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mardi 26 mai 2015

Duplessis (2) : Mackenzie King et Louis Stephen Saint-Laurent

King est réélu 

Le jour de l’élection fédérale de 1945, les Libéraux remportent 122 sièges, une grande victoire pour King.  La représentation libérale du Québec à Ottawa comptera 46 députés, dont Louis Stephen Saint-Laurent, Jean Lesage, Georges-Émile Lapalme, Sarto Fournier. Il y aura aussi 7 libéraux indépendants. Le Bloc Populaire canadien fait élire 2 députés dont son chef Maxime Raymond. Il y a 7 indépendants. Fred Rose est le seul député du parti communiste. Les progressistes-conservateurs n’ont aucune représentation au Québec. Ce fut une victoire surprenante au Québec pour King car, à la fin de 1944, il avait décidé finalement d’avoir recours à la conscription  obligatoire malgré sa promesse du début de la guerre. Heureusement pour lui, cette dernière pris fin quelques mois plus tard alors que seulement 2 500 conscrits avaient été envoyés au front sur les 16 000 enrôlés de force.
Le deuxième mandat de l’Union Nationale de Maurice Duplessis prend fin. La prochaine élection est prévue pour le 28 juillet 1948. Adélard Godbout est de nouveau à la tête des Libéraux.
Selon une tradition en devenir, Duplessis lance sa campagne à Trois-Rivières où Duplessis résume ses réalisations : création de l’Office de l’électrification rurale et du Département des Ressources naturelles, refus de renouveler l’entente fédérale-provinciale sur le droit de taxation sur le revenu (cédé par Godbout en 1945), ouverture du Grand Nord québécois et lancement de l’exploitation minière de l’Ungava, création du ministère du Bien-être social et de la Jeunesse, prise de possession par l’Hydro-Québec de la Montreal Light Heat and Power, loi visant la réhabilitation des jeunes délinquants, loi établissant le crédit urbain à l’habitation, loi abolissant les appels au conseil privé de Londres.
Et, Duplessis est également très fier d’avoir fait adopter le Fleurdelisé comme drapeau officiel du Québec.
Il parle de ses réalisations dont les nombreuses routes qu’il a ouvertes et pavées, les nouvelles universités, les 1,500 nouvelles écoles; les écoles d’agriculture, de médecine vétérinaire, de l’automobile, du meuble, des mines, des pêcheries, du commerce, des arts graphiques et de papeterie; d’innombrables hôpitaux, des centaines de sanatoriums contre la tuberculose; de l’augmentation du pourcentage d’habitations rurales électrifiées, de la croissance de l’économie et de la dette publique qui a été substantiellement réduite. Il estime préférable que la province n’ait pas trop de dettes si elle veut combattre les politiques centralisatrices du fédéral et résister à ses pressions. Finalement, il s’affiche comme le grand défenseur de l’autonomie provinciale dans le respect de la constitution canadienne, face à l’ogre fédéral qui veut s’emparer de tout.
La Loi sur la citoyenneté canadienne précisant qu’elle est distincte de la citoyenneté britannique prend effet. Par ailleurs Fred Rose, le député communiste de Montréal-Cartier, est expulsé de la Chambre des Communes à la suite de sa condamnation pour espionnage en faveur de l’Union Soviétique. 
Au Canada, Mackenzie King sait que le temps est venu de démissionner, après 21 ans et 6 mois à la tête du pays. C’est un moment qu’il a prévu depuis le jour où il a invité le renommé avocat de Québec Louis Stephen Saint-Laurent, alors âgé de 60 ans, à briguer les suffrages en 1942 pour remplacer Ernest Lapointe, son lieutenant du Québec, tout juste décédé.
Avec sa logique rationnelle, sa connaissance profonde des lois et son dédain pour les intrigues politiques, Saint-Laurent s’attire le respect de King et même de l’opposition. Il aide le premier ministre à bien traverser la crise sur la conscription, collabore à l’établissement des Nations-Unies, s’assure que le Canada joue un rôle indépendant de la Grande-Bretagne et du Commonwealth et place le Canada dans un rôle d’intermédiaire dans les affaires internationales. En 1948, il planifie prendre sa retraite, prévue depuis longtemps, lorsque King lui annonce qu’il veut démissionner et le persuade d’être candidat à la chefferie du parti libéral, lors du congrès du mois d’août, pour le remplacer.
Élu, Louis Stephen Saint-Laurent devient Premier Ministre du Canada, le 15 novembre 1948. Il est le deuxième Canadien français dans l’histoire du pays à remplir ce poste.
Depuis qu’il est premier ministre du Canada, Saint-Laurent s’occupe particulièrement, suite à la guerre, à donner au pays un rôle de plus en plus grand sur le plan international. Il appuie la politique américaine pour la guerre de Corée et y envoie des troupes. Contrairement à la réticence de King à joindre une alliance militaire, Saint-Laurent rallie le Canada à l’OTAN. Il est parmi les plus ardents supporteurs du premier ministre anglais Clement Atlee pour transformer le Commonwealth britannique d’un club de dominions blancs à un partenariat multiracial et ceci contre le gré d’une majorité des autres chefs blancs. Il propose que le roi Georges VI devienne la tête du Commonwealth afin de maintenir une association internationale avec l’Inde, en devenir d’être une république indépendante. Pour continuer dans la veine de ces décisions fondamentales pour l’avenir du Canada, Saint-Laurent recherche une légitimité électorale et appelle aux urnes les Canadiens pour une élection générale le 27 juin 1949.
Le soir des élections, Saint-Laurent remporte une victoire éclatante avec 190 sièges contre 41 pour George Drew, 13 pour le CCF, 10 pour le Crédit Social de Solon Low de l’ouest et 4 indépendants. Les progressistes-conservateurs demeurent dans l’opposition et Drew sera le chef de l’opposition officielle. Au Québec, les libéraux font élire 68 députés dont Jean Lesage, Georges-Émile Lapalme, Sarto Fournier et Gaspard Fauteux. Quant à eux, les conservateurs ont deux députés, Léon Balcer dans Trois-Rivières et Henri Courtemanche dans Labelle. Trois indépendants sont élus dont Camilien Houde dans Papineau.
Ailleurs, Adrien Arcand, le fasciste qui s’était déclaré le führer canadien dans les années ’30 et 40 alors qu’il menait un mouvement d’extrême-droite, obtient 29 % des votes dans le comté de Richelieu-Verchères. Comment expliquer que les Canadiens français votent ainsi après le désastre mondial causé par les nazis ?   

