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mercredi 14 septembre 2016

Le Cauchemar de l’autoroute des Laurentides. Et demain ?

Mes grands-parents vivaient à St-Jérôme. En ce temps-là, il était de mise que les enfants aillent visiter leurs parents le dimanche. Mon père y rêvait mais il n’avait pas d’auto. Les mois passent et sa petite échoppe de 2 barbiers et 2 coiffeuses rapporte suffisamment pour les besoins de sa famille et quelques économies. Finalement, il achète une Plymouth 1933, toute neuve, et tous les dimanches, ou presque, qui suivirent « nous montons voir » Marie-Anne, Wilfrid et la parenté « dans le Nord ».

Plus tard, vers 1955, les parents de ma future épouse possèdent une maison au lac Guindon de Sainte-Anne-des-Lacs et encore-là, plusieurs dimanches, nous montons dans le nord pour les voir et cela jusqu’au moment, en 1963, où nous achetons notre propre chalet à l’Estérel, près de Ste-Adèle. C’est donc depuis ma jeunesse que je parcours ce chemin de Montréal aux Laurentides dont je connais les beaux et mauvais jours.

Évidemment ce ne fut pas toujours une autoroute comme aujourd’hui. Ah non ! Au début, c’est la route 11 à deux voies seulement et étroites. Et pour s’y rendre, à partir de Verdun, il faut traverser l’île de Montréal jusqu’à Cartierville pour franchir le pont Lachapelle sur la Rivière-des-Prairies, près du parc Belmont, puis parcourir toutes les municipalités de l’île Jésus dont l’Abord-à-Plouffe, Chomedey, Ste Rose jusqu’au pont Hyppolyte Lafontaine (son nom d’alors) qui enjambe la rivière des Mille-Îles. Puis c’est la montée vers Rosemère, Ste-Thérèse-en-haut, St-Janvier et enfin St-Jérôme, après 2h30 de route. Les accidents sont nombreux. Les crevaisons aussi. En hiver, on roule dans des canyons de neige plus hauts que l’auto.

La région des Laurentides est un aimant pour les Montréalais et devient une région touristique très prisée, une destination de premier choix. Le calme, le bon air frais, les nombreux lacs, les montagnes, sports d’hiver et d’été les attirent car la grande majorité vit dans de petits logements tassés les uns aux autres et souventes fois l’air de la ville est pollué. De plus, ils travaillent « dur » et, le dimanche, veulent fuir la ville avec leur famille pour aller se revivifier afin de reprendre le travail et l’école, le lundi, en meilleure forme. Plusieurs espèrent avoir, un jour, un « camp dans le Nord ».

La route 11, (aujourd’hui la 117, route nationale québécoise nord-sud jusqu’en Abitibi-Témiscamingue), est un lien routier important, de plus en plus achalandé, pénible et ingérable. Elle est élargie, améliorée mais l’accroissement rapide du nombre d’automobiles la rend insuffisante. La pression sur le gouvernement du Québec augmente et finalement le 3 mai 1957, le PM Maurice Duplessis annonce la construction d’une voie rapide entre Montréal et St-Jérôme au coût de 40 millions de $. C’est la première autoroute du Québec et elle est à péage. Quel charme, quel beau voyage, que c’est agréable une autoroute au Québec ! Ma famille avait découvert les autoroutes, quelques années auparavant, lors d’un voyage à New York où le New York Freeway nous avait amenés d’Albany à la métropole américaine. Mais ça, on imaginait, dans nos têtes d’enfants, que c’était pour les américains, pas pour nous.

La route 117, à la sortie de l’autoroute à St-Jérôme, est vite engorgée et l’accès aux Laurentides devient problématique. En 1964, le gouvernement l’allonge de 24 km jusqu’à Ste-Adèle. Puis en 1974, ajoute 20 km additionnels pour rejoindre Ste-Agathe des Monts. Et pour faciliter la circulation, le péage est éliminé vers 1983.
L’autoroute des Laurentides est une partie de l’autoroute 15 qui origine à St-Bernard-de-Lacolle aux frontières américaines et se termine à Ste-Agathe-des-monts, sur une longueur de 163 km. C’est aussi une partie du parcours de la route transcanadienne qui s’échelonne de St-John, Terre-Neuve, à Victoria en Colombie Britannique. De Montréal, le chemin le plus court pour se rendre à Vancouver est l’autoroute des Laurentides vers le nord en direction du Témiscamingue pour entrer en Ontario. Toutes ces origines et destinations ajoutent un nombre important d’automobiles et de camions à l’autoroute. 

