jeudi 11 novembre 2010

Le faux pas de Richard Bergeron

Il est président du deuxième parti de l’opposition au conseil municipal de Montréal. Le maire Gérald Tremblay, dans un geste d’ouverture, lui avait offert, suite à la dernière élection, de siéger au comité exécutif de la ville. Richard Bergeron vient d’être remercié de ses services et quitte le comité avec fracas.

Lors de l’élection de 2009, Bergeron et son parti Projet Montréal ont créé une surprise en obtenant un pourcentage élevé de suffrages. Je l’avais appuyé publiquement dans mon blog malgré l’image loufoque d’un illuminé que les médias faisaient de lui. Sa biographie, son programme politique, ses discours m’avaient persuadé qu’il y avait là une possibilité de relancer Montréal. Je croyais qu’il était l’homme de l’heure, car le maire-sortant Tremblay était prisonnier dans un tourbillon d’accusations de patronage et le parti Vision Montréal, avec Louise Harel, n’était devenu que le porte-étendard du Parti Québécois.

Richard Bergeron avait lié sa participation au comité exécutif à celle de son projet pour l’échangeur routier Turcot. Il a ses propres idées, puisqu’il est urbaniste, et a tout fait pour influencer la ville et le ministère des Transports du Québec de modifier le plan original. Le ministère à accepter plusieurs des modifications proposées en changeant le trajet, ajoutant un tram-train, une piste cyclable, des espaces verts, etc.., mais, il ne s’est pas plié à toutes les suggestions de Bergeron qui consistaient, entre autres, à rétrécir les voies pour freiner le nombre d’autos qui accèderont à la ville afin de réduire la production de pollution sur la métropole. Le gouvernement n’accepte pas cette approche radicale puisqu’il a la responsabilité de répondre aux besoins futurs et croit inconcevable de bâtir un si important échangeur sachant d’avance que ceux qui entreront à Montréal devront subir de longues heures d’attentes pour y accéder. Si, dans 10 ans, le besoin de diminuer la pollution persiste, le ministère pourra toujours installer des ralentisseurs pour réduire le volume de véhicules. Par contre, il estime que la venue des nouvelles autos électriques et hybrides réduira sensiblement le niveau de pollution, mais pas nécessairement le nombre d’automobilistes. Et, à ce moment-là, avec son projet, les routes auront la capacité requise pour les absorber.

Le nouveau projet est flexible, intelligent et économiquement acceptable puisqu’il est évalué à 3 milliards $, alors que celui proposé par la ville a été estimé à 6 milliards $.

Richard Bergeron a publiquement menacé le maire de démission si le projet final du ministère était approuvé par la ville. Il s’est montré un peu fanfaron. Tremblay a aussitôt répliqué en exigeant son ralliement à la décision future si elle devait être majoritairement acceptée par le comité exécutif. Il n’exigeait pas que Bergeron vote pour, mais qu’il soit solidaire. Incapable de l’être, Richard Bergeron a été renvoyé. Lors de la conférence de presse qui suivit, ce dernier a traité le maire de Montréal de tous les noms : « sournois, malhonnête, manipulateur, traître, vendu au parti libéral du Québec, infidèle aux Montréalais, vision frileuse et passéiste, cowboy » et encore. Il a même menacé le maire de le déchirer sur la place publique. Pourtant, c’est le même maire avec lequel il a travaillé main dans la main durant la dernière année, copain-copain.

La vigueur et la rigueur intellectuelles sont les qualités importantes pour les hommes et femmes politiques. Cela fait partie intégrante de l’honnêteté intellectuelle. Je n’ai jamais aimé ceux qui par opportunité utilisent n’importe quel argument disponible pour mousser leur personne et leur parti au lieu d’appuyer leur argumentation sur des positions de principe et des faits réels. Cette situation est devenue beaucoup trop fréquente, de nos jours, en politique québécoise. Cependant, nul ne peut être complètement certain de ses présuppositions, surtout dans des projets de cette nature car il y a plus d’une solution valable. C’est pourquoi, ajuster ses convictions personnelles à l’évidence du bon sens, de la solidarité, de l’intérêt public, du compromis raisonnable et mettre de côté toute partisannerie politique est aussi agir avec rigueur.