Le thème principal des discours et le cheval de bataille de Duplessis sont l’autonomie provinciale. Depuis que sa demande de récupérer l’assurance-chômage et les impôts directs a été rabrouée par Ottawa (position appuyée par Londres), il ne manque jamais une occasion pour souligner « l’espoir qu’il serait possible d’en arriver à une entente fédérale-provinciale capable d’assurer à chaque gouvernement une répartition équitable et appropriée des pouvoirs financiers et fiscaux ». En 1947, le cabinet des ministres décrète un impôt sur le revenu des corporations. Il dénonce le gouvernement centralisateur d’Ottawa qui agit dans les domaines de compétence provinciale. En 1951, il refuse les subventions du fédéral aux universités du Québec afin de l’empêcher d’intervenir dans le domaine de l’éducation.
De nouvelles élections provinciales sont déclenchées pour le 16 juillet 1952 et l’Union Nationale dévoile son slogan: « Laissons Duplessis continuer son œuvre ». Fidèle à sa coutume, l’Union Nationale ne présente pas de programme politique officiel. En plus du sujet de l’autonomie, Duplessis parle des thèmes qui démontrent ses préoccupations : hôpitaux, développement industriel, lois sociales, routes, logements etc… et promet d’y travailler. Il aime le traditionalisme, glorifie l’agriculture, la famille, l’épargne et l’entreprise privée. Il n’aime pas le communisme car il le voit comme athée et opposé à l’effort individuel et au sens d’entreprise qu’il reconnaît chez les Canadiens français. Duplessis aime souligner les réalisations de l’Union Nationale : le crédit agricole, l’électrification rurale à 98%, l’assistance sociale, les subventions et la construction d’innombrables hôpitaux, de sanatoriums, la création du ministère du Bien-être social et de la Jeunesse, les milliers d’écoles élémentaires et supérieures (une nouvelle école par jour en moyenne depuis sa venue au pouvoir), les universités avec l’accent sur les facultés des Sciences et le génie, les centaines de ponts, les 9,000 kilomètres de chemins pavés à ce jour et le développement minier du Nouveau-Québec. Il ne parle pas évidemment du patronage aux amis du parti mais souligne l’avantage pour les électeurs de « voter du bon bord » dans leur comté. Si l’art oratoire est la faculté de convaincre, Duplessis est un bon orateur.
En 1953, Duplessis forme une commission d’enquête sur les problèmes constitutionnels, sous la présidence du juge en chef Thomas Tremblay, en rappelant : « ..la province de Québec était la première province du Canada, peuplée par les pionniers du Canada. Si vous croyez que nous avons été un obstacle au progrès, nous sommes prêts à nous retirer. La province de Québec est capable de vivre et de se suffire à elle-même ». A Saint-Laurent qui réplique en attaquant férocement le gouvernement du Québec, Duplessis souligne « qu’aucun politicien anglais n’a osé affirmer que le Québec n’était pas différent du reste du Canada. Il a fallu un compatriote pour le dire ! Affiliation : jamais ! Abdication des droits fondamentaux : jamais ! Substitution des subsides fédéraux aux pouvoirs essentiels de taxation : jamais, jamais ! Contrôle direct ou indirect d’Ottawa sur nos écoles : jamais ! Sur nos universités : jamais ! Sur notre enseignement secondaire : jamais ! ». La bataille n’est pas facile car les universités ont un grand besoin d’argent. Mais il résiste. C’est la même situation dans d’autres domaines comme celui du réseau routier.

