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vendredi 25 mars 2016

L’affront à Marine Le Pen

Marine Le Pen est venue au Québec. Cette femme députée de France et de l’Union Européenne, cheffe du parti français le Front National (FN) qui est actuellement le premier des partis de France (celui qui obtient le plus de votes), avait pensé venir rencontrer les Québécois pour parler politique française et internationale. Elle s’attendait, comme démocrate, à être reçue poliment et avoir l’opportunité de discuter normalement avec ses homologues québécois et la presse pour mieux faire connaitre le FN qui grandit d’élection en élection, prend de plus en plus de place sur l’échiquier politique de la France puisqu’il dirige maintenant des régions gouvernementales et plusieurs villes dont des grandes. Son influence de plus en plus importante mérite d’être connue et comprise par les citoyens québécois et canadiens et elle avait raison de venir nous rencontrer pour mieux se faire connaître et expliquer ses positions politiques.

Elle a été reçue comme un chien dans un jeu de quilles. Évitée, critiquée, contestée, insultée, elle a été traitée d’une façon inconvenable, comme si elle n’avait pas droit à ses opinions, comme si nous ne vivions pas dans une démocratie, par des personnages politiques qui ont démontré au monde, en quelques jours, la petitesse de la politique québécoise. Du PM québécois Couillard, aux chefs des oppositions Pierre Karl Péladeau (PKP) et François Legault, ce fut honteux de les voir refuser de la rencontrer et de réagir avec politesse ne serait-ce que par respect pour les institutions politiques françaises. Ils semblent ne pas avoir compris que le FN est, en France, de plus en plus considéré comme un parti comme un autre. Que les choses changent ! C’est le journaliste du journal Le Monde, Jean-Yves Camus spécialiste de l’extrême droite, qui a écrit il n’y a pas tellement longtemps « il faut admettre que la formule consacrée selon laquelle le Front National serait un parti antirépublicain, véhiculant le racisme et l’antisémitisme, n’est plus opérante ».
Nos personnages politiques et nos journalistes ont agi par ignorance et ont démontré leur retard sur l’évolution de la politique en France.
La presse locale, française et même mondiale s’est empressée de rapporter, comme il se doit, le déroulement de ces quelques jours de Marine Le Pen au Québec où le tout s’est terminé par une entrevue mal ficelée, d’une trentaine de minutes, à l’émission 24/60 de Radio Canada, animée par la journaliste expérimentée Dussault qui a agressé malhabilement et injustement Marine Le Pen avec des questions et des sous-entendus insensés sans rapport réel avec l’opportunité d’une telle visite chez nous.
Le Front National est un parti de droite. Souventes fois et encore aux dernières élections, pour gagner des votes, ses adversaires politiques n’ont cessé de le qualifier d’extrême droite dans la lignée des partis fascistes de la deuxième guerre mondiale en Italie et en Allemagne, même si ce parti n'est que quelque peu à droite de la droite traditionnelle. Il est moins à droite sur certaines politiques que le parti conservateur du Canada et beaucoup moins à droite que les politiques défendues par le candidat républicain Donald Trump.

En France, les adversaires du FN trompent l’électorat et cherchent continuellement à créer la peur de la venue au pouvoir d’un tel parti. Malgré les campagnes négatives à outrance, le FN a grandi d’élection en élection et aux dernières élections européennes à maximisé son électorat dès le premier tour pour devenir le premier parti de France au point qu’il peut même l’emporter seul au 2e tour en allant chercher des votes chez les abstentionnistes et dans les autres partis, mettant fin à la formule du passé du « front républicain solide » qui se créait (droite et socialiste) pour le bloquer. La donne politique en France a changé.
Le Parti Socialiste (PS) d’Hollande et le parti Les Républicains (LR) de Sarkozy ont donné, suite à des revers importants, le pouvoir au FN, pour une première fois dans des départements français. Il en a gagné deux plus un grand nombre de villes.
De plus, malgré les évènements tragiques comme la tuerie de Charlie Hebdo, le FN s’est haussé à 30% d’opinions favorables, alors qu’avant il callait dans les sondages lors de telles situations.
Marine Le Pen a changé le Front National depuis qu’elle le dirige. Elle a mis de côté l’antisémitisme du père et récupéré plusieurs éléments du programme de la gauche, comme la laïcité et la défense des emplois industriels contre l’Union européenne. Les milieux populaires sont tentés par Marine Le Pen et le PS a beau crier, il ne répond plus aux motivations de ces lecteurs.  (Journal Le Devoir)
Depuis les 15 dernières années, je vis en France 4 mois par an dans un village de Provence près d’Avignon. Toujours intéressé par la politique, j’ai appris à connaitre mieux la politique française, ses partis, leurs programmes et ses personnages. J’ai suivi chaque élection de près, qu’elles soient présidentielles, départementales, municipales ou cantonales. J’ai vu et entendu sur la télévision française et la radio française, les débats, les grands discours, les commentaires d’analystes politiques chevronnés, les interviews des principaux joueurs, etc.. Je dois admettre que cela n’a rien à voir avec ce qui se passe au Québec ou au Canada. On se retrouve à un autre niveau, supérieur et beaucoup plus complexe.
J’ai suivi la carrière politique de Jean-Marie Le Pen, un homme cultivé et brillant mais surtout un des grands orateurs politiques français. Son problème était qu’il poussait trop à droite et finalement, comme beaucoup de français, j’ai compris qu’il ne pouvait être au pouvoir. Puis vint Marine Le Pen.  
Au début, la nouvelle présidente du Front National, ne m’impressionnait guère. Nonobstant qu’elle projetait une belle image, qu’elle était cultivée, solide, je demeurais avec le souvenir du père et la comparaison atténuait ma curiosité. J’avais l’impression que le parti disparaitrait d’autant plus qu’il y avait une bataille de clans dans les rangs pour la direction du parti.
Mais des élections se déclenchèrent et dans mon village, qui votait en majorité pour le père, j’ai constaté que le vote FN se maintenait et augmentait même. C’était de même dans les villages voisins des départements du Gard et du Vaucluse. Je ne comprenais pas car la presse maintenait une ligne fortement négative sur le FN et ses chefs. Elle en faisait des diables dangereux pour le bien être des français et le futur de la France. La campagne négative était si intense que les supporteurs du FN hésitaient à s’afficher ouvertement et à admettre en privé qu’ils votaient FN.
Avec le temps cela a changé. La diabolisation s’est évaporée au point que plusieurs de mes voisins, amis et connaissances m’apprirent qu’ils votaient FN. Des médecins, des gens d’affaires, des entrepreneurs, des professionnels, des enseignants, des ouvriers, des sportifs qui en ont marre des personnages politiques français actuels et qui veulent de grands changements en économie, en immigration, etc...
Après avoir eu confiance en Sarkozy, puis en Hollande, ils sont désespérés de la situation en France. Ils se sont mis à écouter Marine Le Pen. Et chaque jour, elle a gagné des points et continuent à le faire au point que l’on prédit qu’elle sera au deuxième tour de la prochaine élection présidentielle. Sera-t-elle capable de le gagner ? That is the question !  
Si, à cette élection, Marine Le Pen devient présidente de la France et vient en visite officielle au Québec, nos chefs politiques refuseront-ils encore de la rencontrer? Et si Donald Trump devient président des USA et visite le Québec, vont-ils le boycotter parce qu’il est plus à droite que Marine Le Pen ? Et madame Dussault à Radio-Canada sera-t-elle aussi irrespectueuse ?
Claude Dupras