Les mots flamboyants et méchants de Bergeron démontrent qu’il n’est finalement qu’un politicien qui ne cherche qu’à marquer des points politiques. Pour lui, il a raison et tous les autres ont tort et sont des « pas bons ». Au lieu de chercher à rallier l’opinion publique en expliquant et en répétant souvent, le plus clairement possible et sans insinuations mensongères, ses objections techniques à ce gigantesque et complexe projet qu’est l’échangeur Turcot avec ses multiples facettes : développement urbain, transport public, environnement, espaces verts, expropriations, etc.., Bergeron a choisi la facilité, le chemin de l’insulte et de la politicaillerie pour se justifier, se grandir. Chemin faisant, il a sali volontairement la réputation du maire.

Richard Bergeron a donné l’impression de vouloir s’élever en diminuant son adversaire en vue de la prochaine élection de 2013. Ce sont des attaques malicieuses et injustifiées comme celles qu’il a faites qui font que de plus en plus de Québécois et Québécoises perdent confiance dans leur classe politique. Agir de façon irresponsable en accusant ses adversaires de tous les péchés d’Israël n’est pas dans l’intérêt de notre collectivité. Nos leaders politiques sont importants et il faut les respecter, quelque soit leur parti ou leur option politique. On peut être en désaccord sur certains aspects de leur pensée politique et le dire très haut, mais on se doit de respecter chaque individu qui nous dirige, qu’il soit au pouvoir ou dans l’opposition. Le débat doit être sur le fond des choses.

Je suis fortement déçu de cet homme politique qui promettait beaucoup mieux.

Claude Dupras

lundi 8 novembre 2010

Le dépeçage de notre patrimoine collectif continue….

C’est une autre triste histoire que celle de l’église patrimoniale du Très-Saint-Nom-de-Jésus, de l’est de Montréal, construite par la fabrique, il y a cent ans, sur le terrain de la première chapelle de la paroisse. C’est une œuvre d’art global. Elle fut fermée au culte en 2009 et l’archevêque veut vendre le bâtiment à des promoteurs qui pourraient la démolir et la remplacer par des unités d’habitation ! Son contenu sera alors éparpillé.

Superbe église créée et dessinée par les architectes Albert Mesnard et Charles-Aimé Reeves, on disait alors qu’elle était la cathédrale (même si elle n’en était pas une) de l’Est de Montréal à cause de ses 5 000 m. ca., de sa taille et de la richesse de sa finition. Elle fut financée et construite par plusieurs générations de paroissiens et paroissiennes, souventes fois à la sueur de leur front. Pendant plus de 100 ans, ces derniers y furent baptisés, y pratiquèrent les rites de leur religion, s’y marièrent, y sont venus pour saluer une dernière fois leurs chers disparus et organisèrent dans son grand sous-sol, foyer d’une vie collective riche en activités de toutes sortes, leurs fêtes, leurs rencontres, leurs loisirs et ceux de leurs enfants.

Si la décision de l’archevêché est réalisée, il ne restera bientôt plus de trace de la fierté et de la foi des braves gens qui ont fait cette paroisse. Un autre repère dans notre mémoire collective disparaîtra.

J’ai bien dit un objet d’art global, car cette église n’est pas seulement une oeuvre architecturale importante et imposante, mais elle était aussi, plus globalement, un lieu d’exposition, un musée où l’on peut admirer le travail de nos meilleurs artisans d’autrefois : ébénistes, ferronniers, vitriers, sculpteurs, staffeurs, peintres, facteurs d’orgues, fondeurs de cloches, orfèvres, et tant d’autres… Leurs œuvres seront maintenant démantelées, déménagées, vendues, détruites.

Sa vaste enceinte à l’acoustique parfaite disparaîtra et on ne pourra plus apprécier la qualité des concerts donnés sur son grand orgue Casavant (complètement restauré en 1986), un des plus prestigieux et puissants du Canada.

Pourquoi ? Pour l’argent, bien sûr !

Dans mes recherches de la généalogie de ma famille, j’ai retrouvé le lieu et la date de baptême de mon ancêtre français, l’église Saint-Porchaire de Poitiers en 1641. À l’occasion d’une visite en France, j’ai eu la surprise de retrouver cette église encore debout, en bon état, toujours au service de la paroisse ! En France, l’État est, depuis 1905, propriétaire des bâtiments religieux et c’est lui qui s’occupe de leur entretien et de leur réparation même si les pratiquants sont peu nombreux.

