, nous devons, sans merci, pourchasser ceux qui ont blessé nos enfants, mais aussi comprendre que la très grande majorité des individus qui ont donné leur vie à la religion, respectent leurs vœux dont celui de chasteté. Les mettre tous dans le même panier que les plus faibles d’entre eux, est une injustice flagrante.
Plusieurs personnes se déclarent athées et nient l’existence de toute divinité. C’est leur affaire. D’autres croient en un être suprême et en une religion pour prier. À chacun sa liberté religieuse.
À ceux, dont je suis, qui choisissent de demeurer catholique, on peut poser la question : pourquoi ? Ils s’y sentent bien ! C’est une partie de leurs racines. Ils voient dans cette religion, le raisonnable, la justice, la charité, l’amour. Ils oublient son passé trompe-l’œil, ses exagérations, ses immenses cathédrales et ses grandes églises et ses membres délinquants. Ils regrettent sa persistance à fermer la prêtrise aux femmes, ses positions sur l’avortement, etc. Pour eux, l’importance de ses fondements et de son enseignement priment sur tous les autres aspects. Ils ne seront plus jamais les pratiquants inlassables qu’ils ont été, mais ils se confieront toujours à elle pour retrouver leur chemin spirituel.
Merci, Saint Frère André.
Claude Dupras
ps. Le seul religieux notable québécois absent à toutes les cérémonies fut le Cardinal Marc Ouellet.
jeudi 14 octobre 2010
Le Saint Frère André, un homme pas comme les autres (2)
Voici la partie 2 de mon texte sur la vie du frère André. La partie 1 peut être retrouvée ci-bas ou dans les archives de mon blog. Merci. CD
Le Saint Frère André, un homme pas comme les autres (2)
En 1913, des laïques réclament la construction d’une basilique et Mgr Bruchési accepte. Les services des architectes Alphonse Venne et Dalbé Viau sont retenus. La crypte est inaugurée le 16 décembre 1917. Elle contient mille personnes. Un an plus tard, c’est trop petit. Durant les années ’20, le sanctuaire devient le centre des activités religieuses de l’archidiocèse. Les pèlerinages de mouvements, d’associations, de syndicats, de congrégations sont innombrables. Les paroisses organisent des visites annuelles. Et ça vient de partout : Ontario, Nouveau-Brunswick, Ouest canadien, USA.
Pendant ce temps-là, le frère André reçoit à son bureau des malades, des pauvres et des malheureux de 9h à 17h et le soir, avec des amis, ils visitent les malades qui ne peuvent se déplacer. En fait, il met tellement d’entrain et de bonne humeur dans ses sorties quotidiennes, que certains le taquinent d’être « un vieux courailleux », mais il les assure que ce n’est pas une sinécure et que le soir venu, il est fourbu. Son courrier augmente tellement qu’un secrétariat est mis sur pied pour l’aider.
En 1915, les supérieurs du frère André lui permettent de prendre des vacances, deux fois par an. Il en profite pour visiter les villages de son enfance et se rend aussi en Nouvelle-Angleterre, à Toronto, Sudbury et Ottawa. Mais sa réputation de thaumaturge le précède, et il est accueilli par des foules pressantes. Les journaux locaux relatent des guérisons et le frère André revient chaque fois avec beaucoup d’offrandes de la part de ceux qui le remercient. Son expérience de sa vie de jeunesse difficile et de son travail à l’étranger, l’aident à comprendre les besoins de chacun, où qu’il soit.
En 1927, Mgr Gauthier autorise la suite de la construction de la basilique. En 1937, le moine dominicain français dom Bellot, architecte religieux mondialement renommé s’implique dans le projet. Ce dernier meurt à Montréal en 1944 et le projet de l’Oratoire tombe alors entre les mains d’un de ses disciples dom Claude-Marie Côté, Canadien français, diplômé en architecture des Beaux-arts avant sa vie religieuse qui termine le projet.
C’est à cause de la sincérité du frère André, de sa simplicité et de ses convictions que ses supérieurs acceptent, dès le début, son projet. Sa dévotion à Saint-Joseph le guide. Il aime Dieu. Il prie avec émotion et ceux qui l’entendent raconter la Passion du Christ et le voient faire le chemin de la croix en reviennent bouleversés. Il demande toujours aux gens de prier et garde toujours l’humilité de son enfance. Il ne prend jamais crédit pour son œuvre, au contraire, il se cache derrière le chœur pour prier en solitaire lors des grandes célébrations.
En 1931, la grande crise économique force l’arrêt des travaux de la basilique. Les autorités de la congrégation Sainte-Croix se voient obligées d’arrêter le projet et de l’abandonner. Le provincial convoque le frère André pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. Il répond : « Ce n’est pas mon œuvre, c’est l’œuvre de Saint Joseph. Mettez donc une de ses statues au milieu de l’édifice en construction. S’il veut se couvrir, il y veillera ». Deux mois plus tard, la congrégation a en main l’argent nécessaire pour reprendre les travaux.
