vendredi 1 juillet 2016

Andrée Gauvin, une championne


Notre amie Andrée Dalcourt Gauvin est décédée. Elle a été l’épouse de feu le Dr Pierre Gauvin.
Cette fille de Louiseville est devenue une femme merveilleuse, agréable, dévouée qui a grandement aidé les québécois. Jeune infirmière diplômée de l’hôpital Notre Dame, elle y travaille deux ans et devient infirmière soignante à l’hôpital de Louiseville. Elle est intriguée par les craintes souventes fois exprimées par des personnes âgées sur leur fin de vie. « Qu’est-ce que je voudrai en fin de vie, et de quoi aurai-je besoin ? Est-ce que j’aurai de la douleur, et aurai-je besoin de médicaments pour soulager mes symptômes ? Mes proches et amis sauront-ils mes volontés ? Quels sont les types d'aide à ma disposition ? Si je tombe malade, vais-je me sentir comme un fardeau pour les autres ? Quelles décisions aurai-je à prendre ? ». Elle décide d’y dédier sa carrière.
Andrée a alors moins de trois ans d’expérience comme infirmière et seulement deux ans comme volontaire aux soins palliatifs de l’hôpital Royal Victoria de Montréal, largement anglophone. Elle affirme : « Il semble y avoir une notion que les mourants sont une menace aux vivants et qu’ils ne méritent pas le même genre d’attention ». 
Presque seule, elle s’attaque à cette perception et réussit à la faire changer au Québec et même en Europe. En 1979, elle convainc, avec un collègue, la direction de l’hôpital Notre Dame de Montréal d’installer une unité de soins palliatifs (USP). À ce moment-là, il n’existe pas de tels services pour les malades en phase terminale au Québec et même ailleurs, dans le monde francophone. Elle participe à l’élaboration des politiques de soutien des malades et à leur diffusion au Québec, au Canada et dans plusieurs pays d’Europe.
Co-fondatrice de l’unité USP, Andrée passe ses jours à former son personnel, à rencontrer les patients et les membres de leurs familles avec toujours un air joyeux, une bonne humeur, son beau sourire, appelant chacun par leur prénom car, explique-t-elle, « cette période finale de la vie ensemble à autant rapport à la vie qu’à la mort ». L’unité connaît un rayonnement tel qu’elle entraîne la création de centres semblables dans tout le Québec et en Europe.
Pour financer la nouvelle unité, elle co-fonde PalliAmi, en 1981, un organisme pour fournir le soutien financier essentiel à l’USP de l’Hôpital Notre Dame.  
Puis, Andrée devient de plus en plus reconnue comme une pionnière et une experte dans ce champ d’action. Tout évolue soudainement très rapidement et elle reçoit régulièrement des invitations pour aller conseiller et instruire du personnel médical en France, en Suisse et en Belgique, tant pour leurs organisations que pour la formation des professionnels de la santé et des bénévoles. Elle accepte et se révèle une consultante hors pair à l’échelle internationale. 
En reconnaissance de ses efforts, le gouvernement français, qui normalement n’honore que ses propres citoyens, lui accorde un de ses grand honneurs, chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur, en 1993.
Entre temps, Andrée communique sa passion pour son œuvre par des publications et par de nombreux colloques, conférences et séances de formation dans le monde. Elle est la co-auteure avec Roger Rénier, d’un livre en 1992 « L’accompagnement au soir de la vie : le rôle des proches et des bénévoles auprès du malade » et elle récidive en 1994 avec « Vouloir vivre : les luttes et les espoirs de malades ».
Elle siège à de nombreux comités scientifiques, à des congrès de soins palliatifs au niveau des provinces et du Canada pour veiller à ce que ces congrès répondent aux besoins des bénévoles en matière de formation.  
Enjouée, mère de trois enfants avec son mari ophtalmologiste, Andrée explique que sa plus grande satisfaction est sa présence à « l’ultime école de la vie ». « Le focus », dit-elle, « n’est pas sur la mort, mais sur la façon de vivre l’expérience finale de la vie. On apprend qu’il y a une richesse et une beauté même dans les plus petits évènements de chaque jour ». Dans ses visites régulières aux patients et à leur famille, elle fait la promotion de la notion que chacun d’eux doit se ressentir le plus possible comme à la maison et qu’elle et son équipe, de plus de 40 volontaires, doivent être considérés comme des membres de la famille. « Ne contrarier jamais ou ne prodiguer pas de faux espoirs à un patient » répète-t'elle.  
Son travail a clairement influencé son attitude face à la vie. Elle a appris à croire fermement que « la vie, jusqu’à la fin, doit être célébrée ». Et c’est ce qu’elle fait dans sa vie personnelle. Elle joue au tennis toute l’année, skie en hiver et se dévoue totalement à son jardin l’été. Elle aime passionnément la danse et votre humble serviteur a le plaisir souventes fois d’être son partenaire. Inoubliable !
Malgré son dynamisme, elle avoue « je dois m’éloigner plusieurs fois par an, mettre mon travail de côté et recharger mon esprit ». Mais chaque fois, Andrée revient pleine d’énergie pour rappeler aux autres qu’au moment où la mort approche, les joies de la vie deviennent plus précieuses.  
En plus de la Légion d’honneur, Andrée Gauvin est inscrite au Honor roll du magazine Maclean’s en 1995 et la même année le journal La Presse la choisit Personnalité de la semaine. En 1996, c’est la revue L’actualité qui la classe parmi les Grands et l’année suivante le gouverneur Général du Canada lui remet l’Ordre du Canada dans une cérémonie à Rideau Hall. En 2003, l’Association canadienne des soins palliatifs reconnaît son grand mérite et lui accorde le Prix d’excellence. Finalement, en 2005, le Québec la nomme Chevalier de son Ordre national.
Nous lui devons en grande partie les progrès faits dans le domaine des soins palliatifs au Québec où elle a toujours été une source constante d’inspiration et d’exemple pour ses collègues et un grand nombre de professionnels de la santé.
Cette femme aimable et rieuse qui aimait la vie a su bien servir le monde. Une femme rare qui a œuvré constamment pour aider les malades. Elle n’a jamais recherché les honneurs mais ses contemporains ont reconnu sa motivation et l’excellence de son œuvre.
Merci Andrée Gauvin, Merci. Tu auras passé près de 30 ans de ta vie à accompagner des gens en fin de vie. Tu as été une grande parmi les grandes. Une championne.

