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mardi 3 janvier 2017

2017, une année particulière de fêtes

Cette année, nous célébrons le 150e anniversaire du Canada et le 375e anniversaire de la ville de Montréal. Les festivités seront nombreuses et grâce aux moyens de communication contemporains, particulièrement les médias sociaux, les citoyens et citoyennes seront motivés de participer en grand nombre.

Je sais l’immense travail de planification, d’organisation, de financement et de réalisation que requièrent de telles réjouissances ayant été, en 1992, coprésident de la corporation Canada125 créée par le gouvernement du Canada pour organiser les fêtes du 125e anniversaire du pays. Les responsables ont toute mon admiration.
Ce jour-là, en 1990, j’étais en plein travail professionnel lorsque je reçu un appel téléphonique du ministre Gerry Weiner, secrétaire d’État du Canada, m’annonçant que mon nom avait été choisi pour être coprésident du comité organisateur des fêtes du 125e anniversaire du Canada avec un homme d’affaires d’origine macédonienne de Toronto. Je fus fort surpris et flatté de cette marque de confiance, mais j’hésitai devant cette proposition intéressante. Je n’avais pas vraiment le temps de remplir une telle tâche et si j’acceptais, je serais condamné à travailler presque tous les soirs et les weekends pour rencontrer mes obligations envers mes clients. Le ministre m’invita à le rencontrer à Ottawa pour en discuter avec le co-président. Ce que je fis. Finalement, j’acceptai et je me retroussai les manches.
Le ministère avait déjà mis en place un groupe de hauts fonctionnaires pour la préparation de la planification des fêtes. Quelques semaines plus tard, le macédonien démissionna et le ministre me demanda d’identifier un nouveau coprésident. J’ai compris qu’il devait venir d’une autre partie du pays que moi, préférablement de l’Ouest canadien. Je pensai à Frank King qui avait été le président du comité des Jeux Olympiques d’hiver de Calgary en 1988 qui avait connu un très grand succès. Suite à mon appel, ce dernier accepta et ensemble nous avons convoqué le conseil d’administration dont les membres avaient été choisis en grande partie par le gouvernement. Ils étaient tous de grands canadiens qui avaient fait leur marque dans des secteurs différents et étaient décorés de l’Ordre du Canada, dont une ex-ministre libérale.
Ce fut le début d’une aventure exceptionnelle qui m’amena dans tous les coins du Canada à la rencontre de milliers de Canadiens. Plusieurs activités demeurent dans ma mémoire comme lorsque je fus invité à lancer la première balle avant une partie des Blue Jays de Toronto pour souligner une activité de Canada 125 dans la ville reine, de même avant une partie des Expos de Montréal, à prononcer une courte allocution à l’ouverture du Stampede de Calgary devant plus de 50 000 personnes ou à parler à l’école Emilie-Tremblay à Yellowknife dans le Yukon à ses élèves et leur familles francophones de l’ouest canadien. 
Nous voulions réaliser quelques grandes activités mais surtout encourager les Canadiens à prendre des initiatives personnelles pour organiser, comme il l’entendait, les fêtes dans leur milieu. Une intense campagne télévisée fut conçue à cet effet et dirigée par une agence publicitaire renommée de Montréal. Elle porta ses fruits et plus de 22 000 activités furent reconnues, acceptées et organisées.
De plus, nous proposions de monter une grande activité dans chaque grande ville du pays. À Montréal, par exemple, nous avons réuni les orchestres symphoniques de Montréal et de Toronto au stade Olympique de Montréal avec trois grands chanteurs canadiens : un ténor, un baryton et une soprano. De plus, les tambours et les canons de l’armée canadienne furent invités pour produire les percussions nécessaires à l’« Ouverture solennelle 1812 » de Tchaïkovski qui était au programme. Plus de 65 000 personnes étaient présentes au parterre et dans les estrades. Le spectacle fut télévisé par Radio-Canada partout au pays, d’un océan à l’autre, à deux reprises, sur toutes les chaînes.  
En général, le gouvernement fut satisfait du résultat des fêtes.
Le comité organisateur voulait aussi laisser au pays un projet que nous qualifions de « projet-héritage » pour les générations futures. C’est ainsi que fut conçu et lancé le projet d’une piste transcanadienne « le sentier Canadien - Canada trail ». Des membres de Canada125 siégèrent sur le comité fondateur du projet dont Paul LaBarge, l’avocat de Canada125. Aujourd’hui, après 25 ans, il est toujours là comme président de la corporation du sentier.
Le but était de relier tous les sentiers du Canada dans un grand sentier en construisant des liens nouveaux, en réaménageant les parties existantes où nécessaires et en les rendant tous accessibles à un plus grand nombre de Canadiens possibles. Aujourd’hui, plus de 90 % des sentiers sont raccordés dans les 10 provinces et les trois territoires canadiens, pour une longueur totale de 23, 864 km. Incroyable ? Non, vrai !
Voici un court vidéo où Pierre Camu, un des proches collaborateurs de Canada 125 et un des mandatés pour lancer ce projet du grand sentier, parle du pourquoi du projet.
En furetant sur internet, le lecteur trouvera toute l’information sur ce projet important qui ne cesse de croître et de s’améliorer. On remarquera que le sigle du Grand sentier est celui de Canada 125, légèrement modifié.
Je souhaite aux organisateurs des fêtes du 150ième anniversaire du Canada et du 375ième de Montréal, un grand succès en espérant qu’ils sauront aussi laisser chacun un « projet-héritage » pour les générations futures qui leur rappelleront ces moments importants.
Claude Dupras

lundi 22 février 2016

 
Note : mon dernier blog date du 3 octobre 2015, moment où j’ai dû, pour des raisons personnelles, arrêter d’écrire mes textes. Les choses s’étant améliorées, il me fait plaisir de reprendre mes écritures. Merci à mes fidèles lecteurs et de commenter. Claude Dupras 
 