Depuis 1995, le ministère québécois de la Culture, sous l’impulsion du comité de conservation de l’art sacré de l’Archevêché de Montréal, dirigé alors par l’abbé Claude Turmel, a créé une fondation privée, sans but lucratif et à caractère multiconfessionnel, dont la mission est d’aider à conserver ce patrimoine et à le mettre en valeur par l’entretien préventif et la restauration.

Le comité a été pendant longtemps le seul à surveiller de près la situation de notre patrimoine religieux et il a multiplié les interventions auprès des gouvernements et des autorités religieuses pour leur faire comprendre la valeur irremplaçable de ces richesses et favoriser les réparations d’urgence et de rattrapage. À ce jour, le Québec a investi près de 225 millions $ et les propriétaires plus de 75 millions $.

C’est l’archevêque lui-même, le cardinal Jean-Claude Turcotte, qui affirmait il y a à peine quelques années : « nos bâtiments religieux font partie intégrale de notre patrimoine religieux ». On comprend sa perspective, mais il aurait pu tout aussi bien dire « de notre patrimoine collectif ».

Alors, comment expliquer le saccage prévu de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus? Pourquoi notre cardinal a-t-il décidé de poser un geste si révoltant ? Pourquoi a-t-il changé son fusil d’épaule ? Ce sont les deux évêques-auxiliaires du diocèse de Montréal qui m’ont confirmé la réponse lorsque je les ai rencontrés récemment à Rome et leur ai demandé si la décision pouvait être reconsidérée. Les évêques haussèrent simultanément leurs épaules en signe de non et m’affirmèrent que cette église n’est pas classée à Québec et que l’argent n’est pas au rendez-vous. Si elle n’est pas classée, aucune ne l’est. Cet argument me semble un faux-fuyant.

Il devient évident que le départ de l’abbé Turmel, le grand et efficace défenseur du patrimoine religieux de Montréal, a créé un vide important à l’archevêché. Souventes fois dans le passé, il avait dû lutter ferme contre l’archevêque pour gagner son point et il réussissait. Il faisait faire les études, les plans et persuadait les autorités gouvernementales de l’aider. Malheureusement, il n’y a plus de tel champion du patrimoine religieux près de l’archevêque et il me semble évident que ce dernier manque d’imagination quand vient le temps de trouver des solutions et des argents pour continuer à sauver notre patrimoine religieux dont il est le responsable.

Et ce n’est pas la première fois qu’une telle chose se produit. Dans les années ’50 on a démoli la magnifique église Saint-Jacques et sa chapelle, œuvre de Victor Bourgeau, le plus grand architecte religieux qu’ait connu le Québec, pour faire place à l’UQAM. Seul le clocher de l’église et la façade du transept sud ont survécu au pic des démolisseurs. A ceux qui, à cette époque, défendaient le patrimoine religieux et s’opposaient à cette démolition, on répondait qu’il n’y avait pas assez de terrain pour les besoins de l’université, car la Ville de Montréal exigeait un parc donnant sur le boulevard Dorchester (maintenant René-Lévesque). Aujourd’hui, ce parc est construit et l’université a agrandi son campus en achetant plusieurs pâtés de maisons sur les rues avoisinantes. La preuve est maintenant faite qu’on aurait pu facilement éviter la disparition d’une pièce importante de notre patrimoine.

Pour démolir, on trouve toujours de bonnes raisons. Avant-hier, c’était un manque de terrain. Hier, c’était la faible assistance aux offices religieux. Aujourd’hui c’est un manque d’argent. Demain, ce sera autre chose. Après la transformation en condominiums de la magnifique église St-Jean-de-la-Croix, la rumeur court que d’autres églises patrimoniales seraient menacées, dont : l’immense Ste-Cunégonde, la très belle St-Jean-Baptiste, certaines églises anglicanes du centre-ville de Montréal et d’autres, plus contemporaines, construites dans les années ’50 et ‘60. Même si on ne peut qualifier ces dernières de patrimoniales, il n’en reste pas moins qu’elles sont, pour plusieurs, les œuvres de grands architectes, tel Roger d’Astous, élève du célèbre architecte américain Frank Loyd Wright. D’Astous s’est imposé comme un architecte religieux à Montréal. Les plans et documents de ses églises sont maintenant conservés au musée du Centre Canadien d’Architecture de Montréal. Pas plus qu’on accepterait de voir démolir un bâtiment d’Ernest Cormier, l’architecte de l’université de Montréal, ou une église de Bourgeau, serait-il acceptable de laisser démolir éventuellement une église de D’Astous.

