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samedi 28 février 2015

La France, le Québec et la laïcité


Éric Zemmour, essayiste, journaliste et polémiste français, a écrit un livre qui connaît actuellement un succès extraordinaire en France, « Le suicide français ». Je viens tout juste d’en terminer la lecture et il m’a appris pourquoi la France d’aujourd’hui n’est pas la France d’hier. Il raconte l’histoire totale d’une déconstruction joyeuse, savante et obstinée des moindres rouages qui avaient édifié la France. Je le recommande fortement.
J’ai pensé traiter, à ma façon, d’un de ces rouages concernant la venue des maghrébins en France et ce qui en a découlé depuis leur immigration massive. J’y vois une situation similaire au Québec.
En 1905, la loi sur la laïcité est adoptée en France. Elle affirme que la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes.
Elle établit les règles sur la séparation des Églises et de l’État. Dans les écoles, entre autres, elle ne s’adresse pas aux élèves mais aux professeurs qui doivent maintenir la neutralité religieuse.
En 1958, la nouvelle constitution française précise la laïcité : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.
Jusqu’en 1970, les prénoms des enfants sont français conformément à un calendrier contrôlé par le préfet, comme dans la Rome des romains. Ainsi Fatima pouvait être soit Catherine, Nathalie ou Françoise mais pas Fatima. Yehudi pouvait être Jean-Jacques, Charles ou Nicolas mais pas Yehudi. Et cela s’appliquait aussi aux enfants des nouveaux venus, arabes ou juifs maghrébins.
En septembre 1989, il y a à peine 26 ans, les Français sont sidérés. Ils ne savent pas comment appeler le voile : un tchador, un foulard, un morceau de tissu, un fichu… Deux étudiantes de 13 ans et 14 ans viennent d’être renvoyées d’un collège pour avoir refusé de l’ôter pendant les cours. L’évènement prend une ampleur nationale puis internationale. La gauche prend la défense des gamines. Une manifestation a lieu à Paris contre l’interdiction. Le PM Rocard et le ministre de l’éducation Jospin ne tranchent pas. Le Conseil d’État élabore une doctrine balancée qui concilie laïcité et liberté individuelle. Les juges du Palais-Royal estiment que « le port du voile islamique est compatible avec la laïcité s’il n’y a pas de menace pour l’ordre ou le fonctionnement normal de l’enseignement. Le Ministre met ses pas dans ceux des juges et publie une circulaire à cet effet.
Quelques années plus tard, en 1993, François Bayrou, le centriste devenu ministre de l’éducation, revoit la circulaire et fait la distinction entre signes religieux ostentatoires interdits et les autres autorisés. De plus, la loi est changée et dorénavant, les prénoms des enfants sont choisis par ses père et mère.
En 1996, la Cour Européenne des droits de l’homme confirme et décrète que : ..le prénom est un moyen d’identification… il revêt un caractère intime et affectif pour les parents et relève de la sphère de la vie privée. En fait, plusieurs y voient là, le passage de l’assimilation au multiculturalisme.  
En 2004, après 15 ans de tergiversations, le président Chirac ose interdire le voile islamique à l’école, faisant semblant d’inclure dans sa législation les croix trop visibles et les calottes portées par les enfants juifs. Personne n’est dupe ». Il croit que le pouvoir législatif ajouté à celui du judiciaire est en mesure de régler la question. Mais ce ne sera que deux grand coups d’épée dans l’eau car ces décisions ne respectent pas les règles de la loi sur la laïcité.
Le débat porte aussi sur le droit des femmes. Les grand-mères ont toujours eu dans le passé des fichus pour cacher leurs cheveux, traces de la passion érotique des méditerranéens. Pour plusieurs, la liberté et la dignité de la femme sont bien plus méprisées par la pornographie, la publicité et le cinéma.
En réalité, Chirac recherche l’assimilation. Par exemple, une règle non écrite mais respectée fait en sorte que les jeunes juifs doivent ôter leur kipa de leur tête et ranger leur étoile de David sous la chemise puisque toute manifestation de tout signe religieux est interdite dans l’espace public.
En 1980, cette pratique est abandonnée au bénéfice du Moi tout-puissant et de sa liberté individuelle. Les musulmans s’engouffrent alors dans leur société pour utiliser leur religion comme un manifeste identitaire leur permettant de retrouver une certaine puissance et une autonomie politique.
Pendant ce temps, la France ne se rend pas compte qu’elle perd la guerre du halal. Dans les quartiers, où la population musulmane devient majoritaire, cette dernière impose sa culture et son culte. Elle islamise tous les domaines de l’existence. Les boucheries halal se multiplient. Les mamans demandent des viandes halal à la cantine scolaire. Certaines matières de l’enseignement sont récusées comme le darwinisme, les croisades, la Shoah, Voltaire, l’infidèle Mme Bovary.. Le ramadan doit être respecté à l’école, les jeunes filles rabrouées par leur grand frère même si elles sont décemment habillées, etc… C’est une islamisation par le bas. Quelques décennies plus tard, après le regroupement familial, les émeutes, les marches, la sortie forcée des Français de certains quartiers, l’affaire des filles voilées, etc… la France en sort bouleversée. Plus elle s’oppose, plus elle est accusée de manque de bonne volonté et de racisme par les jeunes immigrés.
En fait, au nom de la liberté, une société totalitaire s’est instaurée dans la société française. Au nom des droits de l’homme, une nation dans une nation s’est érigée. La France est devenue multiculturelle. Depuis, elle s’adapte difficilement, veut, veut pas. Et tout ça, malgré sa loi sur la laïcité.
Aujourd’hui, au Québec, nous sommes au point où était la France avant 1905 et en 1958. On débat pour savoir si oui ou non notre Assemblée Nationale doit voter une loi de la laïcité. Pour plusieurs, c’est la solution à leur peur démesurée face au nombre croissant de musulmans dans notre société. D’autres affirment aussi qu’elle assurera l’égalité homme et femme. Pour un bon nombre, ils veulent imposer leur conviction athéiste. Tous donnent en exemple la loi de la laïcité de la France sans vraiment connaître son impact réel, son efficacité et sans avoir une démonstration concluante qu’elle a atteint ses objectifs.