mercredi 4 mars 2015

Réponse à un Montréalais tunisien né à Paris et musulman


Suite à mon dernier blog « La France, le Québec et la laïcité », j’ai reçu le commentaire suivant :
Bonjour M. Dupras
……
Concernant le livre d’Éric Zemmour, nous pouvons en discuter en long et en large, malheureusement je pense que les maux de la France sont beaucoup plus profonds que les thèses énumérées par ce journaliste qui, en passant, surf sur une vague qui fait de lui une personne qu’on invite aux émissions juste pour attendre la ou les polémiques (voir ce vidéo https://www.youtube.com/watch?v=-rk64vrYAvs).

Je vous invite aussi à regarder le vidéo d’un tête-à-tête avec Patrice Leconte, le cinéaste qui, lui, défend véritablement les valeurs françaises que sont la liberté, l’égalité et la fraternité, la moralité est très intéressante.
https://www.youtube.com/watch?v=1JExRkB7gxw

Quant à l’islamisation du Québec (qui n’aura jamais lieu), je vous en parlerai une autre fois en citant des personnes intellectuelles et des penseurs de renommée internationale d’origine Arabe tel que M. Tarak Ramadan que je vous invite à lire (justement voilà une joute verbale avec Éric Zemmour
https://www.youtube.com/watch?v=DytabnUE8To vous constaterez que M. Zemmour ne fait jamais le poids quand il est en face de personnes qui comprennent de quoi il parle).

Au plaisir de vous lire bientôt.


Excellente continuation pour votre blog que je trouve très instructif.
Cordialement.
K.
P.S : Je suis Tunisien (maghrébin), musulman et je suis né à Paris. (il vit et travaille à Montréal)
Bonjour monsieur K.