Claude Dupras  

mercredi 29 juin 2016

Les « partageurs » de l’économie collaborative bousculent tout, pour le mieux !

Tout change vite. Nous sommes dans une unique période où le monde se transforme littéralement devant nos yeux. Quelle chance de vivre cela !

Même l’économie est en mutation rapide et ce faisant se donne de nouvelles facettes avec de nouveaux noms : Économie participative, économie collaborative, économie contributive.
Je préfère utiliser le nom « économie collaborative » qui regroupe tous. Elle est basée sur un principe simple : le « partage » dans toutes les sphères de la collectivité.   
On vient de vivre les chocs qu’occasionnent dans l’économie du tourisme le site Airbnb (logement privé dans le monde pour un soir ou plus) et les disputes des propriétaires de taxis générées par Uber (par lequel n’importe qui peut devenir un genre de conducteur de taxi à son compte). Et ce n’est que le début. 
Telle une avalanche, une importante masse de nouvelles idées, de nouveaux projets, de nouvelles entreprises dévale des flancs de l’informatique avec le potentiel d’entrainer dans la boue des entreprises que l’on jugeait indéracinables. Elles prennent le nom de Blablacar (co-voiturage), Zilok (objets quotidiens), TashRabbit, (services d’aide à la personne), La Ruche qui dit oui (Alimentation), Fablabs (la production, la réparation ou le recyclage d’objets), Lendopolis (le prêt direct de particulier aux entreprises), Kickstarter et Crowdfunding (le financement entre particuliers), Kijiji ou Leboncoin (petites annonces gratuites pour la vente de n’importe quoi), Troc ton jardin, La Remise (coopérative d’entreposage et de prêts d’outils d’usage commun), L’Accorderie (l’échange de services), Wikipedia (une encyclopédie), Sweech et Monkeyparking (marché de sous-location pour des places de parking), Streetbank (le prêt entre voisins), le Couchsurfing (hébergement gratuit chez l’habitant), etc…  (Note : plusieurs sont françaises avec noms anglais selon l’habitude des Français)
Les « partageurs », c’est le nom que je leur donne, se sont rencontrés pour définir des règles de fonctionnement du « nouveau monde sans marché, sans état ». De l’utopie, non. L’autogestion devient le mode de l’économie collaborative où le marché libre, la planification étatique, la hiérarchie au travail et les notions de profit et de l’entreprise privée n’existent pas. La société de partage s’alimente de la mise en commun de l’usage des biens de consommation et crée une rupture avec la société industrielle dans le sens que le consommateur n’est plus passif mais devient à la fois producteur et consommateur ou co-créateur. Elle a aussi des préoccupations écologiques et sociales. En somme, elle est une réelle alternative économique qui se construit au fur et à mesure qu’elle grandit et elle perturbera éventuellement des secteurs entiers de l’économie actuelle. Déjà des chaînes hôtelières ressentent les effets, et, par exemple, le président de la française Accord a reconnu avoir négligé l’importance de la compétition de ces nouveaux services et se dédie à trouver des solutions pour marier les deux.   
La plateforme Web, les technologies du numérique et la mise en réseau, dopée par internet, permettent en temps réel de mettre en relation les offreurs et les demandeurs et sont la base de lancement de cette économie. On peut ainsi faire du local à grande échelle et rendre rentable une économie de proximité. Quant aux importants aspects de la confiance et de l’évaluation du risque, on y répond par des statistiques émanant de systèmes de notations capables de rassurer les usagers et les prêteurs. On ne loue pas n’importe quoi de tout croche et on ne met pas son logement à la disposition de n’importe qui ! Airbnb propose 800 000 logements sur son site et 20 millions de voyageurs en ont déjà bénéficié. Ça marche ! Sûrement il y a des problèmes mais des services de médiation et d’assistance juridique se forment. Une solution, le site de micro-assurance Peerby.  
Les idées ne manquent pas : louer une auto lorsque non utilisée ; louer une partie de terrain non occupée à un individu qui recherche un endroit pour un jardin ; louer des espaces de storage au garage ou dans sa maison, partager des cuisines pour la préparation de mets ; créer des bibliothèques virtuelles pour les échanges, la vente, l’achat ou l’emprunt de livres des membres ; faciliter les prêts locaux, les dons, le partage ou le troc de biens ou de services entre individus ; créer un atelier d’outils communautaires bien équipés pour les bricoleurs, un atelier collaboratif où des travailleurs informatiques autonomes peuvent travailler ensemble et créer des prototypes d’objets fabriqués à partir d’équipement informatique, etc… Ainsi, ces économies génèrent des diminutions de coûts sur l’achat d’équipement coûteux, la réduction du transport, des frais d’énergie moindres, etc. Bref, l’important n’est plus de posséder quelque chose mais d’avoir la garantie de pouvoir y accéder n’importe où et n’importe quand.
