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jeudi 27 août 2015

L'Iran et les Canadiens

C’est actuellement la période touristique de pointe en Iran. Les visiteurs y affluent de tous les continents pour visiter les merveilles de ce pays si riche que son passé de 5 millénaires lui a laissées. 

L’Iran, pays des poètes et des roses, a rouvert au monde son musée à ciel ouvert. 
J’ai rencontré des amis français qui en sont revenus ébahis et enchantés. Non seulement ils ont pu, lors de leur voyage culturel et historique, admirer les grands trésors que le pays renferme mais ils ont été enchantés de la réception que les Iraniens et Iraniennes moyens leur ont réservée. Partout, c’était un accueil chaleureux exprimé par des sourires, des salutations, des politesses et des attentions d’aide. Ils en furent agréablement surpris.
Mon épouse et moi avons décidé d’y aller et de profiter de l’ouverture du pays pour le visiter et mieux comprendre et apprécier son histoire artistique, musicale, poétique, philosophique, de traditions et d’idéologies.
Grâce au site internet Evaneos.com, nous avons accédé aux différentes possibilités de voyages préparés pour plaire à tous les goûts. Fixé pour octobre, le voyage de 10 jours fut négocié facilement, en français, avec un représentant de l’agence locale iranienne installé en France. Nous avons choisi le thème « Les trésors de la Perse » qui nous amenait à Téhéran, Chiraz, Persépolis, Ispahan et Yazd pour visiter les villes, les villages, les palais, les citadelles, les bâtiments, les constructions monumentales, les jardins, les places, les quartiers, les marchés publics, les bazars, les musées archéologiques et historiques, les superbes immenses mosquées, les collections préislamiques, les peintures, les fresques, les tapisseries, les musées (du tapis, des joyaux nationaux, de l’eau, du verre, de la céramique, etc..), les fontaines immenses, etc…
Je m’imaginais le superbe photoreportage que je pourrais préparer à mon retour et l’occasion de pouvoir le partager avec mes amis.
Nous avons confirmé notre voyage, les dates, les vols internationaux et… nous avons tout annulé !
La raison. Le Canada n’est pas la France ou un pays européen. Notre premier ministre Stephen Harper, qui est, selon Benjamin Netanyahou, « le plus grand ami d’Israël », est le pire ennemi de l’Iran. Alors que les USA discutent de la réouverture de leur ambassade à Téhéran après avoir réussi, en compagnie de la Russie, de la Chine, de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne, à négocier une entente sur le nucléaire iranien, le Canada continue à dénigrer l’Iran tel qu’en fait foi la déclaration du ministre le lendemain de l’entente : «L’Iran reste l’une des plus importantes menaces à la paix et à la sécurité internationales ».
De plus, le Canada, contrairement aux autres pays, recommande aux Canadiens et Canadiennes « d’éviter tout voyage et de ne pas visiter l’Iran », prétextant que l’ambassade canadienne, fermée en 2012, demeure close et que les services normaux qu’elle devrait rendre aux Canadiens en nécessité, sont inexistants. De toute évidence, de plus en plus, cela n’est que de la bouillie pour les chats !
Nonobstant que les chefs des partis d’opposition, notamment celui du NPD, proposent de rouvrir l’ambassade canadienne en Iran si leur parti prend le pouvoir à l’élection fédérale d’octobre prochain, le PM Harper continue à dire NON. De plus, son gouvernement affirme créer des délais pour l’émission de documents de voyage ou le remplacement d’un passeport perdu.
Par ailleurs, pour toute sortie du Canada, le voyageur se doit de prendre une assurance-voyage pour couvrir les risques d’accident ou de maladie. Encore-là, pour l’Iran, le Canada créé problème et c’est la raison principale de l’annulation de notre voyage en Iran. Nous avons une telle assurance-voyage mais elle contient une prévision pour exclusions et protections non couvertes : « Tout problème de santé dont vous souffrez ou que vous contactez dans un pays… à l’égard duquel le ministère des Affaires extérieurs a publié, avant la date de votre départ, un avertissement officiel conseillant aux Canadiens d’éviter tout voyage, essentiel ou non, dans le pays ». En fait, à cause des mauvaises relations du Premier Ministre de notre pays avec l’Iran, notre assurance ne nous protège pas. 
Par contre, de leur côté, le Royaume Uni, la France  et la Chine ont rétabli leurs ambassades avec l’Iran alors que les USA sont en pourparlers comme ils viennent de le faire à Cuba. 
Si un Canadien décide de faire le voyage quand même en oubliant les restrictions gouvernementales, il lui faut dans un premier temps faire application au gouvernement iranien pour obtenir la permission de faire une demande de visa. Avec cette confirmation en main, il doit se rendre en personne à l’ambassade iranienne à Ottawa pour faire application. Plus tard, le visa lui est envoyé en bonne et due forme par la poste à son adresse. Si vous ne demeurez pas dans la ville où se situe l’ambassade iranienne, c’est complexe et coûteux.
Pendant ce temps, les ressortissants d’autres pays peuvent obtenir un visa d’entrée à l’aéroport d’Iran.
Contrairement aux gouvernements canadiens précédents qui ne prenaient parti ni pour Israël ni pour la Palestine, le gouvernement conservateur continue à jouer une carte politique palestinienne qui nuit à notre pays. Et, ce sont nous les Canadiens qui en payons le prix. 
Déjà, selon le rapport alarmant de l'ONU, nous et nos descendants ne pourrons plus voir et apprécier les trésors de plus de 300 sites du patrimoine culturel syrien et mondial qui ont été détruits, endommagés ou pillés par Daech en plus de quatre ans de guerre, notamment l'une des forteresses les plus anciennes et les plus vastes au monde à Alep, les temples romains de Palmyre, ou les statues assyriennes du 1er millénaire à Hassaka…
Les visites culturelles, historiques et touristiques du fabuleux pays qu’est l’Iran se doivent d’être facilitées pour que les Canadiens aient toutes les opportunités de découvertes des uniques trésors du passé lointain dans ce pays de 80 millions d’habitants.

Claude Dupras 

lundi 29 décembre 2014

Économie 2015 : la relance vers un nouveau boom


Le moindre que l’on puisse dire de l’économie américaine en 2014 est qu’elle a été dynamique. Au point que plusieurs économistes de ce pays prévoient qu’elle connaîtra une expansion encore plus grande en 2015 pouvant résulter dans un boom économique. Leurs arguments sont probants.

La croissance annualisée de 5% pour les trois mois se terminant à la fin de septembre dernier, suite à celle de 4,6% au début du semestre, laisse croire à certains analystes que le boom de la fin des années ’90 pourrait revivre.

Ce qui génère cette fois l’espoir grandissant des investisseurs est la volonté de dépenser des consommateurs, le bas niveau de leurs dettes personnelles suite à la crise financière, la baisse fulgurante des prix du pétrole, la hausse vertigineuse des marchés et un gouvernement qui favorise davantage la croissance.

Les USA sont différents des autres, économiquement, et le contraste est frappant. Les pays d’Europe dont la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la France… vivent sur le seuil de la récession. Certains en sortent, d’autres y entrent.

Les entreprises américaines vont bien et cela se reflète par les bons chiffres des marchés qui savent les reconnaître dont le Dow Jones qui atteint des niveaux-records (18 000) et le Standard and Poor’s qui se situe aussi à des marques records.

D’autres statistiques sont aussi révélatrices dont le niveau de chômage à 5,8% et la tendance dans la croissance de l’emploi devenue la plus forte depuis 25 ans.

Les salaires commencent à remonter après de longues années de stagnation, les dettes des ménages ont diminué depuis la crise financière et la baisse du coût de pétrole équivaut à une diminution de taxes qui fait économiser des milliers de $ aux entreprises et des centaines aux automobilistes. Et les pronostics sont que cette situation puisse continuer jusqu’au milieu de l’été prochain.

Le côté incertain est l’immobilisme du marché des habitations et des salaires qui tardent à confirmer la solidité de leur croissance. Il y a aussi les compagnies qui sont relativement riches mais qui hésitent à investir dans certains domaines, comme en équipement et en machinerie, même si les taux d’intérêts sont bas.

Nonobstant cela, les signaux macroéconomiques sont encourageants. Durant quatre des cinq derniers trimestres, la croissance a dépassé 3,5 %. Et pour le trimestre qui n’a pas produit, on attribue le résultat aux mauvaises conditions climatiques qui ont affligé le pays. Les économistes séniors américains interprètent cette situation comme étant la démonstration que le pays a résolu les problèmes négatifs qui ralentissaient la reprise. Ils croient que le nouveau momentum permettra aux USA de résister au ralentissement économique du Japon et au peu de croissance des pays européens. Les prévisions actuelles pour la croissance de 2014 sont de 2,3 % et de 3,3% en 2015.

Les périodes d’austérité instituées par les États et les villes américaines contribuent maintenant à la croissance. Le gouvernement fédéral de Washington a aussi augmenté ses dépenses de 9,9% au troisième quart, ce qui est un apport positif pour l’avenir. Cette situation affectera l’Europe qui verra son économie croître suite aux nouvelles commandes de machinerie et de matériel venant des USA.  

Au Canada, la croissance pour 2015 est prévue à 2,5% selon la Chambre de Commerce du Canada, une augmentation de 0.2% par rapport à l’année précédente, nonobstant le fait qu’elle ait été affectée par la baisse de la croissance mondiale qui a fait fléchir les exportations de notre production manufacturière.

Grâce au nouvel accord de libre-échange Canada-Europe, les croissances américaine et européenne auront un effet important sur les exportations du Canada en donnant à celui-ci une vigueur économique additionnelle qui s’ajoutera à celles des gouvernements des provinces et des ménages. L’augmentation de la demande sera graduelle, progressive et influencée aussi par la baisse du huard. Nos entreprises investiront davantage dans le développement de leurs entreprises et voudront être plus efficaces. L’occasion étant là, elles voudront aussi accroître leur compétitivité et trouver de nouveaux marchés en renforçant leur participation aux chaînes d’approvisionnement mondiales pour en tirer parti, comme en Chine, au Brésil, en Allemagne, au Royaume-Uni, au Mexique… et cela avec l’aide des gouvernements.  

Malgré qu’il soit prévu que le consommateur demeurera un acheteur prudent (son taux d’épargne demeurera élevé) et modérément actif, le taux de chômage diminuera de 6,7% à 6,5% pour 2015. Et s’il décide de dépenser, étant donné ce qu’il ressentira des USA, tout devient possible.

La construction demeurera très forte au Canada et des régions comme celle de Montréal verront des projets évalués globalement à des dizaines de milliards de $ d’investissements privés et publics pour la construction de plusieurs tours à logements et à bureaux, de 30 à 40 étages, dans le centre-ville et sur le territoire de la métropole, du nouveau pont Champlain, du nouvel échangeur Turcot, etc.. Sans compter le nouveau programme d’investissements dans les infrastructures que mettra en marche le gouvernement du Québec et qui viendra s’ajouter à celui annoncé en 2014 par le gouvernement conservateur d’Ottawa. Il y aura aussi les centaines de millions de $ en remboursements d’impôts fédéraux qui seront versés par chèques aux familles et aux individus durant 2015.