Claude Dupras

dimanche 16 janvier 2011

La « révolution du jasmin » annonce un nouvel avenir arabe

Face à des conditions économiques difficiles, à la corruption et à la répression policière, les jeunes Tunisiens et Tunisiennes ont réussi à chasser le dictateur de leur pays et à créer un espoir nouveau pour leur avenir.

Suite à ces évènements extraordinaires, j’ai reçu un message d’un ami maghrébin. Berbère, économiste éduqué dans les écoles françaises de son pays, en France et aux USA, ancien haut fonctionnaire, il me donne son appréciation de la révolte tunisienne, « la révolution du jasmin », et de ses implications futures sur l’ensemble des pays arabes.

Étant donné la conjoncture politique internationale en rapport avec l’islamisme, ses propos me donnent confiance que des changements majeurs s’annoncent au Maghreb et au Moyen Orient. Et pour le mieux. Je crois que ce message important devrait être lu par mes lecteurs et je m’empresse d’en faire le billet du jour de mon blog.

Claude Dupras

Cher ami,

Qui aurait pensé, quelques semaines auparavant, qu'un petit peuple arabe, allait donner une leçon au reste du monde arabe. Pour la première fois dans l'histoire moderne du monde arabe, les foules tunisiennes ont réussi l'impossible en chassant le dictateur le plus féroce de tout le monde arabe, sans tirer un seul coup de feu.

Mais réflexion faite la Tunisie était en réalité la seule nation arabe capable d'un fait historique comme celui-là.

Depuis très longtemps, je pensais que le peuple tunisien était complètement « soporisé » depuis la période de Bourguiba et avec bien entendu l'appui sans faille de la France et des USA. Mais j'avais oublié qu'après tout ce même peuple a été la seule force réelle contre même l'empire romain, avec Carthage. Durant l'âge d'or de l'empire musulman, la Tunisie avait aussi créé une des plus grandes universités du monde arabe, la mosquée de la Zitouna. Et, finalement, la Tunisie a tout de même été le premier pays de l'Afrique du nord à se révolter contre le colonialisme français en 1954.

Contrairement à la description médiatique du monde arabe islamiste, la Tunisie a une fois de plus démontré que le monde arabe n'est pas ce que les mass-médias occidentaux veulent nous faire croire mais tout de même un peuple musulman, il est vrai mais qui veut après tout rejoindre le reste de l'humanité dans sa lutte contre l'injustice, la pauvreté et surtout le pouvoir dictatorial de la police et des forces armées.

