lundi 22 février 2016

 
Note : mon dernier blog date du 3 octobre 2015, moment où j’ai dû, pour des raisons personnelles, arrêter d’écrire mes textes. Les choses s’étant améliorées, il me fait plaisir de reprendre mes écritures. Merci à mes fidèles lecteurs et de commenter. Claude Dupras 
 
Le 22 février 2016
Le phénomène Trump
La politique américaine actuelle devient, jour après jour, de plus en plus intéressante. Elle se situe aujourd'hui dans la course pour le choix des candidats républicains ou démocrates pour la présidence du pays. Et celui qui ajoute davantage de piment dans ce brouhaha quotidien est le constructeur newyorkais Donald J. Trump qui vise à devenir président des États-Unis sous l’étiquette républicaine.   
C’est au début des années 80 que j’ai entendu parler, une première fois, de Trump. Il avait 36 ans et venait de construire le « Trump Tower » à New York. La réputation de la qualité architecturale et des caractéristiques de ce projet était devenue un sujet de conversation dans le milieu de la construction, particulièrement à Montréal où j’œuvrais. J’étais surpris de ce qu’avait pu réussir ce jeune entrepreneur dans la « Big Apple ».  
Pour construire sa tour, Trump avait dû démolir un édifice art deco, sur la 5e avenue, qu’il avait acheté à la surprise de plusieurs. Faisant fi des exigences municipales de conserver les anciennes façades sculptées du bâtiment existant, il voulait donner une allure contemporaine à son nouveau bâtiment qu’il imagina de 57 étages, une vingtaine de plus que ne le permettait le règlement sur un site si petit.
Trump proposa son plan mais les autorités le refusèrent. Pour les convaincre, il imagina l’idée, révolutionnaire pour l’époque, d’un bâtiment à multiples occupations. Il en dédia une partie pour des grands magasins et boutiques de détail, une autre pour des bureaux d’affaires et une dernière pour des résidences de haute qualité. Il convainquit IBM, propriétaire de l’édifice voisin à l’est, de relier leur bâtiment au sien par une arcade et fusionna ses étages inférieurs aux leurs. Il acheta les droits aériens de l’autre édifice voisin, propriété de Tiffany’s, imagina construire un immense atrium et en fit un espace public respectant les codes municipaux du temps. L’accès aux bureaux supérieurs s’y fera aussi. Cet ensemble plut à la ville et Trump obtint son permis. Mais, il n’avait pas fini car il voulait que la construction soit de très grande qualité afin d’attirer le plus grand nombre possible de personnes du public à son bâtiment. Ainsi, il recouvrit l’espace public de marbre blanc avec veines, de miroirs et de laiton avec sa couleur cuivre-jaune-or dominante. Il ajouta une attraction d’envergure, soit une chute d’eau de cinq étages sur une des parois du hall, visible des boutiques, des cafés, du pont qui traverse l’étang au bas des chutes et des escaliers mobiles. Le tout couronné d’une immense verrière. Dans les années ’80, c’était époustouflant pour un bâtiment commercial privé.
Trump réussit son pari et la « Trump Tower » devint dès son ouverture, un arrêt obligatoire pour les touristes newyorkais. Ce que mon épouse et moi firent, dès l’ouverture du complexe, et nous ne l’avons pas oublié.  
Trump continua sa carrière de promoteur et de constructeur et prêta son nom à des projets de qualité partout dans le monde, incluant Toronto et Vancouver. Il devint aussi une vedette de la télévision américaine avec l’émission The apprentice. Il est très connu et estime valoir aujourd’hui huit milliards $. C’est un success story hors de l’ordinaire qui démontre le talent de cet individu et ses qualités d’administrateur et de promoteur imaginatif et persuasif.
Cette année, Trump a décidé de plonger dans les « primaires présidentielles américaines » pour le Parti Républicain. À ce jour, il mène la course et les pronostics sont très bons pour lui, au grand désespoir de l’establishment du parti qui juge qu’il mine la crédibilité de leur parti et qui cherche par tous les moyens à dérailler sa campagne qui progresse trop positivement, à leur grand souci.
Trump arrive au moment où une grande majorité de républicains est choquée de ce qu’elle qualifie du peu de progrès de leur pays. Pour elle, le gouvernement gruge continuellement dans sa vie personnelle, la dette nationale dépasse toute proportion raisonnable, la politique étrangère est inquiétante, la pauvreté s’étend, les manufacturiers quittent pour d’autres cieux… 
Elle reproche à Obama d’avoir fait des ententes cordiales avec Cuba et l’Iran, le blâme de la poussée islamiste de Daech qui devient menaçante dans le monde entier, craint la modernisation de l’armée russe de Poutine et sa politique étrangère qui prend de plus en plus de place et d’importance sur l’échiquier mondial. 
 