Réaliser, aujourd’hui, une église comme Très-Saint-Nom-de-Jésus coûterait sûrement plus de 60 millions $. On veut la démolir pour 4 millions de $. Et après, il nous restera quoi ?

Le moment est donc venu de repenser le sort qu’il faut réserver à notre patrimoine bâti. Le fait qu’il puisse s’agir à l’occasion de lieux de culte n’enlève à ceux-ci rien de leur valeur pour toute la collectivité. Il devrait être interdit d’en disposer autrement que dans un cadre rigoureusement défini par cette même collectivité à un niveau ou un autre de ses instances décisionnelles. En d’autres mots, étant donné que les balises existantes ne suffisent pas à protéger tous nos trésors, nous devons, tout comme en France, demander à l’État de prendre la responsabilité de la conservation du patrimoine collectif. Et vite, avant que ne se produisent de nouveaux saccages.

C’est l’œuvre des grands artisans qui ont bâti Montréal qu’il nous faut conserver. C’est l’histoire de Montréal qu’il nous faut respecter et transmettre à nos descendants. À nos leaders religieux et politiques de se manifester ! Il n’est pas acceptable que nous nous laissions couper de nos racines. C’est notre identité qui est en cause.

Notre patrimoine collectif religieux, architectural, artisanal et autre fait partie de nous. Nous avons la responsabilité de tout faire pour le protéger et nous devons à nos descendants d’agir. On se mobilise bien pour les baleines….

Claude Dupras

Ps. Quelques arguments contenus dans ce blog viennent d’une lettre ouverte que j’écrivais en 2002 au journal La Presse pour défendre la magnifique église St-Jean-de-la-Croix de la destruction. CD

samedi 6 novembre 2010

La regrettable démission du ministre Jim Prentice

Le premier ministre Stephen Harper vient de perdre un de ses principaux lieutenants. Jim Prentice, député d’Alberta, quitte son poste de ministre de l’environnement pour entrer à la Banque Impériale de Commerce, comme vice-président exécutif. Il était un politicien aimé de ses commettants, un gentilhomme respecté par tous les Canadiens et Canadiennes, quelque soit leur parti politique. C’est une grosse perte pour le Parti Conservateur du Canada (PC) qui n’a que de rares députés conservateurs sociaux (red tory) avec une approche intelligente, nuancée, ouverte au changement et capable de faire la part des choses dans les décisions gouvernementales pour tenir compte des besoins de la société. Le PC a un grand besoin d’hommes ou de femmes comme lui.

Prentice faisait partie du Parti Progressiste-Conservateur du Canada (PPC) lorsque ce parti s’est fusionné avec l’Alliance Canadienne, parti strictement de droite, pour devenir le PC. Le PPC a toujours défendu les préoccupations conservatrices traditionnelles mais avec des idées sociales pour les questions économiques. Le nouveau parti a été envahi par les Alliantistes de l’Ouest et s’est fixé solidement à droite du spectre politique mettant au rancart l’approche sociale de la politique du PPC. C’est à cause de ce positionnement radical que j’ai quitté définitivement le PC, après plus de trente ans de membership actif dans le PPC, et que je suis devenu indépendant.

Malgré le malaise évident que Prentice ressentait au sein de sa nouvelle équipe, il a toujours fait un travail consciencieux au ministère de l’environnement. Il a même osé prendre des positions publiques qui ne correspondaient pas toujours aux dires du PM Harper, particulièrement sur le contrôle de l’exploitation des sables bitumineux, la position du pays sur l’accord de Kyoto et l’approche négative du Canada à Copenhague qui a contribué à ce que la rencontre onusienne sur l’environnement se termine en queue de poisson.

Le départ subit de Prentice est-il un signe de ce qui s’en vient ? Je le crois. Au lieu de viser à recentrer le parti et à gagner les indécis, le PC ne cherche qu’à satisfaire sa base, ceux du pays qui crient fort (un genre de teapartyers canadiens), qui lui a donné le pouvoir par ses votes. Il glisse lentement mais sûrement vers l’abime politique où l’entraîne son idéologie de droite de la droite.