À mon avis, la Tunisie vient de donner une gifle à tous les régimes politiques arabes de l’Arabie saoudite en passant par l'Egypte, la Lybie et l'Algérie. Je crois que le monde arabe vient de commencer une nouvelle page de son histoire présente et future. De plus, je suis convaincu que tous les régimes politiques arabes n'arrivent plus à dormir tranquillement après ce qui est arrivé au président tunisien. Le prochain régime politique a subir les conséquences de ce tsunami politique tunisien sera sans aucun doute celui de l'Algérie. Ensuite nous verrons la chute du régime égyptien de Moubarak, en passant par les régimes Libyens, Syriens et finalement les régimes saoudiens.

En conclusion, je crois et je souhaite surtout que les événements politiques en Tunisie viennent de lancer en fait une nouvelle renaissance de tout le monde arabe, qui en a drôlement besoin avec l'évolution rapide du reste du monde.

Ton ami….

jeudi 13 janvier 2011

Facebook sauvera-t-il le Viêtnam ?

Tout ne tourne pas rond dans la péninsule vietnamienne au moment où, cette semaine, le parti communiste du pays tient son congrès politique pour planifier les politiques des cinq prochaines années et choisir ses nouveaux dirigeants pour cette période.

Depuis ma visite au Viêtnam, en mai et juin derniers, où j’ai été témoin à Hanoi de l’arrestation de la jeune avocate Lê Thi Công Nhân, porte parole du mouvement indépendantiste, j’ai continué à m’intéresser à ce pays.

Mes informations sont à l’effet que la répression contre ceux qui réclament la liberté de parole dans le pays s’est accentuée avec la tenue du congrès. La police de sécurité est devenue très active et fait brutalement pression sur tous les activistes connus pour qu’ils arrêtent leurs actions contestataires. Seize blogueurs ont été écroués comme de vulgaires malfaiteurs. Trois journalistes demeurent en prison alors que d’autres se disent suivis par des policiers en civil qui scrutent chacun de leurs gestes.

Devant le refus de compagnies de services internet publiques d’installer des logiciels capables de suivre les activités de certains sites et des individus qui les utilisent, les réseaux sociaux sur Internet, dont Facebook, ont été fermés par le gouvernement. Ce dernier veut réduire au silence les jeunes vietnamiens, et les moins jeunes, qui utilisent ces réseaux pour se renseigner et faire part des abus aux droits de la personne dont ils sont témoins, de la corruption qu’ils découvrent et des restrictions constantes sur la liberté de parole qu’ils vivent. Le gouvernement ne réussit que partiellement à faire taire la révolte grandissante car les internautes trouvent d’autres moyens pour partager leurs constatations et leurs misères. Ils utilisent des outils de contournement pour se reconnecter à Facebook.

L’avenir immédiat ne s’annonce pas plus rose pour les Vietnamiens et les Vietnamiennes car les candidats au poste de nouveau secrétaire général (l’homme fort) du parti communiste sont des conservateurs endurcis à la mode chinoise et contre toute réforme politique. Il semble que le premier ministre actuel Nguyen Tan Dung est le favori.

Mais le futur gouvernement n’est pas sorti du bois et on peut compter que les critiques n’iront qu’en augmentant. Ce ne sera pas « business as usual ».

En effet, de nombreuses élites urbaines attaquent les ententes économiques de leur pays avec la Chine qui a toujours été considérée comme leur ennemi naturel. C’est la concession d’une mine de bauxite au centre Vietnam, évaluée à plusieurs billions $ qui a fait débordé le vase. Les activistes pro-démocratie ont réagi vivement contre cette décision tout comme des polytechniciens dont Pham Minh Hoang, toujours en prison à cause de cela, et même l’intouchable et fameux général Giap, héros de l’indépendance et de la guerre contre les USA.

De plus, l’inflation galope. Elle se situe à 11% et affecte disproportionnellement les pauvres qui grognent tout comme le font un très grand nombre de fermiers évincés de leurs terres, durant les dernières années, pour faire place au développement rapide. Le nombre de grèves augmente dans les usines fabricantes de produits dédiés à l’exportation. Les écologistes s’élèvent contre la pollution industrielle.