Ces jeunes qui bousculent le statu quo, se demandent s’ils doivent toujours posséder des avoirs et les accumuler dans une économie où la seule constance est le changement ? Ils rappellent que de tout temps des communautés locales dans le monde se sont auto-organisées pour mettre en partage les ressources, les gérer de façon collective et coopérative et inventer des règles pour les protéger. En fait, rien de neuf ! Est-ce que l’économie collaborative peut déboucher sur des entreprises en biens communs, « sans profit » ?
Ces partageurs comprennent qu’une foule de gens recherchent les mêmes choses et qu’il est possible de leur permettre de les obtenir à de meilleurs coûts, à des prix abordables en agissant en groupe, rapidement, plus facilement et de reprendre le contrôle sur leur consommation de façon indépendante des grandes institutions et de secteurs où les prix sont trop élevés et parfois exorbitants. L’économie collaborative rapproche le producteur du consommateur comme le site La Ruche qui dit oui ! qui met en contact des individus et des producteurs alimentaires locaux ayant des pratiques bio ou artisanales. Ils comprennent ainsi ce qu’ils consomment et en font le choix en toute connaissance de cause.
Et pour coordonner la génération des idées, des solutions, des moyens et encore, il existe une communauté mondiale nommé OuiShare, créée en France, pour favoriser l’économie de partage en impliquant des gens de tous les milieux et démontrer que l’informatique peut servir la communauté et être utile à tout le monde.  Aujourd’hui, elle regroupe des milliers d’adeptes dans plus de 20 pays dont le Canada au Québec à Montréal. Ouishare Québec a comptabilisé plus de 170 programmes très variés (voir lien à la fin pour liste) initiés par beaucoup d’individus qui travaillent généralement indépendamment l’un de l’autre. L’important, c’est de les amener à œuvrer ensemble en réseau afin que leurs solutions soient disponibles au plus grand nombre de personnes possibles et d’organismes locaux.
Il y a aussi le partage des connaissances favorisé par un programme informatique de rencontres entre individus de différentes expériences de vie pour élargir le potentiel de connaissances de chacun. Comme on peut le constater, rien n’est laissé au hasard.  
Actuellement tout cela existe en partie et est en pleine formation, mais les lois et les systèmes de taxation existants ne tiennent pas compte de l’action des partageurs. On a vu le chaos créé par ce manque pour Uber et Airbnb. C’est une étape prochaine et essentielle au Québec et au Canada car, comme en France, l’État et les dirigeants des grandes entreprises solliciteront sûrement éventuellement les services des partageurs en lançant des appels d’offres auprès des réseaux de leurs ateliers collaboratifs que sont les Fab Labs. Plusieurs collectivités sont actuellement de plus en plus impliquées dans de tels réseaux qui fabriquent autrement et à moins cher, telle la ville de Barcelone. L’exemple actuel de la réussite la plus symbolique est la création de la Wikispeed, une voiture à basse consommation, construite en dehors de l’industrie automobile par 44 personnes issues de 4 pays différents et financée par le crowdfunding.
La chroniqueuse française du monde numérique Chrystèle Bazin explique que  « l’économie collaborative est une économie horizontale, non hiérarchique dans laquelle le nombre d’intermédiaires entre les parties est réduit au minimum. Sa structure est une forme d’auto-organisation spontanée, sans gouvernance centrale. Elle remplace autant que possible l’emploi rémunéré par l’automatisation et la participation gratuite de ses utilisateurs ou des indépendants précaires ». La conséquence peut être la destruction massive d’emplois et la libéralisation du travail. L’économie collaborative qui est progressiste peut créer à moyen terme des problèmes à notre société qui devra s’adapter pour suivre l’évolution du nouveau monde.
Claude Dupras
  


 
 

mardi 17 mai 2016

Les humoristes « qu'ossa donne » ?

Larousse nous définit l’humour comme étant une forme d'esprit qui cherche à mettre en valeur avec drôlerie le caractère ridicule ou insolite de certains aspects de la réalité, de l'absurdité du monde. Et l’humoriste est celui qui a de l’humour.

