samedi 12 février 2011

Allez, allez, jeunes Algériens, c’est à votre tour…

Quelle journée inoubliable que ce 11 février 2011 pour l’Égypte! Quelle journée, belle à vivre! Quelles journées que celles des révoltes tunisienne et égyptienne ! Enfin, enfin les arabes réagissent ! Du jamais vu.

Lorsqu’on visite les pays arabes, on s’interroge sur la raison de la soumission des arabes envers leur gouvernement. On les sait pris dans l’engrenage d’un pouvoir corrompu, armé et sans pitié qui utilise la peur pour les contenir. Mais on ne peux comprendre pourquoi ces peuples intelligents, d’une grande humanité, pratiquent la politique du laisser-faire comme s’ils n’avaient pas d’autres choix. Pourquoi acceptent-ils la pauvreté du peuple, la privation des libertés, la corruption des élites, l’État répressif ? Pourtant, ils connaissent par la télé et les médias, la qualité de vie des peuples occidentaux. Ils en rêvent au point qu’un très grand nombre d’entre eux ont réussi à émigrer avec leurs familles vers les pays démocratiques afin de vivre mieux et de s’échapper de leur enfer.

Mais cela ne durera pas éternellement car « il n’y a pas de fatalité de la dictature arabe ». Pas plus qu’en Amérique du sud, comme on a vu. L’évolution technologique, la télévision avec la chaîne arabe Al-Jazeerra et le développement de réseaux sociaux d’internet leur permettent, enfin, de se renseigner, de se rallier et de réagir. Les Tunisiens leur ont montré comment faire. Les Égyptiens viennent de leur démontrer que tout est possible. Les citoyens des autres pays arabes comprennent maintenant que la révolte n’est pas nécessairement un saut dans un inconnu périlleux.

Ces journées de révolte nous ont fait comprendre, à nous Occidentaux, que les arabes sont des gens comme nous. Je crois que nous ne les regarderons plus de la même manière que par le passé.

La révolte doit continuer ailleurs jusqu’à ce que tous les pays arabes aient un gouvernement démocratique. Le prochain éclatement peut être l’Algérie. Et c’est pourquoi, je fais appel à tous les Algériens, et particulièrement aux jeunes, pour qu’ils se lèvent et contestent leur gouvernement afin de le faire fuir, comme les autres. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, élu par des élections truquées, dirige son pays, de 35 millions d’individus, d’une main de fer grâce à l’armée et aux services de sécurité. En fait, ce sont les indélogeables généraux sans légitimité qui sont au pouvoir. Ils se partagent le butin et sont corrompus jusqu’à la moelle. Ils ont des intérêts dans toutes les grandes compagnies qui fournissent des services ou du matériel au pays. C’est le contraire de l’armée Égyptienne.

L’Algérie a beaucoup souffert de son passé. La guerre de libération a duré huit ans et s’est terminée en 1962 par l’indépendance, suite à des centaines de milliers de morts. Puis, ce fut l’échec total du socialisme totalitaire à la soviet choisi comme modèle de développement par Boumediene et le FLN. Ensuite, en 1991, l’armée annula les résultats de l’élection après que le Front Islamiste du Salut (FIS) l’eut gagnée démocratiquement, à cause de la pauvreté envahissante qui existait au pays à ce moment-là. La majorité des dirigeants du FIS ont été mis en prison. Les islamistes-vengeurs assassinèrent plus de 200,000 innocents algériens : hommes, femmes et enfants. Les services de sécurité ont été créés et la loi des mesures d’urgence a été appliquée. Vingt ans plus tard, ces derniers et l’armée gardent toujours une main de fer sur la vie des Algériens et Algériennes et la loi d’urgence est encore en force.