Il y a aussi le secteur des entreprises d’état qui attire les reproches. Subventionnées démesurément par le pays, leur performance n’est pas à la hauteur des attentes. Vinishin, constructeur naval, est au bord de la faillite avec une dette de 4,5 billions $. Les activistes affirment que les entreprises de ce secteur ne favorisent financièrement que les gens du parti communiste et ceux qui gravitent autour de lui, alors que les citoyens de classe moyenne et plus pauvres subissent l’augmentation des prix et la diminution des emplois.

Tenant compte des difficultés dans ce secteur, de l’inflation qui s’accélère, d’un risque de crise de la balance des paiements et de l’affaiblissement du secteur bancaire, les agences de notation financière Standard & Poor’s et Moody’s ont baissé, il y a un mois, la note de la dette à long terme du Viêtnam qu’ils soulignent être sous l’effet de très importantes difficultés financières.

Les pronostics sont que l’économie Vietnamienne peut devenir la 14ième plus importante au monde. C’est quand même extraordinaire qu’un pays qui était près de la famine, il y a à peine 25 ans, en soit rendu là. La pauvreté a été réduite par dix. Le parti communiste vietnamien a imité la Chine et décrété la réforme de l’économie de marché. Ce faisant, plusieurs pays comme le Canada l’ont aidé et, grâce au capitalisme, le Viêtnam a connu une évolution économique vertigineuse qui a permis au parti communiste de maintenir son pouvoir suprême.

Mais la réalité nouvelle pointe à l’horizon. Les critiques sont de plus en plus nombreux et traitent de plus en plus de sujets. Les Vietnamiens veulent mieux vivre et améliorer leur qualité de vie, avoir de bonnes écoles, de grandes universités, maintenir leurs emplois, de meilleurs salaires, assurer un meilleur partage des richesses, être libres de parler et de choisir leurs dirigeants politiques, etc. Ils réclament plus de transparence dans les affaires de l’état afin qu’eux et les entreprises de l’extérieur y voient clair. Seule la démocratie peut leur donner cela et les Vietnamiens le ressentent de plus en plus grâce aux réseaux sociaux d’Internet. Ils ont faim d’en savoir plus.

Facebook, tout comme d’autres réseaux similaires, est l’outil par excellence pour répandre les notions de liberté partout. Et le jour où le Viêtnam basculera vers la liberté, il sera intéressant de déterminer la part que les réseaux sociaux d’internet auront jouée.

Claude Dupras

mardi 4 janvier 2011

Oh! Là! là! Lula

En 2009, le journal « le Monde » le nomme personnalité de l’année. En 2010, la revue américaine « Time » le qualifie de dirigeant le plus influent du monde. Pas mal, pour un homme né dans la pauvreté et la misère, d’une famille de 8 enfants, qui grandit sans père, quitte l’école à 10 ans pour aider sa famille à survivre en devenant cireur de chaussures, vendeur de cacahuètes, tourneur dans une usine d’automobiles pour être finalement ouvrier métallurgiste. On l’a connu comme Lula, président du Brésil.

Son nom exact est Luiz Inacio Lula da Silvaaudio. Le 1er janvier 2011, il a quitté son poste, obligatoirement à cause de la constitution brésilienne qui limite tout président à deux mandats, et a remis ses charges à son successeur Dilma Rousseff, son chef de cabinet depuis les cinq dernières années et ex-ministre. Elle est la première brésilienne à accéder au faîte de la nation.

Lorsque Lula fut élu, en 2002, président de la cinquième plus grosse nation du monde, je doutais de son succès. Je ne voyais pas dans le résumé de sa biographie l’expérience requise pour diriger un pays qui souffrait tant malgré son potentiel exceptionnel. Encore une fois, j’ai compris qu’il ne faut pas se fier aux apparences !

Dans les années ’60, les travailleurs brésiliens sont mal payés et ne profitent pas de la croissance économique que connaît leur pays. Cela offusque Lula. Petit à petit, il se radicalise. Bon tribun, il joint un syndicat de métallurgistes pour faire avancer les choses. Quelques années plus tard, à ses 30 ans, il est élu président du syndicat. Il réinvente les grandes manifestations publiques délaissées à cause de la dictature militaire du pays des 10 années précédentes. Il se retrouve vite en prison. Après cinq ans d’actions spectaculaires, il quitte le syndicalisme pour la politique, crée le « parti des travailleurs » et le situe à l’extrême gauche. En 1982, il est défait aux élections au poste de gouverneur de l’État de Sao Paulo. Il est finalement élu député fédéral en 1986.