Merci pour votre message que j’ai bien apprécié. Je suis heureux que vous considériez mon blog comme un espace de discussion libre. C’est justement ce que je voulais. Malheureusement, certains participants n’y voient qu’un endroit de partisannerie politique. Je ne cache pas que j’ai mes opinions personnelles sur la politique, comme tout le monde, mais je cherche toujours à faire la part des choses et invite mes lecteurs à faire de même. J’accepte et évalue toutes les opinions car personne ne possède toute la vérité.
Pour votre information, je vis dans le sud de la France 4 mois par an, depuis 15 ans. J’ai vu, entendu et compris beaucoup de choses sur l’évolution de l’immigration maghrébine dans ce coin de ce grand pays. J’ai constaté la division claire et nette entre les Français et la population musulmane. Elle est aussi observable sur tous les réseaux sociaux où on amplifie les problèmes, les défauts... On ne se parle pas. Pour plusieurs de ces Français, le Front National, parti de droite de la droite, est la solution.
Je vais régulièrement au marché arabe d’Avignon-sud car j’aime cet endroit coloré, bruyant, aux odeurs remarquables, où tout bouge et où les étals débordent de produits de toutes sortes et de qualité, dont des viandes halal et des dattes d’Algérie. Pourtant, j’y vois peu de Français de souche. Ces arabes parlent arabe, un grand nombre des femmes sont habillées comme dans leur pays d’origine, plusieurs hommes aussi, et cela même s’ils sont en France depuis plusieurs décennies et que la grande majorité parle le français.
Pour mon travail d’ingénieur, je suis allé durant une période de 7 ans en Algérie. J’ai eu la chance de rencontrer des gens intéressants qui sont devenus mes amis et à qui, encore aujourd’hui (40 ans plus tard), j’aime écrire, échanger des idées et rencontrer. J’y suis retourné, il y a quelques années, pour un voyage de touriste avec mon épouse et nous avons bien aimé les retrouver à Alger et en Kabylie. J’ai aussi visité la Tunisie, le Maroc et trois fois l’Égypte. Ces rencontres et ces visites m’ont donné une connaissance particulière de ces pays, de leurs peuples, de leurs religions et de leurs politiques. Ces expériences m’aident dans mes réflexions. C’est peu, mais c’est utile. 
J’ai aussi eu comme employés dans mon bureau d’ingénieur-conseil, deux musulmans, un turc et un marocain. Ils étaient compétents. Un jour, ils m’ont demandé s’ils pouvaient faire leurs prières durant le temps de travail. J’ai accepté et je leur ai dédié un endroit privé pour ce faire. À l’heure convenue, on les voyait partir avec leur petit tapis roulé sous le bras et revenir quelques minutes plus tard. Ils étaient heureux, satisfaits et cela ne faisait pas de mal à personne. Ils se savaient respectés.
J’ai regardé les trois vidéos que vous recommandez et je les ai trouvés révélatrices et instructives sur le personnage Zemmour et sur les idées qu’il défend si bien. J’ai découvert Tarak Ramadan, un être impressionnant qui tient un discours conciliateur, explicatif et qui mérite d’être écouté par les gens des deux côtés du débat.
Je ne sais si vous avez lu le livre de Zemmour, « le suicide Français », mais à mon point de vue, son effet fera beaucoup plus que de faire passer son auteur sur une vague momentanée de popularité. Je crois que Zemmour, dont les parents étaient juifs d’Algérie, s’incruste dans la politique Française et y demeurera comme un des bons défenseurs de ceux et celles qui regrettent la France d’hier. Mais ce qui compte, en réalité, c’est demain et l’influence qu’aura tout ce débat sur l’avenir de la France. Je serais surpris que l’orientation politique actuelle du pays demeure ce qu’elle est. Le bon sens, la paix sociale et les Français méritent mieux que ça.
Comme vous, je ne crois pas en l’islamisation du Québec. C’est de la foutaise. Ce n’est que le fruit d’une peur collective qui s’est incrustée dans notre société depuis quelques années. Mais j’aimerais bien que la jeunesse maghrébine puisse s’y intégrer et y participer activement comme beaucoup d’autres ont fait dans le passé, sans toutefois oublier les particularités de leurs origines et de leur religion. Je ne parle pas d’assimilation, mais d’intégration. Les Québécois ont refusé, après la conquête, l’assimilation britannique et ne réclament pas d’assimiler les nouveaux venus sur leur territoire. Le passé a démontré leur capacité d’intégration : italiens, écossais, irlandais, grecs, polonais, européens de l’est, vietnamiens, hindous, autres asiatiques, etc… (il y a plus de 100 nationalités à Montréal).
Je sais que c’est possible pour les maghrébins francophones car quelques familles algériennes qui sont à Montréal et pour lesquelles j’avais signé, comme garant, les documents d’immigration, il y a déjà plus de 25 ans, l’ont fait. Leurs enfants sont devenus médecins, ingénieurs, éducateurs, travailleurs. Ils réussissent bien et font leur marque.
Malheureusement tout est devenu une question d’image, d’illusions. On s’imagine le pire. Peut-être faudrait-il inviter Tarak Ramadan pour donner des conférences au Québec auxquelles les médias pourraient assister et transmettre à notre population la réalité et le potentiel de l’immigration maghrébine. Ou encore trouver moyen de partager ses vidéos u-tube par les réseaux sociaux à un plus grand nombre de nos concitoyens. Je le souhaite.
Merci de votre intervention.

Claude Dupras

samedi 19 janvier 2013

Lance Armstrong, l’invincible menteur


C’est en 2000 que j’ai vu Lance Armstrong pour la première fois. C’était lors du départ de l’étape Avignon-Draguignan du Tour de France, près du pont d’Avignon. Il avait gagné un premier Tour en 1999, et en un rien de temps sa réputation était devenue quasi internationale. J’avais pu dénicher une place sur le pont d’Avignon pour bien l’observer. Il portait, à ce moment-là, le maillot jaune et était facilement détectable dans le tableau multicolore des dossards de coureurs et du cirque d’entraîneurs, d’aides et de journalistes qui faisaient partie du Tour. Un moment électrisant et inoubliable. Tous les yeux étaient rivés sur Armstrong.

Il avait un air reposé, calme, souriant et intelligent, et agissait avec affabilité et de façon amicale avec ses compétiteurs, la presse et les amateurs. Son apparence de puissance générait la confiance et la supériorité d’un champion imbattable.

Armstrong gagna le Tour de 2000 et ajouta en plus à son palmarès, cette année-là, une médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Sydney. Ce fut ainsi, d’année en années jusqu’au jour où il prit sa retraite en 2005 après avoir remporté le maillot jaune de sept Tours consécutifs. Du jamais vu. Mais il revint pour arriver 3ième en 2009 à Paris et 23ième en 2010. Et tout cela malgré que ses médecins lui aient découvert un cancer en 1996.

Face à la force et la supériorité d’Armstrong, des soupçons prirent racines. Dès le Tour de 2000, son équipe US Postal est visée et accusée d’être composée d’utilisateurs de drogue. Armstrong nie. Puis, l’année suivante, on les accuse de faire de l'autotransfusion sanguine de micro-doses d'EPO indétectables afin de prolonger les effets de la substance. Armstrong nie avec véhémence et poursuit en justice ses accusateurs. En 2006, il poursuit le London’s Sunday Times et gagne. Une société française lui paye 7,5 millions $ pour l’avoir accusé « faussement ».

En mai 2010, un membre de son équipe, Floyd Landis, avoue s'être dopé durant sa carrière et affirme que Lance Armstrong a fait de même. Ce dernier nie. La Food and Drug Administration (FDA) américaine ouvre une enquête qui mène nulle part et finalement, en 2012, c’est l’Agence américaine antidopage (USADA) qui décide de la poursuivre. Armstrong nie. Certains de ses anciens coéquipiers viennent attester qu'il « avait eu recours au dopage à l'EPO, aux transfusions sanguines, à la testostérone, et à la cortisone durant une période allant d'avant 1998 jusqu'à 2005, et qu'il avait auparavant utilisé de l'EPO, de la testostérone et de l'hormone de croissance en 1996 ». Armstrong nie toujours et assène des attaques virulentes contre celles et ceux qui l’accusent. Mais il est empêché de participer à des triathlons organisés par la World Triathlon Corporation et notamment l'Ironman de Nice en 2012.

