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lundi 29 décembre 2014

Économie 2015 : la relance vers un nouveau boom


Le moindre que l’on puisse dire de l’économie américaine en 2014 est qu’elle a été dynamique. Au point que plusieurs économistes de ce pays prévoient qu’elle connaîtra une expansion encore plus grande en 2015 pouvant résulter dans un boom économique. Leurs arguments sont probants.

La croissance annualisée de 5% pour les trois mois se terminant à la fin de septembre dernier, suite à celle de 4,6% au début du semestre, laisse croire à certains analystes que le boom de la fin des années ’90 pourrait revivre.

Ce qui génère cette fois l’espoir grandissant des investisseurs est la volonté de dépenser des consommateurs, le bas niveau de leurs dettes personnelles suite à la crise financière, la baisse fulgurante des prix du pétrole, la hausse vertigineuse des marchés et un gouvernement qui favorise davantage la croissance.

Les USA sont différents des autres, économiquement, et le contraste est frappant. Les pays d’Europe dont la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la France… vivent sur le seuil de la récession. Certains en sortent, d’autres y entrent.

Les entreprises américaines vont bien et cela se reflète par les bons chiffres des marchés qui savent les reconnaître dont le Dow Jones qui atteint des niveaux-records (18 000) et le Standard and Poor’s qui se situe aussi à des marques records.

D’autres statistiques sont aussi révélatrices dont le niveau de chômage à 5,8% et la tendance dans la croissance de l’emploi devenue la plus forte depuis 25 ans.

Les salaires commencent à remonter après de longues années de stagnation, les dettes des ménages ont diminué depuis la crise financière et la baisse du coût de pétrole équivaut à une diminution de taxes qui fait économiser des milliers de $ aux entreprises et des centaines aux automobilistes. Et les pronostics sont que cette situation puisse continuer jusqu’au milieu de l’été prochain.

Le côté incertain est l’immobilisme du marché des habitations et des salaires qui tardent à confirmer la solidité de leur croissance. Il y a aussi les compagnies qui sont relativement riches mais qui hésitent à investir dans certains domaines, comme en équipement et en machinerie, même si les taux d’intérêts sont bas.

Nonobstant cela, les signaux macroéconomiques sont encourageants. Durant quatre des cinq derniers trimestres, la croissance a dépassé 3,5 %. Et pour le trimestre qui n’a pas produit, on attribue le résultat aux mauvaises conditions climatiques qui ont affligé le pays. Les économistes séniors américains interprètent cette situation comme étant la démonstration que le pays a résolu les problèmes négatifs qui ralentissaient la reprise. Ils croient que le nouveau momentum permettra aux USA de résister au ralentissement économique du Japon et au peu de croissance des pays européens. Les prévisions actuelles pour la croissance de 2014 sont de 2,3 % et de 3,3% en 2015.

Les périodes d’austérité instituées par les États et les villes américaines contribuent maintenant à la croissance. Le gouvernement fédéral de Washington a aussi augmenté ses dépenses de 9,9% au troisième quart, ce qui est un apport positif pour l’avenir. Cette situation affectera l’Europe qui verra son économie croître suite aux nouvelles commandes de machinerie et de matériel venant des USA.  

Au Canada, la croissance pour 2015 est prévue à 2,5% selon la Chambre de Commerce du Canada, une augmentation de 0.2% par rapport à l’année précédente, nonobstant le fait qu’elle ait été affectée par la baisse de la croissance mondiale qui a fait fléchir les exportations de notre production manufacturière.

Grâce au nouvel accord de libre-échange Canada-Europe, les croissances américaine et européenne auront un effet important sur les exportations du Canada en donnant à celui-ci une vigueur économique additionnelle qui s’ajoutera à celles des gouvernements des provinces et des ménages. L’augmentation de la demande sera graduelle, progressive et influencée aussi par la baisse du huard. Nos entreprises investiront davantage dans le développement de leurs entreprises et voudront être plus efficaces. L’occasion étant là, elles voudront aussi accroître leur compétitivité et trouver de nouveaux marchés en renforçant leur participation aux chaînes d’approvisionnement mondiales pour en tirer parti, comme en Chine, au Brésil, en Allemagne, au Royaume-Uni, au Mexique… et cela avec l’aide des gouvernements.  

Malgré qu’il soit prévu que le consommateur demeurera un acheteur prudent (son taux d’épargne demeurera élevé) et modérément actif, le taux de chômage diminuera de 6,7% à 6,5% pour 2015. Et s’il décide de dépenser, étant donné ce qu’il ressentira des USA, tout devient possible.

La construction demeurera très forte au Canada et des régions comme celle de Montréal verront des projets évalués globalement à des dizaines de milliards de $ d’investissements privés et publics pour la construction de plusieurs tours à logements et à bureaux, de 30 à 40 étages, dans le centre-ville et sur le territoire de la métropole, du nouveau pont Champlain, du nouvel échangeur Turcot, etc.. Sans compter le nouveau programme d’investissements dans les infrastructures que mettra en marche le gouvernement du Québec et qui viendra s’ajouter à celui annoncé en 2014 par le gouvernement conservateur d’Ottawa. Il y aura aussi les centaines de millions de $ en remboursements d’impôts fédéraux qui seront versés par chèques aux familles et aux individus durant 2015.

Les 50 000 nouveaux immigrants au Québec, en 2015, viendront ajouter à la demande d’habitations, de voitures, de meubles, de vêtements, de nourriture, de matériaux de construction, etc..