Ma famille est comme les autres de Montréal. La foi de mon père en St-Joseph et sa vénération pour le frère André sont sincères et profondes. Il nous entraîne souvent, mon frère et moi et plus tard avec notre soeur, à l’Oratoire, pour demander des faveurs et achète des lampions qu’il fait brûler en témoignage de sa dévotion. Le nombre de ceux-ci est directement proportionnel à l’importance de la faveur demandée. Il gravit à genoux le grand escalier de bois en avant de l’Oratoire, en récitant à chaque marche une prière à St Joseph. Sa foi semble récompensée, car il s’exclame souvent : « Merci, Saint-Joseph ». De plus, il achète des statuettes miniatures en métal à l’effigie de St-Joseph, d’à peine deux pouces de hauteur, qu’il place ici et là dans la maison pour protéger sa famille, de même que des bouteilles de l’huile de Saint-Joseph, la même qu’utilise le frère André pour frictionner ses visiteurs, pour traiter ses rhumatismes et pour les besoins de sa famille.
Pour financer la construction de la Basilique, les autorités de l’Oratoire ont imaginé toutes sortes de stratagèmes, entre autres, d’identifier chaque immense pierre d’un numéro et de les mettre en vente. Mon père qui a peu de sous en achète deux, dûment numérotées et localisées et c’est avec beaucoup de fierté qu’il appose au mur de sa « barbershop » le certificat attestant qu’il les a payées et qu’elles ont bien servi à la construction de l’Oratoire. À mon frère, il remet un grand cahier à colorier dans lequel sont reproduits en croquis tous les plans de l’Oratoire, y compris ceux de la future basilique et du dôme. À ma sœur, un magnifique chapelet. Pour moi, c’est un ensemble de petits panneaux en carton qui, montés et collés, représentent en trois dimensions tous les bâtiments de l’Oratoire, sur une hauteur de plus de seize pouces. Mon père est bien loin d’imaginer que son fils, un jour, travaillera au bureau d’ingénieurs responsable des plans de chauffage de la basilique dont le grand panneau radiant incorporé dans le plancher pour le confort des pèlerins.
Je garderai longtemps cette ferveur au point qu’au début de ma pratique d’ingénieur-conseil, dans les années ’50, j’allais à l’Oratoire prier et faire des promesses de neuvaines si j’obtenais tel ou tel mandat. Souvent mes demandes se réalisaient et à mes collègues-compétiteurs qui me demandaient comment j’avais pu obtenir ces contrats, je leur répondais : « Ah! si seulement tu savais… ». Évidemment, j'y croyais mais je n'avais pris aucune chance puisque je sollicitais quand même et intensément mes clients potentiels pour leur acceptation de mes propositions de services professionnels.
Comment expliquer le mouvement extraordinaire vers l’Oratoire Saint-Joseph et la conviction profonde d’un si grand nombre de personnes que le frère André était un guérisseur, un thaumaturge ? La première guerre mondiale où tant d’innocents Québécois sont morts, la grippe espagnole qui a ravagé notre société et le « crash » économique qui a engendré un chômage général et accentué la pauvreté des familles, sont tous des phénomènes des années ’20 et ‘30 qui poussaient les gens à se retourner vers le frère André et l’Oratoire Saint-Joseph pour y chercher consolation, espoir et espérance dans la prière. Ils étaient une réponse aux besoins spirituels du temps.
Le frère André est mort le 6 janvier 1937. Un ami qui l’accompagnait dans ses visites dira : « Il a passé sa vie à parler des autres au bon Dieu et du bon Dieu aux autres ».
Près d’un million de personnes lui ont rendu hommage aux différentes cérémonies religieuses et cela malgré le temps frigide qui balayait Montréal ces jours-là. Les autorités ont permis que les gens puissent le toucher dans sa tombe durant les 6 jours et nuits pendant lesquels il a été exposé à l’Oratoire. Un premier service funèbre a eu lieu à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde et un second à l’oratoire Saint-Joseph. Il est inhumé à l’Oratoire et depuis, des milliers de personnes annuellement s’agenouillent devant la pierre de granit qui couvre sa tombe, la touchent et prient. De même devant son cœur qui a été extrait de son corps et déposé dans une boite vitrée.
Le 23 mai 1982, le pape Jean-Paul II l’a déclaré bienheureux lors d’une cérémonie sur la place de la cathédrale St-Pierre de Rome et a fait un long discours en français pour rendre hommage au frère André rappelant son humilité, sa piété et son œuvre. Ce fut très émouvant à écouter.
Le 17 octobre 2010, le pape Benoit XVI le canonisera sur la même place et il deviendra un saint connu sous le nom de Saint Frère André. Il sera le deuxième québécois, après Marguerite d’Youville, à être canonisé. Ce jour en est un de joie et de fierté pour le Québec. J’aurai le plaisir d’y assister avec mon épouse.
En terminant, je veux rappeler la phrase du frère André : « Quand je serai mort, je vais être rendu au ciel, je vais être bien plus près du bon Dieu que je ne le suis actuellement, j’aurai plus de pouvoir pour vous aider ».
Il a été un homme de chez-nous, enraciné dans notre sol et dans nos cœurs.
Claude Dupras
Le Saint Frère André, un homme pas comme les autres (2)
En 1913, des laïques réclament la construction d’une basilique et Mgr Bruchési accepte. Les services des architectes Alphonse Venne et Dalbé Viau sont retenus. La crypte est inaugurée le 16 décembre 1917. Elle contient mille personnes. Un an plus tard, c’est trop petit. Durant les années ’20, le sanctuaire devient le centre des activités religieuses de l’archidiocèse. Les pèlerinages de mouvements, d’associations, de syndicats, de congrégations sont innombrables. Les paroisses organisent des visites annuelles. Et ça vient de partout : Ontario, Nouveau-Brunswick, Ouest canadien, USA.