Les 50 000 nouveaux immigrants au Québec, en 2015, viendront ajouter à la demande d’habitations, de voitures, de meubles, de vêtements, de nourriture, de matériaux de construction, etc..

Par contre, les coupures budgétaires pour les dépenses gouvernementales du Canada et du Québec feront en sorte qu’elles contribueront peu à la croissance. Mais ce que les gouvernemens font augure bien pour le futur comme on peut le constater à Ottawa qui annonce maintenant non seulement un budget équilibré mais aussi des coupures d’impôts. Il nous faut être patients de ce côté-là, comprendre le pourquoi des actions draconiennes qui sont prises et savoir que demain sera un meilleur jour.

L’inflation est bien contrôlée et il est prévu qu’elle évoluera à « l’intérieur de la fourchette de maîtrise de l’inflation de 1 à 3 % ». Le taux de financement des banques sera aussi maintenu bas puisque la Banque du Canada a indiqué qu’elle n’est pas pressée de le hausser.

On prévoit aussi que le dollar se maintiendra à la baisse d’ici la fin de 2015, ce qui aidera les exportations.

Je sais que depuis quelques jours, plusieurs économistes nous conseillent d’être prudents en rapport avec les prévisions du développement économique 2015 au Québec. Certains sont mêmes négatifs. Certes, il y a des risques que les perspectives changent. Et comme je ne suis pas un économiste, je ne peux affirmer qu’ils ont tort. Mais je suis porté à ne pas être en accord avec leur position pour les raisons que je viens de décrire. On verra bien à la fin de 2015.

Pour moi, tout est là pour réussir. Il nous reste à faire ce qui doit être fait. Investir, innover et travailler… davantage.

Claude Dupras

lundi 24 novembre 2014

Le gros méchant Vladimir Putin


Le président de la Russie est de nos jours la cible d’une violente propagande occidentale anti-Putin. On l’attaque de tous les angles, sur tous les sujets, dans tous les médias occidentaux.
On rappelle sans cesse ses actions politiques passées contre ses adversaires politiques et certaines minorités de son pays, même si certaines sont fausses et d’autres amplifiées. Hier, à la télé, un documentaire traitait de la richesse personnelle de Vladimir Putin. L’argumentaire était basé sur des transactions qu’il aurait faites depuis son accession au pouvoir. Malgré qu’à la dernière élection présidentielle il déclara ne posséder qu’un appartement et des autos de valeurs, nous avons vu à l’écran des propriétés, des accessoires de valeur, des montres de haute qualité, qui supposément lui appartiennent. Particulièrement, une immense maison d’une valeur supérieure à 500 millions $ (on peut l’apercevoir sur Google Earth), on devrait dire un palais, sur la Mer Noire qui d’après l’auteur du documentaire est sa nouvelle maison d’été. J’ai plutôt l’impression que c’est une nouvelle maison pour la présidence russe, construit par la Russie, oèu le président pourra recevoir les invités de son pays. Cette nuance n’a pas été faite.
Dans l’affaire de l’Ukraine et de la Crimée, le président de la France et d’autres l’ont comparé à l’Hitler de 1939, pour faire peur au monde, alors que la situation était totalement différente.
Je viens tout juste de lire un article du Washington Post qui prétend que Putin aurait fait mettre en orbite un satellite capable de détruire les satellites de communications des autres pays. La Russie dément cette version qui est invraisemblable car un tel geste deviendrait une déclaration de guerre étant donné l’importance des satellites pour l’information de l’économie mondiale et les forces militaires du monde. Comment croire que Putin poserait un tel geste dont les conséquences se retourneraient vite contre la Russie ? Ce sont de telles affirmations invraisemblables qui me font penser qu’une campagne de dénigrement est orchestrée contre Putin pour une raison quelconque.  
Au lieu de chercher à s’associer avec la Russie, l’Occident, dont la France, le boycotte, le sanctionne. Il riposte par des embargos comme sur les fruits, légumes, viandes et poissons et des milliers de producteurs occidentaux ont perdu une bonne partie de leurs produits et des travailleurs en grand nombre sont devenus chômeurs.
La Russie est un pays riche, grand, peuplé et important avec qui on a intérêt à être ami. Ça, le Canada ne semble pas le comprendre puisque notre PM Harper a bousculé Putin à Brisbane lors de la réunion du G20. Pourquoi ?  Par principe ? Non, pour se montrer fort et gagner la faveur du million de Canadien-Ukrainiens qui voteront à la prochaine élection fédérale.
On peut être fortement en désaccord avec un chef d’un autre pays mais on ne l’assaille pas en public en cherchant à l’humilier devant la presse. C’est la diplomatie. Heureusement, Putin n’est pas du genre à s’en faire pour de telles bêtises ni à écouter un PM comme Harper. Pour lui, rien n’est personnel. Il défend l’intérêt de son pays et ne s’adresse qu’aux grands qui sont les seuls lui permettant d’atteindre ses objectifs.
Dans un article du National Post, Derek Fraser, ex-ambassadeur canadien en Ukraine, explique l’évolution de la politique en Russie depuis Eltsine. Putin veut que l’Ouest cesse ses actions unilatérales et tienne compte de la sécurité de la Russie et de ses intérêts. Si ces attaques continuent, il affirme craindre une évolution vers une anarchie mondiale. Après la guerre froide, la Russie avait proposé à l’Ouest une organisation de sécurité indivisible pour l’espace euro-atlantique. La réponse fut l’expansion de l’OTAN aux frontières russes. La Russie voulait créer une union bilatérale avec l’Europe pour établir un complexe énergétique unique et une coordination de sujets touchant les armées, la politique, les aspects stratégiques et les problèmes globaux. Ce fut refusé. Encore aujourd’hui, la Russie recherche une telle organisation de sécurité et une coopération particulière avec toute l’Europe et espère qu’elle débouchera sur un espace économique et culturel commun. Le ministre des affaires extérieures de la Russie, Sergey Lavrov, affirme que le conflit Ukrainien ne serait pas arrivé si une telle organisation de sécurité avait été mise sur pied.
Putin est un nationaliste et joue fortement cette carte. Il a été, pour les américains, une trouble-fête en aidant des pays comme l’Iran ou en intervenant en Ukraine. Au lieu de tirer à hue et à dia, l’Ouest devrait offrir des contre-propositions à Putin qui parle d’entente. C’est ainsi que les Accords d’Helsinki en 1975 devinrent une étape importante pour la fin de la Guerre Froide. L’Ouest et Harper peuvent continuer à vilipender Putin et le traiter de brute, mais cela n’est pas productif.
Un récent sondage en Russie montre que 80% de la population se montre satisfait de sa présidence. Il d’ailleurs été réélu récemment. On peut l’accuser de tous les péchés d’Israël mais c’est avec lui qu’il faut négocier et s’entendre. Les Chinois ont compris en signant une entente qui prévoit la construction du plus long TGV au monde entre la Chine et la Russie et celle d’un gazoduc transsibérien pour alimenter la Chine du gaz naturel de la Russie. C’est sous sa gouverne que la Russie devient plus grande, s’ouvre au monde et assume son rôle de puissance mondiale.
On peut s’objecter à l’annexion de la Crimée, partie de l’Ukraine et anciennement partie de la Russie, mais le référendum tenu dans la péninsule a été fortement majoritaire pour rejoindre la Russie. Quant au règlement du conflit dans le Donbass, il est important et difficile. Putin et l’Ouest devront sûrement trouver les compromis nécessaires pour créer le climat favorable à des ententes bilatérales pouvant assurer le développement de la Russie et de l’Europe.
Claude Dupras

lundi 30 décembre 2013

...de 2013 à 2014

L’année 2013 se termine et c’est le temps où les médias nous rappellent les évènements qui ont absorbé nos esprits durant cette période.

J’ai revu les blogues que j’ai écrit durant cette année et j’été surpris de la variété des sujets touchés : les Amérindiens, Lance Armstrong, les oléoducs et le sable bitumineux, la mairie de Montréal, la commission Charbonneau, le Québec et le Canada, un nouveau pape, Hugo Chavez et sa succession, le parti libéral du Canada, la Chine et l’Afrique, la constitution canadienne, les géants d’affaires, le génie conseil, le président français, la tragédie du Lac Mégantic, Stephen Harper, la charte des valeurs québécoises, le pont Champlain, et autres.

Voilà, à la suite, mes commentaires de fin d’année sur ces sujets.

Le monde et particulièrement l’Europe se soulèvent depuis toujours contre le Canada pour les supposés mauvais traitements que le Canada fait subir aux Amérindiens. La grève de la faim de la chef de bande Theresa Spence a fait beaucoup de bruit et a attisé ces sentiments négatifs, de façon injuste. Le Canada fait déjà beaucoup. Le PM canadien Stephen Harper qui a toujours montré beaucoup de sympathie pour les peuples autochtones, a rejeté pour des raisons de budget, dit-il, l’important Accord de Kelowna voté par le gouvernement de son prédécesseur visant à aider davantage les populations des Premières Nations. Il doit se raviser.

Le mensonge ne paie pas. Lance Armstrong l’a finalement compris. Incroyable champion cycliste, unique athlète, vénéré par les foules, il a déboulé en quelques jours et on lui a enlevé tous ses trophées, ses records et ses mérites. Il a été humilié pour avoir menti pendant des décennies. Ce fut une leçon magistrale pour tous les jeunes du monde entier.

Pour vendre son pétrole, le Canada a exprimé le désir de construire des oléoducs afin d’augmenter la capacité de livraison de la production venant des sables bitumineux afin de pouvoir en diminuer le prix de revient. S’il réussit, ce sera économiquement bon pour tous les Canadiens. De nouveaux oléoducs vers l’ouest, le sud, l’est et de là au monde ont été proposés : le XL qui traversera les USA du nord au sud est retardé par le président Obama mais les probabilités sont qu’il sera approuvé avec conditions en 2014; l’Enbridge Northern Gateway (transmontages-rocheuses), vient d’être approuvé en fin d’année par le “Joint Review Panel” qui affirme que sa construction est dans l’intérêt des Canadiens si 209 conditions sont respectées, ce que le gouvernement accepte; l’Énergie-est qui s’étendra sur 4 000 km en direction du Nouveau Brunswick semble prêt à recevoir les approbations des gouvernement provinciaux, incluant le Québec; de même pour le Montreal-Sarnia qui sera inversé pour alimenter les raffineries de l’est de Montréal. Le Canada pourra ainsi produire 6 000 000 b/jour de pétrole, en 2030, qui rapporteront $200 billions aux Canadiens.

Les Montréalaises et les Montréalais ont été bousculés par le dévoilement du niveau de corruption installé dans l’administration municipale. Le maire Gérald Tremblay a quitté son poste et le maire Applebaum a dû démissionner. Le parti Union-Montréal s’est évaporé. Après une chaude lutte à la mairie entre quatre bons candidats, Denis Coderre a été élu en début novembre. Il connait bien la politique et sait se réclamer du peuple, de ses aspirations profondes et de sa défense contre les divers torts qui lui ont été faits. Il est ce dont Montréal a besoin à ce moment de son histoire : un nouveau Camilien Houde qui sait écouter, se faire entendre, agir et se faire aimer.

