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mercredi 3 juin 2015

Duplessis (4) : l’impôt provincial

En 1953, Duplessis crée une commission royale d’enquête dirigée par le juge Thomas Tremblay dans le but d'étudier «le problème des relations fédérales-provinciales au Canada du point de vue fiscal, dans le cadre de la lutte menée par Québec contre la politique centralisatrice d’après-guerre du gouvernement fédéral ». Le rapport de la Commission est déposé le 14 janvier 1954 et le ministre provincial des finances du Québec, Onésime Gagnon, suite à une des recommandations, propose un impôt de 15 % sur le revenu des contribuables. Au dépôt du projet de loi, Duplessis commente cette décision: « Nous voulons faire plus pour nos universités, nos maisons d’enseignement secondaire, bref, pour l’éducation en général. Nous voulons faire plus encore pour venir en aide à nos hôpitaux, pour ajouter à la généreuse contribution du gouvernement aux frais considérables de l’Assistance publique. Nous voulons multiplier les hospices pour les vieux et les vieilles. Somme toute, c’est notre intime désir de compléter et de perfectionner les initiatives nombreuses dans le domaine provincial, en général et spécialement au sujet de la santé publique, de l’éducation et de la législation sociale… ».
Au début des discussions au conseil des ministres, Duplessis est hésitant à voter cet impôt. Le gouvernement du Québec demandera au gouvernement du Canada de le déduire de l’impôt fédéral. Si Ottawa refuse, les citoyens du Québec subiront une double taxation et il est possible alors que la mise en place du nouvel impôt ne soit pas une décision populaire. Les discussions sont longues. Finalement, suite au consensus des ministres et se fiant à son flair de politicien aguerri, Duplessis prend la décision. En général, elle est bien accueillie par le public malgré que Saint-Laurent, lors de son premier commentaire publique, affirme que les payeurs de taxes du Québec devront subir la double taxation et que cela est la faute de Duplessis et de l’Union Nationale.
De leur côté, les nationalistes sont heureux de cette loi car ils croient qu’elle favorise grandement l’autonomie du Québec. Plusieurs la qualifient de geste historique. 
La constitution canadienne attribue aux provinces la compétence de lever un impôt sur le revenu des particuliers. Ce fut le cas jusqu’en 1942 au moment où le premier ministre Godbout du Québec céda temporairement ce droit au gouvernement fédéral pour lui permettre de financer l’effort de guerre. La guerre est terminée et Duplessis, de retour au pouvoir, veut revenir à la case de départ mais rencontre une forte contestation de la part du gouvernement fédéral. Saint-Laurent défend l’idée que dorénavant les provinces se financent par des subventions fédérales. Il présente comme normale et inévitable cette dépendance du Québec. Les intellectuels fédéralistes partagent ce point de vue, mais les intellectuels nationalistes, par la bouche des journalistes André Laurendeau, Pierre Laporte, Gérard Filion et l’historien Michel Brunet, ne sont pas d’accord avec la position de Saint-Laurent. Le parti libéral du Québec de Georges-Émile Lapalme, qui est ni plus ni moins qu’une succursale du parti libéral fédéral, s’oppose totalement à l’instauration de cet impôt (ce sera une grande erreur). Jean Lesage, ministre fédéral, également. Il semble qu’Ottawa n’acceptera jamais et que Duplessis est en train de jouer sa carrière et le pouvoir.
La loi no. 43 est adoptée en trois lectures, le 24 février 1954.
Le débat pour l’obtention de la déduction s’éternise et Duplessis marque des points sur la place publique. Il explique l’importance d’être « maîtres chez nous » en fiscalité et affirme que la centralisation des impôts peut entraîner la centralisation politique. Il martèle sans cesse l’importance pour le Québec de se financer et d’exercer ses propres pouvoirs dans les domaines de sa juridiction constitutionnelle. « Je veux un gouvernement par le Québec, pour le Québec et à Québec ». Saint-Laurent, furieux, est convaincu que le gouvernement fédéral peut changer seul la constitution du pays lorsqu’il s’agit des pouvoirs de sa juridiction exclusive et menace Duplessis de le faire. Il ne se sent aucunement obligé de consulter les provinces et bénéficie de l’appui de Londres dans cette position. Duplessis rétorque que c’est anticonstitutionnel et montre son profond désaccord. Le débat s’échauffe et pour se montrer bon joueur, Saint-Laurent propose une déduction de 5 %, mais Duplessis refuse car il veut la pleine déduction.
Finalement, reconnaissant que sa fermeté génère des conséquences politiques, Saint-Laurent communique avec Duplessis pour fixer une rencontre à huis clos. Elle a lieu le 5 octobre 1954 à l’hôtel Windsor de Montréal. Saint Laurent annonce à Duplessis qu’il est prêt à reconnaître le droit du Québec de percevoir des impôts sur le revenu des particuliers à condition que ce dernier retranche du préambule de sa loi d’impôt la mention de priorité du Québec dans ce domaine. Saint-Laurent veut conserver la primauté du fédéral sur la perception des impôts. Duplessis accepte. Saint Laurent baisse le taux de taxation fédéral de 10 %, l’équivalent fédéral de la taxe de Duplessis et les citoyens du Québec ne seront pas pénalisés fiscalement par rapport aux citoyens des autres provinces. Trudeau, à l’encontre des intellectuels fédéralistes et des libéraux provinciaux et fédéraux, est satisfait, car la solution trouvée ne nécessite pas d’amendement constitutionnel et l’appuie à la surprise de tous.
Duplessis vient de gagner une bataille qui profitera non seulement au Québec mais à toutes les provinces canadiennes. C’est une des belles victoires de sa carrière politique sinon la plus belle à ce jour. Il a fait reculer les centralisateurs. Forts du précédent créé, les gouvernements futurs du Québec réclame, 28 % en 1967 et aujourd’hui près de 50%. De plus, le Québec a remboursé totalement sa dette. Cette situation permettra de financer les grandes réformes de la « révolution tranquille » et d’obtenir éventuellement que la province se retire de plans conjoints proposés par le fédéral et obtienne des abattements d’impôts pour financer ses propres régimes de santé et d’éducation.
Pendant ce temps au Québec, le débat sur la démocratie tourne autour de deux autres lois de Duplessis, adoptées au début de 1954 et qui font croire au lien entre nationalisme et antisyndicalisme. La loi 19 permet la « décertification » de syndicats ayant toléré la présence de communistes dans leur direction. La loi 20, de son côté, prévoit une « décertification » pour tout syndicat qui déclencherait une grève dans les services publics. Elles sont rétroactives à janvier 1944. Ainsi, l’Alliance des professeurs de Montréal est « décertifiée ». Gérard Picard dénonce « l’hostilité concentrée dont les travailleurs du Québec sont victimes ». Malgré que plusieurs se demandent comment un syndicat catholique peut s’opposer à un gouvernement catholique, une partie du clergé, après Monseigneur Charbonneau, manifeste une ouverture à l’endroit du syndicalisme catholique. D’autres comme les sœurs de la Providence qui ont des rapports difficiles avec leurs infirmières syndiquées soutiennent Duplessis. Deux abbés, Dion et O’Neill, préparent un long dossier sur les principes chrétiens de la démocratie. Pour eux, l’arbitraire n’a pas de place en démocratie car tous sont soumis à la loi et les gouvernants n’ont le droit ni de faire des lois, ni d’administrer la chose publique à leur guise. Ils dénoncent aussi les mœurs électorales et affirment « qu’aucun catholique lucide ne peut être indifférent face au déferlement de bêtises et d’immoralité que l’on constate durant les élections ». Les antiduplessistes ont de nouvelles flèches à leurs arcs.
Durant ces mêmes années, le contexte social est difficile à Montréal. La charité publique se divise inégalement entre les Canadiens français, les Irlandais, les anglophones, les Juifs et les Anglais protestants. C’est chacun pour sa poche (Centraide n’existe pas).
Au niveau scolaire, les entreprises peuvent payer leurs taxes soit au niveau protestant soit au niveau catholique. Ils ont le choix. Mais comme les Canadiens anglais contrôlent les affaires et les grandes entreprises, ce sont les commissions scolaires protestantes qui sont les plus gâtées. Par conséquent, les enseignants des écoles anglophones gagnent beaucoup plus que ceux des écoles francophones. Ces derniers sont majoritairement des sœurs et des frères de communautés religieuses ou des filles célibataires. Les paroisses catholiques à Montréal se multiplient comme des lapins suite à l’immigration rurale à laquelle s’ajoutent les nouveaux immigrants européens qui commencent à arriver au pays. En plus des logements, des églises et des écoles qui se construisent partout, on voit surgir de nouvelles caisses populaires et de grandes épiceries Steinberg. Les nouvelles écoles pullulent dans les villages et dans les rangs. Duplessis construit ! Les enseignantes qui sont fortement majoritaires et les enseignants doivent apprendre leur métier durant deux ans à l’école normale de leur région qui est dirigée généralement par les communautés. Ceux et celles qui veulent enseigner à l’université doivent suivre des cours d’été à l’U de M. Ce sont surtout de nombreuses sœurs qui se préparent pour l’école du haut-savoir au point que le campus a des airs de couvent.
Les écoles supérieures (secondaires) sont rares et ne débouchent pas aux études collégiales et universitaires. Par conséquent, les élèves de ces écoles ne persistent pas et quittent prématurément les études. De leur côté, les collèges ne manquent pas. Il y en a plusieurs qui sont classiques où étudient les jeunes de l’élite et qui sont utiles pour le recrutement des prêtres, d’autres scientifiques et commerciaux comme le Mont-Saint-Louis et ceux qui donnent le cours secondaire comme le Collège Notre-Dame.
Au point de vue de la santé, les spécialités médicales se multiplient dans les hôpitaux, tout comme celles des nouvelles technologies et ceux-ci se voient obligés d’augmenter leurs tarifs. Comme il n’y a pas d’assurance maladie, la population, qui n’est pas protégée de l’inflation, a une difficulté croissante à payer les nouveaux frais. Elle s’irrite et met en cause les communautés religieuses qui contrôlent les hôpitaux. La situation devient scandaleuse, lorsque les sœurs exigent des patients de faire la preuve de leur capacité de payer avant l’admission à l’hôpital. Les classes populaires accusent les sœurs de faire des affaires au lieu de la charité.
Le gouvernement de Louis Stephen Saint Laurent, en fin de mandat,  proposa en 1957, à la Chambre des communes, l’acte d’ « Assurance hospitalisation et de services diagnostiques » qui fut adopté unanimement par les députés. Et cela grâce à la vision et aux efforts du chef du parti socialiste Tommy Douglas, député de la province de Saskatchewan. Le PM libéral Lester Pearson étendra l’acte pour en faire un programme universel de santé publique en 1966.
Le taux de natalité commence à baisser à cause de ces problèmes et du fait que la très grande majorité des travailleurs francophones et des nouveaux arrivants de la métropole sont locataires et vivent dans de petits logements vieillissants. Quant à la classe moyenne qui se loge dans des maisons de la banlieue, elle fait son choix entre de nouveaux enfants ou avoir son nouveau standard de vie qu’elle aime. Les curés perdent leur emprise sur les femmes.
La modernité s’en vient.
 