Pendant ce temps-là, le frère André reçoit à son bureau des malades, des pauvres et des malheureux de 9h à 17h et le soir, avec des amis, ils visitent les malades qui ne peuvent se déplacer. En fait, il met tellement d’entrain et de bonne humeur dans ses sorties quotidiennes, que certains le taquinent d’être « un vieux courailleux », mais il les assure que ce n’est pas une sinécure et que le soir venu, il est fourbu. Son courrier augmente tellement qu’un secrétariat est mis sur pied pour l’aider.
En 1915, les supérieurs du frère André lui permettent de prendre des vacances, deux fois par an. Il en profite pour visiter les villages de son enfance et se rend aussi en Nouvelle-Angleterre, à Toronto, Sudbury et Ottawa. Mais sa réputation de thaumaturge le précède, et il est accueilli par des foules pressantes. Les journaux locaux relatent des guérisons et le frère André revient chaque fois avec beaucoup d’offrandes de la part de ceux qui le remercient. Son expérience de sa vie de jeunesse difficile et de son travail à l’étranger, l’aident à comprendre les besoins de chacun, où qu’il soit.
En 1927, Mgr Gauthier autorise la suite de la construction de la basilique. En 1937, le moine dominicain français dom Bellot, architecte religieux mondialement renommé s’implique dans le projet. Ce dernier meurt à Montréal en 1944 et le projet de l’Oratoire tombe alors entre les mains d’un de ses disciples dom Claude-Marie Côté, Canadien français, diplômé en architecture des Beaux-arts avant sa vie religieuse qui termine le projet.
C’est à cause de la sincérité du frère André, de sa simplicité et de ses convictions que ses supérieurs acceptent, dès le début, son projet. Sa dévotion à Saint-Joseph le guide. Il aime Dieu. Il prie avec émotion et ceux qui l’entendent raconter la Passion du Christ et le voient faire le chemin de la croix en reviennent bouleversés. Il demande toujours aux gens de prier et garde toujours l’humilité de son enfance. Il ne prend jamais crédit pour son œuvre, au contraire, il se cache derrière le chœur pour prier en solitaire lors des grandes célébrations.
En 1931, la grande crise économique force l’arrêt des travaux de la basilique. Les autorités de la congrégation Sainte-Croix se voient obligées d’arrêter le projet et de l’abandonner. Le provincial convoque le frère André pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. Il répond : « Ce n’est pas mon œuvre, c’est l’œuvre de Saint Joseph. Mettez donc une de ses statues au milieu de l’édifice en construction. S’il veut se couvrir, il y veillera ». Deux mois plus tard, la congrégation a en main l’argent nécessaire pour reprendre les travaux.
Ma famille est comme les autres de Montréal. La foi de mon père en St-Joseph et sa vénération pour le frère André sont sincères et profondes. Il nous entraîne souvent, mon frère et moi et plus tard avec notre soeur, à l’Oratoire, pour demander des faveurs et achète des lampions qu’il fait brûler en témoignage de sa dévotion. Le nombre de ceux-ci est directement proportionnel à l’importance de la faveur demandée. Il gravit à genoux le grand escalier de bois en avant de l’Oratoire, en récitant à chaque marche une prière à St Joseph. Sa foi semble récompensée, car il s’exclame souvent : « Merci, Saint-Joseph ». De plus, il achète des statuettes miniatures en métal à l’effigie de St-Joseph, d’à peine deux pouces de hauteur, qu’il place ici et là dans la maison pour protéger sa famille, de même que des bouteilles de l’huile de Saint-Joseph, la même qu’utilise le frère André pour frictionner ses visiteurs, pour traiter ses rhumatismes et pour les besoins de sa famille.
Pour financer la construction de la Basilique, les autorités de l’Oratoire ont imaginé toutes sortes de stratagèmes, entre autres, d’identifier chaque immense pierre d’un numéro et de les mettre en vente. Mon père qui a peu de sous en achète deux, dûment numérotées et localisées et c’est avec beaucoup de fierté qu’il appose au mur de sa « barbershop » le certificat attestant qu’il les a payées et qu’elles ont bien servi à la construction de l’Oratoire. À mon frère, il remet un grand cahier à colorier dans lequel sont reproduits en croquis tous les plans de l’Oratoire, y compris ceux de la future basilique et du dôme. À ma sœur, un magnifique chapelet. Pour moi, c’est un ensemble de petits panneaux en carton qui, montés et collés, représentent en trois dimensions tous les bâtiments de l’Oratoire, sur une hauteur de plus de seize pouces. Mon père est bien loin d’imaginer que son fils, un jour, travaillera au bureau d’ingénieurs responsable des plans de chauffage de la basilique dont le grand panneau radiant incorporé dans le plancher pour le confort des pèlerins.
Je garderai longtemps cette ferveur au point qu’au début de ma pratique d’ingénieur-conseil, dans les années ’50, j’allais à l’Oratoire prier et faire des promesses de neuvaines si j’obtenais tel ou tel mandat. Souvent mes demandes se réalisaient et à mes collègues-compétiteurs qui me demandaient comment j’avais pu obtenir ces contrats, je leur répondais : « Ah! si seulement tu savais… ». Évidemment, j'y croyais mais je n'avais pris aucune chance puisque je sollicitais quand même et intensément mes clients potentiels pour leur acceptation de mes propositions de services professionnels.
