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samedi 23 juillet 2016

Coluche, c’est ça que ça donne un humoriste !

Coluche, le plus grand humoriste français, était un « philosophe et humaniste » qui dans sa salopette aimait dire ses quatre vérités. Il avait une tête politique capable d’aborder les grands problèmes de la société et démontrait qu’il était en avance sur son temps avec une liberté de ton et d’imagination qui scandalisait déjà à l’époque. Ses amis le voyaient comme « un personnage angoissé, d’une grande intelligence et très généreux, avec une réflexion forte sur la vie ».

Il revendiquait parfois la « grossièreté » mais « sans jamais être vulgaire ». On lui avait demandé si on pouvait tout se permettre, il avait répondu « oui, absolument tout, sauf ne pas faire rire ». Sans vulgarité.
Coluche défendait aussi les plus faibles et, malgré ses immenses succès sur scène, il a créé les « Restos du Cœur » pour leur servir des repas. Aujourd’hui, « 30 ans après sa mort, ils en servent de plus en plus pour subvenir aux 8 millions de français qui vivent sous le seuil de la pauvreté. L’an dernier seulement, ils en ont distribué 128 millions durant l’hiver ». C’est la plus grande œuvre et le vrai héritage de Coluche.

Coluche a même failli être candidat à la présidence française en 1981. Un sondage lui donna 16% d’appuis et a généré des pressions énormes du petit monde de la politique qui ont « fini par ne plus le faire rire ». Il lâcha prise. Mais son influence a persisté. Par exemple, le Parlement a voté à l’unanimité « l’amendement Coluche permettant aux contribuables de déduire de leurs impôts une partie de leurs dons aux associations ».
Il est mort happé sur sa moto en 1986, par un camion, sur une petite route du sud de la France. Les Français venaient de perdre leur amuseur public numéro 1 et ils se souviennent encore de son immense talent. Il conserve la faveur générale puisqu’il n’est pas rare de l’entendre fréquemment, encore aujourd’hui, à l’émission quotidienne de la radio française « Rires et Chansons » où on reprend ses sketchs moqueurs et satiriques, à la demande générale. C’est ainsi que je l’ai découvert depuis quelques années.

Les 30 ans de sa mort ont été marqués par la publication d’une littérature abondante, telle « Le Pavé Coluche », l’Almanach Coluche », « Chez Coluche »…
Il est un modèle pour les humoristes d’aujourd’hui.

Voici quelques phrases qui rappellent son humour tranchant sur les évènements de son pays :
Sur le racisme :

« La France est le seul pays arabe à ne pas être en guerre ».
« Tous ces étrangers seraient bien mieux dans leur pays… La preuve : nous, on y va bien en vacances ».

Sur les LGBT :
« Il était communiste et homosexuel. On l’appelait l’embrayage de gauche. Parce que c’est la pédale de gauche ».

« Les homosexuels ne se reproduisent pas entre eux et pourtant ils sont de plus en plus nombreux ».
Sur le capital et les syndicats :

« Le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme ! Le syndicalisme c’est le contraire ».
« Les syndicats, c’est pour donner raison à des gens qui ont tort ».

Sur les associations juives :
« C’est un chanteur israélite, tellement il avait le pantalon moulé : non seulement on lui voyait le sexe, mais aussi on lui voyait la religion ».

« Drôle d’époque où ce sont les Allemands qui font des affaires et les juifs qui font la guerre ».
Sur le tour de France :

« Mettons que les sportifs arrêtent le doping. On aura l’air malin, nous, devant nos téléviseurs à attendre qu’ils battent les records hein ! Et puis le tour de France, pour arriver le 14 juillet, il faudra qu’il parte à Noël ».
Sur le pape :

« Dieu a dit : « Mangez, c’est mon corps ; buvez c’est mon sang ; touchez pas, c’est mon cul ».
C’est l’abbé Pierre qui présida à ses funérailles pour rappeler son aide aux plus dépourvus. Au cimetière de Montrouge à Paris, le gardien des lieux affirme que « la sépulture de Coluche est de loin celle que l’on nous demande, le plus souvent, presque tous les jours ». Le caveau de l’humoriste est constamment fleuri par les visiteurs qui laissent aussi leur message particulier. Et, au centre-ville de Montrouge, la ville a fait ériger une statue en bronze, sur la place de la Libération, qui consiste seulement en une salopette, le vêtement de spectacle de Coluche.