Suite :  Duplessis (5) :  Autonomie… autonomie

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dimanche 31 mai 2015

Duplessis (3): les antiduplessistes

En 1948, treize artistes, ressentant leur liberté d’expression paralysée par l’idéologie dominante de l’Église sur laquelle s’appuie le gouvernement de Duplessis, avaient présenté un manifeste intitulé « le refus global » en vue de transformer idéologiquement et culturellement la société canadienne française du Québec. Le groupe, sous la direction de Paul-Émile Borduas, visionnaire aux idées artistiques et sociales avant-gardistes, incluait, entre autres, les jeunes peintres Jean-Paul Riopelle et Marcelle Ferron. Le manifeste questionnait les valeurs traditionnelles et rejetait l'immobilisme de la société québécoise. Nonobstant que le manifeste ait été critiqué dès sa publication par l'Église et l'intelligentsia de la province, il a fait son chemin petit à petit chez ceux qui visent à influencer en profondeur la société et la culture au Québec.

Depuis la grève d’Asbestos, la société du Québec est quelque peu différente.  L’antiduplessisme devient le motus vivendi d’intellectuels, de jeunes étudiants et de chefs ouvriers qui s’y sont impliqués et qui confrontent le clergé et le gouvernement. Ensemble, ils veulent retrouver une place sur l’échiquier politique du Québec. Dans un premier temps, le mouvement ouvrier est devenu plus crédible et la Confédération des Travailleurs Catholiques du Canada est seule à occuper le champ politique car les nationalistes sont au pouvoir et les fédéralistes sont limités au niveau fédéral.
Pour les besoins de la cause, les intellectuels antiduplessistes se cherchent des voies d’expression et des enjeux clés. Ils donnent par conséquent une importance démesurée au syndicalisme dans la société canadienne française du Québec. Ils s’expriment où ils peuvent et trouvent des colonnes dans des publications littéraires, politiques et même religieuses. A ceux qui les accusent d’avoir fait le choix du socialisme, ils nient en prétextant le côté centralisateur du socialisme. A ceux qui leur reprochent de critiquer pour critiquer en ne voyant dans les actes de Duplessis que maladresses et provocations, ils répondent que Duplessis veut imposer un ordre nouveau où il n’y a pas de place pour la classe ouvrière, le clergé militant et la démocratie (et eux !).
La Confédération des travailleurs, avec son président Gérard Picard, adopte la proposition de Jean Marchand de mettre sur pied un comité d’action civique qui visera à ce que les réformes qu’elle propose deviennent des législations, que la classe ouvrière reçoive une éducation civique et qu’il y ait une collaboration des classes en respectant la doctrine sociale de l’Église. Gérard Pelletier, journaliste, quitte le Devoir et prend la tête de l’hebdomadaire de la Confédération « Le Travail ».
En même temps, « Cité Libre » lance modestement son premier numéro dans lequel on retrouve les mots : « Nous sommes là, des centaines, depuis quelques années, à souffrir d’un certain silence; et c’est pourquoi Cité Libre vient au jour ». Les jeunes de 30 ans qui prennent la plume jugent qu’il n’y plus de place pour une idéologie nationaliste fondée sur le conservatisme et le repli. Ils voient la société canadienne française coincée entre le capitalisme américain et le communisme russe.
En 1952, la CTCC appuie officiellement certains candidats libéraux à l’élection provinciale en clamant « nous appuyons nos amis et combattons nos adversaires ». Aspect intéressant : nonobstant son opposition à Duplessis, Pelletier accepte dans son journal, durant la campagne électorale, la publicité de l’Union Nationale alors qu’il y a un conflit ouvrier à Louiseville et que la situation s’envenime avec la police provinciale.
Pour marquer des points, les antiduplessistes s’en prennent aux « ravages sociaux du duplessisme ». A partir d’un article d’un journal torontois sur la protection de l’enfance au Québec, ils dénoncent l’histoire des 12,000 enfants qui sont « enfermés » dans les crèches et les orphelinats de la province. Ces enfants sont le résultat du sort que la société, sous le joug de l’Église, réserve à la fille-mère qu’elle traite de pécheresse et qui doit se cacher puisque sa famille en a honte. Elle ne peut avoir un avortement à cause de l’Église et doit accoucher dans un endroit réservé pour elle, comme à l’hôpital de la Miséricorde, car elle ne peut côtoyer une mère légitime. D’autres enfants sont ceux de veuves et de femmes séparées qui sont pauvres avec beaucoup de bébés (toujours à cause des curés) et qui se voient obligées de les remettre à des institutions charitables. Les antiduplessistes accusent Duplessis d’accorder des allocations familiales trop faibles puisqu’elles ne rencontrent pas les besoins des femmes seules, alors qu’en Ontario elles sont trois fois plus élevées. Puis, il y a la discrimination entre les enfants légitimes et les illégitimes, car les petits de filles-mères ont la mention « nés de parents inconnus » sur leur certificat de baptême. Quant à l’adoption, même si elle est très active et que les soeurs collaborent à « un marché noir » américain, elle ne suffit pas et les non-adoptés et les non-adoptables doivent vivre dans les orphelinats et le réseau jusqu’à l’âge adulte.
Les antiduplessistes soulignent aussi le problème aigu du logement urbain. Le président du comité d’habitation de Montréal évalue à « 65,000 le nombre de logements manquants pour répondre aux besoins immédiats. Plus de 40,000 familles vivent en chambre… . Les conséquences sur la santé physique et l’équilibre psychique … ont été établies à plusieurs reprises ». Le gouvernement de Duplessis a annoncé « le plan Dozois », une solution partielle à ce problème, en créant un grand projet d’habitation à loyer-modique dans un quartier du centre-ville où l’état d’insalubrité, de saleté et d’encombrements est dégoûtant. Des quartiers entiers sont dans cet état à Montréal. Le projet est évidemment critiqué sévèrement par les antiduplessistes dont Jacques Hébert (ami de Trudeau, il deviendra sénateur) et son hebdomadaire « Vrai ». Le pouvoir à Montréal devient pour eux un enjeu politique et ils s’unissent dans le mouvement pour libérer Montréal de la pègre et créent un organisme d’assainissement politique la « Ligue d’action civique ». Les critiques du « Plan Dozois » ne sont pas vraiment sérieux. Le plan sera réalisé et contribuera à la modernisation de ce quartier de la ville. Encore là, il semble évident que les antiduplessistes critiquent pour critiquer. La boutade qui fait la rumeur est la suivante : « ils sont rendus à dire que s’il pleut, c’est la faute à Duplessis ». 
Même si le contexte national Canadien français n’a rien à voir avec la polarisation de courants politiques de droite et de gauche, les intellectuels antiduplessistes se déchirent devant cette problématique nouvelle. La venue de nouvelles publications a accentué cette division. En fin ’52, après la victoire de Duplessis, ils réalisent que sa politique ouvrière (ils disent anti-ouvrière) a été politiquement rentable; Pierre Elliott Trudeau écrit alors dans « Cité Libre » que le changement viendra de la classe ouvrière car il ne peut surgir de la finance, de la classe agricole, de l’Église ou de la bourgeoisie. Lénine n’aurait pas dit mieux. Des commentaires du même genre sont émis dans « Le Travail » suite à la victoire de Saint-Laurent en août 1953 : « nous ne pouvons pas être très fiers du vote ouvrier dans cette élection ».
L’inflation reprend en juin 1953, le chômage augmente et le pouvoir d’achat des ouvriers s’effrite. La CTCC a de longues et dures grèves à supporter. Durant ces périodes difficiles l’antiduplessisme redéfinit ses enjeux ainsi que les bases d’un nouveau fédéralisme.
Trudeau prend une tangente antinationaliste. Devant la commission Tremblay il propose avec un groupe « des ententes temporaires qui ne nécessitent aucun amendement constitutionnel et qui pourront être examinées périodiquement à la lumière des connaissances économiques et des nécessités politiques toujours changeantes ». Il recommande de créer un organisme de coopération interprovinciale du travail pour veiller à ce que l’industrialisation procède sans injustice pour le travailleur et si les provinces en sont incapables, il suggère un code national canadien du travail par voie d’amendement constitutionnel. Pour lui, seule l’industrialisation permet d’accroître le niveau de vie des ouvriers et des travailleurs. Il appuie l’aménagement du fédéralisme en fonction des nouvelles normes étatiques de stabilité économique de l’économiste anglais Keynes. Il dénonce le séparatisme comme négatif parce qu’il enfermerait la culture canadienne française dans un vase clos où elle finirait par étouffer. Il épouse la thèse qu’un fédéralisme raisonnable qui appliquera des mesures correspondantes aux découvertes les plus avancées de la science économique. Il croit qu’un fédéralisme qui regroupe plusieurs ethnies est plus rationnel, puisqu’il favorise des économies d’échelles et une production augmentée dans un espace plus grand. Trudeau propose une stratégie de croissance à tout prix et est prêt à faire intervenir l’État canadien par des politiques et des programmes sociaux pour infléchir les inégalités de consommation. Cette philosophie antinationaliste a aussi l’appui d’anciens élèves de l’École des sciences sociales comme Jean Marchand, Maurice Lamontagne et d’autres venant des Jeunesses Étudiantes Catholiques, tels que Gérard Pelletier, Jeanne Sauvé et Marc Lalonde. Ils jettent un regard de plus en plus sympathique du côté du nouveau fédéralisme.
Par contre, les antiduplessistes et les nationalistes neutres opposés à Duplessis, sont unanimes à constater que les services sociaux du Québec sombrent dans une dangereuse période latente. Les institutions du domaine social sont remises en question sans toutefois être vraiment modifiées, car c’est leur légitimité qui est en jeu. La société traditionnelle québécoise est qualifiée, de « grande noirceur » ou comme disent les Canadiens anglais de priest-ridden society. Ce ne sont pas les Canadiens anglais qui portent leur hargne sur l’église de Rome, mais certains Canadiens français qui la propagent au nom de « valeurs nouvelles » communes à l’Amérique du Nord de l’après-guerre et de l’Europe occidentale. Ces « valeurs nouvelles » sont la démocratisation de l’enseignement pour toutes les classes sociales; les soins hospitaliers et les soins médicaux gratuits pour chaque citoyen indépendamment de la capacité de payer de chacun; la transformation de la charité privée en bien-être social; la syndicalisation du monde ouvrier et des employés de l’Etat.
Ces idées nouvelles ébranlent peu le Québec et les antiduplessistes devront attendre pour les mettre en application car les nationalistes traditionalistes sont au pouvoir et l’Église, qui se sent attaquée, n’est pas prête à les épouser.

