L’année 2013 se termine et c’est le temps où les médias nous rappellent les évènements qui ont absorbé nos esprits durant cette période.
J’ai revu les blogues que j’ai écrit durant cette année et j’été surpris de la variété des sujets touchés : les Amérindiens, Lance Armstrong, les oléoducs et le sable bitumineux, la mairie de Montréal, la commission Charbonneau, le Québec et le Canada, un nouveau pape, Hugo Chavez et sa succession, le parti libéral du Canada, la Chine et l’Afrique, la constitution canadienne, les géants d’affaires, le génie conseil, le président français, la tragédie du Lac Mégantic, Stephen Harper, la charte des valeurs québécoises, le pont Champlain, et autres.
Voilà, à la suite, mes commentaires de fin d’année sur ces sujets.
Le monde et particulièrement l’Europe se soulèvent depuis toujours contre le Canada pour les supposés mauvais traitements que le Canada fait subir aux Amérindiens. La grève de la faim de la chef de bande Theresa Spence a fait beaucoup de bruit et a attisé ces sentiments négatifs, de façon injuste. Le Canada fait déjà beaucoup. Le PM canadien Stephen Harper qui a toujours montré beaucoup de sympathie pour les peuples autochtones, a rejeté pour des raisons de budget, dit-il, l’important Accord de Kelowna voté par le gouvernement de son prédécesseur visant à aider davantage les populations des Premières Nations. Il doit se raviser.
Le mensonge ne paie pas. Lance Armstrong l’a finalement compris. Incroyable champion cycliste, unique athlète, vénéré par les foules, il a déboulé en quelques jours et on lui a enlevé tous ses trophées, ses records et ses mérites. Il a été humilié pour avoir menti pendant des décennies. Ce fut une leçon magistrale pour tous les jeunes du monde entier.
Pour vendre son pétrole, le Canada a exprimé le désir de construire des oléoducs afin d’augmenter la capacité de livraison de la production venant des sables bitumineux afin de pouvoir en diminuer le prix de revient. S’il réussit, ce sera économiquement bon pour tous les Canadiens. De nouveaux oléoducs vers l’ouest, le sud, l’est et de là au monde ont été proposés : le XL qui traversera les USA du nord au sud est retardé par le président Obama mais les probabilités sont qu’il sera approuvé avec conditions en 2014; l’Enbridge Northern Gateway (transmontages-rocheuses), vient d’être approuvé en fin d’année par le “Joint Review Panel” qui affirme que sa construction est dans l’intérêt des Canadiens si 209 conditions sont respectées, ce que le gouvernement accepte; l’Énergie-est qui s’étendra sur 4 000 km en direction du Nouveau Brunswick semble prêt à recevoir les approbations des gouvernement provinciaux, incluant le Québec; de même pour le Montreal-Sarnia qui sera inversé pour alimenter les raffineries de l’est de Montréal. Le Canada pourra ainsi produire 6 000 000 b/jour de pétrole, en 2030, qui rapporteront $200 billions aux Canadiens.
Les Montréalaises et les Montréalais ont été bousculés par le dévoilement du niveau de corruption installé dans l’administration municipale. Le maire Gérald Tremblay a quitté son poste et le maire Applebaum a dû démissionner. Le parti Union-Montréal s’est évaporé. Après une chaude lutte à la mairie entre quatre bons candidats, Denis Coderre a été élu en début novembre. Il connait bien la politique et sait se réclamer du peuple, de ses aspirations profondes et de sa défense contre les divers torts qui lui ont été faits. Il est ce dont Montréal a besoin à ce moment de son histoire : un nouveau Camilien Houde qui sait écouter, se faire entendre, agir et se faire aimer.
Le commissaire de l'Unité Permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière a été critiqué pour n’avoir pas été favorable à la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construction. Les partis d’opposition l’ont critiqué sévèrement. Je lui donnais alors raison. Depuis, la Commission Charbonneau dévoile des scandales spectaculaires, mais le gros du travail de recherches, d’écoutes électroniques et d’enquêtes a été fait par l’UPAC qui fait des arrestations. L’analyse du dossier de la ville de Laval l’a bien démontré. Le coût total de la Commission a été établi à 45 millions $ mais elle a le mérite d’être un bon « show » télévisé pour sensibiliser rapidement les Québécois à la corruption qui s’est installée. Nous comprenons maintenant le niveau de pénétration de la mafia dans les affaires municipales et le système de contributions illégales des professionnels et des entreprises aux hommes et partis politiques.
Les relations Québec-Canada ne se sont pas améliorées depuis l’élection du gouvernement du Parti Québécois. Selon ses élus, c’est toujours la faute d’Ottawa qui n’écoute pas, ne le favorise pas et œuvre volontairement contre le Québec. Le but est simple : discréditer le Canada pour favoriser la séparation du Québec. Sur plusieurs dossiers, tel le contrôle des armes, je leur donne raison mais on ne rejette pas un pays tel que le Canada sur la base de tels exemples. C’est le PM Harper et son gouvernement de droite qu’il faut blâmer, pas le système, pas l’institution.
Dès son premier « bonsoir » à la galerie centrale de St-Pierre-de-Rome, j’ai été touché par le pape François. Depuis, il n’a cessé de surprendre et d’impressionner par sa simplicité et ses sentiments réels de charité, au point que les sondages de fin d’année, dans le monde, démontrent qu’il est le pape le plus populaire de tous les temps, dépassant même le bien-aimé Jean Paul II. Quelle sagesse les cardinaux ont montrée le jour où ils l’ont élu ! J’en étais surpris, j’en suis émerveillé. Ce bon pape va changer beaucoup de choses même si nous vivons dans un monde de plus en plus matérialiste.
À sa mort, Hugo Chavez a été applaudi par les Vénézuéliens. Ils le considéraient l’« homme des pauvres » et il les charmait. La pauvreté située à 49% à son arrivée, était de 29% à son décès. Il se servit de son pétrole pour monter un front anti-influence-américaine et organiser des marchés de biens et de services inter-états du sud. Plusieurs partis de gauche furent élus dans ces pays à cause de ses actions. Son disciple et successeur, Nicola Maduro, n’a ni l’autorité ni le talent de Chavez pour diriger le pays et plusieurs observateurs entrevoient, après neuf mois de pouvoir, sa descente aux enfers. Il vient de leur répondre en remportant la majorité des élections municipales mais a perdu les grandes villes telle Caracas. Cette victoire qui vient des derniers soubresauts du Chavezisme ne règle pas les problèmes grandissants du pays qui n’a ni infrastructure de classe mondiale ni un bon système d’aide sociale pour permettre au peuple de sortir de l’abime où il se trouve. Comment croire au futur de Maduro, alors que l’opposition continue à gagner du terrain.
Le parti libéral du Canada a des problèmes depuis l’élection des conservateurs. Il comptait beaucoup sur son congrès de leadership pour se donner un nouveau chef capable de le relancer dans l’opinion publique. Justin Trudeau, fils d’un des plus importants PM que le Canada ait connus, Pierre-Elliot Trudeau, a gagné la course et depuis avril 2013 est le chef du parti. À ce jour, sa cote de popularité est forte et le parti libéral est revenu dans la course pour diriger le pays. Justin est jeune, a du charisme et est Québécois, ce qui est important électoralement car pour gagner l’élection de 2015, le parti libéral doit gagner partout au pays mais c’est le Québec qui peut lui donner le pouvoir national. Justin maintiendra-t-il son image gagnante ? Si oui, son parti revivifié ne viendra-t-il pas simplement diviser les votes opposés au PM Harper, permettant à celui-ci de se faufiler à nouveau au pouvoir ?