Le 22 février 2016
Le phénomène Trump
La politique américaine actuelle devient, jour après jour, de plus en plus intéressante. Elle se situe aujourd'hui dans la course pour le choix des candidats républicains ou démocrates pour la présidence du pays. Et celui qui ajoute davantage de piment dans ce brouhaha quotidien est le constructeur newyorkais Donald J. Trump qui vise à devenir président des États-Unis sous l’étiquette républicaine.   
C’est au début des années 80 que j’ai entendu parler, une première fois, de Trump. Il avait 36 ans et venait de construire le « Trump Tower » à New York. La réputation de la qualité architecturale et des caractéristiques de ce projet était devenue un sujet de conversation dans le milieu de la construction, particulièrement à Montréal où j’œuvrais. J’étais surpris de ce qu’avait pu réussir ce jeune entrepreneur dans la « Big Apple ».  
Pour construire sa tour, Trump avait dû démolir un édifice art deco, sur la 5e avenue, qu’il avait acheté à la surprise de plusieurs. Faisant fi des exigences municipales de conserver les anciennes façades sculptées du bâtiment existant, il voulait donner une allure contemporaine à son nouveau bâtiment qu’il imagina de 57 étages, une vingtaine de plus que ne le permettait le règlement sur un site si petit.
Trump proposa son plan mais les autorités le refusèrent. Pour les convaincre, il imagina l’idée, révolutionnaire pour l’époque, d’un bâtiment à multiples occupations. Il en dédia une partie pour des grands magasins et boutiques de détail, une autre pour des bureaux d’affaires et une dernière pour des résidences de haute qualité. Il convainquit IBM, propriétaire de l’édifice voisin à l’est, de relier leur bâtiment au sien par une arcade et fusionna ses étages inférieurs aux leurs. Il acheta les droits aériens de l’autre édifice voisin, propriété de Tiffany’s, imagina construire un immense atrium et en fit un espace public respectant les codes municipaux du temps. L’accès aux bureaux supérieurs s’y fera aussi. Cet ensemble plut à la ville et Trump obtint son permis. Mais, il n’avait pas fini car il voulait que la construction soit de très grande qualité afin d’attirer le plus grand nombre possible de personnes du public à son bâtiment. Ainsi, il recouvrit l’espace public de marbre blanc avec veines, de miroirs et de laiton avec sa couleur cuivre-jaune-or dominante. Il ajouta une attraction d’envergure, soit une chute d’eau de cinq étages sur une des parois du hall, visible des boutiques, des cafés, du pont qui traverse l’étang au bas des chutes et des escaliers mobiles. Le tout couronné d’une immense verrière. Dans les années ’80, c’était époustouflant pour un bâtiment commercial privé.
Trump réussit son pari et la « Trump Tower » devint dès son ouverture, un arrêt obligatoire pour les touristes newyorkais. Ce que mon épouse et moi firent, dès l’ouverture du complexe, et nous ne l’avons pas oublié.  
Trump continua sa carrière de promoteur et de constructeur et prêta son nom à des projets de qualité partout dans le monde, incluant Toronto et Vancouver. Il devint aussi une vedette de la télévision américaine avec l’émission The apprentice. Il est très connu et estime valoir aujourd’hui huit milliards $. C’est un success story hors de l’ordinaire qui démontre le talent de cet individu et ses qualités d’administrateur et de promoteur imaginatif et persuasif.
Cette année, Trump a décidé de plonger dans les « primaires présidentielles américaines » pour le Parti Républicain. À ce jour, il mène la course et les pronostics sont très bons pour lui, au grand désespoir de l’establishment du parti qui juge qu’il mine la crédibilité de leur parti et qui cherche par tous les moyens à dérailler sa campagne qui progresse trop positivement, à leur grand souci.
Trump arrive au moment où une grande majorité de républicains est choquée de ce qu’elle qualifie du peu de progrès de leur pays. Pour elle, le gouvernement gruge continuellement dans sa vie personnelle, la dette nationale dépasse toute proportion raisonnable, la politique étrangère est inquiétante, la pauvreté s’étend, les manufacturiers quittent pour d’autres cieux… 
Elle reproche à Obama d’avoir fait des ententes cordiales avec Cuba et l’Iran, le blâme de la poussée islamiste de Daech qui devient menaçante dans le monde entier, craint la modernisation de l’armée russe de Poutine et sa politique étrangère qui prend de plus en plus de place et d’importance sur l’échiquier mondial. 
 
De plus, elle veut abolir le nouveau programme de santé d’Obama, l’Obamacare, qui dérape à cause des honoraires des médecins et des prix de médicaments qui s’envolent. Elle est désespérée de constater que la politique libérale d’Obama s’engrange dans le public et que même les élus républicains, majoritaires au Sénat et à la Chambre des représentants, collaborent avec Obama comme ce fut le cas lors de l’adoption du dernier budget. 
 
De son côté, la droite religieuse est choquée de constater que les maisons de planification familiale, où se déroulent des avortements, persistent et prospèrent.

Et encore…   
 
L’avantage de Trump est qu’il a bien saisi l’inquiétude de la droite américaine. Il sait quoi dire et comment le dire. Il est la voix de l’opposition la plus agressive. Il est le seul qui est vraiment écouté. Il s’élève contre la Presse qu’il qualifie de mensongère et odieuse. Il est intéressant à écouter, à regarder et partout, dans les différents états où il réunit les républicains, les arénas débordent. Il aime à dire aux foules qu’il attire « this is fun ». Oui, ses grandes assemblées sont joyeuses et tout le monde s’amuse au dépend d’Obama, de la Presse, des leaders républicains et des autres candidats dans la course. Ses discours sont à teintes racistes, à propositions souventes fois ridicules sans toutefois affecter son image, bien au contraire. 
 
Trump finance sa propre campagne contrairement à ses adversaires qui reçoivent des centaines de millions de $ de compagnies qui se réunissent dans des groupes nommés SuperPac. Jeb Bush, par exemple, fils et frère d’anciens présidents, a dépensé plus de 100 millions de US$ depuis le début de la campagne qu’il a affectés à de la publicité négative contre Trump majoritairement et contre Marco Rubio, le candidat qui suit ce dernier. Résultat : Bush vient de démissionner de la course, faute d’appui.
 
La Presse, que Trump bafoue, transmet ses discours, son image. Il est la vedette de l’heure, celui qui affecte le plus positivement les cotes d’écoutes. Les dirigeants des médias le savent et le réclament. Il est un phénomène rare en politique car finalement, c’est la Presse qui le honnit qui répand son message et fait sa campagne.
 
Trump n’est pas un idiot. Il sait ce qu’il fait et ça marche. Il sait saisir les manchettes, même avec des propositions irréalistes comme la construction d’un mur entre le Mexique et les USA ainsi que l’arrêt total de la venue de tout musulman dans son pays. Il se maintient en tête des sondages et cela va continuer. Après Iowa (où il a terminé presque premier), New Hampshire (premier) et South Carolina (premier), il est en avance dans les sondages au Nevada et dans tous les prochains états qui voteront bientôt.  
 
La mer de ses supporteurs réagit positivement et aveuglement à ses nombreuses attaques contre ceux qui influencent le pouvoir comme l’establishment et les grandes corporations. La réaction de haine que Trump suscite, souventes fois justifiée, contre ces personnes ou ces groupes alimente sa popularité. Mais cela ne veut pas dire que Trump est le meilleur choix. Ce n’est qu’au moment où ses partisans mettront de côté leurs émotions pour penser à bien servir le conservatisme et la cause de leur pays que nous saurons vraiment si Trump a des chances de gagner la mise en candidature. Peuvent-ils lui faire suffisamment confiance pour lui confier les codes nucléaires ? Ses faux pas, ses positions libérales comme l’assurance santé pour tous (il a louangé le système canadien), sont-elles acceptables par les conservateurs du parti républicain ? De plus, comment déporter 11 millions de Mexicains illégaux et les laisser rentrer sans engendrer des dépenses gouvernementales extraordinaires ? Comment faire payer le mur par le Mexique ? Comment empêcher les musulmans d’entrer aux USA sans réactions mondiales coûteuses ? Comment gagner le vote espagnol et le vote arabe avec de telles politiques? Comment décentraliser le pouvoir, comme le réclament les conservateurs, s’il veut tout faire à partir de Washington ? 
 