Comment expliquer le mouvement extraordinaire vers l’Oratoire Saint-Joseph et la conviction profonde d’un si grand nombre de personnes que le frère André était un guérisseur, un thaumaturge ? La première guerre mondiale où tant d’innocents Québécois sont morts, la grippe espagnole qui a ravagé notre société et le « crash » économique qui a engendré un chômage général et accentué la pauvreté des familles, sont tous des phénomènes des années ’20 et ‘30 qui poussaient les gens à se retourner vers le frère André et l’Oratoire Saint-Joseph pour y chercher consolation, espoir et espérance dans la prière. Ils étaient une réponse aux besoins spirituels du temps.
Le frère André est mort le 6 janvier 1937. Un ami qui l’accompagnait dans ses visites dira : « Il a passé sa vie à parler des autres au bon Dieu et du bon Dieu aux autres ».
Près d’un million de personnes lui ont rendu hommage aux différentes cérémonies religieuses et cela malgré le temps frigide qui balayait Montréal ces jours-là. Les autorités ont permis que les gens puissent le toucher dans sa tombe durant les 6 jours et nuits pendant lesquels il a été exposé à l’Oratoire. Un premier service funèbre a eu lieu à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde et un second à l’oratoire Saint-Joseph. Il est inhumé à l’Oratoire et depuis, des milliers de personnes annuellement s’agenouillent devant la pierre de granit qui couvre sa tombe, la touchent et prient. De même devant son cœur qui a été extrait de son corps et déposé dans une boite vitrée.
Le 23 mai 1982, le pape Jean-Paul II l’a déclaré bienheureux lors d’une cérémonie sur la place de la cathédrale St-Pierre de Rome et a fait un long discours en français pour rendre hommage au frère André rappelant son humilité, sa piété et son œuvre. Ce fut très émouvant à écouter.
Le 17 octobre 2010, le pape Benoit XVI le canonisera sur la même place et il deviendra un saint connu sous le nom de Saint Frère André. Il sera le deuxième québécois, après Marguerite d’Youville, à être canonisé. Ce jour en est un de joie et de fierté pour le Québec. J’aurai le plaisir d’y assister avec mon épouse.
En terminant, je veux rappeler la phrase du frère André : « Quand je serai mort, je vais être rendu au ciel, je vais être bien plus près du bon Dieu que je ne le suis actuellement, j’aurai plus de pouvoir pour vous aider ».
Il a été un homme de chez-nous, enraciné dans notre sol et dans nos cœurs.
Claude Dupras
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mardi 12 octobre 2010
Le Saint Frère André, un homme pas comme les autres (1)
Le frère André sera canonisé le 17 octobre prochain à Rome par le pape Benoit XVI. J’aurai l’honneur d’accompagner mon épouse qui fait partie de la délégation de l’Oratoire Saint-Joseph à cet évènement rare et important pour nous tous. J’en suis fort heureux car le frère André a marqué ma famille, comme tant d’autres au Québec. De plus, j’ai été, pendant quelques années, étudiant au collège Notre Dame qui demeurait alors encore profondément marqué par le passage du frère André dans ses murs. J’ai pensé écrire un blog sur la vie de ce frère unique. Aux informations que j’ai relevées durant mes recherches sur sa vie et sur internet, j’ai ajouté les impressions que j’ai ressenties et le récit de quelques expériences vécues au sein de ma famille en rapport avec ce saint homme et l’Oratoire Saint-Joseph.
Suite à cette expérience, j'écrirai un blog relatant ce que j'aurai vécu.
Je présente mon long texte en deux parties. Une première aujourd’hui et la deuxième jeudi prochain le 14 octobre.
J’espère qu’il saura vous intéresser.
Claude Dupras
Le Saint Frère André, un homme pas comme les autres
Alfred Bessette eut un itinéraire de vie incroyable. Il sera canonisé Saint Frère André de l’église catholique romaine par Benoit XVI, le 17 octobre 2010 à la Cathédrale Saint-Pierre de Rome.
Lorsque je raconte son histoire à des amis français qui ne le connaissent pas, ils demeurent bouche bée devant le récit de la vie de ce frêle individu au caractère humble et bon.
Alfred est né en 1845 au Québec, en la paroisse Saint-Grégoire du comté d’Iberville en Montérégie, dans la modeste maison familiale qui ne comprenait qu’une pièce. À sa naissance, sa mère Clothilde (Foisy) le voyant si petit et si faible pensa le perdre. Avec son mari Isaac, ils décidèrent de l’ondoyer sur-le-champ de crainte que son âme se retrouve aux limbes, séjour de félicité des enfants morts sans baptême. Il était son sixième enfant des douze qu’elle mettra au monde. Les préceptes religieux de l’église catholique sont omniprésents à ce moment-là dans la vie des Québécois et Québécoises.
Lorsqu’il atteint ses quatre ans, la famille déménage à Farhnam. Alfred grandit mais sa santé est toujours précaire. Il ne fréquente pas la petite école. Il devient pieux grâce à sa mère qui lui enseigne la récitation du chapelet. Il aime bien prier avec elle ou seul dans l’étable, à l’église et où il peut.