Il y a cinq ans, j’ai été victime de ce contrôle sécuritaire, lors d’un voyage en Algérie. Alors que je captais des photos de ce très pittoresque pays, une voiture non identifiée, arriva à pleine vitesse, s’arrêta à angle devant la nôtre et quatre individus en civil ouvrèrent rapidement les portes pour se lancer vers moi en courant et en exigeant mon permis de photographier. J’ignorais que cela était obligatoire. Ce n’est que grâce à l’intervention des Algériens qui étaient avec moi et à leur statut dans la société, que je m’en suis sorti. Et cela persiste toujours On comprend pourquoi il n’y a pas de touristes dans ce pays alors que les pays voisins, le Maroc et la Tunisie, en débordent même si l’Algérie est de beaucoup plus intéressante et spectaculaire.

Le 22 janvier dernier, une première manifestation contre le gouvernement eut lieu alors que 300 jeunes descendirent au centre d’Alger. Elle fut vite contrôlée sous prétexte qu’ils n’avaient pas de permis. Le bilan : sept morts, 32 personnes blessées, sept arrêtées. Ailleurs, deux Algériens s’immolèrent. Hier, lors du succès des Égyptiens, il fut défendu aux Algériens de manifester publiquement leur joie.

Aujourd’hui, le 12 février 2011, alors que j’écris ces lignes, une nouvelle manifestation est en marche dans la capitale malgré que le despote Bouteflika ait défendu toute manifestation à Alger (il dit permettre les manifestations dans les autres villes). Les premiers rapports de presse indiquent qu’ils sont seulement 200 à protester alors que 30 000 policiers sont déployés dans toute la ville avec leurs équipements, camions, canon-d’eau, etc. De toute évidence, les gens ont peur de l’armée et de la prison.

Si les Algériens veulent avoir leur place au soleil, ils devront sortir plus nombreux sur la place publique pour la réclamer. Surtout la jeunesse innombrable, pauvre, moins religieuse, mieux éduquée, plus nationaliste, sans emploi, désespérée quant à son avenir qui ne supporte pas la corruption et qui refuse l’autorité en place. Pour se faire, elle doit se mobiliser et se politiser. Avec internet, elle sait mieux que ses aînés comment s’informer et traduire les sentiments de chacun en un effort collectif. Cela exigera beaucoup de leadership et de courage.

J’espère aussi que la diaspora algérienne manifestera partout dans le monde pour faire pression sur les gouvernements comme le Canada et les encourager à dire à Bouteflika et ses comparses : « Dégagez ».

Claude Dupras

12 commentaires:

Jean-Claude a dit…

Bravo! Je suis complètement d'accord avec ton analyse.
Je serais curieux toutefois de lire ce qu'en pense ton ami Mansour, dont je n'ai pas gardé en mémoire qu'il était un opposant déclaré à la dictature en place?

Bien amicalement.

Liane a dit…

Allez, Allez, jeunes Algériens, c'est à votre tour...Quand on vit au Canada, où nous connaissons la liberté de nous exprimer, c’est facile de demander aux autres de manifester si nous estimons que c’est pour une bonne raison. Mais en Algérie l’armée est contre les protestataires. C’est différent! Les jeunes qui voudront s’insurger devront être prêts à mourir. Une possibilité! Il faut y bien réfléchir avant de prendre une décision. Bonne chance aux valeureux qui sont prêts à s’aventurer.

Chantal O. a dit…

Et... "Allez, allez, jeunes Québécois, votre tour s'en vient...! "
 

J a dit…

En espérant qu'il n'y aura pas trop de victimes et que ce soit "vraiment" un changement vers la démocratie et vers les islamistes ???