Suite :  Duplessis (4) : l’impôt provincial   à venir…

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mardi 26 mai 2015

Duplessis (2) : Mackenzie King et Louis Stephen Saint-Laurent

King est réélu 

Le jour de l’élection fédérale de 1945, les Libéraux remportent 122 sièges, une grande victoire pour King.  La représentation libérale du Québec à Ottawa comptera 46 députés, dont Louis Stephen Saint-Laurent, Jean Lesage, Georges-Émile Lapalme, Sarto Fournier. Il y aura aussi 7 libéraux indépendants. Le Bloc Populaire canadien fait élire 2 députés dont son chef Maxime Raymond. Il y a 7 indépendants. Fred Rose est le seul député du parti communiste. Les progressistes-conservateurs n’ont aucune représentation au Québec. Ce fut une victoire surprenante au Québec pour King car, à la fin de 1944, il avait décidé finalement d’avoir recours à la conscription  obligatoire malgré sa promesse du début de la guerre. Heureusement pour lui, cette dernière pris fin quelques mois plus tard alors que seulement 2 500 conscrits avaient été envoyés au front sur les 16 000 enrôlés de force.
Le deuxième mandat de l’Union Nationale de Maurice Duplessis prend fin. La prochaine élection est prévue pour le 28 juillet 1948. Adélard Godbout est de nouveau à la tête des Libéraux.
Selon une tradition en devenir, Duplessis lance sa campagne à Trois-Rivières où Duplessis résume ses réalisations : création de l’Office de l’électrification rurale et du Département des Ressources naturelles, refus de renouveler l’entente fédérale-provinciale sur le droit de taxation sur le revenu (cédé par Godbout en 1945), ouverture du Grand Nord québécois et lancement de l’exploitation minière de l’Ungava, création du ministère du Bien-être social et de la Jeunesse, prise de possession par l’Hydro-Québec de la Montreal Light Heat and Power, loi visant la réhabilitation des jeunes délinquants, loi établissant le crédit urbain à l’habitation, loi abolissant les appels au conseil privé de Londres.
Et, Duplessis est également très fier d’avoir fait adopter le Fleurdelisé comme drapeau officiel du Québec.
Il parle de ses réalisations dont les nombreuses routes qu’il a ouvertes et pavées, les nouvelles universités, les 1,500 nouvelles écoles; les écoles d’agriculture, de médecine vétérinaire, de l’automobile, du meuble, des mines, des pêcheries, du commerce, des arts graphiques et de papeterie; d’innombrables hôpitaux, des centaines de sanatoriums contre la tuberculose; de l’augmentation du pourcentage d’habitations rurales électrifiées, de la croissance de l’économie et de la dette publique qui a été substantiellement réduite. Il estime préférable que la province n’ait pas trop de dettes si elle veut combattre les politiques centralisatrices du fédéral et résister à ses pressions. Finalement, il s’affiche comme le grand défenseur de l’autonomie provinciale dans le respect de la constitution canadienne, face à l’ogre fédéral qui veut s’emparer de tout.
La Loi sur la citoyenneté canadienne précisant qu’elle est distincte de la citoyenneté britannique prend effet. Par ailleurs Fred Rose, le député communiste de Montréal-Cartier, est expulsé de la Chambre des Communes à la suite de sa condamnation pour espionnage en faveur de l’Union Soviétique. 
Au Canada, Mackenzie King sait que le temps est venu de démissionner, après 21 ans et 6 mois à la tête du pays. C’est un moment qu’il a prévu depuis le jour où il a invité le renommé avocat de Québec Louis Stephen Saint-Laurent, alors âgé de 60 ans, à briguer les suffrages en 1942 pour remplacer Ernest Lapointe, son lieutenant du Québec, tout juste décédé.
Avec sa logique rationnelle, sa connaissance profonde des lois et son dédain pour les intrigues politiques, Saint-Laurent s’attire le respect de King et même de l’opposition. Il aide le premier ministre à bien traverser la crise sur la conscription, collabore à l’établissement des Nations-Unies, s’assure que le Canada joue un rôle indépendant de la Grande-Bretagne et du Commonwealth et place le Canada dans un rôle d’intermédiaire dans les affaires internationales. En 1948, il planifie prendre sa retraite, prévue depuis longtemps, lorsque King lui annonce qu’il veut démissionner et le persuade d’être candidat à la chefferie du parti libéral, lors du congrès du mois d’août, pour le remplacer.
Élu, Louis Stephen Saint-Laurent devient Premier Ministre du Canada, le 15 novembre 1948. Il est le deuxième Canadien français dans l’histoire du pays à remplir ce poste.
Depuis qu’il est premier ministre du Canada, Saint-Laurent s’occupe particulièrement, suite à la guerre, à donner au pays un rôle de plus en plus grand sur le plan international. Il appuie la politique américaine pour la guerre de Corée et y envoie des troupes. Contrairement à la réticence de King à joindre une alliance militaire, Saint-Laurent rallie le Canada à l’OTAN. Il est parmi les plus ardents supporteurs du premier ministre anglais Clement Atlee pour transformer le Commonwealth britannique d’un club de dominions blancs à un partenariat multiracial et ceci contre le gré d’une majorité des autres chefs blancs. Il propose que le roi Georges VI devienne la tête du Commonwealth afin de maintenir une association internationale avec l’Inde, en devenir d’être une république indépendante. Pour continuer dans la veine de ces décisions fondamentales pour l’avenir du Canada, Saint-Laurent recherche une légitimité électorale et appelle aux urnes les Canadiens pour une élection générale le 27 juin 1949.
Le soir des élections, Saint-Laurent remporte une victoire éclatante avec 190 sièges contre 41 pour George Drew, 13 pour le CCF, 10 pour le Crédit Social de Solon Low de l’ouest et 4 indépendants. Les progressistes-conservateurs demeurent dans l’opposition et Drew sera le chef de l’opposition officielle. Au Québec, les libéraux font élire 68 députés dont Jean Lesage, Georges-Émile Lapalme, Sarto Fournier et Gaspard Fauteux. Quant à eux, les conservateurs ont deux députés, Léon Balcer dans Trois-Rivières et Henri Courtemanche dans Labelle. Trois indépendants sont élus dont Camilien Houde dans Papineau.
Ailleurs, Adrien Arcand, le fasciste qui s’était déclaré le führer canadien dans les années ’30 et 40 alors qu’il menait un mouvement d’extrême-droite, obtient 29 % des votes dans le comté de Richelieu-Verchères. Comment expliquer que les Canadiens français votent ainsi après le désastre mondial causé par les nazis ?   