Au Québec, nous sommes loin des années ‘40 à ‘80 ! Loin des humoristes Olivier Guimond, Jacques Normand, Gilles Pellerin, Paul Berval, Clémence Desrochers, Gilles Latulippe. Claude Blanchard, Yvon Deschamps, Jean Lapointe et de tellement d’autres. Avec eux, on riait de bon cœur et avec joie car ils étaient vraiment drôles tout en respectant les autres et ne blessant personne.
Mais, comme a dit le PM Justin Trudeau, suite à sa victoire surprenante, nous sommes en 2016. Et quel changement !
Contrairement au passé, plusieurs humoristes québécois de nos jours ont établi le principe que l’humour n’a pas de frontières, pas de limite et que tout est permis, sans regard et sans contrôle.   
Et ce qui devait arriver, arriva. Une compagnie d’assurance qui protège les diffuseurs de spectacles contre toute action judiciaire, a jugé bon de faire retirer deux numéros du « Gala des Oliviers », dédié à la reconnaissance du travail des meilleurs humoristes québécois de l’année de toutes catégories et télévisé sur tout le territoire canadien. C’est ainsi aujourd’hui que ça se déroule pour éviter des coûts faramineux aux diffuseurs qui peuvent être engendrés par une poursuite suite à un faux pas d’un interprète ou d’un invité. Rien de plus normal. Mais pas pour ces deux humoristes qui ont soulevé leur fratrie et décidé d’utiliser le gala pour marquer sa frustration.
Pourtant, il est clair et net qu’ils vont trop loin. Ils rejettent toute censure prétextant que c’est de l’humour et que tout est permis. Si nous ne comprenons pas, eh bien, nous sommes des minus habens sans sens de la réalité, ni d’ouverture d’esprit. Et, si cela nous blesse, tant pis !
Par exemple, comment accepter qu’ils cherchent à nous amuser au détriment d'un handicapé. « Ce n’est pas grave parce que sa mère l’aime » se défendent-ils. Et, ils prétendent que toute la société québécoise en est rendu là et que c’est normal au nom de la liberté d’expression, comme si, ensemble, nous voulons mettre de côté notre compassion pour les plus démunis parmi nous pour avant tout rire. Et, tant qu’à y être, pourquoi pas des allusions antisémites et homophobes. Allons-nous devenir une nation de mécréants juste pour rire ?
Ces dérapages ne sont pas exceptionnels puisqu’on les retrouve de plus en plus dans la bouche de trop d’humoristes. C’est comme si leurs scripteurs manquaient de culture ou d’imagination et cherchaient dans la vie des êtres les fragiles ou différents, des situations pour se moquer d’eux, juste pour faire rire. C’est comme s’ils croyaient que le rire trouve son origine dans la vulgarité, dans la raillerie. C’est comme si les sentiments et le manque de respect des orientations sexuelles ou religieuses étaient drôles. Et encore…
Je partage l’indignation d’un grand nombre de Québécois sur l’évolution du rire au Québec. Je me sens humilié par ces individus qui nous rabaissent ainsi. Ce n’est plus drôle ! Ils déshonorent la mémoire de nos humoristes passés qui savaient trouver dans les situations cocasses de la vie de tous les jours, des interprétations pour nous faire rire. C’était simple, vrai, réfléchi et drôle. Très drôle. Charlie Chaplin ne disait pas un mot mais des générations n’ont cessé de rire avec lui.
La génération actuelle s’ennuie-t-elle au point de rire de tout et de rien ? À n’importe quel prix ? Si c’est oui, j’en suis triste. Mais, je ne le crois pas et j’explique cette situation par le fait qu’on ne lui offre rien de mieux ? Sûrement que de plus en plus de spectateurs sont mal-à-l’aise et le mécontentement croît. Sûrement l’heure de vérité doit approcher, celle où les salles seront moins remplies.
Les humoristes d’aujourd’hui s’offusquent lorsque la politique analyse parfois leurs prestations et réagit s’ils dépassent le bon sens. Ils s’y opposent au nom de la séparation des pouvoirs et se disent brimés dans leur liberté d’expression. Bel argument ! En somme, ils veulent définir eux-mêmes ce qu’est une incitation à la haine, et être juge et partie. 
Trop de ces humoristes sont vulgaires et manquent de classe. On a l’impression qu’ils se présentent à l’état brut pour mieux faire rire leurs spectateurs. Par contre, s’ils sont visés personnellement par une remarque désobligeante et inattendue, il s’offusque. Ainsi, on a vu au gala, un récipiendaire de trophée monter sur scène et dire à celui qui lui remettait le trophée « Comme ça, on a appris que tu es gai ». Devant l’hilarité générale des spectateurs, ce dernier a ri jaune et est devenu crispé et perplexe. Lui qui multiplie, à son émission télé, les allusions à l’orientation sexuelle de ses invités, « le prend mal », dixit La Presse. Il a raison car ce qui est personnel, ultra-personnel, pour un individu, est sa propre orientation sexuelle. Les humoristes non pas de problème avec celle des autres car ça fait rire ! Mais, ils n’acceptent pas que l’on se moque de la leur car cela peut leur faire perdre l’amour du public et, par conséquent, des contrats. Ce n’est pas correct mais c’est comme ça. Le problème de l’homophobie dans notre société existe et il faut aussi s’y attaquer, mais les humoristes ne reconnaissent pas que celui qui est impliqué doit décider s’il veut s’afficher ou attendre, que c’est une décision personnelle très pénible à prendre et qu’ils ne doivent pas en rire.
Quand on ne veut pas de censure, qu’on fait mal et qu’on revendique du même souffle le droit de parole ou d’expression, il me semble qu’il manque quelque chose à l’équation. Ce n’est pas ainsi dans notre société, pour personne. Au nom de quoi, ceux qui veulent nous faire rire se croient-ils libres d’agir à leur guise au détriment des autres ?
Je leur suggère de revoir les sketchs du grand humoriste qu’est Yvon Deschamps, dont "Les unions, qu'ossa donne" sur la discrimination et le racisme, pour comprendre la définition et le rôle d’un vrai humoriste qui respecte les membres de sa société.