Le territoire de la rive-nord, surnommée la couronne nord de Montréal, attire les citoyens de la métropole et connait un développement sans pareil grâce à l’autoroute des Laurentides. Des dizaines de milliers d’entre eux quittent leur ville, laissent leurs logements à de nouveaux immigrés et installent leur famille dans de nouvelles maisons dans des villages qui deviennent vite des municipalités importantes.  
La région des Laurentides connait la plus importante croissance démographique au Québec. L’institut de la statistique indique que de 2001 à 2026, la MRC (Municipalité Régionale de Comté) Thérèse-de Blainville connaîtra une croissance d’environ 28,8% comparativement à 9,3 % au Québec. Les MRC voisines ont vécu, vivent et vivront aussi de telles augmentations de leur population.
Depuis l’an 2000, de grands travaux sont réalisés sur l’autoroute des Laurentides pour répondre au nombre croissant d’automobiles. La route est élargie à 4 voies entre Montréal et St-Jérôme. De nouvelles autoroutes 440 et 640, est-ouest, y sont reliées par de nouveaux échangeurs importants. De même avec l’échangeur Décarie à la jonction du boulevard Métropolitain de Montréal dont le trafic lourd de l’ouest vient en partie de l’Ontario et des USA. Les interminables travaux ont ralenti la circulation automobile durant plusieurs années. Nous avons subi ces délais, ces exaspérations, sans mot dire, avec l’espoir qu’une fois terminés la circulation serait fluide. Mais le contraire est le résultat. « Trop souvent les automobilistes sont pris en otage dans des kilomètres de voitures immobilisées », affirme le maire de Bois-des-Filions, comme nous l’avons constaté constamment durant les mois de juillet et août dernier. (Un jour, j’ai roulé durant 2h30 du boulevard Métropolitain à Ste-Adèle, une distance de 69 km. Le même temps que prenait mon père dans les années ’40). Le moins que je puisse dire est que ce fut désespérant. Pourquoi ?
Le nombre d’automobiles augmente exponentiellement. Tous ceux en droit de conduire ont la possibilité, aujourd’hui, d’avoir une automobile. Devant une résidence de banlieue, il n’est pas rare de constater deux, trois et même quatre véhicules de stationnés. Les pages des journaux sont remplies d’offres de location-achat d’autos neuves à des taux aussi bas que $70 par semaine. Il n’est pas rare d’inviter des amis chez soi et de voir un couple arriver chacun avec sa voiture. Et, souventes fois, leurs enfants aussi.
De son côté, le ministère du transport du Québec semble incapable de prédire l’avenir de la circulation sur nos routes. Il est compétent pour construire, mais pas pour prédire ce que sera le trafic dans 5 ans ou dix ans. Le cas de l’autoroute des Laurentides en est une bonne démonstration puisque ses longs travaux viennent à peine d’être terminés et déjà elle est saturée. Ce sera quoi durant les prochaines années ?
La circulation sur l’autoroute des Laurentides est souventes fois si dense et le temps si long pour se rendre à Montréal que cela nous justifie de poser des questions et de mettre en doute la compétence professionnelle des designers de nos routes. Ce n’est pas une question de tricherie en rapport avec la construction, comme l’a révélé la commission Charbonneau, mais une de l’évaluation du niveau de la circulation future de nos autoroutes. Nous avons droit de savoir si les responsables actuels sont des professionnels qualifiés pour faire ces études et d’être rassurés que le résultat de leur travail futur ne soit pas comme celui du passé. Le problème se doit d’être réglé.
D’autre part, le ministère doit et peut trouver des solutions pour désengorger l’autoroute des Laurentides qui, contrairement à d’autres autoroutes, n’a pas de voie réservée au transport collectif. Pour les Laurentides, ce service public est organisé via un important réseau d’autobus qui desservent tous les villages et municipalités des Laurentides et transportent les usagers, souvent via l’autoroute, jusqu’à la gare intermodale de St-Jérôme d’où part la ligne de trains St-Jérôme-Montréal.
Ce système s’améliore constamment. De la gare, le train rejoint, en 35 minutes, la station de métro De La Concorde à Laval qui, elle, est reliée à tout le réseau des stations de métros de Montréal. Il dessert aussi directement les stations Parc, Vendôme et Lucien l’Allier ainsi que cinq municipalités de la couronne. Les 13 trains par jour sont de deux niveaux, confortables, relativement neufs. C’est une bonne façon d’aller en ville sans automobile, soulageant ainsi le trafic de l’autoroute. Malheureusement, ce système n’est pas encore utilisé à son plein potentiel parce que mal connu et le stationnement de 775 cases est nettement insuffisant.
Parmi les autres moyens, il y a :
1. La prolongation de l’autoroute 13 (elle devait desservir l’ex-aéroport international de Mirabel) qui chevauche actuellement une grande partie de son trafic sur celui de l’autoroute des Laurentides, au niveau de la ville de Boisbriand. La prolongation pourrait aller jusqu’à Ste-Adèle et la construction des premières sections vers St-Jérôme ou autres municipalités peut être entreprise dans des délais relativement courts.
2. La prolongation de l’autoroute 19, située au centre de l’île Jésus de Laval, vers le nord en direction de Ste-Sophie et de là rejoindre l’autoroute de Laurentides après St-Jérôme.
3. L’amélioration des exits des autoroutes 440 et 640 qui versent sur l’autoroute des Laurentides une forte quantité d’automobiles qui ralentissent constamment sa circulation. Cela est possible et nécessaire.
4. La synchronisation des feux rouges de la route nationale 117, parallèle à l’autoroute des Laurentides. Très large, elle traverse les municipalités adjacentes de Ste-Thérèse, Blainville et Mirabel. Ces dernières utilisent cette route comme leur rue principale et font tout pour ralentir la circulation d’où la désynchronisation des feux rouges. Le résultat est que tout automobiliste qui veut rouler jusqu’à St-Jérôme, via cette route comme par le passé, se voit contraint d’utiliser l’autoroute des Laurentides à cause des multiples arrêts. 
De plus, le gouvernement devra tenir compte qu’un nouveau centre commercial géant de 300 000 mètres carrés, le Royalmount/Quinze40, sera construit, dès 2017, à l’intersection sud-ouest de l’autoroute des Laurentides et du boulevard Métropolitain, à Montréal, et qu’il attirera des milliers d’automobilistes, si on se fie à ce qui se passe au gigantesque Dix30 de la rive-sud. Si rien de majeur n’est fait, le cauchemar risque d’être plus pénible et angoissant.  
Le premier ministre du Québec doit exiger de son ministre du Transport de revoir la qualité du travail de certains de ses fonctionnaires qui analysent l’ensemble du trafic actuel et futur de l’autoroute des Laurentides et d’y apporter des changements majeurs !
Alors que rien ne va plus aujourd’hui, qu’arrivera-t’il demain si on continue de la même façon ?
Claude Dupras

lundi 22 février 2016

 
Note : mon dernier blog date du 3 octobre 2015, moment où j’ai dû, pour des raisons personnelles, arrêter d’écrire mes textes. Les choses s’étant améliorées, il me fait plaisir de reprendre mes écritures. Merci à mes fidèles lecteurs et de commenter. Claude Dupras 
 