L’année qui se termine a confirmé la décélération de la croissance de la Chine après 30 ans à deux chiffres. Elle se contentera en 2014 de 7 à 7,5%, selon les plus pessimistes. Après avoir utilisé près de la moitié des matières premières de la planète, voilà qu’elle semble vouloir digérer et ralentir. Cette situation touchera ses fournisseurs asiatiques et autres mais heureusement pour ces derniers la reprise américaine viendra combler le trou chinois et leur permettra de se rééquilibrer par rapport au grand dragon. Par contre, la Chine après avoir accentué en 2013 sa puissance dans le monde, particulièrement en Afrique et à l’ONU, a mis en place une stratégie visionnaire et politique qui en fera une force de plus en plus redoutable. Dorénavant, pour assurer une croissance durable, elle vise à satisfaire les besoins de consommation de sa population, assainir son système bancaire et se désendetter car elle a trop vécu à crédit. L’euphorie chinoise passera à un autre stage plus pratique, certains disent plus puissant.
Deux géants d’affaires ont fait parler d’eux en 2013. Paul Desmarais et Pierre-Karl Péladeau. Le décès de Paul Desmarais nous a rappelé la grandeur de ce franco-ontarien devenu québécois. Il a été unique en son genre. Parti de rien, il est devenu un des hommes les plus riches et les plus influents du pays. Ah, si seulement le Québec avait un centaine de gars comme lui ! De con côté, Pierre-Karl Péladeau qui avait pris la succession de son père, a réorienté la stratégie de son empire et a transformé, entre autres, Videotron en une des meilleures compagnies de télécommunications au Canada. Elle compte plus de clients satisfaits que toutes les autres. Il a laissé la direction de son entreprise à un subalterne pour devenir président du CA d’Hydro-Québec. On n’a pas fini d’entendre parler de lui.
Au début de 2013, les ingénieurs avaient une très bonne réputation. À la fin de l’année, ce bon sentiment s’est évaporé au point que plusieurs jeunes hésitent maintenant à entrer à Polytechnique pour faire une carrière dans le génie. C’est malheureux, car notre pays a un grand besoin d’ingénieurs. Ça, pour une bande d’ingénieurs véreux, fonctionnaires et à leur compte, qui ont créé et participé à des systèmes mafieux et de corruption. Depuis, le nettoyage des grandes firmes de génie-conseil se fait et il est à espérer qu’elles retomberont sur leurs pieds le plus vite possible, durant la prochaine année, après avoir éliminé la crasse qui les a entachés.
Le président français, François Hollande, a de gros problèmes de popularité. Il les mérite. Après son élection en 2012, il a implanté plusieurs lois tout en imposant, pour réduire le déficit et la dette, des taxes de toutes sortes, dans tous les domaines et qui se sont additionnées à toutes les taxes existantes. Le résultat : les Français sont parmi les plus taxés du monde. Il a fait le contraire de ce qui s’est fait aux USA, au Canada et au Québec, où l’économie a repris du poil de la bête. Au lieu de taxer, Hollande n’a pas eu le courage de couper dans les dépenses afin de laisser le plus d’argent possible dans les poches des Français. Aujourd’hui, ces derniers sont appauvris, se sentent pris au piège et dénoncent leur président. Si les choses ne changent pas rapidement dans les prochains mois, Hollande ne sera que le président d’un mandat manqué.
L’impensable tragédie du Lac Mégantic a révélé le manque de contrôle du gouvernement fédéral sur les transports ferroviaires au Canada. Nous avons été témoins de la force de caractère de ces Québécois touchés par ce sinistre et de la solidarité des Québécois et des Canadiens face à cette population sinistrée et blessée. Le Canada a changé plusieurs lois depuis et devra continuer à le faire afin d’assurer à tous les villages et les villes du pays, traversés par des convois de trains, qu'ils seront le plus protégés possible.
Le PM Harper a agi pour protéger l’économie du pays mais il a aussi continué à « droitiser » le pays au point que cela devient intolérable. Le Canada que nous connaissons ne se ressemblera plus si ce chef politique continue dans le sens où il va. Il est à espérer que les partis d’oppositions le surveillent et le dénoncent au moment opportun afin que la pression publique le fasse reculer.
Enfin, il y a le projet de la charte des valeurs québécoises proposé par le gouvernement du PQ. Jamais, une loi n’a divisé autant les Québécois. Certains péquistes proposent que le ministre Drainville, le responsable de la loi, soit nommé l’homme politique de l’année. Comment un ministre qui propose une loi inutile, qui parle de laïcité et d’égalité des sexes alors qu’elles existent déjà, qui propose le non-respect des droits de la personne et de la religion, peut-il être considéré comme un bon homme politique. Il est à espérer que le prochain comité parlementaire, qui recevra les doléances et les mémoires des Québécois, soit bien organisé et que les opinions de chaque intervenant soient bien pesées et tenues en compte par les membres du comité et éventuellement par le cabinet des ministres.
L’année s’est terminée par le désordre public découlant des problèmes structurels du Pont Champlain enjambant le fleuve St-Laurent et la voie Maritime. Enfin, le gouvernement canadien, qui a réalisé il y a plus de trois ans qu’un nouveau Pont Champlain devait être construit, a proposé en fin d’année sa construction pour 2018. J’espère que le gouvernement analysera la possibilité de ne pas démolir le pont actuel mais de le réparer afin de distribuer tout le trafic sur les deux ponts : les automobilistes sur le nouveau, le transport public et le camionnage sur l’existant. Ainsi Montréal et la Rive-Sud seront bien servis pour longtemps.
De tous ces évènements, quel est l’évènement ou la personne de l’année? Le magazine TIME de New York a fixé son choix sur le pape François. C’est une bonne analyse et je suis entièrement en accord.
Bonne année 2014.
Claude Dupras
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lundi 30 décembre 2013
...de 2013 à 2014
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samedi 3 août 2013
Le « showdown » Keystone XL approche
Le débat sur la construction de l’oléoduc Keystone XL, du nord de l’Alberta à l’État d’Oklahoma, devient de plus en plus intéressant et captivant. Il met en vedette le président américain Barack Obama face au premier ministre (PM) canadien Stephen Harper.
Au tout début de la planification du projet, il y a cinq ans, l’American Petroleum Institute avait prédit que 500 000 emplois seraient créés. Puis, le State Departement a évalué les nouveaux emplois pour la fabrication et la construction du Keystone XL à 42 100. Enfin, il y a quelques jours, TransCanada Pipeline a émis son estimé et le fixe à 20 000 nouveaux emplois, sur deux ans.
Dans un récent discours, Obama, se méfiant du rapport du State Department qu’il jugeait faussé (le temps démontre que ce fut le cas puisque la firme britannique ERM, retenu par le State Department pour faire l’étude et le rapport, avait des liens d’affaires avec Trans Canada Pipeline, le constructeur de l’oléoduc), a utilisé les statistiques d’une étude sur la construction de l’oléoduc faite par l’Institut de recherches « Global labor » de l’université de Cornell. Celui-ci estime que la partie sud de l’oléoduc étant déjà construite, la partie nord ne nécessitera que 500 travailleurs par segments et comme il y en a 10 à faire, cela donne 5 000 travailleurs en deux ans, 2 500 par an plus de 50 à 100 permanents par la suite. Si Obama a raison, on peut donc conclure que l’emploi n’est pas un argument crucial pour cette décision importante.
Les républicains, qui depuis le début du débat utilisent les statistiques du rapport faussé du State Department pour justifier leur appui au projet, sont pris au piège. Nonobstant cela, aujourd’hui, ils braquent tous leurs canons sur Obama en l’accusant d’être insensible aux emplois de travailleurs, d’avoir truqué les chiffres, d’utiliser cet argument pour retarder à nouveau l’accord du projet, d’avoir zéro de crédibilité lorsqu’il parle de chiffres, d’avoir arbitrairement changé le mode d’’approbation des projets inter-pays, etc.. Il menace même d’enlever à Obama le pouvoir de décision sur la construction de cet oléoduc...
Obama a réitéré son argument principal à l’effet qu’il approuvera le projet seulement si les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites pour obtenir le volume de pétrole transporté par le Keystone XL n’augmentent que sensiblement par rapport au taux d’aujourd’hui. Il a ajouté « le Canada devrait faire plus ».