Actuellement, Trump a mis l’establishment dans sa petite poche. Peut-il continuer ainsi car toutes les questions précédentes demeurent et méritent réponses ? Trump peut-il demeurer le « candidat teflon », qu’aucune de ses affirmations affecte, jusqu’au 18 au 21 juillet prochain lors de la convention républicaine à Cleveland dans l’Ohio ? 
 
La rage des gens de la droite américaine contre la Presse libérale et la direction inefficace du parti républicain est justifiable. Mais une rage incontrôlée alimentée par un candidat flamboyant, erratique, mal renseigné qui parle fort, cru, qui change d’idée et qui émet des idées libérales par moment sera difficile à gober et risque d’éclater avec les républicains en congrès. Est-ce là que les négatifs de Trump l’emporteront sur ses positifs? Ses propositions irréalistes et flagrantes peuvent-elles être oubliées ? Ses partisans en ont fait un héros capable de sauver l’Amérique mais l’establishment du parti le voit comme un candidat à qui on ne peut confier l’immense pouvoir qu’a un président américain, réussira-t-il à l’arrêter ? 
 
Je n’en suis pas certain. 
 
Claude Dupras  
 
 
                 

mardi 7 avril 2015

Conditions pour le retour des Expos à Montréal : Un stade de baseball couvert et des poches profondes !

On parle beaucoup à Montréal du retour possible de notre club de baseball « Les Expos ».
Revenons à 1967, lorsque la Ville de Montréal fait les démarches en vue de l’obtention d’une franchise de la Ligue Majeure de Baseball. Elle trouve un preneur en Charles Bronfman. Montréal est choisie en 1968. 

Pour le loger, Montréal n’a, à ce moment-là, que le vieux stade Delorimier en décrépitude et celui de l’Autostade de l’Expo 67, qui n’a pas la configuration d’un stade de baseball. Il y a aussi un petit stade existant au parc Jarry. La ville le choisit, le modifie et l’agrandit pour accueillir notre nouveau club que le maire Jean Drapeau nomme « les Expos de Montréal». La joute d’ouverture a lieu 14 avril 1969.
Montréal est une ville de baseball. Elle a une équipe professionnelle depuis 1897, les Royaux de Montréal, sauf pour une interruption de 1917 à 1928. De 1939 à 1960, l’équipe est le club-école des Dodgers de Brooklyn de la ligue Nationale. De grands joueurs noirs dont Jackie Robinson, Don Newcombe, Roy Campanella, Roberto Clémente y jouent en attendant que les autorités des ligues majeures acceptent la venue de joueurs de couleur. Rejetés, ils se sentent bien à Montréal car il n’y a pas de ségrégation raciale. Les Montréalais sont gâtés d’avoir de si grands joueurs dans l’équipe de leur ville. Ils sont solidaires de leur cause, de leur bataille et en font la leur. Finalement, la barrière anti-noirs des ligues majeures est brisée par le propriétaire des Dodgers, Branch Rickey, qui les intègre dans le grand club. Les Montréalais sont heureux. Le problème de ségrégation les a marqués profondément et leur réaction positive a fait en sorte que le baseball est devenu pour eux plus qu’un jeu. C’est une mission réussie qui fera partie dorénavant de leur ADN, comme dit le maire Coderre.
En 1960, les Royaux quittent Montréal suite à une décision de la direction des Dodgers qui a déménagé son équipe à Los Angeles dans l’Ouest américain et qui veut que son club-école soit à proximité. Heureusement, en 1968, les Montréalais héritent d’un nouveau club de baseball professionnel grâce à une expansion de la Ligue Nationale. Deux nouveaux clubs sont ajoutés, Montréal et San Diego. Et là, tout devient fantasmagorique. Les Montréalais rêvent. Le stade Jarry accueille, souventes fois, 30 000 spectateurs. Certains jours, il y a de la neige, du temps froid et venteux, de la pluie. Rien n’arrête les amateurs dont certains qui se présentent en costume de motoneigiste. Mais l’assistance est directement liée aux victoires des Expos et au climat. En 1976, ils connaissent une année de misère et la moyenne de spectateurs fléchit à 7 084 spectateurs par match. 
Puis les JO de 1976 obligent Montréal à construire un stade olympique. Il est conçu aussi pour tenir compte des besoins de divers sports, dont le baseball. Il aura un toit ouvrant, à partir de 1989. En 1977, les Expos y élisent domicile et le match d’ouverture est joué devant 57 000 spectateurs. Avec les années, les Montréalais apprécient les grandes vedettes du club : Carter, Dawson, Rodgers, Raines, Cromartie… En 1983, les expos attirent 2,320,000 spectateurs pour une moyenne de 28 641 par match. Super !
Par contre, 1989 déçoit malgré tous les efforts de Bronfman pour gagner un championnat. Il est découragé et, en 1991, vend le club à un consortium de Montréalais sous la direction de Claude Brochu. Mais la malchance les attend. La toile du stade se déchire, une poutre du stade s’effondre et le club doit jouer ses 13 derniers matchs locaux à l’extérieur. L’équipe subit 91 défaites et l’assistance, pour la première fois, tombe sous le million de spectateurs (moins de 12 300 par match).
Heureusement, en 1993, avec un nouveau gérant, Felipe Alou, le club remporte 94 victoires et acquiert le lanceur vedette Pedro Martinez. Puis en 1994, grimpe en 1ère place avec une avance de 6 parties lorsqu’une grève, déclenchée le 12 août par l’Association des joueurs, vient mettre fin aux espoirs des Montréalais de voir leurs Expos accéder pour une première fois aux séries éliminatoires et fort probablement à la série mondiale. Le conflit prend fin le 31 mars 1995.
Brochu a des problèmes financiers et blâme le stade olympique pour ses déboires. Il se débarrasse des vedettes de 1994. Le club est dernier en 1995. Mais 1996 est meilleure et Brochu annonce son intention de construire un nouveau stade au centre-ville de Montréal. Le gouvernement québécois refuse d’y participer financièrement, avec raison. Pendant ce temps, une nouvelle vedette émerge, c’est Vladimir Guerrero qui fait rêver les partisans. Puis Brochu se voit forcer par les actionnaires de quitter la direction du club.
En 1999, l’assistance chute à 750 000 spectateurs pour une moyenne de 9 260 par match, malgré une saison extraordinaire de Guerrero. Puis, un américain Jeffrey Loria, devient le nouveau commandité et l’espoir revient. Mais rien ne fonctionne en 2000 : absence de contrats de télédiffusion et de radiodiffusion anglophone, assistance décevante, blessures aux joueurs-clé, dollar canadien à la baisse… Pourtant, Guerrero joue de façon extraordinaire.
En 2001, le grand coach Felipe Alou est remercié de ses services et l’assistance s’écroule à 642,748 spectateurs. En 2002, avec 39 circuits et 40 buts volés, Guerrero entraine son équipe qui remporte 83 victoires. Malheureusement, les Montréalais écœurés par Brochu ne répondent plus. En 2003, les Expos se voient forcer de jouer 22 parties locales à Puerto Rico pour renflouer leur caisse.
En 2004, la Ligue annonce le déménagement de la franchise des Expos à Washington. 31 395 amateurs sont au dernier match le 29 septembre.
Au total, durant 35 ans, les Expos n’ont jamais remporté le championnat. Près de 49 millions de spectateurs ont assisté à leurs matchs, soit une moyenne de 1,4 millions par année pour 17,283 par match.
Aujourd’hui, moins de 11 ans après leur départ, les Montréalais nostalgiques veulent leur retour. A lire l’histoire que je viens de raconter, est-ce réaliste ? 
Une chose est certaine. Les nouveaux propriétaires devront avoir des poches profondes. Les 87 années de l’histoire du baseball à Montréal nous enseignent qu’ils doivent avoir de telles poches, car les années grasses sont régulièrement suivies d’années maigres. Bronfman soutenait économiquement son équipe contre vents et marées. Le groupe de Brochu, avec ses multi-millionnaires francophones, se disait incapable. Ceux qui moussent l’idée d’un retour des Expos aujourd’hui, sont-ils du genre Bronfman ? Je l’espère. Sinon, nous nous retrouverons dans quelques années dans la même position qu’en 2004.
Ces événements surviennent alors que le nouveau commissaire du baseball, Rob Manfred, a déclaré, plus tôt cette semaine, que si Montréal voulait un jour accueillir une équipe du baseball majeur, il lui faudrait se doter d’un nouveau stade. Quelle condition farfelue ! C’est comme s’il ne sait pas que le stade Olympique existe. Le maire Coderre et d’autres disent comme lui. Ils semblent tous avoir été endoctrinés par Brochu. C’est une erreur.
Si une telle proposition se concrétise, j’espère que les gouvernements canadiens, québécois et la ville de Montréal ne contribueront pas directement ou indirectement à la construction d’un tel stade.
Un nouveau stade doit être couvert. Il coûtera cher et cela se répercutera sur les coûts des billets qui déjà aujourd’hui sont très chers. Donc, le père de famille qui voudra amener sa femme et ses enfants à une partie de baseball devra payer un coût total très élevé à Montréal. C’est un facteur important à considérer si on veut avoir du monde au Stade. En 1969, le prix était de $ 5. En 2004, il était de $ 40. Aujourd’hui à Toronto il est de $ 70. Que sera-t-il-en 2018 ?
Lorsque l’assistance diminua au parc Jarry on blâma le stade non couvert.  En 2004, on blâma la grandeur du stade olympique. Chaque enceinte a connu ses jours de gloire et ses jours de honte.  Ce n’est pas une question de stade, mais celle de présenter, en tout temps, toujours la meilleure équipe possible. Sans détour.
Le stade olympique est un endroit vivant. Il répond à tous les critères. On y est confortable. Des travaux ont été faits durant les années 90 pour rapprocher le marbre des spectateurs. Deux stations de métro le desservent, son parking à une capacité de milliers d’autos, sa situation au centre de l’île de Montréal le rend facilement accessible. Il a été bien pensé. Il est couvert. Il faut cesser de le vitupérer malicieusement pour justifier la construction d’un nouveau stade. Ça fera ! 
Le stade Olympique a coûté cher aux payeurs de taxes et continue à coûter cher. Il faut augmenter son taux d’occupation afin d’aider à son financement. 81 parties des Expos dans une année, c’est beaucoup de jours occupés. Ils doivent jouer dans le Stade olympique.
Claude Dupras  