Au Québec, les emplois sont stables, la semaine de travail est maintenant de 40 heures et les vacances sont payées. Le domaine des pâtes et papiers croît rapidement et cela favorise l’économie des régions où se trouvent ces industries. On dénombre une moyenne de 100 000 naissances par an et grâce à l’amélioration des services médicaux, bien gérés par les communautés religieuses, le taux de mortalité infantile diminue appréciablement. Les immigrants sont nombreux et viennent de l’Europe occidentale mais cela ne change pas le pourcentage de Canadiens français qui demeure à 80 %. L’agriculture connaît une formidable modernisation et un essor remarquable grâce aux lois de Duplessis sur l’électrification rurale et l’Office des marchés agricoles. En quatre ans, la télévision est présente dans plus de la moitié des foyers. Le secteur automobile touche des sommets jamais atteints.
Tout est beau au Québec, sauf si on le compare à l’Ontario. Là, les salaires sont supérieurs de 27 %, les services publics et le réseau électrique mieux gérés, le nombre d’écoles plus élevé, le système de santé nettement mieux équipé. La raison : des ressources financières plus vastes. Plus tard la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme fera état, entre autres, de salaires moindres chez les gens qui maîtrisent deux langues comme au Québec au lieu d’une comme en Ontario.
 
suite: Duplessis (3): les antiduplessistes....  à venir

dimanche 24 mai 2015

Duplessis (1) : l’Union Nationale

Le personnage de l'ancien premier ministre du Québec Maurice Duplessis revient souvent dans les discussions et les débats politiques québécois d'aujourd'hui. On le calomnie, le salit et injure sa mémoire. Ce n'était pas Duplessis !

Ayant vécu une bonne partie de cette période, je l’ai décrite dans mon livre « Et dire que j’étais là : Itinéraire d’un p’tit gars de Verdun » qui est affiché sur mon site internet.