Par contre, les coupures budgétaires pour les dépenses gouvernementales du Canada et du Québec feront en sorte qu’elles contribueront peu à la croissance. Mais ce que les gouvernemens font augure bien pour le futur comme on peut le constater à Ottawa qui annonce maintenant non seulement un budget équilibré mais aussi des coupures d’impôts. Il nous faut être patients de ce côté-là, comprendre le pourquoi des actions draconiennes qui sont prises et savoir que demain sera un meilleur jour.

L’inflation est bien contrôlée et il est prévu qu’elle évoluera à « l’intérieur de la fourchette de maîtrise de l’inflation de 1 à 3 % ». Le taux de financement des banques sera aussi maintenu bas puisque la Banque du Canada a indiqué qu’elle n’est pas pressée de le hausser.

On prévoit aussi que le dollar se maintiendra à la baisse d’ici la fin de 2015, ce qui aidera les exportations.

Je sais que depuis quelques jours, plusieurs économistes nous conseillent d’être prudents en rapport avec les prévisions du développement économique 2015 au Québec. Certains sont mêmes négatifs. Certes, il y a des risques que les perspectives changent. Et comme je ne suis pas un économiste, je ne peux affirmer qu’ils ont tort. Mais je suis porté à ne pas être en accord avec leur position pour les raisons que je viens de décrire. On verra bien à la fin de 2015.

Pour moi, tout est là pour réussir. Il nous reste à faire ce qui doit être fait. Investir, innover et travailler… davantage.

Claude Dupras

jeudi 2 octobre 2014

PKPéladeau, chef du Parti Québécois

Il semble bien que « l’affaire est dans le sac » pour Pierre-Karl Péladeau (PKP). Il sera le prochain chef du Parti Québécois. Malgré que la course à la chefferie débute à peine, qu’il n’ait pas encore annoncé sa candidature, le résultat est fort prévisible pour les observateurs avertis.

Les sondeurs nous informent que PKP récolte, aujourd’hui, l’appui de plus de 53% des sympathisants péquistes du Québec. Les autres candidats se voient attribuer à peine 2% à 7% d’appuis. Ce sont des indices clairs mais pas définitifs car rien n’est certain en politique.
La direction du PQ a mis de côté l’idée d’une élection primaire pour tous les sympathisants péquistes au Québec et a opté pour un vote internet limité aux membres du parti. Cela me semble une belle occasion perdue car la confrontation des candidats aurait suscité dans la population, qui aime ce genre de course au leadership d’un parti politique, un intérêt certain. Les luttes et débats dans de telles circonstances attirent l’attention car ils portent sur l’avenir. Je ne comprends pas le PQ qui, placé dans une position très défavorable par l’opinion publique, refuse une opportunité pouvant faire tourner tous les regards vers lui. 
Le politicien PKP n’est pas très connu. Par contre, l’homme d’affaires l’est et il est favorablement apprécié, comme je l’écrivais dans mon blog du 20 avril 2013 intitulé « Un géant : Pierre-Karl Péladeau ». J’y exprimais une opinion positive sur son flair et son savoir-faire des affaires après l’avoir vu maintenir la compagnie Québecor Inc, héritée de son père, et la transformer au point d’en faire un de plus importants conglomérats dans le domaine des médias au Canada.
Mais en politique, il est loin du top. Son entrée politique durant la dernière campagne électorale québécoise fut un flop monumental. Son « poing en l’air », similaire au signe des membres de l’internationale communiste, a frappé l’imagination collective. D’un coup, son geste a confirmé l’idée que le PQ voulait imposer un nouveau référendum sur la séparation du Québec de l’ensemble canadien. Comme c’était au moment où les Québécois n’en voulaient absolument pas, cela a contribué fortement au renversement du gouvernement de Pauline Marois et à la dégelée du Parti Québécois, la pire défaite depuis sa formation.
Durant la campagne, le manque de clarté de ses discours a surpris et il s’est avéré un orateur sans éloquence puissante ni directe. Ses prestations télévisuelles laissaient à désirer. Il devenait clair que la politique était pour lui un nouveau monde.  
Aujourd’hui ses plus chauds partisans recherchent un couronnement. Pour eux, le choix est décidé. Ils vont même jusqu’à réclamer que les 29 députés péquistes se rallient à PKP et que cette décision soit plébiscitée par les membres du parti afin de lui conférer une légitimité démocratique. Ils traitent, de façon arrogante, les autres candidats de « petits ambitieux, rêveurs, et utopistes… qui font le jeu des fédéralistes ». Pas de débats, pas de discussions, pas de choc des idées, pas d’ouverture pour les vedettes du parti mais des insultes, seul PKP. Ça ne frise pas le ridicule, mais pas loin. Vive la démocratie… 
Qui sait comment PKP va réagir dans le feu de la compétition politique. Quelles sont ses vraies convictions? De droite, de gauche ou du centre ? Est-il un homme convaincu ou un opportuniste capable de gagner la bataille d’images et d’illusions qu’est la politique, parce qu’il en a les moyens financiers ? Son « Québec, mon pays » se définit-il par un référendum sur la question le plus vite possible ou l’adoption d’un simple projet de loi à cette effet par l’Assemblée nationale ? Peut-on se fier uniquement aux quelques brides politiciennes qu’il lance ici et là pour se maintenir dans le limelight, via sa page facebook, pour juger de sa compétence politique ? Est-ce parce qu’il est riche et a été magnat des médias, grâce à des aides substantielles du gouvernement, qu’il est plus apte à diriger un gouvernement qu’un autre candidat qui vient du milieu professionnel, journalistique, culturel, ou social? Possiblement, mais avant de le couronner, la démonstration reste à faire.  
Dans le passé, des hommes riches et issus du milieu des affaires ont fait leur entrée en politique. Plusieurs ont vite plié bagages. Un rare parmi eux, François Legault, aujourd’hui chef du parti Coalition Avenir Québec (CAQ), a  finalement, après des années comme ministre et des années comme chef de parti, démontré qu’il a les capacités de diriger un gouvernement.
Justement, c’est Legault qui rappelait hier avoir discuté maintes fois dans le passé avec PKP du sujet des dépenses gouvernementales. Il affirme ne pas comprendre son opposition soudaine au budget austère du gouvernement actuel visant à diminuer les dépenses élevées, le déficit et l’endettement du Québec. « C’est un revirement de 180° par rapport avec ses opinions précédentes », dit-il. Pourquoi ? « Pour calmer l’aile gauche de son parti qui l’oppose », ajoute Legault ? Voilà le genre de questions qui pourraient être éclaircies si de vrais débats ont lieu entre les candidats. Les Québécois pourraient alors mieux juger ses propositions politiques et sa sincérité.
Sur le sujet de l’austérité, nous n’avons qu’à comprendre ce qui se passe en France, pour le juger. Le président socialiste François Hollande coincé par l’Allemagne et l’Union Européenne a dû imposer un programme d’austérité car la situation économique française est dangereusement en difficulté. Chômage à la hausse, croissance négative, déficits constants, taxes additionnelles, etc… Le résultat : Hollande se retrouve à 15% favorable dans l’opinion publique car personne n’aime l’austérité. Pour regagner sa popularité, Hollande renie en partie maintenant son propre programme et blâme les autres de l’avoir engagé dans ce sillon. PKP se prononce-t-il contre l’austérité pour obtenir la faveur générale ?
Le Québec n’est pas la France. Nous sommes financièrement en meilleure posture. Mais si nous continuons à dépenser, à augmenter nos programmes sociaux au nom d’un supposé « modèle québécois », à emprunter et que soudainement nos revenus stagnent, nous connaîtrons des difficultés économiques comme la France. Nous pourrions aussi, dans un cas extrême, vivre des périodes difficiles comme celles que l’Espagne, la Grèce ou l’Italie ont presque fini de traverser. Pour éviter à tout prix une telle situation, il nous faut apprendre des autres et cela veut dire contrôler nos dépenses et vivre selon nos moyens. PKP nous réserve-t-il un avenir plus difficile en disant autrement aujourd’hui ? De bons débats nous éclaireraient sur sa surprenante position.
De son côté, le chef de l’opposition officielle québécoise, Stéphane Bédard. espère voir l’émergence d’un nouveau leader à la Bouchard. Il fait allusion à Lucien Bouchard, ministre démissionnaire à Ottawa, fondateur du Bloc Québécois, leader du référendum de 1995, chef du PQ et PM du Québec. Mais Bouchard a fait beaucoup politiquement avant de devenir chef du PQ. Qu’à fait PKP? Rien. On ne s’invente pas politicien encore moins sauveur.
En fait qui est le vrai politicien PKP ? Six mois après son élection comme député, on connaît peu de lui. Et s’il devient un chef péquiste plébiscité, on ne le saura qu’après. Il sera peut-être trop tard.   