De plus, elle veut abolir le nouveau programme de santé d’Obama, l’Obamacare, qui dérape à cause des honoraires des médecins et des prix de médicaments qui s’envolent. Elle est désespérée de constater que la politique libérale d’Obama s’engrange dans le public et que même les élus républicains, majoritaires au Sénat et à la Chambre des représentants, collaborent avec Obama comme ce fut le cas lors de l’adoption du dernier budget. 
 
De son côté, la droite religieuse est choquée de constater que les maisons de planification familiale, où se déroulent des avortements, persistent et prospèrent.

Et encore…   
 
L’avantage de Trump est qu’il a bien saisi l’inquiétude de la droite américaine. Il sait quoi dire et comment le dire. Il est la voix de l’opposition la plus agressive. Il est le seul qui est vraiment écouté. Il s’élève contre la Presse qu’il qualifie de mensongère et odieuse. Il est intéressant à écouter, à regarder et partout, dans les différents états où il réunit les républicains, les arénas débordent. Il aime à dire aux foules qu’il attire « this is fun ». Oui, ses grandes assemblées sont joyeuses et tout le monde s’amuse au dépend d’Obama, de la Presse, des leaders républicains et des autres candidats dans la course. Ses discours sont à teintes racistes, à propositions souventes fois ridicules sans toutefois affecter son image, bien au contraire. 
 
Trump finance sa propre campagne contrairement à ses adversaires qui reçoivent des centaines de millions de $ de compagnies qui se réunissent dans des groupes nommés SuperPac. Jeb Bush, par exemple, fils et frère d’anciens présidents, a dépensé plus de 100 millions de US$ depuis le début de la campagne qu’il a affectés à de la publicité négative contre Trump majoritairement et contre Marco Rubio, le candidat qui suit ce dernier. Résultat : Bush vient de démissionner de la course, faute d’appui.
 
La Presse, que Trump bafoue, transmet ses discours, son image. Il est la vedette de l’heure, celui qui affecte le plus positivement les cotes d’écoutes. Les dirigeants des médias le savent et le réclament. Il est un phénomène rare en politique car finalement, c’est la Presse qui le honnit qui répand son message et fait sa campagne.
 
Trump n’est pas un idiot. Il sait ce qu’il fait et ça marche. Il sait saisir les manchettes, même avec des propositions irréalistes comme la construction d’un mur entre le Mexique et les USA ainsi que l’arrêt total de la venue de tout musulman dans son pays. Il se maintient en tête des sondages et cela va continuer. Après Iowa (où il a terminé presque premier), New Hampshire (premier) et South Carolina (premier), il est en avance dans les sondages au Nevada et dans tous les prochains états qui voteront bientôt.  
 
La mer de ses supporteurs réagit positivement et aveuglement à ses nombreuses attaques contre ceux qui influencent le pouvoir comme l’establishment et les grandes corporations. La réaction de haine que Trump suscite, souventes fois justifiée, contre ces personnes ou ces groupes alimente sa popularité. Mais cela ne veut pas dire que Trump est le meilleur choix. Ce n’est qu’au moment où ses partisans mettront de côté leurs émotions pour penser à bien servir le conservatisme et la cause de leur pays que nous saurons vraiment si Trump a des chances de gagner la mise en candidature. Peuvent-ils lui faire suffisamment confiance pour lui confier les codes nucléaires ? Ses faux pas, ses positions libérales comme l’assurance santé pour tous (il a louangé le système canadien), sont-elles acceptables par les conservateurs du parti républicain ? De plus, comment déporter 11 millions de Mexicains illégaux et les laisser rentrer sans engendrer des dépenses gouvernementales extraordinaires ? Comment faire payer le mur par le Mexique ? Comment empêcher les musulmans d’entrer aux USA sans réactions mondiales coûteuses ? Comment gagner le vote espagnol et le vote arabe avec de telles politiques? Comment décentraliser le pouvoir, comme le réclament les conservateurs, s’il veut tout faire à partir de Washington ? 
 
Actuellement, Trump a mis l’establishment dans sa petite poche. Peut-il continuer ainsi car toutes les questions précédentes demeurent et méritent réponses ? Trump peut-il demeurer le « candidat teflon », qu’aucune de ses affirmations affecte, jusqu’au 18 au 21 juillet prochain lors de la convention républicaine à Cleveland dans l’Ohio ? 
 
