J’entretiens, depuis un certain temps, un dialogue politique sur les évènements du jour avec un ami internet, Antoine Théorêt, qui dans sa tendre jeunesse était Verdunois, comme moi. Nous sommes donc issus du même milieu. Il a eu une carrière exceptionnelle de scientiste.
Depuis un mois, nos échanges portent sur la charte des « valeurs québécoises », pour laquelle nous ne partageons pas tout-à-fait la même opinion.
Dans mon dernier message, je lui posais la question suivante : « Tu parles de liberté de la majorité. N’est-elle possible que s’il n’y a pas d’entrave à la liberté individuelle ? ». Voici son intéressante réponse que je publie dans l’espace de mon blog. Je vous invite à la commenter. Merci.
Claude Dupras
La Charte islamique du Nouveau Monde !
Le sujet des droits individuels versus les droits collectifs est complexe dans un pays de multiculturalisme. Malgré la multitude des points de vue, je suis convaincu que dans une discussion franche et sereine nous trouverions rapidement, en gens raisonnables que je crois que nous sommes, plus de points de convergence que de divergence sur la question de la charte des « valeurs québécoises ». Je vous soumets donc sommairement avec tous les risques que cela comporte mes réflexions sachant que vous y apporterez toutes les nuances requises compte tenu des raccourcis que j’emprunte pour présenter mon opinion sur un sujet délicat qui soulève toutes les passions.
La longue histoire des relations entre le monde chrétien et le monde islamique a toujours été dans l’ensemble trouble et difficile. Aujourd’hui, dans la grande majorité des pays chrétiens, les religions ont conservé leur influence morale mais perdu leur influence politique au nom du principe de la laïcité de l’état tandis que dans la plupart des pays islamiques, il est difficile de dissocier politique, culture et religion.
Or, l’Islam projette à tort ou à raison une image de violence et d’intolérance sans doute à cause de la voix dominante de ses éléments extrémistes, fondamentalistes et fanatiques; leur prosélytisme religieux jette un malaise certain dans nos sociétés occidentales avec leurs valeurs de charia, de lapidation, d’amputation, de tous ces signes de soumission de la femme, de crimes d’honneur, d’attentats suicides, de réseaux terroristes…
Je suis convaincu que les peuples islamiques sont honorables et pacifiques mais qu’ils ont hérité de conditions de vie économiques et politiques très difficiles dont nous sommes en partis responsables en raison de nos interventions colonialistes. Les gens ne viennent pas au monde violents. La violence provient de l’environnement dans lequel les gens évoluent et nait le plus souvent du désespoir, de l’injustice, du sentiment profond d’exclusion. Les pays islamiques vivent depuis des générations dans la tourmente des révolutions et des guerres civiles, religieuses et d’interventions étrangères; l’injustice appelle l’injustice, la violence répond à la violence.
Lorsque je lis ou regarde, soir après soir, des reportages sur la Syrie, l’Irak, l’Égypte, la Palestine…. je suis profondément choqué et sympathise sincèrement avec toutes ces gens qui doivent subir quotidiennement et injustement les terribles conflits de factions rivales. Je suis donc ouvert à l’accueil de tous ces immigrés, réfugiés ou exilés, qui viennent s’établir chez nous pour chercher un avenir meilleur et enrichir notre société. Ce ne sont pas les signes ostentatoires en soi qui sont dérangeants mais les symboles qu’ils véhiculent, même si la majorité de ceux qui les portent le font par conviction sans intention mauvaise ou en toute innocence; Jean-Louis Roux serait bien placé pour en témoigner ! Les croyances religieuses sont des choses personnelles qui relèvent du domaine spirituel et de l’irrationnel.
Cependant, contrairement aux immigrés européens, sud-américains ou asiatiques avec le Dalai Lama faisant figure de superstar internationale, les musulmans, les sikhs et les hindouistes sont plus revendicateurs, visibles et volubiles à manifester leur différence, ce qui rend leur intégration plus problématique. Un article récent du Vancouver Sun propose cette hypothèse et montre qu’il n’y a pas qu’au Québec, contrairement à ce que l’on pense et dit, qu’il existe un certain malaise. Au Canada aussi : http://blogs.vancouversun.com/2013/10/05/interfaith-marriage-in-canada-fewer-approve/
La démocratie et les valeurs de liberté sont fragiles. Je ne crois pas que la très grande majorité de ces immigrants soit foncièrement menaçante et présente un danger potentiel imminent; il n’y a pas de quoi être alarmiste. Toutefois, il y a des motifs raisonnables pour exercer une certaine vigilance, d’expliquer les règles, les limites et la surface de jeu de nos valeurs démocratiques à ces nouveaux québécois comme c’est le cas dans plusieurs pays étrangers; c’est comme les vaccins contre la grippe mieux vaut prévenir que guérir même si les risques d’attraper la grippe sont faibles! Comme le montre présentement la crise budgétaire américaine, il n’a fallu que de quelques fanatiques du Tea Party, comme Ted Cruz et Paul Ryan, pour paralyser l’appareil gouvernemental et fausser le jeu démocratique. La dernière élection en Égypte d’un islamiste issu des « frères musulmans » à la présidence a plongé ce pays au bord de la guerre civile. En Iran, le retour d’un seul homme, Khomeiny, a radicalement bouleversé les mœurs politiques et sociales de ce pays.
Nous avons nous aussi le droit d’affirmer nos valeurs, défendre nos coutumes, nos traditions et définir les limites de notre tolérance sans à avoir à se faire traiter de racisme, de xénophobie ou de féminisme enragé. Les Québécois ne forment pas une race puisque, fruit de notre métissage, il coule doucement dans nos veines une bonne dose de sang indien, irlandais, anglais, italien…. et je ne crois pas que nos traditions catholiques nous aient inculqué le germe de la xénophobie! Par contre, j’admettrais volontiers que nos esprits sont, malheureusement, fortement contaminés dans le présent débat par la partisannerie politique! Il n’est pas question d’ostraciser les musulmans mais plutôt d’ouvrir un dialogue intelligent et respectueux comme l’ont fait ces deux femmes musulmanes à l’émission TLMP et que d’autres voix sages et raisonnables comme celle de messieurs Parizeau, Bouchard et Landry se fassent entendre.
Antoine Théorêt
NB : Je pose à mon tour une question provocatrice. Comment se comparent les mesures proposées par la Charte par rapport aux moyens pris par Duplessis à l’époque pour contrer les communistes et les témoins de Jéhovah ?
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samedi 12 octobre 2013
La Charte Islamique du Nouveau Monde
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jeudi 29 décembre 2011
Le ras le bol mondial de 2011
Les éditeurs du magazine américain Time ont arrêté leur choix de la « personnalité de l’année 2011 » sur « les protestataires ». Ce choix judicieux montre bien l’importance de l’individu d’aujourd’hui lorsqu’il se regroupe avec ses congénères, même s’il a en main de nouvelles technologies sociales qui l’unissent au monde. Seul, dans ce monde de médias mur-à-mur, il peine à percer. Avec d’autres, il partage ses peines, ses ambitions et devient militant, inspire de la sympathie et se fait entendre.
Cet éclatement public n’est pas le résultat d’une émotion soudaine mais l’aboutissement de frustrations et de complaintes accumulées depuis plusieurs longues années contre les institutions politiques. Le Maghreb en est bien la démonstration. J’ai voyagé souventes fois au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Égypte et depuis longtemps, comme tout visiteur dans ces pays, j’ai ressenti le mécontentement qui y bouillonnait de plus en plus. Je ne comprenais pas pourquoi ça ne sautait pas.
En fait, il me semblait clair que des élections libres auraient vite chassé les dirigeants corrompus qui contrôlaient l’armée et la police de ces pays. L’élection du Front Islamiste du Salut (FIS) en Algérie en 1991 me le confirma, mais le résultat de l’élection fut vite annulé par le régime du FLN qui, en plus, mit les dirigeants du FIS en prison.
Le ras le bol mondial a généré un fervent militantisme en Tunisie, en Égypte, au Yémen, au Maroc, en Lybie, en Algérie, en Russie, en Grèce, à Madrid, à Londres, à Wall Street, à Montréal, au Mexique, en Indes, au Chili, en Iran, en Syrie… Il a pris les noms de « révolution jasmine », « printemps arabe », « indignés » et « occupy ». Il aurait pu être encore plus grand et touché la Chine, le Vietnam, la Corée du Nord, etc.. si le contrôle des partis communistes et des militaires n’y était pas si omniprésent. Ça viendra !
Les manifestations, les occupations, les insurrections et les révolutions ont apporté plusieurs fruits puisqu’elles ont réussi à créer chez plusieurs individus l’espoir d’un avenir meilleur, plus libre, plus prometteur, plus rose pour eux et leur famille.
Au Canada, nous l’avons aussi ressenti. Particulièrement au Québec, le 2 mai dernier. Un grand nombre d’entre-nous en avions assez de la « salade » que les politiciens fédéraux nous servaient depuis si longtemps. Notre seule stratégie fut de protester et de remplacer les élus, quelque soit le parti, quelque soit le programme. Nous leur avons dit « adieu Bloc, PC, Libéraux, couvée… » et nous avons choisi un homme simple, chaleureux qui semblait compréhensif et prêt à tout changer. Ce n’était pas une question de socialisme, fédéralisme, gauche, droite, centre, séparatisme, souverainisme, non rien de tout cela. Les idéologies ne comptaient plus. Nous ne proposions rien mais nous voulions que ça change et nous avons trouvé l’homme qui nous semblait être en mesure de le faire. Malheureusement, il n’est plus et nous revoilà à nouveau à la recherche de la solution.
C’est le parti conservateur (PC) qui en profita. Il avait reconstitué la « Big Blue Machine ontarienne » des années ‘60-’80 et sa stratégie principale visait à obtenir les votes des différentes ethnies canadiennes. Il a mis-en-place, selon les observateurs avertis, sa « politique de diaspora » par laquelle Harper chercha à obtenir la faveur électorale des néo-canadiens en attaquant durement les politiques et les politiciens des pays qu’ils ont quittés ou en les aidant démesurément, dépendant de la situation. Harper a fait cela à répétition, comme pour Israël avec qui il est devenu l’ami inconditionnel, contrairement à ses prédécesseurs qui étaient neutres en rapport avec le conflit israélo-palestinien et travaillaient à trouver une solution acceptable aux deux parties. Il s’apprête même à signer une entente militaire avec ce pays. Est-ce un risque acceptable pour le Canada ?
Il fit tout pour cajoler ces électeurs particuliers et a gagné sa gageure en remportant, entre autres, plusieurs comtés-clés de la région de Toronto qui lui donnèrent sa majorité nonobstant le mécontentement des Canadiens à son égard qui s’exprima par les 75,9% d’électeurs éligibles qui ne lui accordèrent pas leur confiance en ne votant pas pour lui ou en s’abstenant.
Pour un grand nombre de régions et de pays, 2011 aura été une année charnière pour l’avancement de la politique nationale et pour la politique mondiale. On le doit aux protestataires de toutes races, de tous problèmes, qui se sont levés, plus d’une fois, pour affirmer leur rejet du système ou du régime dans lequel ils vivent. La démocratie, la justice et le développement social auront fait un gros bond en avant.
Claude Dupras
Cet éclatement public n’est pas le résultat d’une émotion soudaine mais l’aboutissement de frustrations et de complaintes accumulées depuis plusieurs longues années contre les institutions politiques. Le Maghreb en est bien la démonstration. J’ai voyagé souventes fois au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Égypte et depuis longtemps, comme tout visiteur dans ces pays, j’ai ressenti le mécontentement qui y bouillonnait de plus en plus. Je ne comprenais pas pourquoi ça ne sautait pas.
En fait, il me semblait clair que des élections libres auraient vite chassé les dirigeants corrompus qui contrôlaient l’armée et la police de ces pays. L’élection du Front Islamiste du Salut (FIS) en Algérie en 1991 me le confirma, mais le résultat de l’élection fut vite annulé par le régime du FLN qui, en plus, mit les dirigeants du FIS en prison.
Le ras le bol mondial a généré un fervent militantisme en Tunisie, en Égypte, au Yémen, au Maroc, en Lybie, en Algérie, en Russie, en Grèce, à Madrid, à Londres, à Wall Street, à Montréal, au Mexique, en Indes, au Chili, en Iran, en Syrie… Il a pris les noms de « révolution jasmine », « printemps arabe », « indignés » et « occupy ». Il aurait pu être encore plus grand et touché la Chine, le Vietnam, la Corée du Nord, etc.. si le contrôle des partis communistes et des militaires n’y était pas si omniprésent. Ça viendra !
Les manifestations, les occupations, les insurrections et les révolutions ont apporté plusieurs fruits puisqu’elles ont réussi à créer chez plusieurs individus l’espoir d’un avenir meilleur, plus libre, plus prometteur, plus rose pour eux et leur famille.
Au Canada, nous l’avons aussi ressenti. Particulièrement au Québec, le 2 mai dernier. Un grand nombre d’entre-nous en avions assez de la « salade » que les politiciens fédéraux nous servaient depuis si longtemps. Notre seule stratégie fut de protester et de remplacer les élus, quelque soit le parti, quelque soit le programme. Nous leur avons dit « adieu Bloc, PC, Libéraux, couvée… » et nous avons choisi un homme simple, chaleureux qui semblait compréhensif et prêt à tout changer. Ce n’était pas une question de socialisme, fédéralisme, gauche, droite, centre, séparatisme, souverainisme, non rien de tout cela. Les idéologies ne comptaient plus. Nous ne proposions rien mais nous voulions que ça change et nous avons trouvé l’homme qui nous semblait être en mesure de le faire. Malheureusement, il n’est plus et nous revoilà à nouveau à la recherche de la solution.
C’est le parti conservateur (PC) qui en profita. Il avait reconstitué la « Big Blue Machine ontarienne » des années ‘60-’80 et sa stratégie principale visait à obtenir les votes des différentes ethnies canadiennes. Il a mis-en-place, selon les observateurs avertis, sa « politique de diaspora » par laquelle Harper chercha à obtenir la faveur électorale des néo-canadiens en attaquant durement les politiques et les politiciens des pays qu’ils ont quittés ou en les aidant démesurément, dépendant de la situation. Harper a fait cela à répétition, comme pour Israël avec qui il est devenu l’ami inconditionnel, contrairement à ses prédécesseurs qui étaient neutres en rapport avec le conflit israélo-palestinien et travaillaient à trouver une solution acceptable aux deux parties. Il s’apprête même à signer une entente militaire avec ce pays. Est-ce un risque acceptable pour le Canada ?