À dix ans le malheur le frappe. Son père qui est un homme pauvre à divers métiers : menuisier, charpentier, tonnelier, charron et bûcheron; est tué pendant son travail par un arbre qui lui tombe dessus.
Puis, un plus grand malheur l’assomme, sa mère meurt de la tuberculose alors qu’il n’a que douze ans. Il se retrouve orphelin avec ses neufs frères et sœurs vivants. La famille est dispersée. Le voilà, sans instruction, sans métier, frêle physiquement, sans travail, sans argent, sans espoir, sans bagage. Il est recueilli par sa tante maternelle Marie-Rosalie et son mari Timothée Nadeau à Saint-Césaire.
Alfred cherche du travail. Il commence sa vie errante qui durera treize ans. Il devient garçon de ferme, cordonnier, forgeron, barbier, manœuvre sur les chantiers de construction, ferblantier, boulanger, cocher et encore. Il est un perpétuel apprenti, un ouvrier non spécialisé, un canadien errant à peine capable de signer son nom. Il a aussi des comportements différents de ses amis car malgré sa santé fragile et son jeune âge, il se prive de dessert et prie longuement et intensément.
À dix-huit ans, Alfred, comme des milliers de ses compatriotes québécois, décide de tenter sa chance sur la côte est américaine qui est en pleine expansion industrielle. Il est engagé dans des filatures et plusieurs autres entreprises au Connecticut, au Massachusetts et au Rhode Island. Il peine à bien travailler à cause de sa faiblesse physique mais tient le coup et s’efforce pour que son travail puisse se comparer à celui de ses collègues, mais cela ne rencontre pas toujours la satisfaction de ses patrons. Au même moment, l’économie change. Un très grand nombre de Québécois reviennent au bercail. Alfred désappointé de n’avoir pu trouver un travail à sa convenance, rentre aussi chez lui, après quatre ans. Malgré qu’il se sente un bon à rien qui ne peut réussir, il réalise qu’il a appris plusieurs choses durant cette période. Il parle l’anglais, a l’expérience du travail et possède maintenant une connaissance et un esprit ouverts sur le monde, du moins les USA. Cela l’aidera un jour.
Il vit chez sa sœur Léocadie et son frère Claude à Sutton. Le curé de Farnham l’engage comme homme à tout-faire mais perd sa cure. Alfred revient alors à Saint-Césaire où le curé J. André Provençal, qui deviendra son mentor, est mis au fait de sa piété. Le curé l’interroge pour savoir s’il veut entrer en religion. Alfred est réticent mais le curé l’assure que s’il joignait la congrégation des frères Sainte-Croix, il trouverait le climat de prière qu’il recherche tout en se rendant utile. Un an plus tard, en novembre 1870, il entre au noviciat des frères Sainte-Croix au collège Notre-Dame de Montréal. Le 27 décembre, Alfred Bessette prend l’habit religieux et le nom de frère André en l’honneur du père Provençal qui porte ce prénom.
Il est un frère convers au service de sa congrégation et son supérieur lui confie la fonction de portier du collège. Encore là, il est l’homme à tout faire. Il lui demande aussi de laver les plancher, nettoyer les lampes, faire les courses, rentrer le bois de chauffage, agir comme barbier, infirmier, s’occuper de l’arrivée du courrier et des colis, et tout cela malgré que sa santé soit toujours mauvaise. Mais, à cause de sa condition physique, son supérieur refuse qu’il soit admis à la profession religieuse et ne l’autorise qu’à prononcer des vœux temporaires.
Le frère André a développé durant toute cette période un amour pour Saint-Joseph. Cette vénération instinctive vient du fait qu’il se reconnait dans ce dernier qui fut un travailleur, un homme dans l’ombre, simple, dédié, jovial et responsable. Ces qualités renforcent la spiritualité à tendance familiale avec laquelle le frère André est à l’aise. De plus, en décembre, le pape Pie IX nomme Saint-Joseph patron de l’Église universelle et cette déclaration renforce son attachement à ce dernier. L’archevêque de Montréal, Ignace Bourget, a aussi une grande dévotion pour Saint-Joseph et espère même construire un jour une église qui lui sera dédiée dans son diocèse. La foi du frère André en ce saint l’impressionne et l’archevêque le rassure qu’il pourra prononcer ses vœux permanents. Ce qu’il fait en février 1874. Il a 28 ans et demi.
Parmi les frères au collège, il y a le frère Aldéric qui souffre depuis longtemps de douleurs physiques importantes. Le frère André le console, prie pour lui et lui suggère de prier Saint-Joseph et de se frictionner avec de l’ « huile de Saint-Joseph » (elle vient de l’huile d’olive qui brûle devant la statue du saint dans la chapelle). Quelques jours plus tard, la douleur a disparu et le frère Aldéric ne se gêne pas pour parler de guérison par le frère André. La nouvelle se répand rapidement de bouche à oreille et le petit frère André, homme d’à peine plus grand que 1,51 mètres, se voit soudainement affubler du qualificatif de thaumaturge, l’homme des miracles. Un nombre croissant de visiteurs malades viennent le consulter à sa chambre de portier à l’entrée du collège. Il les reçoit tous, leur dit de prier Saint-Joseph et affirme : « Ce n’est pas moi qui guérit, c’est Saint Joseph ». Le médecin du collège s’offusque et se plaint de voir des malades à proximité des étudiants. D’autres le traitent de charlatan, de « vieux graisseux ». Par contre, les étudiants l’aiment.