La rage des gens de la droite américaine contre la Presse libérale et la direction inefficace du parti républicain est justifiable. Mais une rage incontrôlée alimentée par un candidat flamboyant, erratique, mal renseigné qui parle fort, cru, qui change d’idée et qui émet des idées libérales par moment sera difficile à gober et risque d’éclater avec les républicains en congrès. Est-ce là que les négatifs de Trump l’emporteront sur ses positifs? Ses propositions irréalistes et flagrantes peuvent-elles être oubliées ? Ses partisans en ont fait un héros capable de sauver l’Amérique mais l’establishment du parti le voit comme un candidat à qui on ne peut confier l’immense pouvoir qu’a un président américain, réussira-t-il à l’arrêter ? 
 
Je n’en suis pas certain. 
 
Claude Dupras  
 
 
                 

samedi 3 octobre 2015

Un monde sans race

En France, on est à cheval sur le mot race. Le dernier incident qui met en relief cette affirmation est la conséquence d’une sortie verbale de l’ex-ministre du gouvernement Nicolas Sarkozy, Nadine Morano, qui a lancé dans une interview à la télévision que « la France est un pays judéo-chrétien, le général de Gaulle le disait, de race blanche, qui accueille des personnes étrangères ». Hors, De Gaulle n’a jamais écrit cela. Ce sont des propos qu’il aurait tenus dans une réunion privée et rapportés par une personne qui les aurait entendus.
Morano a aussitôt été attaquée violemment par l’opposition et la presse en général. Nonobstant cette levée de boucliers, Morano a persisté, signé et répété ses propos à Moscou, où elle était invitée, en affirmant « la France est un pays de race blanche avec des noirs, comme le Congo est un pays de race noire avec des blancs ». Elle semble vouloir dire que tous les membres de la population française, plurielle et métissée, ne sont pas égaux. 
Selon le "Trésor de la Langue Française Informatisé", le mot « race » signifie en biologie : « Ensemble de personnes qui présentent des caractères communs dus à l'histoire, à une communauté, actuelle ou passée, de langue, de civilisation sans référence biologique dûment fondée ». Ou encore « Subdivision de l’espèce fondée sur des caractères physiques héréditaires, représentés pas une population.
Nadine Morano avait annoncé qu’elle serait candidate à la primaire pour le choix du candidat à la présidentielle du parti « les Républicains », ex-UMP, aujourd’hui dirigé à nouveau par Sarkozy. Ce dernier, qui veut aussi briguer les suffrages de la primaire, n’a pas aimé ses propos et l’a renié sur le champ malgré le fait qu’elle avait été l’une de ses plus grandes supportrices durant la traversée du désert qu’il a connue, suite à sa défaite aux mains de François Hollande. Dans un premier temps, il a demandé que l’investiture de la candidature de son parti pour Morano en vue des élections régionales pour le comté de Meurthe-et-Moselle soit retirée. Cela me semble une réaction exagérée.
Mais Sarkozy a été encore plus loin. Il a déclaré vouloir enlever le mot « race » de la constitution de la France. Le parti socialiste a emboité le pas pour se dire en accord avec cette proposition. En fait, ils reconnaissent la proposition de loi adoptée le 16 mai 2013 par l’Assemblée nationale française visant à supprimer le terme « race » de la législation française et à modifier la constitution qui mentionne l'égalité de tous devant la loi, « sans distinction d'origine, de race ou de religion ».
Alors quel mot employé ? Population, ethnie, espèce, sous-espèce, famille, genres… ou est-ce que le mot « origine » couvre tout ?
Au Québec, on accepte de dire « race blanche », « race noire », « race jaune » ou « peaux-rouges » tout en oubliant les autres de couleurs métissées. Et, comme dans l'ensemble du Canada, on identifie, de plus en plus, l’origine ethnique. Ce qui signifie, en fait, que le Québécois ou le Néoquébécois non francophone est d’une « race » différente que celle de la majorité, même si sa famille est au pays depuis plusieurs décennies et qu’il soit né au Québec. C’est ainsi que l’on dit : « lui il est un anglais, un italien, un grec, un polonais, un irlandais, un algérien, un haïtien, un congolais.. ». En fait, le mot race est rarement utilisé. Mais on semble y faire allusion en créant une différence entre chaque individu sur la base des définitions mentionnées précédemment du mot « race ». Pour plusieurs, les vrais Québécois sont les francophones, surtout pour ceux qui espèrent la séparation du Québec de l’ensemble Canadien. Souventes fois, ces derniers dénigrent, même ouvertement, « les anglais » du West Island, le quartier particulièrement anglophone de Montréal. … De plus, lorsqu’ils disent « Nous les Québécois… on ressent qu’ils n’incluent pas toujours les autres dans ce « nous ».
Ce qui surprend dans ce débat en France est le préjudice du monde politique face au mot « race ». Il semble que l’idéal serait un monde sans race.
Le Français moyen ne s’exprime pas trop ouvertement sur ce sujet mais on sent que cela le touche car il réagit. On peut en juger par l’accroissement des rangs et de la popularité du parti du Front National, qui ne craint pas de parler de la défense de la race. Les hommes et femmes politiques des autres partis se montrent très sensibles à ce phénomène et s’inquiètent pour des raisons électorales ? On peut penser que Nadine Morano s’est exprimée comme elle l’a fait sur la place publique car elle craint la débandade de son parti de droite aux élections devant le FN qui gruge ses supporteurs et qu’elle voulait ainsi ramener au bercail plusieurs égarés.  
Mais, ce qui est plus important, ce sont les immigrés et migrants en sol de France depuis la guerre d’Algérie, particulièrement ceux des dernières années, qui s’inquiètent que leur pays d’adoption ne soit pas à la hauteur de sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité », si le Front National gagne le pouvoir.  

