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dimanche 14 septembre 2014

Le parti socialiste français va disparaître ?

La vie n’est pas facile pour les membres du parti socialiste de France. Les sondages répétitifs de différents sondeurs leurs cassent la tête. Ça va mal! Ça ne peut aller plus mal ! Leurs déclarations, leurs positionnements, leurs prédictions, leurs débats sont devenus une tour de Babel où tous les bruits sont brouillés. On ne sait plus ce qu’ils disent, ce qu’ils pensent, ce qu’ils veulent. Le président François Hollande réclame des élus socialistes qu’ils respectent ses politiques, le premier ministre ne parle que d’unité-unité-unité, les ministres jouent aux coqs, certains démissionnent, d’autres sont démis, de nouveaux sont nommés, une démission suit l’autre, les alliés politiques fuient, l’ex-première dame dévoile le réel Hollande… ce n’est pas beau ! Rien ne va plus ! Pourquoi!

Le gouvernement français actuel n’est pas un bon gouvernement. C’est simple. Il parle pour parler, promet pour promettre, ne rencontre pas ses objectifs, déçoit. Il taxe, taxe, taxe. Puis, il détaxe, détaxe, détaxe. Il ne sait pas où il va et cela devient évident. Les statistiques d’emploi, de relance de l’économie, de croissance, de compétitivité, etc… l’assomment mensuellement. Le français moyen ne comprend pas, craint pour sa famille, pour son emploi, pour son commerce, pour son entreprise. Il ne voit pas le bout du tunnel. Ce n’est pas surprenant, le gouvernement gouverne mal.
Une bonne démonstration est la formation du nouveau cabinet des ministres suite à l’affaire Montebourg-Hamon-Filippetti. De ces trois, les deux derniers n’avaient absolument pas le bagage ni l’expérience nécessaire pour être ministres de France. C’était clair le jour de leur nomination et c’est devenu encore plus clair le jour de leur démission. Pourtant Hollande les avait choisis. Et, il vient de récidiver en choisissant les membres du nouveau cabinet. Certains diront que c’est le PM Valls qui a fait le choix. Soyons sérieux !
Normalement, un cabinet de ministres doit être formé des meilleurs individus  disponibles afin que chacun puisse remplir adéquatement le devoir du ministère qui lui est confié. Ils doivent être les plus expérimentés, les plus à jour des problèmes de l’heure, les plus renseignés sur les solutions réalistes pour les régler, les plus prêts à prendre les meilleures décisions pour que la France progresse. Ils peuvent être dans le cercle des élus ou se trouver dans le privé, si nécessaire. Qu’ils viennent tous de la même ville, de la même rue, importe peu. S’ils sont les mieux qualifiés, ils doivent être choisis.
Le malheur est qu’Hollande ne procède pas comme cela. Il joue aux cartes, il avance des jetons pour gagner politiquement. La France est son second choix.
En effet, ce président cherche à créer des alliances pour l’avenir. Qu’importent les qualités requises pour de vrais ministrables, les choisis le deviennent sur la base de critères qui ont rapport avec le sexe, les régions, les services rendus, la loyauté, les partis de gauche, la popularité, les promesses, la tendance, etc… Ainsi, plusieurs sont nommés ministres et arrivent dans leur ministère sans savoir où celui-ci va, qui il est et où il doit aller. On parle ici de la France, Believe it or not !
C’est une méthode de choix ridicule qui débouche sur un cabinet faible, non efficace, incapable de régler les vrais problèmes. Avec l’enfer que vit la France aujourd’hui, il semble que pour la formation du dernier cabinet, le président aurait pu inviter plusieurs non-élus, reconnus dans leur sphère d’activité pour leur savoir-faire et leur efficacité, à venir l’aider à gouverner. Son approche est vouée à l’échec car le niveau des problèmes et des solutions à trouver est trop haut pour des ministres non qualifiés. Pourtant, Hollande le sait puisqu’il a chialé contre certains des anciens ministres, les traitants d’« incompétents ».  Ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui qui l’a dit et répété à son ex-compagne et ex-première dame comme on peut le lire dans son récent livre sur sa relation avec Hollande.
Il y a aussi le parti socialiste français et son idéologie inébranlable de gauche. Il veut que le comportement des français corresponde à ses croyances, ses idées, ses doctrines. La bourgeoisie américaine qui s’associe principalement au parti républicain fait de même, à droite. Le temps de tels partis est dépassé. Aujourd’hui, plus que jamais, un parti doit pouvoir s’adapter aux besoins du temps. Au pouvoir, il doit gouverner en fonction des problèmes réels et ne pas se laisser aveuglement orienter par son idéologie. Alors que de plus en plus de citoyens souffrent, le temps n’est pas de se complaire dans des chimères, des politiques utopiques, des illusions ou des projets irréalisables, non plus que de ne s’occuper que d’une classe de la société. Toutes les classes de la société française ont besoin de l’une et de l’autre pour se sortir du marasme dans lequel elles sont toutes immergées.
Le parti est à un niveau d’impopularité record. Balayé aux dernières élections législatives, il subira, de l’avis de tous, une secousse sera encore plus forte aux prochaines élections sénatoriales. Son approche politique a entrainé Hollande dans les bas-fonds électoraux parce qu’elle ne correspond pas aux problèmes d’aujourd’hui. Le président semble avoir compris enfin le désastre dans lequel il a poussé la France, et ses nouvelles politiques ont pris un tournant brusque vers la droite. C’est ce qu’il avait à faire dans les circonstances actuelles, il n’avait d’autres choix. Mais plusieurs membres influents du parti socialiste s’offusquent et menacent de ne pas accorder leur confiance au nouveau programme politique du gouvernement Valls, à l’Assemblée Nationale. Si cela se concrétise, on comprendra que ce parti s’éloigne à nouveau des vrais problèmes et est voué à la disparition de son influence politique en France. Il risque de devenir une entité négligeable.
Au Canada, j’ai été longtemps membre actif du parti progressiste-conservateur du pays. Ces deux qualificatifs ensemble sont surprenants mais ils représentent bien ce qu’était ce parti qui avait dans son sein une aile droite forte et une aile gauche forte. C’est le parti de John Diefenbaker, plus à droite, celui de Joe Clark, plus à gauche et de Brian Mulroney, plus au centre. Ces trois ex-premiers ministres appliquaient une politique du parti appropriée aux besoins du moment. Chaque aile savait user de son influence si un besoin particulier de la population se faisait sentir et l’autre savait se rallier. Ainsi l’approche gouvernementale était pragmatique. Il en est de même pour le parti libéral du Canada. On peut critiquer chacun d’eux à différents moments, mais le fait demeure que le Canada progresse constamment et bien.
La France n’est plus à l’heure de Jean Jaurès, ni à celle de l’après-guerre de DeGaulle. L’heure est à la vraie démocratie. Les électeurs comprennent mieux l’envergure des problèmes. Ils sont mieux renseignés et plus vite. Ce ne sont plus les discours qui manient l’opinion publique, mais les médias qui, par tous les moyens différents que leur offrent les  nouvelles technologies, répandent rapidement les informations. De plus en plus, chaque côté de la médaille de chaque problème, est connue. Nous devenons plus aptes à nous faire une opinion. Certes, il y a toujours les images et les illusions que cherchent à créer les politiciens pour que l’opinion publique les favorise, mais lorsque ça va mal, elles n’atteignent pas les électeurs.
Ensemble, le président Hollande et son parti socialiste doivent repenser leur approche politique afin que les meilleures personnes dirigent le pays, non seulement dans le temps présent mais aussi et surtout dans le futur, sinon le parti risque de disparaître. La France a besoin dans les prochaines années de meilleurs conducteurs à la roue de l’État, quelque soit le parti, car le chemin est parsemé d’obstacles majeurs.

Claude Dupras

lundi 14 juillet 2014

Un entretien avec Nicolas Sarkozy


Nicolas Sarkozy a eu un entretien avec l’écrivain français Jean-Marie Rouart sur la littérature, l’histoire et le pouvoir. Ce texte, publié dans le magazine Paris-Match du 10-16 juillet 2014, traite, inévitablement, de politique, même si ce n’était pas le sujet de la conversation. Il est fort intéressant et démontre un aspect important de l’homme politique. Voici quelques extraits des dires de l’ex-président français sur la politique et sur ce qui la touche :

« L’avantage avec la littérature c’est que ce n’est pas de l’ordre de la décision, mais de l’ordre de l’émotion… c’est l’histoire d’une vie et d’une permanence… elle n’est pas dans l’actualité.

Tout dans la vie est une question de partage. On a l’habitude dans la politique de parler du partage des revenus, du partage des responsabilités. Moi, au fond, ce que j’aime le plus c’est le partage des émotions. C’est le plus important. C’est ce qui est éternel. C’est ce qui ne change jamais.

Être journaliste est un métier magnifique. Parfois je me demande si tous ceux qui l’exercent ont gardé la même curiosité et le même appétit d’expliquer. Je pense que le journalisme doit être d’abord dans l’explication. Aujourd’hui il est trop systématiquement dans la démonstration.