En 1988, la constitution brésilienne est modifiée. Un régime présidentiel et le suffrage universel sont instaurés.

En 1989, Lula se présente sans succès à la présidence. En 1994, il se présente à nouveau mais n’obtient que 27% des suffrages. En 1998, l’économie a repris et il est candidat à nouveau, mais est battu à cause de son discours trop radical. L’establishment a peur de lui.

Le 27 octobre 2002, l’autodidacte Lula est finalement élu et devient le premier président de gauche du Brésil. Pour ce faire, il a modifié son discours. Il a proposé des idées neuves comme la conciliation et la négociation avec « le grand capital », le respect des engagements internationaux du Brésil, la stabilité, le maintien des acquis, l’urgence sociale. En somme, une révolution tranquille. 61% des Brésiliens lui ont fait confiance.

Il hérite d’un pays endetté jusqu’à la moelle et dès son accès au pouvoir, il surprend en ne remettant pas en question les contraintes budgétaires de son prédécesseur ni les directives du FMI. Malgré son passé trotskiste, il opte pour l’économie du marché afin d’attirer les investissements. En 2004, les objectifs du FMI sont satisfaits et les Brésiliens respirent à nouveau. La croissance revient et le chômage diminue. Lula combat la faim et la pauvreté.

En 2005, la fièvre aphteuse bovine coupe dans l’exportation de la viande brésilienne. La corruption et la violence amplifient.

En 2006, malgré une campagne électorale pour le salir, Lula est réélu pour un deuxième mandat sur la promesse que « les pauvres seront traités comme des êtres humains ». Vite, il débloque 2,5 milliards $ dédiés à améliorer la qualité de vie dans les favelas via de meilleures infrastructures : égouts, aqueduc, asphaltage, salubrité… Nonobstant l’opposition du pape Benoit XVI et des menaces d’excommunication, Lula favorise la légalité de l’avortement. Il décrète, malgré l’opinion des généraux, un programme national des droits de l’homme.

Lula a quitté la présidence avec un appui total des Brésiliens et un respect international remarquable. Tous ont reconnu en lui un grand chef politique.

Il était devenu le chef de file des pays de l’Amérique latine et a redonné une nouvelle vigueur à leur économie en favorisant une reprise en main par chacun de leur destin en contrepoids de l’influence américaine.

Sa critique de la mondialisation, son idée de créer un fonds mondial contre la pauvreté, sa dénonciation des paradis fiscaux ont fait de lui un champion sur la scène mondiale.

Il a créé un espoir véritable chez les Brésiliens qui croient toujours en ses objectifs déjà en grande partie accomplis : faim zéro, éducation pour tous, réforme agraire et lutte contre la pauvreté.

Avec Lula, le Brésil est devenu un des grands pays du monde.

Comment ne pas être admiratif devant un tel homme politique. Un autodidacte qui a démontré qu’au manque d’éducation on peut suppléer une grande intelligence et accomplir des choses remarquables. C’est Lula !

Claude Dupras

dimanche 15 août 2010

Le capitalisme a sauvé le parti communiste vietnamien

Depuis mon voyage de juin dernier au Vietnam, je suis profondément touché par le sort des Vietnamiens et Vietnamiennes qui réclament la liberté d’expression dans leur pays.

Hier, j’ai pu, finalement, parlé avec Mlle Lê Thi Công Nhân directement de sa résidence de Hanoi. Elle va bien. Elle m’a appris que le jour où je l’ai rencontrée au « Highland café » de Hanoi, alors que je fus témoin de son interpellation par la police secrète du gouvernement communiste de son pays, qu'elle a été effectivement arrêtée et trainée vers la prison où elle a été retenue jusqu’à tard dans la soirée. Depuis, elle a regagné son domicile où elle est assignée obligatoirement pour les trois prochaines années. Les seules sorties qui lui sont permises sont pour l’achat de nourriture et de produits de première nécessité. Elle n’a pas le droit de travailler (elle est avocate) ni de circuler hors de la maison. Nonobstant cette situation déplaisante, elle maintient un bon esprit et espère que sa voix et celle de ses compatriotes qui veulent une démocratie pour le Vietnam soient entendues.