Le 22 février 2016
Le phénomène Trump
La politique américaine actuelle devient, jour après jour, de plus en plus intéressante. Elle se situe aujourd'hui dans la course pour le choix des candidats républicains ou démocrates pour la présidence du pays. Et celui qui ajoute davantage de piment dans ce brouhaha quotidien est le constructeur newyorkais Donald J. Trump qui vise à devenir président des États-Unis sous l’étiquette républicaine.   
C’est au début des années 80 que j’ai entendu parler, une première fois, de Trump. Il avait 36 ans et venait de construire le « Trump Tower » à New York. La réputation de la qualité architecturale et des caractéristiques de ce projet était devenue un sujet de conversation dans le milieu de la construction, particulièrement à Montréal où j’œuvrais. J’étais surpris de ce qu’avait pu réussir ce jeune entrepreneur dans la « Big Apple ».  
Pour construire sa tour, Trump avait dû démolir un édifice art deco, sur la 5e avenue, qu’il avait acheté à la surprise de plusieurs. Faisant fi des exigences municipales de conserver les anciennes façades sculptées du bâtiment existant, il voulait donner une allure contemporaine à son nouveau bâtiment qu’il imagina de 57 étages, une vingtaine de plus que ne le permettait le règlement sur un site si petit.
Trump proposa son plan mais les autorités le refusèrent. Pour les convaincre, il imagina l’idée, révolutionnaire pour l’époque, d’un bâtiment à multiples occupations. Il en dédia une partie pour des grands magasins et boutiques de détail, une autre pour des bureaux d’affaires et une dernière pour des résidences de haute qualité. Il convainquit IBM, propriétaire de l’édifice voisin à l’est, de relier leur bâtiment au sien par une arcade et fusionna ses étages inférieurs aux leurs. Il acheta les droits aériens de l’autre édifice voisin, propriété de Tiffany’s, imagina construire un immense atrium et en fit un espace public respectant les codes municipaux du temps. L’accès aux bureaux supérieurs s’y fera aussi. Cet ensemble plut à la ville et Trump obtint son permis. Mais, il n’avait pas fini car il voulait que la construction soit de très grande qualité afin d’attirer le plus grand nombre possible de personnes du public à son bâtiment. Ainsi, il recouvrit l’espace public de marbre blanc avec veines, de miroirs et de laiton avec sa couleur cuivre-jaune-or dominante. Il ajouta une attraction d’envergure, soit une chute d’eau de cinq étages sur une des parois du hall, visible des boutiques, des cafés, du pont qui traverse l’étang au bas des chutes et des escaliers mobiles. Le tout couronné d’une immense verrière. Dans les années ’80, c’était époustouflant pour un bâtiment commercial privé.
Trump réussit son pari et la « Trump Tower » devint dès son ouverture, un arrêt obligatoire pour les touristes newyorkais. Ce que mon épouse et moi firent, dès l’ouverture du complexe, et nous ne l’avons pas oublié.  
Trump continua sa carrière de promoteur et de constructeur et prêta son nom à des projets de qualité partout dans le monde, incluant Toronto et Vancouver. Il devint aussi une vedette de la télévision américaine avec l’émission The apprentice. Il est très connu et estime valoir aujourd’hui huit milliards $. C’est un success story hors de l’ordinaire qui démontre le talent de cet individu et ses qualités d’administrateur et de promoteur imaginatif et persuasif.
Cette année, Trump a décidé de plonger dans les « primaires présidentielles américaines » pour le Parti Républicain. À ce jour, il mène la course et les pronostics sont très bons pour lui, au grand désespoir de l’establishment du parti qui juge qu’il mine la crédibilité de leur parti et qui cherche par tous les moyens à dérailler sa campagne qui progresse trop positivement, à leur grand souci.
Trump arrive au moment où une grande majorité de républicains est choquée de ce qu’elle qualifie du peu de progrès de leur pays. Pour elle, le gouvernement gruge continuellement dans sa vie personnelle, la dette nationale dépasse toute proportion raisonnable, la politique étrangère est inquiétante, la pauvreté s’étend, les manufacturiers quittent pour d’autres cieux… 
Elle reproche à Obama d’avoir fait des ententes cordiales avec Cuba et l’Iran, le blâme de la poussée islamiste de Daech qui devient menaçante dans le monde entier, craint la modernisation de l’armée russe de Poutine et sa politique étrangère qui prend de plus en plus de place et d’importance sur l’échiquier mondial. 
 
De plus, elle veut abolir le nouveau programme de santé d’Obama, l’Obamacare, qui dérape à cause des honoraires des médecins et des prix de médicaments qui s’envolent. Elle est désespérée de constater que la politique libérale d’Obama s’engrange dans le public et que même les élus républicains, majoritaires au Sénat et à la Chambre des représentants, collaborent avec Obama comme ce fut le cas lors de l’adoption du dernier budget. 
 
De son côté, la droite religieuse est choquée de constater que les maisons de planification familiale, où se déroulent des avortements, persistent et prospèrent.

Et encore…   
 
L’avantage de Trump est qu’il a bien saisi l’inquiétude de la droite américaine. Il sait quoi dire et comment le dire. Il est la voix de l’opposition la plus agressive. Il est le seul qui est vraiment écouté. Il s’élève contre la Presse qu’il qualifie de mensongère et odieuse. Il est intéressant à écouter, à regarder et partout, dans les différents états où il réunit les républicains, les arénas débordent. Il aime à dire aux foules qu’il attire « this is fun ». Oui, ses grandes assemblées sont joyeuses et tout le monde s’amuse au dépend d’Obama, de la Presse, des leaders républicains et des autres candidats dans la course. Ses discours sont à teintes racistes, à propositions souventes fois ridicules sans toutefois affecter son image, bien au contraire. 
 
Trump finance sa propre campagne contrairement à ses adversaires qui reçoivent des centaines de millions de $ de compagnies qui se réunissent dans des groupes nommés SuperPac. Jeb Bush, par exemple, fils et frère d’anciens présidents, a dépensé plus de 100 millions de US$ depuis le début de la campagne qu’il a affectés à de la publicité négative contre Trump majoritairement et contre Marco Rubio, le candidat qui suit ce dernier. Résultat : Bush vient de démissionner de la course, faute d’appui.
 
La Presse, que Trump bafoue, transmet ses discours, son image. Il est la vedette de l’heure, celui qui affecte le plus positivement les cotes d’écoutes. Les dirigeants des médias le savent et le réclament. Il est un phénomène rare en politique car finalement, c’est la Presse qui le honnit qui répand son message et fait sa campagne.
 
Trump n’est pas un idiot. Il sait ce qu’il fait et ça marche. Il sait saisir les manchettes, même avec des propositions irréalistes comme la construction d’un mur entre le Mexique et les USA ainsi que l’arrêt total de la venue de tout musulman dans son pays. Il se maintient en tête des sondages et cela va continuer. Après Iowa (où il a terminé presque premier), New Hampshire (premier) et South Carolina (premier), il est en avance dans les sondages au Nevada et dans tous les prochains états qui voteront bientôt.  
 
La mer de ses supporteurs réagit positivement et aveuglement à ses nombreuses attaques contre ceux qui influencent le pouvoir comme l’establishment et les grandes corporations. La réaction de haine que Trump suscite, souventes fois justifiée, contre ces personnes ou ces groupes alimente sa popularité. Mais cela ne veut pas dire que Trump est le meilleur choix. Ce n’est qu’au moment où ses partisans mettront de côté leurs émotions pour penser à bien servir le conservatisme et la cause de leur pays que nous saurons vraiment si Trump a des chances de gagner la mise en candidature. Peuvent-ils lui faire suffisamment confiance pour lui confier les codes nucléaires ? Ses faux pas, ses positions libérales comme l’assurance santé pour tous (il a louangé le système canadien), sont-elles acceptables par les conservateurs du parti républicain ? De plus, comment déporter 11 millions de Mexicains illégaux et les laisser rentrer sans engendrer des dépenses gouvernementales extraordinaires ? Comment faire payer le mur par le Mexique ? Comment empêcher les musulmans d’entrer aux USA sans réactions mondiales coûteuses ? Comment gagner le vote espagnol et le vote arabe avec de telles politiques? Comment décentraliser le pouvoir, comme le réclament les conservateurs, s’il veut tout faire à partir de Washington ? 
 
Actuellement, Trump a mis l’establishment dans sa petite poche. Peut-il continuer ainsi car toutes les questions précédentes demeurent et méritent réponses ? Trump peut-il demeurer le « candidat teflon », qu’aucune de ses affirmations affecte, jusqu’au 18 au 21 juillet prochain lors de la convention républicaine à Cleveland dans l’Ohio ? 
 