La presqu’élimination du contenu du questionnaire du recensement, l’abolition du registre des armes, le militarisme excessif, le non-respect des décisions environnementales internationales, la construction de nouvelles prisons (alors que le taux de criminalité baisse), la fascisation des lois au ministère de la justice… sont tous des exemples où le gouvernement canadien perd son temps et où l’amène son idéologie. Pendant ce temps, le déficit augmente commensurablement, la dette réapparaît et le respect du Canada fléchit dans l’opinion mondiale.

Harper garde le pouvoir depuis quatre ans de manière tout à fait imprévisible puisqu’il est minoritaire à la Chambre des Communes et n’obtient que 35-38% d’appuis dans les sondages. Le manque de courage politique des autres partis pour le renverser, qui vient du désintéressement de la population pour une autre élection, doit s’estomper.

Nous, Canadiens et Canadiennes, devons remplacer ce gouvernement mené par des idéologues dont la pensée ne correspond absolument pas à celle de la majorité et dont les actions politiques non pertinentes nous amènent nulle part. Nous avons besoin que l’intelligence et le réalisme soient au pouvoir à Ottawa.

Une autre solution serait un putsch dans le PC pour qu’il redevienne le PPC. Mais çà, pour l’instant, c’est un rêve en couleurs !

À chacune de ses interventions à la Chambre des Communes, Jim Prentice a su élever le débat au haut niveau qu’il doit être. Il a accompli beaucoup et rempli plusieurs tâches difficiles que lui confiait le PM Harper. « Monsieur Fix-it », comme on le surnommait, aurait fait un bon premier ministre. Je rêve de le voir revenir en politique, à la tête du parti PC. Ce sera peut être le jour où le PC retrouvera le bon chemin. Qui sait ?

Merci Jim Prentice pour un travail bien fait, malgré tout, et bonne chance.

Claude Dupras

jeudi 4 novembre 2010

L’ennemi no. 1 d’Obama : Glen Beck

Il y a un homme qui a fait la différence dans l’élection de mi-mandat que viennent de vivre les Américains. Il a réussi à monter une armée d’individus dans tous les coins des USA pour voter contre le président et le parti démocrate.

Ce vote qui a permis aux Républicains de balayer les Démocrates est, en fait, un vote négatif. Et ce n’est pas moi qui le dis, mais un sondage auprès des électeurs à la sortie des bureaux de scrutin. Presqu’à l’unanimité, dans tous les États, dans les campagnes comme les villes, une majorité des électeurs a avoué avoir surtout voté « contre Obama ». Pourquoi ?

Depuis l’entrée de Barack Obama à la Maison Blanche, j’ai suivi sa démarche. J’en reste impressionné car il s’est avéré comme un des bons présidents que les Américains ont connus. Il a travaillé fort, a parlé intelligemment à ses concitoyens, a réagi efficacement à la crise économique et a fait voter des lois que peu de présidents ont réussi à faire voter dont celle sur la santé qui a permis à plus de 35 millions d’Américains d’être enfin protégés par un système d’assurance-maladie. Malgré tout cela, il est honni aujourd’hui par une majorité d’Américains dans tous les coins de ce grand pays.

Depuis plus d’un an, j’appréhendais le soir de l’élection « mid-term ». Ma crainte venait de ce que je percevais chez le polémiste Glen Beck. Il est un animateur d’une émission de télévision à la chaîne américaine Fox qui appartient au magnat australien des médias, Rupert Murdoch. Fox News est la dernière des grandes chaînes arrivées sur le marché Américain en 1997. Voyant un vide, Murdoch la campa complètement à droite pour promouvoir les positions politiques conservatrices. Elle le fait 24h /24, 7j/7 de façon très partisane. Aujourd’hui, Fox News a plus de 110 millions d’abonnés et est devenue une des chaînes préférées des Américains, au point que la compagnie vient tout juste d’annoncer, pour la dernière année, un accroissement des profits de 8% et des ventes publicitaires de 16%. Il faut reconnaître, en toute vérité, que la présentation des émissions est fort intéressante.