Afin d’en faciliter la lecture, j’ai regroupé toutes les parties qui réfèrent à Duplessis pour en faire un seul texte. Le problème est qu’il est long. Je l’ai divisé en six sections que je présenterai en six blogs consécutifs à tous les deux ou trois jours. 
Voici les titres de chacun de ces blogs : l’Union Nationale, King et Saint-Laurent, Les antiduplessistes, l’impôt provincial, Autonomie… autonomie, la mort de Duplessis.
Voici le premier :
Duplessis : l’Union Nationale
À l’élection provinciale du Québec de 1935, le parti Action Libérale Nationale (ALN) est dirigée par Paul Gouin, un politicien nationaliste, poète à ses heures, qui a quitté le parti libéral dirigé par Louis-Alexandre Taschereau en claquant la porte l’année précédente avec d’autres dissidents et qui jubile à l’idée d’appliquer son programme de restauration économique et sociale Il entrevoit maintenant la possibilité de prendre le pouvoir dans un avenir rapproché. Suite à une alliance avec les Conservateurs dirigé par Maurice Duplessis, les deux partis se partagent les comtés afin de ne présenter qu’un candidat de l’alliance par comté. L’ALN fait élire 26 candidats sur 57 comtés et les conservateurs 16 sur 33 comtés. Les libéraux minoritaires conservent le pouvoir et choisissent un nouveau chef, Adélard Godbout. Conformément à l’entente entre les partenaires de l’alliance, Duplessis devient chef de l’opposition. Quelques mois plus tard, l’effet combiné du manque de leadership de Gouin et d’un manque de fonds permettent à Duplessis, qui manœuvre bien contre le gouvernement, de récupérer l’ALN et un grand nombre de ses partisans à la faveur d’une fusion. Duplessis crée un nouveau parti : l’Union Nationale.
Godbout croyant pouvoir obtenir une majorité déclare une élection générale pour 1936. Maurice Duplessis ouvre sa campagne électorale à Trois-Rivières. Il définit son programme politique en promettant de défendre l’autonomie provinciale dans les rapports du Québec avec le fédéral, de lancer des programmes d’électrification rurale, de pavage des routes, de construction d’écoles et d’hôpitaux et de restaurer l’intégrité de l’administration publique. Plus particulièrement, il s’engage à nationaliser l’électricité. L’Union Nationale remporte une éclatante victoire avec 70 sièges contre 15 et les libéraux perdent le pouvoir après l’avoir exercé pendant 42 ans, sans interruption. Suite à cette victoire, le gouvernement fédéral met sur pied la commission Rowell-Sirois pour faire enquête sur les relations financières entre le fédéral et les provinces. Elle conclut que le rôle du Canada doit être plus important dans les programmes sociaux afin de les protéger contre de futures calamités économiques.
Malgré cela, à la suite d’un grand débat à la Chambre des communes à l’issue duquel la déchirure du pays s’exprime par l’appui à la guerre ou la neutralité, King décide d’engager le Canada aux côtés des Anglais. Le 10 septembre 1939, il déclare la guerre à l’Allemagne. Cependant, King veut limiter l’engagement du Canada et insiste qu’il n’y aura pas de conscription.
Au Québec, la cote du Premier Ministre Duplessis est en baisse. Pourtant, il a fait adopter les premières mesures sociales du Québec, telles que les lois sur les pensions de vieillesses, l’assistance aux mères nécessiteuses, la pension aux aveugles, les salaires raisonnables (qui deviendra plus tard la loi sur le salaire minimum). Il crée aussi le Ministère de la santé et du bien-être social. La dépression l’a empêché d’appliquer son programme de réforme sociale et économique et il a également dû renier sa promesse électorale de nationaliser les producteurs d’électricité à cause du refus du syndicat financier de la rue Saint-Jacques de le financer. De plus, il est trop nationaliste au goût de ce milieu anglophone, qui incarne le pouvoir réel au Québec.
L’annonce par King de l’entrée en guerre du Canada fournit à Duplessis une façon de racheter sa carrière politique. Il déclenche une élection provinciale en 1939 en invoquant le besoin d’obtenir un mandat fort pour tenir tête aux visées centralisatrices d’Ottawa et à la conscription qu’il pressent. Mais les ministres fédéraux du Québec, Lapointe, Cardin et Power, défendent King et promettent qu’il n’y aura jamais de conscription sous le parti libéral fédéral. Sentant de plus un défi à leur crédibilité et à leur légitimité, ils menacent de démissionner ensemble si Duplessis est réélu. Les libéraux reviennent au pouvoir.
Godbout, vendu ?