De son côté, Harper n’est pas heureux. Adepte des oléoducs et du pétrole des sables bitumineux, il affirme que les régions canadiennes bénéficient des oléoducs puisque le pétrole qu’ils transportent augmente la sécurité énergétique du pays. « C’est le moyen le plus sécuritaire pour le transport du pétrole » vient-il de préciser à Québec. Quel Québécoise ou Québécois depuis la catastrophe de Lac Mégantic, dira le contraire ?
Il profita de sa visite pour annoncer la construction d’une extension de l’oléoduc Energie-est, vers l’est du Canada, qui traversera le Québec pour se terminer à la raffinerie d’Irving Oil du Nouveau-Brunswick où il livrera chaque jour plus d’un million de barils de pétrole brut des sables bitumineux.
Il reste au gouvernement du Québec à approuver le passage de cet oléoduc sur son territoire, pour qu’il devienne réalité. Se ralliera-t-il aux positions du président Obama pour retarder ce projet ? Ou, oubliera-t-il simplement ses promesses électorales sur le sujet afin de protéger les retombées de péréquation de milliards de $ qu’il reçoit du Canada, en bonne partie à cause de ce que rapporte l’exploitation des sables bitumineux au pays.
Harper a aussi assuré les Canadiens que chaque nouvel oléoduc était sujet à « une rigoureuse analyse scientifique indépendante » qui tient compte des effets environnementaux et économiques et que « le nombre des emplois créés par la construction d’un oléoduc est important ».
Ce faisant, Harper dit le contraire d’Obama qui affirme que l’Oléoduc Keystone XL créera peu d’emploi, pourtant 10 fois plus important que l’Energie-est. Quant à la diminution des GES, Harper évite de confirmer si les analyses scientifiques mentionnées précédemment tiennent compte des GES. Il est clair qu’en ne répondant pas, il laisse à penser que les analyses n’en tiennent pas compte. Et, comme ces dernières ne sont pas rendues publiques, on ne peut vérifier ce qui en est vraiment. En fait, Harper s’oppose aux conditions posées par Obama pour donner son accord au Keystone XL.
Harper agit-il par intérêt politique ? Il est député d’Alberta où se situent les sables bitumineux. Comme je l’ai écrit dans un récent blog, il croit que la lutte contre les GES est « un complot socialiste pour enlever de l’argent aux pays riches ». Depuis huit ans PM, il a donné une nouvelle direction au Canada qui ne tient compte que de l’émergence de cette richesse pétrolière. Il a mis fin à l’accord du Canada à Kyoto car ce dernier contraignait l’exploitation des sables bitumineux en contrôlant les GES. Il s’est fait le porte-parole des républicains américains contre les critiques environnementalistes, même en personne à la télé-américaine de Fox News. Et, il est devenu, peu à peu et de plus en plus ouvertement, un porte-parole pour l’intérêt des pétrolières.
Je n’ai rien contre les pétrolières ni les oléoducs et je sais que l’exploitation des sables bitumineux deviendra un super avantage économique pour le Canada et par conséquent pour le Québec. Une condition, cependant, me semble essentielle : le pétrole produit doit être « propre ».
J’aime rappeler, car on oublie trop vite ce que sont les sables bitumineux, la description que j’en faisais dans mon blog du 6 août 2009, intitulé « Les sables bitumineux du Canada » :
Au Canada, nous possédons une réserve pétrolifère en Alberta qui représente plus de 300 milliards de barils. C’est plus important qu’en Arabie. Pour mon pays et le monde occidental, c’est un atout stratégique majeur. C’est devenu une richesse inouïe pour les Canadiens. Malheureusement, notre réserve est sous la forêt boréale, en Alberta, à 60 mètres sous terre et contenue dans des sables bitumineux. Les sables bitumineux sont un mélange de pétrole brut, de sable, d’argile minérale et d’eau. Pour en extraire le pétrole, il faut creuser les 60 mètres de terre, injecter dans les sables de la vapeur d’eau à faible pression afin d’augmenter la température du bitume et diminuer sa viscosité. Une fois ramolli, le bitume est pompé, l’eau rejetée et la terre remise en place.
Le coût d’exploitation est élevé et l’impact environnemental est dévastateur puisqu’une tonne et demie de sables bitumineux donne à peine un baril de pétrole brut, qu’il faut trois barils d’eau douce pour le fabriquer et, pour créer la vapeur d’eau, on doit brûler beaucoup de gaz naturel, soit l’équivalent de deux barils de pétrole brut pour en faire trois, ce qui ajoute un taux inacceptable de gaz à effets de serre (GES) à l’atmosphère. Peut-on vraiment imaginer l’impact total de cette entreprise colossale qui s’étend sur un territoire grand comme le quart de la France métropolitaine ?
L’eau vient des rivières et des sources (déjà on constate l’assèchement du territoire et la baisse de la nappe phréatique) et l’eau usée est traitée et rejetée dans des bassins qui longent la rivière Athabaska. Malgré tout, cette eau reste fortement polluée, demeure toxique et est une sorte de bouillie de produits dangereux. Elle trouve son chemin jusqu’à la rivière, aux sources… Le risque est qu’à la longue, cette pollution fasse partie, un jour, des sédiments et des écosystèmes pour ensuite s’installer dans la nappe phréatique.
Depuis, il est vrai, les pétrolières ont fait beaucoup pour améliorer la qualité de leur production, mais c’est loin d’être suffisant. Barack Obama le sait puisqu’il affirme que « le Canada devrait faire mieux ».
Harper est-il assez fort avec l’appui des républicains pour renverser Obama ? Ou doit-il, pour satisfaire ce dernier, faire pression sur les pétrolières pour qu’elles investissent davantage afin de diminuer les GES tout en ayant une opération plus propre ? Le « showdown » approche !
Claude Dupras
Au tout début de la planification du projet, il y a cinq ans, l’American Petroleum Institute avait prédit que 500 000 emplois seraient créés. Puis, le State Departement a évalué les nouveaux emplois pour la fabrication et la construction du Keystone XL à 42 100. Enfin, il y a quelques jours, TransCanada Pipeline a émis son estimé et le fixe à 20 000 nouveaux emplois, sur deux ans.
Dans un récent discours, Obama, se méfiant du rapport du State Department qu’il jugeait faussé (le temps démontre que ce fut le cas puisque la firme britannique ERM, retenu par le State Department pour faire l’étude et le rapport, avait des liens d’affaires avec Trans Canada Pipeline, le constructeur de l’oléoduc), a utilisé les statistiques d’une étude sur la construction de l’oléoduc faite par l’Institut de recherches « Global labor » de l’université de Cornell. Celui-ci estime que la partie sud de l’oléoduc étant déjà construite, la partie nord ne nécessitera que 500 travailleurs par segments et comme il y en a 10 à faire, cela donne 5 000 travailleurs en deux ans, 2 500 par an plus de 50 à 100 permanents par la suite. Si Obama a raison, on peut donc conclure que l’emploi n’est pas un argument crucial pour cette décision importante.
Les républicains, qui depuis le début du débat utilisent les statistiques du rapport faussé du State Department pour justifier leur appui au projet, sont pris au piège. Nonobstant cela, aujourd’hui, ils braquent tous leurs canons sur Obama en l’accusant d’être insensible aux emplois de travailleurs, d’avoir truqué les chiffres, d’utiliser cet argument pour retarder à nouveau l’accord du projet, d’avoir zéro de crédibilité lorsqu’il parle de chiffres, d’avoir arbitrairement changé le mode d’’approbation des projets inter-pays, etc.. Il menace même d’enlever à Obama le pouvoir de décision sur la construction de cet oléoduc...
Obama a réitéré son argument principal à l’effet qu’il approuvera le projet seulement si les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites pour obtenir le volume de pétrole transporté par le Keystone XL n’augmentent que sensiblement par rapport au taux d’aujourd’hui. Il a ajouté « le Canada devrait faire plus ».