La rage des gens de la droite américaine contre la Presse libérale et la direction inefficace du parti républicain est justifiable. Mais une rage incontrôlée alimentée par un candidat flamboyant, erratique, mal renseigné qui parle fort, cru, qui change d’idée et qui émet des idées libérales par moment sera difficile à gober et risque d’éclater avec les républicains en congrès. Est-ce là que les négatifs de Trump l’emporteront sur ses positifs? Ses propositions irréalistes et flagrantes peuvent-elles être oubliées ? Ses partisans en ont fait un héros capable de sauver l’Amérique mais l’establishment du parti le voit comme un candidat à qui on ne peut confier l’immense pouvoir qu’a un président américain, réussira-t-il à l’arrêter ? 
 
Je n’en suis pas certain. 
 
Claude Dupras  
 
 
                 

vendredi 27 septembre 2013

Ne pas soulever la nation, mais la bâtir

Un récent article rappelait les résultats de l’enquête nationale de 2011 sur les ménages en rapport avec la place de la religion dans la vie des Canadiens. La province de Québec compte 12% d’individus qui affirment n’avoir aucune appartenance religieuse, tout de suite avant Terreneuve qui est la plus religieuse avec 6% de non-croyants. La plus athée est la Colombie Britannique avec 44%.

Je ne suis pas surpris de cette statistique en rapport avec le Québec. Encore aujourd’hui, les Québécois, descendants d’occidentaux, élevés surtout dans la religion catholique mais aussi dans le protestantisme et les religions orthodoxes et juives, demeurent croyants même si un grand nombre ne sont plus pratiquants. Cela se manifeste lors de grands évènements. À ces moments-là, l’église devient le point de ralliement pour marquer à nouveau notre foi, prier, se consoler mutuellement et écouter les paroles apaisantes d’un prêtre. On l’a constaté à nouveau récemment à Lac Mégantic suite au terrible accident ferroviaire. Quant aux funérailles de monsieur-et-madame-tout-le-monde, si elles ne sont tenues que rarement à l’église à cause des coûts plus élevés, elles le sont au salon funéraire lors d’une cérémonie à caractère religieux présidée soit par un prêtre, un diacre ou une personne autorisée. Je n’ai été témoin qu’une seule fois où un ami avait demandé de n’avoir aucune cérémonie.

Les nombreux immigrés venus s’installer au Québec depuis de nombreuses années pratiquent pour la plupart une religion. Ceux d’Amérique du sud sont généralement catholiques, ceux d’Arabie sont musulmans ou coptes, ceux d’Asie sont hindouistes, taôistes ou sikhs; ceux de l’Europe de l’est sont orthodoxes… Chacun a son clergé, ses pasteurs, ses imans, ses moines ou même ses gourous. Pour plusieurs, c’est la foi en un Être suprême. Pour d’autres, c’est une manière de vivre ou une réponse aux questions difficiles de l’humanité. Pour les non-croyants, ce n’est que de la superstition.

Malgré les 88% de croyants québécois, l’État du Québec est laïc. Je considère que c’est bien ainsi et peu de personnes questionnent cet état de fait. Cependant, nous croyons en la liberté de religion pour chacun.

La « charte des valeurs québécoises » n’implante pas la laïcité puisqu’elle existe déjà. Elle est proposée par le gouvernement actuel qui soupçonne que les serviteurs de l’État profitent de l’occasion qu’ils ont de rencontrer personnellement le public pour faire une propagande en faveur de la religion dans laquelle ils croient. Il ne tient pas compte que les fonctionnaires ont un devoir de réserve.

Pourquoi présenter une telle proposition à ce moment-ci, alors qu’il n’y a pas vraiment de problème entre les races au Québec ? Pourquoi susciter inutilement à l’extérieur des émotions négatives envers le Québec ? Pour défendre le port du voile intégral ? Mais il n’y a pas une fonctionnaire québécoise qui le porte !

Certes, nous avons connu il y a quelques années, la« crisette » d’Hérouxville, petite municipalité de 1 300 personnes, suite à l’adoption par le conseil de ville d’un règlement stipulant notamment que « la lapidation des femmes et le fait de les brûler vives, de même que l'excision, étaient interdits dans la municipalité ». Il craignait qu’une famille musulmane s’installe dans son patelin. Cette réaction xénophobe a été amplifiée démesurément par certains politiciens qui ont joué sur la perception négative de plusieurs Québécois envers les musulmans pour soulever la nation. Pourtant, c’est l’intolérance qui a été mise en évidence à ce moment-là. Voulons-nous répéter cette hystérie collective ?

Trop de Québécois ne font pas la différence entre l’Islam et le mouvement islamiste. Et on ne peut les blâmer. Ils ont été témoins de l’attentat du 11 septembre 2001 sur les tours du World Center de New York. Et depuis, ça n’arrête pas. Encore aujourd’hui, c’est le brutal acte terroriste au centre commercial en Nairobi au Kenya qui fait les manchettes. Ces islamistes nuisent à la réputation des musulmans monde.

Je connais plusieurs Algériens de Montréal. J’ai signé des documents d’immigration pour quelques uns. Ce sont de bonnes gens, qui sont venues s’implanter chez nous pour y vivre, travailler, élever leurs enfants et assurer l’avenir de chacun. Et, ils réussissent et veulent contribuer et s’intégrer à notre société puisque leurs espérances sont similaires aux nôtres. Nous nous devons de les comprendre car eux aussi sont victimes d’islamistes. Ils sont un groupe parmi toutes les cultures différentes qui sont venues au Québec pour y vivre et qui ont droit à leur chance. Nous nous devons de faire la part des choses et leur assurer notre appui. La discrimination n’a pas sa place.

J’ai grandi dans un milieu fortement multiculturel. Ma famille et celles de nos voisins francophones sont demeurées, malgré cela, canadiennes-françaises « pure-laine ». Pour nous, les plus jeunes, ce fut positif de vivre avec des anglophones. En plus d’être devenus parfaits bilingues dès notre très jeune âge, leur esprit cartésien a laissé des traces positives sur notre formation, notre personnalité.

L’identité du Québec est principalement sa langue. Elle est protégée par la loi 101. D’où qu’ils viennent, de quelques langues qu’ils parlent, quelque soit leur culture, les nouveaux immigrés deviendront avec le temps des Québécois parlants-français. Peut être pas les parents, mais leurs descendants sûrement puisqu’ils devront obligatoirement fréquenter l’école française dès le niveau élémentaire. Tout comme ce fut le cas pour les anglophones dont 70% parlent le français, aujourd’hui. Et, avec le temps, le score sera encore plus haut. Cela démontre bien l’importance de la loi 101 et la raison pour laquelle nous devons veiller à ce qu’elle soit protégée et toujours respectée.

Les néoquébécois sont là et de nouveaux viendront, à moins que l’on change toutes les lois… ce qui n’arrivera pas. Nous nous devons d’accepter cette évidence et réaliser le potentiel extraordinaire que cette diversité nous apporte. Dans un premier temps, libérons-nous de la peur instinctive face aux immigrants qui hante plusieurs d’entre-nous. Devenons plus conciliants. Cela ne changera rien pour nous, ni en nous, puisque nous serons toujours ce que nous sommes !