Glen Beck est un genre de René Lévesque du Québec du temps où ce dernier animait l’émission « Point de Mire » à Radio-Canada, et venait hebdomadairement expliquer aux Québécois et Québécoises, avec son ardoise et sa craie, l’évolution de la politique dans le monde. Nous étions tous accrochés à ses lèvres. Il était un vrai pédagogue. Lévesque, qui au début n’était pas très connu, a fait un tabac de son émission et est devenu une étoile de la télévision canadienne. Les Québécois et les Québécoises l’appréciaient et l’aimaient. Animateur responsable, honnête, très divertissant, clair et net dans ses propos, sa popularité fut si grande qu’il est devenu, avec le temps, premier ministre du Québec, et un des meilleurs.

Malheureusement, Glen Beck n’est pas un vrai René Lévesque. Il est un polémiste qui vise la controverse publique. Il joue avec les mots et les sentiments de ses auditeurs. Il a un objectif et il fait tout pour amener ces derniers où il veut. Il est habile, intelligent, un manipulateur hors de l’ordinaire, sur le petit écran tous les soirs à la même heure et très suivi. Dès les premiers soubresauts du « Tea Party », il a fait sien ce mouvement et s’est lancé tête basse dans la mêlée. Ses outils : l’ardoise et la craie; sa méthode : la démagogie. Il se fait professeur, enseigne, démontre, éclaircit, décortique les discours, interprète les affirmations et les projets de lois d’Obama comme s’il était un prix Nobel. Il a l’air vrai mais il est menteur. Il a l’air renseigné, mais il est manipulateur. Il a l’air d’un professeur, mais il est irresponsable. C’est un faux pédagogue, super habile et fort convaincant. Son auditoire est montée jusqu’à 3 millions d’auditeurs chaque jour.

J’ai réalisé le tort qu’il faisait lorsque deux des mes amis américains, dans des emails, m’ont recommandé l’émission télévisée de Glen Beck. Par hasard, les deux ont utilisé le même qualificatif pour le décrire : « il est très « éducatif ». Je leur ai répondu que Beck utilisait des « arguments tout croches », mais ils ne m’ont pas cru. C’est là que j’ai compris le danger pour Obama.

Depuis et souventes fois, aux nouvelles télévisées américaines, des gens bien ordinaires sont appelés à expliquer leur position anti-Obama. Chaque fois, j’ai remarqué qu’ils utilisaient les arguments de Beck, presque mot pour mot. Ce qui est le plus étonnant, c’est que ces gens critiquent, entre autres, le programme de santé d’Obama prétextant qu’il est trop coûteux, etc., alors qu’ils en sont les premiers bénéficiaires. De toute évidence, ils ne comprennent pas ce qu’ils critiquent.

Selon le New York Times, que Beck accuse d’être vendu à Obama, il a suggéré récemment aux chrétiens de quitter leur église si elle prêche la justice sociale et économique, car, dit-il, « ce sont des mot-codes pour communisme et nazisme ». Il est super-capitaliste, antisocialiste et s’oppose à tout ce qui peut venir de la gauche. Le problème est qu’il est persuasif et que ses arguments et explications deviennent des évidences dans l’esprit de ses auditeurs.

Son implication dans la récente période électorale a été très forte. Il a réuni à Washington des centaines de milliers d’électeurs pour une manifestation anti-Obama. Il a fait la promotion constante des teapartyers. Il a invité, moussé la candidature, appuyé et mis en vedette les candidats anti-Obama. Il a développé une influence profonde et une admiration étonnante chez l’Américain moyen qui est loin de comprendre la complexité des lois qui se votent à Washington mais qui gobe facilement ses explications démagogiques et simplistes du danger (qu’il invente) de ces lois.

Le résultat, c’est que des centaines de milliers d’Américains ont voté contre Obama à cause de Glen Beck. Et cela a fait la différence. Plusieurs candidats du « Tea Party » ont été élus. Mais ce qui compte surtout, c’est que des milliers d’indépendants et de Démocrates « mous » ont été convaincus par Beck de voter contre Obama et par conséquent pour les Républicains. Ajouté au noyau dur du parti républicain, ce nouvel apport de votes a fait la différence et a permis aux Républicains d’obtenir la victoire éclatante qu’ils ont obtenue.