Claude Dupras

dimanche 27 septembre 2015

Mon blog: 10 ans déjà


Ce jour-là, le 20 juin 2005, j’ai commencé une belle aventure dans le monde des blogs. Un article de journal publié en novembre 2004 avait suscité mon intérêt. Malgré que les blogs au Québec étaient plutôt rares à ce moment-là, il racontait que « le nombre de weblogs, communément appelé blogs, est passé dans le monde de 5 millions à 11,5 millions » (Aujourd’hui, il est plus près de 275 millions et il croît encore au rythme de 2 millions par mois). Plusieurs sites internet proposaient des programmes informatiques pour créer son propre blog. Pour faire un essai, j’ai opté pour celui offert par Google, le « Blogger.com ».
Le vrai challenge est d’écrire un texte objectif qui concerne un sujet de l’heure et de le faire régulièrement dans une démarche qui soit originale et respectée. Comme c’est en forgeant que l’on devient forgeron, il en est de même pour l’écriture.
   
J’ai été surpris, au fil des blogs, de voir comment je puisais dans mes expériences passées, qu’elles soient familiales, sociales, étudiantes, d’affaires ou politiques et comment ces dernières étaient soumises aux influences externes. Tout cela rendait plus difficile de décortiquer et de commenter la vie actuelle.
J’ai toujours accordé une grande importance à émettre une analyse consciente par des propos balancés, vrais, non agressifs tout en tenant compte des opinions des deux côtés de la médaille. Mais j’ai aussi réalisé que mon analyse pouvait être aussi inconsciente, puisque comme tout le monde je porte des cicatrices invisibles.
C’est une délicate besogne que de traduire dans des mots son appréciation des évènements de l’actualité. Le grand défi de bien écrire est de produire un témoignage tout en comprenant que le poids que l’on donne à un mot n’est pas toujours celui que certains lecteurs lui donnent ou qu’ils le définissent. Quelques fois, je me demande quelle est l’utilité d’écrire si mes mots risquent d’être lus dans un sens que je ne leur attribue pas. Mais, vite, je mets de côté ces idées noires pour continuer à relever le défi.
Un auteur a écrit en parlant de l’écriture : Les sujets foisonnent et les idées fusent. L’esprit réagit. Le coeur prend parti. Face à l’évènement, c’est une mécanique impressionnante qui se met en marche. Et c’est vrai !
Avec le temps, j’ai appris à écrire un texte plus ou moins personnel sur un sujet sérieux pour le publier. J’ai vite réalisé que l’émotion est la clef pour gagner le public et que si le sujet ne passionne pas, il vaut mieux ne rien faire. Mais si c’est le contraire, alors allez-y et votre texte volera de ses propres ailes grâce aux clics des internautes. 
Plusieurs bloggeurs présentent un texte quotidien ou hebdomadaire. Dans mon cas, je l’écris au moment où j’estime avoir quelque chose à dire sur l’actualité politique ou autre.  
Après un début difficile, le nombre de lecteurs de mon blog a augmenté constamment. Ses 443 articles, à ce jour, ont été vus plus de 350 000 fois.
Avec la sphère informatique sociale, les journalistes des médias traditionnels ont perdu le monopole du jugement quant à ce qui importe pour les gens. Par contre, ceux qui les concurrencent, comme les bloggeurs, se doivent d’agir avec la même obligation professionnelle qu’eux afin d’être neutres dans leurs analyses de toute situation. Et ça, ce n’est pas facile !
Durant ma jeunesse, j’étais intéressé par les activités d’associations de toutes sortes. Elles m’ont amené à participer activement à la politique qui est vite devenue, pour moi, une passion. Que ce soit au municipal, au scolaire, au provincial ou au fédéral, j’y étais et je m’engageais ouvertement. Durant ma vie étudiante et, plus tard, ma vie professionnelle, je suis devenu un jeune nationaliste canadien-français, bilingue, témoin du débat de l’autonomie du Québec. Je m’opposais au parti libéral du Canada sur cette question et j’ai vu la solution dans le parti progressiste-conservateur du Canada dans lequel j’ai occupé plusieurs postes importants. D’ailleurs, elle se concrétisa lors des mandats des PM Diefenbaker, Clark et Mulroney. C’est de cette période que viennent les cicatrices invisibles.
Aujourd’hui, je ne suis ni partisan, ni membre d’aucun parti politique mais un Québécois et un Canadien qui veut le bien-être de ses compatriotes, de sa nation et de son pays. Je ne suis pas séparatiste car j’estime que cette alternative n’a aucun sens pour mes descendants puisqu’elle leur enlève tout le potentiel que l’ensemble du Canada leur offre. De plus, en précisant nos besoins et nos espoirs, nous avons pu obtenir le pouvoir pour assurer la protection de notre culture et de notre langue tout en devenant forts économiquement dans l’ensemble canadien. C’est avec cette lunette que j’analyse ce qui se passe politiquement chez nous. Pas de secret, pas de mystère !
Mon blog n’aborde pas que des sujets politiques québécois, il s’intéresse à tout ce qui se passe dans le monde. Je lis beaucoup de blogs québécois, canadiens et internationaux qu’ils soient de gauche ou de droite, fédéralistes ou séparatistes, et j’en recommande la lecture à plusieurs de mes lecteurs, dans une colonne dédiée à cet effet sur la page de mon blog. Je comprends la position de ces auteurs avec qui je diffère souventefois d’opinion. Leur expérience de vie a été différente de la mienne puisqu’ils ont été forgés d’une autre façon que moi, mais leur réaction est semblable à la mienne.
En ce 10ième anniversaire de mon blog, je veux remercier mes lecteurs et leur dire que j’apprécie leurs mots d’encouragement, leurs commentaires (favorables ou non) et les références dont ils me gratifient.
Merci beaucoup !
Et au prochain… 

Claude Dupras

mardi 8 septembre 2015

Les migrants et nous

Quel extraordinaire mouvement vers l’Europe de réfugiés venant de pays tyrannisés par les guerres, la misère ou la faim !