Claude Dupras

 
 

dimanche 1 mai 2016

La trudeaumanie à la Justin

Le Canada connaît une nouvelle vague de trudeaumanie.

Après son célèbre père, l’ex-PM du Canada Pierre Elliot Trudeau (PET), Justin Trudeau est devenu le nouveau premier ministre du Canada suite à l’élection qui a duré un record de 78 jours et qu’il a gagnée de façon surprenante avec son parti Libéral fortement majoritaire.
Depuis, il est omniprésent dans les médias qui n’ont cessé de transmettre son image, ses actions, ses politiques d’avant-garde, ses agissements et mettre en évidence sa personnalité. Beau gosse, charismatique, enthousiaste, il a un discours de son temps comme sur l’avortement, l’euthanasie, la légalisation de la marijuana… Il pratique la boxe et a un tatoo sur l’épaule gauche. Il emprunte les médias sociaux, fait des montages multimédias, tient des séances de questions sur Twitter, utilise Instagram pour ses centaines de photos prises depuis qu'il est tout petit à aujourd’hui, etc... Avec son épouse Sophie et leurs enfants, ils reflètent le bonheur, sont heureux et sourient. Quoi de mieux pour le commerce d’images et d’illusions qu’est la politique !  

De plus, en remplaçant un premier ministre, Stephen Harper, qui s’est avéré fade et peu intéressant pour les Canadiens et le reste du monde, il a engagé le Canada dans une cure de jouvence qui en fait un pays d’avant-garde pour plusieurs. Tout comme son père, il a transformé sa victoire électorale en trudeaumanie. Et, cela a vite fait le tour de la planète où Justin Trudeau est devenu l'objet d'un engouement général comme nous en avons été témoins lors de son passage récent aux Philippines.
C’est un phénomène unique en politique canadienne qui se répète. Il transforme un politicien en icône de la culture populaire même si il y a quelques mois, avant l’élection, tous les médias le qualifiaient de chef politique soit naïf, incompétent, inexpérimenté, incohérent et immature. Personne ne voyait en lui la stature d’un véritable chef qui pourrait diriger le « plus meilleur pays du monde », comme disait Jean Chrétien et rapporté par Le Devoir.

Depuis, la presse le recherche, épie ses moindres gestes, analyse tous ses mots et les traduit en images et en textes qui épatent le monde. Tout cela fait en sorte que des gens de tous les pays, particulièrement les plus jeunes, apprécient ce qu’ils voient, en demandent davantage pour mieux le connaître et l’aiment. Ce n’est pas peut dire car si on leur demandait de nommer le PM de l’Australie ou celui de la Nouvelle Zélande ou encore celui des Philippines, peu répondraient à l’une ou l’autre des questions. La trudeaumanie déferle et désormais Justin Trudeau est une vedette internationale connue et le Canada est sur toutes les lèvres. Les vendeurs en ligne en profitent. Des photos signées aux figurines, tous les moyens sont bons pour capitaliser sur le succès du nouveau premier ministre. La demande est forte.
Évidemment, un tel chef ne peut faire l’affaire des séparatistes québécois qui voient subitement apparaître un nouveau chef politique fédéraliste se lever et qui est de plus en plus écouté. Pour eux, il devient une embûche additionnelle et importante à leur démarche de convaincre les Québécois de quitter le Canada. Alors, on se moque de la trudeaumanie, on informe mal et on le dénigre finement et sournoisement tout en cherchant à diminuer son importance à l’étranger, dont en France, lors de rencontres, entre autres, avec la presse ou d'articles de magazine.. Ce qui est, à mon avis, de bien mauvais goût car, comme on dit chez nous, on n’étend pas son linge sale sur la corde à linge du voisin.