La langue majoritaire sera toujours le français. Notre identité demeurera intacte. On ne se fera pas de mal en nous ouvrant aux autres. Au contraire. Nous comprendrons mieux ce qu’est le monde et ses habitants et les avantages que leurs cultures peuvent apporter aux connaissances des membres de notre société.

Les immigrants vivent la fracture avec leur pays d’origine. C’est difficile pour eux même s’ils l’ont quitté volontairement. Mais avec le temps, et on a de multiples exemples du passé qui nous le démontrent, ils se joindront de plus en plus à nos activités culturelles, sociales, sportives…. Certes, il y aura des problèmes et des conflits… mais ces différends seront réglés. Pour juger de ce potentiel, on n’a qu’à écouter à la télé des jeunes de familles chinoises, coréennes, haïtiennes et d’autres qui parlent le français avec un bel accent québécois. Ce sont des exemples d’intégration et une démonstration claire des effets de la loi 101.

Face à la réalité, notre gouvernement devrait renseigner les Québécois et les préparer à l’avenir. Qu’il ait confiance en l’intelligence de notre peuple ! Nous comprenons que tout change rapidement et que nous devons bien saisir l’opportunité, ouvrir nos esprits, être généreux, oublier nos préjugés, raffermir notre culture et s’assurer que les néo-québécois participent au développement culturel et économique de notre société francophone. Voilà un objectif positif.

Je souhaite que mon gouvernement mette l’accent sur les vrais défis de demain et bâtisse notre coin de pays au lieu de semer une zizanie qui ne crée que des conflits.

Claude Dupras

jeudi 15 septembre 2011

Obama : président d’un mandat ?

Le sondage américain Gallup de ce matin, compte 40% d’Américains favorables au travail du président Barack Obama et 52% non favorables. Il y a près d’un an, le score était l’inverse. Ça va mal à la « shop » de la Maison Blanche !

Le « slogan » de campagne de Mme Michelle Bauchman, candidate à l’investiture pour le choix du candidat républicain à l’élection de novembre 2012, est « Obama, président d’un mandat ». Chaque fois qu’elle le crie à une foule, une ovation d’un enthousiasme débordant répond.

Je suis de près cette élection primaire républicaine qui est triste à regarder. Les attitudes, les opinions et la qualité des candidats en lice ne sont pas à la hauteur d’un grand parti comme celui des républicains. Un seul, à mon avis, devrait être président, c’est Mitch Romney, l’ex gouverneur de l’état du Massachusetts. Les autres semblent venir d’un autre temps.

Celui qui est actuellement le favori pour l’emporter est le gouverneur du Texas, Rick Perry. Il est comme un illuminé charismatique avec des airs de « preacher ». Mais il présente un bon bilan à la tête du Texas. En août, voulant imiter Abraham Lincoln durant la guerre civile américaine, il a organisé, au grand stade d’Houston, une journée (sept heures) de prière et de jeûne pour demander pardon à Dieu pour les péchés du peuple américain et le supplier d’aider l’Amérique à se sortir de la crise économique… 30 000 personnes répondirent. Pourtant, Perry devrait comprendre les limites de la prière puisqu’en avril il a organisé une vigile de trois jours de prière pour que Dieu envoie la pluie sur le Texas à cause de la pire sécheresse depuis 1895. Aucune goutte d’eau n’est tombée depuis. Ces gestes « religieux » ont conquis la droite évangéliste américaine. Perry est aussi le préféré des teapartyers car il promet de couper sans réserve les dépenses gouvernementales. Ce sont ces appuis qui le placent aujourd’hui à la tête des candidats.

Hier avait lieu, dans le 9ième district de New York, l’élection partielle d’un représentant au Congrès américain qui en compte 435. Actuellement ce sont les républicains qui ont la majorité de cette chambre législative très importante de la politique américaine. Le sortant-de-charge était un démocrate qui fut pris dans un scandale. La population de ce district à 40% juive est de tradition démocrate. Bill Clinton et l’ex-gouverneur de NY Cuomo ont fait campagne pour le candidat démocrate qui est juif. À la grande surprise des observateurs, c’est le candidat républicain, novice de la politique, catholique, qui a gagné. L’ancien maire Koch de NY, démocrate et juif, a « viré son capot » et a fait campagne pour le républicain, tout comme les rabbins de New York car ils n’aiment pas la politique d’Obama envers Israël en rapport avec sa décision d’utiliser les frontières de 1967 entre la Palestine et Israël comme base de discussion pour une entente entre les deux parties.

On comprend mieux qu’Obama ait décidé de voter contre la création de l’État de la Palestine par le conseil de sécurité des Nations Unies. Ce n’est que pour garder ou récupérer sa base électorale juive. C’est de l’opportunisme politique. Que les droits des Palestiniens soient brimés…

L’autre aspect important dans ce district, et dans un autre au Nevada où il y avait aussi élection ce même jour, a été la stratégie républicaine de faire campagne sur les enjeux nationaux alors que normalement les batailles électorales dans les districts se font sur des enjeux locaux. En réussissant à centrer les critiques sur Obama, en faisant un genre de référendum sur le président, les républicains ont gagné les deux districts.

Les républicains ont appris à contrôler et dicter le message politique. Pour eux « éduqué » devient « élitiste », « riche » devient « créateur d’emplois », « stimulus » devient politiquement un mot sale…. au point qu’Obama ne l’utilise plus. Ils répètent sans cesse que le « stimulus » de 800 milliards $, d’il y a deux ans, proposé par Obama et adopté par le congrès à majorité démocrate, n’a rien donné. Ce qui est faux, mais un nombre grandissant d’américains le croient malgré l’avis des économistes qui affirment que le stimulus a mis fin à la dépression. Les républicains connaissent bien le proverbe : Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose…

Ils s’opposent avec les mêmes arguments au nouveau programme de stimulus de 450 milliards $ proposé par Obama pour créer de nouveaux emplois immédiatement pour contrer la nouvelle crise. Comme les républicains sont maintenant majoritaires à la chambre des représentants, ils veulent tout arrêter car, disent-ils, ce n’est que de l’argent dépensé inutilement. Perry est un de ceux qui critiquent le plus le nouveau stimulus, mais, hypocritement, il oublie de dire qu’il a utilisé 6 milliards $ du premier stimulus pour balancer son budget texan. Avec de tels hommes politiques, les USA ne sont pas sortis du bois !

Le parti républicain réunit de plus en plus de monde de tous les niveaux de la société. Alors qu’avant il était reconnu comme le parti des « riches », il est devenu le repaire de tous ceux qui s’opposent aux dépenses gouvernementales et d’une large partie de la classe moyenne qui en a assez de la politique. Le nouveau parti républicain, et je crois qu’un peut le qualifier ainsi, est redevenu une force politique importante.

Barack Obama et les démocrates ne peuvent qu’être inquiets. L’élection d’hier à New York n’indique rien de bon. Celle du Nevada non plus. Et les sondages encore moins.