C’est par dizaines de milliers que nous les voyons traverser la Méditerranée avec leurs enfants, à leurs risques et périls, dans des embarcations fragiles après avoir payé un gros prix à des bandits qui leur ont promis mer et monde et être assurés qu’ils seraient protégés alors, qu’en réalité, ils se foutent d’eux et les laissent le plus vite possible à leur misère et plusieurs à leur mort, dès que la mer fait des siennes.
Hier, les réfugiés arrivaient de l’Afrique noire. Ces jours-ci, ils arrivent en trombe de la Syrie, d’Iran et d’Irak. Près de 40 000 sont entrés en Allemagne après avoir traversé tout le territoire européen à partir des rives de la mer en Grèce, en Italie ou ailleurs.
Le gouvernement allemand n’a pas attendu que les pays d’Europe se décident sur le sort de ces individus. Ce pays qui, plus que d’autres, met l’accent sur le respect de l’État de droit et sur les valeurs fondamentales, a ouvert tout grand ses frontières et ses bras pour les accueillir et a fixé à 800 000 le nombre de réfugiés qu’il est prêt à intégrer. Les Allemands les ont même applaudis en les voyant entrer dans leur pays. C’est typique de ce peuple germanique dont les actions passées d’intégration de nouveaux-venus ont toujours été bien organisées et remarquables.
Les nouveaux arrivants seront dirigés vers des centres d’enregistrements installés dans des tentes temporaires pour y être recensés. Des interprètes sont sur place pour les aider à remplir les procédures qui sont sous la surveillance de la police fédérale pour assurer la sécurité nationale. Ensuite, on leur distribue vivres et vêtements. Puis, dans les jours suivants, vitement, ils sont dirigés en régions en nombre déterminé proportionnellement par la population de chacune de ces dernières.
Partout, ces régions sont prêtes à leur trouver logements, nourriture, soins et tout ce qui est nécessaire pour assurer leur bien-être immédiat. Dès les premiers jours, elles placent les enfants dans des écoles. De plus, et c’est fort remarquable, elles organisent, pour tous, des cours accélérés de langue allemande afin de faciliter leur intégration. Elles cherchent du travail selon, si possible, les qualifications de chacun. Ces réfugiés sont généralement bien instruits, ont un bon métier ou une profession et veulent travailler. C’est ainsi qu’un État responsable doit agir envers des gens dans le besoin qui doivent, pour leur sécurité et celle de leur famille, quitter subitement leur pays et qui désirent s’installer ailleurs, temporairement ou de façon permanente.  
Pendant ce temps-là, le gouvernement canadien entrebâille à peine ses portes pour n’y laisser passer que quelques milliers de nouveaux arrivants par année, malgré le potentiel de gain appréciable qui découle de la venue d’étrangers dans notre pays. Les allemands ont su reconnaître dans les Syriens, des gens brillants, bien éduqués, entreprenants, travaillants et avec du cœur. Ceux, comme moi, qui ont eu l’opportunité de connaître, d’être amis et de travailler avec nos compatriotes d’origine syrienne, le savent. C’est sûrement la même chose pour les Iraniens, et les Irakiens.
La décision de l’Allemagne est motivée d’abord par sa démographie décroissante et les besoins de travailleurs et d’ingénieurs de son industrie. Cependant, ce ne sont pas des travailleurs-invités pour une période de temps définie, comme elle l’a fait dans le passé avec les Turcs, mais des immigrés invités à rester avec leur famille de façon permanente pour devenir allemands. Elle voit dans les nouveaux venus le maintien du niveau de sa main d’œuvre, de sa croissance et la continuation du développement de son économie. Ce serait ainsi, pour la même raison, au Canada et au Québec. D’ailleurs tout indique que le PM québécois Philippe Couillard le sait, puisqu’il a offert de recevoir 10 000 réfugies syriens, tout de suite.