Claude Dupras

lundi 12 mai 2014

Les politiciens, les routes, les ponts

La Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, la commission Charbonneau, a mis en évidence cette semaine l’ex-ministre péquiste Guy Chevrette qui a été longtemps ministre de différents ministères du gouvernement du Québec, dont celui du Transport. Il a été accusé, au début des séances publiques que tient la Commission, par un organisateur politique d’avoir reçu un montant de 100 000$ pour la construction d’une route, la 125 nord, au coût de 23 millions de $ dans son comté.

Chevrette a défendu férocement sa probité, son intégrité et a tout nié en rapport avec le présumé montant reçu. On ne pouvait s’attendre à autre chose. Mais ce qui a été plus révélateur, c’est son affirmation à l’effet que « le choix de la réalisation de grand projets routiers au Québec est politique ».

La 125 nord est une route (de qualité autoroute), en pleine forêt et montagnes, longue de plus de 40 de km. Depuis son ouverture au public, elle est très peu fréquentée. Je l’ai parcourue hier pour vérifier la véracité de cette affirmation et je n’ai croisé que trois automobiles qui venaient en sens contraire et des dizaines de cyclistes. J’ai compris pourquoi elle a le surnom « de la plus belle route cycliste au Québec ». C’est Chevrette qui a décidé de la construire supposément, dit-il, « pour des raisons de développement touristique de sa région de Lanaudière ». Les spécialistes du ministère du Transport, responsables de l’analyse des besoins routiers au Québec, sont venus témoigner à la Commission pour affirmer qu’ils n’étaient pas en accord avec la construction de cette nouvelle route 125 nord puisqu’ils ne pouvaient en démontrer la nécessité.

Pour justifier son raisonnement, Chevrette a donné cinq exemples de cas similaires de routes construites durant les dernières années, dont l’autoroute qui mène de la ville de Québec au Saguenay et l’autoroute 55 qui s’étend de la frontière canado-américaine (route de Boston) à la transcanadienne. Je connais ces deux autoroutes. Elles sont somptueuses et se déroulent dans un décor naturel de toute beauté. Mais elles sont peu achalandées et leur réalisation a coûté très cher.

Il me semble clair que les projets mentionnés plus haut font la preuve que la réalisation de grands projets routiers doit être basée sur des études de circulation sérieuses et qu’aucun projet de cette nature ne peut être accepté par les élus sans la recommandation des hauts fonctionnaires experts du ministère. Ce n’est pas à un député-ministre, qui ne s’y connaît pas en la matière, de décider et d’imposer une telle dépense à l’ensemble des Québécois, pour accroître sa popularité locale.