Les observateurs qui s’y connaissent prédisent maintenant que le candidat républicain remportera la présidence en 2012. Dans tout cela, Il ne faut pas oublier que ce n’est pas le suffrage universel qui compte aux USA pour l’élection du président mais le collège électoral. Et lorsqu’on constate l'évolution politique d'un État comme celui de New York qui a toujours voté du côté démocrate au collège électoral, c’est significatif.

Je crains de plus en plus que le président Barack Obama ne soit le président que d’un mandat. Et dire que GWBush en a eu deux.

Claude Dupras

mercredi 20 juillet 2011

« Des projets fous, fous, fous » : C’était ça la vision de Jean Drapeau ? NON

Un récent article du journal La Presse de Montréal, dont la Une a occupé un tiers de page suivi des pages 2 et 3 dédiées à des projets farfelus jamais réalisés et proposés par on ne sait qui durant les années ’60 pour la métropole. En reproduisant la photo du maire d’alors, Jean Drapeau, quatre fois sur la Une et trois fois dans l’article, et en écrivant un texte tendancieux, l’auteur a clairement chercher à laisser croire que le maire voulait tous ces projets et visait à démolir tous les vieux quartiers montréalais, au nom du progrès.

De plus, en reproduisant les critiques de Richard Bergeron, chef du parti municipal Projet Montréal, à l’égard de maire Drapeau, l’auteur a voulu donner de la crédibilité à son texte du fait que Bergeron est urbaniste.

Dans toutes les villes du monde, il y a d’innombrables projets proposés par des urbanistes, architectes, promoteurs, groupes citoyens et politiciens. Beaucoup sont irréalistes et rejetés. Et c’est le cas de Montréal. On n’a qu’à voir le Montréal d’aujourd’hui pour se rendre compte que de bonnes décisions ont été prises. Certes, certaines erreurs se sont glissées, mais globalement ce fut un grand succès de planification et de développement.

En 1960, Bergeron avait quatre ans. Aujourd’hui, ses commentaires sur Jean Drapeau sont non seulement infondés mais aussi insultants et injurieux. Il dit : « Il y avait une espèce de honte de ce qu’on était avant. Cette honte c’était nos quartiers… on voulait tout démolir », « À l’époque tout était permis, on pensait que Montréal aurait 7 millions de personnes… il fallait se préparer à la construction de 150 tours. C’était ça, la vision de Drapeau ». En rapport avec le développement du métro, des études avaient été faites sur la base d’une population future de Montréal pouvant varier de trois, cinq ou sept millions. Évidemment, Bergeron, aujourd’hui, pour justifier son opinion, utilise l’option de sept millions, qui évidemment n’a pas été réalisée puisque Montréal n’en a que trois aujourd’hui, pour dire « C’est de la folie furieuse. Ils en fumaient du bon ! Il ne faut pas avoir une réponse excédant de 10 fois le problème posé… » Il dit n’importe quoi ce petit politicien !

Pour Bergeron, l’ennemi noir est l’automobile et il veut l’éradiquer des rues de Montréal. Son approche est simple : il faut tout faire pour embêter les automobilistes afin qu’ils décident de laisser leur auto à la maison et utiliser les transports en commun. Fini les sens uniques, les feux synchronisés, etc. Par exemple, dans l’arrondissement Mt-Royal où il est aux affaires son parti a changé sans avertissement normal, la direction d’une section de la grande avenue nord-sud Christophe Colomb pour casser sa fluidité. Le trafic est maintenant détourné vers une rue secondaire au grand dam de ses résidents, des automobilistes et des camionneurs.

Drapeau est arrivé au pouvoir en 1954. À cette époque, beaucoup de quartiers sont pauvres, sans espoir, délabrés, les maisons de chambres nombreuses, la population permanente en diminution. S’ils n’y avaient pas les paroisses où les gens du quartier se regroupent, la vie sociale serait nulle. La banlieue devient attirante. On y trouve des logements plus propres, mieux chauffés, neufs et les nouvelles familles qui commencent à gagner plus de sous y déménagent. C’est le cas de ma famille qui recherche une meilleure ambiance et qui déménage de St-Henri à Verdun.

Drapeau devient maire en 1954 et entreprend de délivrer Montréal du crime organisé. Il a été élu suite à la commission d’enquête sur le crime organisé où il a présenté avec Pax Plante plus de mille cent chefs d’accusation à l’endroit de 400 maisons de débauche, de 80 personnes, dont des membres du Comité exécutif de la ville de Montréal, et d’une soixantaine d’officiers de la police. Le 8 octobre 1954, le juge François Caron, président de la commission, dépose son rapport sur le jeu et le vice commercialisés à Montréal. Plus de vingt policiers sont condamnés à des peines de un à dix ans de prison et à des amendes variant de 200 à 7,000 dollars. Les chefs de police de Montréal, Albert Langlois et Fernand Dufresne, sont déclarés coupables. Défait en 1958, suite à l’intervention de l’Union Nationale de Duplessis, il redevient maire en 1960.

L'axe de la Place des Arts

Il est vrai que Drapeau a dû prendre de grandes décisions pour planifier la reconstruction de Montréal. La Place des arts est un grand exemple. Il s’agissait de construire une salle de concert digne de la métropole et le maire Jean Drapeau caressait ce projet dès son entrée en politique. Le choix du site fut fortement contesté. En effet, à cet endroit, se trouvait un orphelinat, sous le nom de l’Institut Dominique-Savio. Il s’agissait d’un bâtiment érigé en 1861, connu comme l’Institut Nazareth, également opéré comme orphelinat et foyer pour jeunes délinquants. Le bâtiment abritait une chapelle connue sous le nom de « Buissonnets ». La démolition de cet immeuble en 1960 pour faire place à la salle de concert, en même temps que plusieurs unités résidentielles adjacentes datant de la même époque, souleva l’ire de la population.

Jean Drapeau avait reconnu le potentiel exceptionnel de ce site. Pourtant, sa motivation première était de briser cette barrière économique de la rue Bleury qui séparait l’ouest de la ville où s’installaient les grands magasins, les édifices à bureaux, etc., alors que l’est de la ville faisait figure de parent pauvre où presque rien ne s’y passait.

Avec un recul de 50 ans, force est d’admettre que Jean Drapeau avait raison. Sur le site en question, en plus de la grande salle de concert, se sont érigés la nouvelle salle de l’orchestre symphonique, deux salles de spectacles, les Théâtre Maisonneuve et Port-Royal, le Musée d’Art Contemporain et une sixième salle. La barrière économique est presque disparue et la nouvelle Place des Spectacles s’est installée à proximité. Enfin, l’Institut Dominique Savio a pu s’installer, sans frais, dans des locaux plus adéquats.

Jean Drapeau était un visionnaire et voyait le potentiel des terrains au sud de la rue Ste-Catherine où s’érigeront plus tard la Place Desjardins et la Place Guy-Favreau.