…le pouvoir est un symptôme. C’est une conséquence. Ce n’est pas une fin. L’homme est brûlé par ses passions, et parfois il les place dans le pouvoir. Mais le pouvoir n’est qu’une conséquence d’un état incandescent et passionné.

…l’analyse froide, insensible d’un document dit parfois moins que le caractère chirurgical du romancier qui va plonger dans la tête et dans le cœur du personnage qu’il décrit.

Je conteste cette expression des « horreurs de la politique ». Je ne suis pas quelqu’un qui crache dans la soupe. …Il n’y a pas d’horreurs de la politique. Il y a la difficulté de la vie. La seule chose qui est vraie, c’est que la vie est dure, difficile, et qu’au fond c’est un coup de chance quand on est en bonne santé. C’est un miracle quand on n’a pas d’ennuis… Et d’ailleurs les ennuis n’arrivent jamais par d’où on les attend. Ce n’est pas la politique qui est dure, c’est la vie.

Franchement, la politique c’est une grande aventure humaine et je n’arrive pas à me limiter chez un homme à la seule description des actes et des évènements. Je m’intéresse plus à ce qu’il y a derrière.

Les onze années que le général de Gaulle passe à Colombey entre 1947 et 1958, sa psychologie, ses moments de doute, de désespoir, d’espérance, les trahisons qu’il subit, tout cela m’intéresse. Et le général de Gaulle, lâché par tout le monde en 1968, qui joue son va-tout en 1969 !

Il faut juger Napoléon…dans la continuité de l’Histoire de la France. De la monarchie à la IIIe république, il y a une logique : trop de stabilité avec les rois, trop d’instabilité avec la révolution et trop d’autorité avec l’empereur. Il a fallu toutes ces étapes pour arriver à la démocratie. …la Révolution française…a commencé avec les intellectuels et a fini avec les brutes. Napoléon est né de cela. L’empereur est le produit du chaos révolutionnaire. …Je pense à la collaboration et à Pétain. Il y a un continuum. Notre pays est fait de tout cela.

… la littérature, le cinéma, la peinture, l’art n’entrent pas dans l’ordre de l’exploitation politicienne. Je n’ai pas eu envie, dans le cadre du combat politique qui était le mien de me servir de la culture comme objet de communication. …alors que j’étais entouré de tant de souffrances et d’angoisses des Français, j’étais gêné à l’idée…de passer une minute… à disserter sur des sujets littéraires. Le président à mieux à faire que de commenter le football ou de parler de ses lectures.

Il y a trois choses consubstantielles à l’âme humaine : …la famille; ce que l’homme fait depuis l’origine : il prie…; …la création artistique.

…le rôle du créateur n’est pas un rôle politique. C’est une fonction de la transcendance. La seule chose qui restera de nos époques, c’est ce qu’on aura créé: l’art.

…Droite ou gauche, dans la littérature cela ne veut rien dire.

Il y a une fascination des hommes d’État pour les artistes et les écrivains. …l’homme d’État est au rythme de la démocratie, l’artiste tutoie l’éternité. C’est la grande inégalité entre eux.

Je suis résolument contre l’aplatissement du monde : une seule langue, une seule tradition. Je veux dire à ceux qui ne croient pas dans la pensée française, que le jour où ils n’auront plus de pensée, plus d’identité, qu'est-ce qu’ils auront à partager?

…quand on voit le cortège des cathédrales et des églises, comment peut-on contester nos origines ? La France n’est pas chrétienne, mais ses racines sont chrétiennes. Ce fut une erreur de ne pas parler des racines chrétiennes de l’Europe.

Je n’ai aucun obstacle à lire et à admirer des écrivains dont je ne partage pas les opinions. … Que Sartre ait des combats politiques très éloignés des miens, cela ne m’empêche pas de dire que c’est un géant quand il écrit.

Une passion vous consume à jamais. .. passion pour son pays, passion de convaincre… passion de partager. La question n’est pas de savoir si cette passion vous quitte, mais comment vous la vivez. C’est toute la question de l’âge. Accepter son âge, c’est d’être moins bon dans certains domaines, et de s’améliorer dans d’autres. La passion, c’est la même chose. Elle ne vous quitte pas, mais il faut pouvoir la vivre d’une autre façon »
.

Les liens que les grands responsables politiques entretiennent avec la littérature, à travers les livres qu’ils ont lus ou lisent, livrent une vérité souvent plus large que leurs discours politiques.

En terminant son entrevue, Nicolas Sarkozy résume son entretien avec Jean-Marie Rouart « L’amour et l’art sont les deux seuls domaines où il n’y a pas de progrès ». Et la politique ?

Claude Dupras

mardi 10 août 2010

La bonne stratégie du parti socialiste français

Voilà un parti, le parti socialiste français, qui, il y a à peine quelques mois, était en plein désarroi. Ses membres principaux, les éléphants et les éléphanteaux, comme on les qualifie, tiraient à hue et à dia dans un manque évident de cohérence, d'organisation et de discipline. En 2008, les membres du parti, désespérés de la situation comico-tragique de leur parti, changèrent de 1er secrétaire lors d’un congrès et choisirent Martine Aubry pour remplacer le démissionnaire François Hollande. Le vote fut très serré et disputé par la perdante Ségolène Royal, l’ex candidate du parti à la présidentielle contre Nicolas Sarkozy.

Après le congrès, les supporteurs de Royal et la candidate continuèrent à harceler Aubry et à se plaindre, avec raison, d’irrégularités lors de la votation. Mais, peu à peu, une accalmie s’installa, conséquence des élections régionales qui étaient à l’horizon. Ségolène Royal se rangea. Le parti socialiste remporta ce scrutin haut la main en gagnant 22 des 25 régions alors que la droite subissait son plus grand revers depuis la Ve République. Les électeurs en très grande majorité exprimèrent ce jour-là leur désapprobation profonde de l’administration Sarkozy. Ce fut un vote contre Sarkozy plutôt qu’un vote pour Aubry et son parti. Comme ailleurs dans le monde, les électeurs votèrent surtout contre que pour quelque chose.

Martine Aubry, politicienne de grande expérience, a compris et depuis, elle ne fait que s’opposer à tout ce que le gouvernement français propose. Les socialistes votent non à presque tout, comme le font les républicains américains avec le président Barack Obama. C’est la politique du « non ». De plus, les représentants socialistes exploitent chaque mauvaise nouvelle visant Sarkozy ou son parti et, dès qu’elle se pointe, ils font tout pour la transformer en scandale, cherchant à émouvoir les Français et les Françaises pour atteindre leur objectif de troubler l’image du président. Et çà marche !

Le parti au pouvoir accuse le parti socialiste de ne rien proposer. Martine Aubry juge que ce n’est pas le temps car les médias sont concentrés sur tout ce qui se dit contre Sarkozy. Si le parti socialiste promet quoi que ce soit, ce sera examiné à la loupe par la droite et il y a risque que le débat dévie contre les propositions socialistes. Il vaut mieux ne rien proposer et se limiter à critiquer sans cesse. C’est la bonne stratégie à ce moment-ci pour le parti socialiste français. La descente de Sarkozy aux enfers des sondages le démontre bien. De plus, cette stratégie sert bien Aubry puisqu’elle a réussi à unir son parti et à éteindre tous les échos négatifs qui résonnaient et qui minaient son parti dans l’opinion publique, dans un passé encore récent.

Cependant, les « spins » sur chaque pseudo-scandale sont tellement exagérés qu’ils deviennent démagogiques. Que les politiciens français s’abaissent à utiliser à un tel point la démagogie comme arme politique est surprenant ! Que les socialistes démontrent une haine profonde de Sarkozy et ne visent qu’à le salir au lieu de discuter sérieusement de ses politiques ne fait pas sérieux ! Que ses adversaires le traitent de tous les noms et ne montrent aucun respect pour lui - n’est-il pas président de la France – cela diminuent l’importance de la politique dans l’opinion publique ! Qu’ils disent non à tout, est peut être bon électoralement mais ne correspond pas à ce que doit faire un parti d’opposition. C’est là le drame de la politique de nos jours. Et on est surpris que les citoyens s’intéressent de moins en moins à la gouvernance de leur pays.

Il reste plus de deux années avant la prochaine élection présidentielle. Rien n’est gagné pour les socialistes, loin de là. Surtout quand on sait qu’ « une semaine est une éternité en politique ».

Le parti socialiste organise une élection primaire et invite tous les gens de la gauche, quelque soit leur parti, à y participer et à voter pour le prochain candidat de gauche à la présidentielle. Belle idée ! Mais il y a un hic, puisque les candidats susceptibles d’être mis en nomination par le parti socialiste ont décidé de se rallier à l’un d’eux pour présenter un candidat unique afin d’éviter la dissension dans le parti et maintenir le pouvoir entre leurs mains. Donc les autres candidats, incluant ceux du parti socialiste qui ne sont pas dans le troupeau des éléphants, partent avec un désavantage insurmontable puisque ces derniers veulent piper les dés avant le jeu. Cela n’aidera sûrement pas l’image qui sortira de la primaire. Que le parti socialiste laisse la liberté à chaque candidat de se présenter et que le meilleur gagne. Une élection primaire c’est bon si on laisse tous les candidats libres de faire et de dire ce qu’ils veulent. C’est de la vraie démocratie. Et, celui qui gagne est généralement le meilleur politiquement. Obama en est la preuve.