Le Québec fait face à des déficits importants et à un surendettement qui dépasse ses moyens. Cela est dû au laisser-aller politicien des dernières années durant lesquelles la manne a été distribuée aux Québécois qui en demandaient toujours davantage. Malheureusement, elle n’était pas providentielle ni miraculeuse mais générée par nos emprunts. Et aujourd’hui, le nouveau gouvernement Couillard se voit obligé de proposer de prendre des bouchées doubles de coupures budgétaires pour resolidifier d’urgence les finances du Québec. Ça va faire mal !

Du côté du gouvernement fédéral, la situation financière se présente mieux. Le gouvernement conservateur du PM Stephen Harper a vite reconnu le danger qui l'affrontait. Il a eu le courage de prendre les grands moyens et de réduire appréciablement les dépenses gouvernementales. Au point que l’an prochain, le Canada aura un surplus budgétaire et sera en mesure de commencer à rembourser sa dette et de diminuer les impôts des Canadiens.

Cela n’a pas été réalisé facilement. Plusieurs restrictions budgétaires ont été critiquées vivement lorsqu’elles se sont faites sentir, dont certaines avec raison, comme celles qui affectent l’émancipation de la langue française au pays. Je ne suis pas un grand « fan » du PM Harper. Je le trouve insensible face aux demandes du Québec et considère que cette attitude nuit à l’unité canadienne. Mais il faut reconnaître qu’il a réussi à mettre les finances du Canada en ordre et qu’aujourd’hui cela est à notre avantage. Lorsque nous nous comparons aux USA, à la France, à la Grande Bretagne, à l'Italie, à l'Espagne, à la Grèce et à très grand nombre d’autres pays, nous pouvons dire à Harper : Bravo!

La question du jour dans la région métropolitaine de Montréal est la construction d’un nouveau pont pour remplacer l’important pont Champlain tombé en désuétude. Infrastructure fédérale, Harper a décidé qu’elle sera payée grâce aux revenus d’un système électronique intelligent de péage pour chaque véhicule traversant le pont, ce qui ne nécessitera aucun arrêt et n’alourdira pas la circulation.

Devant cette proposition, la voix des utilisateurs s’est aussitôt élevée et la complainte a été reprise fortement par tous les politiciens québécois dont les commettants sont touchés par cette décision. En chœur, ils critiquent vertement la décision du gouvernement d’Ottawa et réclament la gratuité pour le passage sur le pont. Pourtant, on parle d’un investissement qui dépasse quelques milliards de $.

Les deux derniers ponts construits à Laval et à Beauharnois sont à péage, avec le même genre de système, et personne n’a vraiment critiqué ces décisions. Le grand pont de la Confédération dans les maritimes est payant. Partout au monde de nouveaux ponts et des autoroutes sont payants. En Écosse, par exemple, c’est payant et on peut payer le passage, contrôlé électroniquement, dans tout dépanneur si on n’est pas abonné.

Si nous voulons un gouvernement qui vit selon ses moyens, on ne peut ajouter cette dépense, comme d’autres, à celles de l’état fédéral. Certains disent que les autres ponts qui traversent le fleuve aux extrémités de l’île de Montréal seront surchargés d’automobiles puisqu’ils seront sans péage. C’est un argument gratuit qui n’est pas prouvé et pour lequel certains experts disent le contraire. D’autres estiment que le fardeau monétaire annuel du péage pour les propriétaires de véhicules qui quotidiennement entrent et sortent de Montréal sera trop fort. Ils oublient qu’il y a à peine quelques années, nous n’avions pas de charges d’internet et de cellulaire et qu’aujourd’hui presque tout le monde paye de 60 à 100$ par mois pour ces services. Nous nous sommes adaptés. C’est ce qu’on appelle le progrès.

Nous aurons besoin de plus en plus de rénover nos grandes infrastructures et d’en construire de nouvelles dans le futur et les usagers devront les payer. Notre population est vieillissante, nos besoins sociaux et autres grandissants et pour rencontrer leurs obligations nos gouvernements devront en avoir les moyens. On ne peut continuellement s’endetter et laisser cette charge pesante aux générations futures.

Que les politiciens locaux cessent de ne penser qu’à leur niveau de popularité et à leur réélection ! Qu’ils laissent la fonction publique faire son boulot ! Qu’ils réalisent la difficile situation financière dans laquelle nous sommes plongés et qu’ils agissent avec responsabilité !

Le Québec et le Canada doivent être financièrement solides pour faire face aux besoins de demain de leurs populations et aux défis d’avenir. Le seul vrai moyen est que chacun fasse sa part, tous les jours.

Claude Dupras

mardi 21 mai 2013

Hollande, la crise, l’avenir

Je viens de terminer la lecture du long texte de l’allocution du président français François Hollande à sa conférence de presse semi-annuelle. C’est un document intéressant qui fait état de ce que le président à réaliser et veut faire.

Il a résumé sa première année avec une mer de mots, démontrant, en fait, que sa promesse de croissance est devenue une austérité sévère. La conséquence : la France souffre. Son économie stagne. Elle perd des parts du marché mondial. Plusieurs de ses importantes entreprises réduisent leur production ou ferment tout simplement. Son chômage est record. Sa productivité ne s’améliore pas. L’innovation n’est pas au rendez-vous. Le moral des Français est bas. La misère s’installe. La France est en récession. « Moi, président » s’avère être un homme de grands discours mais de peu d’actes productifs. Un chef en chute libre et déjugé par les Français. Un irréaliste.