Le nombre de visiteurs devient trop important pour les autorités du collège, qui ne partagent pas les critiques du frère André, et ils lui suggèrent de recevoir les « malades » dans un abri, situé de l’autre côté de la rue au bas de la montagne, qui sert à ceux qui attendent le tramway. L’immense terrain face au collège devient la propriété de la congrégation et s’étend du chemin de la Reine-Marie au sommet de montagne. Les pères et les frères Sainte-Croix le nomment Parc-Saint-Joseph. Il sert à l’agriculture et à la récréation des élèves du collège. Le frère André installe, avec des amis, une statue de Saint-Joseph dans une niche construite sur le Mont-Royal et invite ses visiteurs à le suivre le long d’un petit sentier qui mène à ce lieu qui devient un endroit de prières. Plusieurs se disent guéris par lui et laissent des ex-votos pour témoigner de leur guérison. Les visites ne cessent d’augmenter, au point que le frère André veut y ériger une chapelle. L’archevêque et le supérieur du collège acceptent la demande de construction à la condition qu’elle soit payée entièrement par les amis du frère André. En un rien de temps, les dons affluent et la chapelle est construite et tous les accessoires, ornements et statues nécessaires au culte font partie de l’ensemble. Elle est inaugurée le 16 octobre 1904. C’est le départ d’une grande, belle et incroyable aventure.
Des pèlerinages sont organisés durant la saison chaude et motivent un nombre toujours grandissant de pèlerins à y assister.
La chapelle devient vite trop petite et est agrandie quatre fois de 1908 à 1912. Tous les frais sont toujours payés par les malades, les dévots et par ceux qui recherchent de l’aide dans leur vie. En 1910, il quitte sa responsabilité de portier au collège Notre-Dame et dira cette phrase devenue célèbre : « Quand je suis entré en communauté, mes supérieurs m’ont mis à la porte et j’y suis resté quarante ans sans partir… » Ses supérieurs qui gèrent l’ensemble de ce qui se passe du côté de la chapelle le nomment gardien du sanctuaire. Ils lui attribuent un secrétaire pour l’aider dans l’important courrier qu’il reçoit. De son côté, l’archevêque Mgr Bruchési, veut s’assurer que tout se développe bien et crée « la confrérie de Saint-Joseph du Mont-Royal » composée de laïques, d’amis du frère André et de bienfaiteurs pour que les responsables lui rendent compte des affaires de l’Oratoire.
Les gens aiment le frère André. Même si de prime abord, il dégage une certaine froideur, il est enjoué, taquin même. Ils voient en lui quelqu’un qui les aime et leur ressemble. Il sait les accueillir, les écouter, les réconforter et les persuader de se fier au bon Dieu. Il donne espoir aux malades avec qui il est gai et tente de communiquer sa joie. Plusieurs affirment : « Le frère André fait partie de nous ». Sa réputation de guérisseur continue de s’accroître malgré qu’il nie posséder tout pouvoir surnaturel. Il dit : « Le monde est bête de penser que le frère André fait des miracles, c’est le bon Dieu et Saint-Joseph qui peuvent guérir, pas moi ». Cet homme déterminé et intransigeant sur les principes est d’une douce bonté et ses yeux expriment une finesse légèrement malicieuse. Très sensible, on le voit pleurer avec les malades et ses visiteurs en écoutant leurs confidences. Il répète sans cesse : « je prierai Saint-Joseph pour vous ».
Comprenant la souffrance des gens qu’il rencontre, il en conclut que « les gens qui souffrent ont quelque chose à offrir au bon Dieu. Et quand ils réussissent à s’endurer, c’est un miracle chaque jour ! ».
Même s’il suggère à ses malades de faire une neuvaine à Saint Joseph, de se frictionner avec de l’huile ou une médaille, actes qu’il qualifie « d’amour, et de foi, de confiance et d’humilité », il les encourage à voir le médecin pour se faire soigner. Son médecin personnel est le Dr. Origène Dufresne, radiologiste reconnu et père de mon épouse. Le docteur est à l’institut du Radium dans l’est de Montréal et le frère André vient le consulter et profite de chaque occasion pour rendre visite aux cancéreux traités à l’étage supérieur de l’institut.
Suite et fin, le 14 octobre 2010.
Suite à cette expérience, j'écrirai un blog relatant ce que j'aurai vécu.
Je présente mon long texte en deux parties. Une première aujourd’hui et la deuxième jeudi prochain le 14 octobre.
J’espère qu’il saura vous intéresser.
Claude Dupras
Le Saint Frère André, un homme pas comme les autres
Alfred Bessette eut un itinéraire de vie incroyable. Il sera canonisé Saint Frère André de l’église catholique romaine par Benoit XVI, le 17 octobre 2010 à la Cathédrale Saint-Pierre de Rome.
Lorsque je raconte son histoire à des amis français qui ne le connaissent pas, ils demeurent bouche bée devant le récit de la vie de ce frêle individu au caractère humble et bon.