Finalement, le 24 août 2012, Armstrong reconnaît indirectement les résultats obtenus par l’USADA qui portent sur « l’usage de substances et méthodes interdites, la possession de substances et méthodes interdites, le trafic, l’administration ou tentative d'administration à d'autres sportifs et assistance, l’incitation, la contribution, la dissimulation ou toute autre forme de complicité impliquant la violation d'une règle antidopage ».

Armstrong est sanctionné le 22 octobre dernier par l'Union cycliste internationale (UCI), qui retire les sept tours de France de son palmarès et le radie à vie. Armstrong nie toujours.

Finalement, avant-hier et hier, Armstrong avoue, lors d'une interview télévisée avec la renommée Oprah Winfrey, avoir eu recours à des pratiques dopantes pour toutes ses victoires au tour de France. Il nie néanmoins avoir forcé ses coéquipiers à se doper. « Oui, j'étais un tyran », concède Armstrong, qui reconnaît avoir fait pression sur ses coéquipiers pour gagner, mais il jure qu'il n'a jamais menacé de virer un coureur qui refusait de se doper ni menacé leur épouse. Il avoue à Oprah que dans le but de tout contrôler, il avait poursuivi des gens qui disaient la vérité. Il n’a pas voulu incriminer qui que ce soit d’autres et explique ses gestes par la « culture » de dopage qui existait au sein du cyclisme professionnel à son arrivée. Tous voulaient améliorer leur performance, dit-il, c’était « comme mettre de l’air dans les pneus ».

Pour minimiser les faits, il qualifie ses pratiques de dopage de « clairement professionnelles et intelligentes, mais en aucun cas à l’échelle de ce qui se passait en Allemagne de l’Est » dans les années 1980. On n’a qu’à se rappeler les JO de 1976 à Montréal, où les athlètes allemands de ce pays ont démontré leur supériorité dans presque toutes les disciplines.

Armstrong a donc été un tricheur durant toute sa vie de compétiteur cycliste. Fervent admirateur, j’en suis profondément déçu. J’ai toujours cru en lui car je ne pouvais pas m’imaginer qu’il mentait. N’a-t-il pas passé avec succès tous les tests de dopage, que ce soient ceux de l’UCI ou des JO ? Comment se fait-il que ces tests n’aient jamais rien détecté. Les organisateurs des Tours avaient-ils intérêt à garder Armstrong intact puisqu’il leur apportait beaucoup d’attention et de sous ?

Nous savons aussi qu’un très grand nombre d’autres coureurs se sont aussi dopés. Même Alberto Contador, qui a gagné deux Tours après Armstrong, a reconnu avoir pris des produits dopants. Quant aux non-dopés, dont on ne connait pas le pourcentage, ils étaient à la queue du peloton. On peut se demander, si ce n’est pas là qu’étaient, en fait, les vrais champions de tous ces Tours de France puisqu’Armstrong est le champion des dopés.

Avec le succès et l’argent qu’il a gagnés, Lance Armstrong a créé la Fondation Livestrong pour aider des malades du cancer. Aujourd’hui, il a dû quitter sa fondation et il voit ses revenus venant de commanditaires comme Nike s’évaporer. De plus, il est question que le gouvernement américain qui a financé l’équipe US Postal demande à être remboursé. Il est donc probable que d’autres pensent faire de même et Armstrong aura à faire face à de nombreuses poursuites judiciaires. Ajouté à la peine profonde qu’il fait à ses proches, il est un homme défait.

Armstrong a caché la vérité et a trop souvent nié avec véhémence les accusations proférées contre lui. Il s’en prenait méchamment à tous ceux qui affirmaient qu’il trichait, même lorsque les accusations étaient faites sous serment. Il a menti même après que ses coéquipiers eurent avoué.

Lance Armstrong a été façonné par son sport qui en a fait un immense champion. Malheureusement, il l’a déshonoré. Il ne sera pas accusé de parjure criminel, mais son pitoyable mensonge, qui a duré des années, est monumental puisqu’il visait à en faire un homme prestigieux, riche qui devenait une inspiration pour les cancéreux. D’un coup d’éponge, sa célèbre carrière professionnelle a été effacée des pages d’histoire. Ses records de cycliste sont devenus un record de honte.

Ce qui arrive à Lance Armstrong, qui a connu une gloire hors de l’ordinaire, devient une leçon importante pour tous les autres cyclistes et surtout pour tous ses jeunes admirateurs.

Claude Dupras

dimanche 5 août 2012

Pour oublier la politique et ses malheurs

Vous aimez la bonne vie, le théâtre, l’opéra, la chaleur, la bonne chère, l’histoire, la mer, je vous suggère d’inscrire dans vos projets de vacances futurs, un beau quinze jours dans la région d’Avignon et d’Orange en France en fin de juillet et début août. Rien de mieux pour changer le mal de place.

Où loger ? Internet vous permettra de dénicher un pied-à-terre dans un des nombreux beaux et vieux villages situés près d’Avignon, bien desservis par deux autoroutes qui mènent à Marseille ou à Barcelone.

Dans un premier temps, il y a la ville d’Avignon et son Palais des Papes, qui au XIVe siècle fut le siège de la chrétienté avec six papes et est la plus grande des constructions gothiques du Moyen Âge, son légendaire pont datant de 1184 où « on y danse » et son réputé festival de théâtre, le « in » et le « off ». Le premier est l’officiel et le second est le parallèle, que je recommande, qui réunit plus de 1 000 troupes d’artistes qui jouent quotidiennement plus de 500 pièces présentées dans toutes sortes d’enceintes plus originales les unes que les autres. Le choix est extrêmement varié, du classique au moderne en passant par le comique, et ça commence à 10h00 le matin non-stop jusqu’à minuit. On sort d’un théâtre pour entrer dans un autre et à ce rythme on peut voir facilement quatre bonnes pièces par jour, même plus, à prix très abordables. Les rues d’Avignon « intra-muros » sont spectaculairement animées par les innombrables troupes d’acteurs qui s’évertuent à attirer les spectateurs vers eux. La ville historique est belle et intéressante. La « bouffe » à la hauteur de la réputation française.