Il fit tout pour cajoler ces électeurs particuliers et a gagné sa gageure en remportant, entre autres, plusieurs comtés-clés de la région de Toronto qui lui donnèrent sa majorité nonobstant le mécontentement des Canadiens à son égard qui s’exprima par les 75,9% d’électeurs éligibles qui ne lui accordèrent pas leur confiance en ne votant pas pour lui ou en s’abstenant.
Pour un grand nombre de régions et de pays, 2011 aura été une année charnière pour l’avancement de la politique nationale et pour la politique mondiale. On le doit aux protestataires de toutes races, de tous problèmes, qui se sont levés, plus d’une fois, pour affirmer leur rejet du système ou du régime dans lequel ils vivent. La démocratie, la justice et le développement social auront fait un gros bond en avant.
Claude Dupras
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mercredi 13 juillet 2011
Les lendemains du printemps arabe : islamiques ou démocratiques ?
Mon ami et correspondant depuis toujours Mansour, berbère algérien, m’exprime dans un récent courrier sa pensée sur l’évolution du printemps arabe. Je crois que ses propos peuvent intéresser mes lecteurs et j’ai décidé d’en faire un billet de mon blog.
Mansour sera très intéressé par vos commentaires que je vous invite à m’envoyer ou à ajouter sur mon blog.
Claude Dupras
Cher ami,
Le comportement des USA et de ses alliés européens à travers tout le monde arabe me dégoûte. La goutte qui a vraiment fait débordé le vase pour moi a été le comportement de la Cour internationale de justice, qui soi-disant est là pour défendre les droits internationaux de toutes les sociétés du monde et qui se comporte tout simplement comme un instrument de la politique internationale des USA, depuis pratiquement les attentats du 9 septembre de 2001 à New York.
Revoyons rapidement les récentes interventions de cette Cour suprême. Elle n'a pas hésité d’émettre des mandats d’arrêts du président du Soudan, de Kadhafi et d’un nombre de membres du Hezbollah du Liban, inculpés de l'assassinat du dernier premier ministre libanais. Et maintenant, le président de la Syrie est dans la mire.
Où était cette Cour internationale de justice lors des atrocités commises par des gens comme Moubarak ou El Abidine ou mieux encore du président du Yémen qui opprime son people plus de 30 ans ? Où est-elle face à l'oppression des chiites par les régimes sunnis, à travers les émirats arabes qui sont soumis à la domination de l'Arabie saoudite et de ses alliés américains et européens.
Cette cour, qui devient kangourou, se donne le droit moral universel de poursuivre des gens comme Milosevic ou autres slaves mais oublie les atrocités commises par toutes les républiques de la Yougoslavie du passé. Mieux encore, comment peut-elle être la défenseure des droits internationaux et mettre de côté toutes les atrocités commises par les alliés des USA. Bientôt, nous allons la voir s'intéresser aux leaders politiques de l'Iran et peut être même de la nouvelle Turquie qui ont créé des démocraties tirées des valeurs occidentales mais qui refusent d'abandonner leurs valeurs culturelles musulmanes.
Un célèbre écrivain algérien, Malek Benabi, a publié dans le passé un ouvrage qui m'a considérablement marqué. Il y explique la colonisation par le monde occidental des pays arabes, en particulier, et dans le reste de la planète lors des 19e et 20e siècles. Il décrit bien les conditions sociopolitiques qui prévalaient à travers le monde arabe et surtout en Algérie, avant les interventions coloniales européennes. Ce qui me choque aujourd’hui même, c'est que je trouve que les mêmes conditions sociopolitiques, qui ont mené à la colonisation de ce monde arabe, sont encore "live and kicking" à travers ce même monde.
Les pseudos politologues français, anglais et surtout américains veulent nous faire croire que les événements en Tunisie et surtout en Egypte sont une dénonciation publique des mouvements islamiques à travers les mondes arabe et musulman de la terre. Mais on oublie de nous dire que ces mouvements, aussi spontanés qu'ils soient n'ont aucune vision de ce qu'ils veulent à long terme pour leurs sociétés qu'ils disent vouloir réformer. Cette révolte spontanée des jeunes arabes, en particulier, me rappelle tout de même le fameux ouvrage de Gillas « la révolte des gueux ». Et, l'histoire nous enseigne, tous les jours, que ces révoltes n'aboutissent à rien, en fin de compte. La révolte d’Alger du 5 octobre 1998 à Alger nous l’a bien démontré.
Je n'oublierai jamais une fameuse réponse du général de Gaule à une question posée par un journaliste français concernant la nation algérienne durant la guerre de libération. Sa réponse a été extraordinaire et très profonde pour toutes les générations du passé aussi bien que du futur. Il avait tout simplement répondu en posant une série de questions au journaliste. Il lui avait demandé s’il y avait des Diderot, Victor Hugo, Descartes, Lamartine ou tous les membres de l'histoire culturelle de la France façonnant la société algérienne d’alors. Il avait terminé sa réponse en affirmant que tous les dirigeants du mouvement nationaliste algérien de l'époque n'étaient que des grenouillards et que les algériens ne finiront jamais à toujours grenouiller dans l'avenir.
Je ne suis pas tout fait d'accord avec cette conclusion du général de Gaule. C’est vrai en rapport avec les dirigeants historiques algériens, mais faux en rapport avec le président Boumediene. Ce dernier était franchement sincère dans ses efforts de construire une nouvelle société moderne en Algérie. Malheureusement il n'avait pas les alliés nécessaires pour aboutir à ses objectifs.
Il ne fait pas de doute que nous avons des intellectuels arabes courageux qui décrivent bien la situation de leurs sociétés et qui dénoncent aussi les régimes qui les gèrent. Mais je suis désolé de reconnaître que le monde arabe est toujours aussi disloqué qu'à travers toute son histoire. Il ne croit pas en son avenir et apparemment se contente de son état présent, autant matériel que politique.
La crise actuelle du monde arabe me rappelle l'Algérie des années 1988-1991, alors qu’elle a vécu un soi-disant printemps arabe. Ceux qui appuient les révoltes actuelles sont les mêmes qui avaient applaudi la déstabilisation politique de l'Algérie, durant cette période, qui a coûté plus de 150,000 victimes à mon pays et qui continue, à ce jour, de payer lourdement pour ce soulèvement.
Cette révolte d’Alger qui éclata le 5 octobre 1988, avait en fait été organisée sournoisement par le ministre de l'intérieur lui même, pour répondre à des agitations importantes au sein même du parti au pouvoir, le FLN. Le syndicat national, l'UGTA, avait lancé toute une série de grèves pour faire comprendre au président Chadli que son pouvoir s'éloignait de plus en plus des droits des travailleurs en général et des populations les plus démunies.
Ce qui a vraiment poussé le peuple algérien à se révolter contre la "mal-vie" fut la grève illimitée des ouvriers de la Sonatrach. Après plus d'une semaine, les motoristes algériens étaient incapables de trouver une goutte d'essence pour leurs voitures. Et pour briser ce syndicat qui remettait en question la légitimité du pouvoir de Chadli, le ministre de l'intérieur encouragea la révolte populaire à travers Alger, en particulier. Il lâcha même tous les milliers d'écoliers du primaire et du secondaire dans la rue pour susciter une révolte générale.
Le soir du 5 octobre, un grand nombre de bus municipaux avaient été mis à feu et certains ministères saccagés. Le régime de Chadli profita de ces événements pour remettre en cause la légitimité du FLN. au pouvoir depuis le jour de l'indépendance politique du pays. Le système de représentation politique fut modifié pour détruire le monopole de ce dernier et pour, surtout, permettre la légalisation des tendances islamistes. Le régime encouragea la création de partis artificiels mineurs, pour soi-disant démocratiser la vie politique en Algérie.
En 1991 le front islamique du salut (FIS) remporta les élections législatives nationales. Mais les généraux, le pouvoir réel en Algérie, ne pouvaient pas accepter l'arrivée au pouvoir des islamistes fondamentalistes qui promettaient de retourner à l'orthodoxie musulmane et même de pendre tous les algériens qui avaient contribué au renforcement du pouvoir passé. C'est ainsi que ces généraux, avec une fois de plus l'approbation sournoise des pays occidentaux, se sont débarrassés de Chadli et ont installé une nouvelle dictature militaire, qui à ce jour est toujours au pouvoir.
J’estime que nous allons voir le printemps arabe d’aujourd’hui se métamorphoser en une série de nouveaux régimes encore plus dictatoriaux que par le passé et le renforcement des mouvements fondamentalistes musulmans à travers le monde arabe. C’est triste.
Mon pessimisme pour l'avenir de tout le monde arabe vient du fait que je ne vois rien de bon pour lui à l’horizon. ll est certain que la Turquie finira par donner la solution finale à tous les problèmes du monde arabe, mais tant que les régimes féodaux de toute la péninsule arabique continueront à accepter le support inconditionnel du monde occidental, la renaissance du monde arabe ne sera pas au rendez-vous.
Mansour.
Mansour sera très intéressé par vos commentaires que je vous invite à m’envoyer ou à ajouter sur mon blog.
Claude Dupras
Cher ami,
Le comportement des USA et de ses alliés européens à travers tout le monde arabe me dégoûte. La goutte qui a vraiment fait débordé le vase pour moi a été le comportement de la Cour internationale de justice, qui soi-disant est là pour défendre les droits internationaux de toutes les sociétés du monde et qui se comporte tout simplement comme un instrument de la politique internationale des USA, depuis pratiquement les attentats du 9 septembre de 2001 à New York.
Revoyons rapidement les récentes interventions de cette Cour suprême. Elle n'a pas hésité d’émettre des mandats d’arrêts du président du Soudan, de Kadhafi et d’un nombre de membres du Hezbollah du Liban, inculpés de l'assassinat du dernier premier ministre libanais. Et maintenant, le président de la Syrie est dans la mire.
Où était cette Cour internationale de justice lors des atrocités commises par des gens comme Moubarak ou El Abidine ou mieux encore du président du Yémen qui opprime son people plus de 30 ans ? Où est-elle face à l'oppression des chiites par les régimes sunnis, à travers les émirats arabes qui sont soumis à la domination de l'Arabie saoudite et de ses alliés américains et européens.
Cette cour, qui devient kangourou, se donne le droit moral universel de poursuivre des gens comme Milosevic ou autres slaves mais oublie les atrocités commises par toutes les républiques de la Yougoslavie du passé. Mieux encore, comment peut-elle être la défenseure des droits internationaux et mettre de côté toutes les atrocités commises par les alliés des USA. Bientôt, nous allons la voir s'intéresser aux leaders politiques de l'Iran et peut être même de la nouvelle Turquie qui ont créé des démocraties tirées des valeurs occidentales mais qui refusent d'abandonner leurs valeurs culturelles musulmanes.
Un célèbre écrivain algérien, Malek Benabi, a publié dans le passé un ouvrage qui m'a considérablement marqué. Il y explique la colonisation par le monde occidental des pays arabes, en particulier, et dans le reste de la planète lors des 19e et 20e siècles. Il décrit bien les conditions sociopolitiques qui prévalaient à travers le monde arabe et surtout en Algérie, avant les interventions coloniales européennes. Ce qui me choque aujourd’hui même, c'est que je trouve que les mêmes conditions sociopolitiques, qui ont mené à la colonisation de ce monde arabe, sont encore "live and kicking" à travers ce même monde.
Les pseudos politologues français, anglais et surtout américains veulent nous faire croire que les événements en Tunisie et surtout en Egypte sont une dénonciation publique des mouvements islamiques à travers les mondes arabe et musulman de la terre. Mais on oublie de nous dire que ces mouvements, aussi spontanés qu'ils soient n'ont aucune vision de ce qu'ils veulent à long terme pour leurs sociétés qu'ils disent vouloir réformer. Cette révolte spontanée des jeunes arabes, en particulier, me rappelle tout de même le fameux ouvrage de Gillas « la révolte des gueux ». Et, l'histoire nous enseigne, tous les jours, que ces révoltes n'aboutissent à rien, en fin de compte. La révolte d’Alger du 5 octobre 1998 à Alger nous l’a bien démontré.
Je n'oublierai jamais une fameuse réponse du général de Gaule à une question posée par un journaliste français concernant la nation algérienne durant la guerre de libération. Sa réponse a été extraordinaire et très profonde pour toutes les générations du passé aussi bien que du futur. Il avait tout simplement répondu en posant une série de questions au journaliste. Il lui avait demandé s’il y avait des Diderot, Victor Hugo, Descartes, Lamartine ou tous les membres de l'histoire culturelle de la France façonnant la société algérienne d’alors. Il avait terminé sa réponse en affirmant que tous les dirigeants du mouvement nationaliste algérien de l'époque n'étaient que des grenouillards et que les algériens ne finiront jamais à toujours grenouiller dans l'avenir.
Je ne suis pas tout fait d'accord avec cette conclusion du général de Gaule. C’est vrai en rapport avec les dirigeants historiques algériens, mais faux en rapport avec le président Boumediene. Ce dernier était franchement sincère dans ses efforts de construire une nouvelle société moderne en Algérie. Malheureusement il n'avait pas les alliés nécessaires pour aboutir à ses objectifs.
Il ne fait pas de doute que nous avons des intellectuels arabes courageux qui décrivent bien la situation de leurs sociétés et qui dénoncent aussi les régimes qui les gèrent. Mais je suis désolé de reconnaître que le monde arabe est toujours aussi disloqué qu'à travers toute son histoire. Il ne croit pas en son avenir et apparemment se contente de son état présent, autant matériel que politique.
La crise actuelle du monde arabe me rappelle l'Algérie des années 1988-1991, alors qu’elle a vécu un soi-disant printemps arabe. Ceux qui appuient les révoltes actuelles sont les mêmes qui avaient applaudi la déstabilisation politique de l'Algérie, durant cette période, qui a coûté plus de 150,000 victimes à mon pays et qui continue, à ce jour, de payer lourdement pour ce soulèvement.