  

 

 

samedi 31 mai 2014

Les femmes de vétérans

Quelle image désolante que celle du ministre canadien des anciens combattants, Julian Fantino, se faufilant dans un corridor du parlement pour éviter volontairement d’écouter la complainte d’une femme d’ancien combattant, Jenifer Migneault, qui finalement a crié pour se faire remarquer par la presse. La télé nous montrait le ministre lui tournant le dos et accélérant le pas pour se sortir de cette situation.

Elle a bien fait. Tout ce qu’elle veut, c’est une rencontre avec le ministre pour lui faire part de la vie qu’est la sienne et celles de milliers d’autres épouses ou conjointes d’anciens combattants face au symptôme de stress post traumatique (SSPT) qui afflige un très grand nombre de nos soldats après leur retour à la vie civile.

Fantino, ancien chef de police de Toronto est député et ministre conservateur en fonction depuis près d’un an. Il est un dur qui n’accorde aucune importance aux relations humaines dans sa fonction.

Cela arrive au même moment où l’ex-lieutenant-général Dallaire démissionne de son poste de sénateur pour consacrer tout son temps notamment à ses recherches sur le SSPT (un mal dont il souffre) et à la lutte contre le phénomène des enfants soldats. Il faut se rappeler que ce vaillant soldat avait crié aux pays du monde entier, dont la France, la Grande-Bretagne et les USA, d’envoyer des troupes supplémentaires pour prévenir le déclenchement des massacres au Rwanda en 1994. Il n’avait pas été entendu et depuis, a toujours dénoncé cette inaction.

Nos soldats sont de jeunes volontaires qui sont déplacés sur différents fronts de guerre au monde. Ainsi le mari de Mme Migneault a fait partie de quatre missions importantes au Golfe, en Irak, en Haïti et en Syrie. Leur retour à la maison n’est pas toujours de tout repos car plusieurs se découvrent un trouble réactionnel découlant d’une blessure opérationnelle. Il vient, généralement, d’un évènement traumatique, qui les a marqués, comme la confrontation avec la mort, la peur de mourir ou lorsque leur intégrité physique ou celle d'un de leurs compagnons d’armes a pu être menacée. Cela a provoqué une peur intense, un sentiment d'impuissance ou un sentiment d'horreur. C’est le SSPT. Pour plusieurs, cela peut être de courte durée, pour d’autres, comme le mari de Mme Migneault, il se chronicise.

On peut facilement imaginer la répercussion sur les membres de la famille, particulièrement l’épouse, aux prises avec, ce qui est en fait, le prix ultime à payer pour le déploiement militaire de leur mari au service de leur patrie.

Le soldat Migneault a dû attendre sept ans avant que son syndrome soit reconnu et, malgré une médication hebdomadaire, les cauchemars continuent, l’anxiété persiste, la honte est pénible, le déni est perceptible, l’humeur est affectée, le suicide guette... La détresse est si présente qu’il ne peut être laissé seul. Les enfants ne comprennent pas, la famille souffre et celle qui encaisse tout, c’est l’épouse ou la conjointe.

Mme Migneault a cherché à confronter le ministre pour revendiquer de l’aide pour ces femmes qui ne sont « pas outillées pour bien accompagner les vétérans ». Dans son cas, ce n’est que lorsqu’elle a atteint le fond du baril et crié à l’aide qu’elle a obtenu une aide psychologique. Elle considère important que le ministre la voit, la rencontre, l’écoute car elle est l’image de toutes celles qui, comme elle, vivent des vies difficiles. Elle veut que le ministre ressente, avec raison, que toutes ces personnes doivent être reconnues comme des aidants naturels et qu’elles soient aidées dès le retour de leur soldat.