Cette année, le festival d’Avignon s’est terminé le 28 juillet. Puis, il y a le plus ancien festival français, les Chorégies d’Orange à vocation lyrique et musicale, qui présente dans l’antique théâtre romain d’Orange (à quelques km d’Avignon) des spectacles de grande envergure, de très grande qualité et forts impressionnants. Par exemple, les 28 et 31 juillet dernier on y jouait l’opéra inachevé de Puccini, le « conte chinois » Turandot.

Le Théâtre antique extérieur, témoignage de l'époque romaine devenu un des plus beaux monuments français, accueille 8 600 personnes dans son hémicycle. C'est le seul édifice du genre ayant conservé son mur à l’acoustique exceptionnelle et aux dimensions imposantes : 103 mètres de long, 37 mètres de haut avec sa scène de près de 72 mètres de long et une profondeur de 16 mètres. Suite à la chute de l'Empire Romain, le monument fut abandonné comme lieu de spectacle. Devenu un refuge pour la population, il fut restauré au début du XIXe siècle.

Turandot fut joué avec plus de 500 participants dont la soprano Lise Lindstorm, le grand ténor Roberto Alagna, Michel Plasson et son orchestre National de France, les chœurs des Opéra d’Avignon, de Nice, de Toulon, de Tours et l’ensemble vocal des Chorégies d’Orange.

Ce soir-là, la température était chaude, la lune pleine. Ce fut un spectacle inoubliable qui me donna envie d’écrire ce billet pour rappeler à mes lecteurs ces endroits merveilleux de Provence.

Puis, il y en a toutes sortes d’autres qui deviennent des activités intéressantes pour toute la famille, comme les uniques marchés de Provence dont celui du jeudi à Villeneuve-lès-Avignons et d’Uzès le samedi, les dimanches de l’Isle-sur-la-Sorgues avec sa brocante et ses antiquités, les spectaculaires défilés des carreto ramado dédiés soient à Saint-Eloi, Saint-Roch ou Saint-Jean qui honorent non seulement le cheval de trait mais rendent hommage aux récoltes agricoles de chaque commune du terroir des Bouches-du-Rhône, la maison de Frédéric Mistral à Maillane, les paillotes dont la « Bamboo » de la Grande Motte sur la Méditerranée pour profiter de la plage et du soleil (à une heure de route), les activités des manades de taureaux de la Camargue, les concours de « raseteurs » des courses camarguaises dans les villages, la visite des caves de vins des côtes du Rhône dont celles de Chateauneuf-du-Pape et de moins prétentieuses mais au bon vin comme celle du Domaine de la Rouette à Rochefort du Gard, la belle région du Lubéron décrite par l’écrivain anglais Peter Mayle dans « Une année en Provence », les villes romaines comme Nîmes et son arène, l’extraordinaire pont du Gard et ses 2 000 ans, la phocéenne Marseille et son marché matinal de poissons (à une heure de route), et encore et encore.

Oui, deux semaines de vacances durant ce temps de l’année dans ce coin de la Provence sont exceptionnelles, culturelles, distrayantes et instructives. C’est bon d’oublier la politique et ses malheurs.

Claude Dupras

lundi 2 avril 2012

Le péage ? Oui, mais…

C’est le premier ministre Maurice Duplessis qui inaugura en 1959, à Montréal, l’autoroute des Laurentides. Ce fut la première autoroute au Québec et elle était à péage. Vingt ans plus tard, le péage fut aboli par le premier ministre René Lévesque suite aux demandes pressantes des maires des villes de Laval, Ste-Thérèse, Lorraine, Boisbriand, Blainville et St-Jérôme. Ceux-ci avaient entrepris une campagne de persuasion, dans laquelle ils avaient investi beaucoup de temps et d’argent, afin de convaincre les politiciens d’éliminer le péage qu’ils qualifiaient de trop onéreux pour monsieur et madame Tout-le-monde. Ils soulignaient que ces derniers l’évitaient et empruntaient la seule voie alternative, la vieille 11, qui était toujours bondée et difficilement praticable. Ces bouchons, disaient-ils, affectaient aussi le développement résidentiel et industriel de leurs villes des Basses-Laurentides.

Aujourd’hui, lorsqu’on constate le développement extraordinaire de cet immense territoire qui va maintenant au-delà de St-Jérôme, on doit reconnaître que les maires et les conseils municipaux du temps ont rendu un grand service à leurs concitoyens passés et actuels. Depuis, les villes, sans exception, sont toutes devenues dynamiques, croissantes, belles et des endroits où il fait bon vivre et y élever des enfants. Le budget provincial a amplement été compensé par toutes les taxes qui lui sont venues des investissements nombreux de cette région qualifiée maintenant de « couronne nord de Montréal ». Celle-ci a aussi de plus en plus d’importance dans le schéma politique du Québec. C’est une preuve que le péage était un obstacle majeur.

Dans la région de Montréal, les péages furent supprimés pour les ponts Jacques-Cartier, Victoria et Honoré-Mercier en 1962 et pour le pont Champlain en 1990. Ce fut de même dans la région de la ville de Québec. Depuis, il n’y a plus de points de péage sur les routes du Québec. Les ponts libérés de péage ajoutés au nouveau tunnel Hyppolyte-Lafontaine à circulation gratuite, entre Montréal et la Rive-sud, ont aussi favorisé le développement extraordinaire qu’a connu la Rive-Sud. Comme quoi, la libre circulation est payante pour le Québec.

Mais depuis, l’hydre du péage remontre sa tête. En effet, depuis un an, le péage est réapparu sur le nouveau pont de la route 25 qui enjambe la rivière des Prairies à Laval et le sera aussi, bientôt, sur la route 30 de la rive-Sud sur la section construite en PPP (Partenaires Privés Publics).