De son côté, Harper n’est pas heureux. Adepte des oléoducs et du pétrole des sables bitumineux, il affirme que les régions canadiennes bénéficient des oléoducs puisque le pétrole qu’ils transportent augmente la sécurité énergétique du pays. « C’est le moyen le plus sécuritaire pour le transport du pétrole » vient-il de préciser à Québec. Quel Québécoise ou Québécois depuis la catastrophe de Lac Mégantic, dira le contraire ?
Il profita de sa visite pour annoncer la construction d’une extension de l’oléoduc Energie-est, vers l’est du Canada, qui traversera le Québec pour se terminer à la raffinerie d’Irving Oil du Nouveau-Brunswick où il livrera chaque jour plus d’un million de barils de pétrole brut des sables bitumineux.
Il reste au gouvernement du Québec à approuver le passage de cet oléoduc sur son territoire, pour qu’il devienne réalité. Se ralliera-t-il aux positions du président Obama pour retarder ce projet ? Ou, oubliera-t-il simplement ses promesses électorales sur le sujet afin de protéger les retombées de péréquation de milliards de $ qu’il reçoit du Canada, en bonne partie à cause de ce que rapporte l’exploitation des sables bitumineux au pays.
Harper a aussi assuré les Canadiens que chaque nouvel oléoduc était sujet à « une rigoureuse analyse scientifique indépendante » qui tient compte des effets environnementaux et économiques et que « le nombre des emplois créés par la construction d’un oléoduc est important ».
Ce faisant, Harper dit le contraire d’Obama qui affirme que l’Oléoduc Keystone XL créera peu d’emploi, pourtant 10 fois plus important que l’Energie-est. Quant à la diminution des GES, Harper évite de confirmer si les analyses scientifiques mentionnées précédemment tiennent compte des GES. Il est clair qu’en ne répondant pas, il laisse à penser que les analyses n’en tiennent pas compte. Et, comme ces dernières ne sont pas rendues publiques, on ne peut vérifier ce qui en est vraiment. En fait, Harper s’oppose aux conditions posées par Obama pour donner son accord au Keystone XL.
Harper agit-il par intérêt politique ? Il est député d’Alberta où se situent les sables bitumineux. Comme je l’ai écrit dans un récent blog, il croit que la lutte contre les GES est « un complot socialiste pour enlever de l’argent aux pays riches ». Depuis huit ans PM, il a donné une nouvelle direction au Canada qui ne tient compte que de l’émergence de cette richesse pétrolière. Il a mis fin à l’accord du Canada à Kyoto car ce dernier contraignait l’exploitation des sables bitumineux en contrôlant les GES. Il s’est fait le porte-parole des républicains américains contre les critiques environnementalistes, même en personne à la télé-américaine de Fox News. Et, il est devenu, peu à peu et de plus en plus ouvertement, un porte-parole pour l’intérêt des pétrolières.
Je n’ai rien contre les pétrolières ni les oléoducs et je sais que l’exploitation des sables bitumineux deviendra un super avantage économique pour le Canada et par conséquent pour le Québec. Une condition, cependant, me semble essentielle : le pétrole produit doit être « propre ».
J’aime rappeler, car on oublie trop vite ce que sont les sables bitumineux, la description que j’en faisais dans mon blog du 6 août 2009, intitulé « Les sables bitumineux du Canada » :
Au Canada, nous possédons une réserve pétrolifère en Alberta qui représente plus de 300 milliards de barils. C’est plus important qu’en Arabie. Pour mon pays et le monde occidental, c’est un atout stratégique majeur. C’est devenu une richesse inouïe pour les Canadiens. Malheureusement, notre réserve est sous la forêt boréale, en Alberta, à 60 mètres sous terre et contenue dans des sables bitumineux. Les sables bitumineux sont un mélange de pétrole brut, de sable, d’argile minérale et d’eau. Pour en extraire le pétrole, il faut creuser les 60 mètres de terre, injecter dans les sables de la vapeur d’eau à faible pression afin d’augmenter la température du bitume et diminuer sa viscosité. Une fois ramolli, le bitume est pompé, l’eau rejetée et la terre remise en place.
Le coût d’exploitation est élevé et l’impact environnemental est dévastateur puisqu’une tonne et demie de sables bitumineux donne à peine un baril de pétrole brut, qu’il faut trois barils d’eau douce pour le fabriquer et, pour créer la vapeur d’eau, on doit brûler beaucoup de gaz naturel, soit l’équivalent de deux barils de pétrole brut pour en faire trois, ce qui ajoute un taux inacceptable de gaz à effets de serre (GES) à l’atmosphère. Peut-on vraiment imaginer l’impact total de cette entreprise colossale qui s’étend sur un territoire grand comme le quart de la France métropolitaine ?
L’eau vient des rivières et des sources (déjà on constate l’assèchement du territoire et la baisse de la nappe phréatique) et l’eau usée est traitée et rejetée dans des bassins qui longent la rivière Athabaska. Malgré tout, cette eau reste fortement polluée, demeure toxique et est une sorte de bouillie de produits dangereux. Elle trouve son chemin jusqu’à la rivière, aux sources… Le risque est qu’à la longue, cette pollution fasse partie, un jour, des sédiments et des écosystèmes pour ensuite s’installer dans la nappe phréatique.
Depuis, il est vrai, les pétrolières ont fait beaucoup pour améliorer la qualité de leur production, mais c’est loin d’être suffisant. Barack Obama le sait puisqu’il affirme que « le Canada devrait faire mieux ».
Harper est-il assez fort avec l’appui des républicains pour renverser Obama ? Ou doit-il, pour satisfaire ce dernier, faire pression sur les pétrolières pour qu’elles investissent davantage afin de diminuer les GES tout en ayant une opération plus propre ? Le « showdown » approche !
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mardi 23 juillet 2013
Un Premier ministre bien ordinaire
C’est à son arrivée à Lac Mégantic, que j’ai revu Stephen Harper. Encore une fois, je l’ai trouvé terne, incolore, inodore et sans saveur. Quelle image désolante pour un premier ministre (PM) du Canada, au pouvoir depuis près de 8 ans ! Est-ce cela qui explique qu'il n'a que 8% d’appuis au Québec, alors que Robert Stanfield, chef du Parti progressiste-conservateur qui aussi avait peu d’image, mais était un progressiste, en avait 21% ? Qu’en est-il vraiment ? Pour mieux comprendre, je crois qu’une comparaison s’impose avec les faits et gestes de ses prédécesseurs : John George Diefenbaker, Lester Pearson, Pierre-Elliot Trudeau, Brian Mulroney et Jean Chrétien.
John Diefenbaker né en Ontario, adolescent en Saskatchewan, soldat de la 1ière guerre mondiale, en revient pour pratiquer le droit. Amant de la politique, tribun extraordinaire, il perd sept élections avant d’être député, ministre et PM du Canada. Il le sera 6 ans. Traduction simultanée, première femme ministre, premier amérindien sénateur, plus de points d’impôts aux provinces, protection des agriculteurs de l’Ouest et des pauvres de la société sont ses actions. Il fait adopter la déclaration canadienne des droits et des libertés fondamentales. Il veut l’indépendance économique et politique du Canada des USA. Refuse l’implantation sur le sol canadien de missiles nucléaires américains Bomarc. En 1958, il gagne 50 députés au Québec, malgré qu’il soit unilingue anglais. Persuasif, convaincu et convainquant, « the chief » est un leader sincère, franc et a de la couleur. Pour le PM Joe Clark : « Ce fut un homme indomptable qui changea la nature profonde de son pays et la changea pour toujours ».