Alfred est né en 1845 au Québec, en la paroisse Saint-Grégoire du comté d’Iberville en Montérégie, dans la modeste maison familiale qui ne comprenait qu’une pièce. À sa naissance, sa mère Clothilde (Foisy) le voyant si petit et si faible pensa le perdre. Avec son mari Isaac, ils décidèrent de l’ondoyer sur-le-champ de crainte que son âme se retrouve aux limbes, séjour de félicité des enfants morts sans baptême. Il était son sixième enfant des douze qu’elle mettra au monde. Les préceptes religieux de l’église catholique sont omniprésents à ce moment-là dans la vie des Québécois et Québécoises.
Lorsqu’il atteint ses quatre ans, la famille déménage à Farhnam. Alfred grandit mais sa santé est toujours précaire. Il ne fréquente pas la petite école. Il devient pieux grâce à sa mère qui lui enseigne la récitation du chapelet. Il aime bien prier avec elle ou seul dans l’étable, à l’église et où il peut.
À dix ans le malheur le frappe. Son père qui est un homme pauvre à divers métiers : menuisier, charpentier, tonnelier, charron et bûcheron; est tué pendant son travail par un arbre qui lui tombe dessus.
Puis, un plus grand malheur l’assomme, sa mère meurt de la tuberculose alors qu’il n’a que douze ans. Il se retrouve orphelin avec ses neufs frères et sœurs vivants. La famille est dispersée. Le voilà, sans instruction, sans métier, frêle physiquement, sans travail, sans argent, sans espoir, sans bagage. Il est recueilli par sa tante maternelle Marie-Rosalie et son mari Timothée Nadeau à Saint-Césaire.
Alfred cherche du travail. Il commence sa vie errante qui durera treize ans. Il devient garçon de ferme, cordonnier, forgeron, barbier, manœuvre sur les chantiers de construction, ferblantier, boulanger, cocher et encore. Il est un perpétuel apprenti, un ouvrier non spécialisé, un canadien errant à peine capable de signer son nom. Il a aussi des comportements différents de ses amis car malgré sa santé fragile et son jeune âge, il se prive de dessert et prie longuement et intensément.
À dix-huit ans, Alfred, comme des milliers de ses compatriotes québécois, décide de tenter sa chance sur la côte est américaine qui est en pleine expansion industrielle. Il est engagé dans des filatures et plusieurs autres entreprises au Connecticut, au Massachusetts et au Rhode Island. Il peine à bien travailler à cause de sa faiblesse physique mais tient le coup et s’efforce pour que son travail puisse se comparer à celui de ses collègues, mais cela ne rencontre pas toujours la satisfaction de ses patrons. Au même moment, l’économie change. Un très grand nombre de Québécois reviennent au bercail. Alfred désappointé de n’avoir pu trouver un travail à sa convenance, rentre aussi chez lui, après quatre ans. Malgré qu’il se sente un bon à rien qui ne peut réussir, il réalise qu’il a appris plusieurs choses durant cette période. Il parle l’anglais, a l’expérience du travail et possède maintenant une connaissance et un esprit ouverts sur le monde, du moins les USA. Cela l’aidera un jour.
Il vit chez sa sœur Léocadie et son frère Claude à Sutton. Le curé de Farnham l’engage comme homme à tout-faire mais perd sa cure. Alfred revient alors à Saint-Césaire où le curé J. André Provençal, qui deviendra son mentor, est mis au fait de sa piété. Le curé l’interroge pour savoir s’il veut entrer en religion. Alfred est réticent mais le curé l’assure que s’il joignait la congrégation des frères Sainte-Croix, il trouverait le climat de prière qu’il recherche tout en se rendant utile. Un an plus tard, en novembre 1870, il entre au noviciat des frères Sainte-Croix au collège Notre-Dame de Montréal. Le 27 décembre, Alfred Bessette prend l’habit religieux et le nom de frère André en l’honneur du père Provençal qui porte ce prénom.
Il est un frère convers au service de sa congrégation et son supérieur lui confie la fonction de portier du collège. Encore là, il est l’homme à tout faire. Il lui demande aussi de laver les plancher, nettoyer les lampes, faire les courses, rentrer le bois de chauffage, agir comme barbier, infirmier, s’occuper de l’arrivée du courrier et des colis, et tout cela malgré que sa santé soit toujours mauvaise. Mais, à cause de sa condition physique, son supérieur refuse qu’il soit admis à la profession religieuse et ne l’autorise qu’à prononcer des vœux temporaires.
Le frère André a développé durant toute cette période un amour pour Saint-Joseph. Cette vénération instinctive vient du fait qu’il se reconnait dans ce dernier qui fut un travailleur, un homme dans l’ombre, simple, dédié, jovial et responsable. Ces qualités renforcent la spiritualité à tendance familiale avec laquelle le frère André est à l’aise. De plus, en décembre, le pape Pie IX nomme Saint-Joseph patron de l’Église universelle et cette déclaration renforce son attachement à ce dernier. L’archevêque de Montréal, Ignace Bourget, a aussi une grande dévotion pour Saint-Joseph et espère même construire un jour une église qui lui sera dédiée dans son diocèse. La foi du frère André en ce saint l’impressionne et l’archevêque le rassure qu’il pourra prononcer ses vœux permanents. Ce qu’il fait en février 1874. Il a 28 ans et demi.