Pourtant la France est forte de son peuple. C’est le pays du TGV, d’Airbus, du nucléaire, du Concorde, le pays de Pasteur, de Braille, des frères Lumière, de Michelin et, depuis toujours, d’inventeurs et d’innovateurs de toutes sortes qui par leur intelligence et leur travail ont contribué à changer le monde. C’est un pays d’individus racés, forts, travaillants et compétents. C’est le pays de l’excellence : mode, restauration, vin, architecture, de la qualité de vie... des droits de l’homme. C’est un des premiers pays de tourisme. Et je pourrais continuer pour démontrer qu’il n’a rien à envier aux autres, au contraire.

La France est la deuxième économie de l’Europe, après l’Allemagne. Par rapport à cette dernière, les statistiques indiquent que tous travailleurs confondus, le nombre d’heures travaillées en France est supérieur, la France est plus productive, les salaires augmentent plus vite, la consommation est moins taxée, l’impôt sur les sociétés est similaire, le taux de naissances est fortement supérieur, la politique familiale est beaucoup plus généreuse, l’assurance-maladie est pour tous, l’indemnisation du chômage est plus élevée, l’âge du départ à la retraite est plus bas de 5 ans, les propriétaires sont plus nombreux, le nombre des pauvres est plus bas, et encore…

Mais là où l’Allemagne gagne des points sur la France c’est sur sa croissance qui est supérieure, son déficit public qui est moindre, sa compétitivité qui est au rendez-vous, son exportation qui est plus forte, son coût de la main d’œuvre qui est légèrement plus bas et les moyens alloués à l’accompagnement et au suivi des demandeurs d’emploi qui sont plus importants. Tout ça débouche sur un taux de chômage de beaucoup inférieur à celui de la France.

Pour l’an II, Hollande dit vouloir viser particulièrement ces problèmes et propose, à nouveau, beaucoup d’idées. Le président a élaboré les priorités de son gouvernement dans un projet qu’il qualifie de « l’offensive » (vive les créateurs d’images). Mais, ce dernier ne résiste pas à la critique de plusieurs, dont l’Allemagne, puisqu’il ne s’attaque pas vraiment aux maux de son pays: chômage des jeunes, assouplissement du marché du travail, réduction du train de vie de l'État et notamment du nombre de fonctionnaires, refonte des systèmes sociaux jugés trop généreux et report de l'âge de la retraite. Le président n’arrive pas à frapper le clou sur la tête.

De plus, il n’aborde pas « the big picture » comme diraient les américains.

L’Europe vit sa crise économique depuis 4 ans. Certains blâment cette crise sur l’euro. Ils oublient que la construction de la zone euro fut plus politique qu’économique et qu’avec une structure institutionnelle insuffisamment forte, l’Europe n’a pu réagir effectivement dès le début de la crise. Aussi, depuis son existence, elle ne génère pas de croissance.

Son problème réside, à mon avis, dans la gouvernance de l’Europe qui n’est pas suffisamment centralisée pour être forte comme elle devrait l’être.

La France a été à la base de la création de l’entente européenne. Elle est le deuxième pays en importance de la zone euro et un des rôles importants de son président est d’assurer la force de l’Europe puisqu’il y va de l’intérêt de son propre pays. Au lieu de gêner l’Allemagne en la blâmant pour ses propres déboires, la France devrait plutôt la convaincre de renforcir, avec elle, l’Europe en persuadant tous les États composants à s’unir davantage pour mieux travailler ensemble et être en mesure de s’entraider afin d’enrayer les crises économiques futures.

Pour combattre la crise, les USA ont stimulé leur économie en y investissant massivement dès le début. De son côté, l’Europe, n’ayant d’autres choix que le sérieux budgétaire, a joué la carte de l’austérité. Alors que les USA en sont sortis, les grecs, les espagnols, les portugais, les italiens et même les français ont souffert et souffrent énormément du fléchissement de l’activité économique de leur pays. Contrairement aux Européens, les Américains ont géré la valeur externe de leur dollar, ont planifié le contrôle de leur économie et ont utilisé les budgets fédéraux pour ce faire. L’Europe n’a pu agir ainsi car ni ses richesses, ni ses dettes ne sont regroupées. En plus, elle ne peut taxer.

Les liens financiers serrés entre les USA et l’Europe font en sorte que l’économie américaine sera affectée si la crise économique européenne continue de s’aggraver. Les Américains craignent aussi que des crises sociales en découlent et que la stabilité politique de certains pays soit alors en danger. Ils veulent éviter cela à tout prix. Si la zone euro perdait un membre comme la Grèce, ils croient que ce serait difficile pour l’Europe mais qu’elle pourrait s’en sortir. Mais si c’est un pays plus important comme l’Italie ou l’Espagne, ce serait un choc qui pourrait s’avérer fatal. En somme, l’Europe est aussi forte que son maillon faible.

La situation actuelle démontre l’inefficacité de la politique économique européenne et découle du manque d’intégration de la politique des pays européens. Malheureusement, une intégration réelle n’est pas pour demain. Et, c’est là que réside un des vrais défis des pays de l’Europe et du président français s’ils veulent assurer un avenir stable à leur propre pays.

À court terme, comme solution, certains économistes américains proposent une union bancaire USA-Europe et l’imposition d’une taxe commune pour garnir une cagnotte assurant un appui financier important au moment où un pays devient en détresse. En somme, les pays occidentaux se protègeraient mutuellement et éviteraient de possibles remous sociaux importants issus de la souffrance de leur peuple. Tout comme lors des deux guerres mondiales. C’est une idée pratique qui mérite d’être bien analysée par la France qui pourrait en devenir la promotrice. Voilà, à mon avis, un autre vrai défi pour François Hollande.