Le commissaire de l'Unité Permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière a été critiqué pour n’avoir pas été favorable à la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construction. Les partis d’opposition l’ont critiqué sévèrement. Je lui donnais alors raison. Depuis, la Commission Charbonneau dévoile des scandales spectaculaires, mais le gros du travail de recherches, d’écoutes électroniques et d’enquêtes a été fait par l’UPAC qui fait des arrestations. L’analyse du dossier de la ville de Laval l’a bien démontré. Le coût total de la Commission a été établi à 45 millions $ mais elle a le mérite d’être un bon « show » télévisé pour sensibiliser rapidement les Québécois à la corruption qui s’est installée. Nous comprenons maintenant le niveau de pénétration de la mafia dans les affaires municipales et le système de contributions illégales des professionnels et des entreprises aux hommes et partis politiques.

Les relations Québec-Canada ne se sont pas améliorées depuis l’élection du gouvernement du Parti Québécois. Selon ses élus, c’est toujours la faute d’Ottawa qui n’écoute pas, ne le favorise pas et œuvre volontairement contre le Québec. Le but est simple : discréditer le Canada pour favoriser la séparation du Québec. Sur plusieurs dossiers, tel le contrôle des armes, je leur donne raison mais on ne rejette pas un pays tel que le Canada sur la base de tels exemples. C’est le PM Harper et son gouvernement de droite qu’il faut blâmer, pas le système, pas l’institution.

Dès son premier « bonsoir » à la galerie centrale de St-Pierre-de-Rome, j’ai été touché par le pape François. Depuis, il n’a cessé de surprendre et d’impressionner par sa simplicité et ses sentiments réels de charité, au point que les sondages de fin d’année, dans le monde, démontrent qu’il est le pape le plus populaire de tous les temps, dépassant même le bien-aimé Jean Paul II. Quelle sagesse les cardinaux ont montrée le jour où ils l’ont élu ! J’en étais surpris, j’en suis émerveillé. Ce bon pape va changer beaucoup de choses même si nous vivons dans un monde de plus en plus matérialiste.

À sa mort, Hugo Chavez a été applaudi par les Vénézuéliens. Ils le considéraient l’« homme des pauvres » et il les charmait. La pauvreté située à 49% à son arrivée, était de 29% à son décès. Il se servit de son pétrole pour monter un front anti-influence-américaine et organiser des marchés de biens et de services inter-états du sud. Plusieurs partis de gauche furent élus dans ces pays à cause de ses actions. Son disciple et successeur, Nicola Maduro, n’a ni l’autorité ni le talent de Chavez pour diriger le pays et plusieurs observateurs entrevoient, après neuf mois de pouvoir, sa descente aux enfers. Il vient de leur répondre en remportant la majorité des élections municipales mais a perdu les grandes villes telle Caracas. Cette victoire qui vient des derniers soubresauts du Chavezisme ne règle pas les problèmes grandissants du pays qui n’a ni infrastructure de classe mondiale ni un bon système d’aide sociale pour permettre au peuple de sortir de l’abime où il se trouve. Comment croire au futur de Maduro, alors que l’opposition continue à gagner du terrain.

Le parti libéral du Canada a des problèmes depuis l’élection des conservateurs. Il comptait beaucoup sur son congrès de leadership pour se donner un nouveau chef capable de le relancer dans l’opinion publique. Justin Trudeau, fils d’un des plus importants PM que le Canada ait connus, Pierre-Elliot Trudeau, a gagné la course et depuis avril 2013 est le chef du parti. À ce jour, sa cote de popularité est forte et le parti libéral est revenu dans la course pour diriger le pays. Justin est jeune, a du charisme et est Québécois, ce qui est important électoralement car pour gagner l’élection de 2015, le parti libéral doit gagner partout au pays mais c’est le Québec qui peut lui donner le pouvoir national. Justin maintiendra-t-il son image gagnante ? Si oui, son parti revivifié ne viendra-t-il pas simplement diviser les votes opposés au PM Harper, permettant à celui-ci de se faufiler à nouveau au pouvoir ?

L’année qui se termine a confirmé la décélération de la croissance de la Chine après 30 ans à deux chiffres. Elle se contentera en 2014 de 7 à 7,5%, selon les plus pessimistes. Après avoir utilisé près de la moitié des matières premières de la planète, voilà qu’elle semble vouloir digérer et ralentir. Cette situation touchera ses fournisseurs asiatiques et autres mais heureusement pour ces derniers la reprise américaine viendra combler le trou chinois et leur permettra de se rééquilibrer par rapport au grand dragon. Par contre, la Chine après avoir accentué en 2013 sa puissance dans le monde, particulièrement en Afrique et à l’ONU, a mis en place une stratégie visionnaire et politique qui en fera une force de plus en plus redoutable. Dorénavant, pour assurer une croissance durable, elle vise à satisfaire les besoins de consommation de sa population, assainir son système bancaire et se désendetter car elle a trop vécu à crédit. L’euphorie chinoise passera à un autre stage plus pratique, certains disent plus puissant.

Deux géants d’affaires ont fait parler d’eux en 2013. Paul Desmarais et Pierre-Karl Péladeau. Le décès de Paul Desmarais nous a rappelé la grandeur de ce franco-ontarien devenu québécois. Il a été unique en son genre. Parti de rien, il est devenu un des hommes les plus riches et les plus influents du pays. Ah, si seulement le Québec avait un centaine de gars comme lui ! De con côté, Pierre-Karl Péladeau qui avait pris la succession de son père, a réorienté la stratégie de son empire et a transformé, entre autres, Videotron en une des meilleures compagnies de télécommunications au Canada. Elle compte plus de clients satisfaits que toutes les autres. Il a laissé la direction de son entreprise à un subalterne pour devenir président du CA d’Hydro-Québec. On n’a pas fini d’entendre parler de lui.

Au début de 2013, les ingénieurs avaient une très bonne réputation. À la fin de l’année, ce bon sentiment s’est évaporé au point que plusieurs jeunes hésitent maintenant à entrer à Polytechnique pour faire une carrière dans le génie. C’est malheureux, car notre pays a un grand besoin d’ingénieurs. Ça, pour une bande d’ingénieurs véreux, fonctionnaires et à leur compte, qui ont créé et participé à des systèmes mafieux et de corruption. Depuis, le nettoyage des grandes firmes de génie-conseil se fait et il est à espérer qu’elles retomberont sur leurs pieds le plus vite possible, durant la prochaine année, après avoir éliminé la crasse qui les a entachés.

Le président français, François Hollande, a de gros problèmes de popularité. Il les mérite. Après son élection en 2012, il a implanté plusieurs lois tout en imposant, pour réduire le déficit et la dette, des taxes de toutes sortes, dans tous les domaines et qui se sont additionnées à toutes les taxes existantes. Le résultat : les Français sont parmi les plus taxés du monde. Il a fait le contraire de ce qui s’est fait aux USA, au Canada et au Québec, où l’économie a repris du poil de la bête. Au lieu de taxer, Hollande n’a pas eu le courage de couper dans les dépenses afin de laisser le plus d’argent possible dans les poches des Français. Aujourd’hui, ces derniers sont appauvris, se sentent pris au piège et dénoncent leur président. Si les choses ne changent pas rapidement dans les prochains mois, Hollande ne sera que le président d’un mandat manqué.

L’impensable tragédie du Lac Mégantic a révélé le manque de contrôle du gouvernement fédéral sur les transports ferroviaires au Canada. Nous avons été témoins de la force de caractère de ces Québécois touchés par ce sinistre et de la solidarité des Québécois et des Canadiens face à cette population sinistrée et blessée. Le Canada a changé plusieurs lois depuis et devra continuer à le faire afin d’assurer à tous les villages et les villes du pays, traversés par des convois de trains, qu'ils seront le plus protégés possible.

Le PM Harper a agi pour protéger l’économie du pays mais il a aussi continué à « droitiser » le pays au point que cela devient intolérable. Le Canada que nous connaissons ne se ressemblera plus si ce chef politique continue dans le sens où il va. Il est à espérer que les partis d’oppositions le surveillent et le dénoncent au moment opportun afin que la pression publique le fasse reculer.

Enfin, il y a le projet de la charte des valeurs québécoises proposé par le gouvernement du PQ. Jamais, une loi n’a divisé autant les Québécois. Certains péquistes proposent que le ministre Drainville, le responsable de la loi, soit nommé l’homme politique de l’année. Comment un ministre qui propose une loi inutile, qui parle de laïcité et d’égalité des sexes alors qu’elles existent déjà, qui propose le non-respect des droits de la personne et de la religion, peut-il être considéré comme un bon homme politique. Il est à espérer que le prochain comité parlementaire, qui recevra les doléances et les mémoires des Québécois, soit bien organisé et que les opinions de chaque intervenant soient bien pesées et tenues en compte par les membres du comité et éventuellement par le cabinet des ministres.

L’année s’est terminée par le désordre public découlant des problèmes structurels du Pont Champlain enjambant le fleuve St-Laurent et la voie Maritime. Enfin, le gouvernement canadien, qui a réalisé il y a plus de trois ans qu’un nouveau Pont Champlain devait être construit, a proposé en fin d’année sa construction pour 2018. J’espère que le gouvernement analysera la possibilité de ne pas démolir le pont actuel mais de le réparer afin de distribuer tout le trafic sur les deux ponts : les automobilistes sur le nouveau, le transport public et le camionnage sur l’existant. Ainsi Montréal et la Rive-Sud seront bien servis pour longtemps.

De tous ces évènements, quel est l’évènement ou la personne de l’année? Le magazine TIME de New York a fixé son choix sur le pape François. C’est une bonne analyse et je suis entièrement en accord.

Bonne année 2014.

Claude Dupras

dimanche 31 mars 2013

La Chinafrique : « gagnant-gagnant »

Durant les années 80’ j’ai eu l’occasion de travailler en Algérie. Ce n’était pas facile. Non pas que le pays ne soit pas beau, il est extraordinaire. Non pas que les Algériens ne veuillent pas travailler, le contraire est vrai. Mais la réalisation de projets de construction était en mode ralenti pour toutes sortes de raison. J’ai visité entre autres celui de l’université de Constantine, dessiné par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer. Les travaux s’éternisaient et la qualité d’exécution était minable. Il en était de même, avec l’aéroport international d’Alger, de la construction de tours à logements (dont la demande était très forte), etc… Cependant certains projets comme celui du monument aux Martyrs Algériens entrepris par Lavalin se déroulait rondement puisque tous les gérants de projets et les travailleurs étaient Canadiens dont la base de vie était un bateau de croisière amarré au port d’Alger.

Une quinzaine d’années plus tard, je retournai à Alger pour constater un changement radical. L’aéroport était enfin terminé, de multiples tours à logements de plus de 15 étages étaient construites et de bonne qualité, une autoroute Maroc-Tunis était en construction, etc. C’était l’œuvre du président Bouteflika qui, profitant des importants revenus de gaz et de pétrole algérien, a voulu réaliser les grandes infrastructures nécessaires à son pays. Pour ce faire, il a négocié des ententes avec le gouvernement de Chine et des compagnies chinoises. Les travailleurs étaient chinois et algériens. Le mix était bon et les résultats concrets et spectaculaires.