La ville intérieure

La ville intérieure de Montréal fait l’envie de tous les pays nordiques et attire l’attention de gens de tous les pays ! Ce n’est pas de l’urbanisme ça ?
Invité par le CNR, le newyorkais William Zeckendorf, voit vite le potentiel du grand trou béant du centre de Montréal. Il retient les services de l’architecte chinois Idéo Ming Pei (celui de la pyramide du Louvre à Paris), ceux de son collègue Henry Cobb et de l’urbaniste Vincent Ponte. Leur tâche est de planifier le développement de tous les terrains du CNR, au centre-ville et de concevoir l’architecture des bâtiments qui pourront y être incorporés.

Le site est vaste et compact. Selon Ponte, le nouveau centre-ville de Montréal sera viable puisqu’un piéton pourra le traverser en 15 minutes. Il parle de tridimensionnalité et propose de doubler et de tripler certains terrains, qui sont coûteux, en favorisant la construction de niveaux utilisables au-dessus et en dessous du sol. Il se réfère à Leonardo da Vinci qui a fait des sketchs où les piétons et les wagons étaient à des niveaux différents. Il prend comme modèle le Rockefeller center de New-York.

Les trois concepteurs créent la Place Ville-Marie et veulent qu’elle devienne le symbole de Montréal.

Zeckendorf a un grand défi car la Place aura 140,000 mètres carrés de bureaux locatifs au moment où il ne s’en construit que 28,000 à Montréal.

Les 47 étages de la tour cruciforme de la Place sont assis sur une immense galerie de 2,8 kilomètres de long reliée par le premier réseau piétonnier souterrain de Montréal qui rattache la Place Ville-Marie, l’hôtel Reine Élizabeth, le siège social du CNR et la Gare centrale. Le concept de Ponte pour les terrains du CNR est si convaincant qu’il sera retenu par les promoteurs de la Place Bonaventure qui comprendront l’importance de respecter la continuité du caractère spécifique de la ville à étages multiples.

Puis viendront le projet du Centre Eaton, l’élargissement de l’avenue McGill College et tous les bâtiments qui la borderont et qui seront dotés d’un réseau de promenades à plusieurs niveaux. Les stations de métro s’intégreront à ces bâtiments et donneront accès au réseau. Plus tard, le complexe Place Desjardins s’ajoutera à l’axe Place des Arts - Place d’Armes et l’ensemble sera relié par un corridor piétonnier continu. De tous les côtés du centre-ville, les nouveaux bâtiments additionneront des kilomètres de voies piétonnières au réseau.

Le rôle du maire Drapeau est déterminant. Grâce à sa ténacité, il dote Montréal d’un métro. Les grands projets qu’il obtient pour la ville insufflent un dynamisme inimaginable pour le centre-ville. Il est le plus grand artisan de la ville intérieure. Avec le président de l’exécutif, il examine chaque nouveau projet, rencontre les promoteurs immobiliers ou les propriétaires de ces futurs projets pour les convaincre de se joindre au réseau. De plus, le plan d’ensemble de la ville de Montréal est incitatif, efficace et favorise la croissance. Par ses règlements particuliers pour la ville intérieure, l’Hôtel de ville en devient le moteur. Ses attributions, par soumissions publiques, de baux emphytéotiques de parcelles importantes de terrain de part et d’autre du tunnel du métro constituent une formule avantageuse autant pour les promoteurs que pour la ville. Ses permissions aux promoteurs d’occuper le domaine public, pour loger les corridors sous les rues, en échange de servitudes pour l’accès du public dans leurs édifices aux heures d’ouverture du métro sont réalistes. Le partenariat et l’interdisciplinarité qu’il suscite avec l’opérateur du métro et les promoteurs immobiliers débouchent sur des projets multiples et bien réussis.

Avec le temps, la ville intérieure de Montréal offre aujourd’hui plus de 30 kilomètres de corridors et est devenue une attraction touristique dont on parle dans le monde entier. Les Montréalaises et Montréalais qui subissent des hivers rigoureux, des accumulations de neige énormes, des étés de chaleur de canicule, d’une humidité approchant 100 % HR, profitent bien de leur ville intérieure.

« Ce qui est encore plus extraordinaire pour eux c’est que cet équipement urbain unique a été réalisé sans que Montréal ait eu à investir un dollar pour le réaliser, pour l’entretenir et pour le surveiller ».

Un travail d’équipe

Jean Drapeau a su s’entourer d’hommes et de femmes compétents. Ainsi, avec ses administrations Saulnier, Niding et Lamarre, il a choisi des chefs de services municipaux qui sont devenus des sommités internationales dans leur domaine, comme l’urbaniste Claude Robillard, le botaniste Pierre Bourque (il deviendra maire), Pierre Charbonneau, l’urbaniste Guy Legault (confrère du Mont-Saint Louis), et plusieurs ingénieurs dont Richard Vanier, Lucien l’Allier, Gaétan Trudeau, Charles Cabana, Edgar fournier, l’arpenteur Charles Antoine Boileau… Le maire avait confiance en son équipe et était fier des employés de la ville.

Jean Drapeau a été le fondateur du Montréal moderne. Oui, il a dû autoriser la destruction de plusieurs résidences (dont un grand nombre étaient des taudis) pour réorganiser Montréal, mais il a lancé des opérations 20 000 logements qui ont revivifié d’anciens quartiers comme le Plateau-Mont Royal et créé de nouveaux.

Il n’y avait rien de « fou, fou, fou » dans les projets d’urbanisme réalisés par les administrations de ce maire extraordinaire.

Richard Bergeron a déjà fait son éloge, mais qu’il vienne aujourd’hui ajouter son fiel pour l’abaisser me répugne. De plus en plus, il démontre qu’il n’est pas l’homme de la situation.

Claude Dupras

lundi 13 juin 2011

DSK a-t-il été traité équitablement ?

Depuis son arrestation le 14 mai dernier, Dominique Strauss-Kahn a payé beaucoup pour l’accusation qui pèse sur lui : publicité mondiale négative, arrestation humiliante, emprisonnement dans la minable prison de Rikers Island, démission forcée de la présidence du FMI, prestige international effacé, possibilité d’être président de la France évaporée, dépenses et frais extraordinaires d’avocats et de logement, camouflet blessant pour son épouse, amour-propre balayé … et ça continue.

Récemment, j’ai lu un billet « Ray Kelly’s french connection » du blog de Leonard Levitt, auteur et journaliste newyorkais qui se spécialise dans les affaires policières, spécifiquement celles de la police de New York (NYPD). Le nom de son blog NYPD Confidential figure sur mon blog dans la « liste de blogs intéressants » que je lis et que je recommande à mes lecteurs.