De son côté, le ministre du transport du gouvernement du Canada vient d’annoncer son intention d’étudier la possibilité d’imposer à nouveau des péages sur les ponts Jacques Cartier, Honoré Mercier et Champlain. Il veut faire payer par les automobilistes-utilisateurs le nouveau pont Champlain que son gouvernement a promis de construire à Montréal, d’ici dix ans.

Premièrement, ce n’est pas un nouveau pont Champlain dont nous avons besoin pour remplacer l’existant. Pour éliminer, une fois pour toutes, les bouchons interminables qui y gênent la circulation, c’est un nouveau pont pour ajouter au pont Champlain existant remis à neuf qui est nécessaire.

Je suis en accord avec les péages si le principe suivant est respecté : Pour circuler d’un endroit à un autre en auto, le péage est acceptable à la condition qu’existe une autre voie publique gratuite, raisonnablement rapide, pour permettre à un automobiliste de se rendre à destination.

Ainsi, si un nouveau pont Champlain à péage est construit, le pont actuel réparé doit être libre de péage. L’automobiliste aura le choix : rentrer plus vite avec péage ou prendre un peu plus de temps sans péage. Pour la 30, l’alternative est la 132, une bonne route. Que la nouvelle 30 soit à péage est acceptable puisque la 132 est sans péage.

Par contre, si tous les ponts fédéraux redeviennent à péage, seuls le vieux et étroit pont Victoria et le tunnel Hyppolyte-Lafontaine, situé loin à l’est de l’île de Montréal, seront gratuits pour les automobilistes des deux rives du Saint-Laurent. Les Montréalais du centre et de l’ouest de Montréal de même que les citoyens de Brassard jusqu’à Chateauguay, Huntingdon et plus loin, se verront obligés de payer pour se rendre dans l’île de Montréal ou vers le nord car il n’y aura pas de voie alternative gratuite à proximité. Ce n’est pas juste et c’est inacceptable.

Il ne faut pas nuire au développement de Montréal ou des villes de la Rive-sud. Instaurer de nouveaux péages pour les ponts qui les relient sans assurer de voie alternative gratuite affectera économiquement et négativement toutes les villes desservies. Le passé nous l’a bien démontré. En plus, et c’est important, ils ajouteront d’importantes dépenses additionnelles de transport pour plusieurs contribuables et familles qui peinent déjà à rencontrer les deux bouts. Ce n’est pas une saine politique.

Quand les politiciens vont-ils prendre leçon du passé ?

Claude Dupras

Ps. En France, on respecte le principe que j’énonce plus haut par des routes alternatives identifiées « Bis ». Ainsi, d’Avignon à Lyon, il y a l’autoroute A7 à péage et la route identifiée « Bis Lyon ». Cette dernière est gratuite et passe normalement par les routes nationales. À remarquer, que le péage des autoroutes en France est de plus en plus coûteux et qu’une telle situation risque de se retrouver chez nous à la longue. Il vaut mieux y mettre un frein tout de suite.

samedi 30 juillet 2011

Le Contraire de l’Amour

Il s’appelle Mouloud Feraoun. Il était kabyle. Il était intellectuel, inculqué de valeurs françaises à l’école, et était devenu instituteur dans un petit village de Kabylie. Mais il était surtout romancier. La France pouvait être fière de lui puisqu’il était « un des plus beaux fleurons » de la colonisation française en Algérie. Il est mort en 1962, tué par l’O.A.S (organisation française politico-militaire clandestine) alors qu’il craignait d’être victime du FLN (Front de Libération Nationale algérien) à cause de ce qui pouvait apparaître chez lui d’une trop grande proximité avec la France.

Sensible à son peuple, il perçut les réactions changeantes de ses compatriotes dès le début de l’insurrection algérienne en 1954. Un an plus tard, il entreprit d’écrire son Journal quotidien sur la guerre, qui se développait rapidement, telle que vécue au niveau d’un village kabyle. Il y décrivit la peur, les actes de courage, les lâchetés, la torture, les viols, la mort omniprésente, les exactions... l’espoir.

Mouloud Feraoun aimait la France pour les valeurs humanistes qu’elle lui avait transmises, mais, en même temps, il déplorait son mépris constant pour la façon dont elle traitait les millions de musulmans de son pays et était devenu convaincu de la nécessité, sans appel, de l’indépendance de son pays.

Son Journal est basé sur des « choses vues » telles, les émotions, les colères, l’impuissance, le découragement et les espérances de l’indigène (comme les Français appelaient les Algériens) découlant des rapports humains entre le puissant colonisateur et le colonisé malgré lui.

Édité après sa mort, son Journal est qualifié comme « un document à plus d’un titre irremplaçable ». Malheureusement, la parution est maintenant épuisée.

Ce n’est que cette semaine que j’ai découvert Mouloud Feraoun, au festival « off » de théâtre d’Avignon, grâce à un petit entrefilet du journal Le Monde qui faisait état d’une pièce « Le Contraire de l’Amour » qui s’y jouait et qui « se révèle être un document passionnant pour comprendre l’insurrection algérienne ». Passionné moi-même par tout ce qui se dit sur l’Algérie, je suis allé voir cette pièce, basée sur le Journal de Feraoun. J’ai découvert un intellectuel déchiré dans sa double culture, française et kabyle, un homme vrai, sensible, modeste, exigeant pour lui-même et les autres, sans illusion, ironique, plein de vie et d’une rigueur intellectuelle à toute épreuve, qui malgré tout cherche des raisons pour garder la France en Algérie, mais n’en trouve plus.

J’en suis sorti ému et bouleversé. Choqué aussi, en me rappelant qu’après l’euphorie de la déclaration de l’indépendance, de la vraie liberté retrouvée par les Algériens (juste sortir le soir, regarder le ciel en était une puisqu’il n’y avait plus de couvre-feu), ceux-ci ont subi un gouvernement totalitaire communisant qui leur a fermé le monde, brimé leurs libertés individuelles, tué les opportunités pour faire valoir leurs talents et démoralisé la jeunesse par un chômage qui n’a cessé de perdurer.