Pour se convaincre de la véracité d’une telle affirmation, on n’a qu’à se rappeler le passé lors de la venue des 50 000 boatpeoples vietnamiens au Canada et au Québec. De même de celle des 37 000 hongrois et des 11 000 tchèques. Ils étaient pauvres mais éduqués, dynamiques, plein d’initiatives et ils se sont bien intégrés. Ils sont devenus de bons citoyens et un actif constant de développement économique pour le Québec et le Canada. Ce fut ainsi aussi pour les milliers d’individus d’une centaine de nationalités différentes qui vivent dans le Grand Montréal.
Malheureusement, une partie de notre population s’oppose à recevoir les réfugiés syriens pour la raison qu’ils sont en majorité de religion musulmane. Ce sentiment de rejet a pris racine lors du débat sur la Charte québécoise des valeurs et sur le port du voile. Suite à tout ce qui s’est dit de négatif à la Commission, rapporté dans nos médias, mal répété, mêlé, tordu, déformé, amplifié et répandu de bouche à oreille, un profond mal a été créé nonobstant que la Charte n’ait pas été adoptée. Il reste à le déraciner.
C’est similaire à la position du Front National en France. Ce parti d’extrême droite est antimusulman. Il l’affiche tout haut et refuse tout nouveau réfugié de cette religion en France, comme l’a encore répété sa cheffe Marine Le Pen lors du weekend dernier à l’université d’été du parti.  
Cela explique le sentiment négatif de plusieurs de nos compatriotes envers la religion musulmane, ses imans et les musulmans. Mais cela ne peut durer car ça va à l’encontre du bon sens, de la vérité et de la liberté. Qu’on aime ou non le voile, le fait demeure que la religion musulmane est une religion comme les autres dans laquelle des milliards de personnes ont foi. Celle-ci est la croyance dans un être supérieur et la religion, le moyen de le prier. Ceux qui n’y croient pas, ont le droit de penser comme ils le veulent mais la foi est un attribut de l’homme qui se doit d’être respecté et cela me semble indiscutable.
Il existe des musulmans de toutes nationalités. Ils sont, par exemple, des centaines de millions en Asie (Indonésie, Philippines, …), en Afrique (Maghreb, Arabie…). Ce sont des gens intelligents, éduqués, entreprenants... comme l’indique clairement leur lointain passé. J’ai eu le privilège de travailler professionnellement dans des pays musulmans africain et j’ai appris à les connaître, à rencontrer leurs familles, à être inviter à leurs fêtes et à en faire des amis. J’ai été pour quelques-uns leur parrain lors de leur venue à Montréal. Ce sont des gens de bonne famille qui veulent travailler pour gagner leur vie honnêtement. Ce sont des gens bien qui ont du potentiel. Il faut cesser de les diaboliser et mettre fin à cette injustice.   
Nous nous devons d’aider les réfugiés de tous pays quelles que soient leur couleur, leur religion. Pour l’humain, c’est un geste naturel que d’aider ceux qui sont en détresse. Certains diront obligatoire, et je suis d’accord ! De plus, c’est notre tradition et il n’y a pas de bonnes raisons pour la discontinuer. Nous avons aussi, dans le présent, besoin d’eux pour contribuer à la croissance de notre économie. Voilà pourquoi, je suis triste de voir la France se laisser banaliser par des sentiments irraisonnables basés sur la peur et de constater la même chose au Québec à cause d’une crainte injustifiée.
Le Canada est un pays de réfugiés. Ceux qui y sont venus, l’ont fait pour avoir une meilleure vie. Ils ont réussi, se sont intégrés dans notre société et y ont apporté leur soutien humain, économique et fraternel. Tous ces néo-québécois-canadiens sont un atout pour notre société.
Avec la grandeur de notre pays, ses richesses, son potentiel et sa relative petite population, il y a de la place et une espérance de bonne vie pour beaucoup de personnes.
Les Nations-Unies estiment que les réfugiés syriens seront plus d’un million au cours des cinq prochaines années. Et il y a ceux de tous les autres pays…  Nous entrons dans une période de transfert de population jamais vu.
N’hésitons pas à accueillir les réfugiés et préparons-les à bien s’intégrer chez nous en prenant l’Allemagne comme modèle.
Que le gouvernement canadien bouge ! 