D’autant plus, que les Français admirent le Canada. J’y vis quatre mois par ans depuis 15 ans et j'en suis témoin. J’y ai fait un très grand nombre d’amis et de connaissances et constamment j’en rencontre de nouveaux. En général, ils aimeraient venir visiter notre pays, y travailler et même y vivre pour plusieurs. Jamais ai-je rencontré un Français me parler contre le Canada. Certes, on est très sympathique à la défense de la langue et de la culture française au Québec et on favorise le Québec dans les débats sur ce sujet. Ce qui est bien normal. Mais on envie le Canada, ses grand espaces, sa nature, son climat, son économie, sa population, son genre de gouvernement, son mode de vie…
A ce jour, Justin Trudeau va bien. Il a amélioré les relations avec les États-Unis. Il a accueilli 25 000 réfugiés syriens dans l’ordre. Il a signé l’entente globale sur le climat à Paris. Il a rétabli les relations diplomatiques avec l’Iran et a renforcé celle avec le Mexique. Il a promis de signer les ententes de libre–échange avec l’Europe et avec les pays du Pacifique. Il a annulé les missions de bombardement en Irak pour les remplacer par des missions humanitaires et de conseillers auprès des Kurdes. Il a engagé des discussions avec Obama pour la vente du bois d’œuvre canadien et pour d’autres sujets importants mis de côté par le gouvernement conservateur. Il a rencontré les premier-ministres des provinces et les leaders des territoires canadiens. Il travaille en collaboration avec l’ONU et le Commonwealth pour l’aide aux pays africains. Il prépare une entente particulière avec le président Obama sur le climat. Et, encore… Quelle différence d’approche, quelle fraicheur par rapport au gouvernement Harper !

Actuellement, tout est beau et positif pour Justin Trudeau et le sera pour une bonne période de temps, mais on ne peut oublier que la trudeaumanie à une fin. Celle de Pierre Elliot Trudeau s’est terminée dans un « dégoût quasi-universel dans l’Ouest canadien et ce mépris était partagé par beaucoup de québécois » pour d’autres raisons.
Après avoir été porté par la trudeaumanie, PET a été élu PM du Canada. Mais, 14 mois plus tard, il a été humilié et battu à l’élection suivante, par le jeune chef progressiste-conservateur Joe Clark qui dirigea un gouvernement minoritaire. Plus tard, PET revint au pouvoir pour diriger le pays durant cinq autres années...

Justin Trudeau se rappelle sûrement de ces moments de la trudeaumanie de son père. Il doit savoir que la sienne aura une fin. J’espère qu’il ne sera pas tenté de la maintenir au prix de ne pas prendre les décisions qui s’imposent dans l’intérêt du Canada. Son père a été un grand leader. On peut être ou ne pas être en accord avec sa personne ou son leadership, comme moi, mais il faut quand même reconnaître que lorsque l’intérêt général du pays était en péril, il s’est levé et a dirigé le Canada au détriment de sa popularité personnelle, de la trudeaumanie et de sa réélection car son moto était : Nous vivons dans un monde difficile: nous devons être nous-mêmes vigoureux; l'avenir n'est pas aux timides et aux faibles. J’espère que Justin Trudeau sera comme son père, ce jour-là, mais prendra des positions plus réalistes vis-à-vis le Québec !
Il ne lui reste maintenant qu’à tenir ses promesses et de continuer à traduire sa nouvelle trudeaumanie en influence diplomatique. Bonne chance !

Claude Dupras

 