En résumé, un des rôles primordiaux du président français dans la crise actuelle est de bien gérer son pays et de trouver les incitations capables de le relancer économiquement en encourageant les entrepreneurs de croissance. Mais plus important encore, pour le long terme, c’est de travailler avec les autres gouvernements européens pour produire des réformes fortes, significatives et communes afin que l’Europe unie soit capable de bien contrôler son avenir.

Claude Dupras

lundi 28 novembre 2011

Cacher cette crise que l’on ne veut pas voir !

La crise plane sur nos têtes, aux USA et en Europe. L’Occident risque de prendre feu. Cependant, la vie continue. Les mauvaises nouvelles déboulent. Mais comme elles ne sont faciles à comprendre, on hausse les épaules sans vraiment savoir ce qui risque de nous frapper. Est-ce que ce sera une crise économique qui ne durera que quelques mois ? Ou est-ce une catastrophe qui va remettre en question le capitalisme, violer nos démocraties, briser nos économies et créer un chômage effroyable comme plusieurs experts le prétendent.

Après la Grèce et l’Italie qui sont maintenant dirigés par des banquiers non élus, voilà que l’Espagne vient de se ranger à droite élisant le Parti Populaire qui a promis de mettre de l’ordre dans les affaires économiques de l’État en imposant des mesures impopulaires.

J’ai retrouvé ce matin une caricature sur le blog LIESI qui en dit long quant à la réaction des populations dans l’Union européenne:



D’un côté, le président Sarkozy à qui une large partie des français dit : « Dégage ! » Et de l’autre, le nouveau premier ministre espagnol Mariano Rajoy, chef du Parti populaire, à qui on crie « Olé ! ». Cela me démontre que les Français n’ont pas encore saisi l’importance de la crise qui les menace, qui nous menace tous.

Voici quelques extraits de textes que j’ai trouvés ce matin dans la liste de blogs que je recommande pour lecture à mes lecteurs.

. L’agence de notation Moody ‘s assure que « l’aggravation rapide de la crise de la dette dans la zone euro menace les notes de solvabilité de tous les pays européens ».

. L’agence Prime avise les pays de la zone euro qu’ils devront renoncer partiellement à leur souveraineté pour sauver la monnaie unique. « On en parle déjà, mais pas encore à haute voix… les premiers pas vers un abandon partiel de la souveraineté sont déjà faits ».

. Le Foreign Office du Royaume-Uni se prépare à l’Eurocalypse et a prévenu ses ambassades qu’elles allaient devoir venir en aide à plusieurs dizaines de milliers de Grands Bretons, qui vont se retrouver piégés par les faillites bancaires. Le Trésor a confirmé plus tôt dans le mois qu’un effondrement était en cours. Un ministre d’ajouter : « C’est notre intérêt que les européens essayent de retarder l’inéluctable, cela nous donne plus de temps pour nous préparer ».

. Les services de l’Autorité Financière du Royaume-Uni ont publié une mise en garde aux banques britanniques pour renforcer leurs plans d’urgence en vue de la scission de l’Euro.

. Des analystes de l’UBS ont mis en garde que l’éclatement de l’Euro pourrait, à l’extrême, « réduire le PIB des pays membres de moitié, amener un chômage de masse et mettre en danger les droits de propriété les plus élémentaires ce qui amènerait à des désordres sociaux ».

. « En Europe, les nouvelles sont tellement catastrophiques que la menace d’implosion de l’euro est jugée crédible par de plus en plus d’analystes. Qui de l’euro ou du dollar tiendra le plus longtemps ? On sait seulement que ce sont les agences de notation qui décideront dans quel camp il faudra baisser le pouce, à la manière des César. Des salles de marchés informent que d’aucuns ont converti des montagnes d’euros en dollars… ».

. « Les marchés obligataires se ferment les uns après les autres aux émetteurs souverains des pays de la zone euro, ou s’ils restent ouverts, les conditions de taux sont insupportables dans la durée. Même l’Allemagne, ce mercredi, n’a pas réussi à placer tout son papier. Donc oui, au train où vont les choses, le recours au FMI pour des pays comme l’Italie, l’Espagne, voire même la France, n’est plus du tout irréaliste ».

. Jacques Delors affirme : « Le leadership allemand a été plutôt désastreux avec la valse-hésitation d’Angela Merkel du début de la crise à l’été 2011. Peut-être n’avait-elle pas bien saisi l’importance de l’Europe pour l’Allemagne ? Mais maintenant elle le reconnait elle-même, « si l’euro saute, l’Allemagne trinquera ». Elle a repris l’offensive sur le futur de l’Europe, et sent bien qu’il faut une réforme des traités pour faire passer de nouveaux transferts de souveraineté, et les faire accepter par la cour de Karlsruhe.

. Olivier Sarkozy, le demi frère du Président, et l’un des dirigeants de Carlyle (l'un des plus gros fonds d'investissement du monde), cité par la chaine américaine CNBC, déclare aujourd’hui : « la zone euro est à moins de trois mois de son effondrement, nous sommes tout proches du point de non retour ». Il ajoute en rapport avec la dette : « Le problème de l'Europe est insolvable ».

. Selon le chef de la recherche économique chez Axa "les marchés évaluent le risque d'éclatement de la zone euro entre 50 et 60%".

Et je pourrais continuer à remplir des pages de nouvelles similaires publiées aujourd’hui et dans les derniers jours et qui sont plus sombres les unes que les autres en rapport avec l’Euro, l’Europe, et même les USA et le dollar.

Pendant ce temps, les politiciens français parlent d’autres choses.