Depuis son élection au Québec, le Premier ministre Godbout collabore totalement avec les autorités fédérales. On dit qu’il doit son élection aux libéraux fédéraux. Que ce soit vrai ou non, il se dit surtout préoccupé par ce qu’on dit de sa province. Il souhaite éviter une répétition des attaques intolérantes dont elle a été la cible à la fin de la 1ière guerre mondiale. Afin d’éviter que ne soit mise en cause la loyauté des Canadiens français ou leur courage, il décide d’offrir à King toute sa collaboration pour assurer la victoire. Il s’identifie à ce long courant d’opinion au Québec pour qui la Confédération canadienne peut fonctionner si les compromis nécessaires se font. Cette position politique le situe en droite ligne avec les Lafontaine, Cartier, Chapleau et Laurier, qui furent tous confrontés à des problèmes semblables.

Godbout collabore vraiment. Trop? C’est certainement l’avis de plusieurs. Il accepte de céder au fédéral la juridiction du Québec sur l’assurance-chômage. Il accepte également que le fédéral enlève aux provinces leur autonomie fiscale. Il recommande de voter « oui » au plébiscite. Il refuse de condamner le gouvernement fédéral lorsqu’il adopte la loi 80 autorisant la conscription. Il ne cesse de répéter que l’état de guerre exige l’entente et la coopération. Godbout va même jusqu’à dire que si King lui demande « de cirer les bottines de soldat, parce que cela aidera l’effort de guerre, il le fera ». Suite aux recommandations de la commission Rowell-Sirois, Godbout accepte la création d’un nouveau programme d’allocations familiales canadien qui est une ingérence dans un champ de juridiction provinciale. De nombreux québécois pensent qu’il en fait trop. Pour eux, Godbout a un chef et ce chef est à Ottawa.
Cela n’empêche pas de nombreuses personnes de trouver remarquable la performance du gouvernement Godbout. La prospérité engendrée par la guerre lui fournit l’occasion de faire beaucoup. En 1940, il donne le droit de vote aux femmes qui, sous la gouverne d’Idola Saint-Jean et autres dirigeantes féministes canadiennes françaises, ont bataillé ferme pour l’obtenir, malgré les vœux des plus hautes instances religieuses. Pourtant, le Québec est la dernière province à l’accorder. En 1943, il s’oppose encore une fois à la hiérarchie de l’Église et fait adopter une loi rendant obligatoire l’éducation des enfants jusqu’à 14 ans, car il croit que la prospérité future de la province passe inévitablement par de profondes réformes en matière d’éducation. Il nationalise la Beauharnois Light Heat and Power Company, crée l’Hydro-Québec et lui cède toutes les réserves d’eau non déjà concédées de la province. Il crée un conseil économique pour le gouvernement en matière de stratégies de développement. Il fait adopter un nouveau code du travail qui précise les droits des travailleurs à la négociation collective et à la syndicalisation. En général, son gouvernement est considéré honnête, ce qui est rare à cette époque, et progressiste.
Une élection générale doit avoir lieu le 8 août 1944. Duplessis sait que l’« à-plat-ventrisme » de Godbout devant le fédéral et la conscription obligatoire, décrétée malgré les promesses du contraire aux gens du Québec par les ministres de King et douloureusement inscrite dans la mémoire des Canadiens français, vont lui donner une occasion en or pour reprendre le pouvoir.
Il doit cependant compter avec la présence d’un mouvement contestataire devenu parti politique, « Le Bloc Populaire Canadien ». Composé de nationalistes québécois, ce parti a été créé le 8 septembre 1942, peu après le plébiscite, par des opposants à la conscription. Il s’inspire des idées d’Henri Bourassa, qui l’endosse. Ce parti fédéral, appuyé entre autres par Camilien Houde et un groupe de jeunes étoiles montantes comme Jean Drapeau et Pierre Trudeau, décide de créer une aile provinciale pour contester l’élection de 1944. Il prend pour chef André Laurendeau, son secrétaire. Ce parti base son programme sur la défense des droits des Canadiens français et propose l’intervention de l’état aux niveaux économique et social, tout en se défendant bien d’être socialiste.
Duplessis, en pleine forme, entreprend sa campagne électorale sur un thème accrocheur, l’autonomie provinciale. Il y gagne en crédibilité. Il promet de récupérer d’Ottawa tous les pouvoirs qui lui ont été cédés par le gouvernement Godbout, d’électrifier tout le territoire (à ce moment-là, seulement 60 % des Québécois ont l’électricité), de paver toutes les routes principales, de construire des écoles, des universités, des hôpitaux… En somme, de moderniser sa province. Il se dit prêt à respecter la constitution canadienne et affirme « La coopération toujours, l’assimilation jamais ! ».
L’Union Nationale remporte 48 comtés, les libéraux 37 et le Bloc 4, dont celui d’André Laurendeau qui devient député à l’Assemblée législative. Maurice Le Noblet Duplessis redevient Premier Ministre du Québec, le 20ième depuis la Confédération.
C’est un important changement de gouvernement qui promet des débats politiques fondamentaux. Il s’ajoute à celui qu’a connu la Saskatchewan, le mois précédent, où le CCF a pris le pouvoir avec son chef, Tommy Douglas. Celui-ci s’est ainsi trouvé à former le premier gouvernement socialiste du Canada. Les choses ne seront plus jamais les mêmes. Notre pays arrive à un point tournant de son histoire. Désormais, la constitution et les questions sociales vont passer au premier plan des préoccupations des Canadiens. 
 