Le thème principal des discours et le cheval de bataille de Duplessis sont l’autonomie provinciale. Depuis que sa demande de récupérer l’assurance-chômage et les impôts directs a été rabrouée par Ottawa (position appuyée par Londres), il ne manque jamais une occasion pour souligner « l’espoir qu’il serait possible d’en arriver à une entente fédérale-provinciale capable d’assurer à chaque gouvernement une répartition équitable et appropriée des pouvoirs financiers et fiscaux ». En 1947, le cabinet des ministres décrète un impôt sur le revenu des corporations. Il dénonce le gouvernement centralisateur d’Ottawa qui agit dans les domaines de compétence provinciale. En 1951, il refuse les subventions du fédéral aux universités du Québec afin de l’empêcher d’intervenir dans le domaine de l’éducation.
De nouvelles élections provinciales sont déclenchées pour le 16 juillet 1952 et l’Union Nationale dévoile son slogan: « Laissons Duplessis continuer son œuvre ». Fidèle à sa coutume, l’Union Nationale ne présente pas de programme politique officiel. En plus du sujet de l’autonomie, Duplessis parle des thèmes qui démontrent ses préoccupations : hôpitaux, développement industriel, lois sociales, routes, logements etc… et promet d’y travailler. Il aime le traditionalisme, glorifie l’agriculture, la famille, l’épargne et l’entreprise privée. Il n’aime pas le communisme car il le voit comme athée et opposé à l’effort individuel et au sens d’entreprise qu’il reconnaît chez les Canadiens français. Duplessis aime souligner les réalisations de l’Union Nationale : le crédit agricole, l’électrification rurale à 98%, l’assistance sociale, les subventions et la construction d’innombrables hôpitaux, de sanatoriums, la création du ministère du Bien-être social et de la Jeunesse, les milliers d’écoles élémentaires et supérieures (une nouvelle école par jour en moyenne depuis sa venue au pouvoir), les universités avec l’accent sur les facultés des Sciences et le génie, les centaines de ponts, les 9,000 kilomètres de chemins pavés à ce jour et le développement minier du Nouveau-Québec. Il ne parle pas évidemment du patronage aux amis du parti mais souligne l’avantage pour les électeurs de « voter du bon bord » dans leur comté. Si l’art oratoire est la faculté de convaincre, Duplessis est un bon orateur.
En 1953, Duplessis forme une commission d’enquête sur les problèmes constitutionnels, sous la présidence du juge en chef Thomas Tremblay, en rappelant : « ..la province de Québec était la première province du Canada, peuplée par les pionniers du Canada. Si vous croyez que nous avons été un obstacle au progrès, nous sommes prêts à nous retirer. La province de Québec est capable de vivre et de se suffire à elle-même ». A Saint-Laurent qui réplique en attaquant férocement le gouvernement du Québec, Duplessis souligne « qu’aucun politicien anglais n’a osé affirmer que le Québec n’était pas différent du reste du Canada. Il a fallu un compatriote pour le dire ! Affiliation : jamais ! Abdication des droits fondamentaux : jamais ! Substitution des subsides fédéraux aux pouvoirs essentiels de taxation : jamais, jamais ! Contrôle direct ou indirect d’Ottawa sur nos écoles : jamais ! Sur nos universités : jamais ! Sur notre enseignement secondaire : jamais ! ». La bataille n’est pas facile car les universités ont un grand besoin d’argent. Mais il résiste. C’est la même situation dans d’autres domaines comme celui du réseau routier.

Au Québec, les emplois sont stables, la semaine de travail est maintenant de 40 heures et les vacances sont payées. Le domaine des pâtes et papiers croît rapidement et cela favorise l’économie des régions où se trouvent ces industries. On dénombre une moyenne de 100 000 naissances par an et grâce à l’amélioration des services médicaux, bien gérés par les communautés religieuses, le taux de mortalité infantile diminue appréciablement. Les immigrants sont nombreux et viennent de l’Europe occidentale mais cela ne change pas le pourcentage de Canadiens français qui demeure à 80 %. L’agriculture connaît une formidable modernisation et un essor remarquable grâce aux lois de Duplessis sur l’électrification rurale et l’Office des marchés agricoles. En quatre ans, la télévision est présente dans plus de la moitié des foyers. Le secteur automobile touche des sommets jamais atteints.
Tout est beau au Québec, sauf si on le compare à l’Ontario. Là, les salaires sont supérieurs de 27 %, les services publics et le réseau électrique mieux gérés, le nombre d’écoles plus élevé, le système de santé nettement mieux équipé. La raison : des ressources financières plus vastes. Plus tard la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme fera état, entre autres, de salaires moindres chez les gens qui maîtrisent deux langues comme au Québec au lieu d’une comme en Ontario.
 
suite: Duplessis (3): les antiduplessistes....  à venir

dimanche 24 mai 2015

Duplessis (1) : l’Union Nationale

Le personnage de l'ancien premier ministre du Québec Maurice Duplessis revient souvent dans les discussions et les débats politiques québécois d'aujourd'hui. On le calomnie, le salit et injure sa mémoire. Ce n'était pas Duplessis !

Ayant vécu une bonne partie de cette période, je l’ai décrite dans mon livre « Et dire que j’étais là : Itinéraire d’un p’tit gars de Verdun » qui est affiché sur mon site internet.