J’aime parler avec des vétérans. Je m’en fais un devoir car ces individus ont risqué leur vie afin que nous puissions vivre dans une démocratie saine, prospère et protéger. Dans les derniers mois, j’en ai rencontré deux. Un au Québec, l’autre à Puerto Rico. Je leur ai posé la même question « comment vous aide votre gouvernement ». Dans les deux cas, la réponse fut similaire : « rien, si on n’est pas blessé ». Ces hommes et femmes qui ont été enrôlés durant plusieurs années ne reçoivent pas d’appuis pour leur retour à la vie civile. Pas d’aide psychologique spontanée, pas d’aide pour trouver un emploi, pas de cours d’orientation pour parfaire leur éducation, pas de pension… seul l’hôpital militaire pour vétérans à leur disposition. Cela me semble injuste. Dans les deux pays, la réaction gouvernementale est similaire.

Aux USA, la colère des GI américains vient d’avoir raison du secrétaire américain aux anciens combattants qui a dû démissionner et Obama a promis « que son successeur se préoccupera davantage de leur sort ». À quand la démission de Fantino, qui refuse de rencontrer l’épouse d’un ex-soldat qui veut le sensibiliser afin que toutes les femmes qui accompagnent un vétéran qui souffre profondément de son service militaire, soient "outillées" pour les aider ?
Claude Dupras

mercredi 28 mai 2014

D’un Montréalais à l’autre : de Marcel Côté à Xavier Dolan

Marcel Côté est né dans la ville minière de Malartic du nord-ouest québécois. Après ses études élémentaires, secondaires et collégiales, son intérêt porte sur la culture scientifique, la technologie et l’économie. L’Université d’Ottawa l’accueille et il obtient un baccalauréat en sciences physiques. Puis, il s’enrôle à l’Université Carnegie Mellon de Pittsburg où, trois ans plus tard, il termine avec succès une maitrise en sciences économiques.

Avec ce bagage de diplômes, Marcel Côté enseigne aux universités de Sherbrooke et de Montréal et, quelques années plus tard, fonde la société SECOR, conseil en stratégie et management. Avec le temps, la firme couvre le Canada avec des bureaux à Québec, Toronto et Vancouver. Puis, elle s’internationalise en installant des antennes à New York et Paris. Son succès vient du fait qu’il est un brillant économiste dont l’approche conservatrice est recherchée dans le monde. En 1986, il reçoit le titre de Fellow du centre des affaires internationales de l’université d’Harvard.

Sa mort récente lors d’une randonnée cycliste au Québec a bouleversé notre société. Ses concitoyens n’ont cessé de parler de la dimension hors de l’ordinaire de cet homme simple, racé, ouvert et compétent, lui rendant ainsi un hommage grandement mérité. Les parlementaires québécois ont souligné à l’Assemblée Nationale son apport à notre société et le maire de Montréal qui avait confronté Marcel Côté comme candidat-adversaire à la dernière élection municipale et s’en était fait, depuis, un bon ami, a déploré le départ de cet homme brillant, solide en soulignant que Marcel Côté avait collaboré étroitement avec lui et le président du comité exécutif de la ville pour les aider à bien orienter Montréal vers le futur, et cela bénévolement.

Membre de nombreux conseils d’administration, de mouvements d’affaires, de culture, de charité et de sport, il ne refusait jamais d’aider et de participer activement au développement positif de ces groupes que ce soit le YMCA, la fondation du Grand Montréal, l’institut de recherches en politique publique, l’orchestre symphonique de Montréal, les amis de la montagne, Montréal en lumière, Action Canada, la fondation neuro-Canada, la compagnie de danse Marie Chouinard, la table d’action en entreprenariat de Montréal et des dizaines d’autres. Compétent et généreux de son temps et de son argent, il s’est avéré un grand philanthrope, un homme de vision, un bon dirigeant, un excellent conseiller de premiers ministres, un individu qui aimait le genre humain qui possédait un sens naturel de la justice et qui cherchait constamment a améliorer le sort de ses semblables par des dons et par la fondation ou le soutien d’œuvres de toute nature pertinentes à leurs besoins. Toujours sans rechercher le profit et de manière désintéressée.

Il y a quelques mois, je lui ai demandé d’aider le fils d’un ami français qui voulait rejoindre les rangs de la compagnie KPMG, qui avait acheté SECOR, où Marcel Côté agissait toujours comme membre du conseil d’administration. Ce garçon voulait simplement avoir l’opportunité d’être admis à un examen d’entrée pour travailler dans ce groupe important, en Europe. Marcel Côté a accepté et dans un voyage à Paris a fait en sorte qu’il puisse faire valoir ses qualités devant le comité de recrutement de la firme. Malheureusement, le jeune n’a pu démontrer qu’il était à la hauteur de ses attentes. Cette décision m’a démontré, encore une fois, sa dimension humaine et son impartialité.

Montréal va manquer son grand citoyen Marcel Côté.

Au même moment, une bouffée d’air frais nous est venue de Cannes où se déroulait le festival annuel de films.

Un jeune cinéaste montréalais Xavier Dolan devenait, subitement, la coqueluche de la croisette et une vedette montante mondiale. Ce n’était pas son premier festival malgré ses 25 ans. Son nouveau film « Mommy », le cinquième qu’il produisait, est devenu un « hit » au point qu’une ovation de 12 minutes suivit sa projection. Mais ce qui est encore plus révélateur est le niveau de popularité qu’il a acquis. Les journalistes et photographes s’arrachaient non seulement ses commentaires et des « clichés » intéressants mais sollicitaient son autographe, pour eux-mêmes et leurs proches. C’est la vedette de son film, Anne Dorval, qui témoignait de la reconnaissance acquise par le jeune montréalais : « les gens criaient son nom. C’était impressionnant de voir les gens hurler comme s’il s’agissait de Mick Jagger. Les filles pleuraient, je n’ai jamais vu une chose pareille ».

Né à Montréal d’un immigrant égyptien devenu auteur-compositeur-interprète et comédien québécois, Manuel Tadros, et d’une mère, Geneviève Dolan, chargée des admissions dans un collège de la métropole, il est dès l’âge de 4 ans une petite vedette dans les réclames des pharmacies Jean Coutu, puis il double la voix de Ron dans Harry Potter et joue dans la série « Omerta » à sept ans, etc. Il n’aime pas l’école car son attention est ailleurs. Il aime l’action du monde cinématographique.