Nous avons parlé durant plus d’une heure et notre conversation sera retransmise sur les ondes de radio Viet Tan dans le pays. C’est une personne intelligente, engagée, persuasive, bien renseignée et surtout convaincue de la nécessité de continuer son travail. Elle est prête à faire le sacrifice de sa vie pour la liberté de son peuple.

Alors que d’autres personnes sont toujours dans les prisons Vietnamiennes, simplement pour avoir réclamé la liberté de parole sur les affaires du pays, les pays occidentaux agissent comme si de rien n’était, sauf pour quelques mots, de temps en temps, pour décrier cette situation comme les propos récents d’Hillary Clinton, secrétaire d’état américain. Malheureusement, une fois dit, c’est « business as usual ».

Le Canada est fortement impliqué au Vietnam. Le premier ministre vietnamien a été accueilli à Toronto lors du dernier G20. Le ministre des affaires étrangères du Canada a visité le Vietnam en juillet dernier. Le nombre d’étudiants Vietnamiens dans nos universités augmente rapidement car le Canada veut devenir pour eux une destination privilégiée d’études internationales. Notre pays aide l’agriculture et appuie la réforme économique. Il collabore à la réduction de la pauvreté et à l’amélioration des conditions de vie en milieu rural. Plus de 550 millions de $ d’aide ont été versés à ce jour par notre pays. Le commerce entre les deux pays croît rapidement et approche les 2 milliards de $ dont plus de 30% d’exportations canadiennes. Au point de vue investissement, le Canada est le cinquième investisseur au monde dans ce pays. De nombreuse négociations et rencontres bilatérales sont en marche dans plusieurs domaines dont le commerce, le juridique, le législatif et le judiciaire incluant la lutte contre la corruption. Nos sociétés privées sont à l’œuvre dans l’agriculture, l’agroalimentaire, la formation, l’industrie forestière, les technologies de l’information et des communications…

Que les choses ont changé depuis quelques décennies, alors que les boycotts se succédèrent ! On se rappelle celui des USA envers les Jeux Olympiques de Moscou pour raisons politiques; celui des pays occidentaux envers l’Afrique du Sud qui pratiquait l’apartheid; celui des USA, du Canada et d’autres versus la Corée du Nord suite à la guerre entre les deux Corée et qui continue; celui du temps du rideau de fer des pays d’Europe de l’est et celui de la Chine de Mao à cause du communisme; celui des USA envers Cuba qui perdure depuis 1959, etc…

Aujourd’hui, la Chine est devenue un collaborateur, un ami, un exemple. Pourtant c’est le même régime politique communiste qu’avant, sauf qu’il s’est ouvert à l’économie de marché. Rappelons-nous que suite aux refus des Soviets d’accorder la liberté économique aux peuples de l’URSS et des pays sous son joug, ces derniers se sont soulevés pour renverser leurs gouvernements, supposément indéracinables, en quelques mois.

Il me semble clair que les Vietnamiens auraient réagi de la même façon, si le parti communiste vietnamien avait suivi la politique de ses frères russes. Ce parti a eu l’intelligence de parer à un tel renversement en décrétant la grande réforme de l’économie du marché. Ce faisant, il a conservé le pouvoir et a attiré l’intérêt des pays occidentaux, comme le Canada, qui voient dans le nouveau Vietnam une place importante pour faire des affaires.

Il devient évident que c’est le capitalisme qui a sauvé les partis communistes de la Chine et du Vietnam.

Pendant ce temps, le peuple vietnamien, très occupé à gagner sa vie, ne critique pas le parti communiste au pouvoir craignant le système de terreur mis en place pour le faire taire, avec des lois arbitraires et imprécises qui briment ses droits humains les plus élémentaires.

Certes, le gouvernement du Canada critique quelque fois le gouvernement communiste Vietnamien, mais ce n’est que du bout des lèvres, beaucoup plus pour satisfaire la très active communauté canado-vietnamienne du Canada que pour régler le problème. Le Canada est plus intéressé à négocier un accord de protection et de promotion de son investissement que de sauver les innocentes personnes qui sont arrêtées pour avoir réclamer la liberté d’expression. Aucune de ses actions d’aide, de support ou d’affaires n’est conditionnelle à ce que les systèmes juridique et judiciaire accusatoire vietnamiens soient modifiés pour assurer la liberté d’expression et le respect des droits de la personne. Et le Canada n’est pas le seul à agir ainsi.