Cette révolte d’Alger qui éclata le 5 octobre 1988, avait en fait été organisée sournoisement par le ministre de l'intérieur lui même, pour répondre à des agitations importantes au sein même du parti au pouvoir, le FLN. Le syndicat national, l'UGTA, avait lancé toute une série de grèves pour faire comprendre au président Chadli que son pouvoir s'éloignait de plus en plus des droits des travailleurs en général et des populations les plus démunies.
Ce qui a vraiment poussé le peuple algérien à se révolter contre la "mal-vie" fut la grève illimitée des ouvriers de la Sonatrach. Après plus d'une semaine, les motoristes algériens étaient incapables de trouver une goutte d'essence pour leurs voitures. Et pour briser ce syndicat qui remettait en question la légitimité du pouvoir de Chadli, le ministre de l'intérieur encouragea la révolte populaire à travers Alger, en particulier. Il lâcha même tous les milliers d'écoliers du primaire et du secondaire dans la rue pour susciter une révolte générale.
Le soir du 5 octobre, un grand nombre de bus municipaux avaient été mis à feu et certains ministères saccagés. Le régime de Chadli profita de ces événements pour remettre en cause la légitimité du FLN. au pouvoir depuis le jour de l'indépendance politique du pays. Le système de représentation politique fut modifié pour détruire le monopole de ce dernier et pour, surtout, permettre la légalisation des tendances islamistes. Le régime encouragea la création de partis artificiels mineurs, pour soi-disant démocratiser la vie politique en Algérie.
En 1991 le front islamique du salut (FIS) remporta les élections législatives nationales. Mais les généraux, le pouvoir réel en Algérie, ne pouvaient pas accepter l'arrivée au pouvoir des islamistes fondamentalistes qui promettaient de retourner à l'orthodoxie musulmane et même de pendre tous les algériens qui avaient contribué au renforcement du pouvoir passé. C'est ainsi que ces généraux, avec une fois de plus l'approbation sournoise des pays occidentaux, se sont débarrassés de Chadli et ont installé une nouvelle dictature militaire, qui à ce jour est toujours au pouvoir.
J’estime que nous allons voir le printemps arabe d’aujourd’hui se métamorphoser en une série de nouveaux régimes encore plus dictatoriaux que par le passé et le renforcement des mouvements fondamentalistes musulmans à travers le monde arabe. C’est triste.
Mon pessimisme pour l'avenir de tout le monde arabe vient du fait que je ne vois rien de bon pour lui à l’horizon. ll est certain que la Turquie finira par donner la solution finale à tous les problèmes du monde arabe, mais tant que les régimes féodaux de toute la péninsule arabique continueront à accepter le support inconditionnel du monde occidental, la renaissance du monde arabe ne sera pas au rendez-vous.
Mansour.
jeudi 7 juillet 2011
La flottille de Gaza a atteint son but !
La flottille de Gaza devient un évènement annuel. Suite à celle de l’an dernier, la riposte armée d’Israël a attiré les regards réprobateurs du monde entier. Face à ce succès médiatique, une nouvelle flottille s’est regroupée en Grèce, cette année, pour un nouveau départ vers la bande de Gaza. Un bateau est déjà en route. D’autres ont été sabotés et les équipages travaillent à réparer les dégâts. C’est le moment où les activistes qui s’inquiètent du sort des Palestiniens de ce territoire-prison, qu’est la bande de Gaza, s’extériorisent et posent des gestes concrets pour faire valoir sur les Unes des journaux du monde le triste sort des Gazaouis qui vivent un cauchemar interminable dans leur pays.
Gaza n’est pas un endroit comme les autres. Elle contient 1,5 millions de personnes dont le tiers vit toujours dans des camps de réfugiés et un autre tiers vit hors-camp et est constitué de réfugiés venant du territoire palestinien occupé par Israël. Cette population est jeune puisque 60% d’entre elle a moins de 18 ans.
Les Gazaouis ont élu en 2007, le mouvement islamiste Hamas pour les diriger, mettant de côté le Fatah, le parti de leur ancien chef Arafat.
Plusieurs actes de terrorisme contre Israël ont été attribués au Hamas. Mais celui-ci justifie ces gestes comme étant une réponse aux attaques de l’armée israélite. Des roquettes home made continuent à être lancées sur le peuple juif. Mais la révolte égyptienne et le printemps arabe ont fait changer beaucoup de choses. La plus importante est l’accord du Hamas à participer à un gouvernement d’union nationale avec le Fatah pour négocier une paix avec Israël. Cette unité ne fait pas l’affaire d’Israël et son PM Netanyahou la dénonce en affirmant ne pas vouloir dialoguer avec des terroristes (qualificatif arbitraire fort discutable). En réalité, c’est un prétexte indéfendable de sa part, si on en juge par le passé.
Pendant ce temps, les Gazaouis souffrent. Leurs familles n’ont pas tout ce qui leur faut pour une vie normale, assurer l’éducation minimale et une bonne santé à leurs enfants. Malgré les marchandises, les médicaments et les denrées que livre Israël, c’est fortement insuffisant. D’ailleurs de nombreux tunnels illicites ont été construits par les jeunes Gazaouis entre l’Égypte et la bande de Gaza pour faire entrer toutes sortes de marchandises afin d’améliorer la qualité de vie de leur milieu.
De plus, jusqu’à il y a à peine quelques semaines, la bande de Gaza était une prison fermée. Heureusement, le nouveau gouvernement d’Égypte a ouvert sa frontière adjacente à la bande de Gaza pour laisser circuler les Gazaouis hors de leur territoire. Mais l’écoulement du trafic n’est qu’au compte-goutte.
À toute fin pratique, la flottille est symbolique car la quantité de médicaments et autres produits qu’elle peut apporter à Gaza est minime par rapport aux besoins. Ses promoteurs-activistes veulent en réalité casser le blocus naval imposé à la bande de Gaza par Israël. Ils veulent mettre en relief, dans l’esprit des citoyens du monde, cette situation irraisonnable qui est imposée à un peuple qui en souffre énormément.
Ce qui me choque le plus, c’est le phénomène nouveau de certains observateurs, journalistes ou politiciens de droite dans le monde, comme le québécois Eric Duhaime, qui critiquent publiquement les organisateurs de la flottille, leur reprochent de provoquer inutilement le gouvernement d’Israël et inventent des théories ayant pour but de déprécier leurs efforts d’aide aux Gazaouis.
Ils affirment que l’opposition d’Israël à cette flottille est bien connue et qu’il réagira vivement pour l’arrêter. C’est vrai. Mais ils ridiculisent les activistes, les traitent de tous les mots et les associent à une série de terroristes qui font la pluie et le beau temps au Moyen-Orient.
Pour les critiques, les promoteurs-organisateurs-activistes ont des ambitions politiques et utilisent la flottille à d’autres fins que l’aide humanitaire. Ils soulignent que ses leaders travaillent en harmonie avec le Hamas qu’ils qualifient d’être l’aile palestinienne des Frères Musulmans. Ils affirment que la coordination militaire des Frères est à Damas, capitale de la Syrie du président Bashar Assad contre qui le peuple syrien se soulève actuellement. Ils rappellent les nouveaux camps de réfugiés créés aux frontières de la Syrie et de la Turquie qui, soulignent-ils, est aussi sympathique aux Palestiniens. Ils demandent aux activistes qu’elle est leur position face à Assad.
Puis, ils soulignent que l’Hezbollah, autre parti islamiste qui a sa propre armée au Liban, est actif en Syrie, que quatre associés séniors du Hezbollah ont été identifiés récemment par l’ONU comme étant responsables de l’assassinat de l’ancien PM libanais Rafik Hariri et qu’ Hezbollah ne collabore pas avec l’ONU et appuie inconditionnellement le régime Assad qui en plus reçoit une aide précieuse de l’Iran.
Donc, pour ces critiques de droite, les activistes, dont un membre de Québec Solidaire, aident le leadership du Hamas qui est compromis avec l’axe Téhéran-Damas. Alors que la demande de démocratie éclate dans les pays arabes, ils accusent Hamas de promouvoir un gouvernement théocratique et de vouloir ainsi maintenir l’atmosphère de prison dans la bande de Gaza.
Ils soulignent que seul le Hamas s’est offusqué de l’assassinat d’Osama Ben Laden. Et ils se posent la question, pourquoi les activistes ne commentent pas ce fait.
Ils reprochent au Hamas d’avoir adopté un programme politique tenant compte du Protocole des Sages de Sion. Ce document raciste et antisémite est un faux reconnu. Il explique la conquête du monde par les juifs et les francs-maçons. Écrit par un russe, le tsar le rejeta comme étant une fabrication mais Hitler y fit référence sans son livre Mein Kampf pour faire croire au complot juif, et en fit un des instruments de propagande du Troisième Reich. Pourquoi, demandent les critiques, les activistes qui défendent les droits de la personne ne commentent pas sur cette position du Hamas ?
Ce que je reproche à ces critiques, c’est d’affirmer que le vrai bénéficiaire des manifestations de la flottille sera le Hamas et chercher à nous convaincre de s’y opposer en l’identifiant à tous les « méchants » du Moyen-Orient. Même s’il y a du vrai dans tout cela, ça sent quand même la propagande à plein nez.
Les critiques oublient la nouvelle union Fatah-Hamas. Ils oublient le vent démocratique qui emporte les pays arabes un à un. Ils oublient surtout que le blocus naval crée des souffrances inutiles à un grand nombre d’innocents et qu’il doit être levé.
Israël craint, avec raison, que des armes entrent en Palestine si le blocus n’existe pas. Elle peut sûrement, avec l’aide de l’ONU, établir des contrôles efficaces pour éviter cela et permettre aux Palestiniens de recevoir ce dont ils ont besoin pour vivre décemment. Il est raisonnable de penser que la flottille presse les Israéliens à chercher une solution à ce problème humain et cela est positif.
La flottille de Gaza a atteint son objectif. Même si aucune embarcation ne peut se rendre là-bas, les médias en ont fait une grande nouvelle qui a marqué encore une fois l’imagination des peuples du monde. Israël n’en sort pas gagnant car la pression s’accentue sur lui. C’est l’important, si on veut qu’une vraie paix soit trouvée et implantée au Moyen-Orient.
Claude Dupras
Gaza n’est pas un endroit comme les autres. Elle contient 1,5 millions de personnes dont le tiers vit toujours dans des camps de réfugiés et un autre tiers vit hors-camp et est constitué de réfugiés venant du territoire palestinien occupé par Israël. Cette population est jeune puisque 60% d’entre elle a moins de 18 ans.
Les Gazaouis ont élu en 2007, le mouvement islamiste Hamas pour les diriger, mettant de côté le Fatah, le parti de leur ancien chef Arafat.
Plusieurs actes de terrorisme contre Israël ont été attribués au Hamas. Mais celui-ci justifie ces gestes comme étant une réponse aux attaques de l’armée israélite. Des roquettes home made continuent à être lancées sur le peuple juif. Mais la révolte égyptienne et le printemps arabe ont fait changer beaucoup de choses. La plus importante est l’accord du Hamas à participer à un gouvernement d’union nationale avec le Fatah pour négocier une paix avec Israël. Cette unité ne fait pas l’affaire d’Israël et son PM Netanyahou la dénonce en affirmant ne pas vouloir dialoguer avec des terroristes (qualificatif arbitraire fort discutable). En réalité, c’est un prétexte indéfendable de sa part, si on en juge par le passé.
Pendant ce temps, les Gazaouis souffrent. Leurs familles n’ont pas tout ce qui leur faut pour une vie normale, assurer l’éducation minimale et une bonne santé à leurs enfants. Malgré les marchandises, les médicaments et les denrées que livre Israël, c’est fortement insuffisant. D’ailleurs de nombreux tunnels illicites ont été construits par les jeunes Gazaouis entre l’Égypte et la bande de Gaza pour faire entrer toutes sortes de marchandises afin d’améliorer la qualité de vie de leur milieu.
De plus, jusqu’à il y a à peine quelques semaines, la bande de Gaza était une prison fermée. Heureusement, le nouveau gouvernement d’Égypte a ouvert sa frontière adjacente à la bande de Gaza pour laisser circuler les Gazaouis hors de leur territoire. Mais l’écoulement du trafic n’est qu’au compte-goutte.
À toute fin pratique, la flottille est symbolique car la quantité de médicaments et autres produits qu’elle peut apporter à Gaza est minime par rapport aux besoins. Ses promoteurs-activistes veulent en réalité casser le blocus naval imposé à la bande de Gaza par Israël. Ils veulent mettre en relief, dans l’esprit des citoyens du monde, cette situation irraisonnable qui est imposée à un peuple qui en souffre énormément.
Ce qui me choque le plus, c’est le phénomène nouveau de certains observateurs, journalistes ou politiciens de droite dans le monde, comme le québécois Eric Duhaime, qui critiquent publiquement les organisateurs de la flottille, leur reprochent de provoquer inutilement le gouvernement d’Israël et inventent des théories ayant pour but de déprécier leurs efforts d’aide aux Gazaouis.
Ils affirment que l’opposition d’Israël à cette flottille est bien connue et qu’il réagira vivement pour l’arrêter. C’est vrai. Mais ils ridiculisent les activistes, les traitent de tous les mots et les associent à une série de terroristes qui font la pluie et le beau temps au Moyen-Orient.
Pour les critiques, les promoteurs-organisateurs-activistes ont des ambitions politiques et utilisent la flottille à d’autres fins que l’aide humanitaire. Ils soulignent que ses leaders travaillent en harmonie avec le Hamas qu’ils qualifient d’être l’aile palestinienne des Frères Musulmans. Ils affirment que la coordination militaire des Frères est à Damas, capitale de la Syrie du président Bashar Assad contre qui le peuple syrien se soulève actuellement. Ils rappellent les nouveaux camps de réfugiés créés aux frontières de la Syrie et de la Turquie qui, soulignent-ils, est aussi sympathique aux Palestiniens. Ils demandent aux activistes qu’elle est leur position face à Assad.