Il y a aussi Sarkozy et son organisation électorale. C’est à ne pas minimiser. Il a toujours démontré qu’il est fort comme candidat et sait bien faire. Je ne donnerais pas cher pour lui si l’élection était tenue actuellement. Mais ce n’est pas le cas. À ce jour, le président Sarkozy a fait un très grand nombre de réformes, que plusieurs ont déjà oubliées. Il va en faire d’autres encore plus importantes durant les prochains mois. À la fin de son mandat, son bilan sera impressionnant.

De son côté, le parti socialiste devra, un jour, proposer quelque chose. Ce sera le moment de vérité. Il a, dans le passé, mis en place la pension à 60 ans (elle était à 65 ans) et les 35 heures. Propositions alléchantes, mais combien irréalistes et nuisibles à la France comme le temps l’a démontré. Dans le contexte de la crise économique actuelle qui affecte profondément toute l’Europe et particulièrement la France, le parti socialiste se doit d’être responsable et de proposer des mesures politiques nécessaires au redressement de la situation financière du pays. Ce sont des actions qui ne sont pas toujours populaires chez l’électorat. Le fera-t-il ? J’en doute car les éléphants ont faim.

Claude Dupras

dimanche 6 décembre 2009

Malbroute s'en va-t-en … Copenhague

Le PM Harper, notre Malbroute national, qui de ces temps-ci voyage dans le monde pour réparer les pots qu’il a cassés depuis que les Conservateurs sont au pouvoir, ira à Copenhague pour la grande conférence de l’ONU sur les changements climatiques. Pour lui, c’est comme aller en guerre puisqu’il est attendu de pied ferme par les écologistes du monde entier qui ont beaucoup à lui reprocher. Y sera-t-il le bon jour ? En tous cas, c’est possible puisque son modèle américain le président Barack Obama, qu’il copie sans honte, a changé sa date de visite du 6 pour le 18 décembre, soit le dernier jour de la conférence afin d’être présent au moment où les grandes décisions doivent être prises par les chefs d’États. Si le PM Harper n’est pas là le 18, on comprendra….

On peut dire merci au président français d’avoir réussi à convaincre le président Obama de changer sa date. Nicolas Sarkozy s’est révélé comme le plus ardent défenseur de l’environnement avec la venue de cette conférence importante. Non seulement a-t-il amené l’Union Européenne à accepter des objectifs sévères pour toute l’Europe, il s’est allié avec des pays importants comme le Brésil pour mieux faire valoir ses politiques environnementales. Il s’est même retrouvé à Trinidad-et-Tobago pour la conférence du Commonwealth britannique, où un président français n’était jamais allé. Le but était de rallier les pays en développement à la cause et aussi définir avec eux l’aide future que les pays riches devront leur accorder pour leur lutte contre le réchauffement climatique. Une entente majeure sur l’environnement a été acceptée à cette réunion.

Je ne m’attends pas à rien de spectaculaire de la part du PM canadien car il a les mains et les pieds liés au lobby pétrolier canadien et, qu’à ce jour, il n’a rien fait pour que le pays rencontre les objectifs de Kyoto. Au contraire. Alors que le Canada avait accepté de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 6 % d’ici 2012, voilà qu’aujourd’hui les émissions canadiennes ont augmentées de 26 %. Pendant ce temps-là, celles de la France diminuaient de 5 %. Le Canada est devenu un des pays les plus pollueurs de la planète. Et cela à cause de l’exploitation accélérée des sables bitumineux de l’Alberta autorisée par le PM Harper et ses comparses.

Le “Centre for Public Integrity in Washington, D. C.” a mandaté l’“International Consortium of Investigative journalists” pour analyser les effets des lobbies internationaux sur les politiques traitant du réchauffement climatique. Pour le Canada, leur rapport est révélateur. Tout se passe à Ottawa où les deux lobbies, soit les groupes environnementaux et celui des compagnies pétrolifères et leurs alliés, se combattent pour influencer les politiques du gouvernement canadien.

Depuis 1996, plus de 1 570 lobbyistes ont parcouru les corridors du parlement. Ceux des producteurs de pétrole et de gaz naturel, des producteurs de charbon et autres, furent les plus nombreux avec 465 lobbyistes, soit le tiers. Leur pression sur les politiciens a été persistante afin d’amenuiser la législation anti-réchauffement climatique. Le résultat est stupéfiant. Les scientistes affirment que depuis le traité de Kyoto de 2002, le Canada n’a pris aucune action « mesurable » pour contrer les GES.

La majorité de GES est émise en Alberta. Pourtant, la population de cette province représente 10% de celle du pays mais elle produit 70% du pétrole canadien. Ses entreprises productrices crachent dans l’atmosphère 33 % des GES du Canada. On prédit que ce sera 50 % en 2025.

Les congés de taxes et les nouvelles technologies ont encouragé l’exploitation massive des gaz bitumineux. Des projets de 100 milliards $ pullulent dans la région de l’Athabasca.

Les lobbyistes ne visent que le gouvernement canadien puisque celui de l’Alberta est à 100 % acquis à l’idée de l’exploitation immédiate des sables. De plus, ils savent ce que ce dernier dit au gouvernement Harper : « Ecoutez, même si nous sommes frères politiquement (l’Alberta a aussi un gouvernement conservateur), que la majorité du cabinet des ministres canadiens est albertaine, ne vous mêlez pas de nos affaires. Retirez-vous ! Ne nous importunez pas ! »

Suncor, une des plus importantes compagnies exploitantes des sables, prédit qu’en 2012 ses GES auront doublé. Un analyste fédéral renommé affirme : « Le gouvernement ne dit rien car comme tous les autres du passé, il ne veut pas interférer dans les projets des compagnies pétrolifères

Le président de Suncor et ses officiers ont eu 48 rencontres avec les hautes instances gouvernementales dont sept avec le ministre actuel de l’environnement Jim Prentice, une avec le PM Harper et huit avec les ministres des ressources naturelles du Canada.

De leur côté, les groupes environnementaux ont aussi accès à ces bonzes de la politique canadienne mais ils ne sont pas traités sérieusement et qualifiés de « gauchistes » comme le fut David Susuki. Le PM Harper refuse de les rencontrer. La dernière rencontre remonte au temps qu’il était dans l’opposition. Par contre, ces groupes ont rencontré trois fois le ministre Prentice et 11 fois le négociateur-en-chef Michael Martin en vue de rencontres onusiennes.

Suncor est un bon exemple du fonctionnement du lobby à Ottawa. La compagnie a 16 lobbyistes très actifs sur la colline parlementaire dont quatre sont d’anciens conseillers du gouvernement.

Avec le temps, Suncor a exprimé des craintes que sa crédibilité corporative et environnementale soit en jeu. Mais elle maintient quand même ses liens étroits avec la puissante « Association Canadienne des Producteurs de Pétrole » qui, avec ses 51 lobbyistes, continue à vouloir réduire sans merci l’effet des lois sur les émissions de GES. Il est reconnu, dans le milieu, que ses dirigeants peuvent en tout temps appeler le PM et lui dire « Tu ne fais pas ceci ou cela, sinon.... ». Durant la dernière année, le président de l’association a rencontré 95 fois des politiciens et de hauts fonctionnaires, dont le négociateur Martin, en vue de Copenhague. Un des membres de l’association, propriétaire d’une compagnie qui exploite les sables bitumineux, a même écrit une lettre publique pour qualifier l’idée d’une banque de carbone de « cancer envahissant sur l’économie canadienne ».

Le travail des lobbyistes a évolué avec le temps. Les principales compagnies pétrolifères ont créé ICO2N, une société de lobbyistes pour l’obtention de subsides gouvernementaux pour financer un système de « capture et de stockage des carbones ». Cette société de Calgary a six lobbyistes dont trois qui furent conseillers politiques auprès du PM Harper. Et tout cela a eu ses premiers effets, puisque récemment les PM du Canada et de l’Alberta ont annoncé des subsides de 1,6 milliards $ pour l’installation de deux systèmes à deux usines thermiques au charbon qui chauffent l’eau pour le lavage des sables. C’est l’argent des taxes qui va financer ces transformations alors que les pétrolières se remplissent les poches. Et même si toutes les usines étaient munies de tels systèmes, cela réduirait le total des GES émis que de 2,6 % pour un coût de 16 milliards $. Mais le tout sera vite balayé par l’autorisation d’un projet additionnel d’exploitation des sables bitumineux comme pour Suncor.

Tout cela démontre bien que le Canada n’est pas au bout de ses peines en rapport avec l’environnement. Il y a là-bas, en Athabasca, un trésor enfoui qui appartient à tous les Canadiens. Une réserve pétrolière pour le monde entier plus grande que celles des Saoudiens. Malheureusement, nous n’avons pas encore trouvé le procédé permettant de soustraire proprement le pétrole des sables bitumineux. Le vrai défi est technologique. Et c’est sur cet aspect de la question que le PM Harper devrait concentrer les efforts du gouvernement. Pour ralentir le réchauffement climatique, l’exploitation des sables bitumineux, telle qu’elle se fait aujourd’hui, doit arrêter. Un jour, lorsque ce sera possible d’extraire le pétrole sans polluer l’air et l’environnement, le monde entier et les générations futures de Canadiens profiteront de cette richesse incroyable.