Cela démontre bien la qualité de ce grand homme et surtout le vide qu’il a laissé. C’est ça que ça peut donner un humoriste !
Claude Dupras

Sources, "Le Dauphin libéré", notes personnelles

dimanche 17 juillet 2016

Puerto Rico et Cuba, les jumelles des Caraïbes.

De longue date, les États-Unis (USA) ont avec Cuba et Puerto Rico des liens géographiques, économiques et historiques étroits.

Puerto Rico, après des années de dépenses exagérées, a accumulé une dette 70 milliards $ qu’elle ne peut rembourser et se retrouve au bord de la faillite, en 2015, incapable de payer ses comptes. Son gouvernement fait appel à celui des USA pour l’aider. Après de longues hésitations au Sénat américain, le président Obama signe, le 30 juin 2016, une nouvelle loi d’aide financière comprenant aussi des mesures très difficiles pour le portoricain moyen dont la création d’un « Comité de Contrôle » qui gèrera, entre autres, les finances de l’île et pourra couper dans les écoles, les services sociaux, les fonds de pensions, les institutions publiques, etc. C’est, selon des observateurs, « un désastre pour le peuple portoricain puisqu’il fait des USA le maître colonial et lui enlève ses droits démocratiques ». Mais il sauve leur peau.   

Cuba, de son côté, bénéficie soudainement d’une décision du président Obama qui a décidé unilatéralement d’assouplir l’embargo américain qui l’étranglait depuis 1962, suite à la venue de Fidel Castro.  

C’est un nouveau départ pour les habitants de ces deux îles caribéennes, ex-espagnoles à l’histoire commune. Où en seront-elles dans 50 ans ?

Le début

Le 28 octobre 1492, Christophe Colomb trouve l’ile de Cuba, après avoir découvert celle de San Salvador, le 12 octobre précédent. L’Amérique nait !

À son deuxième voyage, Colomb arrive à l’île de Puerto Rico, le 19 novembre 1493, après que sa flottille ait été poussée par les vents dominants des alizés et les courants marins. Elle est douze fois plus petite en superficie que Cuba et Colomb la nomme San Juan Bautista. Avec le temps, elle devient un bastion pour l’expansion coloniale espagnole et l’escale des capitaines de navires de toutes les nations européennes qui viennent y chercher de l’eau, de la nourriture, y conclure des ententes commerciales et des échanges de marchandises. Elle est comme la porte d’entrée en Amérique et prend alors le nom de Puerto Rico, « le port riche ».

Les Amérindiens

Cuba et Puerto Rico sont originalement peuplées d’Amérindiens particulièrement les « Tainos » et les « Ciboney ». Les espagnols les exploitent, les réduisent à l’esclavage et en 50 ans, ils sont pratiquement décimés.

L’Esclavage

La monarchie espagnole intègre ces nouvelles îles à son empire et déçue par le peu d’or qu’elle y trouve, crée de nouvelles activités commerciales : le tabac, le café et la canne à sucre. Ces dernières nécessitant une main d’œuvre importante, elle fait appel aux esclaves qui viennent d’Afrique sub-saharienne.  

Pour Puerto Rico, le nombre d’esclaves est limité car l’intérieur de l’île demeure inexploré et sous-développé. Ils sont surtout requis par les commerçants des ports et des villes côtières.

De son côté, en 1762, la capitale cubaine La Havane est conquise par les Anglais qui y règnent pendant neuf mois et l’occupation se règle par le traité de Paris, par lequel Cuba est remise aux Espagnols en échange de la Floride. Jusqu’en 1860, 720 000 nouveaux esclaves sont introduits à Cuba pour assurer le fondement de l'économie coloniale.

En 1886, l’esclavage est entièrement supprimé.

L’indépendance

En 1809, la Cour Suprême espagnole reconnait Puerto Rico comme une province d’outre-mer de l’Espagne avec représentants au parlement espagnol. La monarchie revient en 1823 et le décret est annulé.   

Alors que les colonies espagnoles des Amériques deviennent indépendantes, Puerto Rico et Cuba grandissent en importance stratégique pour la Couronne espagnole qui, pour maintenir son emprise sur ses deux dernières colonies du Nouveau Monde, offre des terres libres à titre d'incitation à l'immigration et la colonisation. Cette campagne s’avère très fructueuse

Les luttes pour l'indépendance de Cuba commencent en 1868 avec un mouvement anti-pauvreté. Elles durent 10 ans et résultent en 200 000 morts, soit 1/8 de la population. José Martí, philosophe et homme politique mène le combat avec son Parti Révolutionnaire Cubain. Âgé de 42 ans, il est tué le 19 mai 1895, à la Bataille de Dos Rios, et devient le héros national.