À 15 ans, son père change de compagne. Xavier Dolan quitte l’école, est désabusé, se pense devant rien mais possède 150 000$ venant de ses cachets de comédien mis de côté par ses parents. Il cure son mal en écrivant le scénario de son premier film « J’ai tué ma mère ». Il le propose à plusieurs producteurs qui le refusent. Finalement, il décide de le faire lui-même… Dans ce travail, il n’a pas le temps d’être indulgent et le démontre par son intransigeance, son impatience et ses crises violentes. Il est exigeant jusqu’à la cruauté. Il sait ce qu’il veut et ne peut se satisfaire de moins. Vivre intensément est son besoin urgent. Réaliste, il réclame vivement la critique. Il fait toutes les « jobs » : acteur, scénariste, producteur, monteur, chef décorateur, costumier, éclairagiste, directeur artistique… En 2009, il se retrouve à Cannes pour la projection de son film. C’est un succès… mitigé. Un premier. Depuis, il a fait un film par an et en plus de Cannes, il est aux Oscars, aux Césars, au festival de films de Toronto, au Mostra de Venise… où il remporte des nominations importantes et des prix.

La bouffée d’air frais n’est pas venue de tout ce branle-bas spectaculaire, mais des propos qu’a tenus Xavier Dolan suite à son récent succès à Cannes dont à l’émission 24/60 de Radio Canada que j’ai eu l’occasion d’écouter. Une phrase m’a particulièrement frappé : « Il n’y a rien comme l’art, en fait, pour imprimer dans l’imaginaire mondial l’existence d’un peuple » démontrant ainsi que l’art est aussi important que la politique et la science dans la société. Quelle vérité, mal comprise par trop de Québécois!

Il dénonce les blogueurs démagogues qui traitent les artistes « de parasites qui vivent aux crochets de l’État et qui font la grande vie à Cannes » et espère que ses succès permettront de faire évoluer les mentalités. Il s’est adressé particulièrement aux gens de sa génération en les encourageant à avoir confiance en eux et à ne pas être pessimistes quant à l’avenir. « Rien n’arrête quelqu’un qui est travaillant, quelqu’un qui espère ».

À l’animatrice de l’émission, Anne Marie Dussault, qui l’interrogea sur les idées politiques de sa génération, il a spontanément répondu : « Ma génération s’est détournée du Parti Québécois, mais pas du projet d’indépendance, qui n’est pas mort ». Je crois qu’il y a beaucoup de vrai dans cette affirmation et ce devrait être un avertissement à tous ceux qui croit que la question nationale est définitivement enterrée.

Quant au rêve d’obtenir la Palme d’or de Cannes, Dolan a démontré sa sensibilité en affirmant qu’il ne l’espérait pas « pour satisfaire son ego mais plutôt mais pour nous tous (Québécois) comme image, comme métaphore de notre identité, pour qu’on nous reconnaisse ».

Québécois dans l’âme, il déclare : « J’ai suivi le Québec qui nous suivait. On a senti la vague d’amour, de la part des cinéphiles et de tout le monde. Nous avons senti leur soutien et leur amitié ».

Xavier Dolan ressentait le besoin de retourner aux études avant le succès qu’il a connu à Cannes. Mais il veut maintenant surtout ne pas pénaliser son film « Mommy » en assurant, de façon ordonnée, sa distribution dans le monde. Il semble ne pas se formaliser de sa nouvelle célébrité, malgré qu’il ait reçu des offres concrètes de grands studios américains.

Quel plaisir de suivre l’évolution de ce jeune homme ! Quel style ! Quelle bonheur de l’entendre expliquer ses points de vue dans un langage châtié, en français ou en anglais ! Quel magnifique personnage!

Montréal a perdu un grand Montréalais en Marcel Côté mais en a gagné un nouveau, différent mais aussi de grande qualité, en la personne de Xavier Dolan.

Claude Dupras

jeudi 18 octobre 2012

Et si les Anglais n’étaient pas partis !


C’est en lisant l’article « As Quebec decays, Toronto seizes greatness » (Alors que le Québec se détériore, Toronto s’imprègne de grandeur) de lord Black dans le National Post que le sujet de ce billet m’est venu.

Conrad Black est né au Québec. Diplômé, dans les années ’70, en droit à l’université Laval de Québec et en histoire à McGill, il achète le journal Sherbrooke Record qui dessert la minorité anglophone des Cantons-de-l’est. Ce sera le début d’une épopée extraordinaire durant laquelle il deviendra propriétaire d’innombrables et importants journaux canadiens, américains et britanniques, un baron de la presse. Il quitte le Québec pour Toronto et plus tard renonce à sa citoyenneté canadienne pour devenir citoyen du Royaume-Uni où il devient membre de la chambre des lords britanniques. Mais certaines de ses transactions d’affaires attirent l’attention de la SEC, l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers. En 2007, il se retrouve au milieu d’un scandale financier en rapport avec les entreprises de son holding et est traduit en cour pour fraude. En 2007, il écope de six ans et six mois de prison. On le libère sous caution en juillet 2010 et il attend le résultat de son appel à la condamnation, puisqu’il se considère innocent des charges portées contre lui. Black est aussi biographe et a écrit l’histoire de Maurice Duplessis, premier ministre du Québec et des présidents américains F. D. Roosevelt et Richard Nixon.

En tôle, Black écrit sur l’actualité politique et le National Post, qu’il a créé, reproduit ses textes. Depuis sa libération, il continue. Son plus récent, mentionné précédemment, a choqué un grand nombre de Québécois. Blogueurs et chroniqueurs francophones l’ont décrié. Black y explique les raisons de l’exode hors-Québec de 500 000 Québécois anglophones durant les années ’60 à ’90. Il blâme les pressions nationalistes, les hauts taux de taxes non-compétitives, la redéfinition sans fin de l’utilisation de la langue anglaise comme si c’était un privilège et que l’on peut amender sans cesse par des lois comme la loi 101, etc.

Plus de cent sièges sociaux de compagnies importantes et d'un grand nombre de leurs sous-traitants ont quitté le Québec. Le « brain drain » a coûté plus de 100 000 diplômés de nos universités qui nous ont quittés pour s’installer hors-Québec. Des hommes et des femmes d’affaires d’envergure, des professionnels expérimentés, des créateurs reconnus et autres de bon calibre nous ont laissé pour aller travailler ailleurs. Et je pourrais continuer… Mais mon propos n’est pas de ressasser tout ça, mais de poser la question : Et si les Anglais n’étaient pas partis ?

Mais avant d’attaquer directement cette question, on peut se demander si nos concitoyens anglais ont eu raison de nous quitter. Selon eux, leurs droits étaient bafoués, leur identité sociale diminuée, leur langue et leurs traditions attaquées malicieusement. À tort ou à raison, ils ne sentaient plus bien dans leur peau. Ils ont cru que l’air frais d’ailleurs leur permettrait de reprendre goût à la vie. Pour eux, le bonheur s’y trouvait, là était la liberté de faire ce qu’ils voulaient dans leur langue, là ils seraient respectés. Ils quittèrent la terre de leurs ancêtres pour mieux vivre sans contrainte. Pour aller vers ce rêve, ils ont laissé leurs parents, leurs amis, leur maison, leur milieu, leurs habitudes… Ce fut pour chacun une décision difficile à prendre. Je le sais car plusieurs étaient mes amis. Je m’imagine me retrouver dans une telle situation et comment ce serait douloureux de tout quitter. Il faut être vraiment découragé par ce qui se passe autour de soi pour en arriver à ce point. Ils l’ont fait.