Afin d’en faciliter la lecture, j’ai regroupé toutes les parties qui réfèrent à Duplessis pour en faire un seul texte. Le problème est qu’il est long. Je l’ai divisé en six sections que je présenterai en six blogs consécutifs à tous les deux ou trois jours. 
Voici les titres de chacun de ces blogs : l’Union Nationale, King et Saint-Laurent, Les antiduplessistes, l’impôt provincial, Autonomie… autonomie, la mort de Duplessis.
Voici le premier :
Duplessis : l’Union Nationale
À l’élection provinciale du Québec de 1935, le parti Action Libérale Nationale (ALN) est dirigée par Paul Gouin, un politicien nationaliste, poète à ses heures, qui a quitté le parti libéral dirigé par Louis-Alexandre Taschereau en claquant la porte l’année précédente avec d’autres dissidents et qui jubile à l’idée d’appliquer son programme de restauration économique et sociale Il entrevoit maintenant la possibilité de prendre le pouvoir dans un avenir rapproché. Suite à une alliance avec les Conservateurs dirigé par Maurice Duplessis, les deux partis se partagent les comtés afin de ne présenter qu’un candidat de l’alliance par comté. L’ALN fait élire 26 candidats sur 57 comtés et les conservateurs 16 sur 33 comtés. Les libéraux minoritaires conservent le pouvoir et choisissent un nouveau chef, Adélard Godbout. Conformément à l’entente entre les partenaires de l’alliance, Duplessis devient chef de l’opposition. Quelques mois plus tard, l’effet combiné du manque de leadership de Gouin et d’un manque de fonds permettent à Duplessis, qui manœuvre bien contre le gouvernement, de récupérer l’ALN et un grand nombre de ses partisans à la faveur d’une fusion. Duplessis crée un nouveau parti : l’Union Nationale.
Godbout croyant pouvoir obtenir une majorité déclare une élection générale pour 1936. Maurice Duplessis ouvre sa campagne électorale à Trois-Rivières. Il définit son programme politique en promettant de défendre l’autonomie provinciale dans les rapports du Québec avec le fédéral, de lancer des programmes d’électrification rurale, de pavage des routes, de construction d’écoles et d’hôpitaux et de restaurer l’intégrité de l’administration publique. Plus particulièrement, il s’engage à nationaliser l’électricité. L’Union Nationale remporte une éclatante victoire avec 70 sièges contre 15 et les libéraux perdent le pouvoir après l’avoir exercé pendant 42 ans, sans interruption. Suite à cette victoire, le gouvernement fédéral met sur pied la commission Rowell-Sirois pour faire enquête sur les relations financières entre le fédéral et les provinces. Elle conclut que le rôle du Canada doit être plus important dans les programmes sociaux afin de les protéger contre de futures calamités économiques.
Malgré cela, à la suite d’un grand débat à la Chambre des communes à l’issue duquel la déchirure du pays s’exprime par l’appui à la guerre ou la neutralité, King décide d’engager le Canada aux côtés des Anglais. Le 10 septembre 1939, il déclare la guerre à l’Allemagne. Cependant, King veut limiter l’engagement du Canada et insiste qu’il n’y aura pas de conscription.
Au Québec, la cote du Premier Ministre Duplessis est en baisse. Pourtant, il a fait adopter les premières mesures sociales du Québec, telles que les lois sur les pensions de vieillesses, l’assistance aux mères nécessiteuses, la pension aux aveugles, les salaires raisonnables (qui deviendra plus tard la loi sur le salaire minimum). Il crée aussi le Ministère de la santé et du bien-être social. La dépression l’a empêché d’appliquer son programme de réforme sociale et économique et il a également dû renier sa promesse électorale de nationaliser les producteurs d’électricité à cause du refus du syndicat financier de la rue Saint-Jacques de le financer. De plus, il est trop nationaliste au goût de ce milieu anglophone, qui incarne le pouvoir réel au Québec.
L’annonce par King de l’entrée en guerre du Canada fournit à Duplessis une façon de racheter sa carrière politique. Il déclenche une élection provinciale en 1939 en invoquant le besoin d’obtenir un mandat fort pour tenir tête aux visées centralisatrices d’Ottawa et à la conscription qu’il pressent. Mais les ministres fédéraux du Québec, Lapointe, Cardin et Power, défendent King et promettent qu’il n’y aura jamais de conscription sous le parti libéral fédéral. Sentant de plus un défi à leur crédibilité et à leur légitimité, ils menacent de démissionner ensemble si Duplessis est réélu. Les libéraux reviennent au pouvoir.
Godbout, vendu ?

Depuis son élection au Québec, le Premier ministre Godbout collabore totalement avec les autorités fédérales. On dit qu’il doit son élection aux libéraux fédéraux. Que ce soit vrai ou non, il se dit surtout préoccupé par ce qu’on dit de sa province. Il souhaite éviter une répétition des attaques intolérantes dont elle a été la cible à la fin de la 1ière guerre mondiale. Afin d’éviter que ne soit mise en cause la loyauté des Canadiens français ou leur courage, il décide d’offrir à King toute sa collaboration pour assurer la victoire. Il s’identifie à ce long courant d’opinion au Québec pour qui la Confédération canadienne peut fonctionner si les compromis nécessaires se font. Cette position politique le situe en droite ligne avec les Lafontaine, Cartier, Chapleau et Laurier, qui furent tous confrontés à des problèmes semblables.

Godbout collabore vraiment. Trop? C’est certainement l’avis de plusieurs. Il accepte de céder au fédéral la juridiction du Québec sur l’assurance-chômage. Il accepte également que le fédéral enlève aux provinces leur autonomie fiscale. Il recommande de voter « oui » au plébiscite. Il refuse de condamner le gouvernement fédéral lorsqu’il adopte la loi 80 autorisant la conscription. Il ne cesse de répéter que l’état de guerre exige l’entente et la coopération. Godbout va même jusqu’à dire que si King lui demande « de cirer les bottines de soldat, parce que cela aidera l’effort de guerre, il le fera ». Suite aux recommandations de la commission Rowell-Sirois, Godbout accepte la création d’un nouveau programme d’allocations familiales canadien qui est une ingérence dans un champ de juridiction provinciale. De nombreux québécois pensent qu’il en fait trop. Pour eux, Godbout a un chef et ce chef est à Ottawa.
Cela n’empêche pas de nombreuses personnes de trouver remarquable la performance du gouvernement Godbout. La prospérité engendrée par la guerre lui fournit l’occasion de faire beaucoup. En 1940, il donne le droit de vote aux femmes qui, sous la gouverne d’Idola Saint-Jean et autres dirigeantes féministes canadiennes françaises, ont bataillé ferme pour l’obtenir, malgré les vœux des plus hautes instances religieuses. Pourtant, le Québec est la dernière province à l’accorder. En 1943, il s’oppose encore une fois à la hiérarchie de l’Église et fait adopter une loi rendant obligatoire l’éducation des enfants jusqu’à 14 ans, car il croit que la prospérité future de la province passe inévitablement par de profondes réformes en matière d’éducation. Il nationalise la Beauharnois Light Heat and Power Company, crée l’Hydro-Québec et lui cède toutes les réserves d’eau non déjà concédées de la province. Il crée un conseil économique pour le gouvernement en matière de stratégies de développement. Il fait adopter un nouveau code du travail qui précise les droits des travailleurs à la négociation collective et à la syndicalisation. En général, son gouvernement est considéré honnête, ce qui est rare à cette époque, et progressiste.
Une élection générale doit avoir lieu le 8 août 1944. Duplessis sait que l’« à-plat-ventrisme » de Godbout devant le fédéral et la conscription obligatoire, décrétée malgré les promesses du contraire aux gens du Québec par les ministres de King et douloureusement inscrite dans la mémoire des Canadiens français, vont lui donner une occasion en or pour reprendre le pouvoir.
Il doit cependant compter avec la présence d’un mouvement contestataire devenu parti politique, « Le Bloc Populaire Canadien ». Composé de nationalistes québécois, ce parti a été créé le 8 septembre 1942, peu après le plébiscite, par des opposants à la conscription. Il s’inspire des idées d’Henri Bourassa, qui l’endosse. Ce parti fédéral, appuyé entre autres par Camilien Houde et un groupe de jeunes étoiles montantes comme Jean Drapeau et Pierre Trudeau, décide de créer une aile provinciale pour contester l’élection de 1944. Il prend pour chef André Laurendeau, son secrétaire. Ce parti base son programme sur la défense des droits des Canadiens français et propose l’intervention de l’état aux niveaux économique et social, tout en se défendant bien d’être socialiste.
Duplessis, en pleine forme, entreprend sa campagne électorale sur un thème accrocheur, l’autonomie provinciale. Il y gagne en crédibilité. Il promet de récupérer d’Ottawa tous les pouvoirs qui lui ont été cédés par le gouvernement Godbout, d’électrifier tout le territoire (à ce moment-là, seulement 60 % des Québécois ont l’électricité), de paver toutes les routes principales, de construire des écoles, des universités, des hôpitaux… En somme, de moderniser sa province. Il se dit prêt à respecter la constitution canadienne et affirme « La coopération toujours, l’assimilation jamais ! ».
L’Union Nationale remporte 48 comtés, les libéraux 37 et le Bloc 4, dont celui d’André Laurendeau qui devient député à l’Assemblée législative. Maurice Le Noblet Duplessis redevient Premier Ministre du Québec, le 20ième depuis la Confédération.
C’est un important changement de gouvernement qui promet des débats politiques fondamentaux. Il s’ajoute à celui qu’a connu la Saskatchewan, le mois précédent, où le CCF a pris le pouvoir avec son chef, Tommy Douglas. Celui-ci s’est ainsi trouvé à former le premier gouvernement socialiste du Canada. Les choses ne seront plus jamais les mêmes. Notre pays arrive à un point tournant de son histoire. Désormais, la constitution et les questions sociales vont passer au premier plan des préoccupations des Canadiens. 
 
suite 2: Duplessis, King et Saint-Laurent... à venir

samedi 18 janvier 2014

Harper défend plus Israël que le Québec

Stephen Harper est le premier, des premiers ministres canadiens, invité à donner un discours au Knesset, le parlement d’Israël, devant les 120 députés israéliens assemblés à Jérusalem. C’est tout un honneur. Il inaugurera aussi un sanctuaire d’oiseaux portant son nom et recevra un doctorat honoraire de l’université de Tel Aviv.