En 1897, le gouvernement libéral espagnol accepte des chartes d'autonomie pour Cuba et Puerto Rico et elles deviennent « provinces outre-mer » de l'Espagne.

La guerre hispano-américaine

Le capitaine de navires américains Mahan déclare au ministère de la Guerre : « N’ayant pas d’installations à l’étranger, coloniale ou militaire, les navires de guerre des États-Unis sont comme des oiseaux terrestres incapables de voler loin de leurs côtes. Nous avons besoin de lieux de repos pour eux et pour les entretenir ».

En plus, en 1898, les américains veulent protéger les investissements des entreprises américaines à Cuba et ailleurs dans le Pacifique. Ils entrent en guerre avec l’Espagne. La guerre est courte et ne dure que 23 jours. Avec le traité de Paris qui suit, l'Espagne reconnait l'indépendance de Cuba, tout en cédant les Philippines, Puerto Rico, et Guam aux USA en échange d'un versement de 20 millions de $ US.

Cuba est maintenant indépendant et Puerto Rico fait partie des USA sans être un Etat.

Les années 1898 - 1940

Nonobstant le traité, les USA occupent Cuba jusqu’en 1909 et poursuivent une ingérence marquée jusqu'en 1934. Après, ils placent au pouvoir une junte militaire dont l’éminence grise est le général Fulgencio Batista.

De leur côté, les Portoricains deviennent des citoyens américains en 1917 et commencent le 20e siècle sous le régime militaire et légal des USA qui décrète que la langue utilisée au sein du gouvernement doit être l’anglais. Les enseignants sont des Américains du Nord afin que les Portoricains apprennent l'anglais. Américains, de nombreux Portoricains se voient enrôlés dans l’armée américaine.

Exaspérés, certains dirigeants politiques de l’île demandent un changement de structure politique et, le 21 mars 1937, une assemblée est organisée dans la ville de Ponce par le Parti nationaliste de Puerto Rico. Un conflit sanglant éclate, 9 morts 200 blessés. C’est le massacre de Ponce.

Les années 1940 – 1960

Batista devient président de la république de Cuba, de 1940 à 1952, suite à des élections truquées. En 1954, il est élu sans opposition.

La capitale du pays, La Havane, connait alors une période d’expansion économique. Les gangsters américains sous la direction de leur penseur Meyer Lansky, ami de Batista, développent le jeu, le marché de la drogue et la prostitution (la ville est devenue un grand lupanar avec plus de 13,000 jeunes filles qui pratiquent le vieux métier). Lansky a des plans pour faire de La Havane un nouveau Las Vegas. Elle reçoit annuellement 300,000 touristes américains riches. La vie nocturne est frénétique. Les truands s’enrichissent. L’industrie sucrière est en plein essor. Les investissements de capitaux américains sont nombreux. La construction va !

Malheureusement, cette activité augmente les inégalités entre les habitants de la capitale et la disparité entre les villes et la campagne. La Havane a un taux d’analphabétisme de 10% contre 43% à la campagne. L’activité culturelle y est intense, ailleurs peu. Il y a un lit d’hôpital par 300 habitants de l’île, mais 65% sont dans la capitale alors que celle-ci n’a que 22% de la population. Il y a les riches et les pauvres. C’est Cuba!

En 1943, un sénateur américain présente un projet de loi au Congrès appelant à l'indépendance totale de Puerto Rico. Il est rejeté. En 1946, un premier gouverneur né dans l’île, Luis Munoz Marin, est nommé et l’année suivante les USA accordent le droit aux Portoricains d’élire démocratiquement leur gouverneur. Marin est élu.

Après plusieurs conflits, la constitution de Puerto Rico est approuvée le 6 février 1952. Puerto Rico devient un état libre associé avec les USA, un Commonwealth. Cependant, le congrès américain continue à légiférer sur la citoyenneté, la monnaie, les services postaux, les relation de travail, l’environnement, le commerce, la finance, la santé, le bien-être, etc..