De même, j’ai eu l’occasion, il y a dix ans, de visiter Arusha, deuxième ville importante de la Tanzanie. J’y suis retourné en juillet dernier. Encore là, la ville avait beaucoup changé. Durant cette période, de grands bâtiments gouvernementaux, hôteliers, privés furent réalisés, des routes pavées, des écoles construites, l’internet disponible, et tout cela grâce, entre autres et surtout, à des ententes sino-tanzaniennes.

Depuis, j’ai mis la main sur le livre « Chinafrique », des français Serge Michel et Michel Beuret. J’y ai trouvé une belle synthèse de l’effort chinois sur le continent noir.

Depuis longtemps, la Chine a compris que ses besoins d’hydrocarbures, de métaux et autres pouvaient être comblés par l’Afrique qui en contient de très grandes quantités. Pour les obtenir, elle a pensé s’y installer en aidant les pays africains à « créer des opportunités pour diversifier leurs économies, créer des emplois, améliorer la santé et l’éducation, soutenir l’agriculture, l’industrie manufacturière et les PME par des infrastructures ».

La Chine est devenue le premier partenaire économique de l’Afrique. Contrairement aux pays occidentaux ou évangélisateurs, la Chine n’attache pas ses investissements à la tenue d’élections démocratiques, ni à la défense des droits de l’homme, ni à la protection de l’environnement, etc… Non, la Chine est là pour faire des affaires en aidant les pays africains à se donner les outils nécessaires à leur développement économique futur.

C’est en 2000 que les relations sino-africaines ont pris leur envol. De 10 milliards $ d’investissements au départ, ceux-ci atteignent maintenant plus de 150 milliards $. Aujourd’hui, la Chine œuvre dans 21 pays africains : Algérie, Niger, Nigéria, Cameroun, Gabon, Guinée Équatoriale, Égypte, Tchad, Soudan, Éthiopie, Mauritanie, Guinée, Sénégal, Congo, république du Congo, Angola, Zambie, Tanzanie, Zimbabwe, Mozambique et Afrique du Sud. De plus, elle coopère militairement avec cinq pays : Mali, Ghana, république Centre-Afrique, Namibie et Botswana.

Par contre, elle n’est pas active dans 19 pays : Maroc, Sahara occidental, Mauritanie, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone, Togo, Benin, Malawi, Ouganda, Kenya, Madagascar, Rwanda, Somalie, Djbouti, Érythrée, Lybie et Tunisie. Cependant, dans quelques uns de ces derniers pays, la Chine collabore aux forces de maintien des opérations de la paix de l’ONU, ou encore dirige des centres culturels chinois.

Par sa participation au développement de l’Afrique, la Chine a redonné une vraie valeur aux Africains et aux investissements étrangers. Elle a suscité un nouvel intérêt, d’une grandeur jamais vue, chez les Américains, les Européens, les Japonais et les Australiens. Ces derniers pays ont réalisé qu’ils ont manqué le bateau et veulent maintenant y revenir. « Si c’est bon pour les Chinois, c’est sûrement bon pour nous », concluent-ils.

L’Afrique a un potentiel économique extraordinaire. En plus des matières premières mentionnées précédemment, elle a une démographie exponentielle, d’énormes besoins en infrastructures, en énergie et sa classe moyenne se développe rapidement. Durant les cinq dernières années, les investissements étrangers ont augmenté de près de 25% par année car la Chine n’est pas la seule à lorgner économiquement l’Afrique. Son exemple a fouetté l’intérêt des autres pays émergents qui s’y installent de plus en plus, dont : le Brésil, la Russie, l’Inde et l’Afrique du Sud. Ce groupe avec la Chine, identifié « les BRICS » vient de tenir un cinquième sommet de ses membres pour créer des partenariats stratégiques visant à ce que le développement de la richesse africaine soit fait en collaboration étroite avec chacun des pays intéressés. Ils discutent même de créer une banque BRICS pour financer les infrastructures et les projets de développement durable.

Le succès de la Chine en Afrique repose sur des avantages très particuliers. Elle est riche avec des réserves de change qui dépassent les 1,500 milliards $, elle peut déménager en quelques semaines des dizaines de milliers d’ouvriers chinois sur n’importe quel chantier de n’importe quel pays. À cause de ses coûts de revient qui sont bas, elle offre des prix très bas et elle garantit de très courts temps de réalisation. Toujours en garantissant une non-ingérence et une non-interférence dans les affaires de l’État-client. Ce dernier apprécie qu’elle prenne des risques, qu’elle soit là pour le long terme et qu’elle ne se mêle pas de ses affaires. Qui dit mieux ?

Ce qui est extraordinaire, c’est qu’enfin l’Afrique obtient, ou se donne, les infrastructures dont elle a un si grand besoin : barrages hydro-électriques; réseaux de trains; routes trans-Afrique; exploitations de gisements pétrolifères, construction de raffineries, distribution du pétrole; usines de désalinisation; développements miniers modernes (uranium, fer, cobalt, diamants, or, coltan et autres); construction de bâtiments à logements, hospitaliers et gouvernementaux; exploitation du bois; construction d’écoles, d’universités, d’aéroports, de complexes industriels, de réseaux de télécommunications; développement du tourisme; modernisation de l’agriculture; mise sur pieds de commerces de toutes sortes avec l’entraînement du personnel; financement de banques, etc…

Les adversaires ou les jaloux du succès des Chinois insinuent que l’intrusion de ces derniers en Afrique est du néo-colonialisme. Y a-t-il vraiment un danger que l’Africain se laisse enfermer dans une « relation inégale » comme ce fut le cas avec les colonisateurs occidentaux ? Pour y contrer et par transparence, la Chine a édicté son code d’éthique pour les entreprises chinoises à l’étranger, publiques ou privées. Elles doivent obéir aux lois locales, répondre aux appels d’offres avec transparence, respecter le droit du travail des employés autochtones, protéger l’environnement, etc. Elles ont aussi eu les directives de ne pas s’ingérer dans les affaires du pays et de respecter les gouvernements.

Il est certain que tout ne tourne pas toujours à la vitesse grand V et que des problèmes de toutes natures, humains, gouvernementaux ou financiers, se présentent ! Certains dirigeants africains d’opposition affirment que la Chine vient prendre toutes les richesses nationales de leur pays. De plus, quelques fois, des projets très importants sont arrêtés par l’État pour des raisons politiques et d’autres fois par des compagnies chinoises, comme ce fut le cas, suite à la plongée des prix du cuivre. Il y a aussi les multiples entreprises chinoises privées dispersées sur tout le continent africain : Restaurateurs, importateurs, distributeurs, revendeurs de produits chinois, manufacturiers, constructeurs, etc.. Beaucoup d’entre elles ont été créées par de jeunes chinois et font de très bonnes affaires. Malheureusement, leurs agissements ne sont pas toujours sans reproche puisque certains ne respectent pas toujours le code d’éthique et ne créent que peu d’emplois puisqu’ils font venir en masse leurs propres travailleurs de Chine. Ce sont des problèmes pour lesquels la Chine devra trouver les solutions.

La Chine sait que ses attaches chinoises sur le continent sont récentes et fragiles. Elle sait aussi que les autres pays du BRICS lui soufflent dans le cou et que la compétition peut devenir de plus en plus vive. C’est la raison pour laquelle le nouveau président chinois Xi Jinping, en début de mandat, vient de passer plus d’une semaine en Afrique. Il reconnaît que la soupe est chaude et vient tout juste de déclarer : « La Chine continuera de renforcer la coopération avec les autres pays BRICS, afin de rendre la croissance économique des pays BRICS plus robuste et leur coopération plus structurée et plus productive »
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Malgré la forte présence de la Chine en Afrique et son influence grandissante, le président Obama, contrairement aux républicains américains, voit cela d’un bon oeil puisqu’elle apporte un « capital dont l’économie africaine a un besoin vital », n’occupe pas militairement les pays où elle œuvre et que son but est de faire des affaires.

Au total, la Chine a entrepris plus de 900 projets importants. C’est beaucoup, mais peu si on considère que l’Afrique est le second plus grand continent du monde. La Chine veut l’aider à réaliser les grands projets essentiels à son développement et au bien-être des Africains, tout en s’assurant les sources de matières premières nécessaires pour ses besoins immédiats et futurs.

C’est une situation « gagnant-gagnant ».

Claude Dupras

vendredi 4 janvier 2013

Le boom pétrolier canadien

La Chine et l’Inde prévoient doubler leurs besoins en pétrole brut d’ici 20 ans et atteindre un total de 18 000 000 de barils par jour (b/j). Il en sera de même pour les autres pays asiatiques en plein développement.

D’autre part, les Américains, pour des raisons de sécurité nationale, veulent se libérer le plus possible de l’alimentation en pétrole du Moyen-Orient et se tournent, entre autres, vers le Canada pour combler leurs immenses besoins pétroliers.

Le Canada est devenu, grâce à ses gisements de sables bitumineux de l’Alberta, une des sources importantes de pétrole brut au monde.

Le Canada aura la capacité de produire 6 000 000 b/j, en 2030, à partir des sables bitumineux. Ce boom pétrolier de l’Ouest canadien pourra rapporter $200 billions de revenus aux Canadiens, si on peut livrer le pétrole brut aux acheteurs.

Il y a aussi le pétrole brut extrait par les plateformes maritimes de Terre-Neuve-et-Labrador où la production qui peut atteindre 500 000 b/j est dédiée à combler une partie de la demande de l’Est canadien et du Nord-Est américain.

De plus, il y a le gisement d'hydrocarbures Old Harry situé dans le golfe du Saint-Laurent à cheval sur la frontière du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador dont les données d’études géologiques sont encourageantes et qui pourrait en 2030 avoir une production profitable aux deux provinces.

Le défi du Canada en 2013 est le transport du pétrole de l’Ouest vers l’Est Canadien, vers le Sud américain et vers le Pacifique. C’est un grand challenge au point de vue infrastructures et économie.

Pour alimenter l’Est canadien et le Nord-Est américain, il est question d’utiliser l’oléoduc de Sarnia qui existe depuis les années ’70. Du fait que dorénavant l’approvisionnement viendrait de l’Ouest, il est proposé d’inverser le sens de la circulation dans l’oléoduc afin de livrer le pétrole brut de l’Alberta aux raffineries de l’Est du pays, dont celles de Montréal. De plus, le pétrole brut pourrait être acheminé par oléoducs aux ports pétroliers donnant sur le Saint-Laurent pour livraison en Europe, via l’Atlantique. Les environnementalistes s’y opposent.

Pour l’alimentation vers les USA, il y a le projet du nouvel oléoduc Keystone XL. Il doit prendre origine au nord de l’Alberta pour se rendre au Nebraska et plus au sud, jusqu’à l’important centre de distribution d’Oklahoma. Il aura une capacité maximale de 500 000 b/j. À ce jour, le projet rencontre des oppositions sérieuses de la part de l’État du Nebraska pour des raisons de protection de nappes aquifères. Le président Obama a refusé le projet initial et demandé un tracé différent, tenant compte des difficultés rencontrées. Les observateurs estiment que le projet modifié sera accepté par le président d’ici un an ou deux. Les environnementalistes demeurent fermement opposés au projet.