Entre temps, le PM Harper s’en va à Copenhague. Je serai fort surpris s’il se libère des liens qui le retiennent, change son approche sur l’environnement et revient de là-bas un héros. S’il le fait, je serai un des premiers à l’en féliciter. On a découvert un nouveau Harper en rapport avec les relations internationales, connaîtrons-nous un nouveau Harper en rapport avec l’écologie ? Je me permets d’espérer.

Claude Dupras

lundi 28 septembre 2009

Polanski : 30 ans après, on oublie tout ?

Le fameux cinéaste Roman Polanski vient de se faire piéger en Suisse, où la police a mis en force un mandat d’arrêt international délivré par la justice américaine contre lui, il y a 30 ans.

La justification du mandat découle d’un procès contre Polanski en 1977, à Los Angeles, où il était accusé d’avoir drogué et violé une petite fille de 13 ans.

Incarcéré puis libéré sous caution après 47 jours, le procès traîna pendant près d’un an lorsque Polanski décida d’acheter un billet « aller simple » vers Paris pour se sauver des USA et du procès. Il donna comme raison, pour avoir échappé au tribunal californien, le fait que le juge cherchait de la publicité personnelle et faisait durer le procès inutilement. De plus, selon lui, le magistrat n’était supposément pas en accord avec une prétendue entente entre son avocat et le procureur américain à l’effet qu’il acceptait de plaider coupable pour détournement de mineure à la condition que les charges pour viol soient abandonnées.

Depuis, il n’est jamais revenu aux USA, même pas pour accepter l’Oscar du meilleur réalisateur pour son film le Pianiste. Français d’origine polonaise, il était protégé en France par son statut, mais lorsqu’il se déplaçait en Europe et dans le monde et découvrait qu’il y avait une possibilité qu’il soit arrêté et extradé, il annulait le voyage, souvent à la dernière minute. J’ai souvent été surpris qu’il ne soit pas arrêté lors de ses déplacements qui étaient largement rapportés dans les mass media.

Aujourd’hui, trois ministres dont deux du gouvernement français, Frédéric Mitterrand de la culture et Bernard Kouchner des affaires extérieures et Radoslaw Sikorski, chef de la diplomatie polonaise, se montrent scandalisés par cette arrestation et réclament la libération de celui qui est, pour eux, « l’un des cinéastes les plus extraordinaires de notre époque ». Kouchner affirme en avoir parlé à son président qui, dit il, « est au même diapason d’émotion que moi ». Il est question que Kouchner parle à la secrétaire d’état américaine Hillary Clinton pour qu’elle obtienne sa libération et que possiblement le président Obama le gracie. Personnellement, je serais surpris que le président français, le président américain et la secrétaire Clinton s’occupent de ce dossier.

Cette attitude des ministres me révolte tout comme celle des membres de la communauté cinématographique française qui monte dans les rideaux, depuis l’arrestation. Si cette petite fille de 13 ans avait été la leur, est-ce qu’après 31 ans, un ou l’autre aurait tout oublié ? Si Polanski n’était pas un personnage VIP, est-ce qu’ils monteraient sur les tréteaux pour demander sa libération ? La justice, qu’elle soit française, polonaise ou américaine n’a-t-elle pas l’obligation de rattraper un fuyard et de continuer les poursuites pour les gestes infâmes dont il est accusé ? Il ne faut pas déplacer le problème.

Si Polanski a fui si longtemps, n’est-ce pas le signe qu’il se savait coupable ? Avec ses millions et sûr de son innocence, Roman Polanski pouvait retenir les services des meilleurs avocats et plaider sa cause en cour, jusqu’à la fin. Non, cet homme important a fui en accusant le juge de perversion, par personnes interposées. Cela ne me semble qu’un faux-fuyant indéfendable.

Je suis triste de ce qui arrive à Polanski car je suis un de ses fans depuis son film Chinatown. J’ai déploré la mort de son épouse Sharon Tate, tuée par le groupe du fou Manson. Depuis, il nous a donné de bons moments avec des films inoubliables. Mais cela ne doit pas influencer notre jugement personnel surtout lorsqu’une telle question de justice est en jeu.

Par ailleurs, les journaux rapportent que la victime de 13 ans, qui aujourd’hui a 43 ans, est prête maintenant à pardonner à Polanski pour ce qu’il lui a fait subir ce jour-là, en 1977. Est-ce que cela veut dire que le procès doit être annulé et que l’accusation ne tient plus ? Je ne crois pas et je ne sais pas si ce nouvel aspect peut aider Polanski en cour, s’il s’y rend, mais il me semble que c’est là, seulement, que cette tragique histoire peut prendre fin.

Claude Dupras

mercredi 16 septembre 2009

Le bonheur national brut

À son arrivée à la présidence française, Nicolas Sarkozy créa une Commission sur « la mesure de la performance économique et du progrès social ». En somme, le président voulait savoir comment établir la performance de la société française, hors le PIB (produit intérieur brut) qui mesure annuellement la production d’un pays et indique son niveau de croissance, ou de récession. En fait, Sarkozy recherche des instruments plus justes pour mieux comprendre les enjeux.

La Commission composée de 25 experts internationaux et présidé par l’Américain et Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, incluait aussi un autre lauréat du prix Nobel, l’Indien Amartya Sen. Après 18 mois d’études, la commission a remis son rapport au président français, lundi dernier, à la Sorbonne. Elle arrive à la conclusion qu’« un seul chiffre (le PIB) ne peut pas, à lui seul tout synthétiser ».

Par exemple, le PIB place parmi les pays les plus riches, les USA premier, la France 5ième et le Canada 11ième. Par contre, l’IDH (indice de développement humain) calculé à partir de l’espérance de vie, du taux d’alphabétisation et du PIB par habitant de chaque pays, place le Canada 4ième, la France 10ième et les USA 12ième parmi les pays les mieux développés.

La crise économique actuelle a mis en évidence que « le PIB ne donnait pas la température de la maladie de nos économies ». Par exemple, les USA dépensent 15 % de leur PIB pour la santé, un record mondial, mais il y a 45 millions d’Américains qui n’ont pas de protection sociale. Le prix du carbone n’est pas vraiment $15 la tonne, comme le dit le marché, c’est beaucoup plus si on veut contrer le réchauffement climatique. Stiglitz conclut que « la confiance au marché nous aveugle ».

L'économiste affirme que « le PIB a été créé pour calculer l’activité des marchés, malheureusement, il a été utilisé davantage pour étalonner la mesure du bien-être ou de la qualité de vie ». Or, la performance d’une société doit s’évaluer aussi par des « mesures subjectives comme l’environnement, la sécurité personnelle ou économique, l’habitat, etc.».

Pour lui, nous devons avoir des « indicateurs qui nous permettent de savoir l’état de notre économie et de notre société ». Comment avoir un programme sur les inégalités si on ne les mesure pas ?

La Commission a résumé, à douze, les pistes qu’il faut suivre pour mieux mesurer les performances économiques et le bien-être social de nos sociétés. Elles sont : les revenus et la consommation, la perception des « ménages », le patrimoine, la répartition des revenus, les activités non-marchandes, le bien-être, les inégalités, la qualité de vie, les ressources, le capital humain et social et l’environnement. En somme, les gouvernements devraient « mesurer aussi le bien-être, sinon le bonheur, et pas seulement la production aux prix des marchés ».

Au PIB on pourrait ajouter « le BNB, le bonheur national brut », écrit en plaisantant un éditorialiste français.

En sachant mettre l’accent sur la richesse humaine plutôt que sur la seule croissance des biens, les gouvernements seraient alors en mesure d’infléchir leurs politiques pour mieux aider leur population.

Le président Sarkozy a été impressionné par la thèse du rapport de la Commission au point qu’il y voit un point tournant de la politique mondiale. Il projette d’en devenir le « porte-parole » dans le monde afin de persuader les organisations mondiales à modifier leur système statistique. De son côté, l’économiste Joseph Stiglitz s’est montré heureux de constater, qu’enfin, un « gouvernement de poids » comme la France donnera de la prestance aux propositions des membres de sa Commission.

Cela rejoint l’argumentaire de mon récent blog « la taxe carbone » à l’effet que la France, en l’adoptant, se donnera la capacité de devenir le leader recherché pour la faire adopter par les grands pays du monde.

Le président Sarkozy démontre de plus en plus ses qualités, hors de l’ordinaire, de chef de nation responsable.

« C’est en mettant davantage l’accent sur la mesure du bien-être sous toutes ses dimensions que sur le seul prisme de la production économique que l’on changera les comportements » conclut le président français ».