Puis, ils soulignent que l’Hezbollah, autre parti islamiste qui a sa propre armée au Liban, est actif en Syrie, que quatre associés séniors du Hezbollah ont été identifiés récemment par l’ONU comme étant responsables de l’assassinat de l’ancien PM libanais Rafik Hariri et qu’ Hezbollah ne collabore pas avec l’ONU et appuie inconditionnellement le régime Assad qui en plus reçoit une aide précieuse de l’Iran.
Donc, pour ces critiques de droite, les activistes, dont un membre de Québec Solidaire, aident le leadership du Hamas qui est compromis avec l’axe Téhéran-Damas. Alors que la demande de démocratie éclate dans les pays arabes, ils accusent Hamas de promouvoir un gouvernement théocratique et de vouloir ainsi maintenir l’atmosphère de prison dans la bande de Gaza.
Ils soulignent que seul le Hamas s’est offusqué de l’assassinat d’Osama Ben Laden. Et ils se posent la question, pourquoi les activistes ne commentent pas ce fait.
Ils reprochent au Hamas d’avoir adopté un programme politique tenant compte du Protocole des Sages de Sion. Ce document raciste et antisémite est un faux reconnu. Il explique la conquête du monde par les juifs et les francs-maçons. Écrit par un russe, le tsar le rejeta comme étant une fabrication mais Hitler y fit référence sans son livre Mein Kampf pour faire croire au complot juif, et en fit un des instruments de propagande du Troisième Reich. Pourquoi, demandent les critiques, les activistes qui défendent les droits de la personne ne commentent pas sur cette position du Hamas ?
Ce que je reproche à ces critiques, c’est d’affirmer que le vrai bénéficiaire des manifestations de la flottille sera le Hamas et chercher à nous convaincre de s’y opposer en l’identifiant à tous les « méchants » du Moyen-Orient. Même s’il y a du vrai dans tout cela, ça sent quand même la propagande à plein nez.
Les critiques oublient la nouvelle union Fatah-Hamas. Ils oublient le vent démocratique qui emporte les pays arabes un à un. Ils oublient surtout que le blocus naval crée des souffrances inutiles à un grand nombre d’innocents et qu’il doit être levé.
Israël craint, avec raison, que des armes entrent en Palestine si le blocus n’existe pas. Elle peut sûrement, avec l’aide de l’ONU, établir des contrôles efficaces pour éviter cela et permettre aux Palestiniens de recevoir ce dont ils ont besoin pour vivre décemment. Il est raisonnable de penser que la flottille presse les Israéliens à chercher une solution à ce problème humain et cela est positif.
La flottille de Gaza a atteint son objectif. Même si aucune embarcation ne peut se rendre là-bas, les médias en ont fait une grande nouvelle qui a marqué encore une fois l’imagination des peuples du monde. Israël n’en sort pas gagnant car la pression s’accentue sur lui. C’est l’important, si on veut qu’une vraie paix soit trouvée et implantée au Moyen-Orient.
Claude Dupras
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lundi 7 mars 2011
Jusqu’au dernier dictateur arabe….
Les intellectuels arabes comme l’écrivain algérien Boualem Sansal et les scientifiques arabes ne sont pas très écoutés en Arabie. Pourtant dans le passé, ils ont maintes fois donné des signaux d’alerte à leurs concitoyens pour chercher à les faire réagir. Malheureusement, les gouvernements de la Ligue arabe s’assuraient toujours que leurs opinions n’aient pas d’échos. Même en Occident, elles étaient volontairement ignorées.
Un exemple frappant est le rapport des Nations Unies de 2002 traitant du développement humain chez les arabes. Il a été préparé et rédigé par un groupe d’intellectuels arabes sous la direction d’un statisticien de renommée internationale, l’égyptien Nader Fergany. Les constatations de ces chercheurs ont démontré combien il sera difficile pour les Arabes de s’adapter à la démocratie.
Le rapport conclut que le monde arabe en comparaison avec l’Occident a trois grands manques : en éducation, dans le respect de la liberté et dans l’accès des femmes au travail.
Les statistiques démontrent le triste retard du monde arabe. Le produit domestique brut total des 330 millions d’Arabes est moindre que celui des 47 millions d’Espagnols. Per capita, les dépenses en éducation dans les pays arabes ont été de 20% dans les années ’80 et de 10% dans les années ’90, de celles des pays industrialisés. Les documents scientifiques émis dans ces pays (par million de personnes) ont été près de 2% de ceux des pays industrialisés. Le monde arabe a traduit 330 bouquins par année, soit le cinquième de ce qui s’est fait en Grèce. Au point de vue de la liberté individuelle, les pays arabes sont les derniers sur les échelles de comparaison. A l’aube du 21ième siècle, il y avait plus de 60 millions d’adultes illettrés en Arabie, dont la majorité sont des femmes. On prédit que dans 10 ans, le Yemen sera le premier pays du monde à manquer d’eau. Et encore….
Ce bilan désastreux est celui des dictatures des pays arabes. Voilà ce que les despotes qui les dirigent qualifient de « stabilité ». En réalité, cela ressemble plus à des sociétés prises dans un sable mouvant.
Nos gouvernements occidentaux portent aussi le blâme pour ces chiffres honteux. Au lieu de favoriser la transformation des sociétés arabes pour les aider à sortir leurs habitants de la misère, nos leaders politiques ont flatté et cajolé leurs dirigeants-oppresseurs, n’agissant ainsi que pour assurer et protéger l’alimentation en pétrole de nos pays respectifs. Que les peuples arabes n’aient pas de droits fondamentaux, que la corruption soit généralisée au vu et au su de tous, que leurs femmes soient illettrées et non respectées, que leurs familles demeurent dans la misère, que leurs jeunes n’aient pas l’éducation nécessaire pour obtenir des emplois motivants, que l’intolérance soit prêchée dans les mosquées, etc… rien de tout cela n’était important car seule l’alimentation en pétrole comptait et… compte toujours.
Aujourd’hui, les jeunes arabes n’en peuvent plus. Ils se soulèvent et crient leur faim de liberté et leur besoin d’accès au monde moderne. S’ils réussissent à obtenir une vraie démocratie pour leur pays, ils en seront les premiers bénéficiaires et le monde se portera mieux. Mais soyons réalistes, ce ne sera pas facile. Il y aura beaucoup de soubresauts, mais le temps fait bien les choses et finalement ils prévaudront et réussiront à s’adapter. Ce n’est pas une mince tâche qui les attend. C’est le prix de la liberté.
Ils devront être vigilants pour empêcher que de nouveaux tyrans viennent les tromper, reprennent le pouvoir et confisquent leur nouvelle démocratie, comme ce fut le cas pour les jeunes algériens de 1990 qui après avoir réussi leur révolte ont vu les généraux ressaisir le pouvoir suite aux élections démocratiques de 1992 et le conserver jusqu’à ce jour.
Appuyons ces révolutionnaires qui vont changer non seulement leur monde mais aussi le nôtre. Appuyons-les aujourd’hui, demain et après-demain car ils sont sérieux. En effet, les jeunes Égyptiens et les jeunes Tunisiens nous le démontrent encore chaque jour. Ils n’acceptent pas n’importe quoi de ceux qui les dirigent temporairement et restent dans la rue pour exiger des changements réels, profonds et durables.
Les autres contestataires de Lybie, de Bahreïn, d’Oman et du Yémen combattent toujours. Ce matin, les dépêches nous rapportent que l’Arabie Saoudite défend toute manifestation dans le pays et que l’armée de Bouteflika apeure les jeunes et les empêche de manifester à Alger et à Oran. N’est-ce pas là la démonstration que la liberté n’existe pas dans ces pays ? Ces actions irraisonnables auront à la longue un effet boomerang qui fera en sorte que ceux qui, à ce jour, demeurent supporteurs des régimes actuels, se retourneront à leur tour contre les autocrates qui les persécutent.
Supportons-les. Que nos dirigeants politiques collaborent avec eux, et avec les autres qui s’ajouteront dans les mois prochains, pour assurer que le grand chambardement de tout le monde arabe devienne une réalité. Faisons en sorte que ce peuple arabe qui a déjà été grand, puisse se débarrasser des parasites qui l’ont entraîné dans les entrailles de l’enfer où il se trouve, et qu’il ait les instruments pour le redevenir.
L’objectif final de cette lutte sera atteint, comme l’a écrit Sansal : « … lorsque tombera le dernier dictateur et que sera brisé ce machin absurde, l’Arabie Saoudite, club de faux princes arrogants et cruels, qui se pose en gardien de la mythique race arabe et du véritable islam, et que disparaîtra la Ligue arabe, club fantoche mais combien pernicieux avec sa vision raciale et raciste du monde ».
C’est possible !
Claude Dupras
Un exemple frappant est le rapport des Nations Unies de 2002 traitant du développement humain chez les arabes. Il a été préparé et rédigé par un groupe d’intellectuels arabes sous la direction d’un statisticien de renommée internationale, l’égyptien Nader Fergany. Les constatations de ces chercheurs ont démontré combien il sera difficile pour les Arabes de s’adapter à la démocratie.
Le rapport conclut que le monde arabe en comparaison avec l’Occident a trois grands manques : en éducation, dans le respect de la liberté et dans l’accès des femmes au travail.
Les statistiques démontrent le triste retard du monde arabe. Le produit domestique brut total des 330 millions d’Arabes est moindre que celui des 47 millions d’Espagnols. Per capita, les dépenses en éducation dans les pays arabes ont été de 20% dans les années ’80 et de 10% dans les années ’90, de celles des pays industrialisés. Les documents scientifiques émis dans ces pays (par million de personnes) ont été près de 2% de ceux des pays industrialisés. Le monde arabe a traduit 330 bouquins par année, soit le cinquième de ce qui s’est fait en Grèce. Au point de vue de la liberté individuelle, les pays arabes sont les derniers sur les échelles de comparaison. A l’aube du 21ième siècle, il y avait plus de 60 millions d’adultes illettrés en Arabie, dont la majorité sont des femmes. On prédit que dans 10 ans, le Yemen sera le premier pays du monde à manquer d’eau. Et encore….
Ce bilan désastreux est celui des dictatures des pays arabes. Voilà ce que les despotes qui les dirigent qualifient de « stabilité ». En réalité, cela ressemble plus à des sociétés prises dans un sable mouvant.
Nos gouvernements occidentaux portent aussi le blâme pour ces chiffres honteux. Au lieu de favoriser la transformation des sociétés arabes pour les aider à sortir leurs habitants de la misère, nos leaders politiques ont flatté et cajolé leurs dirigeants-oppresseurs, n’agissant ainsi que pour assurer et protéger l’alimentation en pétrole de nos pays respectifs. Que les peuples arabes n’aient pas de droits fondamentaux, que la corruption soit généralisée au vu et au su de tous, que leurs femmes soient illettrées et non respectées, que leurs familles demeurent dans la misère, que leurs jeunes n’aient pas l’éducation nécessaire pour obtenir des emplois motivants, que l’intolérance soit prêchée dans les mosquées, etc… rien de tout cela n’était important car seule l’alimentation en pétrole comptait et… compte toujours.
Aujourd’hui, les jeunes arabes n’en peuvent plus. Ils se soulèvent et crient leur faim de liberté et leur besoin d’accès au monde moderne. S’ils réussissent à obtenir une vraie démocratie pour leur pays, ils en seront les premiers bénéficiaires et le monde se portera mieux. Mais soyons réalistes, ce ne sera pas facile. Il y aura beaucoup de soubresauts, mais le temps fait bien les choses et finalement ils prévaudront et réussiront à s’adapter. Ce n’est pas une mince tâche qui les attend. C’est le prix de la liberté.
Ils devront être vigilants pour empêcher que de nouveaux tyrans viennent les tromper, reprennent le pouvoir et confisquent leur nouvelle démocratie, comme ce fut le cas pour les jeunes algériens de 1990 qui après avoir réussi leur révolte ont vu les généraux ressaisir le pouvoir suite aux élections démocratiques de 1992 et le conserver jusqu’à ce jour.
Appuyons ces révolutionnaires qui vont changer non seulement leur monde mais aussi le nôtre. Appuyons-les aujourd’hui, demain et après-demain car ils sont sérieux. En effet, les jeunes Égyptiens et les jeunes Tunisiens nous le démontrent encore chaque jour. Ils n’acceptent pas n’importe quoi de ceux qui les dirigent temporairement et restent dans la rue pour exiger des changements réels, profonds et durables.
Les autres contestataires de Lybie, de Bahreïn, d’Oman et du Yémen combattent toujours. Ce matin, les dépêches nous rapportent que l’Arabie Saoudite défend toute manifestation dans le pays et que l’armée de Bouteflika apeure les jeunes et les empêche de manifester à Alger et à Oran. N’est-ce pas là la démonstration que la liberté n’existe pas dans ces pays ? Ces actions irraisonnables auront à la longue un effet boomerang qui fera en sorte que ceux qui, à ce jour, demeurent supporteurs des régimes actuels, se retourneront à leur tour contre les autocrates qui les persécutent.
Supportons-les. Que nos dirigeants politiques collaborent avec eux, et avec les autres qui s’ajouteront dans les mois prochains, pour assurer que le grand chambardement de tout le monde arabe devienne une réalité. Faisons en sorte que ce peuple arabe qui a déjà été grand, puisse se débarrasser des parasites qui l’ont entraîné dans les entrailles de l’enfer où il se trouve, et qu’il ait les instruments pour le redevenir.
L’objectif final de cette lutte sera atteint, comme l’a écrit Sansal : « … lorsque tombera le dernier dictateur et que sera brisé ce machin absurde, l’Arabie Saoudite, club de faux princes arrogants et cruels, qui se pose en gardien de la mythique race arabe et du véritable islam, et que disparaîtra la Ligue arabe, club fantoche mais combien pernicieux avec sa vision raciale et raciste du monde ».
C’est possible !
Claude Dupras
samedi 5 mars 2011
L’Algérie va-t-elle rater le coche ?
Après la Tunisie, l'Égypte et la Lybie, le Yémen et Bahrein qui vacillent, la liberté appelle les Algériens. L'Algérie, pays que j'aime beaucoup, m'inquiète. Je crains qu'il manque le train. J'étais à écrire un billet sur ce sujet lorsqu'un texte de l'écrivain algérien Boualem Sansal m'est tombé sous la main. Il résume très bien la situation actuelle du monde arabe, de l'Occident face aux révoltes, de l'évolution en Algérie et du pourquoi de l'hésitation des jeunes Algériens et Algériennes à faire leur propre révolution. J'ai pensé le reproduire ici, à la suite, étant donné sa qualité et sa pertinence.