suite 2: Duplessis, King et Saint-Laurent... à venir

mercredi 29 avril 2015

On veut un mot à dire à Ottawa pour être écouté

L’histoire du parti conservateur du Canada est particulière. Voilà un grand parti national qui n’a pas réussi à s’implanter solidement dans le cœur des Québécois. 

Tout a commencé en 1854 lorsque John A. Macdonald et Georges-Etienne Cartier fondent le parti libéral-conservateur pour faire l’union de députés conservateurs et libéraux modérés du Canada-Ouest et de députés du parti bleu du Canada-Est, les libéraux radicaux ayant refusé de joindre les rangs du parti de Macdonald. À ce moment-là, Macdonald et Cartier dirigent ensemble, comme premiers ministres conjoints, le Canada-Uni. Ce n’est que vers les années ’30 que le parti utilisera le nom « Parti conservateur ».

En 1867, la confédération canadienne est créée et Macdonald devient le premier ministre (PM) du nouveau Canada. A la surprise de tous, le chef libéral Alexander Mackenzie réussit, en 1874, à défaire le gouvernement Macdonald grâce au « scandale du Pacifique ». Mais à l’élection de 1878, Macdonald regagne le pouvoir.

Suite à la rébellion des Métis dans l’Ouest Canadien, leur leader Louis Riel est condamné à mort pour trahison et Macdonald refuse que la peine soit commuée ou rejugée. Il déclare même : « Il sera pendu, même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur ». Le député libéral Wilfrid Laurier exprime sa colère et prend vigoureusement la défense de Riel à la Chambre des Communes. Ce dernier est exécuté le 16 novembre 1885. Macdonald ne démissionnera qu’en 1891.

Laurier devient le premier Canadien-Français au poste de PM du Canada en 1896. Pour lui, « le Canada est le pays du 20e siècle ». Il le dirigera durant 5 ans jusqu’au moment où il est défait en 1911 par le libéral-conservateur Robert Borden.

La première guerre mondiale éclate et Borden, réalisant que le nombre de volontaires canadiens pour aller au front ne rencontre pas les quotas qu’il avait promis au Royaume-Uni, réclame la conscription obligatoire. La plupart des Canadiens-Français, menés par Henri Bourassa, ne ressentent aucune loyauté particulière envers le Royaume-Uni et la France. Bourassa s’oppose à la conscription et affirme que « les Québécois ont un pays : le Canada, tandis que les Canadiens anglais en ont deux : le Royaume-Uni et le Canada ». Cartier exprime aussi son opposition.