Claude Dupras

 

 

lundi 31 août 2015

Une élection canadienne pas comme les autres

Le 19 octobre prochain, les Canadiens et Canadiennes sont appelés aux urnes pour choisir le prochain gouvernement de leur pays. Ce sera une journée importante pour l’unité canadienne et notre avenir.

Comment choisir parmi les partis qui briguent nos suffrages ? Par le positionnement politique qui correspond à leur raison d’être ou selon ce qu’ils nous proposent pour les quatre prochaines années ?

Jadis, si on était de droite, on pouvait choisir le Parti Conservateur (PC); de centre-gauche, le parti Libéral; de centre-droit le parti Progressiste-Conservateur avant que ce dernier soit monopolisé par la droite canadienne pour devenir le PC en 2003 et de gauche, le CCF devenu le Nouveau Parti Démocratique (NPD). Les environnementalistes votaient Vert. Quant aux séparatistes québécois, il y avait le Bloc Québécois pour se justifier de voter au fédéral.
Toujours, ou presque, l’électeur pouvait voter en fonction de ses critères personnels, politiques ou sociaux car les programmes politiques et les propositions qui en découlaient étaient clairement établis. Les clivages permettaient à l’électeur de choisir ce qu’il espérait que la société devienne.
Aujourd’hui, cet électeur réclame des actions politiques pragmatiques qui visent directement les problèmes du jour. Et pour ce faire, tous les partis ont recentré leurs politiques, par opportunisme ! Les discours ont changé et prendre le pouvoir avec une majorité de sièges à la Chambre des communes est devenu le seul but, la nécessité pour pouvoir agir. Il ne faut surtout pas afficher ses plus profondes convictions car elles peuvent éloigner l’électorat. Non, on s’adapte, on cherche à se faire aimer, on manipule les images et les illusions, on devient magicien politique.
Le NPD, si près du pouvoir, ne fait pas exception. Il ne veut prendre aucun risque de manquer son objectif qu’il a enfin à portée de main.  

Sous le leadership de Thomas Mulcair qui suit la ligne de son prédécesseur Jack Layton, le parti a bougé fortement vers le centre. Beaucoup trop, selon le président du caucus socialiste du NPD, Barry Weisleder qui s’inquiète de la tendance de son parti à oublier qu’il est celui des travailleurs et des organisations de travail au pays. 