Pour la livraison du pétrole brut aux pays asiatiques, le Canada utilise actuellement l’oléoduc Kinder Trans-Mountain qui transporte 300 000 b/j de pétrole en traversant les Rocheuses jusqu’aux ports pétroliers du Pacifique. Notre pays a un grand besoin d’oléoducs de haute capacité pour augmenter la livraison de pétrole brut de l’Alberta aux rives de l’océan Pacifique où de nouveaux ports pétroliers seront construits. À ce jour, il y a deux projets principaux. Le premier consiste à augmenter la capacité du Trans Mountain à 750 000 b/j. Le second est la construction d’un nouvel oléoduc, le Enbridge Northern Gateway, d’une longueur de 1 176 km et d’une capacité de 850 000 b/j.

Le Northern Gateway traversera les montagnes Rocheuses situées dans la province de Colombie Britannique (CB). Il rencontre l’opposition de bandes de Premières Nations, du puissant lobby des environnementalistes, du gouvernement de cette province qui réclame une partie des royautés que reçoit l’Alberta et du Nouveau Parti Démocratique du Canada. Le chef de ce dernier, Thomas Mulcair, veut rétablir au Canada une « économie balancée » comme jadis. Il propose que le pétrole brut soit raffiné au pays et que les produits dérivés comme la gazoline et le fuel pour avions à jet soient vendus et transportés séparément vers les grands marchés. Pour lui, cela créerait de multiples emplois, nouveaux et permanents, au Canada. Les pétrolières réfutent que l’idée est irréaliste parce que le coût des produits deviendraient ainsi trop élevé. Je crois que cela reste à démontrer par des acteurs impartiaux.

La première ministre de la CB s’est alliée les PM des autres provinces dont Pauline Marois du Québec, pour étudier la possibilité que chacune des provinces traversées par un oléoduc reçoive une partie des royautés payées par les compagnies pétrolifères.

Prenant acte de toutes ces oppositions, le gouvernement de l’Alberta recherche d’autres moyens pour livrer son pétrole car cela devient important pour lui puisque 25 % de ses revenus découlent des royautés. De plus, les baisses récentes du prix du pétrole brut sur les marchés mondiaux ont plongé le gouvernement albertain dans un déficit de 3 milliards $ pour l’exercice qui se termine. Cela va affecter indirectement les Québecois, puisque les versements de péréquation aux provinces les plus pauvres seront plus bas avec une Alberta moins riche.

Bloquée au Sud et à l’Ouest, l’Alberta étudie la possibilité de construire un chemin de fer pour y livrer le pétrole brut par des trains-citernes à un port de l’Alaska et de là vers l’Asie. De plus, l’étude analyse le potentiel d’une ligne similaire de trains vers Port Churchill, le seul port arctique du Canada situé sur la côte Ouest de la Baie d’Hudson. Il est actuellement utilisé de mi-juillet au début novembre pour le transfert de grains, de produits manufacturés et forestiers, etc.. vers et en provenance d’Europe, d’Afrique, d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient. Le pétrole brut d’Alberta pourrait être livré de là à certains de ces continents.

Les chercheurs de l’institut Manhattan ont comparé tous ces modes de transport. Ils ont analysé les incidents passés occasionnés par chacun. Ils sont arrivés à la conclusion que les possibilités de fuites de pétrole, de morts ou de blessures sont 34 fois plus grandes par rails que par oléoducs. De plus, « les trains créent des gaz à effets de serre pour l’énergie qu’ils consument et la quantité de pétrole qu’ils peuvent transporter n’est qu’une fraction de ce qu’elle peut être par oléoduc ».

Dans mes billets précédents sur la question des sables bitumineux, j’ai toujours mis l’accent sur l’importance que le pétrole produit en Alberta soit « propre ». Mon opinion se calquait sur celles de critiques du monde entier qui dénonçaient la façon selon laquelle les compagnies pétrolifères exploitent les sables bitumineux. Depuis, beaucoup a été fait pour améliorer la procédure d’exploitation. Mais, même si elle est sur la bonne voie, c’est encore imparfait. Par contre, j’ai confiance que finalement, elle sera acceptable aux observateurs avertis dont ceux de l’Union Européenne qui veulent empêcher que le pétrole issu des sables bitumineux, qu’ils qualifient de « sale », soit vendu en Europe. L’enjeu est d’une très grande importance pour tous les Canadiens.

L’Alberta manque de moyens de livraison pour son pétrole brut et il est clair que l’expansion des réseaux de distribution devient une priorité nationale. C’est aux gouvernements du Canada et des provinces de faire en sorte que cet extraordinaire projet soit mené à bonne fin puisqu’il y va de l’intérêt de chacun des Canadiens. 2013 s’annonce comme étant l’année des décisions.

Claude

dimanche 29 avril 2012

La surprise Sarkozy

La campagne présidentielle française est très intéressante. Après un premier tour vivement disputé, nous avons vu le candidat-président Nicolas Sarkozy revenir des bas-fonds des sondages pour s’approcher à 1,5 % de son adversaire socialiste François Hollande. Classés au deuxième tour, nous pouvons maintenant mieux comparer les deux hommes afin de déterminer lequel devrait diriger la France sur la mer houleuse où elle se retrouve.

Depuis le premier soir de son élection en 2007, Sarkozy a subi une campagne de dénigrement sans pareil. Les socialistes n’ont cessé de le vilipender sur tout et sur rien. La dernière année a été particulièrement difficile à cause de la primaire socialiste qui fut bien réussie et qui attira les regards d’un très grand nombre de Français. Tous les candidats ont fait campagne sur le dos de Sarkozy et non contre leurs adversaires. Ils n’ont cessé de le salir, de le barbouiller et de le décrire comme le pire des scélérats. Et cela fit bien l’affaire de la presse, surtout de gauche et elle est nombreuse, toujours à la recherche de nouvelles juteuses. Chaque jour, elle montait en épingle, souventes fois à la Une, les accusations infondées, les insinuations mensongères et les propos négatifs qui jaillissaient de cette primaire contre Sarkozy.

De plus, les attaques ne venaient pas seulement de cette direction, mais aussi des autres partis ou mouvements qu’ils soient de la droite de la droite ou marxistes, léninistes, communistes, verts-écologistes, syndicalistes, etc… Pour se mousser et chercher à obtenir une part de l’opinion publique, chacun a utilisé la même tactique : dénigrer Sarkozy.

Puis, il y eut les crises. Elles ont balayé le monde occidental. Ce ne fut pas facile pour aucun pays, s’y trouvant impliqué, de vivre la sévère crise économique de 2008 qui s’est répercutée vivement sur l’industrie, l’agriculture, les petites entreprises, etc… et pour les pays de l’euro de vivre les dangereuses crises monétaires et financières qui les ont presque ruinés. En tout temps, le gouvernement de Sarkozy a agi promptement pour maintenir le pays à flot sans que le peuple n’en subisse trop les conséquences. Aucun dirigeant politique dans aucun de ces pays n’a pu maintenir sa popularité car de tels évènements font peur. L’opposition socialiste s’opposa aux réformes que Sarkozy proposa, comme la « règle d’or », car elle voyait dans les crises l’opportunité d’accentuer l’antisarkozysme. Elle lui mit sur le dos le blâme de ces tragédies mondiales et continentales.

Nonobstant toutes les réformes de Sarkozy et ce qu’il a fait de bon, il était donc normal, tenant compte de ce que j’ai décrit précédemment, que la cote de popularité du président Sarkozy soit basse lors du déclenchement de la période électorale présidentielle.

Heureusement, il a pu rétablir les choses lors du premier tour.

Le deuxième tour est l’occasion pour tous les Français et Françaises d’agir de façon réaliste et responsable.

Pour gagner sa réélection, Nicolas Sarkozy cherche des voix additionnelles chez ceux qui ont voté à droite et au centre, au premier tour.

Les socialistes craignent cela et l’accusent de s’approcher des 6,5 millions de Français qui ont voté pour le Front National (FN). Pourtant ces électeurs ne sont pas des traîtres, des êtres dangereux ou des imbéciles. Que Sarkozy fasse de la politique politicienne pour faire valoir son point et amener de nouvelles voix de son bord, où est le problème ?

J’ai plusieurs amis français qui ont voté pour le FN, dont d’ex-socialistes qui en ont assez de constater que les frontières de l’Europe sont devenues de vraies passoires. Ils ont voté Marine Le Pen puisqu’elle dénonce cette situation depuis longtemps, même s’ils ne partagent pas l’ensemble du programme de son parti. Nous, Canadiens, ne tolérerions pas de telles frontières. Quant aux Américains, ils démontrent ce qu’ils en pensent en construisant de hauts murs le long de la frontière mexicaine pour enrayer l’immigration illégale. Je ne comprends pas pourquoi on accuse de racistes ceux qui veulent corriger cette situation en Europe.

J’ai toujours dénoncé le fascisme, le nazisme, le communisme, le marxisme-léninisme qui ont créé des torts immenses dans le monde avec le résultat de millions de morts.

Pour la gauche française, les Français qui ont voté Front National sont des fascistes et doivent être exclus de la société alors qu’elle tolère dans son groupe : les communistes, les marxistes-léninistes et d’autres du même acabit. Pourtant, il n’y a pas très longtemps, des milliers de personnes animées de ces philosophies politiques d’extrême gauche ont érigé le rideau de fer avec les résultats que l’on connait.

Encore aujourd’hui, au Vietnam, en Corée du Nord et en Chine où règnent les partis communistes, il n’y a pas de liberté de parole, de rassemblement, de choix des dirigeants du pays, etc…, en somme pas de liberté individuelle. Pourtant, François Hollande se concerte avec les partis politiques français qui épousent ouvertement ces philosophies politiques au passé meurtrier et il accueille d’emblée et avec bonheur leurs appuis politiques. Il va même jusqu’à accepter l’idée que ces partis puissent avoir des députés comme l’a annoncé hier le chef du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, suite à une entente avec Hollande qui, pour favoriser leurs élections, fera en sorte que le PS ne présente pas de candidat socialiste contre eux aux prochaines élections législatives qui suivront l’élection présidentielle. Deux poids, deux mesures…

Plus démocrate, Sarkozy ne taxe pas ces mouvements d’extrême-gauche des mêmes épithètes dont la gauche accuse ceux qui ont voté pour Marine Le Pen. Il reconnaît que les choses ont changé et que ce temps est passé.

Déjà, depuis le début du deuxième tour, Sarkozy a gagné 2 points dans les sondages. Il est maintenant à 46-46,5 % d’appuis. Avec 4-3,5 % de plus, il sera égal avec Hollande. C’est un scénario possible puisque sa campagne à ce jour se déroule parfaitement. Les foules sont nombreuses partout et très enthousiastes au point que plusieurs observateurs neutres se déclarent surpris. Cela aide Sarkozy à remonter la côte et à grignoter de jour en jour la marge de son adversaire. Mais la clef sera le 2 mai, le débat des chefs. Si Sarkozy performe bien, mieux qu’Hollande, il peut gagner.