Claude Dupras
L’Algérie va-t-elle rater le coche ?
"Le monde arabe de papa est mort, on se félicite chaudement. Soyons modestes, disons qu’il se meurt. Il sera fini lorsque tombera le dernier dictateur et que sera brisé ce machin absurde, l’Arabie Saoudite, club de faux princes arrogants et cruels, qui se pose en gardien de la mythique race arabe et du véritable islam, et que disparaîtra la Ligue arabe, club fantoche mais combien pernicieux avec sa vision raciale et raciste du monde. A ce stade l’affaire sera réglée, on aura arraché la racine, on tournera la page et on tentera de rattraper le temps perdu et d’échapper définitivement aux travers de ce monde : le passéisme, la folie des certitudes et l’imprécation. Et on aidera pour que meure cet autre monde, celui des ayatollahs et des talibans, là-bas en Asie. On balaie partout, ou ce n’est pas la peine.
Mais en vrai rien ne sera réglé tant que la question arabe, mélange d’islam, d’islamisme, de nationalisme, de panarabisme, de terrorisme, d’émigration, et autres ombres au tableau, hante les arrière-pensées des Occidentaux. Il faudrait aussi qu’ils cessent de penser que la démocratie et le droit leur appartiennent et qu’il leur revient de les dicter, agissant ainsi comme les princes et dictateurs arabes qui se sont convaincus que tout, la langue arabe, l’islam, son prophète, les peuples et les terres arabes, le pétrole et l’avenir du monde leur appartiennent et qu’il leur revient de convertir les mécréants ou de les tuer.
La question se pose : si le monde arabe de papa tombe, le monde arabe que les Occidentaux portent dans la tête va-t-il tomber aussi ou vont-ils le garder pour les besoins de leur vision du monde ? Le monde arabe peut-il se transformer de lui-même et échapper au scénario écrit par l’Occident ? Lui-même verra-t-il l’Occident autrement que comme un monde de mécréance et de manipulation ? Moi, je ne sais pas répondre à ces questions, sauf à dire qu’il faut en finir avec tous ces mondes qui se regardent en chiens de faïence, qui finalement n’existent que dans et par le regard méprisant de l’autre et l’échange de mauvais procédés. Ce sont des questions pour les philosophes, ils pourraient se démener et nous dire si les choses existent par elles-mêmes ou si elles ne sont que des arguments de vente qui naissent de la confrontation d’idées fausses. Il faut des philosophes courageux qui ne craignent ni les tyrans ni les fous qui mènent le monde au crash. S’il faut par exemple parler de la place de l’islam dans l’Etat et la société, ils devront le faire en toute clarté et simplicité. Y en a-t-il dans l’avion ? Il y a urgence car le diable ne dort jamais longtemps et les révolutions se dévoient comme rien. La fin des dictatures soulève des montagnes de questions existentielles.
Parlons un peu de l’Algérie. Je sais qu’on se demande ce qui se passe. L’Algérie est un pays révolutionnaire prompt à bondir, or voilà qu’il ne bouge pas. Les Algériens sont-ils déjà morts, tués préventivement ? Pourquoi ce silence, alors que de Nouakchott à Manama la bataille fait rage et que les tyrans capitulent l’un après l’autre. Même la police n’en revient pas : les 12, 19 et 26 février, jours de marches organisées par l’opposition, elle avait sorti 35 000 hommes, les meilleurs, suréquipés, gonflés à bloc, car s’attendant à un tsunami de hooligans. Et qu’a-t-elle vu ? Rien d’effrayant, un petit groupe de personnes d’âge mûr, bien mis, polis, les matraques leur en sont tombées des mains. Il faut dire que le vieux Bouteflika avait pris les devants. Cela faisait des semaines, depuis la fuite de Ben Ali, qu’il arrosait à tout-va. Ce sont des millions de dollars qui coulent du robinet jour après jour. Si on ne s’enrichit pas en ce moment avec papa Bouteflika, on ne s’enrichira jamais, c’est l’astuce du jour, elle brille au fronton des administrations, ouvertes en priorité aux jeunes, aux diplômés chômeurs, aux sans-logis, à tous les mécontents. Il a écrasé son orgueil de chef d’Etat et s’est pris d’amour fou pour ces fainéants, comme il les appelait hier. Il ne travaille que pour eux, les annonces budgétaires se succèdent à feu roulant. Le bonheur revient, la révolution recule. Le prix du pétrole grimpe, ça va, le pays ne sera pas ruiné tout de suite même si l’inflation accourt.
Est-ce tout ? Qu’en pense Toufik (1), le grand patron de l’Algérie ? Va-t-il laisser faire ? Est-il derrière les marches d’avertissement à Bouteflika ? Va-t-il le garder comme bouclier, chiffon rouge, attendre que son cancer l’emporte, qu’il démissionne ? Qu’en pense la DST en France, alliée stratégique du DRS (2), a-t-elle encore besoin de M. Bouteflika et sa concorde foireuse ? Si oui, pourquoi le terrorisme, s’étant déplacé au Sahel, ne sévit-il plus en Algérie que sur commande, comme piqûre de rappel ? Et M. Sarkozy, pourquoi le soutient-il encore (3), puisqu’il vient de dire que l’hypothèse islamiste a vécu et la Françafrique aussi ? Ne voit-il pas que l’homme est une potiche qu’on laisse jouer au dictateur pour cacher les vrais pouvoirs, les vrais enjeux ? On sait qu’Obama déteste Bouteflika et Sarkozy, mais ira-t-il jusqu’à actionner l’ANP (4), l’autre grand patron de l’Algérie, pour les sortir du jeu ?
Qui va gagner ? C’est opaque, le jeune Algérien veut savoir avant d’aller mourir dans les rues d’Alger. D’un autre côté, Tunis, Le Caire, Benghazi, Manama, Sanaa, le font rêver, les jeunes s’y battent comme des lions, il fait corps avec eux, via Al-Jezira. La révolution c’est beau, les peuples n’ont qu’elle pour exister, mais la révolution, comme les trains, n’attend pas. De ceux qui ratent la chance de leur vie, on dit ici : «Bobby les a mangés.» Bobby, c’est le chien de garde.
(1) et (2) Le général major Toufik est le patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), les services secrets, cœur battant du système politique algérien.
(3) Sarkozy avait déclaré durant la présidentielle algérienne de 2008 : «Je préfère Bouteflika aux talibans à Alger.» Il s’adressait évidemment aux généraux algériens, les faiseurs de rois, lesquels s’exécutèrent, après accord de confirmation de la CIA. Bouteflika eut son 3e mandat, avec un score de 94%.
(4) L’Armée nationale populaire, autre cœur battant du système politique algérien."
Claude Dupras
L’Algérie va-t-elle rater le coche ?
"Le monde arabe de papa est mort, on se félicite chaudement. Soyons modestes, disons qu’il se meurt. Il sera fini lorsque tombera le dernier dictateur et que sera brisé ce machin absurde, l’Arabie Saoudite, club de faux princes arrogants et cruels, qui se pose en gardien de la mythique race arabe et du véritable islam, et que disparaîtra la Ligue arabe, club fantoche mais combien pernicieux avec sa vision raciale et raciste du monde. A ce stade l’affaire sera réglée, on aura arraché la racine, on tournera la page et on tentera de rattraper le temps perdu et d’échapper définitivement aux travers de ce monde : le passéisme, la folie des certitudes et l’imprécation. Et on aidera pour que meure cet autre monde, celui des ayatollahs et des talibans, là-bas en Asie. On balaie partout, ou ce n’est pas la peine.
Mais en vrai rien ne sera réglé tant que la question arabe, mélange d’islam, d’islamisme, de nationalisme, de panarabisme, de terrorisme, d’émigration, et autres ombres au tableau, hante les arrière-pensées des Occidentaux. Il faudrait aussi qu’ils cessent de penser que la démocratie et le droit leur appartiennent et qu’il leur revient de les dicter, agissant ainsi comme les princes et dictateurs arabes qui se sont convaincus que tout, la langue arabe, l’islam, son prophète, les peuples et les terres arabes, le pétrole et l’avenir du monde leur appartiennent et qu’il leur revient de convertir les mécréants ou de les tuer.
La question se pose : si le monde arabe de papa tombe, le monde arabe que les Occidentaux portent dans la tête va-t-il tomber aussi ou vont-ils le garder pour les besoins de leur vision du monde ? Le monde arabe peut-il se transformer de lui-même et échapper au scénario écrit par l’Occident ? Lui-même verra-t-il l’Occident autrement que comme un monde de mécréance et de manipulation ? Moi, je ne sais pas répondre à ces questions, sauf à dire qu’il faut en finir avec tous ces mondes qui se regardent en chiens de faïence, qui finalement n’existent que dans et par le regard méprisant de l’autre et l’échange de mauvais procédés. Ce sont des questions pour les philosophes, ils pourraient se démener et nous dire si les choses existent par elles-mêmes ou si elles ne sont que des arguments de vente qui naissent de la confrontation d’idées fausses. Il faut des philosophes courageux qui ne craignent ni les tyrans ni les fous qui mènent le monde au crash. S’il faut par exemple parler de la place de l’islam dans l’Etat et la société, ils devront le faire en toute clarté et simplicité. Y en a-t-il dans l’avion ? Il y a urgence car le diable ne dort jamais longtemps et les révolutions se dévoient comme rien. La fin des dictatures soulève des montagnes de questions existentielles.
Parlons un peu de l’Algérie. Je sais qu’on se demande ce qui se passe. L’Algérie est un pays révolutionnaire prompt à bondir, or voilà qu’il ne bouge pas. Les Algériens sont-ils déjà morts, tués préventivement ? Pourquoi ce silence, alors que de Nouakchott à Manama la bataille fait rage et que les tyrans capitulent l’un après l’autre. Même la police n’en revient pas : les 12, 19 et 26 février, jours de marches organisées par l’opposition, elle avait sorti 35 000 hommes, les meilleurs, suréquipés, gonflés à bloc, car s’attendant à un tsunami de hooligans. Et qu’a-t-elle vu ? Rien d’effrayant, un petit groupe de personnes d’âge mûr, bien mis, polis, les matraques leur en sont tombées des mains. Il faut dire que le vieux Bouteflika avait pris les devants. Cela faisait des semaines, depuis la fuite de Ben Ali, qu’il arrosait à tout-va. Ce sont des millions de dollars qui coulent du robinet jour après jour. Si on ne s’enrichit pas en ce moment avec papa Bouteflika, on ne s’enrichira jamais, c’est l’astuce du jour, elle brille au fronton des administrations, ouvertes en priorité aux jeunes, aux diplômés chômeurs, aux sans-logis, à tous les mécontents. Il a écrasé son orgueil de chef d’Etat et s’est pris d’amour fou pour ces fainéants, comme il les appelait hier. Il ne travaille que pour eux, les annonces budgétaires se succèdent à feu roulant. Le bonheur revient, la révolution recule. Le prix du pétrole grimpe, ça va, le pays ne sera pas ruiné tout de suite même si l’inflation accourt.
Est-ce tout ? Qu’en pense Toufik (1), le grand patron de l’Algérie ? Va-t-il laisser faire ? Est-il derrière les marches d’avertissement à Bouteflika ? Va-t-il le garder comme bouclier, chiffon rouge, attendre que son cancer l’emporte, qu’il démissionne ? Qu’en pense la DST en France, alliée stratégique du DRS (2), a-t-elle encore besoin de M. Bouteflika et sa concorde foireuse ? Si oui, pourquoi le terrorisme, s’étant déplacé au Sahel, ne sévit-il plus en Algérie que sur commande, comme piqûre de rappel ? Et M. Sarkozy, pourquoi le soutient-il encore (3), puisqu’il vient de dire que l’hypothèse islamiste a vécu et la Françafrique aussi ? Ne voit-il pas que l’homme est une potiche qu’on laisse jouer au dictateur pour cacher les vrais pouvoirs, les vrais enjeux ? On sait qu’Obama déteste Bouteflika et Sarkozy, mais ira-t-il jusqu’à actionner l’ANP (4), l’autre grand patron de l’Algérie, pour les sortir du jeu ?
Qui va gagner ? C’est opaque, le jeune Algérien veut savoir avant d’aller mourir dans les rues d’Alger. D’un autre côté, Tunis, Le Caire, Benghazi, Manama, Sanaa, le font rêver, les jeunes s’y battent comme des lions, il fait corps avec eux, via Al-Jezira. La révolution c’est beau, les peuples n’ont qu’elle pour exister, mais la révolution, comme les trains, n’attend pas. De ceux qui ratent la chance de leur vie, on dit ici : «Bobby les a mangés.» Bobby, c’est le chien de garde.
(1) et (2) Le général major Toufik est le patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), les services secrets, cœur battant du système politique algérien.
(3) Sarkozy avait déclaré durant la présidentielle algérienne de 2008 : «Je préfère Bouteflika aux talibans à Alger.» Il s’adressait évidemment aux généraux algériens, les faiseurs de rois, lesquels s’exécutèrent, après accord de confirmation de la CIA. Bouteflika eut son 3e mandat, avec un score de 94%.
(4) L’Armée nationale populaire, autre cœur battant du système politique algérien."
samedi 12 février 2011
Allez, allez, jeunes Algériens, c’est à votre tour…
Quelle journée inoubliable que ce 11 février 2011 pour l’Égypte! Quelle journée, belle à vivre! Quelles journées que celles des révoltes tunisienne et égyptienne ! Enfin, enfin les arabes réagissent ! Du jamais vu.
Lorsqu’on visite les pays arabes, on s’interroge sur la raison de la soumission des arabes envers leur gouvernement. On les sait pris dans l’engrenage d’un pouvoir corrompu, armé et sans pitié qui utilise la peur pour les contenir. Mais on ne peux comprendre pourquoi ces peuples intelligents, d’une grande humanité, pratiquent la politique du laisser-faire comme s’ils n’avaient pas d’autres choix. Pourquoi acceptent-ils la pauvreté du peuple, la privation des libertés, la corruption des élites, l’État répressif ? Pourtant, ils connaissent par la télé et les médias, la qualité de vie des peuples occidentaux. Ils en rêvent au point qu’un très grand nombre d’entre eux ont réussi à émigrer avec leurs familles vers les pays démocratiques afin de vivre mieux et de s’échapper de leur enfer.