Ce dernier réclame des actions et des politiques qui démontreront que le NPD est un parti de gauche. Il reproche à son chef de trop vouloir embrasser le capitalisme en promettant un budget équilibré tout en refusant de taxer les riches, les grandes entreprises et les banques pour financer de nouveaux programmes sociaux devant corriger les inégalités chez les Canadiens. Il affirme « les gens veulent du changement, mais pas le reniement de leurs espoirs et de leurs rêves ». Malheureusement, il va à contre-courant.
Mulcair veut justement changer l’image de « machine à dépenser » de son parti. Il demeure sensible aux besoins sociaux et veut agir. Mais, il sait que pour réaliser cela, il doit prendre le pouvoir et, pour ce faire, monopoliser le centre politique du débat en se montrant progressif, compétent et capable de diriger un gouvernement avec prudence.
Même le premier ministre (PM) Stephen Harper, le dur parmi les durs, demande aux Canadiens de lui faire confiance à nouveau. Il cherche à changer son image. Il veut faire oublier la ligne de droite de la droite qu’il a poursuivie sur les plans politiques, culturels et sociaux. Celle qui a tant déplu à un si grand nombre de Canadiens, dont les moins fortunés. Pour attirer des sympathies et gagner, il a fait voter des subventions importantes d’aide aux familles devant être remises durant la période électorale. Depuis, il se montre plus sensible, plus compréhensif, plus à l’écoute des Canadiens. Il cherche à faire oublier ses positions diplomatiques radicales et à sens unique comme en Palestine, en Iran, ses rebuffades répétées de plusieurs demandes raisonnables (plusieurs ne le sont pas), dont celle des armes, venant du Québec. Il courtise à fond les électeurs de centre. Il devient enfin plus sympathique pour plusieurs.
Quant à Justin Trudeau, le chef libéral, il joue la carte électorale normale de son parti mais son image souffre de sa jeunesse et de son inexpérience. En début de campagne, il paraissait ne pas être à la hauteur de la tâche de premier ministre. Depuis, selon un plan préétabli, il propose des politiques sensées, bien visées et il marque des points.
À l’élection de 2011, Jack Layton, chef du NPD, a été reconnu comme un homme de gauche très sympathique. Nonobstant une grave maladie qui l’affligeait, il a réussi l’impossible en faisant élire 59 députés au Québec, où il n’y en avait qu’un. Une comète aurait frappé la terre, que l’on n’aurait pas été plus surpris. Il avait axé sa campagne électorale sur les besoins de la « famille », mais c’est surtout par ses prestations uniques à des émissions télévisées, comme « Tout le monde en parle », qu’il a conquis, entre autres, le cœur des Québécois qui se sont levés spontanément pour aller en masse voter NPD afin de lui assurer leur confiance lui permettant ainsi de devenir chef de l’opposition officielle. Ce fut la plus grande victoire du commerce d’images et d’illusions au Québec de tous les temps.
Tous les chefs se rappellent ce grand balayage électoral. Ils en rêvent. Ils comprennent que leur principal défi est de marquer des points lors des débats télévisés des chefs. Ils reconnaissent toute l’importance de ces face-à-face sur le choix des électeurs et ne veulent pas, par conséquent, parler de droite ou de gauche.
Déjà, le premier débat a été révélateur. Ainsi, Trudeau, son image aidant, en a surpris plusieurs par son aplomb, sa connaissance des dossiers et ses réparties bien fondées. Dès le lendemain, les sondages reflétèrent sa bonne prestation et les observateurs avertis spéculaient déjà sur les chances du parti libéral qui remonta sensiblement dans les sondages. Mulcair, avec un air de chef d’État, a été clair, net et précis et a généralement bien fait. Les auditeurs ont compris pourquoi il a été qualifié par l’ex-PM Brian Mulroney : « meilleur chef de l’opposition de tous les temps ». De son côté, le PM Harper a aussi été correct mais j’ai eu l’impression qu’il n’était pas vraiment écouté. Quant au parti vert, n’ayant aucune chance de remporter la victoire, sa chef Élizabeth May a été vite oubliée. Le Bloc Québécois était absent car le débat était en langue anglaise.
Un facteur important de cette campagne électorale est sa longueur inhabituelle. Le triple d’une normale. Les électeurs rentrent de vacances. Ils ont été distraits, ne s’intéressant que par de courts moments à la campagne, n’entendant que de bons ou mauvais échos ici et là. Sachant que l’élection est relativement loin, ils se sont plutôt préoccupés de leur famille, de leurs affaires personnelles et peu de la politique. L’intensité électorale s’accentuera peu à peu et de plus en plus rapidement. C’est un gros défi pour chaque parti car il doit se retrouver au top de sa popularité au bon moment. Pas avant et ni après. Il est fort probable que les favoris des sondages d’aujourd’hui se retrouvent dans une autre position en fin de campagne. Il faut donc que les stratèges, dont l’expertise sera de plus en plus recherchée, planifient la fin de la campagne pour placer leur parti en pole position au moment de l’attaque finale. La stratégie devient de prime importance dans cette élection car, à ce jour, on ne peut prédire le gagnant.
Claude Dupras