Claude Dupras

lundi 7 septembre 2009

La taxe carbone

Le 11 juin 2008, j’écrivais un blog intitulé la « taxe verte ». C’est aujourd’hui, la « taxe carbone ». J’étais alors en faveur et je le suis toujours. Le gouvernement français veut appliquer une telle taxe dès la rentrée parlementaire et un tollé s’élève du côté de l’opposition contre cette nouvelle taxe. Malgré qu’’elle soit demandée et expliquée par les écologistes comme un moyen efficace pour réduire les émissions de CO2 , qu’elle ait prouvé son efficacité en Suède, au Danemark, au Royaume-Uni, en Finlande, en Norvège, en Nouvelle-Zélande ou à Costa Rica où elle est appliquée depuis plusieurs années, le parti socialiste français, avec Ségolène Royal en tête, et les autres partis de gauche, sauf les écolos, ont décidé de combattre cette mesure écologique. Ils élèvent le spectre de la peur de nouvelles taxes, déjà très hautes en France.

Est-ce simplement une opposition pour faire de l’opposition, ou est-ce que cette position est réaliste et honnête ? La question est difficile à répondre.

La taxe carbone est à mon avis mal nommée à cause du mot « taxe » qui la rend hostile aux contribuables. Son but est d’influencer Monsieur, Madame tout-le-monde et les entreprises à diminuer leur consommation d’énergie générée par le pétrole, le gaz et le charbon afin de réduire la production de gaz à effets de serre néfastes pour le climat de notre planète. Le principe est de rendre le coût de l’énergie plus cher, au point qu’elle soit moins consommée et que ses utilisateurs se voient obligés de modérer leur consommation et de chercher des solutions alternatives moins coûteuses et moins polluantes.

Ça marche, et l’exemple est la France où le prix de l’essence est actuellement le double de celui du Canada. Le résultat est que les Français roulent dans de petites voitures qui font beaucoup plus de km au litre que les grosses voitures canadiennes. Au double du prix à la pompe, je suis certain que les Canadiens remplaceraient vite leur automobile énergivore pour une à l’appétit moins grand et moins polluant. D’ailleurs, on a vu leurs réactions dans ce sens, l’an dernier, lors de la flambée des prix du pétrole.

Même si la France s’engage dans le sillon de la taxe carbone, le résultat ne changera presque rien au niveau de l’émission mondiale des GES puisque les gros pollueurs comme les USA, l’Inde, la Chine, la Russie et le Canada ne participent pas à cet effort et refusent l’idée de taxer pour motiver. Les dirigeants politiques de ces pays, surtout motivés par l’intérêt politique ou personnel, veulent protéger leurs entreprises, créatrices d’emplois, contre les augmentations importantes de taxes mais surtout s’assurer que leurs électeurs ne se révoltent pas suite à des augmentations radicales des coûts d’énergie. Ils ont appris qu’ « un politicien qui taxe est un politicien qui se fait battre » et c’est pourquoi ils craignent la taxe carbone, comme la peste.

Nous, les Canadiens, avons vécu un tel débat lors de notre dernière élection générale alors que le chef de l’opposition libérale fit de la taxe carbone le principal objet de sa plateforme électorale. Stéphane Dion savait de quoi il parlait. Il avait présidé avec brio la conférence universelle des Nations Unies à Montréal sur le réchauffement climatique et avait su rallier les délégués à des positions importantes et difficiles. Il connaissait tous les aspects de cette idée déjà implantée ailleurs et qui a fait ses preuves. Il a, contre l’avis des stratèges du parti, engagé ses troupes dans ce combat et proposé la taxe carbone en assurant les électeurs que tous les argents collectés par cette taxe seraient intégralement redistribués à ceux qui en souffriraient. En somme, le gouvernement ne bénéficierait d’aucune nouvelle entrée fiscale pour son budget.

Son adversaire, le Premier ministre Stephen Harper, député de l’Alberta, la province la plus polluante du Canada à cause de sa mauvaise exploitation des sables bitumineux, s’est évidemment opposé à cette idée de Dion et l’a accusé de vouloir taxer sur tout et partout. Il a ainsi fait oublier sa propre politique sur l'environnement qui était et est toujours déplorée par les grands écologistes du monde. Ce qui fut plus grave c’est que notre PM, pour défendre sa province et gagner ses élections, a réussi à réduire le débat sur cette question cruciale, à une question de taxe. Il a démontré alors qu’il était irresponsable.

Dion perdit son pari et le parti libéral obtint son plus bas score électoral depuis des décennies. Certes, il y avait d’autres sujets qui n’aidaient pas Dion, mais c’est la taxe carbone qui créa la crainte profonde chez les électeurs et les détourna du parti libéral.

Nicolas Sarkozy, le président français qui a montré beaucoup de courage dans le passé en prenant des décisions impopulaires et difficiles, affirme que la taxe carbone sera instaurée bientôt en France.

A-t-il raison de proposer cette contribution fiscale pour combattre l’émission de CO2 même si son effet ne modifiera qu'à peine un iota la production mondiale des GES? Tenant compte que les autres grands pays ne bougent pas sur cette question, nous pouvons nous demander s’il est raisonnable que les Français, en pleine crise économique, soient appelés à payer cette taxe carbone même si le président assure que l’intégralité du revenu qu’elle générera sera affectée aux entreprises, aux particuliers, aux ruraux et aux plus défavorisés. Les Français hésitent car, dans le passé, ils se rappellent que les revenus d’autres nouvelles taxes furent attribués à des fins autres que celles pour lesquelles elles furent adoptées. Il est normal qu’ils soient méfiants.

Par contre, la France est un leader dans le monde. Si elle ne bouge pas, pourquoi les autres pays bougeraient-ils ? Et puis, il y a l’importante conférence de l’ONU à Copenhague où des décisions importantes doivent être prises pour la suite de l’accord de Kyoto sur le réchauffement climatique. La France peut y être un grand joueur.

Je crois Nicolas Sarkozy lorsqu’il assure que la taxe carbone sera fiscalement neutre. C’est un homme politique très réaliste, électoralement parlant. Son parti UMP est bien sorti des récentes élections européennes. Mais le parti écologiste a aussi fait bonne figure en dépassant le parti socialiste. À l’horizon, il y a les élections régionales françaises en 2010 et la prochaine élection présidentielle en 2012. Le président Sarkozy ne peut oublier la dimension électorale en prenant ses décisions politiques. Pour gagner la faveur publique lors de ces scrutins, il se doit de respecter ses positions avancées. Il n’a pas vraiment le choix.

La Planète n’a pas non plus le choix et a besoin de leadership. La France, un des pays les moins polluants de la planète, peut devenir le leader recherché. Sarkozy a démontré, dans le passé, sa capacité de persuasion. En prenant son pays comme exemple, il sera à même de démontrer, aux représentants des citoyens du monde réunis à Copenhague, le niveau de courage requis et la façon d’agir pour contrer le danger qui menace notre planète.

Je crois que les Canadiens seront impressionnés par une telle politique adoptée en France. Ils comprendront davantage que c’est la démagogie qui a fait foi de programme politique pour le parti conservateur lors de la dernière élection nationale. L’adoption de la taxe carbone en France affectera, jusqu’à un certain point, le débat lors de la prochaine élection canadienne. Il en sera de même ailleurs.

Claude Dupras

vendredi 14 août 2009

30,000 euros ou tout saute !

Les nombreuses manifestations dans les rues de France m’ont toujours laissé l’impression que les travailleurs français étaient fortement syndiqués. Je viens de réaliser que ce n’est vrai que pour ceux qui sont de la Fonction publique puisque le taux de syndicalisation des autres qui œuvrent dans le privé est très faible. Il est même, et de beaucoup, le plus bas de tous les pays de l’Union Européenne.

Les centrales syndicales françaises qui regroupent ces ouvriers du privé ne sont donc pas fortes et, par conséquent, pas très influentes. On l’a vu récemment lorsque les ouvriers de l’usine de New Fabris de Châtellerault, sous-traitant de Renault-Peugeot, ont été victimes d’une mise-à-pied importante à cause de la crise économique. Ces derniers ont réagi en réclamant une indemnité de départ de 30,000 euros, tout en menaçant de faire exploser leur ex-usine, s’ils ne la recevaient pas. Un vrai « hold-up ». Puis, vivement, des employés mis-à-la-porte d’autres entreprises, aussi affectées par la crise, ont imité les newfabrisiens. Ces menaces de violence se sont ajoutées à un grand nombre d’actions individuelles sur le territoire français : séquestration de dirigeants d’entreprises, destruction d’équipements manufacturiers, saccage de magasins de grandes surfaces, ravages de fruits et légumes importés d’Espagne, etc. Cela m’a rappelé l’action de José Bové, le syndicaliste fermier, qui avait fait sauter le restaurant Macdonald de Millau au nom de la malbouffe et de la protection des agriculteurs.

Seuls, les ouvriers français agissent ainsi en Europe. Je suis étonné de constater qu’ils sont supportés par un grand nombre de leurs concitoyens qui défendent leurs actions. Cette surprenante singularité française est inacceptable dans une démocratie. Si les travailleurs industriels français étaient membres de syndicats en plus grand nombre, ces derniers pourraient mieux les défendre, organiser des « grèves de solidarité » et obtenir des patrons des règlements acceptables, comme l’ont fait les syndicats de l’automobile aux USA et au Canada. Au lieu d’agir seuls, les travailleurs devraient être solidaires.