Depuis le début du XXe siècle, Puerto Rico compte sur l'agriculture et, sa principale culture, le sucre. Il y a aussi le tabac, toujours important. Durant les années 1950, Puerto Rico connait une industrialisation rapide, due au « New Deal » du président Franklin Delano Roosevelt, qui favorise la fabrication industrielle par le biais d'exonérations fiscales pour les compagnies. Puerto Rico est classée par la Banque mondiale comme un « pays à revenu élevé" car elle est devenue un centre mondial de fabrication de produits pharmaceutiques.

Face au maintien des salaires malgré l’augmentation du coût de la vie, les syndicats deviennent agressifs et réussissent à faire grimper le coût des salaires au point que le tourisme est réservé surtout aux plus riches visiteurs de catégorie supérieure ou de luxe, Puerto Rico ne pouvant plus concurrencer Cuba et d’autres îles des Caraïbes pour le touriste économique. Le niveau de l’emploi diminue.

De plus, avec le temps, plusieurs usines sont déplacées vers des pays à salaires plus bas en Amérique latine et en Asie. Le chômage revient. C’est depuis ce moment que débute une forte émigration de Portoricains, en quête de meilleures conditions économiques, sur le continent américain, notamment à New York. D’une moyenne annuelle de 1 800 émigrants pour les années 1930-1940, il passe à un pic de 75 000 en 1953 au point qu’en 2003, il y a plus de portoricains de naissance ou d’ascendance qui vivent aux États-Unis qu'à Puerto Rico.

Et ce ne sont pas seulement les ouvriers qui partent mais aussi des jeunes hauts diplômés en commerce, en génie, en droit, en médecine et autres professions. Des gens de talents, intelligents, entreprenants…créateurs d’emplois. Pour arrêter le mouvement, la langue espagnole devient la langue officielle de Puerto Rico en 1991. Mais, le mouvement migratoire des plus âgés ne s’arrête pas et, avec le temps, la presque totalité de la jeunesse ne parle plus que l’espagnol.

Le pouvoir à Fidel Castro

Fidel Castro prend la tête d'une armée rebelle et c'est le 15 novembre 1956 qu'il annonce que le temps est venu de se rendre à Cuba. Il y parvient le 1er janvier 1959 et renverse Batista.

Le gouvernement américain reconnait le nouveau gouvernement, mais les rapports entre les deux pays se gâtent dès le mois de mai, de la même année, lors de la nationalisation des avoirs étrangers à Cuba, dont ceux de la compagnie américaine United Fruit.


Cette décision découle de la nouvelle politique socialisante que propose Fidel Castro.  

La baie des Cochons

Du 17 au 19 avril 1961, les USA veulent renverser Castro et organisent, via la CIA, un débarquement de mercenaires à la baie des Cochons de Cuba qui se solde par un échec retentissant. Ils mettent alors en place un embargo économique en 1962 et renoncent à toute invasion future. 

Avec l’embargo et la tendance « communisante » de la politique exprimée par Castro, plusieurs intellectuels, professionnels, entrepreneurs, constructeurs, commerçants… quittent l’île et cherchent à se réfugier aux USA. 62 000 d’entre eux choisissent de s’installer à Puerto Rico où ils investissent, bâtissent, développent l’île et occupent des postes importants dans la fonction publique, les universités, le sport…

Les mouvements créent des difficultés financières à Cuba et Castro accepte l’aide de l'URSS qui lui accorde 4 à 6 milliards de dollars américains par an (jusqu'en 1990) en échange de son alignement sur la politique russe. Castro a sa propre logique tiers-mondiste. À l’automne 1981, les Russes quittent. Pour survivre, il organise des échanges de médecins, instituteurs, etc… avec divers pays, tels, l’Angola, le Venezuela, pour obtenir du pétrole et autres produits. Cuba demeure pauvre mais petit à petit sa position économique s’améliore grâce aux touristes qui affluent. Il peut ainsi continuer à offrir le minimum vital à son peuple.

Cuba, demain ?

La vie des 10 000 000 de cubains sous le régime communiste de Castro est faite de privations, de sacrifices, d'appels à l'héroïsme, etc… 

Ce sont des patriotes qui croient en leur Commandante et ont confiance que leur avenir, un jour, sera meilleur. L’entre-aide fait partie de la vie quotidienne. L’argent est rare.

Dans un premier temps, le capitalisme n’est pas pour eux. Ils le voient comme générateur de chômage saisonnier, d’inégalités entre groupes et secteurs. Pour eux, ces problèmes n’existent pas dans leur société car tout le monde est instruit et ceux qui sont en mesure d’obtenir un diplôme le reçoivent après des études sérieuses, l’Éducation est gratuite, les soins de santé aussi, les coûts du logement et les salaires sont très bas et uniformes. C’est un peuple solidaire. Ceux qui sont nés le jour de la révolution ont maintenant 57 ans. Ils n’ont pas connu autre chose. 