Mais cela ne durera pas éternellement car « il n’y a pas de fatalité de la dictature arabe ». Pas plus qu’en Amérique du sud, comme on a vu. L’évolution technologique, la télévision avec la chaîne arabe Al-Jazeerra et le développement de réseaux sociaux d’internet leur permettent, enfin, de se renseigner, de se rallier et de réagir. Les Tunisiens leur ont montré comment faire. Les Égyptiens viennent de leur démontrer que tout est possible. Les citoyens des autres pays arabes comprennent maintenant que la révolte n’est pas nécessairement un saut dans un inconnu périlleux.
Ces journées de révolte nous ont fait comprendre, à nous Occidentaux, que les arabes sont des gens comme nous. Je crois que nous ne les regarderons plus de la même manière que par le passé.
La révolte doit continuer ailleurs jusqu’à ce que tous les pays arabes aient un gouvernement démocratique. Le prochain éclatement peut être l’Algérie. Et c’est pourquoi, je fais appel à tous les Algériens, et particulièrement aux jeunes, pour qu’ils se lèvent et contestent leur gouvernement afin de le faire fuir, comme les autres. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, élu par des élections truquées, dirige son pays, de 35 millions d’individus, d’une main de fer grâce à l’armée et aux services de sécurité. En fait, ce sont les indélogeables généraux sans légitimité qui sont au pouvoir. Ils se partagent le butin et sont corrompus jusqu’à la moelle. Ils ont des intérêts dans toutes les grandes compagnies qui fournissent des services ou du matériel au pays. C’est le contraire de l’armée Égyptienne.
L’Algérie a beaucoup souffert de son passé. La guerre de libération a duré huit ans et s’est terminée en 1962 par l’indépendance, suite à des centaines de milliers de morts. Puis, ce fut l’échec total du socialisme totalitaire à la soviet choisi comme modèle de développement par Boumediene et le FLN. Ensuite, en 1991, l’armée annula les résultats de l’élection après que le Front Islamiste du Salut (FIS) l’eut gagnée démocratiquement, à cause de la pauvreté envahissante qui existait au pays à ce moment-là. La majorité des dirigeants du FIS ont été mis en prison. Les islamistes-vengeurs assassinèrent plus de 200,000 innocents algériens : hommes, femmes et enfants. Les services de sécurité ont été créés et la loi des mesures d’urgence a été appliquée. Vingt ans plus tard, ces derniers et l’armée gardent toujours une main de fer sur la vie des Algériens et Algériennes et la loi d’urgence est encore en force.
Il y a cinq ans, j’ai été victime de ce contrôle sécuritaire, lors d’un voyage en Algérie. Alors que je captais des photos de ce très pittoresque pays, une voiture non identifiée, arriva à pleine vitesse, s’arrêta à angle devant la nôtre et quatre individus en civil ouvrèrent rapidement les portes pour se lancer vers moi en courant et en exigeant mon permis de photographier. J’ignorais que cela était obligatoire. Ce n’est que grâce à l’intervention des Algériens qui étaient avec moi et à leur statut dans la société, que je m’en suis sorti. Et cela persiste toujours On comprend pourquoi il n’y a pas de touristes dans ce pays alors que les pays voisins, le Maroc et la Tunisie, en débordent même si l’Algérie est de beaucoup plus intéressante et spectaculaire.
Le 22 janvier dernier, une première manifestation contre le gouvernement eut lieu alors que 300 jeunes descendirent au centre d’Alger. Elle fut vite contrôlée sous prétexte qu’ils n’avaient pas de permis. Le bilan : sept morts, 32 personnes blessées, sept arrêtées. Ailleurs, deux Algériens s’immolèrent. Hier, lors du succès des Égyptiens, il fut défendu aux Algériens de manifester publiquement leur joie.
Aujourd’hui, le 12 février 2011, alors que j’écris ces lignes, une nouvelle manifestation est en marche dans la capitale malgré que le despote Bouteflika ait défendu toute manifestation à Alger (il dit permettre les manifestations dans les autres villes). Les premiers rapports de presse indiquent qu’ils sont seulement 200 à protester alors que 30 000 policiers sont déployés dans toute la ville avec leurs équipements, camions, canon-d’eau, etc. De toute évidence, les gens ont peur de l’armée et de la prison.
Si les Algériens veulent avoir leur place au soleil, ils devront sortir plus nombreux sur la place publique pour la réclamer. Surtout la jeunesse innombrable, pauvre, moins religieuse, mieux éduquée, plus nationaliste, sans emploi, désespérée quant à son avenir qui ne supporte pas la corruption et qui refuse l’autorité en place. Pour se faire, elle doit se mobiliser et se politiser. Avec internet, elle sait mieux que ses aînés comment s’informer et traduire les sentiments de chacun en un effort collectif. Cela exigera beaucoup de leadership et de courage.
J’espère aussi que la diaspora algérienne manifestera partout dans le monde pour faire pression sur les gouvernements comme le Canada et les encourager à dire à Bouteflika et ses comparses : « Dégagez ».
Claude Dupras
Lorsqu’on visite les pays arabes, on s’interroge sur la raison de la soumission des arabes envers leur gouvernement. On les sait pris dans l’engrenage d’un pouvoir corrompu, armé et sans pitié qui utilise la peur pour les contenir. Mais on ne peux comprendre pourquoi ces peuples intelligents, d’une grande humanité, pratiquent la politique du laisser-faire comme s’ils n’avaient pas d’autres choix. Pourquoi acceptent-ils la pauvreté du peuple, la privation des libertés, la corruption des élites, l’État répressif ? Pourtant, ils connaissent par la télé et les médias, la qualité de vie des peuples occidentaux. Ils en rêvent au point qu’un très grand nombre d’entre eux ont réussi à émigrer avec leurs familles vers les pays démocratiques afin de vivre mieux et de s’échapper de leur enfer.
Mais cela ne durera pas éternellement car « il n’y a pas de fatalité de la dictature arabe ». Pas plus qu’en Amérique du sud, comme on a vu. L’évolution technologique, la télévision avec la chaîne arabe Al-Jazeerra et le développement de réseaux sociaux d’internet leur permettent, enfin, de se renseigner, de se rallier et de réagir. Les Tunisiens leur ont montré comment faire. Les Égyptiens viennent de leur démontrer que tout est possible. Les citoyens des autres pays arabes comprennent maintenant que la révolte n’est pas nécessairement un saut dans un inconnu périlleux.
Ces journées de révolte nous ont fait comprendre, à nous Occidentaux, que les arabes sont des gens comme nous. Je crois que nous ne les regarderons plus de la même manière que par le passé.
La révolte doit continuer ailleurs jusqu’à ce que tous les pays arabes aient un gouvernement démocratique. Le prochain éclatement peut être l’Algérie. Et c’est pourquoi, je fais appel à tous les Algériens, et particulièrement aux jeunes, pour qu’ils se lèvent et contestent leur gouvernement afin de le faire fuir, comme les autres. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, élu par des élections truquées, dirige son pays, de 35 millions d’individus, d’une main de fer grâce à l’armée et aux services de sécurité. En fait, ce sont les indélogeables généraux sans légitimité qui sont au pouvoir. Ils se partagent le butin et sont corrompus jusqu’à la moelle. Ils ont des intérêts dans toutes les grandes compagnies qui fournissent des services ou du matériel au pays. C’est le contraire de l’armée Égyptienne.
L’Algérie a beaucoup souffert de son passé. La guerre de libération a duré huit ans et s’est terminée en 1962 par l’indépendance, suite à des centaines de milliers de morts. Puis, ce fut l’échec total du socialisme totalitaire à la soviet choisi comme modèle de développement par Boumediene et le FLN. Ensuite, en 1991, l’armée annula les résultats de l’élection après que le Front Islamiste du Salut (FIS) l’eut gagnée démocratiquement, à cause de la pauvreté envahissante qui existait au pays à ce moment-là. La majorité des dirigeants du FIS ont été mis en prison. Les islamistes-vengeurs assassinèrent plus de 200,000 innocents algériens : hommes, femmes et enfants. Les services de sécurité ont été créés et la loi des mesures d’urgence a été appliquée. Vingt ans plus tard, ces derniers et l’armée gardent toujours une main de fer sur la vie des Algériens et Algériennes et la loi d’urgence est encore en force.
Il y a cinq ans, j’ai été victime de ce contrôle sécuritaire, lors d’un voyage en Algérie. Alors que je captais des photos de ce très pittoresque pays, une voiture non identifiée, arriva à pleine vitesse, s’arrêta à angle devant la nôtre et quatre individus en civil ouvrèrent rapidement les portes pour se lancer vers moi en courant et en exigeant mon permis de photographier. J’ignorais que cela était obligatoire. Ce n’est que grâce à l’intervention des Algériens qui étaient avec moi et à leur statut dans la société, que je m’en suis sorti. Et cela persiste toujours On comprend pourquoi il n’y a pas de touristes dans ce pays alors que les pays voisins, le Maroc et la Tunisie, en débordent même si l’Algérie est de beaucoup plus intéressante et spectaculaire.
Le 22 janvier dernier, une première manifestation contre le gouvernement eut lieu alors que 300 jeunes descendirent au centre d’Alger. Elle fut vite contrôlée sous prétexte qu’ils n’avaient pas de permis. Le bilan : sept morts, 32 personnes blessées, sept arrêtées. Ailleurs, deux Algériens s’immolèrent. Hier, lors du succès des Égyptiens, il fut défendu aux Algériens de manifester publiquement leur joie.
Aujourd’hui, le 12 février 2011, alors que j’écris ces lignes, une nouvelle manifestation est en marche dans la capitale malgré que le despote Bouteflika ait défendu toute manifestation à Alger (il dit permettre les manifestations dans les autres villes). Les premiers rapports de presse indiquent qu’ils sont seulement 200 à protester alors que 30 000 policiers sont déployés dans toute la ville avec leurs équipements, camions, canon-d’eau, etc. De toute évidence, les gens ont peur de l’armée et de la prison.
Si les Algériens veulent avoir leur place au soleil, ils devront sortir plus nombreux sur la place publique pour la réclamer. Surtout la jeunesse innombrable, pauvre, moins religieuse, mieux éduquée, plus nationaliste, sans emploi, désespérée quant à son avenir qui ne supporte pas la corruption et qui refuse l’autorité en place. Pour se faire, elle doit se mobiliser et se politiser. Avec internet, elle sait mieux que ses aînés comment s’informer et traduire les sentiments de chacun en un effort collectif. Cela exigera beaucoup de leadership et de courage.
J’espère aussi que la diaspora algérienne manifestera partout dans le monde pour faire pression sur les gouvernements comme le Canada et les encourager à dire à Bouteflika et ses comparses : « Dégagez ».
Claude Dupras
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dimanche 6 février 2011
Que penser des Frères musulmans égyptiens ?
La révolte égyptienne met de plus en plus en évidence les Frères musulmans. Qui sont-ils ? Un groupe islamiste militantiste et politique comme le Hamas de Palestine, le Hezbollah du Liban ou l’ex-FIS d’Algérie ? Un groupe relié à Al-Qaïda ? Un groupe de purs et durs musulmans qui ne voient que dans l’Islam la solution aux nombreux problèmes des arabes et veulent un État islamiste ? Un groupe qui a comme objectif d’amener la religion musulmane à l’heure du monde ? C’est à ces questions que je vais tenter de répondre dans ce billet.
Aujourd’hui, un délégué des Frères musulmans rencontre, pour la première fois, le nouveau vice-président Égyptien pour discuter de l’évolution de la révolte et des solutions possibles. Tout de suite, cette nouvelle a soulevé une clameur chez les médias qui à ce jour amenuisaient l’importance des Frères musulmans dans le pays et dans la révolution et qui maintenant les discréditent et les représentent comme un grand danger pour Israël et pour les USA. Qui mousse ces affirmations ?
L’histoire nous enseigne que ce mouvement a été créé par des érudits musulmans égyptiens pour sortir des mosquées les idées moyenâgeuses et moderniser leur religion. Un but qui ressemble étrangement à celui des protestants d’Europe. Parmi leurs premiers objectifs a été l’éducation des femmes musulmanes.
Les Frères musulmans ont été à la base de la résurgence du nationalisme égyptien et ils n’ont jamais défendu l’idée d’un régime politique calqué sur les lois musulmanes du passé. Au contraire, le mouvement a fait la promotion des droits et de la liberté de tous les citoyens égyptiens incluant les Coptes chrétiens. Par hasard, ce matin nous avons un bel exemple de ce qui précède, dans le parc Tahrir au Caire où se rassemblent les protestataires révolutionnaires, puisque les Coptes ont célébré publiquement la messe, entourés par les musulmans qui les protégeaient. C’est une pertinente image de ce que proposent les Frères musulmans.
Politiquement, les Frères musulmans défendent les droits des individus et la pluralité politique. D’ailleurs, c’est la vraie raison qui a motivé le régime Moubarak à les combattre sans cesse et à les disqualifier politiquement. Le prétexte de ce dernier à l’effet que les partis politiques confessionnels ne pouvaient contester une élection, n’était en fait qu’une manœuvre pour conserver le pouvoir.
De plus, avec la montée des islamistes fondamentalistes en Arabie et la catastrophe du World Trade Center, Moubarak profita habilement de cette situation pour effrayer les USA et les Européens avec la perspective d’une Égypte dirigée par les Frères musulmans. Il les jugeait forts et capables de changer le statut géopolitique du pays ainsi que la forme du régime (pour le rendre démocratique). Ce qui a permis au gouvernement Moubarak de brandir la carte de la menace islamiste à l’étranger.
Depuis toujours, les Frères musulmans ont défendu les mêmes valeurs morales et universelles que l’Occident, alors que les échos qui sont venus jusqu’à nous les décrivaient comme un mouvement populaire anti-démocratique qui ne contemplait que son nombril.