La violence est indéfendable tout comme la menace de violence. Et lorsqu’il y a violence, il faut qu’il y ait punition. Encore-là, la France me surprend, car les poursuites judiciaires devant être initiées par les procureurs, suite aux méfaits, sont rarement faites. Malgré que le tout soit publicisé dans tous les médias, les coupables connus, les dommages évalués, les procureurs du gouvernement s’abstiennent de prendre les actions pour amener tout ce beau monde devant un juge, prétextant qu’il faut « ramener la paix sociale » et que des actions légales ne feraient qu’envenimer à nouveau la situation. Les manifestants ont donc beau jeu et savent, avant de commettre leur crime, qu’ils ne seront pas punis. Ce n’est pas beau çà !

Mieux encore, le gouvernement, qui condamne toujours dans un premier temps les actions des émeutiers, propose vite des solutions et de l’aide financière. Dans le cas de Fabris, par exemple, les grévistes ont obtenu une « prime supra légale » de 11 000 euros au lieu de l’irréaliste montant de 30 000 euros qu’ils réclamaient.

Alors… si ces ouvriers ont gagné leur point avec leurs méthodes violentes, pourquoi les autres aux prises avec des problèmes similaires ne seraient-ils pas tentés de faire de même ? La violence entraînera la violence, personne ne sera puni et les revendicateurs gagneront. Ce n’est sûrement pas une façon normale de faire dans une société qui se doit de protéger toutes ses personnes incluant les personnes morales.

« Les procédés de chantage avec violence sont inacceptables » disait un ministre français récemment. À mon avis, ce devrait être le leitmotiv de tout gouvernement et il devrait agir en conséquence, ce qui n’est pas le cas du gouvernement français.

La seule et vraie solution est la solidarité des travailleurs français réunis dans des syndicats responsables qui ont le respect et l’autorité morale nécessaire pour négocier honnêtement, intelligemment et même durement, si nécessaire, des solutions justes et équitables avec les patrons pour les ouvriers qui sont victimes de la saignée actuelle des emplois.

La violence est l’arme des faibles, l’union est celle des forts.

Claude Dupras

dimanche 26 juillet 2009

Rêve ou réalité politique

Suite à mon précédent blog, « Un parti en déroute », mon ami algérien Mansour m’a fait parvenir un commentaire par lequel il exprime une opinion contraire à la mienne en rapport avec la solution aux problèmes électoraux du Parti Socialiste français. Il contient beaucoup de vrai et c’est la raison pour laquelle je le publie ici, en le commentant par la suite. Le voici :

Claude

Ton blog concernant la déliquescence du parti socialise, depuis pratiquement le départ de Mitterrand, m'a rappelé la fameuse déclaration du grand révolutionnaire français, Mirabeau, je crois, qui affirmait que la France était en fait un ensemble de peuples désunis. Et cette évaluation de la société française au 19e siècle reste valide à ce jour, à mon avis. Dans un sens, c'est ce qui fait le charme de cette société extraordinaire, qui est toujours capable aussi bien du pire que du meilleur.

Mais pour être sérieux, je crois que les partis de gauche à travers le monde occidental, y compris les USA, entre parenthèses, traversent un grand désert d'idées et sont incapables de s'adapter aux conditions mondiales du jour. Le monde autour du monde occidental se transforme à une vitesse que les Occidentaux refusent de suivre. D’un côté, il est apparemment facile aux idées de droite de puiser dans le puits du refus, de toute la société occidentale, d'accepter qu'elle ne pourra plus façonner l'avenir de toute l'humanité comme elle le désire. De l'autre coté, il semble impossible aux idées libérales de la gauche d'adapter ses principes de défenses des droits du travailleur, par exemple, à l’inévitable vague de la mondialisation.

A mon avis, le problème du Parti Socialiste français n'a rien à avoir avec le manque de leadership. Plus grave encore, il souffre d'un essoufflement de sa propre idéologie. Et ce qui est plus important, c'est que l'opinion publique en France, aussi bien qu'à travers l'Europe, est aujourd'hui plus conservatrice que jamais pour défendre les gains socio-économiques garnis depuis le 19e siècle, malgré le fait que tout le monde sait que ces jours fériés sont à jamais du passé. Qu'on le veuille ou non, nous assistons à une première guerre mondiale économique que l'Occident est sûr de perdre et il ne sait pas comment s'adapter à cette défaite. Les monstres de l'Asie et du Sud-est asiatique décideront de l'avenir de l'humanité dans les décennies et les siècles à venir.

Mansour


Je suis d’accord avec Mansour sur son analyse des réactions de la droite ou de la gauche en rapport avec les transformations de nos sociétés qui découlent de la mondialisation et de la montée des géants économiques de l’Asie. D’ailleurs, dans mon récent blog, j’ai reconnu qu’une vague de droite s’élève à l’horizon européen et que la mondialisation a de grands effets sur la politique.

Mais il ne faut pas oublier que la bataille est électorale.

Les socialistes de tous les pays européens sont aussi inquiets de l’effritement de leurs appuis électoraux, et c’est pourquoi, au parlement européen, le parti qui regroupe les députés socialistes de chaque pays, cherche de nouvelles alliances et veut changer de nom.

Et en France, l’échéance des prochaines élections présidentielles est dans trois ans. Ceux qui prédisent, aujourd’hui, que le président Sarkozy sera réélu, ne semblent pas savoir qu’une telle période de temps est longue en politique. Tout peut arriver. Il faut aussi qu’il réalise, qu’il le veuille ou non, que la politique est devenue en France, comme ailleurs, un commerce d’images et d’illusions.

Un nouveau chef élu par un très grand nombre de gens de gauche aura une crédibilité certaine surtout s’il réussit à présenter un programme politique réaliste qui s’adapte aux problèmes du temps et de l’avenir et qui n’est pas basé que sur des idéaux sentimentaux.

Certains proposent que le PS change de nom dans le plus bref délai. Ils pensent ainsi faciliter la venue des électeurs vers leur formation politique. Je ne partage pas cette opinion. On ne change pas de nom de parti comme on change de chemise. Ceux qui dans le passé ont réussi une telle mutation ne l’ont fait qu’à l’étape finale d’une transformation interne et sérieuse de leur parti. Lorsque le PS aura réformé sa structure, repensé et modernisé ses politiques, ouvert son « membership » et élu un chef crédible, il sera temps de donner à cet important renouvellement le nom qui l’identifie le mieux.

Si le Parti Socialiste français persiste dans sa voie actuelle, il est foutu. S’il écoute ses jeunes membres, réagit intelligemment et redevient dynamique, il ramènera les brebis égarées au bercail et aura une chance sérieuse de devenir un concurrent valable pour reconquérir la présidence française.

Claude Dupras

jeudi 23 juillet 2009

Un parti en déroute

Il y avait les Éléphants. Il y a maintenant les Éléphanteaux. Ils sont cinq jeunes députés socialistes français. Non, pas vraiment jeunes puisqu’ils dépassent les 45 ans. Leurs noms seront les grands noms de la politique française de demain : Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Pierre Moscovici, Benoît Hamon, Vincent Peillon. Ils en ont assez de voir leur parti glisser sur une pente descendante de plus en plus à pic. Ils n’en peuvent plus de se laisser manœuvrer par la vieille garde du parti qui a amené le Parti Socialiste français dans une obscurité qui devient de plus en plus profonde. Ils ont décidé de brasser la cage. Avec eux, le respecté Jack Lang, ex-ministre de la culture, vient de qualifier le parti d’ « arbre sec », c’est presqu’admettre que le parti est mort.

Le problème du PS en est un de leadership. Pas un de programme comme le dit et le répète Martine Aubry, la première secrétaire du parti et le « boss » actuel. Dès son élection, au congrès de Reims à l’automne dernier, j’ai affirmé dans un blog que le parti venait de faire une erreur fondamentale en choisissant « la femme des 35 heures ». Cette politique erronée du passé se devait d’être vitement oubliée, mais, malheureusement, les Éléphants n’ont pas compris cela et ont propulsé Martine Aubry sur l’avant-scène. Depuis, la cacophonie s’est installée et le parti accumule défaite sur défaite car plus personne ne l’entend. Il perd constamment ses adhérents au profit d’autres partis de gauche, anciens ou nouveaux.

La gauche française a d’innombrables idées. Le contenu ne manque pas. Il lui faut un chef qui proposera son programme auquel les Français pourront s’identifier. Pour ce faire, les jeunes députés socialistes veulent que le parti institue, sur tout le territoire français, une grande élection primaire à l’américaine, ouverte à tous les électeurs de gauche du pays quelque soit leur parti. Ils ont la conviction que le chef qui en émergera deviendra un leader capable de rallier toute la gauche et de l’unifier pour faire face à Nicolas Sarkozy lors de la prochaine élection présidentielle. Je crois que c’est une très bonne idée qui a le mérite d’être pratico-pratique car les électeurs français se partagent, plus ou moins également entre la gauche et la droite. Mais une importante vague droite pointe à l’horizon européen où la popularité de mesures politiques à la social-démocratie est en baisse et la mondialisation pèse. Cela rendra la vie plus difficile au PS s’il ne fait rien pour se dégager de sa torpeur actuelle.