Le parti communiste est unique et est le vrai successeur de Castro. Raoul Castro n’est pas la solution car il est d’une autre génération, celle de Fidel, alors que la majorité des dirigeants actuels sont généralement dans la quarantaine. Plusieurs de ces derniers, respectés pour leurs caractères affirmés, ont exercé des fonctions importantes dans la période Castro. Ce ne sont pas des marxistes-léninistes classiques mais ils sont enracinés dans une histoire et dans une expérience unique. Pour atteindre le pouvoir, ce sera par le biais du parti « communiste » puisqu’il repose sur le principe du « mérite acquis par l’investissement personnel dans une activité sociale ».

Les figures de Marx et de Lénine ont disparu du paysage alors que les citations du héros national José Martí se sont intensifiées.

Le parti demeure en position de force relative. Mais avec l’accroissement important des touristes, l’ouverture à la télévision mondiale, l’internet, les médias sociaux… tout cela affaiblit le régime et on peut prédire qu’un jour, un vrai régime démocratique sera installé et la liberté reviendra.

Ce peuple a un potentiel extraordinaire. Il est instruit, en bonne forme et en santé, solidaire, travaillant, créateur, pas égoïste et il veut améliorer son sort. Il a tout pour devenir un grand peuple et il le sera. Il veut être libre et l’a démontré en réservant une salve d’applaudissements au président Obama en visite récemment à Cuba alors que ce dernier déclara : « Les électeurs devraient pouvoir choisir leur gouvernement dans des élections libres et démocratiques ».  

La société cubaine deviendra une des plus dynamiques des pays espagnols des Amériques.

Puerto Rico, demain ?

Au référendum de 1992 sur l’avenir de Puerto Rico, 61% des portoricains ont voté en faveur que leur île devienne le 51ième état des USA, 33,5% ont opté pour une Association libre et 5,5% ont voté pour l’indépendance totale.

Une chose est devenue évidente, le « statu quo » du Commonwealth actuel ne fonctionne plus, même rehaussé, car il ne peut plus maintenir une saine économie ni modérer le flot d’émigration hors Puerto Rico.

Comparée à Cuba, Puerto Rico est beaucoup plus développée. Elle est moderne et a tous les atouts des meilleurs centres américains. Elle est une île enchanteresse, traversée par la chaine des Andes et limitrophe, au sud, à la mer des Caraïbes et au nord à l’Atlantique. De beaucoup plus petite, elle est un paradis pour les vacanciers. Ses plages sont magnifiques, son industrie hôtelière de grande qualité et elle est située à proximité des îles vierges.

Cependant sans industrie majeure, sauf le tourisme qui injecte 7 milliards par an, elle peut difficilement survivre. Avec la levée de l’embargo cubain, il est probable que le niveau du tourisme sera affecté pour quelques années. Si Puerto Rico avait un statut d’indépendance, ce serait le désastre car elle manquerait d’outils pour se soutenir. Actuellement ses citoyens sont américains et bénéficient de services personnels importants à cause de ce fait.

Le paysage linguistique portoricain est espagnol. L'État libre associé de Porto Rico jouit actuellement d'une grande autonomie politique, culturelle et linguistique. Cette situation est accentuée par son caractère insulaire. Porto Rico n'est pas soumise à de fortes doses de bilinguisme institutionnel pour les affaires intérieures, ce qui lui assure des frontières linguistiques assez sécurisantes et quasi imperméables. Devenant un État américain, une nouvelle réalité sociologique s’implanterait. Elle deviendrait bilingue.

Il me semble inévitable que dans quelques années, Puerto Rico deviendra enfin un État américain et Cuba sera toujours un pays vraiment indépendant.

Claude Dupras 

NB. Quatre mois après son entrée à la Havane, le 26 avril 1959, Fidel Castro répond à l'invitation de Claude Dupras, président de la Chambre de Commerce des Jeunes du district de Montréal, à l'occasion de la campagne de jouets pour les enfants de Cuba et vient à Montréal pour deux jours. (Photos et récits de la visite : http://www.claude.dupras.com/fidel_castro_à_montréal.htm).