Lester Pearson devint Nobel de la paix. Diplômé de l’U de Toronto et d’Oxford, athlète, pilote à la guerre 1914-18, il devient ministre, s’oppose à l’intervention militaire du Canada dans le monde et propose, à l’ONU, la formation des « casque bleus ». PM en avril 1963, il le sera 5 ans, il instaure l'accès universel aux soins de santé, les prêts aux étudiants, le bilinguisme officiel, le régime de pensions des canadiens, etc.. et le drapeau du Canada. Il légalise le divorce, décriminalise l'avortement et l'homosexualité. Combiné à son travail innovateur à l'ONU et en diplomatie internationale, Pearson est l'un des Canadiens les plus influents du XXe siècle. Il a fait sa marque partout.
Pierre-Elliot Trudeau, formé par les jésuites, étudiant en droit, obtient une maîtrise en économie politique d’Harvard. Outrancier, insolent et provocateur, il aime le canoë et les voyages, dont en Chine de Mao. Il s’intéresse à la grève d’Asbestos et aide les grévistes. Il joint « Cité libre » où il propose des « réformes sociales et une plus grande égalité ». Professeur de droit constitutionnel à l'U de M, il se lance en politique fédérale. Elu, il est ministre de la Justice. Une phrase le rend célèbre « L’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation ». Devenu PM, il le sera 15 ans. Il fait adopter la loi sur les langues officielles et oblige les institutions fédérales à offrir des services en anglais et en français à la grandeur du pays. Aux prises avec l’enlèvement du diplomate James Richard Cross et le meurtre du ministre Pierre Laporte, il ordonne à l'armée d’agir et proclame la « Loi sur les mesures de guerre ». Il aboli la peine de mort. En 1976, il apporte une aide financière au peuple cubain victime d’un embargo américain. Il gagne le référendum de 1980 contre les séparatistes québécois et rapatrie la constitution canadienne de Londres, nonobstant le refus du Québec. Intellectuel au caractère flamboyant, il a rehaussé la visibilité du Canada dans le monde.
Brian Mulroney, de Baie Comeau, devient avocat d’une firme montréalaise, commissaire de la Commission Cliche sur la construction et président de Iron Ore Company. Intéressé par la politique, il est élu PM progressiste-conservateur en 1964. Il le sera 9 ans. Il veut la signature du Québec sur l’acte constitutionnel de Trudeau et négocie l’accord du Lac Meach pour ce faire. Il vient à un cheveu près de réussir. Il privatise de nombreuses sociétés d'État dont Air Canada, ratifie le libre-échange avec les États-Unis, s’oppose au régime d’apartheid en Afrique du Sud et appuie la « coalition » durant la guerre du golfe. Il initie un accord sur les pluies acides avec les USA et est le premier répondeur occidental à la famine éthiopienne de 1984-1985. Il s’oppose à l'intervention des USA au Nicaragua, mais devient interventionniste dans des conflits en Yougoslavie, en Ethiopie et en Irak. Malgré qu’il sache l’impopularité pour son parti qui va en résulter, il impose une taxe de vente (TPS), décrète un moratoire sur la pêche à la morue et accorde le contrat d’entretien des F-18 au Québec. Sa forte et plaisante personnalité en fait un leader politique aimé par les grands de ce monde et cela a bénéficié au Canada.
Jean Chrétien est né à Shawinigan. Diplômé en droit de l’U de Laval, il est élu député fédéral en 1963. PM en novembre 1994, il le sera 10 ans. Il hérite d'un pays largement endetté. Avec son ministre des finances, Paul Martin, il procède à des compressions budgétaires importantes et élimine un déficit de 42 milliards $. Ses cinq budgets suivant sont excédentaires et il rembourse 36 milliards $ sur la dette. Il vote la plus grande baisse d'impôt de l'histoire. Lors du référendum de 1995, il dirige les fédéralistes à la victoire. Puis, il fait adopter la loi sur la clarté référendaire pour que toute question référendaire future soit « une question claire » qui doit obtenir « une majorité claire ». Il refuse que le Canada participe à la guerre d’Irak de 2003 et ratifie le Protocole de Kyōto sur les changements climatiques. Depuis sa retraite, la popularité de Chrétien ne cesse de grandir et il demeure un orateur puissant et aimé.
Stephen Harper, membre fondateur du Reform Party, parti de droite de la droite, est élu chef du parti (devenu Alliance Canadienne). En 2003, il conclut un accord avec le parti Progressiste-Conservateur pour fusionner les partis. Pour réussir, il doit renier ses politiques contre l’avortement et contre le bilinguisme. Le Parti Conservateur est créé (le mot progressiste étant trop choquant aux oreilles d’Harper). En 2006, il est élu PM et hérite d’un Canada prospère, dynamique et respecté sur la scène mondiale.
Pour respecter ses promesses électorales de 2006, Harper diminue la TPS de 2 %. De plus, il réduit l’imposition des sociétés de 6 %. Le PIB augmente de 13,6% et le Canada s’en tire mieux que les autres pays développés. En 2013, la croissance est de 2,5%, les exportations en hausse de 6% et la dette est moins élevée. 95 000 nouveaux emplois sont créés. Définitivement, un plus.
Sous prétexte que le Canada est devenu une « superpuissance énergétique éminente », Harper change radicalement la direction du pays en rapport avec l’environnement. Lui qui avait traité le protocole de Kyoto de « complot socialiste », annule les programmes d’actions volontaires, dont « le « défi d’une tonne ». Pour masquer son inaction, il annonce des programmes visant à baisser de 20%, en 13 ans, les GES. Les médias dénoncent la duplicité et le manque de sérieux du gouvernement. Trois ans plus tard, Harper retire le Canada de Kyoto, met la clef dans son programme d’une bourse de carbone et réduit son objectif de GES, qui ont augmenté de 7,4% au lieu de diminuer. Définitivement, un moins.
L’industrie du gaz et du pétrole représente 8% du PIB. Les sables bitumineux y compte pour 60%. Le monde entier s’élève contre l’exploitation des sables dont l’Union Européenne qui refuse ce pétrole « sale » sur son territoire. Aujourd’hui, la réduction de pollution est réelle mais chimérique au moment où Obama est pressé par Harper, au nom de la bonne entente USA-Canada, d’approuver le nouvel oléoduc Keystone XL. « Le transport se fera par oléoduc ou par rails », dit Harper au président, « à vous de choisir ». Après l’apocalypse du Lac Mégantic, on peut comprendre la force de cette menace. Pour Harper, l’impact économique au Canada et l’indépendance énergétique en Amérique du Nord, l’emporte sur le réchauffement climatique. Définitivement, un moins.
Bon conservateur, Harper introduit des modifications au code criminel pour le rendre plus sévère. Allongement de peines, peines minimales pour petit délit, mise en liberté sous condition annulée, libérations conditionnelles restreintes, etc... Il ferme six « fermes-prisons » de réhabilitation pour les détenus. La population carcérale augmente. Critiqué par les juges et les avocats, Harper ne bronche pas. Son modèle est les USA qui selon lui est l’endroit le plus sûr de la planète. Définitivement, un moins.
Toujours sur sa ligne à droite, il somme le Conseil national de recherches à mettre l’accent sur des recherches pratiques pour aider l’industrie au lieu de la recherche fondamentale. C’est une guerre contre la science qui peut coûter cher à long terme et qui fait en sorte que les meilleurs cerveaux nous quittent. Définitivement, un moins.
Il aboli le registre national des armes à feu mis sur pied à coup de millions $ par ses prédécesseurs, suite à la tuerie de Polytechnique. Définitivement, un moins.
Harper fait intervenir le Canada dans la guerre en Afghanistan. Il avait reproché à Chrétien d’avoir refusé de participer à la guerre en Irak. Le nombre de morts est grand. Les coûts aussi.
Définitivement, un moins.
Voulant limiter le jeu de l’influence avec l’argent, suite aux dons politiques, Harper instaure une interdiction de lobbysme de 5 ans aux ex-ministres, haut fonctionnaires. Il crée le poste de Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique. Définitivement, un plus.
Il modifie la loi électorale et instaure les élections générales à date fixe. Définitivement, un plus.