Suite à une critique sévère de Valls sur l’état actuel du parti, Martine Aubry a fait l’erreur de lui répondre publiquement en le menaçant d’expulsion du parti, comme si le PS n’était plus un parti pluraliste. Aujourd’hui, après la réponse cinglante de Valls, elle perd la face en ne mettant pas en force sa menace, alors que les députés socialistes s’unissent pour demander une « Halte au feu » en affirmant que « chacun est libre de son expression, de son ambition, de l’épanouissement de son talent… ».

Ce n’est pas d’un appel au calme qu’a besoin le PS pour se redresser. C’est en laissant les jeunes députés dirent tout haut ce que la majorité des gens de la gauche pensent tout bas, en les écoutant et en les laissant prendre une place de leadership dans ce parti. Le parti doit être secoué vivement, sinon il est voué aux bancs de l’opposition pour longtemps.

Claude Dupras

lundi 8 juin 2009

Et l'Europe, on en fait quoi ?

C’était hier, les élections pour tous les députés au parlement européen. En France, seulement 40% des électeurs ont voté, alors que dans tous les autres pays membres de l’Union Européenne le score est à 41,5%. C’est pitoyable et un affront à la démocratie qui m’a fait penser au mot d’ordre de voter « blanc » aux élections présidentielles. Alors que le parlement européen a de plus en plus de responsabilités, les Européens votent de moins en moins. Hier, le pourcentage était plus bas qu’à la dernière élection et celui de cette année-là était encore plus bas que la précédente.

J’ai suivi de près la campagne électorale française et j’ai constaté que les électeurs ne montrent pas d’intérêt pour l’Europe parce qu’ils la connaissent peu. J’ai même détecté un sentiment anti-européen chez plusieurs. Malheureusement pour eux, la période électorale ne fut pas un moment pour apprendre. Au contraire elle fut une non-campagne, presqu’une farce. Elle s’est terminée sur le plateau de France 2, la veille du jour de l’élection, où le spectacle offert par les représentants des partis fut déplorable, dégradant et insignifiant. Des bouffons n’auraient pas mieux fait.

Alors qu’on espérait de cette émission télévisée qu’elle éveille les électeurs et les encourage à aller voter, ce fut pour eux une douche froide qui les a éloignés davantage des bureaux de votation. Les participants s’invectivaient, palabraient tous en même temps, ne parlaient pas de l’Europe, pratiquaient l’antisarkozysme à plein, ne montraient aucun respect pour le poste de président de la France pas plus qu’entre eux d’ailleurs. Seuls deux ou trois étaient calmes, dont Xavier Bertrand président de l’UMP et la socialiste Martine Aubry qui, malgré son attitude, trouva quand même le moyen de traiter le président Sarkozy de menteur. Le tout culmina sur des échanges de bas niveau, de ruelle, entre François Bayrou, chef du Mouvement Démocrate, et Daniel Cohn-Bendit, leader du groupe Europe Écologie. Peut-on vraiment être surpris que les jeunes français ne s’intéressent pas à la politique lorsqu’ils voient leurs ainés agir de la sorte à la télé, en couleurs et en HD ?

Le grand gagnant fut l’UMP, le parti sarkozien, avec 28%. La surprise fut la montée d’Europe Écologie qui arriva à égalité avec le parti socialiste à 16 % alors que le Modem chuta à 8,5%. Comme ces élections sont à la proportionnelle et à un tour de votation, les partis obtiennent chacun le nombre de députés européens en proportion de l’appui qu’ils ont gagné. Ainsi toutes les opinions sont représentées au parlement européen. C’est un système juste et équitable qui m’a rappelé l’élection des Progressistes-Conservateurs que j’organisai au Québec du temps de Robert Stanfield. Nous avions obtenu plus de 28% des suffrages mais fait élire que deux députés avec une pluralité de votes. Avec un système proportionnel, notre nombre aurait été de 21 députés et les Québécois qui avaient voté « bleu » auraient été représentés au parlement canadien. Mais ça c’est une autre histoire…

Le jour de l’élection, au marché du dimanche de mon village, j’ai rencontré, séparément, trois amis français qui venaient de voter. Je savais qu’ils étaient de bons socialistes. À ma grande surprise, les trois m’avouèrent la même chose, ils venaient de voter pour Europe Écologie. « Pourquoi ne pas avoir supporté votre parti, le parti socialiste ? » leur demandai-je. Leur réponse, fut presque similaire, « c’est un parti en déroute qui va s’effondrer et l’écologie est de prime importance en ce moment, surtout pour l’ensemble de l’Europe » en me précisant « mais nous sommes toujours socialistes ». Le soir, à l’annonce des résultats, je me suis rendu compte qu’ils n’étaient pas les seuls à penser ainsi.

La défaite importante du parti socialiste m’a remémoré la surprise que j’avais ressentie lors de l’élection de Martine Aubry comme premier secrétaire du parti socialiste. Je ne comprenais pas alors cette décision. La femme des 35 heures qui ont fait si mal à la France, revenait à la tête des affaires de son parti après avoir été la cause de la baisse en popularité du gouvernement Jospin, coûté à ce dernier la présidence et relégué le parti socialiste profondément dans l’opposition. Les Français n’ont pas oublié cette erreur magistrale et ne veulent pas de Martine Aubry. Hier soir, le parti s’est englué encore plus. Ce ne peut être plus clair. Elle doit démissionner et être remplacée immédiatement. Non pas par un autre membre de la vieille garde, « les éléphants » comme on les appelle, mais par un des nombreux brillants jeunes députés socialistes qui œuvrent dans ce parti. Il me semble que c’est la seule façon que la direction de ce parti puisse vraiment se rajeunir, se réorganiser et proposer des idées qui correspondent aux besoins des Français d’aujourd’hui. Contrairement aux « éléphants », ces nouveaux dirigeants seront écoutés et deviendront des pédagogues crédibles pour bien expliquer les nouvelles politiques socialistes aux Français.

Le parlement européen devient de plus en plus important car il participe davantage aux décisions de l’UE. Il vote des lois en codécision (avant il n’agissait que sur une base consultative seulement) avec le conseil de l’UE (composé des chefs de gouvernement ou des ministres), accorde ou retire sa confiance à la Commission (composée d’un commissaire par État-Membre), adopte le budget et contrôle son usage. Dans les domaines de l’environnement, du transport, de l’immigration clandestine, le parlement a le pouvoir d’agir. Il peut recevoir des pétitions d’européens. Il a un pouvoir de contrôle en politique étrangère et dans le domaine de la coopération policière et judiciaire. Le parlement est la base démocratique de l’UE et ses députés sont élus tous les 5 ans. Il est fort important. Que les Français, tout comme la majorité des Européens, ne s’intéressent pas davantage à ce corps politique qui touche de si près leur vie, me renverse. Par exemple, il vient d’adopter la politique climatique la plus audacieuse du monde.

Il est à espérer dans l’intérêt de tous, incluant les Nord-Américains, que les Français se réveillent, acceptent que le parlement européen soit aussi leur parlement et qu’ils s’en occupent.

Claude Dupras

lundi 4 mai 2009

Sarkozy, la descente aux enfers

Le président Nicolas Sarkozy souffre d’un manque de popularité en France. Deux ans après son élection à l'Elysée, plus de six Français sur dix jugent son bilan négatif et décevant. Le sondage TNS Sofres/Logica publié pour Metro lundi dernier, précise que 63% des personnes interrogées estiment que le bilan du chef de l'État est "plutôt négatif" et 65% d'entre eux se déclarent déçus. Ils sont 28% à trouver son bilan positif, 9% ne se prononcent pas et 24% à se déclarer satisfaits.

Ce haut taux de mécontentement m’étonne, même si les Français aiment à répéter que « la France est ingouvernable » et que la crise économique les affecte profondément (le chômage dépassera bientôt les 10%). Je me rappelle du temps de l’ex-PM Lionel Jospin, au moment où le pays était en pleine prospérité et générait des surplus importants, que les Français manifestaient, quand même, dans les rues pour avoir, disaient-ils, leur part du gâteau. Ce n’est pas facile de gouverner en France.

Un ami de longue date, Richard LeHir, ex-ministre PQ du gouvernement du Québec, né en France et qui suit de près ce qui se passe là-bas, m’a écrit un commentaire suite à mon blog « Sarkozy, la cible ». Il décrit une image de Sarkozy totalement différente de celle que je vois et malgré que je ne sois pas du tout en accord avec son argumentation (voir les archives de mes blogs), j’ai pensé la soumettre à mes lecteurs pour qu’ils jugent de la justesse de ses interprétations :

Bonjour Claude,

Tu m'as demandé de te faire par écrit ma critique de Sarkozy. Comme je te l'ai dit, je n'apprécie ni le personnage, ni sa politique, et je crois qu'il est un mauvais président pour la France.