 
 

mercredi 16 mars 2016

La "droite melting pot" des USA

On entend beaucoup parler de la droite et de la gauche en politique. Particulièrement ces temps-ci, avec les élections pour le choix des candidats des deux grands partis américains à la présidence des États-Unis. J’ai pensé faire le point, particulièrement sur la notion de droite, pour aider mes lecteurs dans l’analyse des nombreux discours qui émanent chaque jour sur nos ondes, surtout ceux du parti républicain grâce la préséance qui lui est accordée par les médias à cause de la candidature de Donald J. Trump. Une recherche sur Wikipédia m’a permis de préciser mon texte qui je l’espère sera utile à mes lecteurs.

La notion de droite et de gauche en politique nous vient de la révolution française de 1789. Elle avait rapport à la situation des sièges des députés au parlement. Ceux qui étaient assis à droite étaient des supporteurs de la monarchie. Les opposants étaient à gauche. C’est surtout après 1815, avec la restauration de la monarchie, que les ultra-royalistes furent qualifiés de l’expression la droite. Puis, avec le temps, les politiciens de droite devinrent ceux qui appuyaient la hiérarchie, la tradition et le cléricalisme en réaction contre les autres qui étaient la gauche. À partir du XXe siècle, les pays anglophones ont utilisé ces termes pour définir les tendances idéologiques de leurs partis politiques.
Puis, avec le développement de l’économie, les classes sociales se formèrent et l’influence de la noblesse et de l’aristocratie diminua pour faire place au capitalisme. La droite devint la réunion des conservateurs, des monarchistes et des réactionnaires. La gauche, de son coté, ralliait les défenseurs des droits du peuple.
Avec le temps la droite se divisa en 5 catégories : réactionnaire, modérée, radicale, extrême et nouvelle. 
La droite réactionnaire regarde vers le passé et est aristocratique, religieuse, autoritaire.
La droite modérée est tolérante au changement s’il est graduel et accepte certains aspects du libéralisme dont la domination de la loi et du capitalisme. Elle considère l’individualisme comme malsain pour la société. Souventes fois, elle fait la promotion du nationalisme et de politiques d’assistance sociale.
La droite radicale est une attitude d'esprit intransigeant et sa doctrine est celle de ceux qui recherchent une rupture complète avec le passé institutionnel et politique.
La droite extrême a quatre traits dominants : antidémocrate, nationaliste, raciste et exige une État fort. Par exemple, les partis communistes en Russie, en Chine et ailleurs, le mouvement fasciste de Mussolini et celui des défenseurs de la suprématie de la race d’Hitler.
La droite nouvelle est composée de conservateurs à tendance libérale qui veulent de petits gouvernements, des marchés libres et le respect des initiatives individuelles.
La distinction entre un parti de centre-droit et un parti d’extrême droite est forte. Le premier appuie la démocratie libérale, le capitalisme, l’économie de marché, les droits à la propriété privée, et une assistance sociale limitée pour l’éducation et les soins de santé. Il supporte le conservatisme et le libéralisme économique mais s’oppose au socialisme et au communisme. L’extrême droite favorise un gouvernement super fort utilisant les pouvoirs de l’état pour appuyer le groupe ethnique dominant et sa religion tout en criminalisant les autres groupes ethniques et leurs religions.
La droite rejette souvent les objectifs d’égalité de la gauche. Cela vient de ses grands penseurs du passé, qui l’ont petit à petit définie. Pour ces derniers, les inégalités sociales et économiques étaient naturelles, inévitables et bénéfiques pour la société qui pour être civilisée nécessite l’ordre (le premier parti de droite français se nommait « le parti de l’ordre ») et des classes sociales. Ils affirmaient : « les hommes sont égaux devant Dieu et les lois, mais inégaux pour le reste; la hiérarchie est naturelle et le privilège est la récompense d’un service honorable » (on se penserait aux USA), ou encore « Les hommes furent créés pour être différents et un gouvernement qui ignore cette loi est injuste car il sacrifie la noblesse pour la médiocrité ». Ils « rejetaient l’égalité des hommes car elle minait le mérite personnel, l’initiative et l’entreprise ». Pour eux, il était « injuste de limiter l’initiative personnelle car cela mènerait à l’uniformité sociale et à la médiocrité ». En somme, ils favorisaient la stratification sociale.   
Aux USA, le parti républicain, c’est la droite melting pot. Contrairement à d’autres pays où plusieurs partis politiques représentent chacun un volet différent de la droite, au États-Unis toute la droite est réunie sous un seul chapiteau et deux courants l’animent : le conservateur et le modéré. Chacun a plusieurs factions.