Par contre, les a-t-on vraiment brimés dans leurs droits ? L’avocat québécois Christian Néron nous éclaire sur cette question. Diplômé en histoire et en psychopédagogie, il a réagit à l’article de Lord Black sur l’Aut’journal (http://lautjournal.info/) dans un article intitulé « Lord Black is wrong ».

Me Néron souligne qu’il n’y a pas de droit sans loi. Sa « genèse des droits linguistiques au Canada » nous ramène à la case de départ et à Louis XIV qui en 1663 fait adopter un « Édit de création » pour objet de mettre en vigueur dans la colonie, l’universalité des lois et coutumes qui ont cours dans le parlement de Paris. En matière de langue, le français devient la langue officielle de l’État et le roi l’impose comme langue des relations internationales, aux dépens du latin ».

En 1763, le Canada change de roi pour celui de l’Angleterre et de régime. Le statut de la langue française changera-t-il ? Non, car le gouvernement anglais applique une règle à l’effet que toute colonie acquise par conquête se doit de maintenir en place ses propres lois et coutumes à l’exception de celles contraires à la religion. Ils sont brillants, ces Anglais !

En 1774, le parlement de Westminster adopte l’Acte de Québec. Le français demeure la seule langue officielle du pays. La langue anglaise fait sa place dans les « usages », mais ce ne sont ni des lois ni des droits. Le français… était même favorisé par la « common law » applicable aux colonies de peuplement. Par contre, sur le plan judiciaire, l’Acte garanti pour la première fois des droits linguistiques aux anglophones de la province de Québec… et leur reconnaît le droit de conserver et de diriger leurs écoles sur une base confessionnelle.

En 1986, la loi sur la santé et les services sociaux permet aux anglophones de réclamer des services et des soins de santé dans leur langue
.

Je crois que l’on peut conclure, comme Me Néron que les « humiliations » ressenties par les anglophones suite à certaines politiques linguistiques du gouvernement du Québec découlent d’une méconnaissance du droit et d’attentes irréalistes fondées uniquement sur des droits supposés ou imaginés. La loi 101 est légale et a été reconnue comme telle par la cour Suprême du Canada. Les anglophones n’ont pas perdu de droits et la langue anglaise a conservé tous ses attributs.

Lord Black ne tient pas compte de l’histoire des lois linguistiques au Canada et semble croire que les « usages » de la période coloniale anglaise tiennent lieu de lois et de droits.

Quant aux centaines de milliers d’anglophones qui sont restés au Québec, ils se sont adaptés et ont bien gagné leur vie. Ils ont vécu les changements linguistiques. Ils ont envoyé leurs enfants dans les écoles élémentaires et secondaires de langue française. Ils les ont vus plus tard fréquenter et marier un ou une francophone (50% d’entre eux l’ont fait)). Ils ont constaté que leur communauté est devenue à 70% bilingue. Ils ont respecté le français comme langue d’affichage, le travail en français et les autres conditions de la loi 101. Certes, ce ne fut pas facile et plusieurs ont regimbé, mais généralement tout est tombé en place. Aujourd’hui, ils sont généralement heureux. Cependant, ils s’inquiètent des ondes négatives qu’émet le nouveau gouvernement Marois. Ils sont surpris qu’il ne reconnaisse pas tout le trajet qu’ils ont parcouru en rapport avec leur adaptation à la langue française.

Et si les exilés n’étaient pas partis, où en seraient-ils ? Où en serions-nous ?

. Ceux qui sont restés nous démontrent qu’ils auraient eu les mêmes opportunités qu’ailleurs.

. La loi 101 serait toujours en vigueur et leurs enfants seraient bilingues et non unilingues comme ils le sont aujourd’hui.

. Leur vie familiale et d’affaires auraient été normales puisque les contraintes d’opportunités qu’ils appréhendaient ne se sont jamais réalisées.

. Montréal serait toujours la métropole canadienne et au lieu d’être au 17e rang mondial comme centre de services financiers, elle occuperait probablement une des premières places (Toronto est 3ième).

. L’importance et l’influence de Montréal au pays et dans le monde seraient demeurées intactes puisqu’elle serait la ville où les deux nations fondatrices du pays vivent ensemble.

. Avec les études, mieux préparés et plus expérimentés, les francophones feraient partie de la direction et du management des compagnies, quelles qu’elles soient. Ils participeraient activement et contribueraient également aux succès des entreprises canadiennes.

. La population de Montréal compterait un million de plus de résidents et la très grande majorité serait bilingue.

. Montréal à cause de ses facettes bilingues et la compétence de ses citoyens et citoyennes serait devenue un aimant capable d’attirer les compagnies étrangères voulant un pied à terre en Amérique.

. Les sièges sociaux des grandes compagnies se seraient multipliés, tout comme ceux des compagnies de sous-traitance qui leur fournissent services et produits.

. Les carnets de commandes des fournisseurs et des sous-traitants installés à Montréal augmenteraient considérablement puisqu’ils seraient situés à proximité des départements d’achats des sièges sociaux des compagnies.

. On n’entendrait plus, lorsqu’on veut placer une commande pour un objet particulier « c’est back-order Toronto ».

. L’offre d’emploi serait supérieure dans tous les domaines.

. Le nombre de payeurs de taxes seraient fortement augmenté, particulièrement dans la catégorie des plus hauts salariés.

. Avec plus de citoyens, le Québec aurait beaucoup plus de députés au parlement canadien et son poids y serait proportionnellement plus influent.

Et je pourrais continuer cette liste… Mais pour terminer, j’en ajoute un, qui me touche personnellement : l’architecture.

Avant la crise linguistique, Montréal a connu un boom architectural remarquable grâce à la collaboration des plus grands architectes du monde. Parmi ceux-ci, il y a eu la Place Ville Marie de l’architecte Ieoh Ming Pei, la ville souterraine de l’urbaniste américain devenu montréalais Vincent Ponte, l’édifice de la Banque Canadienne Impériale de Commerce de l’architecte britannique Peter Dickinson, la place Westmount de l’architecte américain Mies Van der Rohe, la tour de la Bourse des architectes italiens Luigi Moretti et Pier Luigi Nervi, la biosphère de l’architecte-futuriste américain Buckminster Fuller, le stade olympique du français Roger Tailibert, Habitat 67 de Moshe Safdie, le Château Champlain de l’architecte québécois Roger Dastous qui réalisa plus tard le village Olympique et plusieurs autres projets d'architectes renommés qui ont changé le visage de Montréal.

Depuis, Toronto donne le pas avec des projets des plus grands architectes du monde. On nous dit qu’à Montréal on ne pourrait se payer un bâtiment comme le musée de Bilbao, construit dans la ville industrielle espagnole et dont l’architecture attire des centaines de milliers de visiteurs. Ce musée est l’œuvre d’un canadien, le célère architecte canadien Frank Gehry. Pourtant à Toronto, il vient d’être engagé à nouveau pour un projet important, qui s’annonce extraordinaire, de trois tours de 80 étages dans le district des théâtres.