Il n’oublie pas ses politiques du Reform et nomme des unilingues à des postes qui requièrent des personnes bilingues. Il renie ainsi sa parole donnée au parti progressiste conservateur. Il coupe le budget pour le bilinguisme et est critiqué vertement par le vérificateur général. Définitivement, un moins.
Harper met fin à l’obligation des Canadiens de remplir le formulaire du recensement quinquennal, malgré l’opposition du directeur de Statistique Canada. Au recensement qui suit, le taux de réponse de 50% devient un empêchement pour obtenir des renseignements valides pour le développement urbain, la construction d’écoles, d’hôpitaux, de logement à loyer modique, de services aux immigrants. Tout devient plus compliqué et souventes fois impossible. Définitivement, un moins.
Sur la question de l’unité nationale, Harper dépose une motion reconnaissant « que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni ». Le vote aux Communes est quasi unanime. Controverse au Canada Anglais que Harper apaise en lui affirmant qu’il y a plusieurs nations au pays. Finie l’histoire du Canada créé par deux nations, la francophone et l’anglophone. Que sont les francophones des autres provinces ? L’ile-du-Prince Edouard, une nation ? Ce n’est que de la petite politique qui n’a rien apporté à Harper aux élections qui suivirent. Il n’en parle plus. Pour certains un plus, pour d’autres un moins !
Comme on peut juger, le conservatisme de droite a pris charge de la politique canadienne. Les moins l’emportent sur les plus. Influencé par la politique républicaine américaine, Harper et son idéologie a amené le Canada dans une voie qui nous est étrangère. Certes, il met l’accent sur l’économie et réussit, mais un pays c’est aussi une foule d’autres choses aussi importantes.
Les premiers ministres qui ont précédé Harper ont bâti un Canada grand, propre, fier, fort, ouvert au monde, respecté, respectueux de la personne humaine et de ses droits, champion de l’environnement. Aujourd’hui, le Canada souffre, fait du sur place et les gens du monde nous demandent « Qu’est ce qui se passe chez vous ? ». La réponse est simple. « Nous avons un Premier Ministre bien ordinaire »
Claude Dupras
John Diefenbaker né en Ontario, adolescent en Saskatchewan, soldat de la 1ière guerre mondiale, en revient pour pratiquer le droit. Amant de la politique, tribun extraordinaire, il perd sept élections avant d’être député, ministre et PM du Canada. Il le sera 6 ans. Traduction simultanée, première femme ministre, premier amérindien sénateur, plus de points d’impôts aux provinces, protection des agriculteurs de l’Ouest et des pauvres de la société sont ses actions. Il fait adopter la déclaration canadienne des droits et des libertés fondamentales. Il veut l’indépendance économique et politique du Canada des USA. Refuse l’implantation sur le sol canadien de missiles nucléaires américains Bomarc. En 1958, il gagne 50 députés au Québec, malgré qu’il soit unilingue anglais. Persuasif, convaincu et convainquant, « the chief » est un leader sincère, franc et a de la couleur. Pour le PM Joe Clark : « Ce fut un homme indomptable qui changea la nature profonde de son pays et la changea pour toujours ».
Lester Pearson devint Nobel de la paix. Diplômé de l’U de Toronto et d’Oxford, athlète, pilote à la guerre 1914-18, il devient ministre, s’oppose à l’intervention militaire du Canada dans le monde et propose, à l’ONU, la formation des « casque bleus ». PM en avril 1963, il le sera 5 ans, il instaure l'accès universel aux soins de santé, les prêts aux étudiants, le bilinguisme officiel, le régime de pensions des canadiens, etc.. et le drapeau du Canada. Il légalise le divorce, décriminalise l'avortement et l'homosexualité. Combiné à son travail innovateur à l'ONU et en diplomatie internationale, Pearson est l'un des Canadiens les plus influents du XXe siècle. Il a fait sa marque partout.
Pierre-Elliot Trudeau, formé par les jésuites, étudiant en droit, obtient une maîtrise en économie politique d’Harvard. Outrancier, insolent et provocateur, il aime le canoë et les voyages, dont en Chine de Mao. Il s’intéresse à la grève d’Asbestos et aide les grévistes. Il joint « Cité libre » où il propose des « réformes sociales et une plus grande égalité ». Professeur de droit constitutionnel à l'U de M, il se lance en politique fédérale. Elu, il est ministre de la Justice. Une phrase le rend célèbre « L’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation ». Devenu PM, il le sera 15 ans. Il fait adopter la loi sur les langues officielles et oblige les institutions fédérales à offrir des services en anglais et en français à la grandeur du pays. Aux prises avec l’enlèvement du diplomate James Richard Cross et le meurtre du ministre Pierre Laporte, il ordonne à l'armée d’agir et proclame la « Loi sur les mesures de guerre ». Il aboli la peine de mort. En 1976, il apporte une aide financière au peuple cubain victime d’un embargo américain. Il gagne le référendum de 1980 contre les séparatistes québécois et rapatrie la constitution canadienne de Londres, nonobstant le refus du Québec. Intellectuel au caractère flamboyant, il a rehaussé la visibilité du Canada dans le monde.
Brian Mulroney, de Baie Comeau, devient avocat d’une firme montréalaise, commissaire de la Commission Cliche sur la construction et président de Iron Ore Company. Intéressé par la politique, il est élu PM progressiste-conservateur en 1964. Il le sera 9 ans. Il veut la signature du Québec sur l’acte constitutionnel de Trudeau et négocie l’accord du Lac Meach pour ce faire. Il vient à un cheveu près de réussir. Il privatise de nombreuses sociétés d'État dont Air Canada, ratifie le libre-échange avec les États-Unis, s’oppose au régime d’apartheid en Afrique du Sud et appuie la « coalition » durant la guerre du golfe. Il initie un accord sur les pluies acides avec les USA et est le premier répondeur occidental à la famine éthiopienne de 1984-1985. Il s’oppose à l'intervention des USA au Nicaragua, mais devient interventionniste dans des conflits en Yougoslavie, en Ethiopie et en Irak. Malgré qu’il sache l’impopularité pour son parti qui va en résulter, il impose une taxe de vente (TPS), décrète un moratoire sur la pêche à la morue et accorde le contrat d’entretien des F-18 au Québec. Sa forte et plaisante personnalité en fait un leader politique aimé par les grands de ce monde et cela a bénéficié au Canada.
Jean Chrétien est né à Shawinigan. Diplômé en droit de l’U de Laval, il est élu député fédéral en 1963. PM en novembre 1994, il le sera 10 ans. Il hérite d'un pays largement endetté. Avec son ministre des finances, Paul Martin, il procède à des compressions budgétaires importantes et élimine un déficit de 42 milliards $. Ses cinq budgets suivant sont excédentaires et il rembourse 36 milliards $ sur la dette. Il vote la plus grande baisse d'impôt de l'histoire. Lors du référendum de 1995, il dirige les fédéralistes à la victoire. Puis, il fait adopter la loi sur la clarté référendaire pour que toute question référendaire future soit « une question claire » qui doit obtenir « une majorité claire ». Il refuse que le Canada participe à la guerre d’Irak de 2003 et ratifie le Protocole de Kyōto sur les changements climatiques. Depuis sa retraite, la popularité de Chrétien ne cesse de grandir et il demeure un orateur puissant et aimé.
Stephen Harper, membre fondateur du Reform Party, parti de droite de la droite, est élu chef du parti (devenu Alliance Canadienne). En 2003, il conclut un accord avec le parti Progressiste-Conservateur pour fusionner les partis. Pour réussir, il doit renier ses politiques contre l’avortement et contre le bilinguisme. Le Parti Conservateur est créé (le mot progressiste étant trop choquant aux oreilles d’Harper). En 2006, il est élu PM et hérite d’un Canada prospère, dynamique et respecté sur la scène mondiale.
Pour respecter ses promesses électorales de 2006, Harper diminue la TPS de 2 %. De plus, il réduit l’imposition des sociétés de 6 %. Le PIB augmente de 13,6% et le Canada s’en tire mieux que les autres pays développés. En 2013, la croissance est de 2,5%, les exportations en hausse de 6% et la dette est moins élevée. 95 000 nouveaux emplois sont créés. Définitivement, un plus.