vendredi 22 avril 2016


La « balle-dure » au stade Olympique et non ailleurs 

J’aime le baseball, la « balle-dure » comme on disait durant mon temps de collège. J’y ai été initié très jeune par mon père qui était un grand amateur des Royaux de Montréal qui jouaient au Stade Delorimier. C’était le club-ferme AAA des Dodgers de Brooklyn, de la ligue Internationale.
Les joueurs canadiens-français y excellaient et je me rappelle les exploits de Stan Bréard à l’arrêt court, de Roland Gladu au 3ième but et comme voltigeur et de notre lanceur préféré Jean-Pierre Roy. Ces derniers ont éventuellement joué dans les ligues majeures.
Je revois, en 1946, la venue de Jacky Robinson avec les Royaux, un joueur afro-américain exceptionnel. Alors que la discrimination raciale aux USA empêchait les super joueurs de la Negro League de jouer dans les ligues professionnelles, Branch Rickey, propriétaire des Dodgers, décida de miser le tout pour le tout et engagea Robinson pour jouer à Montréal où les noirs étaient respectés. Cette décision suscita une clameur de protestations de toutes les villes-membres de la ligue Internationale. Nonobstant cette indignation générale, Rickey tint bon. Robinson confirma ses qualités de grand joueur, d’homme respectable et nous, Montréalais, avions le privilège de le voir jouer pour nous dans notre ville.
Nous avons réservé le même accueil chaleureux pour chacun des autres joueurs noirs qui le suivirent dont le lanceur Don Newcombe, l’arrêt-court Sam Jethroe et ceux élus par la suite, comme Robinson, au Temple de la Renommée du Baseball : Roy Campanella et le portoricain Roberto Clemente qui devint un des plus grands joueur du baseball.
Malheureusement, en 1960, après 52 années à Montréal, les Dodgers déménagèrent leur club-ferme à Syracuse, NY. À ce moment-là, les Royaux de Montréal étaient de loin l'équipe la plus titrée de l'histoire de la Ligue Internationale.
C’est durant ces années que naquit et grandit l’amour des Montréalais pour le baseball. Il nous été transmis de génération en génération depuis nos arrières-arrières-arrières-grands-parents. C’est ce qui explique que nous avons le baseball dans le sang.
Puis en 1969, miracle ! Le baseball revint avec un club des ligues majeures, un premier hors USA, qui prit le nom Expos de Montréal, pour rappeler l’Exposition Internationale et Universelle de 1967 que les Montréalais avaient tant appréciée.
Le club s’installa temporairement au stade ouvert du parc Jarry, modifié pour accueillir 30 000 personnes. Heureux, je courus acheter deux billets de saison, aux premiers rangs, au prix de 5$ chacun par match. Le bonheur des sportifs Montréalais était comblé.
Puis un an plus tard, un autre miracle. Le 12 mai 1970, le Comité International Olympique nous accorda les jeux de la 76ième olympiade. Et, pour ce faire, Montréal construisit un stade olympique qui après les Jeux logea les Expos. Et, il avait un toit amovible. C’était le bonheur total.
Le 15 avril 1977, 57 000 spectateurs assistèrent à la partie d’ouverture au stade olympique. J’y étais avec mes billets de saison. Le stade afficha complet durant tout le weekend. Lors des 80 autres parties de la saison, l’assistance fut forte à chaque match. De 1979 à 1983, plus de 2 000 000 d’amateurs accoururent chaque année pour voir « leurs amours ». L’enthousiasme débordait.
Le septembre 2004, le nouveau propriétaire annonça le transfert des Expos à Washington DC après 5 698 matchs. C’était devenu inévitable. Les Montréalais étaient dégoûtés des agissements de la nouvelle direction du club qui avait congédié le grand entraineur Felipe Alou,  vendu, pour des raisons financières, des joueurs-étoiles tels John Wetteland, Larry Walker, Marquis Grissom et Ken Hill, et des recrues exceptionnelles comme Vladimir Guerrero capables d’assurer une équipe compétitive dans le futur. Ces décisions furent des douches froides sur notre enthousiasme et même si nous aimions toujours le baseball, nous boycottions, par notre absence, les propriétaires. J’étais de ceux-là. En effet, en 2002 j’avais annulé mes achats de billets de saison, avec regret.
Durant les 108 dernières années, il y a eu du baseball professionnel à Montréal pendant 79 années. Et aujourd’hui, les Montréalais veulent un nouveau club et le démontrent clairement.
Lors des déboires du club, les propriétaires prétextaient que les amateurs ne venaient pas aux parties à cause de la configuration du stade olympique et de sa localisation dans l’est de Montréal.
Pour les aider, la Régie des Installations Olympiques (RIO) a fait exécuter des travaux importants pour ramener le marbre (homeplate) et toute la surface de jeu plus près des estrades à coût de millions de $. Mais les propriétaires n’étaient pas encore satisfaits car, n’ayant pas les poches assez profondes, leurs problèmes financiers les poursuivaient et ils continuèrent à blâmer le stade au lieu de faire des promotions publicitaires pour attirer de nouveau les amateurs.
Pourtant au stade olympique, la vue des spectateurs vers la surface de jeu est sans obstacle contrairement à certains stades comme celui des Mets de New York. Chaque spectateur est bien assis sur un siège de fibre moulé, ne touche pas ses voisins et l’espace pour les genoux et les pieds a été calculé pour laisser passer, sans trop de dérangement, les spectateurs qui se dirigent vers d’autres bancs, contrairement au stade des Blue Jays de Toronto où les spectateurs, assis deux par bancs, sont inconfortables dans un espace très restreint.
Quant à sa localisation dans l’est de Montréal, cette complainte n’était pas nouvelle. On l’avait entendue dès le premier match des Expos au stade et elle venait des citoyens anglophones de l’ouest de Montréal. À ce moment-là, tout ce qui était à l’est de la rue Saint Laurent était loin pour plusieurs de ces gens. Il est vrai que la distance était plus longue que si le stade était localisé au bas du centre-ville. Pourtant, je vivais dans ce secteur, à ce moment-là, et je n’ai jamais ressenti de problème majeur.
Aujourd’hui, le maire de Montréal veut obtenir une nouvelle franchise des ligues majeures et promet un nouveau stade dans le bas de la ville. C’est à mon point de vue injustifiable.