Parmi les frères au collège, il y a le frère Aldéric qui souffre depuis longtemps de douleurs physiques importantes. Le frère André le console, prie pour lui et lui suggère de prier Saint-Joseph et de se frictionner avec de l’ « huile de Saint-Joseph » (elle vient de l’huile d’olive qui brûle devant la statue du saint dans la chapelle). Quelques jours plus tard, la douleur a disparu et le frère Aldéric ne se gêne pas pour parler de guérison par le frère André. La nouvelle se répand rapidement de bouche à oreille et le petit frère André, homme d’à peine plus grand que 1,51 mètres, se voit soudainement affubler du qualificatif de thaumaturge, l’homme des miracles. Un nombre croissant de visiteurs malades viennent le consulter à sa chambre de portier à l’entrée du collège. Il les reçoit tous, leur dit de prier Saint-Joseph et affirme : « Ce n’est pas moi qui guérit, c’est Saint Joseph ». Le médecin du collège s’offusque et se plaint de voir des malades à proximité des étudiants. D’autres le traitent de charlatan, de « vieux graisseux ». Par contre, les étudiants l’aiment.
Le nombre de visiteurs devient trop important pour les autorités du collège, qui ne partagent pas les critiques du frère André, et ils lui suggèrent de recevoir les « malades » dans un abri, situé de l’autre côté de la rue au bas de la montagne, qui sert à ceux qui attendent le tramway. L’immense terrain face au collège devient la propriété de la congrégation et s’étend du chemin de la Reine-Marie au sommet de montagne. Les pères et les frères Sainte-Croix le nomment Parc-Saint-Joseph. Il sert à l’agriculture et à la récréation des élèves du collège. Le frère André installe, avec des amis, une statue de Saint-Joseph dans une niche construite sur le Mont-Royal et invite ses visiteurs à le suivre le long d’un petit sentier qui mène à ce lieu qui devient un endroit de prières. Plusieurs se disent guéris par lui et laissent des ex-votos pour témoigner de leur guérison. Les visites ne cessent d’augmenter, au point que le frère André veut y ériger une chapelle. L’archevêque et le supérieur du collège acceptent la demande de construction à la condition qu’elle soit payée entièrement par les amis du frère André. En un rien de temps, les dons affluent et la chapelle est construite et tous les accessoires, ornements et statues nécessaires au culte font partie de l’ensemble. Elle est inaugurée le 16 octobre 1904. C’est le départ d’une grande, belle et incroyable aventure.
Des pèlerinages sont organisés durant la saison chaude et motivent un nombre toujours grandissant de pèlerins à y assister.
La chapelle devient vite trop petite et est agrandie quatre fois de 1908 à 1912. Tous les frais sont toujours payés par les malades, les dévots et par ceux qui recherchent de l’aide dans leur vie. En 1910, il quitte sa responsabilité de portier au collège Notre-Dame et dira cette phrase devenue célèbre : « Quand je suis entré en communauté, mes supérieurs m’ont mis à la porte et j’y suis resté quarante ans sans partir… » Ses supérieurs qui gèrent l’ensemble de ce qui se passe du côté de la chapelle le nomment gardien du sanctuaire. Ils lui attribuent un secrétaire pour l’aider dans l’important courrier qu’il reçoit. De son côté, l’archevêque Mgr Bruchési, veut s’assurer que tout se développe bien et crée « la confrérie de Saint-Joseph du Mont-Royal » composée de laïques, d’amis du frère André et de bienfaiteurs pour que les responsables lui rendent compte des affaires de l’Oratoire.
Les gens aiment le frère André. Même si de prime abord, il dégage une certaine froideur, il est enjoué, taquin même. Ils voient en lui quelqu’un qui les aime et leur ressemble. Il sait les accueillir, les écouter, les réconforter et les persuader de se fier au bon Dieu. Il donne espoir aux malades avec qui il est gai et tente de communiquer sa joie. Plusieurs affirment : « Le frère André fait partie de nous ». Sa réputation de guérisseur continue de s’accroître malgré qu’il nie posséder tout pouvoir surnaturel. Il dit : « Le monde est bête de penser que le frère André fait des miracles, c’est le bon Dieu et Saint-Joseph qui peuvent guérir, pas moi ». Cet homme déterminé et intransigeant sur les principes est d’une douce bonté et ses yeux expriment une finesse légèrement malicieuse. Très sensible, on le voit pleurer avec les malades et ses visiteurs en écoutant leurs confidences. Il répète sans cesse : « je prierai Saint-Joseph pour vous ».
Comprenant la souffrance des gens qu’il rencontre, il en conclut que « les gens qui souffrent ont quelque chose à offrir au bon Dieu. Et quand ils réussissent à s’endurer, c’est un miracle chaque jour ! ».
Même s’il suggère à ses malades de faire une neuvaine à Saint Joseph, de se frictionner avec de l’huile ou une médaille, actes qu’il qualifie « d’amour, et de foi, de confiance et d’humilité », il les encourage à voir le médecin pour se faire soigner. Son médecin personnel est le Dr. Origène Dufresne, radiologiste reconnu et père de mon épouse. Le docteur est à l’institut du Radium dans l’est de Montréal et le frère André vient le consulter et profite de chaque occasion pour rendre visite aux cancéreux traités à l’étage supérieur de l’institut.
Suite et fin, le 14 octobre 2010.
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