Il sera reçu en héros.

Ce geste particulier est pour marquer l’appui indéfectible d’Harper à l’état d’Israël dans le conflit palestino-israélien. Ses dirigeants apprécient la constance des prises de « positions morales » qu’il prend sur les sujets politiques qui touchent leur pays, que ce soit à l’ONU, aux sommets du G8 et ailleurs.

Israël n’oublie pas le boycottage par Stephen Harper des conférences antiracismes de Durban, sa défense des opérations menées au Liban lors du conflit de 2006, son opposition aux critiques d’Israël lors des rencontres de la Francophonie, son appui aux représailles militaires de l’armée israélienne suite à l’agression du Hamas, son opposition aux discussions du G8 touchant la paix avec la Palestine afin qu’elles tiennent compte des frontières d’avant la guerre de 1967, de son vote positif à l’ONU pour modifier le statut d’Israël d’ « entité non-votante » à « État non-votant », etc… Ces actions démontrent qu’Israël ait raison ou non, Harper l’a toujours appuyé fortement et publiquement, nonobstant le fait que les mandarins d’Ottawa l’aient avisé que la crédibilité du Canada serait minée et que ses positions risquaient de contribuer à la croissance du terrorisme islamique.

À ses dénonciateurs, Harper souligne l’aide financière du Canada qu’il a donnée aux régions de Gaza et de la Jordanie. Il évite de dire que notre pays l’a toujours fait et il n’avoue pas que l’ensemble de ses actions démontre que sa sympathie première au Moyen-Orient est acquise à Israël.

Les discours d’Harper ne sont pas alignés avec la politique officielle du ministère des Affaires extérieurs du Canada, défini avec le temps par ses prédécesseurs. Il agit comme si elle n’existait pas. Que ce soit en rapport avec l’annexion de Jérusalem-est, du contrôle permanent des territoires occupés depuis 1967 et autres. Pour lui, « ce que je dis, est la politique extérieure du Canada ».

Même l’ex-PM Louis Saint-Laurent n’a pas reçu un hommage comme celui réservé à Harper. Pourtant, le 29 novembre 1947, il a décidé que le Canada prenne position en faveur d’Israël, lors du vote à l’ONU sur le « plan de partage de la Palestine » en trois entités : « l’État Juif », « l’État arabe » et « Jérusalem sous contrôle international ». Le vote fut de 33 pays « pour », treize « contre » et dix « abstentions ». Deux jours avant, dans un premier vote, Israël n’obtint que 28 votes, un de moins que la majorité requise. Ce fut très serré.

À ce moment-là, la Palestine était sous mandat britannique, conformément au statut politique établi par la Société des Nations en Palestine et en Transjordanie à partir de 1920. La population était de 65% arabe et 35% juive. Les arabes palestiniens rejetèrent le « plan de partage » et revendiquèrent l’ensemble du territoire puisque, disaient-ils, « la majorité est arabe ». Les États de la Ligue arabe les endossèrent.

Le 14 mai 1948, la communauté juive d’Israël proclama son indépendance et la création de l’État d’Israël qui devint une république parlementaire multipartite et une démocratie libérale avec suffrage universel. Les arabes insatisfaits, se sentant brimés, déclenchèrent la guerre d’Israël. Ce dernier rétorqua et le conflit dure encore avec la conséquence qu’Israël s’est approprié de plus en plus de terres arabes. En 1967, en plus de la Cisjordanie, Israël, qui occupait la partie ouest de Jérusalem, conquit la partie est et fit sa capitale de l’ensemble. Cet état de fait n’est pas reconnu par l’ONU.

Le peuple juif qui venait de subir l’horrible génocide perpétré par les nazis durant la 2ième guère mondiale, travailla dur pour bâtir son nouveau pays et le peupler de leurs contemporains de tous les coins du monde. Plus de 850 000 répondirent. De leur côté, des millions de Palestiniens, qui vivaient dans les secteurs attribués à Israël, 4,9 millions se réfugièrent du côté arabe. Aujourd’hui, Israël compte plus de 75% de juifs, le reste étant partagé entre arabes, chrétiens et autres. Sur la question des réfugiés palestiniens, plus de 72 résolutions ont été votées par les Nations-Unie, sans succès. Aucune ne s’adressait aux droits des nouveaux venus juifs, tel que le voulait Israël.

Tous les premiers ministres du Canada depuis St-Laurent ont été amis avec Israël mais leurs actions ont toujours tenu compte de la part des choses et de la situation internationale afin qu’une vraie solution soit trouvée et acceptée par les deux partis de ce conflit important. Ils ont cherché, avec les dirigeants de pays alliés, à trouver des compromis afin de mettre fin, une fois pour toutes, à cette querelle meurtrière entre les deux factions.

Seul l’ex-PM Joe Clark a agi unilatéralement en voulant déménager l’ambassade du Canada de Tel Aviv à Jérusalem, nonobstant la résolution de 1947 de l’ONU. Il fut vite rabroué par tous les pays du Moyen-Orient et revint vite à la politique sensée de ses prédécesseurs qui œuvraient autant pour les droits des Israéliens que pour ceux des Palestiniens. Harper, à chaque situation difficile entre Israéliens et Palestiniens ou entre Israël et un autre pays de la région du Moyen-Orient, prend inévitablement position pour Israël. Et cela même si ses alliés, USA ou autres, cherchent à engager des négociations entre les parties. C’est ainsi qu’il a gagné son titre de « meilleur ami politique d’Israël dans le monde ».

Pendant ce temps-là, Stephen Harper ne prend jamais parti pour le Québec. Je ne l’ai pas entendu dire : « Le Québec a raison sur ce sujet et je vais tout faire pour convaincre les autres provinces du bien-fondé de sa position ». Le registre des armes, est un exemple. C’est à l’École Polytechnique de Montréal que Marc Lépine a tiré à bout portant sur de jeunes polytechniciennes, en tuant 14 et blessant 14 autres. Nous, Québécoises et Québécois, avons tous été très marqués par ce massacre. Et, ce sont les mamans et les papas de ces victimes qui ont lancé le mouvement d’enregistrement des armes. Sa justification a été reconnue par tous, le gouvernement du Canada a agi et trois milliards de $ ont été dépensés pour le réaliser. Au moment où il fut mis en opération, Harper, devenu PM, l’annula parce que certains fermiers de l’ouest canadien s’y opposaient. Et pour ajouter à l’injure, il refuse de transmettre au gouvernement du Québec, la partie du registre qui le concerne.

L’Accord de Kyoto est un autre exemple. Il a renié cet accord international important sur l’environnement qui fut signé un de ses prédécesseurs, l’ex-PM Jean Chrétien. Il n’a pas dit que cet accord était surtout voulu par le Québec et qu’il allait tout faire pour le respecter.

De même, en rapport avec sa proposition d’invalider la loi fédérale sur l’exercice des droits fondamentaux et prérogatives du peuple Québécois et de l’État du Québec, qui stipule le droit du Québec de se séparer sans l'accord d'Ottawa, Harper refuse d’expliquer la justification de la loi aux anglophones canadiens, de défendre le droit du Québec d’agir ainsi et qu’il faut le reconnaître.

Et il y a des dizaines d’autres exemples de sujets sérieux touchant l’ensemble des Canadiens.

Enfin, le Canada profitera peut être du prestige d’Harper envers Israël en rapport avec les revenus émanant du pétrole. Il semble qu’il veuille l'utiliser pour obtenir l’appui du « lobby juif » américain, très puissant à Washington et normalement démocrate, pour faire pression sur le président Barack Obama afin qu’il approuve, dans les plus brefs délais, la construction de l’oléoduc XL Keystone devant transporter le pétrole des sables bitumineux du nord de l’Alberta à l’État d’Alabama. Au moins sur ce point, le Canada gagnera économiquement, mais, en fait, ce sera aux dépends de la bonne entente entre les Israéliens et lesa Palestiniens.