À considérer les faits mentionnés précédemment, on peut conclure que le départ des Anglais de Montréal fut injustifié. Les malheurs qu'entrevoyaient leurs craintes ne se sont pas matérialisées. Montréal, eux et nous serions aujourd’hui en meilleure position s’ils étaient restés au Québec. Plusieurs justifient leur décision d’alors par la peur. Je crois que malheureusement, ils ont eu peur d’avoir peur.

Claude Dupras

vendredi 25 mars 2011

Le coût de la langue française

Au Québec, on parle le français! Plus qu’avant, mieux qu’avant. La langue française est prédominante partout, même à Montréal où vivent plus de citoyens de langue anglaise.

Avant la loi 101, statuée en 1977, c’était un free for all. Par exemple, au début de ma carrière d’ingénieur-conseil en 1958, la très grande majorité des grands entrepreneurs en plomberie, chauffage, ventilation et électricité était de langue anglaise. Lors de soumissions publiques pour la construction d’écoles, ils étaient presque toujours bas soumissionnaires au détriment des entreprises francophones qui souffraient d’une carence de personnel expérimenté et de moyens financiers. Un autre cas fut la construction du siège social de l’Hydro Québec, inauguré en 1962. Pour ce projet important entrepris par le gouvernement du Québec, les plans et devis d’architecture, de mécanique et d’électricité furent préparés uniquement en langue anglaise, et cela par des firmes-conseils francophones. Ces exemples démontrent bien que les droits linguistiques des Québécois et Québécoises étaient mal définis malgré qu’on affirmait alors que le Québec était la seule province du Canada à pratiquer le bilinguisme anglais-français au niveau institutionnel.

Avec la loi 101, quasi constitutionnelle, la langue de la majorité, le français, est devenue la langue officielle de l’État.

Le Québec a aussitôt changé, puisque ses objectifs nous donnaient le droit de communiquer en français avec le gouvernement, les ordres professionnels, les associations d’employés et les entreprises québécoises établis au Québec. De même, dans les assemblées délibérantes. Nos travailleurs pouvaient exercer leurs activités en français, les consommateurs être informés et servis en français, et les personnes aptes à l’enseignement le recevoir en français. C’était simple et normal.

Cette loi arriva au moment où le Québec commençait à former des individus techniquement capables d’entreprendre, de gérer des entreprises et même de prendre des risques financiers. En effet, les écoles scientifiques et commerciales bénéficiant de nouveaux bâtiments, lancés par Maurice Duplessis, pour l’université de Sherbrooke en 1954, l’École Polytechnique en 1956, la faculté des sciences à Québec inaugurée en 1962 et les HEC de Montréal, produisaient enfin un nombre grandissant de diplômés. L’atmosphère de la révolution tranquille ajoutait à l’enthousiasme et on vit germer partout sur le territoire de nouvelles entreprises de toutes catégories, propriétés de francophones. Plusieurs acquéraient des entreprises anglaises.

La peur de la loi 101 a cependant créé un tort appréciable au Québec, dit « le brain drain ». La société anglophone devint inquiète de son avenir. Ses familles les plus enracinées demeurèrent au Québec, mais un très grand nombre de leurs jeunes hommes et femmes d’affaires, diplômés universitaires, jeunes et moins jeunes, crurent bon de se réinstaller hors Québec. De 788 000 membres, la communauté anglaise diminua à 600 000 en 1971. De plus, depuis 1971, près de 20% des anglophones nés au Québec, bilingues et possédant des doctorats, continuent à nous quitter pour gagner ailleurs leur vie. Nous avons perdu une richesse de talents incroyables et j’ai mal en imaginant ce que seraient Montréal et le Québec si toutes ces personnes, qui nous connaissaient bien, étaient demeurées ici avec leurs descendants (qui aujourd’hui seraient bilingues).

Et il y a l’immigration. Un débat s’élève sur le critère de la connaissance et de l’apprentissage du français dans la grille québécoise de sélection des nouveaux immigrants. L’an dernier, le Québec a accueilli 53 000 nouveaux arrivants dont 33 000 travailleurs qualifiés et 2 000 gens d’affaires. 68 % maitrisaient bien le français. La majorité venait d’Afrique, particulièrement du Maghreb. Malheureusement, cette immigration s'est avérée insuffisante pour répondre à la demande des employeurs québécois pour des travailleurs de haute technicité.

En Ontario, et particulièrement à Toronto, les immigrants sont d’Asie. Ils sont plus riches, plus nombreux et plus techniquement qualifiés que ceux qui viennent au Québec. D’ailleurs, ça se répercute par le boom immobilier que Toronto connaît actuellement. Par exemple, une des nombreuses nouvelles tours à condos en construction est un édifice de 65 étages dont l’appartement le moins cher se vend environ 600 000$. Le promoteur est le montréalais Jonathan Weiner qui affirme avoir vendu en quelques semaines plus de 50% des condos. « On se bousculait pour les acheter et les acquéreurs sont de nouveaux arrivants asiatiques hautement instruits et compétents ». En général, ces derniers ne parlent que l’anglais comme langue seconde et Toronto est plus facilement accessible pour eux que le Québec comme porte d’entrée au Canada.

Voilà pourquoi Toronto a enlevé à Montréal, le titre de la grande ville canadienne qui compte le plus de sociétés nationales et internationales de haut niveau.

La question que plusieurs se posent maintenant est la suivante : « Doit-on, au Québec, davantage tenir compte des besoins des employeurs et accorder moins d’importance à la maîtrise initiale de la langue française ? ». En somme, doit-on favoriser l’immigration économique ? Cela ajouterait un nombre d’immigrants plus riches et plus éduqués à l’économie québécoise qui serait ainsi mieux soutenue.

Les indépendantistes québécois par la bouche du député péquiste Pierre Curzi répondent : « …le français est menacé, particulièrement dans la région de Montréal, il est tout à fait inadmissible de chercher à supprimer le critère de la langue française dans la sélection des nouveaux arrivants ». Leurs opposants diront que les nouveaux arrivants qui contrôlent moins bien le français devront de toute façon faire éduquer leurs descendants dans les écoles françaises du Québec et ceux-ci deviendront éventuellement des parlant français. Entretemps, l’économie québécoise aura profité de leur apport et sera plus forte pour tout le monde.

Comment calculer le coût de la langue française pour les Québécois ?

Au point de vue des objectifs de la loi 101 pour l’individu et sa langue, des nouvelles générations d’entrepreneurs francophones, du visage français de Montréal et de l’amélioration de la langue parlée et écrite, ce fut un gros gain.

Au point de vue de l’économie de Montréal et du Québec suite au « brain drain », au déménagement des entreprises à Toronto et de la constance depuis dans l’apport supérieur des immigrants à l’économie de la Ville-reine, ce fut une perte pour Montréal qui a été évidée de sa vigueur économique.

Doit-on modifier la loi 101 pour favoriser l’économie québécoise ? C’est la question actuelle. Pas facile à trancher…

Claude Dupras