Ce sera un moment impensable dont on parlera longtemps dans les annales électorales futures comme de « la surprise Sarkozy » et qui deviendra un point de repère pour juger des pronostics des résultats d’élections futures.

Claude Dupras


vendredi 18 novembre 2011

Quand les écolos tombent sur la tête…

Le parc de centrales nucléaires de la France fait l’envie de plusieurs pays. Les USA en particulier.

Il faut se rappeler les deux dernières campagnes électorales américaines : la réélection de GWBush en 2004 et l’élection de Barack Obama en 2008. Ces deux présidents ont cité en exemple la sagesse et la prévoyance de la France d’avoir fait appel en 1978 au nucléaire pour s’alimenter en électricité. Ils promettaient de faire de même. Aujourd’hui, quatre nouvelles usines sont en construction aux États-Unis, ou sur le point de l’être, et 26 autres attendent le financement bloqué à ce jour par le Congrès à cause du débat sur la dette.

En Russie, 26 nouvelles centrales seront en marche d’ici 2020 et le pays construit même des usines nucléaires flottantes pour alimenter ses régions éloignées. L’Angleterre veut faire appel au privé pour s’alimenter davantage en énergie nucléaire afin de rencontrer ses besoins grandissants d’énergie. La Chine en construit 27 actuellement et sa capacité totale dépassera celle de la France. La Corée du Sud projette 12 nouveaux réacteurs nucléaires. Les Émirat Arabes ont choisi la Corée du Sud, au lieu de la France et des Américains, pour construire quatre réacteurs. Même le Japon, après le désastre de Fukushima, construit une nouvelle usine nucléaire.

Le parti socialiste français et le parti Verts-Écolos viennent de signer un accord pour la fermeture de vingt-quatre réacteurs d’ici 14 ans. C’est une vraie révolution périlleuse.

Aujourd’hui, la construction d’une usine énergétique nucléaire est devenue une question de multi-billions de $, d’autant plus que depuis Fukushima les designs seront encore plus sophistiqués. Les 24 usines françaises visées pour fermeture sont presque toutes entièrement payées. Les frais pour le fuel de ces usines sont bas comparés aux usines thermiques alimentées au gaz, au charbon ou au pétrole qui devront les remplacer. Les coûts de fermeture et de démantèlement de ces usines et les coûts de « storage » de leurs déchets nucléaires seront aussi très coûteux. Il y a aussi la production des gaz à effets de serre (GES) générés par les nouvelles usines thermiques qui devra être quantifiée pour déterminer le coût de leur taxe carbone, car elles ne sont pas propres comme le nucléaire pour l’atmosphère. Toutes ces nouvelles dépenses sont en grande partie inutiles et coûteront des milliards d’euros aux Français pendant la décennie où le pays doit rebâtir sa base monétaire. C’est de la folie furieuse car tout ça va augmenter radicalement la dette du pays et les tarifs d’électricité.

Il y a aussi la question de l’indépendance énergétique. Les usines thermiques devront être alimentées par le gaz de Russie. Alors qu’actuellement la France ne dépend pas des autres pour son alimentation électrique, elle risque de subir dans l’avenir des pressions géopolitiques nouvelles qui possiblement pourront limiter sa liberté.

Partout, au monde, les Verts et les Écolos crient la même chose. Ils affirment que la production nucléaire ou fossile peut être remplacée par l’énergie renouvelable. Et cela même si, de plus en plus, la preuve est faite que cette affirmation est irréaliste, en plus d’être économiquement et techniquement non prouvée. Par exemple, une éolienne ne produit que 27% du temps. Le temps de non-production doit être comblé par une autre énergie. Et de plus, partout, personne ne veut d’éoliennes « dans sa cour ».

Les coûts des produits à énergie renouvelable sont très élevés et c’est le consommateur qui doit payer. Le gouvernement peut aider mais dans les circonstances économiques mondiales actuelles, cela devient de plus en plus difficile. De toute façon, il y a une limite à ce que les gouvernements peuvent faire. Par exemple, durant les récentes années, en France et aux USA, les gouvernements se sont engagés, entre autres, dans des programmes d’aide à la fabrication de panneaux photovoltaïques afin de créer de nouvelles usines et de nouveaux emplois. On s’est vite rendu compte que la très grande majorité des panneaux installés étaient d’origine chinoise à cause de leur bas prix. Les manufacturiers français et américains ne pouvaient concurrencer ceux de Chine. Les programmes d’aide ont pris fin. Les usines ont fermé. Les milliers d’emplois que les Verts avaient imaginés ne se sont pas réalisés. Encore hier, en France, la présidente des Verts répétait la même rengaine car c’est en fait son seul argument. Il est inexact.

Les réacteurs français devaient avoir une vie de 30 ans. Avec le temps, l’entretien et l’expérience des opérateurs, elle est fixée maintenant à un minimum de 40 ans. Aux USA, elle est de 60 ans. C’est donc probable que la vie des réacteurs français pourra être allongée à nouveau. Est-ce un danger pour les Français ? C’est la question primordiale qu’ils se posent, avec raison.

Les Verts sont devenus 100% anti-nucléaires. Ils semblent avoir oublié leur but premier, soit la protection de la nature. Ils veulent fermer les 58 usines nucléaires de France et veulent arrêter celle qui est en construction, dite de nouvelle génération EPR et qui a une capacité de près du double de chacune de celles des 24. Pour eux Three Miles Island, Tchernobyl et Fukushima ne doivent pas se répéter. Hollande voulant gagner le vote des Verts-Écolos a accepté d’éliminer, pour 2025, les 24 réacteurs mentionnés précédemment. Pour le moment, il se limite à ça.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a été créée pour faire les recommandations au gouvernement sur le sujet. Elle est composée de personnes reconnues pour leur compétence et leur neutralité. À qui les Français doivent-ils se fier en rapport avec la sécurité du parc nucléaire français ? Aux Écolos ou aux politiciens qui n’y connaissent rien ? Aux scientistes, ingénieurs et experts qui y ont dédié leur vie ? La réponse me semble simple.

Claude Dupras

jeudi 27 octobre 2011

Le sauvetage de l’Europe par les pays émergents ?

Hier, les dirigeants des pays Européens ont pris « le taureau par les cornes » et ont finalement posé les gestes nécessaires pour éviter à l’Europe et au monde de tomber dans le précipice que les effets de la crise bancaire de la Grèce leur faisaient miroiter. Ouf!

Les décisions furent difficiles à prendre et l’ensemble des pays de l’Union Européenne (UE), leurs banques et sa banque centrale se sont engagés à faire des sacrifices importants pour assurer que leurs financements respectifs soient sains. Cet effort commun est une première démonstration qu’enfin l’Europe agit comme une vraie fédération. C’est la solution pour que chacune de ses parties soit dorénavant protégée et qu’elle ne vacille plus dans l’avenir.

Ce qui m’a impressionné dans tout ce branle-bas c’est l’implication possible des pays émergents (Chine, Russie, Inde, Afrique du Sud et Brésil) qui se sont montrés prêts à secourir l’Europe en danger. Récemment, avec des amis français, j’ai discuté de cette possibilité. Ils jugeaient normal que ces pays établissent un genre de plan Marshall – il a permis de rebâtir l’Europe dévastée suite à la deuxième guerre mondiale - pour venir à la rescousse de l’UE. Cette dernière a vu, à cause de la mondialisation, ses industries et ses emplois s’envoler vers les pays émergents au point qu’elle est devenue financièrement faible. Tout comme les Américains en 1945, ces pays émergents doivent-ils faire de même aujourd’hui ?

Les citoyens de pays qui vacillent économiquement ne sont pas de grands consommateurs et toute diminution appréciable dans leurs achats met en danger les emplois et le développement économique des pays producteurs. La croissance économique mondiale est donc primordiale pour que les pays émergents maintiennent leurs exportations.

Ces derniers sont de plus en plus riches et veulent conserver leur allure. Un euro en danger met en péril cette évolution positive. Il en est de même pour le dollar. Ils craignent la dépréciation. Les signes récents de la faiblesse de ces monnaies ont suscité en Europe et aux USA des cris de « protectionnisme ». On a entendu le mot lors de la primaire socialiste française et ailleurs chez les « indignés » américains qui manifestent sur Wall street. Les pays émergents craignent ce mot et ce qu’il veut dire pour eux et leurs exportations. Ils sont prêts à faire beaucoup pour que ces complaintes cessent. C’est ce qu’ils veulent déterminer avec leurs banques et leurs gouvernements en vue d’une réunion prochaine en Europe où ensemble ils discuteront de ces sujets.

Est-ce dans l’intérêt des pays de l’UE de tendre davantage la main aux pays émergents ? La Chine a les plus importantes réserves et est déjà un investisseur important pour les prêts à long terme de l’UE. Si les Européens obtiennent beaucoup plus d’elle, ne risquent-t-ils pas de devoir mettre davantage leur marché intérieur respectif à la disponibilité des Chinois qui demanderont sûrement l’élimination de certaines barrières tarifaires actuelles ? De leur côté, les pays de l’UE ne seront-ils pas en plus mauvaise posture pour chercher à convaincre les pays émergents de leur donner un plus grand accès à leur marché intérieur, afin de créer des emplois dans leurs propres pays comme le réclament les cris des manifestants ?

La meilleure solution est une Europe qui s’aide elle-même. Si elle doit obtenir de l’aide, qu’elle utilise le Fonds Monétaire International (FMI). La Russie et le Brésil veulent actuellement utiliser le FMI pour faire leur part pour aider à stabiliser l’euro. Pourquoi les autres pays émergents ne feraient-ils pas de même ?

Claude Dupras

vendredi 12 août 2011

Le « gang » d’Hanoi toujours aussi dur

Le 17 juillet 2010, le billet de mon blog s’intitulait : « Au Vietnam : les démocrates sont des terroristes ». Hier, le gouvernement communiste vietnamien vient de confirmer à nouveau cette politique de terreur qu’il applique pour se protéger d’une révolte possible de la population contre lui.

Le polytechnicien Pham Minh Hoang arrêté le 13 août 2010 a été condamné, après un an de détention, à trois ans de prison suivis de trois années en résidence surveillée pour avoir, selon les autorités, « commis le crime d’activités visant à renverser l’administration populaire ». Le tribunal du parti communiste le déclare « terroriste » et lui reproche l’écriture de 33 billets de son blog parce qu’ils « noircissaient l’image du pays ». En fait, ils montrent un Pham Minh Hoang préoccupé par les problèmes de sa nation, ému face aux peines et difficultés de la société vietnamienne et qui propose des solutions pour les résoudre. Ainsi, ils mettent en relief les causes qu’il défendait et stimulaient ses lecteurs et ses élèves, les chefs de demain, à mieux comprendre les enjeux et à faire quelques chose pour leur pays.

Pham Minh Hoang a vécu 27 ans en France où il vivait bien et en paix, où il a été bien éduqué et a appris à enseigner efficacement. En 2000, il décida de rentrer définitivement à Saigon (aujourd’hui Ho Chi Minh-ville) car il nourrissait depuis toujours l’espoir d’enseigner à ses jeunes compatriotes pour les aider à se forger un avenir solide. Il devint professeur à l’école Polytechnique.