Claude Dupras

jeudi 14 novembre 2013

Quand Pauline Marois charrie !

La première ministre du Québec Pauline Marois a fait un discours retentissant à la clôture du dernier congrès du parti Québécois qui prône la séparation du Québec du Canada.

Elle a dit « nous aimons tellement les gens qui y vivent, que nous caressons pour eux un très grand rêve. Nous voulons que le Québec soit un pays libre et indépendant ! ». C’est son rêve, je la comprends. Mais beaucoup de Québécois aiment leur Québec sans qu’il soit nécessaire de briser le Canada, le pays de leurs ancêtres.

Elle a continué « si le Québec était un pays, il serait le 18e plus grand du monde… riche en ressources et d’une population parmi les plus scolarisées et les plus créatives du monde ». Mais notre pays le Canada est le 2e plus grand au monde et sa population a toutes ces qualités.

Elle a ajouté en comparant le Québec d’aujourd’hui avec celui de 1995: « Le poids de notre dette est moins élevé. Notre cote de crédit s’est améliorée. Notre solde budgétaire également. Les Québécois sont individuellement plus riches. La pauvreté a reculé aussi. Jamais le Québec n’a compté aussi peu de familles sans emploi ou vivant de l’aide sociale ». Mais c’est la même chose partout au Canada pour chaque Canadien. Elle omet de dire que cela s’est concrétisé alors que le Québec faisait partie du Canada et que Jean Charest était PM du Québec pendant 10 ans. Plusieurs provinces « pauvres » sont devenues des provinces « riches » durant ce temps comme le souligne le système de la péréquation. Elle omet les données de l’OCDE qui estime qu’un Québec indépendant serait le cinquième pays le plus endetté au monde, alors que le Canada est le 14e..

Elle a affirmé : « Si le Québec était un pays, il serait au 19 e rang de l’OCDE au chapitre du produit intérieur brut par habitant ». Actuellement, le Canada est au 9e rang.

Elle a rajouté: « Nous serions 9e quant à la proportion de notre population qui occupe un emploi ». Le Canada est 2e.

Elle a déclaré : « Je suis convaincue que le Québec aurait pas mal plus de moyens s’il était indépendant. Quand Ottawa investit 10 milliards pour l’industrie de l’auto, il y a 2 milliards qui viennent du Québec. Quand Ottawa donne des contrats de 25 milliards pour la construction de navires à Halifax, 5 milliards viennent de chez nous ». Du même souffle, elle refuse de reconnaître les centaines de millions en sous-contrats accordés à des entreprises Québécoises pour ces projets. De plus, elle ne cite pas les projets fédéraux au Québec, comme le sera celui du nouveau pont Champlain estimé à un coût de 3 milliards $ par Ottawa, duquel 2,4 milliards viendront des autres provinces et les centaines de milliards pour les projets passés et nouveaux d’infrastructures où 80% de ces fonds sont venus et continueront de venir des autres provinces. Et les décisions fédérales qui favorisent le Québec comme la concentration de l’industrie de l’avionnerie à Montréal qui crée plus de 70 000 emplois, pourquoi ne les souligne-t-elle pas ? On peut poser la question, si le Québec est indépendant, le domaine de l’avionnerie demeura-t-il à Montréal ?

Elle a lancé : « … de rester dans le Canada est risqué. C’est risqué d’être soumis aux décisions d’Ottawa. C’est risqué de demeurer dans un pays qui évolue dans une direction opposée à la nôtre ». Pourtant, le passé n’indique pas cela. Certes, le Québec et d’autres provinces ne sont pas toujours en accord avec Ottawa. On a vu dans le passé des luttes mémorables entre les PM Duplessis, Lesage, Johnson, Lévesque et Parizeau et le PM canadien sur des sujets de taxation et des sujets constitutionnels. Le Québec a gagné plusieurs de ces débats importants.

La « direction opposée » dont parle Pauline Marois a rapport avec les politiques du gouvernement du PM Stephen Harper sur la question de l’environnement, des armes à feu, des peines de prisons trop sévères, des valeurs immobilières, de l’assurance-emploi, etc… Je lui donne raison sur plusieurs de ces points, malgré que je sois sympathique à la couleur du parti d’Harper. Je ne partage absolument pas plusieurs des opinions et des positions politiques conservatrices de ce dernier. Mais, on ne jette pas un pays à terre à cause d’un gouvernement qui occupe momentanément le pouvoir.

Les Québécois ont à leur crédit une grosse part du mérite de ce qu’est le Canada d’aujourd’hui. Des chefs de notre milieu : Lafontaine, Cartier, Laurier, Saint-Laurent, Trudeau, Mulroney, Chrétien, Martin se sont avérés des leaders exceptionnels qui ont bien dirigé notre pays pour en faire aujourd’hui un modèle sur la scène mondiale. Que le PQ ne cherche pas à nous faire croire avec un discours teinté de négativisme et d’arguments de croques-mitaines, qu’il y va de notre intérêt de casser ce beau pays bâti par des gens de chez nous.

Tous les Québécois élus de tous les partis politiques des deux niveaux du gouvernement, défendent le Québec. Pas de la même façon, c’est évident. Pauline Marois s’est ridiculisée en affirmant qu’« il n’y a que le Parti Québécois qui défend les intérêts du Québec ». Qu’elle continue à travailler avec les autres partis et ses collègues des autres provinces, et elle verra qu’elle peut défendre positivement nos prérogatives.

Elle veut un système de transport léger sur rail sur le pont Champlain. Elle l’obtiendra si elle adopte l’attitude de convaincre au lieu de blâmer. Elle profite de l’indignation de plusieurs qui s’élèvent contre un possible péage sur le pont Champlain pour critiquer encore le fédéral. C’est de la petite politique. Pourquoi n’a-t-elle rien dit lorsque le péage a été imposé sur le pont de la 125 au nord de Montréal. Le seul sur la rive nord.

« Depuis la confédération, combien de temps avons-nous perdu en rondes constitutionnelles, en rencontres fédérales-provinciales, en réunions de fonctionnaires ? » s’est-elle exclamée ! N’est-ce pas une chose normale dans un grand pays comme le Canada ? Les autres pays de l’Occident sont aussi maintes fois engagés dans des débats interminables. Le résultat de toutes ces rondes et réunions a fait du Canada un des pays les plus enviés de la planète. « Si on choisit d’en finir avec la chicane et de nous tourner vers l’avenir, il n’y a aura plus de conflits entre le Canada et le Québec ». Pour elle « en finir » veut dire « séparation ». Si elle pensait coopération au lieu de renonciation et montrait un peu de loyauté au Canada, ce serait peut être mieux pour tout le monde.

Elle veut « en finir avec le multiculturalisme et de choisir le « mieux-vivre-ensemble ». Des mots vides qui ne veulent rien dire et qui ne correspondent pas à la réalité. Le Québec moderne est multiculturel. Depuis plus de cent ans des vagues d’immigrés de toutes races et religions se sont succédées : irlandais, écossais, grecs, italiens, juifs, polonais, lithuaniens, arabes, haïtiens, asiatiques, tamuls, etc… et cela ne s’arrête pas. Nous sommes un pays riche et les pauvres y voient une possibilité pour assurer le bien-être de leur famille. En grande partie tous ces néo-québécois parlent de plus en plus français. Notre défi est d’accueillir et d’intégrer tous ces gens dans notre culture et de montrer suffisamment de créativité pour qu’ensemble nous puissions bâtir notre économie. C’est manquer d’audace et de réalisme que de nier cela.

Un vrai gouvernement québécois doit se dédier à réaliser ces défis importants. Ainsi, nous serons plus fiers de notre coin du monde où la liberté, le respect et la qualité de vie seront au rendez-vous pour tous.

Claude Dupras

dimanche 29 juillet 2012

Charest sera-t-il réélu ?

Le 6 décembre dernier mon billet s’intitulait : « Et si Jean Charest et Pauline Marois demeuraient en poste ». À ce moment-là, le leadership des deux principaux chefs politiques du Québec était remis en question suite aux sondages négatifs sur leur capacité respective de diriger le Québec. Ils étaient près de la sortie.

C’est l’élection partielle du comté de Bonaventure qui m’a fait comprendre qu’ils n’étaient pas en danger. Le parti libéral a conservé son château-fort mais son pourcentage de votes a baissé appréciablement en faveur du parti Québécois de Pauline Marois. Un bon nombre d’électeurs avaient vu en elle le moyen de s’opposer à Jean Charest. Ce dernier, malgré un taux d’insatisfaction qui frisait les 65%, a réussi quand même à obtenir à nouveau la confiance d’une majorité des électeurs de ce comté.