Si Barak Obama et le parti démocrate veulent être réélus, ils devront tenir compte des actions néfastes de polémistes comme Beck, nombreux dans les médias américains, pour contrer, de façon persuasive, les arguments simplistes et démagogiques de ces derniers, afin de pouvoir ramener vers eux un nombre suffisant d’électeurs en 2012. Ce ne sera pas facile, mais c’est possible !

Claude Dupras

Ps. Durant les deux derniers mois, l’auditoire de Beck a diminué sensiblement car il a tendance à se montrer de plus en plus comme un leader politique au lieu d’un « entertainer » et cela plait moins à l’auditeur américain. Néanmoins, son auditoire actuel demeure supérieur aux auditoires combinés de toutes les émissions politiques équivalentes des autres chaînes qui se présentent comme ses compétitrices.

samedi 30 octobre 2010

Le vide politique du Québec

Rien ne va plus en politique au Québec.

Le premier ministre libéral Jean Charest et son parti s’accrochent les pieds dans les fleurs du tapis. Depuis que le PM a refusé, à tort, de mettre sur pied une commission d’enquête sur les coûts de la construction, la foudre lui tombe sur la tête. L’opposition parlementaire et les journalistes ne cessent de rendre publiques des décisions et des transactions gouvernementales de toutes sortes dans lesquelles amis, supporteurs ou financiers du parti libéral du Québec ont été favorisés. Ces nombreux scandales qui pour la plupart n’en sont pas, ont un air de vérité. Et c’est çà le problème du PM car, en politique, l’apparence a autant d’importance que la réalité et par conséquent sa popularité en subit le contrecoup et fond dans les sondages.

Pendant ce temps, les dirigeants et députés du parti Québécois, l’opposition officielle, jubilent. Voyant le pouvoir possible de si près, ils ne peuvent s’empêcher de se lécher les babines. Les sites internet dédiés à l’indépendance du Québec font le plein d’articles optimistes, ce qui démontrent bien que la fièvre se répand. Mais il y a un problème. Le parti Québécois et son chef Pauline Marois ne figurent pas bien, eux non plus, dans les sondages. Les Québécois et les Québécoises ne sont pas satisfaits du parti Québécois ni du parti Libéral.

Le parti Libéral et le parti Québécois sont des partis de centre-gauche. Les libéraux flirtent par moment avec la droite. Les péquistes agissent de même avec la gauche. Cette dernière est représentée par le parti Québec-Solidaire qui n’a qu’un député. La droite est le parti Action Démocratique du Québec (ADQ) qui est venu à quelques députés près de prendre le pouvoir à l’avant-dernière élection générale. Après 21 mois comme opposition officielle, où il a fait mauvaise figure, il est retombé à seulement quelques députés et ne pèse plus politiquement. Pourtant, la droite est au pouvoir à Ottawa et croît rapidement aux USA où les élections législatives « mid-term » sont imminentes et pour lesquelles les sondages indiquent que le parti Républicain, parti de droite, fait une remontée impressionnante et enlèvera aux Démocrates la majorité à la Chambre des représentants et possiblement au Sénat. La droite a le vent dans les voiles en Amérique du Nord.

Plusieurs anciens membres du parti Québécois, dont l’ex-ministre démissionnaire François Legault, estiment que l’option indépendance n’est pas dans l’air. Ils rêvent de créer un nouveau parti, Force-Québec, avec des gens d’autres formations politiques pour s’attaquer efficacement aux vrais problèmes. Il y a quelques semaines, les medias ont rapporté que le parti se formait et qu’une annonce était imminente. Le sondage qui suivit, incluait ce nouveau parti comme option et l’a placé à 39% par rapport au parti Québécois qui chutait de 18% pour se retrouver à 22% (les purs et durs), le parti libéral à 21% et l’ADQ 6%. Ensemble, les trois partis traditionnels n’ont obtenu que 49% face à un parti qui n’existe pas. Ce qui démontre bien que les Québécois sont insatisfaits et ont une grande faim de changement.