Afin de consolider sa position lors de l’élection de 1917, Borden accorde le droit de vote aux soldats à l'étranger, aux infirmières et aux femmes ayant des membres de leur famille à la guerre. Mais, il se donne le pouvoir de distribuer ces votes dans n'importe quelle circonscription, sans égard au lieu de résidence habituel du soldat. Des manifestations de masse sont tenues au Québec pour protester et l’armée tire sur la foule. Quatre morts.

Borden réélu, la loi du service militaire est adoptée, 125 000 individus sont conscrits, 25 000 sont envoyés au front. Heureusement, la guerre prend fin après quelques mois.

Ces évènements majeurs de la conscription et la pendaison de Riel marquent profondément les Canadiens-Français qui n’oublieront jamais ces coups-bas des conservateurs et plusieurs s’en rappelleront à chaque élection, de père en fils. Macdonald et Borden ont oublié que « Je me souviens » est la devise des Canadiens-Français.

En 1921, le parti libéral-conservateur d’Arthur Meighen est défait par le libéral Mackenzie King qui devient PM, aucun conservateur n’est élu au Québec. Mais cinq ans plus tard Meighen prend sa revanche, grâce aux misères suscitées par la grande dépression, il se présente sous le vocable « Parti conservateur » mais ne fait élire que quatre députés au Québec.

En 1930, King est surpris par le nouveau chef conservateur Richard B. Bennett qui prend le pouvoir grâce à 24 députés ruraux du Québec. Les cultivateurs aiment sa politique agricole protectionniste et votent pour ses candidats. Mais dès 1935, King, qui n’a pas dit son dernier mot, revient au pouvoir. Il y restera jusqu’à 1948 alors qu’il le cède à Louis Saint-Laurent

Entre temps, le parti conservateur devient le parti progressiste-conservateur (PPC) en 1942 lorsque le premier ministre manitobain John Bracken, longtemps chef du Parti Progressiste de sa province, pose cette condition pour accepter la chefferie. L’union des deux philosophies politiques, libérale et conservatrice, donne au nouveau parti une orientation centre-droite.

A l’élection de 1957, John Diefenbaker, chef du PPC depuis un an, remporte le pouvoir contre King. Il forme un gouvernement minoritaire n’ayant fait élire que huit députés du Québec.    

En 1958, après une alliance avec Maurice Duplessis, PM du Québec, sur la question des impôts québécois, John Diefenbaker obtient une majorité écrasante qui comprend 50 députés québécois. Un résultat impensable. Enfin, les Canadiens-Français ont un mot à dire dans le parti et le gouvernement progressiste-conservateur. Mais, Diefenbaker désappointe. Le nouveau chef libéral, Lester Pearson reprend le pouvoir à l’élection suivante alors que seulement 14 députés conservateurs du Québec (DCQ) sont réélus. Pierre-Elliott Trudeau lui succède, en 1968, seuls 4 DCQ sont élus. Il est réélu en 1972, deux DCQ sont élus. En 1979, il est défait par le progressiste-conservateur Joe Clark qui ne remporte que deux sièges au Québec. Quelques mois après, en 1980, Trudeau revient au pouvoir pour quatre ans, alors qu’un seul DCQ est élu. John Turner prendra sa succession pendant quelques mois.  

Puis, Brian Mulroney nouveau chef du parti progressiste-conservateur est élu en 1984 et réélu en 1988. En 1993, le libéral Jean Chrétien est le nouveau PM, un DCQ est élu. En 1997, il est réélu et à nouveau un DCQ est élu. Paul Martin lui succède en 2004 et encore un seul DCQ est élu.

En 2006, le nom du parti redevient le Parti Conservateur et Stephen Harper est élu PM mais ne fait élire que 10 députés au Québec. Il est réélu en 2011 mais le nombre de ses députés québécois baisse à cinq.  

En résumé, depuis les 148 ans de la Confédération, les Conservateurs de différents noms et les libéraux ont partagé le pouvoir également. Mais depuis Borden, les libéraux ont été au pouvoir durant 54 ans et les conservateurs 32 ans.  

Sauf pour les élections de Diefenbaker en 1958 (50 sièges), de Mulroney en 1984 (58 sièges) et 1988 (63 sièges), les Québécois n’ont pas voté pour les conservateurs. Depuis 1957, en 14 autres élections générales fédérales, la moyenne de DCQ élus à la Chambre des communes s’établit à moins de neuf députés sur 75 et huit en trois élections avec Harper depuis 2006.