Ce stade, le maire veut en financer le coût grâce à des contributions gouvernementales, municipales et l’apport d’entreprises privées comme pour le centre Videotron à Québec. Nous, Montréalais, nous avons eu notre part de Québec pour la construction de notre Stade dont le budget a dépassé de beaucoup les coûts prévus. Nous avons payé de longues années, avec les autres Québécois, des taxes pour rembourser cette importante dette. Aujourd’hui, il est payé et il est bien entretenu aux frais du gouvernement de Québec.
De plus, il faut tenir compte du fait que la population a changé. Au moment des Olympiades, j’ai participé à la planification du village Olympique pour déterminer la nature des bâtiments à construire pour loger les athlètes. La population dans l’est de la ville n’était pas alors très dense comparé à aujourd’hui, au point que nous avons fait une étude pour déterminer le taux d’absorption possible de 1000 logements dans l’est de la ville après les jeux. Cela peut sembler invraisemblable aujourd’hui, mais le résultat ne fut pas très concluant. Certains proposèrent alors de construire des logements pouvant être transformés en logements à prix modique après les Jeux. Heureusement, le maire Drapeau a accepté notre idée de construire des logements pouvant être revendus et des promoteurs immobiliers dirigés par le réputé constructeur René Lépine ont décidé de prendre le risque de construire le village Olympique incluant toutes les facilités nécessaires aux athlètes : cafétéria, infirmerie, bureaux des missions olympiques de pays, salles d’entrainement et de divertissement, etc.. et de transformer le tout en condominiums après les Jeux. On connait le reste de l’histoire. Ce fut un succès et ça demeure un des plus beaux bâtiments de Montréal à l’honneur des architectes Roger d’Astous et Luc Durand.
Depuis, l’est de la ville a connu un boom de développement impressionnant. La population a considérablement augmenté. Les lignes de métro ont été allongées, de nouvelles autoroutes construites vers le nord-est hors de l’ile de Montréal qui aussi a connu un développement extraordinaire, d’innombrables tours à logements sont sorties du sol, etc…  
Un stade de baseball génère beaucoup de trafic automobile. Au bas de la ville, ce surplus ajouté à l’actuel génèrera des situations très difficiles, d’autant plus que les parties sont souventes fois jouées l’après-midi. Déjà, ça prend un temps fou pour se rendre au Centre Bell les soirs de match de hockey où le trafic est bloqué jusque sur la rive sud. Si on y ajoute le baseball, ce sera intolérable pour les Montréalais qui y vivent.
Le stade Olympique a plusieurs entrées à ses immenses garages, et est desservi directement par deux stations de métro. Dans le passé, même avec 58 000 spectateurs, les attentes étaient minimales et relativement acceptables.
De plus, le stade olympique est un investissement de tous les Québécois. Il est bien entretenu, se développe comme attraction majeure de Montréal et est devenu le symbole de la ville. Le centre de natation a été refait et les espaces de la tour sont maintenant loués à Desjardins comme espaces à bureaux. Une saison de 81 matchs de baseball par année lui apportera un achalandage important pouvant le rendre quasi profitable. Ce sont des taxes en moins pour l’ensemble des Québécois. Déjà en 1965, le gouvernement a refusé, avec raison, la demande des propriétaires de financer la construction d’un nouveau stade. C’est aussi irraisonnable aujourd’hui de proposer la construction d’un nouveau stade de baseball quand on a déjà un stade magnifique qui est peu utilisé.
Du premier match des Expos en 1968 jusqu’à 2002, deux ans avant la fin, j’avais des billets de saison. Soit durant 34  ans. J’ai vu des matchs de tous les coins du stade. Partout on pouvait bien suivre et apprécier le jeu des joueurs. Les écrans géants rapportaient instantanément les derniers jeux et tous les spectateurs où qu’ils soient pouvaient juger de la justesse de chaque jeu et de la décision des arbitres, sans problème.
Ce fut de même aux Jeux Olympiques. J’ai assisté à une dizaine de séances d’athlétisme et à quelques matchs de soccer dans le stade. Où que j’étais, j’ai bien vu et apprécié les évènements. Je me rappelle entre autres, le soir du saut du Canadien Greg Joy à la finale de la compétition du « Saut en Hauteur ». J’étais assis à l’autre extrémité du stade d’où était installée la barre du saut. Lorsque Greg a passé la barre sans la toucher, la foule s’est levée instantanément pour crier des hourras, où qu’elle soit dans le stade. Il venait de gagner la médaille d’argent. Nous avons tous vu ensemble et les écrans nous rapportaient en rafale tous les détails du saut.
C’est ainsi au baseball. Grâce à ces écrans on voit tout, on comprend tout. Ce qui compte, c’est être confortable et de pouvoir apprécier le jeu. De quelques endroits où on se trouve dans le stade, cela est possible. Et aujourd’hui, avec l’évolution constante de la technologie, de plus en plus d’écrans plus précis, reliés aux iPhones, nous montrerons précisément et davantage tout ce qui se passe sur le jeu.
Enfin, un stade dans le bas de la ville va défigurer les secteurs d’habitations avoisinants. J’ai visité ceux des Indiens de Cleveland et des Reds de Cincinnati. Lorsqu’on arrive vers ces stades, on est surpris des hauteurs des estrades que l’on voit des rues avoisinantes. C’est laid. C’est comme le stade des Alouettes sur le Mont-Royal, qui est moins pire mais quand même inacceptable. Je m’étais opposé, comme chef du parti civique, à la construction d’un nouveau gymnase pour l’université McGill sur la montagne à cet endroit, mais le maire Doré a passé outre et a permis cette construction sur notre bien public. De plus, le maire Tremblay a permis l’ajout d’estrades en hauteur en arrière du gymnase pour le stade de football des Alouettes. On les voit de la rue Berri en arrivant du sud. Ce gymnase et ces estrades cachent une partie importante du Mont-Royal. À mon point de vue, c’est inacceptable d’enlaidir notre ville de cette façon.  
Tous les arguments pointent vers le baseball au stade olympique. Alors Monsieur le maire…

Claude Dupras