Lê Thi Công Nhân est un bel exemple de ce qu’est la liberté du vietnamien d’aujourd’hui. Plusieurs de ses collègues sont encore en prison et elle risque d’y retourner en persistant à continuer son action pour la démocratie dans son pays.

Il est temps que le Canada fasse sa part pour protéger les Vietnamiens et Vietnamiennes qui veulent s’exprimer publiquement et librement sur les affaires de leur gouvernement et la démocratie. Tout comme il a été un leader pour la chute de l’apartheid, il pourrait devenir un chef de file pour l’implantation d’une vraie démocratie au Vietnam.

Si la pression ne vient pas de l’étranger, la situation perdurera indéfiniment au Vietnam car la « gang » du parti communiste vietnamien est trop forte et emploie des méthodes quasi-staliniennes pour assurer sa main mise exclusive sur le pouvoir.

Claude Dupras

mardi 8 juin 2010

Le Vietnam, un État policier : Nouvelle arrestation de Lê Thi Công Nhân

Il est 17h00. C’est le 28 mai 2010. Je suis à Hanoi, au Vietnam. Je reviens à l’hôtel Moevenpick où nous logeons, mon épouse et moi, après avoir visité le musée de la littérature. J’aperçois dans la vitrine du « Highlands Coffee », qui est voisin de l’hôtel, une enseigne qui offre le « free wifi ». J’y vais seul pour lire mes emails, avec mon ipodtouch,

J’opte pour un fauteuil à droite de l’entrée du café près d’une grande vitre qui donne sur l’intersection des rues avoisinantes. Au moment où je m’installe, j’aperçois une jeune dame dans la trentaine qui semble convoiter le même siège. Je lui offre avec plaisir et elle me remercie avec un léger sourire. Je m’installe finalement au centre du café dans un fauteuil, face au bar. La jeune dame est à ma gauche, un peu en arrière de moi, et je dois tourner la tête et légèrement le corps pour l’apercevoir. Mais je l’oublie vite car je me concentre sur ce que me révèle mon ipod.

Une dizaine de minutes plus tard, quelqu’un touche à mon épaule. Je me retourne, c’est la jeune dame. Elle me donne vite une serviette blanche de papier pliée en deux et sans dire un mot retourne à sa place. Surpris, je la regarde, mais elle m’évite et son regard est fixé vers l’extérieur. Elle est petite, le visage un peu grassouillet et porte des verres noirs. Elle a un air intelligent, déterminé mais semble quelque peu préoccupée. Elle est calme.

Je déplie la serviette et y trouve un message écrit de sa main sur un mémo jaune. Je lis : « I’m Lê Thi Công Nhân. U can find (sth…) about me on Internet. I’m under house arrest now (3 years after 3 years in prison). The secret polices are around this coffee shop and I should be arrested again. Pls inform about this to US embassy, EU, Human Rights Watch. Thanks a lot.”

Stupéfait, je ne bouge pas, je glisse vite le mémo dans mon portefeuille. Je la regarde quelque peu mais elle m’évite toujours. Je n’ai jamais entendu parler de cette personne. Je décide de rester dans le café et attendre la suite des évènements. Je recherche par mon ipod qui elle est mais je ne trouve rien (je faisais une erreur avec son nom). Quelques minutes plus tard, trois jeunes hommes et une jeune fille habillés en civil, à l’allure policière, entrent dans le café et s’assoient, sans brouhaha, avec la jeune dame. Je les regarde brièvement. Ils engagent une conversation avec elle, mais elle semble ne répondre que par signes de têtes. Elle a l’air triste et demeure calme.

Que faire ? Au bout de dix minutes, je quitte le café et j’aperçois à l’extérieur au moins un autre policier en civil qui me suit de l’œil.

De retour à l’hôtel, je vérifie sur internet qui est Lê Thi Công Nhân. Google me dit: « Lê Thi Công Nhân est bien connue dans les milieux dissidents au Vietnam en tant qu’avocate au franc-parler pour les droits de l'homme. Elle a été interrogée par « Voice of America » et « Radio free Asia »: là et ailleurs, elle a appelé au respect des droits de l'homme dans son pays.