En plus de ses cours, il s’intéresse, par ses activités personnelles, aux problèmes de son pays particulièrement ceux qui touchent l’injustice sociale, la corruption et l’environnement.

Pham Minh Hoang est choqué de la décision du gouvernement du Vietnam d’autoriser la Chine à exploiter la bauxite des hauts plateaux de son pays. Il ne peut croire et ne comprend pas le pourquoi de cette décision qu’il qualifie d’erreur environnementale monumentale et nocive pour les vietnamiens. Il n’est pas le seul puisque trois autres professeurs lancent une pétition pour demander au gouvernement de reconsidérer la décision. Il la signe et demande à ses amis et étudiants d’en faire autant. Il s’intéresse aussi aux exactions des gardes-côtes chinois, dans les îles Paracel et Spratleys, contre les pêcheurs vietnamiens. Pham Minh Hoang, reconnu par ses pairs comme un homme sincère, intègre et aimant son pays, est préoccupé par la souveraineté de sa nation qui devient le fondement de ses oppositions à l’ingérence chinoise dans son pays. Il décrie, pour ces cas, la trop grande et surprenante bienveillance des dirigeants vietnamiens envers les Chinois.

Il ne parle jamais de renverser le gouvernement mais plutôt de faire pression sur lui afin que certaines décisions, qu’il croît néfastes pour son pays, soient amendées et corrigées. En somme, il a fait exactement ce que je fais avec mon blog. J’attire l’attention sur des décisions politiques qui à mon point de vue serviront mal l’intérêt des Canadiens et des Québécois. Heureusement, je vis en démocratie canadienne, car si mon pays avait un gouvernement genre vietnamien, je serais aussi en prison.

Une activité particulière de Pham Minh Hoang tracasse particulièrement les autorités vietnamiennes. Il organise des séances de formation gratuites sur les « sciences du comportement ». Le but est de permettre aux participants d’améliorer la confiance en soi, développer leur sens d’organisation, ressortir les aspects positifs d’une situation donnée, etc… mais il semble que les communistes vietnamiens y voient une machination contre eux. Pourtant cela existe au Canada.

Dans une lettre que je recevais de son épouse, elle s’inquiétait du sort qui serait réservé à son mari en prison suite à son arrestation, des conséquences sur sa fille de 6 ans et des rêves qu’il entretenait pour les jeunes de son pays.

De toute évidence le gouvernement du Canada n’a rien fait pour aider l’ingénieur Pham Minh Hoang depuis son arrestation, pas plus qu’il ne l’a fait pour tant d’autres qui sont sous-arrêt ou emprisonnés pour des motifs semblables. Égoïstement, mon pays semble plus préoccupé par l’obtention d’avantages économiques du Viet Nam que de réclamer justice pour les victimes du parti communiste vietnamien. Ce dernier est dirigé par un gang (ils sont à peine 3 000 membres du parti dans le pays) qui se maintient au pouvoir par la force. Ils se protègent mutuellement et utilisent tous les moyens pour garder leurs positions privilégiées supposément au nom de l’intérêt général. Leur modèle, c’est la Chine.

On ne peut rester indifférent face aux injustices que subissent les Vietnamiens sous prétexte que le pays s’est transformé radicalement durant les derniers vingt ans. Il est vrai que le pays a progressé à grand pas et continue dans la même direction. La pauvreté à été divisée par dix. Les entreprises privées se sont multipliées. Le tourisme connait une expansion formidable et avec raison car le pays est pittoresque et très intéressant à visiter. On peut donner crédit au parti communiste vietnamien d’avoir adopté la politique de marché pour développer leur pays mais on ne peut accepter qu’il continue à appliquer le régime dur traditionnel des pays totalitaires et brime le droit d’expression, la liberté individuelle et les autres droits humains.

Les Vietnamiens et les Vietnamiennes sont des individus intelligents, travaillants, intègres, imaginatifs et agréables. On les connait bien à Montréal, où ils sont devenus un apport important au développement de notre ville. Le malheur, c’est qu’ils ne sont pas libres. Le cas de Pham Minh Hoang, un innocent en prison comme tant d’autres, le démontre bien.

Tout comme la France, le Canada doit faire pression pour que les droits de la personne soient respectés au Vietnam et, particulièrement, pour la revue de la peine imposée à Pham Minh Hoang. Qu’il soit libéré, ou encore, qu’il soit transféré avec sa famille au Canada ! Nous avons un grand besoin de tels individus, de tels ingénieurs.

Claude Dupras

ps. En plus du billet mentionné précédemment, j’en ai écrit trois autres sur ce sujet : « Le Vietnam, un État policier: Nouvelle arrestation de Lê Thi Công Nhân », « Le capitalisme a sauvé le communisme vietnamien » et « Facebook sauvera-t-il le Vietnam ? ». On peut les retrouver dans les archives de mon blog. J’ai aussi créé une rubrique sur mon site internet intitulée « Au Secours ! » pour appuyer le mouvement pro-démocratique Viet Tan.

jeudi 13 janvier 2011

Facebook sauvera-t-il le Viêtnam ?

Tout ne tourne pas rond dans la péninsule vietnamienne au moment où, cette semaine, le parti communiste du pays tient son congrès politique pour planifier les politiques des cinq prochaines années et choisir ses nouveaux dirigeants pour cette période.

Depuis ma visite au Viêtnam, en mai et juin derniers, où j’ai été témoin à Hanoi de l’arrestation de la jeune avocate Lê Thi Công Nhân, porte parole du mouvement indépendantiste, j’ai continué à m’intéresser à ce pays.

Mes informations sont à l’effet que la répression contre ceux qui réclament la liberté de parole dans le pays s’est accentuée avec la tenue du congrès. La police de sécurité est devenue très active et fait brutalement pression sur tous les activistes connus pour qu’ils arrêtent leurs actions contestataires. Seize blogueurs ont été écroués comme de vulgaires malfaiteurs. Trois journalistes demeurent en prison alors que d’autres se disent suivis par des policiers en civil qui scrutent chacun de leurs gestes.

Devant le refus de compagnies de services internet publiques d’installer des logiciels capables de suivre les activités de certains sites et des individus qui les utilisent, les réseaux sociaux sur Internet, dont Facebook, ont été fermés par le gouvernement. Ce dernier veut réduire au silence les jeunes vietnamiens, et les moins jeunes, qui utilisent ces réseaux pour se renseigner et faire part des abus aux droits de la personne dont ils sont témoins, de la corruption qu’ils découvrent et des restrictions constantes sur la liberté de parole qu’ils vivent. Le gouvernement ne réussit que partiellement à faire taire la révolte grandissante car les internautes trouvent d’autres moyens pour partager leurs constatations et leurs misères. Ils utilisent des outils de contournement pour se reconnecter à Facebook.

L’avenir immédiat ne s’annonce pas plus rose pour les Vietnamiens et les Vietnamiennes car les candidats au poste de nouveau secrétaire général (l’homme fort) du parti communiste sont des conservateurs endurcis à la mode chinoise et contre toute réforme politique. Il semble que le premier ministre actuel Nguyen Tan Dung est le favori.

Mais le futur gouvernement n’est pas sorti du bois et on peut compter que les critiques n’iront qu’en augmentant. Ce ne sera pas « business as usual ».

En effet, de nombreuses élites urbaines attaquent les ententes économiques de leur pays avec la Chine qui a toujours été considérée comme leur ennemi naturel. C’est la concession d’une mine de bauxite au centre Vietnam, évaluée à plusieurs billions $ qui a fait débordé le vase. Les activistes pro-démocratie ont réagi vivement contre cette décision tout comme des polytechniciens dont Pham Minh Hoang, toujours en prison à cause de cela, et même l’intouchable et fameux général Giap, héros de l’indépendance et de la guerre contre les USA.

De plus, l’inflation galope. Elle se situe à 11% et affecte disproportionnellement les pauvres qui grognent tout comme le font un très grand nombre de fermiers évincés de leurs terres, durant les dernières années, pour faire place au développement rapide. Le nombre de grèves augmente dans les usines fabricantes de produits dédiés à l’exportation. Les écologistes s’élèvent contre la pollution industrielle.

Il y a aussi le secteur des entreprises d’état qui attire les reproches. Subventionnées démesurément par le pays, leur performance n’est pas à la hauteur des attentes. Vinishin, constructeur naval, est au bord de la faillite avec une dette de 4,5 billions $. Les activistes affirment que les entreprises de ce secteur ne favorisent financièrement que les gens du parti communiste et ceux qui gravitent autour de lui, alors que les citoyens de classe moyenne et plus pauvres subissent l’augmentation des prix et la diminution des emplois.

Tenant compte des difficultés dans ce secteur, de l’inflation qui s’accélère, d’un risque de crise de la balance des paiements et de l’affaiblissement du secteur bancaire, les agences de notation financière Standard & Poor’s et Moody’s ont baissé, il y a un mois, la note de la dette à long terme du Viêtnam qu’ils soulignent être sous l’effet de très importantes difficultés financières.

Les pronostics sont que l’économie Vietnamienne peut devenir la 14ième plus importante au monde. C’est quand même extraordinaire qu’un pays qui était près de la famine, il y a à peine 25 ans, en soit rendu là. La pauvreté a été réduite par dix. Le parti communiste vietnamien a imité la Chine et décrété la réforme de l’économie de marché. Ce faisant, plusieurs pays comme le Canada l’ont aidé et, grâce au capitalisme, le Viêtnam a connu une évolution économique vertigineuse qui a permis au parti communiste de maintenir son pouvoir suprême.

Mais la réalité nouvelle pointe à l’horizon. Les critiques sont de plus en plus nombreux et traitent de plus en plus de sujets. Les Vietnamiens veulent mieux vivre et améliorer leur qualité de vie, avoir de bonnes écoles, de grandes universités, maintenir leurs emplois, de meilleurs salaires, assurer un meilleur partage des richesses, être libres de parler et de choisir leurs dirigeants politiques, etc. Ils réclament plus de transparence dans les affaires de l’état afin qu’eux et les entreprises de l’extérieur y voient clair. Seule la démocratie peut leur donner cela et les Vietnamiens le ressentent de plus en plus grâce aux réseaux sociaux d’Internet. Ils ont faim d’en savoir plus.

Facebook, tout comme d’autres réseaux similaires, est l’outil par excellence pour répandre les notions de liberté partout. Et le jour où le Viêtnam basculera vers la liberté, il sera intéressant de déterminer la part que les réseaux sociaux d’internet auront jouée.

Claude Dupras

dimanche 15 août 2010

Le capitalisme a sauvé le parti communiste vietnamien

Depuis mon voyage de juin dernier au Vietnam, je suis profondément touché par le sort des Vietnamiens et Vietnamiennes qui réclament la liberté d’expression dans leur pays.

Hier, j’ai pu, finalement, parlé avec Mlle Lê Thi Công Nhân directement de sa résidence de Hanoi. Elle va bien. Elle m’a appris que le jour où je l’ai rencontrée au « Highland café » de Hanoi, alors que je fus témoin de son interpellation par la police secrète du gouvernement communiste de son pays, qu'elle a été effectivement arrêtée et trainée vers la prison où elle a été retenue jusqu’à tard dans la soirée. Depuis, elle a regagné son domicile où elle est assignée obligatoirement pour les trois prochaines années. Les seules sorties qui lui sont permises sont pour l’achat de nourriture et de produits de première nécessité. Elle n’a pas le droit de travailler (elle est avocate) ni de circuler hors de la maison. Nonobstant cette situation déplaisante, elle maintient un bon esprit et espère que sa voix et celle de ses compatriotes qui veulent une démocratie pour le Vietnam soient entendues.