Pour ce qui est du personnage, c'est un ambitieux à fortes tendances narcissiques qui est obsédé par le besoin de paraître, et même de "flasher". Les médias français lui ont attribué le surnom de président "bling-bling". Il manque de classe. Tu te souviendras de cet incident survenu dans les semaines qui ont suivi son élection lorsqu'il avait rencontré Poutine. À l'issue d'un dîner particulièrement bien arrosé, il était sorti rencontrer la presse, et complètement ivre, il avait répondu aux questions des journalistes. Le spectacle était lamentable, et porté par YouTube, il a fait le tour de la terre en 24 hrs. On peut aussi trouver sur YouTube cet incident où lors d'une visite au Salon de l'Agriculture, à un visiteur qui refusait de lui serrer la main, il avait déclaré "Casse-toi, pauv'con". Cette réponse démontre non pas tant un mépris total pour la personne visée qu'une incompréhension des exigences de sa fonction. Ce n'est pas le genre de comportement que les Français attendent de leur Président.

Enfin, On se surprend à avoir à évoquer la vie privée du Président qui, pourtant, devrait relever justement du domaine privé. S'il faut le faire, c'est que Sarkozy lui-même en fait un étalage grossier, comme si son statut de Président lui conférait ipso facto un statut de vedette de cinéma. Il y a pourtant une différence. Sarkozy n'est pas Prince de Monaco. Il est Président de la France, et il prend la succession de Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, et Jacques Chirac. Quels qu'aient pu être les défauts des uns et des autres, jamais ont-ils projeté une image qui portait ombrage à celle de la France.

La personnalité de Sarkozy se reflète également dans sa politique. Il est constamment à l'affut d'un "coup" dont il sera la vedette. Son cabinet a été choisi davantage pour épater la galerie que par souci d'efficacité. Plusieurs personnes en font partie pour jeter de la poudre aux yeux à certaines clientèles (Dati, Yadé, Kouchner, etc.). C'est bien beau de vouloir marquer une rupture, mais encore faut-il avoir quelque chose de solide à proposer. Après deux ans, on cherche encore quelque chose qui ressemblerait à un fil conducteur. Après quelques discours ronflants sur la crise qui allait amener à une refonte du capitalisme, on reste en attente de ce qu'il propose à la place.

Sur le plan de la politique internationale, il se targue d'avoir effectué un rapprochement avec les États-Unis. Mais on doit sérieusement s'interroger sur son sens du timing. Il aurait été beaucoup plus habile d'attendre le départ de Bush. Et il aurait été beaucoup plus utile de travailler à l'élaboration d'une politique européenne de défense commune plutôt que de s'abriter sous le parapluie d'une Otan dont la vocation originale n'a plus sa raison d'être, et qui se survit en tentant de s'en donner une nouvelle au coup par coup, de plus en plus à l'Est, sans qu'on sache trop pourquoi en fonction des intérêts européens, ni comment, parce qu'on n'est pas prêt à y mettre les moyens, ni surtout jusqu'où on est prêt à aller et comment on pourra s'en sortir. Les efforts de Sarkozy de faire avancer le projet de constitution européenne ont foiré. Il n'a pas compris que ce n'est pas une question de personnalités, mais une question de fond. Tant et aussi longtemps que les pays qui composent l'Europe ne seront pas prêts à renoncer aux composantes identitaires qu'ils expriment dans leur souveraineté, l'Europe ne pourra pas être autre chose qu'un marché commun. Et même la question du marché commun se pose de nouveau dans le contexte de la crise actuelle. À quoi sert un marché commun quand on ne peut plus consommer ou quand, par nécessité, il faut consommer moins et mieux.

Que Sarkozy ait remporté un succès d'estime pendant les six mois où la France était à la tête de la Communauté Européenne n'a aucune espèce d'utilité ou d'importance car son tour ne reviendra que dans quelques années, et il ne sera probablement même plus président.

Le seul bon point que je suis disposé à reconnaître à Sarkozy est sa gestion de la crise en Géorgie. Et encore, on peut se demander si la place qui lui a été laissée pour s'illustrer n'était pas essentiellement due au fait qu'elle est survenue en pleine campagne électorale américaine, ou pire, parce que les États-Unis, déjà engagés dans deux guerres, et en redoutant deux autres (Iran et Pakistan), ne se sentaient plus capables d'opérer sur autant de fronts à la fois (avec la crise économique, c'est encore plus susceptible d'être le cas maintenant).

Richard


Parmi les derniers présidents de la République, seul Jacques Chirac avait davantage mécontenté les Français, 24 mois après le début de son premier mandat, avec 65% d'insatisfaits en 1997. Pourtant il a été réélu et est demeuré président de la France, encore 10 ans.

Claude Dupras

mardi 21 avril 2009

Sarkozy, la cible

Le président français est pris dans un tourbillon journalistique qui prend de plus en plus de vitesse. Pourtant, il n’en est pas responsable.

L’article de Christian Rioux, chroniqueur du journal Le Devoir à Paris, m’a poussé à écrire ce blog. En ce mardi, il traite de la supposée injure qu’aurait lancée le président français Nicolas Sarkozy en direction du premier ministre espagnol. J’ai suivi ce débat depuis quelques jours et je crois que Rioux se montre partisan et ne renseigne pas bien ses lecteurs.

Tout a commencé par un article du journal socialiste Libération qui, après avoir recoupé des commentaires du président français lors d’une rencontre avec 24 députés et sénateurs français de toutes tendances politiques, lui a fait dire, à la une du journal, que le premier ministre espagnol Luis Zapatero n’était « peut–être pas intelligent ». Dès la parution de l’article, l’Élysée a nié la chose tout comme plusieurs sénateurs et députés socialistes présents qui ont aussi affirmé que le président français n’avait jamais proféré une telle bêtise.

L’éditorialiste de Libération, Laurent Joffrin, au lieu de prendre acte du faux pas de son journal, en a mis encore plus. Je lis régulièrement ce journal et j’assure mes lecteurs qu’il s’oppose à tout et à rien si cela concerne Sarkozy. Les porte-paroles de l’UMP, le parti de Sarkozy, n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère en le défendant de ces accusations mensongères. Ils ont attaqué férocement Libération en le qualifiant de journal en perte de vitesse, de lecteurs et d’argent. Le malheur c’est que c’est vrai et c’est cela qui choque davantage Joffrin et ses comparses.

Depuis, certains journalistes ont regroupé tous les articles de presse sur des brins de déclarations passées de Sarkozy envers les leaders étrangers et y ont donné une saveur exagérément négative dans leurs reportages. Cela a fait boule de neige et aujourd’hui la presse étrangère en conclut que le président Sarkozy est un homme qui sait manier l’art de l’injure. Son image internationale en est ternie. C’est justement ce que visait le parti socialiste. Incapable de présenter un programme politique pouvant rivaliser avec celui de Sarkozy, l’opposition socialiste française a opté pour le salir et ne manque jamais une occasion de le faire démesurément. Elle a finalement trouvé un créneau qui peut lui faire un grand tort.

On dit, par exemple, qu’il a insulté le chef du Bloc et du parti Québécois, ce qui est faux car il n’a que donné son opinion sur les relations fédérales-provinciales canadiennes. On dit qu’il a dû s’excuser envers le PM anglais Gordon Brown, alors qu’il n’a fait qu’une mise au point sur sa déclaration à l’effet qu’il n’était pas d’accord pour appliquer en France le genre de programme de stimuli pour l’économie proposé par Brown pour le Royaume-Uni. On dit qu’il aurait affirmé que le président Obama avait beaucoup de qualités mais qu’il n’avait jamais dirigé un ministère. S’il l’a dit, c’est vrai. Mais certains journalistes en déduisent que Sarkozy cherche à réduire la stature d’Obama parce qu’il lui en veut d’avoir éclipsé sa réputation de « sauveur du monde ». Comme si un homme politique de la trempe de Sarkozy peut perdre son temps à dire de telles sornettes.

Tour à tour, les journaux du monde reprennent la nouvelle et l’amplifient chacun à leur gré et elle devient encore plus fracassante. Parmi eux on retrouve : The Guardian de Londres, ABC de Madrid, New York Times, Le Devoir… La bulle grossit de plus en plus. On ne sait plus ce qui est vrai ou ce qui est faux et les lecteurs sont de plus en plus trompés.

En France, même Jack Lang, l’ex-ministre socialiste de la culture, a accepté les explications de l’Elysée et est de plus intervenu pour dénoncer Ségolène Royal qui a cru bon faire des excuses publiques à Zapatero en rapport avec la déclaration de Sarkozy. Le fameux journaliste et politicologue Alain Duhamel ne s’est pas offusqué non plus. Par contre, le Devoir met l’emphase sur les déclarations du député socialiste Pierre Moscovici et, pour rendre ce dernier crédible, le traite de modéré. À mon avis, il est loin de l’être… Il faut avoir suivi la campagne de Moscovici pour le poste de premier secrétaire du parti socialiste et l’avoir entendu déblatérer sur tout et rien contre la droite française, sans nuances, pour savoir que c’est une exagération mensongère.

Je remarque depuis quelques jours que mes concitoyens montréalais, à qui je parle de Sarkozy, ont été influencés négativement par ce qu’ils ont lu dans les journaux. L’article tendancieux du journal Le Devoir, de ce mardi, n’est pas là pour redresser ces fausses informations, au contraire il en ajoute. C’est un article trompeur et irresponsable qui ne fait que mousser une cause, l’antisarkozyisme.

Claude Dupras