Arrêtée le 6 Mars 2007 par la sécurité de la police de Hanoi et jugée par la Cour Populaire de Hanoi le 11 mai 2007. Lê Thi Công Nhân a été condamnée à quatre ans d'emprisonnement, en vertu de l'article 88 du Code pénal, pour "propagande contre l'État » (le parti communiste). Sa peine fut réduite d'un an suite à un appel le 27 Novembre 2007, bien que sa peine supplémentaire d'assignation à résidence en liberté de trois ans n'ait pas changé.

Amnistie Internationale la considère comme une prisonnière d’opinion et a demandé alors sa libération immédiate et inconditionnelle.

Elle fut libérée le 6 mars 2010, après la fin de sa sentence, mais arrêtée à nouveau pour trois heures le 9 mars sous prétexte qu’elle avait violé les conditions de son assignation à résidence.
»

Je suis le seul qui sait qu’elle vient d’être arrêtée à nouveau. Dois-je avertir immédiatement les gouvernements ou organismes tel qu’elle me le demande dans son mémo ? Je m’informe auprès de personnes locales sérieuses et on me conseille de ne rien faire pour l’instant car cela pourrait me créer des embêtements avec le gouvernement Vietnamien puisque je serai encore huit jours au Vietnam et de n’en parler à personne car le parti a ses informateurs, qu’ils soient guides, etc… Je décide de suivre ce conseil et d’agir dès ma sortie du pays. C’est ce que je fais par ce présent blog et par les messages que j’ai fait parvenir selon les désirs de Lê Thi Công Nhân.

Le parti communiste du Vietnam est le dictateur du pays. Il compte comme membres seulement 3% de la population et pour le joindre il faut avoir de bons contacts car n’entre pas qui veut dans cette « gang ». Il contrôle l’armée, la police et le gouvernement. L’homme le plus fort du pays est le secrétaire général du parti communiste et non le président. Il n’y a pas d’élection dans ce pays. Tous les membres du gouvernement et les bureaucrates sont communistes. Il est reconnu qu’ils font preuve de corruption et sont accusés d’incompétence à cause de leurs fréquents changements de décision.

Pourtant le développement économique du pays est réel et rapide. D’un des pays les plus pauvres d’Asie, il est devenu aujourd’hui un pays dynamique et son taux de pauvreté a diminué de dix fois. C’est depuis 1987, année où le parti communiste a décidé d’accepter l’économie de marché, que tout a changé. Il s’est finalement rendu à la demande du Vietnamien moyen, particulièrement celui du sud, qui est un individu entreprenant et qui veut à tout prix réussir à bien gagner sa vie. Depuis, de petites et grandes entreprises de toutes sortes fourmillent de partout.

Actuellement, les Vietnamiens tolèrent le parti communiste car l’environnement économique de leur pays leur permet de faire des affaires et des sous. Il y a aussi le fait que le Vietnam a vécu 5 guerres contre des pays étrangers durant les 100 dernières années et les a toutes gagnées. Le peuple vietnamien demeure reconnaissant à Ho Chi Minh et à son parti communiste pour avoir bien mené ces batailles et obtenu l’indépendance de leur pays.

Mais cela ne change pas le fait qu’il y a contradiction entre politiques communistes et politiques démocratiques. En général, les Vietnamiens sont heureux de bénéficier de libertés sociale, économique et religieuse mais surpris que les dirigeants du pays emprisonnent ceux qui veulent la liberté de parole. Plusieurs estiment que le parti communiste est suffisamment fort dans l’opinion publique pour permettre que des personnes comme Lê Thi Công Nhân, qui est très connue, puissent s’exprimer librement sur l’organisation politique de leur pays. Même si pour eux, la notion des droits de l’homme n’a pas l’importance que nous lui donnons puisqu’ils pensent que ce sont plutôt les devoirs du citoyen qui priment dans la société, ils ne comprennent pas pourquoi ceux qui les défendent ne puissent le faire.

Cela démontre que le parti communiste vietnamien est une « gang » au pouvoir qui ne veut d’aucune façon risquer de le perdre. Tant que le Vietnam demeurera un État policier, il n’aura pas la crédibilité requise pour accéder au rang qu’il mérite sur la scène internationale.

J’espère que les organismes internationaux s’uniront pour plaider à nouveau la cause de Lê Thi Công Nhân afin qu’elle soit libérée.

Claude Dupras