Kelly est le commissaire de la NYPD, donc le grand chef de la police. C’est un homme de principe qui protège ses policiers et exige beaucoup d’eux. Il ne tolère aucune fuite journalistique sur les affaires du NYPD. Par exemple, il y a quelque temps, suite au meurtre d’une étudiante de Brooklyn qui fut attachée et violée, les journaux de New York (NY) eurent vent de détails de l’enquête policière et les publièrent. Devant cet affront, Kelly fut impitoyable et entrepris une enquête générale par la police de la police de tout le bureau des détectives. Ces derniers et leurs patrons furent questionnés sous serment, les rapports d’appels des téléphones portables de chacun analysés, etc…

Les films policiers et les séries télévisées sur la « Big Apple » nous ont souventes fois démontré l’influence qu’exerce le commissaire de police de NY. On a vu ce personnage, à plusieurs occasions, poser des actes favorisant ou protégeant des amis ou des gens influents, même issus de la pègre. Mais Kelly n’est pas de cet acabit. Il passe pour un chef modèle dur et intraitable.

C’est pourquoi il est surprenant que les rumeurs de certaines informations préjudiciables à DSK soient venues du NYPD. Kelly répond que ce ne sont que des allégations fausses. Cet homme qui normalement ne laisse rien passer voulait-il discréditer DSK ? Question crédible ? À première vue, vous me direz NON. Voyons ce qui en est.

Comme Levitt, je n’aime pas les théories de conspiration et rarement je me laisse prendre, mais celle-ci est intéressante.

Celui qui avait un grand intérêt à voir DSK trébucher est Nicolas Sarkozy qui voyait en lui un rival quasi imbattable à la présidence française. Je ressens votre sourire ! Voyons ce que Levitt raconte.

Kelly et son épouse Véronica sont francophiles. Cette dernière voyage souvent en France pour des raisons d’affaires. Interpol est à Lyon et Kelly à cause des affaires anti-terrorisme du NYPD s’y rend fréquemment. En 2006, au consulat français de New York, Kelly a reçu des mains du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, la légion d’honneur, la plus haute décoration française. Les Américains qui reçoivent cet honneur sont rares et on retrouve dans le groupe : la cuisinière Julia Child, Walt Disney et le président et général Dwight Eisenhower. Kelly est donc en bonne compagnie.

L’été dernier, Kelly fut invité par Sarkozy à Paris pour la remise de la même décoration à Alain Bauer, le criminaliste français et expert en sécurité. Par la suite, Bauer convainquit Kelly d’assigner plusieurs de ses détectives à la police de Paris pour contrer les menaces terroristes.

Les allégations émanant du NYPD et qui ont créé le plus de tort à DSK, dès les premiers jours de son arrestation, furent : il fuyait par avion vers la France, il y a eu viol et les analyses de son ADN correspondent au sperme relevé sur l’habillement de la femme de chambre. On sait que la première, la supposée fuite, est fausse, mais on ne sait pas encore si les deux dernières sont vraies.

On peut être surpris du manque de réaction du chef Kelly sur ces allégations très graves contre DSK si on la compare aux actions draconiennes qu’il a prises en rapport avec la cas de l’assaut sexuel mentionné au début de ce billet et qui arriva avant qu’il soit décoré de la légion d’honneur.

Kelly a-t-il agi en reconnaissance à Sarkozy en fermant les yeux sur les allégations, venant de ses subalternes, sachant qu’elles blessaient politiquement à mort DSK ? Si non, les a-t-il lui-même ordonnées ? Voulait-il ainsi nuire au principal adversaire politique de son influent ami français, sans que ce dernier le sache ? Si oui, il a réussi car DSK n’est plus de la lutte.

S’il s’avérait que DSK soit déclaré non coupable, une enquête sur les agissements de Kelly durant les premiers jours de l’arrestation de DSK mériterait d’être engagée.

Le comportement de cet éminent policier, issu des milieux pauvres du « West side » de Manhattan, explique la raison pour laquelle Levitt, qui le connaît bien, se pose la question suivante : « Kelly est-il si impressionné par ses associations aux « rich and famous » qu’il perd tout sens des responsabilités ou de service public » lorsqu’il traite d’affaires qui les concernent ?

Claude Dupras

mercredi 18 mai 2011

La prison de DSK

On peut affirmer que le président du FMI a reçu le « full treatment » de la part de la justice américaine. Pour une fois dans sa vie, Dominique Strauss-Khan est traité comme monsieur et madame-tout-le-monde et cela fait sursauter un grand nombre de Françaises et Français. Même si je n’oublie pas la présumée victime de cette agression sexuelle, j’ai été surpris et trouvé insoutenable certaines photos de DSK se rendant à la cour et devant la juge.

Je comprends que tous les suspects de crime ne sont pas identiques et peuvent être : membres de la pègre, revendeurs de drogues, voleurs de grand chemin, tueurs à gage, bandits financiers, scélérats, violeurs et encore. Je suis d’accord qu’ils soient tous traités de façon égale, de leur arrestation à leur jugement.

Aux USA, le système de justice est accusatoire, l’accusé doit se défendre mais il n’est pas coupable tant qu’un juge ne l’aura pas condamné. Au Canada comme en France, même si nous sommes sous arrestation, notre système nous présume innocents. C’est à la justice de faire la preuve des accusations qu’elle porte, devant les jurés et les juges. Ainsi, nous sommes assurés d’être traités avec justice.

Lorsque la police américaine présente l’accusé à un juge, elle prépare normalement de bons dossiers. Mais il demeure, qu’à ce moment-là, l’inculpé innocent doit prouver qu’il l’est. Le passé nous a démontré, souventes fois, que plusieurs accusés sont libérés par le juge de première instance. Donc, innocents ! Pourtant, ces inculpés ont dû encaisser le même genre d’humiliations publiques et de difficultés personnelles que DSK vient de subir en se rendant devant la juge newyorkaise, où les représentants des medias étaient partout, et de vivre comme un prisonnier depuis plusieurs jours dans sa cellule inconfortable et morbide de la prison reconnue comme l’Alcatraz de NY.

Il ne s’agit pas pour moi de défendre ici DSK. S’il est coupable, j’espère qu’il subira une peine à la hauteur de son agression envers une jeune femme sans défense. Mais j’exprime mon désaccord sur la façon avec laquelle les accusés sont traités à New York. Tout est fait en fonction des médias sans tenir compte des conséquences physiques ou psychologiques sur l’individu détenu.

Le scénario de la cause de justice DSK serait rendu au même point qu’il l’est aujourd’hui si la police et la justice avaient agi discrètement en respectant la personne humaine. Nous n’aurions pas vu les images déplorables de DSK, qui ont fait le tour de la planète, et il serait aujourd’hui en maison de détention et non incarcéré comme un vulgaire brigand. C’est une garde à vue moins sévère. Il devrait en être de même pour tous les autres prévenus de l’état de NY.

Être accusé et pris dans les rouages de la justice américaine est déjà un châtiment important pour tout individu qui se respecte et un lourd fardeau à porter pour longtemps, qu’il soit ou non innocent.

Si DSK est reconnu coupable, le temps sera venu de l’incarcérer comme il se doit.

Claude Dupras