Il est quand même remarquable que les seuls gouvernements majoritaires « non-libéral » comprenant un grand nombre de députés du Québec l’ont été lorsque le parti portait le nom Progressiste-Conservateur. Cela démontre clairement que les gens du Québec ne sont pas majoritairement de droite et que le Parti Conservateur ne correspond pas à leurs attentes.

Comment les Québécois peuvent-ils espérer avoir un mot à dire dans ce parti avec une représentation aussi faible ? Doivent-ils mettre de côté leur orientation politique pour le pouvoir politique ?

Et on se demande pourquoi il y a un fossé si profond entre le  gouvernement Harper et les Québécois. Il me semble clair, qu’avec lui, l’influence québécoise ne pèse pas sur la politique nationale. Quant aux nombreux projets particuliers que le PM Harper annonce dans la région de Québec, ils sont en réalité des gestes de patronage envers la région de la capitale qui lui a donné quelques députés. Et, en plus, Québec a un maire pragmatique qui sait être ami-ami avec le PM. Ça ça paye !  

Par contre, Montréal ne reçoit pas la même attention. Harper visite peu la métropole, sauf pour des funérailles. Il ne tient pas compte des demandes du nouveau maire Denis Coderre qui est d’allégeance libérale ayant été député et ministre du parti libéral durant de nombreuses années à Ottawa. Pour Harper, Coderre est un adversaire politique. Et Harper, qui a la mémoire longue, n’aime pas les ennemis de son parti.  

Malheureusement, Montréal n’a pas en son sein un leader PC avec suffisamment d’influence pour faire bouger le gouvernement conservateur en faveur des Montréalais. Ces derniers ont manqué une opportunité lorsque l’ex-sénateur Michael Fortier, candidat à l’élection de 2008, a été bêtement défait. Ce dernier, un homme d’action, a démontré sa capacité et son intelligence lors des négociations pour renouveler le contrat du Grand Prix du Canada à Montréal avec Bernie Ecclestone. Malheureusement, suite à sa défaite, Fortier a quitté la politique.

Nous, Québécois, avons aussi la mauvaise habitude de voter pour un chef ou un parti. La dernière élection fédérale est un exemple probant alors que nous avons élu 59 députés du NPD en raison de la sympathie que nous avons ressentie soudainement pour son chef Jack Layton. Il aurait mieux fallu que nous choisissions le meilleur candidat dans notre comté respectif. Ainsi des gens comme Fortier aurait été élu et aujourd’hui Montréal s’en porterait mieux car l’un d’eux serait le porteur influent de nos demandes et besoins à Ottawa.

Qui peut devenir ce chef de file conservateur, ce phare, à Montréal, suite à la prochaine élection, si Harper est reporté au pouvoir ?

Je soumets un nom, une candidature prometteuse. Celle d'Eric Girard dans la circonscription électorale montréalaise de Lac-Saint-Louis. Homme de conviction, il a choisi son tracé et est devenu candidat officiel du parti Conservateur du Canada pour l’élection d’octobre 2015.

Bien éduqué, il est économiste de formation et détient un « Bachelor joint honours in Economics and Finance » de l’université McGill et une maîtrise en économie de l’UQAM.

Pour devenir candidat, Éric Girard a demandé et obtenu un congé civique de son poste de trésorier de la Banque Nationale du Canada où il était responsable des liquidités, du financement et du risque de taux d’intérêt de la Banque et de ses filiales. Il était aussi président du comité de la caisse de retraite de la Banque.

Il a démontré ainsi qu’il est prêt à mettre de côté sa carrière pour servir ses concitoyens en contribuant au développement économique et social du Canada.

À tous ses futurs commettants, je suggère de le rencontrer, d’apprendre à le connaître, à partager avec lui leurs idées, d’écouter les siennes et de décider de l’appuyer dans son trajet vers les plus haut sommets de la politique canadienne.

Ainsi, Montréal sera bien servi.

Claude Dupras