Alors que la crise battait son plein, on a vu et entendu durant la récente primaire socialiste française, les candidats éviter de parler de l’économie de la France. Plutôt, ils ont promis de créer 300,000 emplois, d’engager 60 000 nouveaux professeurs, 15 000 nouveaux policiers, ramener la pension à 60 ans, les 35 heures aussi, etc… etc… des dépenses, des dépenses et encore des dépenses. Et comme solution, des taxes, des taxes et encore des taxes. Chacun des candidats démontrait avec fierté la taxe qu’il proposait afin de payer pour ses promesses. C’était totalement irréaliste et je n’ai pas manqué de le souligner dans les billets de mon blog.

Aujourd’hui, le candidat du PS, François Hollande, est en campagne tout comme Eva Joly des Verts-Ecolos, Jean-Luc Mélenchon du Front de Gauche et une brochette de candidats présidentiels. Ils continuent tous à parler de tout et de rien alors qu’ils devraient traiter de la crise et de ses effets négatifs possibles sur la vie des français.

A mon humble avis, leur responsabilité première, à ce moment-çi de la politique française, est d’être solidaire du président Nicolas Sarkozy dans le travail qu’il fait pour protéger la France de la crise et pour corriger la situation en Europe. Ils doivent cesser d’être de petits politicards qui blâment le président de tout alors qu’ils savent très bien que la crise est l’aboutissement des erreurs politiques des dernières décennies, non seulement en France mais dans toute l’Europe, qui ont mené au surendettement dans lequel ils se retrouvent.

Sinon, il est possible que les politiciens français soient obtempérés par les agences de notation ou les banques prêteuses de prendre les grands moyens pour s’en sortir. Elles devront alors imposer obligatoirement des mesures sévères qui seront de toute évidence très impopulaires. Pour ce faire, l’intérêt national exigera peut être l’union de tous les partis politiques pour y travailler et convaincre le peuple français de les accepter. Cela peut aller jusqu’à la formation d’un gouvernement français d’union nationale où tous les partis seraient représentés. Je sais que plusieurs diront que c’est une solution impossible et exagérée pour la France. Je rappelle simplement que d’après tout ce qui se dit et s’écrit sur la crise de l’euro, son ampleur est telle qu’elle va tout bouleverser, même les petits épargnants.

Claude Dupras

samedi 5 novembre 2011

Après la Grèce, l’Italie… la France ?

Le G20 vient de se terminer à Cannes. Alors que les leaders des plus riches pays du monde avaient planifié avec leurs gouvernements de discuter de six thèmes importants : la croissance et les emplois; la réforme monétaire internationale; le développement et le commerce; la régulation financière; l’agriculture, l’énergie et le climat; la corruption et la dimension sociale de la mondialisation; ils ont, malheureusement, dû mettre de côté un grande partie de leurs débats sur ces sujets afin d’enchainer des discussions sur la crise grecque. Heureusement, tous les documents préparés depuis des mois par les hauts fonctionnaires de chaque pays sur chaque thème demeurent.

Les pays au G 20 ont décidé de « dynamiser la croissance, créer des emplois et assurer la stabilité financière ». Particulièrement, la Chine s'est montré d’accord pour « ralentir l’accumulation de ses réserves de change », ce qui signifie stimuler sa demande intérieure et apprécier sa devise.

La tragédie grecque a surpris tout le monde. Lorsque les décisions pour la survie économique de la Grèce (sa dette est 165% du PIB) et la stabilité de la zone euro furent prises par l’Union Européenne (EU) le 26 octobre dernier, le premier ministre (PM) grec George Papandréou s’est montré satisfait, mais, dès son retour dans son pays, il a annoncé, à la surprise de tous, qu’il soumettrait l’accord de Bruxelles à un référendum. Je fus étonné et désappointé de cette décision car, de toute évidence, elle mettait en danger l’accord et son rejet risquait grandement de bousculer les économies européennes et les marchés mondiaux. J’espérais que les partis minoritaires grecs contesteraient la décision du PM. Le lendemain, les bourses mondiales dégringolèrent de 5-7% et quelques jours plus tard, des membres du parti socialiste de Papandréou le quittèrent et l’opposition se leva.

À première vue, Papandréou semblait avoir agi comme un politicien irresponsable. Il a plié devant les multiples manifestations des grecs – il faut les comprendre puisqu’ils endurent depuis deux ans de durs sacrifices imposés par des régimes d’austérité à répétition – et s’est comporté comme un petit politicien qui veut demeurer au pouvoir en annonçant qu’un référendum serait tenu pour l’approbation de l’accord. Unilatéralement, il mettait ainsi la Grèce et l’Europe en péril. Au lieu d’être un vrai chef d’État avec une majorité parlementaire, il a cherché à jouer au plus fin afin de sauver sa peau politique. Heureusement, plusieurs députés de son parti, dont son ministre des finances, ont résisté et la droite grecque a finalement compris que l’accord sauverait la Grèce et qu’elle se devait de le supporter. De retour au G20, Papandréou a subi la sous la pression de Nicolas Sarkozy, d’Angela Merkel et des autres chefs d’État. Il a retiré sa proposition de référendum prétextant que ce n’était qu’une stratégie de sa part pour amener la droite à l’appuyer. Si c’est vrai, c’est génial, mais cela reste à prouver. Il a demandé la formation d’une grande coalition de parlementaires pour voter l’accord et a obtenu tard hier soir, encore à la surprise générale, un vote de confiance au parlement. Il faut reconnaître qu’il est un politicien habile.

Tout ce débat met en relief la réalité politique et surtout économique de l’Europe. C’est l’Allemagne et la France qui en sont le cœur. La riche Allemagne et la moins riche France ont su s’entendre et reprendre son leadership.