Sous prétexte que le Canada est devenu une « superpuissance énergétique éminente », Harper change radicalement la direction du pays en rapport avec l’environnement. Lui qui avait traité le protocole de Kyoto de « complot socialiste », annule les programmes d’actions volontaires, dont « le « défi d’une tonne ». Pour masquer son inaction, il annonce des programmes visant à baisser de 20%, en 13 ans, les GES. Les médias dénoncent la duplicité et le manque de sérieux du gouvernement. Trois ans plus tard, Harper retire le Canada de Kyoto, met la clef dans son programme d’une bourse de carbone et réduit son objectif de GES, qui ont augmenté de 7,4% au lieu de diminuer. Définitivement, un moins.
L’industrie du gaz et du pétrole représente 8% du PIB. Les sables bitumineux y compte pour 60%. Le monde entier s’élève contre l’exploitation des sables dont l’Union Européenne qui refuse ce pétrole « sale » sur son territoire. Aujourd’hui, la réduction de pollution est réelle mais chimérique au moment où Obama est pressé par Harper, au nom de la bonne entente USA-Canada, d’approuver le nouvel oléoduc Keystone XL. « Le transport se fera par oléoduc ou par rails », dit Harper au président, « à vous de choisir ». Après l’apocalypse du Lac Mégantic, on peut comprendre la force de cette menace. Pour Harper, l’impact économique au Canada et l’indépendance énergétique en Amérique du Nord, l’emporte sur le réchauffement climatique. Définitivement, un moins.
Bon conservateur, Harper introduit des modifications au code criminel pour le rendre plus sévère. Allongement de peines, peines minimales pour petit délit, mise en liberté sous condition annulée, libérations conditionnelles restreintes, etc... Il ferme six « fermes-prisons » de réhabilitation pour les détenus. La population carcérale augmente. Critiqué par les juges et les avocats, Harper ne bronche pas. Son modèle est les USA qui selon lui est l’endroit le plus sûr de la planète. Définitivement, un moins.
Toujours sur sa ligne à droite, il somme le Conseil national de recherches à mettre l’accent sur des recherches pratiques pour aider l’industrie au lieu de la recherche fondamentale. C’est une guerre contre la science qui peut coûter cher à long terme et qui fait en sorte que les meilleurs cerveaux nous quittent. Définitivement, un moins.
Il aboli le registre national des armes à feu mis sur pied à coup de millions $ par ses prédécesseurs, suite à la tuerie de Polytechnique. Définitivement, un moins.
Harper fait intervenir le Canada dans la guerre en Afghanistan. Il avait reproché à Chrétien d’avoir refusé de participer à la guerre en Irak. Le nombre de morts est grand. Les coûts aussi.
Définitivement, un moins.
Voulant limiter le jeu de l’influence avec l’argent, suite aux dons politiques, Harper instaure une interdiction de lobbysme de 5 ans aux ex-ministres, haut fonctionnaires. Il crée le poste de Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique. Définitivement, un plus.
Il modifie la loi électorale et instaure les élections générales à date fixe. Définitivement, un plus.
Il n’oublie pas ses politiques du Reform et nomme des unilingues à des postes qui requièrent des personnes bilingues. Il renie ainsi sa parole donnée au parti progressiste conservateur. Il coupe le budget pour le bilinguisme et est critiqué vertement par le vérificateur général. Définitivement, un moins.
Harper met fin à l’obligation des Canadiens de remplir le formulaire du recensement quinquennal, malgré l’opposition du directeur de Statistique Canada. Au recensement qui suit, le taux de réponse de 50% devient un empêchement pour obtenir des renseignements valides pour le développement urbain, la construction d’écoles, d’hôpitaux, de logement à loyer modique, de services aux immigrants. Tout devient plus compliqué et souventes fois impossible. Définitivement, un moins.
Sur la question de l’unité nationale, Harper dépose une motion reconnaissant « que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni ». Le vote aux Communes est quasi unanime. Controverse au Canada Anglais que Harper apaise en lui affirmant qu’il y a plusieurs nations au pays. Finie l’histoire du Canada créé par deux nations, la francophone et l’anglophone. Que sont les francophones des autres provinces ? L’ile-du-Prince Edouard, une nation ? Ce n’est que de la petite politique qui n’a rien apporté à Harper aux élections qui suivirent. Il n’en parle plus. Pour certains un plus, pour d’autres un moins !
Comme on peut juger, le conservatisme de droite a pris charge de la politique canadienne. Les moins l’emportent sur les plus. Influencé par la politique républicaine américaine, Harper et son idéologie a amené le Canada dans une voie qui nous est étrangère. Certes, il met l’accent sur l’économie et réussit, mais un pays c’est aussi une foule d’autres choses aussi importantes.
Les premiers ministres qui ont précédé Harper ont bâti un Canada grand, propre, fier, fort, ouvert au monde, respecté, respectueux de la personne humaine et de ses droits, champion de l’environnement. Aujourd’hui, le Canada souffre, fait du sur place et les gens du monde nous demandent « Qu’est ce qui se passe chez vous ? ». La réponse est simple. « Nous avons un Premier Ministre bien ordinaire »
Claude Dupras
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samedi 13 juillet 2013
Le « one man show » fatal
L’accident ferroviaire dans le village de Lac Mégantic aurait pu être évité si l’un des principaux responsables, Ed Burkhardt, président de la compagnie de trains Montreal-Maine and Atlantic Railway (MMA) impliquée dans le drame québécois, n’avait pas priorisé les profits de sa compagnie à la protection du public.
Hier, à Lac Mégantic, Burkhardt s’est présenté comme un personnage sympathique qui comprend bien les problèmes des gens et qui veut les aider à se sortir de l’enfer, dont il est le responsable. Oui, il est le responsable, et c’est devant le congrès américain en 1997 qu’il nous l’a démontré. À ce moment-là, il témoignait avec insistance devant un comité de la Chambre des représentants pour demander que la réglementation ferroviaire soit assouplie afin de pouvoir doter ses trains d’un seul conducteur qui serait assisté par un système de contrôle central à distance. Il voulait éliminer l’obligation d’avoir un ingénieur ferroviaire et au moins un conducteur par convoi. C’est à ce moment qu’un élu républicain, le représentant John Dobyns, bien décidé à lui barrer la route et outré de ce manque de responsabilité pour la protection du public affirma « « Ed Burkhardt se fiche de la sécurité du public. Il pense à ses profits, point final ». Dobyns réussit alors à faire rejeter sa proposition.
Mais en mai 2010, suite à des accords avec des responsables américains et canadiens, Burkhardt put enfin mettre en place sa vieille idée, dans l’espoir d’économiser 4,5 millions. Depuis l’accident, et hier encore, il a persisté dans la défense de sa décision et affirme que « le simple fait d’assurer la surveillance des convois aurait été trop coûteux et aurait fait perdre des contrats à sa compagnie ».
La théorie du contrôle à distance de Burkhardt, pour justifier un seul ingénieur ferroviaire par convoi, s’est envolée avec l’accident de Lac Mégantic. Il est clair que dans de tels convois qui parcourent des milliers de km et durent de longues heures, un conducteur « standby » additionnel, au minimum, est absolument nécessaire pour assurer la protection du public advenant un problème avec l’ingénieur ou le convoi. Fini le « one-man show »!
Seules deux compagnies ferroviaires sont autorisées au Québec à faire circuler des convois avec un seul ingénieur ferroviaire à bord. Ce sont MMA et Quebec North Shore and Labrador (QNS). La première est dédiée au transport de pétrole par wagons-citernes et l’autre, la QNS, œuvre sur la Côte-Nord québécoise pour le transport de minerai. MMA part du Dakota Nord, traverse villes et villages du Canada pour le livrer dans l’État du Maine de l’est américain, avec des convois de 1,5 km de longueur sur une infrastructure de ligne mal-entretenue dont la condition est de qualité moyenne. QNS origine au grand nord Québécois, traverse des régions sauvages et roule sur une infrastructure en excellente condition jusqu’au fleuve St-Laurent, avec des convois de 3km de long.