Le courant conservateur regroupe les conservateurs fiscaux, les conservateurs sociaux, la droite religieuse, les patriotes (les nationalistes), les libertariens (partisans d’un état fédéral réduit au minimum), les state’s right oriented (partisans du transfert des compétences du fédéral aux États), les néo-conservateurs (universitaires et intellectuels qui prêchent l’unilatéralisme américain mondial), les paléo-conservateurs (isolationnistes et protectionnistes).
Le courant modéré rassemble les centristes (fiscalement conservateurs), les progressistes (idées politiques et sociales avancées), les républicains de la Nouvelle-Angleterre et ceux de Nelson Rockefeller.
Le parti républicain est surtout proche du monde des affaires et par conséquent compte peu de soutien chez les syndicats. Il considère que seul le Congrès doit légiférer et c’est pourquoi il s’oppose à une interprétation de la constitution par la Cour Suprême, comme ce fut le cas sur le droit à l’avortement. Par contre, il veut que les juges de cette cour protègent les droits des citoyens contre l’abus du pouvoir. Il les choisit suivant leur tendance politique passée afin que leurs jugements soient conformes à la pensée générale du parti.
Le parti républicain est hostile à un système de sécurité sociale universel comme au Canada. Il défend un système de santé individuel, une fiscalité modérée, une intervention minimale de l’état dans l’économie, une sécurité sociale gratuite mais limitée pour les plus âgés et les plus démunis…
Le président Reagan a bien défini ce qu’est le parti républicain dans son discours inaugural de 1981 : « dans les temps de crise, le gouvernement n’est pas la solution à vos problèmes, mais est le problème ».   
Le parti républicain veut de l’ordre, s’oppose à réintégrer des immigrants illégaux, réclame une force militaire forte et le droit de chaque individu à posséder une arme, veut minimaliser les taux d’impôts en diminuant les dépenses gouvernementales et balancer le budget. Pour ce parti, les hommes sont égaux et pour réussir, il faut travailler, sinon « ne vous plaignez pas car votre situation est votre responsabilité et, si vous ne réussissez pas, arrangez-vous avec vos troubles car c’est votre faute ». Il récompense le mérite personnel, l’initiative et l’entreprise. Tout cela, nonobstant les conséquences trop souvent négatives sur les besoins des moins nantis de la population.
Il favorise l’intervention du gouvernement pour voter des lois appuyant les « valeurs religieuses ». Il s’oppose à l’avortement, à la contraception, aux mariages homosexuels... Il rejette les positions scientifiques sur l’évolution, la science si elle est en désaccord avec les enseignements judéo-chrétiens, etc…
La droite melting pot ne reconnait pas les problèmes dus aux changements climatiques et les qualifie d’ « invention socialiste ». Le sénateur Ted Cruz, un des candidats favoris à la présidence au congrès du parti républicain du 8 novembre prochain, a promis de déchirer le document de l’entente sur l’environnement COP21 de Paris, signé par 200 pays, s’il devient président en 2016. Elle rejette une politique d’immigration pour réintégrer les hispaniques entrés illégalement au pays. Elle favorise une politique étrangère unilatéraliste et idéaliste cherchant à imposer la démocratie ailleurs, comme en Irak, en Afghanistan et en Syrie. Elle craint les musulmans…
Lorsqu’on écoute les discours des candidats républicains actuels à la présidence on réalise qu’ils collent aux principes énoncés précédemment.
Le membership du parti républicain réside principalement chez les riches, les hommes d’affaires, les blancs, les couples mariés avec enfants, les banlieusards, les ruraux et les chrétiens.
Le parti républicain a aussi un establishment fort. C’est un groupe non clairement défini composé de gens puissants (élus, ex-élus, riches contributeurs, penseurs…) qui agissent pour défendre leurs privilèges. Dans la présente course, le candidat Trump attaque, avec raison, ce dernier prétextant qu’il influence l’adoption des lois sur la base de contributions financières des intéressés et non dans l’intérêt du pays. Trump, qui mène une campagne pour gagner, approche de son but. Il se voit soudainement menacé par John Kasich, devenu le candidat de l’establishment, qui vient de remporter sa première victoire dans l’État de l’Ohio où il est gouverneur. Trump craint ainsi ne pas réussir à obtenir une majorité de délégués avant la convention ce qui favorisera le jeu de coulisses par l’establishment pour le battre sur le plancher de la convention, nonobstant le fait qu’il aura obtenu le plus de votes lors des primaires. Belle démocratie !
Qui veut joindre les rangs du parti républicain ?  Moi, NON.