J’ai eu l’impression alors que les postes de Charest et Marois n’étaient plus en danger et qu’ils dirigeraient leur parti à la prochaine élection générale.

Puis, le phénomène François Legault, chef du nouveau parti Coalition Avenir Québec (CAQ), s’est estompé tel que prévu. Il devait, selon les sondages, balayer les vieux partis de la carte électorale mais il a été victime de son manque de charisme et d’éloquence et son auréole de fascination s’est dissipé aussi vite que sa capacité de séduire et d’impressionner.

Le parti Québec-Solidaire, pour sa part, bénéficiait d’un léger vent dans ses voiles, au moment où il a fait un mauvais « tack » et a ressenti l’air lui échapper lorsqu’il a trop exposé son côté anarcho-communisant. Cet étalage public de sa réelle pensée politique a été fatal pour le parti, malgré qu’Amir Khadir, son demi-chef, soit un politicien intelligent qui souventes fois sait « frapper le clou sur la tête ».

La bataille qui s’annonce pour le début septembre se fera donc entre un Jean Charest confiant, déterminé et une Pauline Marois devenue « la femme de béton » au carré rouge.

Jean Charest est un homme doux, chaleureux, attentif et qui a su séduire des foules, pourtant il est mal aimé d’un très grand nombre de Québécois. Ce sont surtout ceux qui préconisent la séparation du Québec du Canada qui ne lui ont jamais pardonné sa prestation exceptionnelle lors du débat référendaire de 1995 et qui a fait pencher la balance du côté du NON.

Malgré ses deux majorités et son gouvernement minoritaire, Charest a été trop souvent injustement critiqué. On peut se rappeler, entre autres, tout ce qui s’est dit sur son plan de réingénierie du Québec pour réduire radicalement la dimension du gouvernement. Il a dû reculer. Il en fut de même pour la privatisation d’une partie du parc National du Mont Orford et la réalisation du projet du Suroît pour la construction d'une centrale thermique au gaz naturel.

Depuis sa dernière élection, l’intégrité de Jean Charest est attaquée sans cesse sur des questions comme la nomination des juges malgré que le rapport du commissaire Bastarache ait déterminé que les allégations contre lui étaient infondées, l’octroi de certains permis pour les garderies malgré qu’il ait forcé un député à démissionner et les graves problèmes de corruption dans l’industrie de la construction malgré qu’il ait établi une super-commission (la commission Charbonneau) pour l’enquêter.

Nonobstant les pluies d’injures et d’insinuations mensongères, je continue à croire que Jean Charest est un individu foncièrement honnête et intègre, tout comme le sont Pauline Marois et la très grande majorité des députés de l’Assemblée Nationale québécoise.

En réalité, les problèmes du domaine de la construction découlent du manque de contrôle du gouvernement sur ses projets de construction. L’insuffisance criante de personnel technique et qualifié dans les ministères, particulièrement au ministère du Transport, en est la raison première. Ce n’était pas comme cela avant la venue de Lucien Bouchard à la tête du Québec.

Afin de balancer le budget québécois, à la demande des seigneurs de l’argent à New York, Bouchard a coupé radicalement dans toutes les dépenses gouvernementales. Non seulement a-t-il mis à la retraite forcée des milliers d’infirmières compétentes, des chirurgiens et des médecins expérimentés, ce qui a embourbé depuis nos services de santé, mais Bouchard a aussi renvoyé chez eux des milliers d’ingénieurs et de techniciens spécialisés en construction qui œuvraient au gouvernement afin d’assurer que la réalisation de ses bâtiments et de ses travaux publics soient conformes aux besoins et aux décisions gouvernementaux. Ces derniers vérifiaient et approuvaient les plans et devis techniques préparés par les architectes et les ingénieurs-conseils du privé, pour assurer leur conformité avec les programmes techniques, les normes, les règlements et les budgets établis par les lois et les ministères.

Le malheur, c’est que le PM Bernard Landry, qui a succédé à Bouchard, n’a rien fait pour corriger cette situation et a continué à réduire le nombre de fonctionnaires. Et, devant les difficultés que ses gouvernements ont eues pour maintenir bas les déficits, Jean Charest a fait de même.

Voilà la source des problèmes du domaine de la construction. Sans contrôle, sans surveillance, sans respect des normes et des budgets, il est devenu un « free for all » où certains intervenants malhonnêtes ont gâché le système.

Jean Charest veut un quatrième mandat. Normalement le pouvoir use mais il y a des moments où la réélection d’un premier ministre devient importante. Peu de premiers ministres ont obtenu quatre mandats des Québécois. Le dernier fut Maurice Duplessis avec la campagne électorale de 1956 dont le thème était « l’autonomie du Québec ». C’était au moment où le gouvernement du Québec réussissait, enfin, à faire accepter par le gouvernement fédéral de Louis St-Laurent la reconnaissance des droits constitutionnels fiscaux du Québec. Duplessis créa l’impôt québécois et obtint une baisse proportionnelle des impôts fédéraux afin que les Québécois ne subissent pas la « double imposition » dont les avait menacés Saint-Laurent. De plus, ce dernier implanta le système de péréquation au Canada qui aidera beaucoup le Québec.

Il y a enfin la question de la hausse des frais de scolarité et tout le brouhaha qu’elle a entraîné et continue de faire. Le mouvement représentant le tiers des étudiants collégiaux et universitaires du Québec est devenu important et a attiré le regard du monde entier. Ce sera, peut être, ce qui sauvera Jean Charest et assurera sa réélection.

J’ai appuyé la position initiale des étudiants, dès les premiers jours, en m’opposant dans mon blog aux augmentations des frais de scolarité. On trouvera ma position dans mon billet du 29 mars 2012. Je n’ai pas changé ma position depuis, sauf que suite aux actes de violence j’ai cessé de les soutenir.

L’élection arrive au moment où le phénomène estudiantin s’est transformé en une rébellion contre la loi et l’ordre.

Malgré que la participation aux manifestations organisées par les syndicats étudiants diminue et que de moins en moins de Québécois les écoute, les ralliements de protestataires continuent. Je crains que les chefs étudiants n’aient pas la perspicacité nécessaire pour arrêter la radicalisation grandissante de leur mouvement et la confrontation avec les autorités.

Ils devraient, au contraire, faciliter le retour en classe de leurs membres, au milieu d’août, pour qu’ils bénéficient des arrangements particuliers que les institutions éducatives ont mis en place pour leur permettre de reprendre leur semestre printanier, perdu à cause des grèves.

Les syndicats étudiants devraient réaliser qu’ils sont capables d’organiser une participation massive des étudiants contre le parti libéral. C’est ce que ce dernier craint. En décidant de continuer les manifestations, en pleine campagne électorale, ils joueront, au contraire, dans la main de Charest et l’aideront à consolider son support dans l’opinion publique.

Leurs actions feront revivre celles de Pauline Marois qui n’a jamais dénoncé les actions violentes des étudiants et a accepté, par opportunisme et malgré les concessions importantes du gouvernement, de porter leur symbole, le « carré rouge », à l’Assemblée Nationale. Même, si par stratégie, elle a décidé de ne plus le porter depuis le 24 juin, l’annonce de la candidature péquiste d’un des trois chefs étudiants, Léo Bureau-Blouin, vient consolider dans l’opinion publique les
liens du Parti Québécois avec le mouvement contestataire estudiantin qui n’a pas respecté les injonctions des cours de justice après que le gouvernement se soit vu forcé de faire voter une loi spéciale, la loi 78, pour protéger les droits des citoyens dont ceux des étudiants qui voulaient retourner à leurs cours, souventes fois contre des contestataires masqués.

De plus, les étudiants vont maintenant plus loin que la question des frais de scolarité dans leurs récriminations. Ils s’attaquent à tous les frais payés par les Québécois pour des services publics, au plan du développement du nord du Québec, au traitement des aborigènes, à la discrimination féminine, etc… ; leur but est clair : bousculer suffisamment la société québécoise afin qu’elle se réoriente éventuellement vers leurs objectifs.

Sachant que 56 % des Québécois et Québécoises approuvent ses actions envers les protestataires étudiants, Jean Charest, va rappeler que Pauline Marois s’est associée à ceux qui n’ont pas respecté la loi et l’ordre. Il ajoutera que ses actions démontrent qu’elle veut le pouvoir, à tout prix, en vue d’amener les Québécois et les Québécoises dans un troisième référendum sur la séparation du Québec.

Je crois que le non-respect de la loi et de l’ordre deviendra le débat principal de cette élection pour les électeurs québécois qui voudront avant tout protéger la paix et le respect de leur société.

Oui, Jean Charest peut être réélu !

Claude Dupras