Il y a en plus, au Québec, deux autres compagnies ferroviaires, moins importantes, qui utilisent des chemins de fer de juridiction québécoise dont une pour le transport de minerai de Port Cartier à Fermont. Celles-là ont l’obligation d’avoir à bord un minimum d’un ingénieur ferroviaire et d’un conducteur. Il y a donc une différence importante entre les législations américaine, canadienne et québécoise. Cela démontre que le lobby pétrolier, qui a appuyé fermement Burkhardt, conjointement avec les politiciens américains et canadiens qui ont accepté, sur leur territoire, l’application d’une dérégulation permettant de limiter à un ingénieur ferroviaire des convois de cette importance, doivent aussi porter une part de la responsabilité de l’apocalypse du Lac Mégantic.
Cette situation doit être corrigée dans les plus brefs délais, car l’accident de Lac Mégantic a mis en relief et nous a fait comprendre la croissance illimitée du transport du pétrole. La Presse rapportait aujourd’hui des statistiques inquiétantes : au Canada, en 2008, plus de 500 wagons-citernes circulaient sur nos voies ferrées, alors qu’en 2013 le nombre dépassera 140 000. C’est inimaginable.
Nonobstant les critiques et les opposants au pétrole, sa production augmente de façon exponentielle, particulièrement en Amérique du Nord. Il faudra donc aller vers les oléoducs au plus vite car moins dangereux pour le public.
Le 4 janvier dernier, mon blog portait sur la question « le boom pétrolier canadien » et je suggère au lecteur de le lire (voir archives du blog) pour mieux comprendre l’importance que prennent les modes de distribution du pétrole. Voici un extrait de ce blog sur la question d’ « oléoduc versus rails » : « Les chercheurs de l’institut Manhattan ont comparé tous ces modes de transport. Ils ont analysé les incidents passés occasionnés par chacun. Ils sont arrivés à la conclusion que les possibilités de fuites de pétrole, de morts ou de blessures sont 34 fois plus grandes par rails que par oléoducs. De plus, « les trains créent des gaz à effets de serre pour l’énergie qu’ils consument et la quantité de pétrole qu’ils peuvent transporter n’est qu’une fraction de ce qu’elle peut être par oléoduc ».
En résumé, les vrais responsables du terrible accident du Lac Mégantic sont Ed Burkhardt qui a eu l’idée, le lobby pétrolier qui a pressurisé les politiciens et ces derniers, qu’ils soient américains ou canadiens, qui ont autorisé la dé-réglementation permettant un seul ingénieur ferroviaire sur chaque convoi.
Claude Dupras
Hier, à Lac Mégantic, Burkhardt s’est présenté comme un personnage sympathique qui comprend bien les problèmes des gens et qui veut les aider à se sortir de l’enfer, dont il est le responsable. Oui, il est le responsable, et c’est devant le congrès américain en 1997 qu’il nous l’a démontré. À ce moment-là, il témoignait avec insistance devant un comité de la Chambre des représentants pour demander que la réglementation ferroviaire soit assouplie afin de pouvoir doter ses trains d’un seul conducteur qui serait assisté par un système de contrôle central à distance. Il voulait éliminer l’obligation d’avoir un ingénieur ferroviaire et au moins un conducteur par convoi. C’est à ce moment qu’un élu républicain, le représentant John Dobyns, bien décidé à lui barrer la route et outré de ce manque de responsabilité pour la protection du public affirma « « Ed Burkhardt se fiche de la sécurité du public. Il pense à ses profits, point final ». Dobyns réussit alors à faire rejeter sa proposition.
Mais en mai 2010, suite à des accords avec des responsables américains et canadiens, Burkhardt put enfin mettre en place sa vieille idée, dans l’espoir d’économiser 4,5 millions. Depuis l’accident, et hier encore, il a persisté dans la défense de sa décision et affirme que « le simple fait d’assurer la surveillance des convois aurait été trop coûteux et aurait fait perdre des contrats à sa compagnie ».
La théorie du contrôle à distance de Burkhardt, pour justifier un seul ingénieur ferroviaire par convoi, s’est envolée avec l’accident de Lac Mégantic. Il est clair que dans de tels convois qui parcourent des milliers de km et durent de longues heures, un conducteur « standby » additionnel, au minimum, est absolument nécessaire pour assurer la protection du public advenant un problème avec l’ingénieur ou le convoi. Fini le « one-man show »!
Seules deux compagnies ferroviaires sont autorisées au Québec à faire circuler des convois avec un seul ingénieur ferroviaire à bord. Ce sont MMA et Quebec North Shore and Labrador (QNS). La première est dédiée au transport de pétrole par wagons-citernes et l’autre, la QNS, œuvre sur la Côte-Nord québécoise pour le transport de minerai. MMA part du Dakota Nord, traverse villes et villages du Canada pour le livrer dans l’État du Maine de l’est américain, avec des convois de 1,5 km de longueur sur une infrastructure de ligne mal-entretenue dont la condition est de qualité moyenne. QNS origine au grand nord Québécois, traverse des régions sauvages et roule sur une infrastructure en excellente condition jusqu’au fleuve St-Laurent, avec des convois de 3km de long.
Il y a en plus, au Québec, deux autres compagnies ferroviaires, moins importantes, qui utilisent des chemins de fer de juridiction québécoise dont une pour le transport de minerai de Port Cartier à Fermont. Celles-là ont l’obligation d’avoir à bord un minimum d’un ingénieur ferroviaire et d’un conducteur. Il y a donc une différence importante entre les législations américaine, canadienne et québécoise. Cela démontre que le lobby pétrolier, qui a appuyé fermement Burkhardt, conjointement avec les politiciens américains et canadiens qui ont accepté, sur leur territoire, l’application d’une dérégulation permettant de limiter à un ingénieur ferroviaire des convois de cette importance, doivent aussi porter une part de la responsabilité de l’apocalypse du Lac Mégantic.
Cette situation doit être corrigée dans les plus brefs délais, car l’accident de Lac Mégantic a mis en relief et nous a fait comprendre la croissance illimitée du transport du pétrole. La Presse rapportait aujourd’hui des statistiques inquiétantes : au Canada, en 2008, plus de 500 wagons-citernes circulaient sur nos voies ferrées, alors qu’en 2013 le nombre dépassera 140 000. C’est inimaginable.
Nonobstant les critiques et les opposants au pétrole, sa production augmente de façon exponentielle, particulièrement en Amérique du Nord. Il faudra donc aller vers les oléoducs au plus vite car moins dangereux pour le public.
Le 4 janvier dernier, mon blog portait sur la question « le boom pétrolier canadien » et je suggère au lecteur de le lire (voir archives du blog) pour mieux comprendre l’importance que prennent les modes de distribution du pétrole. Voici un extrait de ce blog sur la question d’ « oléoduc versus rails » : « Les chercheurs de l’institut Manhattan ont comparé tous ces modes de transport. Ils ont analysé les incidents passés occasionnés par chacun. Ils sont arrivés à la conclusion que les possibilités de fuites de pétrole, de morts ou de blessures sont 34 fois plus grandes par rails que par oléoducs. De plus, « les trains créent des gaz à effets de serre pour l’énergie qu’ils consument et la quantité de pétrole qu’ils peuvent transporter n’est qu’une fraction de ce qu’elle peut être par oléoduc ».
En résumé, les vrais responsables du terrible accident du Lac Mégantic sont Ed Burkhardt qui a eu l’idée, le lobby pétrolier qui a pressurisé les politiciens et ces derniers, qu’ils soient américains ou canadiens, qui ont autorisé la dé-réglementation permettant un seul ingénieur ferroviaire sur chaque convoi.
Claude Dupras
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