Claude Dupras

vendredi 14 décembre 2012

Rêver sans être ridicule

C’est une vidéo recommandée par un ami qui m’a fait connaître TED. Plus précisément, elle rapportait la conférence du biologiste et neurobiologiste français Laurent Alexandre donnée au TEDxParis tenu à l’Olympia de Paris, le 6 octobre dernier. Le visionnement m’a vraiment secoué de ma torpeur quotidienne et j’ai fouillé internet pour mieux comprendre TED. Ce billet résume ce que j’ai trouvé. Certains diront que je suis en retard. Eh, oui ! Mais mieux vaut tard que jamais, d’autant plus que je ne suis pas seul.

En Californie, l’architecte et designer graphiste Richard Saul Wurman, dédia sa vie à rendre facile la compréhension de toute information accessible. Lui qui a toujours su fréquenter des hommes et des femmes brillants, tels Jonas Salk, Louis I. Kahn, Steve Jobs… a pensé créer, en 1984, une conférence réunissant de tels personnages. C’est TED (Technology, Entertainment, Design).

Les conférenciers à TED sont des personnages géniaux tels que chercheurs du MIT, futurs prix Nobel, philosophes, cosmologues, politiques, illustres illuminés, environnementalistes et autres qui viennent à tour de rôle présenter des idées de leur cercle fermé à un plus grand nombre par des discours bien calibrés où la brillance des idées est primordiale. Ils visent à émouvoir et à bousculer. Chaque TED est un vrai safari mental rempli d’émotions incessantes.

L’intervenant doit savoir raconter une histoire, monter sur scène, électriser les gens, les transporter et les amener dans un voyage vers un domaine qu’ils ignorent. Il y a un contrat implicite entre l’intervenant et le public. Celui-ci promet d’accorder toute son attention pendant 18 minutes (la durée maximale de toute conférence). L’intervenant est concentré et donne le meilleur de lui-même pour faire le discours de sa vie, selon l’exigence de Wurman.

Chaque conférence par ses moments intéressants à caractère excitant, cosmologique, familial, encourageant vise à inspirer les auditeurs qui y viennent pour apprendre. C’est comme, disent les participants, des cours de facultés universitaires à 3 000 km/h où votre vie peut basculer en 10 secondes.

Les 1 200 places disponibles, pour l’évènement de trois jours qui se tient à Monterey, s’arrachent à 6 000$ chacune. Les patrons d’entreprises, dont plusieurs ont déjà été conférenciers comme Bill Gates de Microsoft, y viennent accompagnés de leurs principaux dirigeants, penseurs et chercheurs afin d’épier les meilleures idées nouvelles possiblement transformables en projets novateurs à portée mondiale. Ces trouve-tout du business world savent qu’ils entrent dans un oasis intellectuel où se trouvent des perles rares. À TED, les rats de bibliothèque sont vénérés comme des dieux par les nouveaux maîtres du monde.

TED en Californie fut longtemps un secret bien gardé de la Silicon Valley. Mais depuis quelques années, les conférences TED fleurissent de par le monde sur le modèle de celle de Monterey. Tout comme celle de Paris qui en est à sa troisième année, TEDxMontréal s’est tenue le 5 mai 2012 au Monument National et fut organisée indépendamment de TED mais grâce à une licence avec ce dernier et selon ses directives. La conférence mondiale à thèmes internationaux TEDGlobal se tient annuellement à Edimbourg, Écosse.

Toutes les conférences TED sont enregistrées, traduites et plus de 1 400 sont actuellement disponibles dans plusieurs langues sur le site TED.COM. C’est une vraie université d’idées puissantes, capables de changer les attitudes, les vies et éventuellement le monde.

TED est aujourd’hui une communauté de personnes de toutes disciplines et cultures qui recherchent une meilleure compréhension du monde.

Claude Dupras

PS. Les 20 conférences de TEDxParis données à l’Olympia de Paris le 6 octobre dernier peuvent être visualisées à l’adresse internet http://www.youtube.com/watch?v=PAXVpN5GdSs. Je recommande particulièrement celle de Laurent Alexandre qui nous démontre que certains de nos jeunes vivront 1 000 ans. Il faut visualiser et écouter aussi les autres qui sont plus intéressantes et surprenantes l'une que l'autre.