Les Frères musulmans n’ont pas commencé la révolution égyptienne d’aujourd’hui. Ils n’ont pas réagi, le 6 avril, lors de la première démonstration de jeunes. Ils n’étaient pas là, il y a à peine 15 jours, lorsque le peuple, motivé par la révolution tunisienne du jasmin, a décidé de faire de même et d’aller sur la place publique exiger un changement de régime et la démocratie. Ils expliquent qu’ils ne croyaient pas possible que cette révolution devienne ce qu’elle est devenue et qu’ils ne voulaient pas mettre en péril tous leurs réseaux de services sociaux par lesquels ils aident les plus pauvres de la société égyptienne. Ils affirment avoir agi par prudence pour éviter les foudres de Moubarak et le démantèlement de leurs activités.
Mais aujourd’hui, comme les autres Égyptiens, les Frères musulmans croient possible de renverser le Rais et se sont joint activement à la révolte. À cause de leurs actions humanitaires dans la population, les Frères musulmans ont de 25 à 30% d’appuis chez le peuple égyptien. C’est beaucoup. Leur parti est le seul en opposition à Moubarak qui est bien organisé. Il est donc normal qu’ils soient au premier rang pour discuter du changement de régime puisqu’ils sont incontournables. Le mouvement a affirmé, il y a quelques jours, qu’il ne présentera pas de candidat à une future élection présidentielle mais veut faire partie du gouvernement pour assurer que celui-ci interviendra pour aider socialement les Égyptiens.
Les Frères musulmans ne doivent pas être l’unique invité à la table des négociations, car cette révolution n’est pas la leur mais celle des jeunes et de tout le monde.
L’Égypte pourrait se doter d’un système démocratique laïc semblable à celui de Turquie, qui est aussi un pays musulman. Avec une telle constitution, des structures de programmes d’aide aux citoyens seront mis en place et le besoin des services sociaux que donnent les Frères musulmans ira en diminuant. Cela sera la démonstration que le fléau islamiste peut disparaître si des gouvernements démocratiques offrent les mêmes services ou mieux.
Claude Dupras
Aujourd’hui, un délégué des Frères musulmans rencontre, pour la première fois, le nouveau vice-président Égyptien pour discuter de l’évolution de la révolte et des solutions possibles. Tout de suite, cette nouvelle a soulevé une clameur chez les médias qui à ce jour amenuisaient l’importance des Frères musulmans dans le pays et dans la révolution et qui maintenant les discréditent et les représentent comme un grand danger pour Israël et pour les USA. Qui mousse ces affirmations ?
L’histoire nous enseigne que ce mouvement a été créé par des érudits musulmans égyptiens pour sortir des mosquées les idées moyenâgeuses et moderniser leur religion. Un but qui ressemble étrangement à celui des protestants d’Europe. Parmi leurs premiers objectifs a été l’éducation des femmes musulmanes.
Les Frères musulmans ont été à la base de la résurgence du nationalisme égyptien et ils n’ont jamais défendu l’idée d’un régime politique calqué sur les lois musulmanes du passé. Au contraire, le mouvement a fait la promotion des droits et de la liberté de tous les citoyens égyptiens incluant les Coptes chrétiens. Par hasard, ce matin nous avons un bel exemple de ce qui précède, dans le parc Tahrir au Caire où se rassemblent les protestataires révolutionnaires, puisque les Coptes ont célébré publiquement la messe, entourés par les musulmans qui les protégeaient. C’est une pertinente image de ce que proposent les Frères musulmans.
Politiquement, les Frères musulmans défendent les droits des individus et la pluralité politique. D’ailleurs, c’est la vraie raison qui a motivé le régime Moubarak à les combattre sans cesse et à les disqualifier politiquement. Le prétexte de ce dernier à l’effet que les partis politiques confessionnels ne pouvaient contester une élection, n’était en fait qu’une manœuvre pour conserver le pouvoir.
De plus, avec la montée des islamistes fondamentalistes en Arabie et la catastrophe du World Trade Center, Moubarak profita habilement de cette situation pour effrayer les USA et les Européens avec la perspective d’une Égypte dirigée par les Frères musulmans. Il les jugeait forts et capables de changer le statut géopolitique du pays ainsi que la forme du régime (pour le rendre démocratique). Ce qui a permis au gouvernement Moubarak de brandir la carte de la menace islamiste à l’étranger.
Depuis toujours, les Frères musulmans ont défendu les mêmes valeurs morales et universelles que l’Occident, alors que les échos qui sont venus jusqu’à nous les décrivaient comme un mouvement populaire anti-démocratique qui ne contemplait que son nombril.
Les Frères musulmans n’ont pas commencé la révolution égyptienne d’aujourd’hui. Ils n’ont pas réagi, le 6 avril, lors de la première démonstration de jeunes. Ils n’étaient pas là, il y a à peine 15 jours, lorsque le peuple, motivé par la révolution tunisienne du jasmin, a décidé de faire de même et d’aller sur la place publique exiger un changement de régime et la démocratie. Ils expliquent qu’ils ne croyaient pas possible que cette révolution devienne ce qu’elle est devenue et qu’ils ne voulaient pas mettre en péril tous leurs réseaux de services sociaux par lesquels ils aident les plus pauvres de la société égyptienne. Ils affirment avoir agi par prudence pour éviter les foudres de Moubarak et le démantèlement de leurs activités.
Mais aujourd’hui, comme les autres Égyptiens, les Frères musulmans croient possible de renverser le Rais et se sont joint activement à la révolte. À cause de leurs actions humanitaires dans la population, les Frères musulmans ont de 25 à 30% d’appuis chez le peuple égyptien. C’est beaucoup. Leur parti est le seul en opposition à Moubarak qui est bien organisé. Il est donc normal qu’ils soient au premier rang pour discuter du changement de régime puisqu’ils sont incontournables. Le mouvement a affirmé, il y a quelques jours, qu’il ne présentera pas de candidat à une future élection présidentielle mais veut faire partie du gouvernement pour assurer que celui-ci interviendra pour aider socialement les Égyptiens.
Les Frères musulmans ne doivent pas être l’unique invité à la table des négociations, car cette révolution n’est pas la leur mais celle des jeunes et de tout le monde.
L’Égypte pourrait se doter d’un système démocratique laïc semblable à celui de Turquie, qui est aussi un pays musulman. Avec une telle constitution, des structures de programmes d’aide aux citoyens seront mis en place et le besoin des services sociaux que donnent les Frères musulmans ira en diminuant. Cela sera la démonstration que le fléau islamiste peut disparaître si des gouvernements démocratiques offrent les mêmes services ou mieux.
Claude Dupras
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vendredi 4 février 2011
Laïcisation ou islamisme
La révolution dans le monde arabe, commencée en Tunisie, l’appelle à décider de son avenir. Veut-il continuer à accentuer davantage la spirale ascendante de l’islamisme ou veut-il choisir la route de la laïcité ?
Nous, démocrates, nous réjouissons de la chute des gouvernements bâtards et dictatoriaux qui s’annonce, du Maghreb au Moyen-Orient. Il est temps que chutent ces régimes qui règnent dans la terreur et la corruption, manquent à leurs devoirs et imposent la force pour se tenir en place. Il est temps que tous les arabes puissent bénéficier de liberté, de transparence politique, d’élections ouvertes et libres et d’institutions qui les respectent, les consultent et leur donnent des mesures économiques et sociales justes et équitables.
Le nouvel espoir du monde arabe fait craindre ses dirigeants. La police secrète de Moubarak sème la terreur, la police de Bouteflika n’arrive pas à éteindre la flambée contestataire des Algériens, les Jordaniens s’élèvent contre leur roi même s’il a limogé son premier ministre, la Syrie bougeotte, le gouvernement du Yémen est en danger. Partout, ailleurs, les remous se font sentir. On peut penser que si l’Égypte tombe, le reste suivra vite.
Malgré ces changements inespérés et tant attendus, plusieurs dirigeants occidentaux craignent les renversements de ces systèmes politiques. Par exemple, le PM Harper du Canada d’Harper est partagé entre la politique américaine et celle d’Israël, à qui il est vendu, qui veut maintenir Moubarak. D’autres, qui ne voient que les islamistes fondamentaux dans leur soupe, croient en la possibilité d’une prise de pouvoir de ces derniers. Ils identifient les Frères musulmans égyptiens au Hamas et à l’Hezbollah. Ils se rappellent l’élection libre de 1990 en Algérie où le Front Islamique du Salut (FIS) a été élu (il a été empêché de gouverner et ses dirigeants ont été emprisonnés par l’armée).
Pour eux, qu’importe si les 85 millions d’Égyptiens et Égyptiennes vivent dans la dèche et que 40% n’aient pas d’éducation, qu’importe si les 300 millions d’arabes de cette partie du monde subissent des dictatures qui minent leur vie. Ce qui compte, c’est de combattre une poignée d’islamistes.
Il me semble clair, et un très grand nombre d’observateurs le disent, que les révolutions tunisienne et égyptienne ne sont pas le fruit des islamistes mais celui du peuple tout entier, et particulièrement des jeunes. Ce sont ces derniers qui empêcheront les islamistes fondamentalistes de venir gâter le changement vers la démocratie dont ils rêvent et ont besoin.
J’ai travaillé durant sept ans en Algérie et j’ai connu un très grand nombre d’Algériens dont beaucoup de jeunes. Je n’ai presque jamais constaté chez ces derniers des sentiments antioccidentaux, de la violence, du dogmatisme, de la haine de l’autre, du non-respect des femmes... Pourtant, je les ai trouvés souvent frustrés devant la condition dans laquelle ils se retrouvaient, choqués, blessés et désespérés de ne pouvoir rien faire de leur vie. Je les voyais grandir debout aux coins des rues, sans argent, sans emploi et sans espoir, d’année en année. Plusieurs, mais pas tous, trouvaient dans la prière un refuge, dans l’Islam la solution. Mais elle n’est pas venue.
Par contre, la télévision, l’internet, les communications, les développements technologiques leur ont fait connaître la qualité de vie, la liberté et le potentiel d’un développement personnel qui existent de l’autre côté de leurs frontières, du côté de l’Occident où est la démocratie. Ils en avaient le goût et espéraient un miracle, et voilà que les Tunisiens leur ont montré le chemin. Ils sont maintenant encouragés, motivés et prêts à tout faire pour enfin se sortir des méandres interminables où ils se trouvent et obtenir leur part de cette qualité de vie. Ils ne laisseront pas les fanatiques religieux de leur pays leurs enlever cette opportunité.
Le cœur et la raison dictent aux arabes que la démocratie est la solution. Ils sont prêts à y accéder, à moderniser à leur façon leur pays et même à participer, comme leurs ancêtres, au développement universel.
Ils savent que leur prochain gouvernement ne peut être islamiste car ce serait limiter « la tolérance mutuelle entre majorités et minorités d’origines différentes, la liberté de conscience de chaque citoyenne et chaque citoyen, l’égalité des droits, notamment entre hommes et femmes ». Ils comprennent que la laïcité permettra d’atteindre ces objectifs.
Nous sommes témoins actuellement d’une révolution tsunamienne du monde arabe. Cela est aussi important que le fut le renversement du communisme en Russie et en Europe de l’Est des années ‘90. Ce sont des moments qui libèrent les peuples et changent profondément le monde.
Claude Dupras
Nous, démocrates, nous réjouissons de la chute des gouvernements bâtards et dictatoriaux qui s’annonce, du Maghreb au Moyen-Orient. Il est temps que chutent ces régimes qui règnent dans la terreur et la corruption, manquent à leurs devoirs et imposent la force pour se tenir en place. Il est temps que tous les arabes puissent bénéficier de liberté, de transparence politique, d’élections ouvertes et libres et d’institutions qui les respectent, les consultent et leur donnent des mesures économiques et sociales justes et équitables.
Le nouvel espoir du monde arabe fait craindre ses dirigeants. La police secrète de Moubarak sème la terreur, la police de Bouteflika n’arrive pas à éteindre la flambée contestataire des Algériens, les Jordaniens s’élèvent contre leur roi même s’il a limogé son premier ministre, la Syrie bougeotte, le gouvernement du Yémen est en danger. Partout, ailleurs, les remous se font sentir. On peut penser que si l’Égypte tombe, le reste suivra vite.
Malgré ces changements inespérés et tant attendus, plusieurs dirigeants occidentaux craignent les renversements de ces systèmes politiques. Par exemple, le PM Harper du Canada d’Harper est partagé entre la politique américaine et celle d’Israël, à qui il est vendu, qui veut maintenir Moubarak. D’autres, qui ne voient que les islamistes fondamentaux dans leur soupe, croient en la possibilité d’une prise de pouvoir de ces derniers. Ils identifient les Frères musulmans égyptiens au Hamas et à l’Hezbollah. Ils se rappellent l’élection libre de 1990 en Algérie où le Front Islamique du Salut (FIS) a été élu (il a été empêché de gouverner et ses dirigeants ont été emprisonnés par l’armée).
Pour eux, qu’importe si les 85 millions d’Égyptiens et Égyptiennes vivent dans la dèche et que 40% n’aient pas d’éducation, qu’importe si les 300 millions d’arabes de cette partie du monde subissent des dictatures qui minent leur vie. Ce qui compte, c’est de combattre une poignée d’islamistes.
Il me semble clair, et un très grand nombre d’observateurs le disent, que les révolutions tunisienne et égyptienne ne sont pas le fruit des islamistes mais celui du peuple tout entier, et particulièrement des jeunes. Ce sont ces derniers qui empêcheront les islamistes fondamentalistes de venir gâter le changement vers la démocratie dont ils rêvent et ont besoin.
J’ai travaillé durant sept ans en Algérie et j’ai connu un très grand nombre d’Algériens dont beaucoup de jeunes. Je n’ai presque jamais constaté chez ces derniers des sentiments antioccidentaux, de la violence, du dogmatisme, de la haine de l’autre, du non-respect des femmes... Pourtant, je les ai trouvés souvent frustrés devant la condition dans laquelle ils se retrouvaient, choqués, blessés et désespérés de ne pouvoir rien faire de leur vie. Je les voyais grandir debout aux coins des rues, sans argent, sans emploi et sans espoir, d’année en année. Plusieurs, mais pas tous, trouvaient dans la prière un refuge, dans l’Islam la solution. Mais elle n’est pas venue.