J a dit…

erreur cela devait être et "PAS" vers les islamistes

Mansour O. a dit…

Cher ami,
Je m'attendais a ta reaction rapide aux derniers boulversements politiques en egypte.
Il ne fait pas de doute que le monde arabe tout entier a finalement commence a ecrire un nouveau chiptre dans sa longue histoire. Le concepte meme de l'etat nation qui a domine la vie politique de ce monde depuis pratiquement les annees 1920 vient d'etre completement remis en cause, tout d'abord par les tunisiens et ensuite par l'egypte. Qu'elle sera l'avenir de ce monde arabe?. Je t'avoue que je ne sais pas du tout ou cette nouvelle mouvance va l'emmener. On peut facilement imaginer une transformation politique et sociale capable d'enfin amener le monde arabe a prendre son avenir en main, tout comme on peut voire une simple metamorphose des systemes politiques arabes du passe.
Apres les grands espoirs que la revolte des jeunes tunisiens nous a donne, je constate qu'a ce jour la gestion de l'etat tunisien est toujours entre les mains du regime politique d'El Abiddine. Je n'entends toujours pas de la mob ilisations du syndicat des ouvriers ou des etudients ou de ce qu'ils sont prets a defendre dans les mois et les annees a venir.
Il est encore trop tot pour voire dans quelle direction la situation politique en egypte va aller. Pour le moment la junte militaire qui vient de prendre le pouvoir parle beaucoup des revendications des jeunes de Tahrir Squ;are mais a ce jour il n'a meme pas recommende une date pour enfin lever l'etat de siege, qui est la source principale de l'ecrasement de toute tentative d'organisation politique independante du regime. Mieux encore, la junte militaire a rendu un homage grandiose a Mubarek tout en felicitant les manifestants. Mais ce qui m'a reellement choque c'est le fait que la junte militaire a decide de garder le gouvernement constitue par Mubarek il y a peine 2 semaines.La situation en egypte me rappelle beaucoup l'algerie d'octobre 1988 au coup d'etat militaire de 1991. La revolte des jeunes algeriens en 1988 avait tous les caracteres de la revolte egyptienne des 3 dernieres semaines. L'algerie avait mare du regime militaire et corrompu de chadli et voulait une autre algerie. Chadli pensait pouvoir donner une carrote aux maniffestant en soit disant ouvrir le champs politque aux autres mouvances. Il a cree de toutes pieces des partis politiques soit disant d'opposition pour empecher la montee en fleche de la popularite des islamistes. Il a meme organise des elections qu'il pensait pouvoir truquer pour, une fois de plus redonner une legitimite au parti du pouvoir le FLN. Mais tu as connu les resultats de cette mascarade, avec un succes inattendu du FIS. Et comme tu sais le regime politque du fln, base sur les services de securite et de l'armee ont tout simplement fait un coup d'etat pour empecher le FIS de recolter sa victoire electorale. Qui me dit aujourd'hui que le comportement des services militaires egyptiens ne sont pas tout simplement en train de mettre en oeuvre la meme strategie pour rester au pouvoir pour les decenies a venir.
Pour terminer je voudrais te rappeler qu'il n'y a pas de generation spontanee et c'est surtout le cas dans le cas du monde politique et social.Tant que je ne vois pas de mouvements reelement syndicalistes defendant les droits des travailleurs ou des organistions non gouvernementales comme les associations des etudients dans le monde arabe, ce qui est le cas aujourd'hui, je ne vois pas comment l'environnement politique et social va changer radicalement dans ce monde arabe. Les valeurs politiques et sociales de l'egypte d'aujour'dhui ne sont pas differentes des valeurs de la periodes des Mamlouks.

Jean Claude a dit…

Bien sûr que l'on peut et doit craindre une main-mise définitive de l'armée sur le pouvoir (quels généraux, ou quel état-major, ne seraient pas tentés par une telle opportunité, face à l'inexistence d'un contre-pouvoir réel (ce n'est pas la rue qui peut l'être), et je suis surpris que les dirigeants des autres nations ne s'en soucient pas, obnubilés qu'ils semblent être seulement par la  menace islamiste.
 
Les mois qui viennent vont être intéressants à observer de ce point de vue, mais il y a certainement des "grandes manoeuvres" en sous-sol...Les téléphones codés des ambassades doivent chauffer et les pressions "diplomatiques" de toutes natures foisonner (Et wikileaks, là, pour le coup, nous serait bien utile?) 
 