Nous avons parlé durant plus d’une heure et notre conversation sera retransmise sur les ondes de radio Viet Tan dans le pays. C’est une personne intelligente, engagée, persuasive, bien renseignée et surtout convaincue de la nécessité de continuer son travail. Elle est prête à faire le sacrifice de sa vie pour la liberté de son peuple.

Alors que d’autres personnes sont toujours dans les prisons Vietnamiennes, simplement pour avoir réclamé la liberté de parole sur les affaires du pays, les pays occidentaux agissent comme si de rien n’était, sauf pour quelques mots, de temps en temps, pour décrier cette situation comme les propos récents d’Hillary Clinton, secrétaire d’état américain. Malheureusement, une fois dit, c’est « business as usual ».

Le Canada est fortement impliqué au Vietnam. Le premier ministre vietnamien a été accueilli à Toronto lors du dernier G20. Le ministre des affaires étrangères du Canada a visité le Vietnam en juillet dernier. Le nombre d’étudiants Vietnamiens dans nos universités augmente rapidement car le Canada veut devenir pour eux une destination privilégiée d’études internationales. Notre pays aide l’agriculture et appuie la réforme économique. Il collabore à la réduction de la pauvreté et à l’amélioration des conditions de vie en milieu rural. Plus de 550 millions de $ d’aide ont été versés à ce jour par notre pays. Le commerce entre les deux pays croît rapidement et approche les 2 milliards de $ dont plus de 30% d’exportations canadiennes. Au point de vue investissement, le Canada est le cinquième investisseur au monde dans ce pays. De nombreuse négociations et rencontres bilatérales sont en marche dans plusieurs domaines dont le commerce, le juridique, le législatif et le judiciaire incluant la lutte contre la corruption. Nos sociétés privées sont à l’œuvre dans l’agriculture, l’agroalimentaire, la formation, l’industrie forestière, les technologies de l’information et des communications…

Que les choses ont changé depuis quelques décennies, alors que les boycotts se succédèrent ! On se rappelle celui des USA envers les Jeux Olympiques de Moscou pour raisons politiques; celui des pays occidentaux envers l’Afrique du Sud qui pratiquait l’apartheid; celui des USA, du Canada et d’autres versus la Corée du Nord suite à la guerre entre les deux Corée et qui continue; celui du temps du rideau de fer des pays d’Europe de l’est et celui de la Chine de Mao à cause du communisme; celui des USA envers Cuba qui perdure depuis 1959, etc…

Aujourd’hui, la Chine est devenue un collaborateur, un ami, un exemple. Pourtant c’est le même régime politique communiste qu’avant, sauf qu’il s’est ouvert à l’économie de marché. Rappelons-nous que suite aux refus des Soviets d’accorder la liberté économique aux peuples de l’URSS et des pays sous son joug, ces derniers se sont soulevés pour renverser leurs gouvernements, supposément indéracinables, en quelques mois.

Il me semble clair que les Vietnamiens auraient réagi de la même façon, si le parti communiste vietnamien avait suivi la politique de ses frères russes. Ce parti a eu l’intelligence de parer à un tel renversement en décrétant la grande réforme de l’économie du marché. Ce faisant, il a conservé le pouvoir et a attiré l’intérêt des pays occidentaux, comme le Canada, qui voient dans le nouveau Vietnam une place importante pour faire des affaires.

Il devient évident que c’est le capitalisme qui a sauvé les partis communistes de la Chine et du Vietnam.

Pendant ce temps, le peuple vietnamien, très occupé à gagner sa vie, ne critique pas le parti communiste au pouvoir craignant le système de terreur mis en place pour le faire taire, avec des lois arbitraires et imprécises qui briment ses droits humains les plus élémentaires.

Certes, le gouvernement du Canada critique quelque fois le gouvernement communiste Vietnamien, mais ce n’est que du bout des lèvres, beaucoup plus pour satisfaire la très active communauté canado-vietnamienne du Canada que pour régler le problème. Le Canada est plus intéressé à négocier un accord de protection et de promotion de son investissement que de sauver les innocentes personnes qui sont arrêtées pour avoir réclamer la liberté d’expression. Aucune de ses actions d’aide, de support ou d’affaires n’est conditionnelle à ce que les systèmes juridique et judiciaire accusatoire vietnamiens soient modifiés pour assurer la liberté d’expression et le respect des droits de la personne. Et le Canada n’est pas le seul à agir ainsi.

Lê Thi Công Nhân est un bel exemple de ce qu’est la liberté du vietnamien d’aujourd’hui. Plusieurs de ses collègues sont encore en prison et elle risque d’y retourner en persistant à continuer son action pour la démocratie dans son pays.

Il est temps que le Canada fasse sa part pour protéger les Vietnamiens et Vietnamiennes qui veulent s’exprimer publiquement et librement sur les affaires de leur gouvernement et la démocratie. Tout comme il a été un leader pour la chute de l’apartheid, il pourrait devenir un chef de file pour l’implantation d’une vraie démocratie au Vietnam.

Si la pression ne vient pas de l’étranger, la situation perdurera indéfiniment au Vietnam car la « gang » du parti communiste vietnamien est trop forte et emploie des méthodes quasi-staliniennes pour assurer sa main mise exclusive sur le pouvoir.

Claude Dupras

jeudi 12 août 2010

Le parti socialiste français est-il à gauche ?

La question peut surprendre mais à voir évoluer actuellement le parti socialiste français, je crois que l’on peut exprimer un gros doute.

Depuis Guy Mollet, durant les années ’50, il a été intéressant de suivre l’évolution des idées des femmes et des hommes politiques français, particulièrement ceux qui ont été le moteur de leur mouvement respectif.

La surprise est surtout du côté de la gauche. En effet, on réalise que le parti socialiste français (PS) s’éloigne, au fur et à mesure des années, de la cause fondamentale pour laquelle il fut créé. C’est le pouvoir qui l’a changé. L’ayant goûté, ses dirigeants ont depuis glissé à droite simplement pour le garder ou le reprendre.

Aujourd’hui, plus que jamais, le PS se montre conservateur. Il s’oppose à tout changement, à toute adaptation à l’évolution des choses. Un exemple, parmi des dizaines d’autres : le PS s’oppose à l’augmentation de la retraite de 60 à 62 ans (alors qu’ailleurs elle est de 65-67 ans) et encourage tous les mouvements à manifester le 7 septembre prochain dans les rues de toutes les villes de France. Le PS est contre cette mesure et cela malgré que cette dernière vise à maintenir, à protéger et à améliorer la qualité des pensions pour les Français.

La constante inquiétude des dirigeants du PS de rester dans l’opposition fait en sorte que le parti n’a pas de stratégie concrète, ni réaliste, ni globale pour mener les Français et les Françaises vers le nouveau monde dominé, non pas par les mouvements ouvriers ou même les petits ou grands entrepreneurs économiques, mais par la Chine et l’Inde d’un côté et les multinationales de l’autre. Sa stratégie se résume à pratiquer un commerce d’images et d’illusions pour gagner le pouvoir.

Ce qui est inquiétant, c’est l’absence de nouvelles idées proposées par la soi-disant élite intellectuelle de la gauche qui a toujours joué un rôle fondamental dans le passé de cette mouvance politique, à commencer par l'ère des Lumières du 18ième siècle. Cette gauche intellectuelle a-t-elle déserté le PS ? Existe-t-elle encore ? Est-elle submergée par les dirigeants actuels qui priorisent la réussite de l’élection à l’importance des idées ?

La droite et la gauche prétendent défendre les intérêts des pauvres mortels mais depuis les trente dernières années, l’espace entre les « have » et les « have-not » ne fait que s’agrandir. Le parti socialiste français qui dit mettre l'homme et les valeurs humaines au-dessus des autres valeurs, propose-il des politiques capables d’arrêter l’élargissement de ce gouffre qui sépare de plus en plus les riches et le reste du monde ? Non !

Le désarroi à gauche est non seulement le fait du PS de France mais aussi celui d’un très grand nombre de mouvements politiques similaires dans les pays qui se réclament démocratiques comme les USA, l'Inde et un grand nombre de pays asiatiques. Il semble que seul l’hémisphère du monde qui continue aujourd’hui à réellement lutter pour la défense des « have not » est l'Amérique latine, qui paradoxalement était l'hémisphère le plus rétrograde durant tout le siècle dernier.

Le monde occidental a-t-il besoin d’une mobilisation globale des travailleurs et des moins nantis pour engager une révolution profonde afin d’éviter une noyade générale ? Combien de salaires additionnels devront être appréciablement réduits, quand ce n’est pas de la moitié comme on a vu encore récemment aux USA et en France, pour sauver, dit-on, les emplois et les entreprises ? Quand allons-nous nous offusquer de cette diminution de la qualité de vie d’un si grand nombre, au lieu de ne hausser que les épaules ? Et, lors de la prochaine crise, les salaires seront-ils à nouveau diminués et réagirons-nous de la même façon ?

N’est-ce pas évident que maintenir le rythme actuel ne pourra pas durer indéfiniment ? Comment faire réaliser aux sociétés occidentales, qui ne se rendent même pas compte de cet état de fait, qu’elles doivent trouver ensemble des solutions à cette évolution dramatique qui en réalité nous guette tous ?

Les civilisations romaine et arabe ont vécu de tels changements et ont finalement disparu. Vivons-nous le début de la disparition de la nôtre ? Je n’en ai aucune idée, mais des analystes qui s’y connaissent en parlent !

Une chose est certaine. Les chefs politiques du G20 n’écoutent pas les revendications qui s’expriment lors des manifestations de masse qui surgissent à chaque réunion de ce groupe important. Plusieurs observateurs, politiciens et policiers déblatèrent contre ces manifestants qui sont là pour exprimer leur profonde inquiétude de l’évolution de notre civilisation. Au lieu de frapper sur ces gens à coups de matraques, souventes fois sans raison comme récemment à Toronto, il serait plus important d’écouter l’expression de leurs craintes, de leurs souffrances et de leurs peurs. Plusieurs parmi ces manifestants semblent comprendre mieux que nos leaders politiques, l’envergure des calamités qui pointent à l’horizon.

Il est temps et important que le parti socialiste français retrouve sa vraie vocation de gauche. Il est facile pour ses ténors de se gargariser constamment avec tous les mots et les sentiments qui riment avec humaniste, mais être un vrai humaniste est le défi et l’outil nécessaire pour changer la tendance de nos sociétés d’aujourd’hui. Le pouvoir est intéressant et utile pour mettre en force ses idées, mais encore faut-il les proposer à l’électorat et les réaliser lorsqu’on l’exerce.

La France a été longtemps le phare pour les mouvances politiques de gauche du monde. Le demeurera-t-elle ? À ce que je constate aujourd’hui, je crois que ce temps est passé.

Claude Dupras