Par contre, la télévision, l’internet, les communications, les développements technologiques leur ont fait connaître la qualité de vie, la liberté et le potentiel d’un développement personnel qui existent de l’autre côté de leurs frontières, du côté de l’Occident où est la démocratie. Ils en avaient le goût et espéraient un miracle, et voilà que les Tunisiens leur ont montré le chemin. Ils sont maintenant encouragés, motivés et prêts à tout faire pour enfin se sortir des méandres interminables où ils se trouvent et obtenir leur part de cette qualité de vie. Ils ne laisseront pas les fanatiques religieux de leur pays leurs enlever cette opportunité.
Le cœur et la raison dictent aux arabes que la démocratie est la solution. Ils sont prêts à y accéder, à moderniser à leur façon leur pays et même à participer, comme leurs ancêtres, au développement universel.
Ils savent que leur prochain gouvernement ne peut être islamiste car ce serait limiter « la tolérance mutuelle entre majorités et minorités d’origines différentes, la liberté de conscience de chaque citoyenne et chaque citoyen, l’égalité des droits, notamment entre hommes et femmes ». Ils comprennent que la laïcité permettra d’atteindre ces objectifs.
Nous sommes témoins actuellement d’une révolution tsunamienne du monde arabe. Cela est aussi important que le fut le renversement du communisme en Russie et en Europe de l’Est des années ‘90. Ce sont des moments qui libèrent les peuples et changent profondément le monde.
Claude Dupras
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lundi 31 janvier 2011
Cris d'Égypte: La police secrète sème la terreur
Aalam Wassef est Égyptien. Il a 40 ans. Il est plasticien, éditeur, chroniqueur et blogueur sous une dizaine de pseudonymes ou sous son vrai nom quand le contexte le lui permet. Il écrit un blog. via le journal français Libération, sur la situation de la crise qui balaie son pays, jour après jour. Il est un citoyen du Caire et un internaute qui participe activement au développement de la révolte. Comme tous les autres Cairotes, il veut que le président-dictateur de son pays, Hosni Moubarak, démissionne ainsi que son gouvernement. Il voit dans la démocratie, un avenir positif pour ses compatriotes.
Il est toujours plus intéressant d’être informé de l’intérieur d’une crise, par un correspondant natif du pays et qui a vécu depuis toujours à l’endroit où elle évolue, que par les rapports de médias internationaux qui souventes fois sont trop superficiels. Dans le cas de l’importante crise qui balaie actuellement l’Égypte, de telles d’informations nous permettent de mieux saisir les tensions qui accablent les Égyptiens et les Égyptiennes ainsi que leurs opinions, leurs objectifs et la tendance que prend la crise.
Voici le billet de son blog « Cris d’Égypte », paru le 30 janvier 2011 :
La police secrète sème la terreur
Depuis le 28 janvier au soir des événements inquiétants se produisent en marge des manifestations. Des vitrines du Musée du Caire sont brisées et des sculptures millénaires sont jetées au sol. Des banques sont attaquées. Des dizaines, (peut-être des centaines) de criminels dangereux sont libérés des prisons de Tora, Abou Zaabal, Wadi Natrum el Anater.
Les foyers, à l’échelle de la nation, sont attaqués par des bandes armées jusqu’aux dents qui pillent et terrorisent la population.
La tactique est limpide. Terroriser la population qui demandera à genoux le retour des forces de police qu’elle a combattu.
Il suffirait d’un peu de bon sens pour conclure que des criminels prétendument isolés et indépendants ne sont pas à l’origine de ces crimes. Mais le bon sens ne suffit pas, car l’accusation est grave. Il faut des preuves et il y en a. Elles sont irréfutables.
Avant de les fournir, je voudrais vous décrire la ville du Caire en cette nuit du 29 au 30 janvier. Je vais faire l’impasse sur l’attaque du Musée du Caire qui est une machination médiatique burlesque car nous n’avons pas le cœur à rire.
Depuis les affrontements du 28 janvier, le Caire s’est vidé de l’intégralité de ses forces de police et de sécurité publique. Pas un policier en vue, ni même devant les ambassades ou les bâtiments administratifs. La ville est livrée à ses seuls habitants qui assurent désormais leur propre sécurité, ainsi que la circulation.
A l’annonce de ces raids criminels, dès 18 heures, et toute la nuit durant (du 29 au 30 janvier), des hommes gardent tous les accès à leurs quartiers. Derrière des barricades improvisées ou des barrières métalliques, ils se relaient et contrôlent tous les passages. La présence militaire est mince et jugée totalement insuffisante. Les habitants des quartiers s’arment de barres métalliques, de fusils à plomb, de carabines, de battes de baseball, de couteaux de cuisine, d’armes de poing. D’est en ouest, ce service de protection partage un même code diffusé par l’armée qui permet à celle-ci de distinguer les individus pacifiques des hommes de main de la police secrète. Ce code est un brassard blanc à porter sur son bras gauche.
Les militaires, avec lesquels la population a spontanément passé un contrat de confiance et de solidarité, sillonne les quartiers pour décrire le type de véhicules et d’individus dont il faut se méfier. Une Fiat 127 blanche aux vitres fumées, avec à son bord un homme muni d’une arme automatique ; des ambulances ; des hommes à moto qui passent en éclaireurs pour voir si les quartiers sont gardés ou non ; des minibus touristiques. Ces hommes tirent à balles réelles, pillent, cassent et terrorisent.
Ces hommes de main, nous les connaissons aussi bien que nous connaissons Hosni Moubarak, on les appelle les Baltagueyya. Ce sont les mêmes qui sèment la terreur pendant les élections ou qui sèment le trouble lors de manifestations pacifiques. Ils sont payés par la caisse noire du Parti National Démocratique ou par les services de police. Le butin collecté s’ajoute à leur salaire.
Les preuves d’un terrorisme d’état
1. La preuve du quartier d’El Agouza : deux rôdeurs de 19 et 14 ans sont envoyés en éclaireurs dans une rue du quartier. Ils sont repérés par les habitants qui les arrachent et les giflent jusqu’à obtenir des aveux. Il s’avère qui sont envoyés par des hommes de main de la police secrète qui les ont déposés en minibus.
2. La preuve du centre ville : un témoin oculaire –une de mes connaissances directes- a vu entrer et sortir du commissariat de police du Caire, des véhicules comme ceux décrits plus haut : ambulances, voitures banalisées, motos et minibus. A leurs bords, des hommes en civil armés. Pas d’ambulanciers, donc.
3. La première preuve de l’armée. Des militaires debout sur des chars s’adressent à la population de Suez pour les prévenir des méthodes utilisées par les Baltagueyya de la police. Ouvertement, l’armée pointe du doigt les responsables et rassure la population qu’elle n’est pas dupe des coups bas de la police secrète et qu’elle saura faire la différence.
4. La seconde preuve de l’armée : Monsieur Y est un acteur célèbre de cinéma et de télévision qui a préféré garder l’anonymat. Monsieur Y a appelé le numéro vert mis en place par l’armée pour signaler le pillage et la destruction d’une bibliothèque de quartier, la Bibliothèque Moubarak. Au téléphone, le sergent qui a reconnu le nom et la voix célèbre de son interlocuteur lui répond : « la Bibliothèque… Moubarak, dites-vous ? Laissez les faire et rassurez vous, Monsieur Y. Dès qu’il s’en ira, nous nous occuperons des Baltagueyya. Vous savez de qui je parle en disant « Il » ? « oui », répond Monsieur Y
5. La preuve d’Alexandrie. Le 29 janvier, deux individus armés qui s’attaquaient à une banque sont pris à partie par des manifestants. Ceux-ci les immobilisent, les fouillent et s’emparent de leurs « carnets ». En Egypte, les carnets sont des cartes professionnelles que chacun porte sur soi, comme une carte d’identité. Les deux individus sont des policiers.
La télévision égyptienne diffuse sans interruption les cris de panique des mères de famille.
Aalam Wassef
Je vous recommande de suivre quotidiennement l’évolution de cet important blog égyptien.
En voici l’adresse : http://crisdegypte.blogs.liberation.fr/cairote/. Vous trouverez ce lien dans la liste des blogs que je recommande sur mon blog, colonne de droite.
Claude Dupras
Il est toujours plus intéressant d’être informé de l’intérieur d’une crise, par un correspondant natif du pays et qui a vécu depuis toujours à l’endroit où elle évolue, que par les rapports de médias internationaux qui souventes fois sont trop superficiels. Dans le cas de l’importante crise qui balaie actuellement l’Égypte, de telles d’informations nous permettent de mieux saisir les tensions qui accablent les Égyptiens et les Égyptiennes ainsi que leurs opinions, leurs objectifs et la tendance que prend la crise.
Voici le billet de son blog « Cris d’Égypte », paru le 30 janvier 2011 :
La police secrète sème la terreur
Depuis le 28 janvier au soir des événements inquiétants se produisent en marge des manifestations. Des vitrines du Musée du Caire sont brisées et des sculptures millénaires sont jetées au sol. Des banques sont attaquées. Des dizaines, (peut-être des centaines) de criminels dangereux sont libérés des prisons de Tora, Abou Zaabal, Wadi Natrum el Anater.
Les foyers, à l’échelle de la nation, sont attaqués par des bandes armées jusqu’aux dents qui pillent et terrorisent la population.
La tactique est limpide. Terroriser la population qui demandera à genoux le retour des forces de police qu’elle a combattu.
Il suffirait d’un peu de bon sens pour conclure que des criminels prétendument isolés et indépendants ne sont pas à l’origine de ces crimes. Mais le bon sens ne suffit pas, car l’accusation est grave. Il faut des preuves et il y en a. Elles sont irréfutables.
Avant de les fournir, je voudrais vous décrire la ville du Caire en cette nuit du 29 au 30 janvier. Je vais faire l’impasse sur l’attaque du Musée du Caire qui est une machination médiatique burlesque car nous n’avons pas le cœur à rire.
Depuis les affrontements du 28 janvier, le Caire s’est vidé de l’intégralité de ses forces de police et de sécurité publique. Pas un policier en vue, ni même devant les ambassades ou les bâtiments administratifs. La ville est livrée à ses seuls habitants qui assurent désormais leur propre sécurité, ainsi que la circulation.
A l’annonce de ces raids criminels, dès 18 heures, et toute la nuit durant (du 29 au 30 janvier), des hommes gardent tous les accès à leurs quartiers. Derrière des barricades improvisées ou des barrières métalliques, ils se relaient et contrôlent tous les passages. La présence militaire est mince et jugée totalement insuffisante. Les habitants des quartiers s’arment de barres métalliques, de fusils à plomb, de carabines, de battes de baseball, de couteaux de cuisine, d’armes de poing. D’est en ouest, ce service de protection partage un même code diffusé par l’armée qui permet à celle-ci de distinguer les individus pacifiques des hommes de main de la police secrète. Ce code est un brassard blanc à porter sur son bras gauche.
Les militaires, avec lesquels la population a spontanément passé un contrat de confiance et de solidarité, sillonne les quartiers pour décrire le type de véhicules et d’individus dont il faut se méfier. Une Fiat 127 blanche aux vitres fumées, avec à son bord un homme muni d’une arme automatique ; des ambulances ; des hommes à moto qui passent en éclaireurs pour voir si les quartiers sont gardés ou non ; des minibus touristiques. Ces hommes tirent à balles réelles, pillent, cassent et terrorisent.
Ces hommes de main, nous les connaissons aussi bien que nous connaissons Hosni Moubarak, on les appelle les Baltagueyya. Ce sont les mêmes qui sèment la terreur pendant les élections ou qui sèment le trouble lors de manifestations pacifiques. Ils sont payés par la caisse noire du Parti National Démocratique ou par les services de police. Le butin collecté s’ajoute à leur salaire.
Les preuves d’un terrorisme d’état
1. La preuve du quartier d’El Agouza : deux rôdeurs de 19 et 14 ans sont envoyés en éclaireurs dans une rue du quartier. Ils sont repérés par les habitants qui les arrachent et les giflent jusqu’à obtenir des aveux. Il s’avère qui sont envoyés par des hommes de main de la police secrète qui les ont déposés en minibus.
2. La preuve du centre ville : un témoin oculaire –une de mes connaissances directes- a vu entrer et sortir du commissariat de police du Caire, des véhicules comme ceux décrits plus haut : ambulances, voitures banalisées, motos et minibus. A leurs bords, des hommes en civil armés. Pas d’ambulanciers, donc.
3. La première preuve de l’armée. Des militaires debout sur des chars s’adressent à la population de Suez pour les prévenir des méthodes utilisées par les Baltagueyya de la police. Ouvertement, l’armée pointe du doigt les responsables et rassure la population qu’elle n’est pas dupe des coups bas de la police secrète et qu’elle saura faire la différence.
4. La seconde preuve de l’armée : Monsieur Y est un acteur célèbre de cinéma et de télévision qui a préféré garder l’anonymat. Monsieur Y a appelé le numéro vert mis en place par l’armée pour signaler le pillage et la destruction d’une bibliothèque de quartier, la Bibliothèque Moubarak. Au téléphone, le sergent qui a reconnu le nom et la voix célèbre de son interlocuteur lui répond : « la Bibliothèque… Moubarak, dites-vous ? Laissez les faire et rassurez vous, Monsieur Y. Dès qu’il s’en ira, nous nous occuperons des Baltagueyya. Vous savez de qui je parle en disant « Il » ? « oui », répond Monsieur Y
5. La preuve d’Alexandrie. Le 29 janvier, deux individus armés qui s’attaquaient à une banque sont pris à partie par des manifestants. Ceux-ci les immobilisent, les fouillent et s’emparent de leurs « carnets ». En Egypte, les carnets sont des cartes professionnelles que chacun porte sur soi, comme une carte d’identité. Les deux individus sont des policiers.
La télévision égyptienne diffuse sans interruption les cris de panique des mères de famille.
Aalam Wassef
Je vous recommande de suivre quotidiennement l’évolution de cet important blog égyptien.
En voici l’adresse : http://crisdegypte.blogs.liberation.fr/cairote/. Vous trouverez ce lien dans la liste des blogs que je recommande sur mon blog, colonne de droite.
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