Face à l’inaction de leurs dirigeants, Les Algériens se sont soulevés, élu le parti islamiste FIS, vu l’armée chasser ces derniers et les généraux reprendre le pouvoir, enduré le massacre de 200,000 d’entre-eux par les islamistes et la police, pour déboucher, encore aujourd’hui, sur un gouvernement fantoche toujours sous le contrôle de généraux corrompus. Encore récemment, les premiers soulèvements pour un possible printemps arabe algérien ont été écrasés durement par la police.

J’ai aussi pensé aux Français d’Algérie, les pieds-noirs, qui en 1961-1962 ont dû quitter subitement la maison de leur enfance, leur village, leurs amis, leur travail, leur milieu social, leurs biens et leurs acquis pour rentrer en France où ils durent refaire complètement leur vie. Ils devaient être découragés et se sentir perdus, peinés, déchirés et craintifs. Ils ont sûrement vécu un enfer impensable.

Cette pièce « Le Contraire de l’Amour » sera présentée à Paris en février 2012 à la veille des 50 ans de l’indépendance de l’Algérie. J’aimerais bien qu’une troupe de théâtre québécoise la reprenne aussi à cette occasion.

Cette étape des 50 ans devrait être un moment pour tous les Algériennes et les Algériens de réévaluer la situation de leur pays. Ce n’est pas normal qu’ils cherchent à tout prix à quitter leur pays pour vivre ailleurs, comme au Canada. À Montréal, ils démontrent qu’ils sont intelligents, travaillants, ambitieux et pleins de talents. L’Algérie est un territoire magnifique, capable de bien nourrir son peuple avec un climat impeccable. Il n’y a aucun empêchement naturel pour permettre à ce dernier de travailler et de vivre bien, heureux et prospère dans son propre pays. L’Algérie est spectaculaire, très belle avec la mer, les montagnes, le désert. Son histoire est captivante. Elle devrait être une vraie démocratie ouverte au monde. Des millions de visiteurs viendraient la visiter.

Il me semble que le temps d’une deuxième révolution algérienne est arrivé !

Claude Dupras

vendredi 31 juillet 2009

Dérapages policiers


Deux incidents similaires, aux USA et en France, viennent d’être rapportés intensivement dans les médias en rapport avec des réactions de policiers face à des citoyens.

Celui des USA a fait le tour du monde et a porté le président Obama a commettre une de ses premières erreurs de jugement puisqu’il a admis avoir parlé sans connaître tous les faits. En début de soirée, un professeur américain de Harvard, le renommé Henry Gates, tente, avec un ami, de débloquer sa porte d’entrée à coup d’épaule. Il a oublié sa clef. Une voisine aperçoit les ombres des deux individus qui forcent la porte et elle décide d’appeler la Police en décrivant la scène. Elle n’est pas raciste et ne qualifie pas les intrus de noirs. Mais la Police dans sa dépêche aux policiers circulant dans la région affirme sur les ondes que ce sont deux noirs.

Gates affirme au policier qu’il est chez lui et rouspète en disant des mots qui raisonnent à l’oreille du policier comme des insultes. L’officier invoque alors qu’il « trouble l’ordre public » et le met sous arrestation. Dès que la nouvelle est répandue par les médias, les leaders noirs américains sont choqués de ce qui arrive à Gates puisqu’il est un de leurs héros car il enseigne l’histoire des noirs américains et est un documentaliste reconnu à la chaîne de télévision publique PBS.

Quant à l’officier, James Crawley, il est reconnu comme étant non raciste et l’a prouvé au début de sa carrière en cherchant désespérément à sauver la vie du célèbre joueur de basket américain noir Reggie Lewis, par le bouche-à-bouche.

Heureusement, tout est bien qui finit bien. Les charges contre Gates sont retirées et le président Obama, qui avait lancé de l’huile sur le feu en déclarant que le geste de Crawley était « stupide », a dit regretter son affirmation et a invité Gates et Crawley à venir à la Maison Blanche prendre un verre de bière ensemble avec lui-même et le vice-président Biden.

Deux jours plus tard, le 18 juillet 2009, en Avignon, en plein festival au moment où la foule est d’une densité hors de l’ordinaire, l’un de ces extraordinaires mimes qui se transforment en statue et que l’on voit maintenant dans toutes les grandes capitales du monde, donne son spectacle. Il est tout de blanc vêtu et son interprétation est impeccable. Je l’ai vu quelques fois et j’ai remarqué combien la foule apprécie son talent. Ce jour-là, un père de famille, fort impressionné, remet quelques pièces de monnaie à son fils de 15 ans pour qu’il les dépose dans la boîte face à l’artiste.

Il y a là aussi, à quelques pas, un CRS (corps policier français formé aux techniques anti-émeute) qui s’est accoté, les bras croisés, sur le devant d’une voiture et qui fixe le mime. Certains ont même l’impression que ce policier est aussi un mime. Certains sont confus. Le père prend son appareil photo et le gamin qui veut plaisanter, dépose la pièce à côté de la boîte, devant le policier en lui disant « vous le faîtes drôlement bien ». Plusieurs personnes rient car ce n’est pas méchant. L’agent, se sentant outragé, s’offusque de ce geste et lui demande ses papiers. Le père réagit et affirme que la demande est injustifiée. D’autres témoins s’en mêlent, s’opposent à l’arrestation et le débat augmente d’intensité.

Le CRS appelle de l’aide. Son groupe y voit un refus de contrôle et un début d’émeute et interpelle quatre personnes : le fils, le père et deux passants qui sont menottés et placés dans le fourgon. La foule y voit une escalade démesurée par rapport à ce qui venait de se passer et plusieurs personnes vont témoigner au Commissariat où le père passera obligatoirement la nuit. Le tout ira en cour. Et dire que la France est reconnue comme étant le pays des droits de l’homme.