Il met aussi en évidence la force de Nicolas Sarkozy et la faiblesse de François Hollande, le candidat présidentiel du parti socialiste. Dès l’annonce du référendum, ce dernier a applaudi cette décision la qualifiant de démocratique, sans tenir compte qu’elle mettait l’Europe, dont la France, en péril. De plus, il déclarait que Sarkozy avait été lent à réagir et aurait dû régler le problème grec il y a déjà plusieurs mois. Il faut vraiment ne rien comprendre pour affirmer de telles sottises. Et hier, suite au G20, Hollande a qualifié le rôle de Sarkozy d’« animateur » et non d’« acteur principal ». Français, Européens et ô combien de citoyens du monde, comme votre humble serviteur, ont été témoins du travail intense du duo Merkel / Sarkozy pour trouver des solutions aux problèmes que suscitaient la mauvaise situation financière de la Grèce. Il faut vraiment être gonflé pour diminuer ainsi ces chefs européens.

Maintenant que le problème de la Grèce semble sur une bonne voie, voilà que surgit l’Italie qui devient le nouveau maillon faible de l’Europe. On serait porté à penser qu’il est similaire à celui d’Athènes. Mais non. L’Italie est un pays riche, exportateur, avec une population nombreuse dont un très grand nombre de riches. Il est la troisième économie de la zone euro et un des premiers fondateurs de l’Europe. Sa dette (120% du PIB) est grandissante et malheureusement les agences de notations viennent de le dégrader au point que les taux d’intérêts pour ses emprunts avec un terme de 10 ans ont été fixés à plus de 6%. C’est le vrai problème de l’Italie car sans le paiement des intérêts et du remboursement de cette dette, son économie ne serait pas déficitaire. Une façon de l’éliminer complètement, serait d’imposer une taxe de 12 % sur les grandes fortunes. Mais cela ne se fera pas car le courage politique pour ce faire n’existe pas.

Au G20, le premier ministre Berlusconi a proposé un programme d’austérité pour son pays et a accepté que le FMI le contrôle suite à son implantation. Malheureusement, ce programme est incomplet et non réaliste, selon les observateurs-expert. Berlusconi doit retourner à sa table de travail. Il a aussi des problèmes politiques puisqu’il n’est plus majoritaire au parlement italien. Il est possible qu’il soit remplacé. Un tel changement de direction donnera aux Italiens un chef qui veut sérieusement travailler, main dans la main, avec l’EU et le FMI pour redonner une bonne santé financière à son pays. La question aujourd’hui est : « Berlusconi qui est aussi un fin politicien sera-t-il remplacé ? ».

Et puis, il y a la France. Qu’arrivera-t-il ? Contrairement à l’Italie, son budget serait toujours déficitaire même si sa dette (85% du PIB) n’existait pas. Ses charges sociales et autres sont très généreuses en comparaison avec ses voisins. Mais par rapport à l’Italie, sa cote financière est bonne. Lorsqu’elle emprunte auprès des banques et des investisseurs institutionnels, son taux d’intérêt à 10 ans est maintenant de 3,004 % (une hausse de 50 « points de base » sur un mois) soit 1,2% plus haut que l’Allemagne. Peut-on en conclure que la crise des dettes publiques, après s’être propagée en Grèce et en Italie, va rejoindre la France ? Si oui, cela pourrait devenir difficilement supportable pour les Français. Dans ce cas, le nouveau Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) pourrait la servir car il lève des fonds à des taux d'intérêts très bas, inférieurs à ceux que peuvent obtenir les pays de l’EU, grâce à la notation excellente "triple A" dont il bénéficie. Il reverse ensuite cet argent aux États en difficulté sous forme de prêts à taux bonifiés, comme pour la Grèce, l’Irlande…

Lors de la dernière période de forte croissance des années 1998-99, le PM Lionel Jospin avait dépensé la nouvelle manne pour financer toutes sortes de nouveaux projets proposés par le noyau des « purs et durs » de son parti et les syndicats, au lieu de l’attribuer au remboursement de la dette. Il en a subi les conséquences à l’élection présidentielle qui suivit. Le parti socialiste d’aujourd’hui fait la même erreur. Durant la récente primaire socialiste, on n’a entendu que des promesses de nouveaux programmes et de leur financement par de nouvelles taxes, de toutes sortes. Les candidats ont volontairement évité de parler de la crise européenne qui était en pleine évolution. Ils voulaient obtenir des votes par des promesses alléchantes et non aborder la dure réalité. Une chose est certaine, le programme du parti socialiste, qu’ils ont tous accepté, et les promesses additionnelles faites par Hollande sont malvenus, dans le contexte économique actuel.

Suite à l’évaluation par son ministre des finances que la croissance économique de la France pour 2011 ne sera que de 1%, au lieu du 1,5% prévu, le premier ministre François Fillon doit annoncer dans les prochains jours un plan additionnel de rigueur (austérité) pour compenser le manque à gagner, sans toutefois nuire aux efforts de croissance.

Je crois que de plus en plus de Français et de Françaises comprennent que la France, comme la majorité des pays de l’EU, doit entreprendre une cure d’amaigrissement et que les prochains budgets doivent être balancés. Au Canada et aux USA, c’est déjà engagé. Depuis trop longtemps, nous vivons tous au-dessus de nos moyens ! Ce ne sera pas facile mais un meilleur avenir pour nous et nos descendants passe par là.

Lors du G20, on a compris que c’est la condition sine qua non pour obtenir les contributions des pays émergents au FESF. Aide toi et le ciel t’aidera !

Claude Dupras