JC

Claude A. a dit…

PachoDe quoi je me mêle !!!!!!!

mansour a dit…

Que de fois un grand nombre de soit disant experts avaient annonce la mort imminente de Bouteflika et a ce jour ces experts ont été démentis par les faits sur le terrain. Il ne fait pas de doute que Bouteflika est a la fin de sa vie mais apparemment son état de sante n'a jamais ete aussi bien portant que ces derniers temps d'après les rumeurs de la rue a Alger.

Ceci étant dit il ne fait pas de doute que la course au pouvoir est déjà bien lancée pour succéder au départ de Bouteflika. Mais je pense que cette course est pour le moment limitée à la consolidation de l'influence d'une section du régime contre une autre. Nous assistons peut être tout simplement a une lutte d’influence entre tous les actionnaires du pouvoir actuel et rien d'autre.

Comme je te disais dernièrement je crois que le plus grand frein à un développement réellement démocratique en Algérie est le problème culturel qui confronte tous les berbères de la grande et petite Kabylie avec le reste de la société algérienne, qui est fondamentalement de culture arabo-musulmane. Depuis 1962 aucun mouvement d'opposition politique n'a vu le jour a l'est ou a l'ouest de l'Algérie ou les arabo-musulmans dominent a l'extrême a l'exclusion des mouvements islamistes. Et la leçon que l'histoire peut nous apprendre du passe politique de l'Algérie c'est qu'aucun mouvement politique initie par les berbères de la Kabylie n'a eu aucune chance de succès. Par contre les islamistes domines par les algériens qui se disent arabes non seulement on pu mobilise une forte opposition politique au régime du FLN mais a même réussie a s'implanter sérieusement dans les régions du centre de l'Algérie ou les Kabyles dominent.

En conclusion je pense que tant que les algériens qui défendent la culture arabe ne se soulèvent pas contre les régimes dictatoriaux, qui en fait étouffent non seulement les régions de la Kabylie mais de toutes les autres régions de l'Algérie je ne crois pas a un changement radical de la vie politique en Algérie. L'exemple que nous donne aujourd'hui même Ghaddafi ne fait que renforcer ce point de vue. Et le régime politique algérien est bien plus puissant que celui de Ghaddafi. Le régime politique du FLN en Algérie est, qu'on le veuille ou pas une base nationale couvrant aussi bien les arabes de l'Algérie mais même une bonne partie des Kabyles de toutes tendances.

Anonyme a dit…

ca marchera jamais en algerie le regime est plus fort que vous le croyez, bouteflika a su comment hypnotisè sont peuple...

Ihcéne a dit…

Cher Ami
Les islamistes n'ont point assassiné 200.000 personnes, vous vous trompez énormément, les tueries qui se passeint en Algérie étaient des règlements de compte, du banditisme et le reste des massacres ont été perpétrés par les mains du gouvernement Algériens : les bombes , Massacres, et autres ont tous été orchestré par notre gouvernement pour faire régner la terreur ainsi de cette façon ils nous ont puni d'avoir voté Islamiste
PS : le peuple n'a pas voté FIS parce qu'il a été poussé par la pauvreté , le peuple l'a fait car c'était un parti qui avait un programme efficace qui pouvait sortir l'algérie de la crise contrairement aux autres partis. laissez tomber les idées reçues, nous sommes musulmans c'est normal que nous voulions avoir un état islamistes.
Une dernière chose : la liberté , nous ne l'a connaissons pas grâce aux pays occidentaux , vous êtes un très mauvais exemple pour nous, l'occident est à nos yeux l'ancien colonisateur génocidaire , nous connaissons les valeurs de liberté et justice grâce à notre religion qui prône ces valeurs et qui par le passé ont fait de nous une grande civilisation
Merci

ouedkniss a dit…

Excellent point de vue que je partage en tout points.