Quant au policier à la base de cette triste histoire, on croirait qu’il aurait été réprimandé, mais non. Les journaux ont rapportés que deux de ceux qui sont intervenus ont obtenu deux jours de congé pour des "blessures aux poignets, au dos et des contusions".

Quelques jours plus tard, je suis témoin d’une altercation entre un policier de notre village et deux personnes âgées. Le tout a commencé lorsque ce policier dirige le trafic à un détour mis en place pour éviter quelques travaux de voirie. J’entends un policier qui crie avec une attitude dingue pour faire avancer les automobilistes. Une automobiliste qui arrive d’une autre direction s’arrête alors que le policier lui fait signe. Elle est confuse. Il lui crie tout fort après avec des mots comme « Avance, la conne… ». Un couple de personnes âgées, situé près de lui, s’avance pour lui faire part de leur étonnement face au langage qu’il utilise et lui demande de changer de ton et d’être plus poli. Ils deviennent vite sa cible et il se met à les enguirlander, du fond de ses poumons. Il ne veut rien comprendre et l’engueulade dure de longues minutes. Je suis de l’autre côté du chemin, témoin de cette dispute, comprenant fort bien que mon intervention ne changera rien. Le couple jure que cela ne se terminera pas comme cela et veut faire une plainte officielle auprès des élus de la ville. À un des élus que je rencontre, je décris l’incident et m’offre comme témoin. Le couple a été entendu, mais le policier n’a reçu qu’une simple réprimande de ne pas recommencer, sans aucune punition.

Tout cela pour souligner que les policiers se doivent d’utiliser leur jugement avant de procéder à une arrestation ou remplir leur devoir de protéger le public. Le policier américain Crawley aurait pu faire la part de choses et croire M. Gates qui lui affirmait qu’il voulait simplement rentrer dans sa résidence. Et même si ce dernier refusait, par principe, de lui montrer ses papiers, le policier aurait pu s’informer et agir avec plus de sagesse. Quant au CRS en pleine foule estivale, il aurait pu aussi agir plus intelligemment et profiter de l’occasion qui lui était présentée de tourner cela à son avantage en acceptant avec un sourire le geste du jeune de 15 ans, car personne n’y voyait de geste moqueur envers lui.

Les corps policiers se doivent d’être respectés. Il en va de l’ordre et du bien être de tous les citoyens. Mais les membres des forces policières doivent aussi savoir comment agir avec doigté et respect des droits de chacun. Il me semble que cet aspect de bonnes relations du policier avec la population n’est pas assez développé. Souventes fois, j’ai remarqué des réactions aussi incompréhensibles que révoltantes de la part de policiers alors que tout aurait été plus facile pour eux s’ils avaient su comment s’y prendre. Ils auraient ainsi pu contribuer à améliorer leur image auprès du public. Nous ne vivons pas dans un système policier. Aux USA, en France et au Canada, nous sommes en démocratie et il est impératif que les droits de chaque citoyen soient respectés en tout temps. Le citoyen n’est pas l’ennemi du policier et vice-versa.

Claude Dupras

lundi 13 juillet 2009

Avignon : capitale du théâtre

Quel évènement que le grand festival de théâtre d’Avignon !

D’année en année, il grandit au point que la présente cuvée présente plus de 950 spectacles au rythme de plus de 650 représentations par jour, pendant 23 jours. De tous les coins de la France et du monde, des troupes d’acteurs et d’actrices viennent jouer dans des salles, majoritairement improvisées, pouvant accueillir de 40 à 200 personnes.

Il y a le « in », le festival officiel qui présente une trentaine d’activités théâtrales et il y a le festival « off » qui regroupe tous les autres participants et leur permet de démontrer leur savoir-faire sur les planches avignonnaises. Tous les grands auteurs sont joués. Le festival devient une grande vitrine pour les promoteurs de théâtre du monde qui y viennent nombreux pour juger de la qualité et de l’excellence de chaque troupe et pour décider lesquelles ils veulent engager pour venir dans leur théâtre respectif.

J’ai eu l’occasion de voir, entre autres, « Victor Hugo, mon amour » un spectacle d’Anthéa Sogno qui a monté cette pièce à partir des 23,650 lettres d’amour que se sont échangés Victor Hugo et sa maîtresse Juliette Drouet. Mme Sogno a mis en scène « leur vie intime, littéraire et politique ». Elle y joue admirablement bien et se révèle une très grande actrice. C’est un spectacle d’une rare intensité, enthousiasmant et plein de sensibilité, d’humour et d’émotions. Les décors et les costumes sont superbes et sont « une vraie fête pour l’œil et l’oreille ». De quoi réjouir ceux qui sont animés de sentiments enflammés et prêts à tomber amoureux ! C’est un spectacle sublime que j’aimerais bien voir jouer à Montréal car je crois que les Montréalais et les Montréalaises en deviendraient vite passionnés. Ce spectacle vaut, à lui seul, le détour par Avignon.

J’ai vu aussi « le préjugé vaincu » de Marivaux. Je ne connaissais pas bien cet écrivain français du 18e siècle, mais on me dit que cette pièce, peu jouée, fut l’un de ses grands succès tant critique que public. Le metteur en scène, Jean-Luc Revol, a transposé l’action de ce siècle dans les années ’50 et montre que les conditions sociales et féminines du temps de Marivaux tout comme celles des temps modernes sont empreintes de préjugés à faire tomber. Cette pièce classique devient un véritable bijou, aux couleurs pops, de rire et de fantaisie sur des airs de Mambo tout en maintenant le français parlé du 18ième siècle, qui a piqué ma curiosité. Magnifique et fort divertissant !

Ce ne sont que deux exemples de ce festival unique de théâtre qu’est le Festival d’Avignon. Si vous, lecteurs de ce blog, planifiez des vacances au sud de la France en juillet, quelque soit l’année, n’hésitez pas à venir passer quelques jours à Avignon. Vous pourrez assister à deux, trois ou même quatre pièces de théâtre par jour qui rendront vos vacances inoubliables.

Claude Dupras