À Québec, Il y a une semaine, un nouveau groupement, le Réseau-Liberté-Québec, a réuni durant un weekend plus de 450 individus de toutes les régions du Québec autour de chercheurs, de penseurs et d’activistes de droite pour parler politique. La rencontre a eu un impact positif dans les médias. Le Réseau-Liberté-Québec n’est pas et ne sera pas un parti politique. C’est un genre de « think-thank » en devenir, à tendance conservatrice, qui regroupe hommes et femmes politiques, chercheurs, universitaires, syndicalistes, gens d’affaires qui voient des solutions dans la philosophie de Droite. Ces individus veulent influencer les partis politiques en place pour qu’ils adoptent leurs suggestions. Dès l’annonce de la création de Réseau-Liberté-Québec, certains politiciens se sont empressés d’élever l’épouvantail à corneilles pour effrayer sans raison les Québécois et les Québécoises contre la droite qu’ils ont même associée à l’extrême-droite (idéologie contre-révolutionnaire voire fasciste). Cela n’a rien à voir avec le Réseau-Liberté-Québec qui est une bouffée d’air frais pour la politique québécoise.

Je n’aime pas la droite à la GWBush ou à la Stephen Harper : trop d’idéologie, pas suffisamment de sensibilité dans les solutions pour les grands problèmes. J’espère que la droite québécoise ne prendra pas les politiques de ces hommes comme modèles. D’ailleurs, aujourd’hui, le Canada en souffre puisque les Nations Unies viennent de nous refuser un siège au conseil de sécurité parce qu’elles ne digèrent pas les politiques de notre PM Harper : environnement, unilatéralisme pour Israël, etc… (Par contre, sur plusieurs points, il a fait un excellent travail, comme vient justement de l’affirmer la vérificatrice générale du Canada en rapport avec l’important programme de 45 milliards de projets d’infrastructure lancés pour contrer les effets négatifs de la crise économique. Ce fut bien géré et de façon honnête. Bravo).

À cause de l’impopularité grandissante du PM Charest, les séparatistes « purs et durs » du parti Québécois croient que la victoire électorale est, par défaut, inévitable et certaine. Ils réclament un nouveau référendum sur la séparation du Québec du Canada, lors du premier mandat que le parti gagnera. Quant à elle, Mme Marois s’en tient à l’article 1 de la constitution du parti qui stipule «au moment jugé approprié». Elle est une fine politicienne et ne veut pas faire peur à ceux qui ne sont pas indépendantistes et qui auraient le goût de changer de gouvernement, à cause des circonstances, et voter PQ. Électoralement, elle a raison. Dans un premier temps, elle veut être élue premier ministre et gouverner. Ensuite, dans un deuxième temps, suite à une autre élection générale, tenir un référendum. C’est ce qu’elle appelle « le temps opportun ».

Mais c’est un peu d’hypocrisie car le Parti Québécois ne cesse d’affirmer qu’il existe pour faire l’indépendance du Québec. Je suis d’accord avec ceux qui veulent le tenir dans un premier mandat. L’électeur a droit de se prononcer sur la question nationale le plus tôt possible et cette question doit être réglé une fois pour toutes. Ce sera le troisième référendum et probablement le dernier, quelque soit le résultat. S’il n’a pas lieu dans le premier mandat et le parti non réélu, il n’y aura pas de référendum et la discorde sera toujours là.

Les « purs et durs » ont une autre crainte. Ils s’inquiètent de la performance de Mme Marois. Ils croient qu’elle sera un handicap qui pourra les empêcher de gagner la prochaine élection. Malgré qu’elle en ait vu d’autres et ait une longue expérience, elle subira un vote de confiance au congrès du PQ, le 15 avril prochain, qui risque de faire mal !

Jean Charest et Pauline Marois sont en mauvaise position dans l’opinion publique et dans l’esprit des membres de leur parti. Le parti Libéral est entaché de suppositions de mauvaise gouvernance et le parti Québécois dispute les qualités de son chef et la stratégie en vue d’un nouveau référendum. L’ADQ est faible mais est bien placé pour progresser étant donné sa position à droite de l’échiquier politique québécois. La gauche maintiendra-t-elle son ascendance sur la politique québécoise ? Force-Québec naîtra-t-il et sa popularité sera-t-elle éphémère ? Quelle sera l’influence de Réseau-Liberté-Québec sur l’évolution vers la droite des politiques des partis ? En fait, nous sommes dans un vrai « free for all » où tout peut arriver.

Dans le vide politique actuel du Québec, dans quelle case s’arrêtera la bille sur le panneau tournant de la roulette politique québécoise ? Voilà la question !

Claude Dupras