Plus tard, vers 1955, les parents de ma future épouse possèdent une maison au lac Guindon de Sainte-Anne-des-Lacs et encore-là, plusieurs dimanches, nous montons dans le nord pour les voir et cela jusqu’au moment, en 1963, où nous achetons notre propre chalet à l’Estérel, près de Ste-Adèle. C’est donc depuis ma jeunesse que je parcours ce chemin de Montréal aux Laurentides dont je connais les beaux et mauvais jours.
Évidemment ce ne fut pas toujours une autoroute comme aujourd’hui. Ah non ! Au début, c’est la route 11 à deux voies seulement et étroites. Et pour s’y rendre, à partir de Verdun, il faut traverser l’île de Montréal jusqu’à Cartierville pour franchir le pont Lachapelle sur la Rivière-des-Prairies, près du parc Belmont, puis parcourir toutes les municipalités de l’île Jésus dont l’Abord-à-Plouffe, Chomedey, Ste Rose jusqu’au pont Hyppolyte Lafontaine (son nom d’alors) qui enjambe la rivière des Mille-Îles. Puis c’est la montée vers Rosemère, Ste-Thérèse-en-haut, St-Janvier et enfin St-Jérôme, après 2h30 de route. Les accidents sont nombreux. Les crevaisons aussi. En hiver, on roule dans des canyons de neige plus hauts que l’auto.
La région des Laurentides est un aimant pour les Montréalais et devient une région touristique très prisée, une destination de premier choix. Le calme, le bon air frais, les nombreux lacs, les montagnes, sports d’hiver et d’été les attirent car la grande majorité vit dans de petits logements tassés les uns aux autres et souventes fois l’air de la ville est pollué. De plus, ils travaillent « dur » et, le dimanche, veulent fuir la ville avec leur famille pour aller se revivifier afin de reprendre le travail et l’école, le lundi, en meilleure forme. Plusieurs espèrent avoir, un jour, un « camp dans le Nord ».
La route 11, (aujourd’hui la 117, route nationale québécoise nord-sud jusqu’en Abitibi-Témiscamingue), est un lien routier important, de plus en plus achalandé, pénible et ingérable. Elle est élargie, améliorée mais l’accroissement rapide du nombre d’automobiles la rend insuffisante. La pression sur le gouvernement du Québec augmente et finalement le 3 mai 1957, le PM Maurice Duplessis annonce la construction d’une voie rapide entre Montréal et St-Jérôme au coût de 40 millions de $. C’est la première autoroute du Québec et elle est à péage. Quel charme, quel beau voyage, que c’est agréable une autoroute au Québec ! Ma famille avait découvert les autoroutes, quelques années auparavant, lors d’un voyage à New York où le New York Freeway nous avait amenés d’Albany à la métropole américaine. Mais ça, on imaginait, dans nos têtes d’enfants, que c’était pour les américains, pas pour nous.
La route 117,
à la sortie de l’autoroute à St-Jérôme, est vite engorgée et l’accès aux
Laurentides devient problématique. En 1964, le gouvernement l’allonge de 24 km
jusqu’à Ste-Adèle. Puis en 1974, ajoute 20 km additionnels pour rejoindre
Ste-Agathe des Monts. Et pour faciliter la circulation, le péage est éliminé
vers 1983.
L’autoroute
des Laurentides est une partie de l’autoroute 15 qui origine à
St-Bernard-de-Lacolle aux frontières américaines et se termine à
Ste-Agathe-des-monts, sur une longueur de 163 km. C’est aussi une partie du
parcours de la route transcanadienne qui s’échelonne de St-John, Terre-Neuve, à
Victoria en Colombie Britannique. De Montréal, le chemin le plus court pour se
rendre à Vancouver est l’autoroute des Laurentides vers le nord en direction du
Témiscamingue pour entrer en Ontario. Toutes ces origines et destinations
ajoutent un nombre important d’automobiles et de camions à l’autoroute.
Le
territoire de la rive-nord, surnommée la
couronne nord de Montréal, attire les citoyens de la métropole et connait un
développement sans pareil grâce à l’autoroute des Laurentides. Des dizaines de milliers
d’entre eux quittent leur ville, laissent leurs logements à de nouveaux
immigrés et installent leur famille dans de nouvelles maisons dans des villages
qui deviennent vite des municipalités importantes.
La région
des Laurentides connait la plus importante croissance démographique au Québec.
L’institut de la statistique indique que de 2001 à 2026, la MRC (Municipalité Régionale de Comté) Thérèse-de
Blainville connaîtra une croissance
d’environ 28,8% comparativement à 9,3 % au Québec. Les MRC voisines ont
vécu, vivent et vivront aussi de telles augmentations de leur population.
Depuis l’an
2000, de grands travaux sont réalisés sur l’autoroute des Laurentides pour
répondre au nombre croissant d’automobiles. La route est
élargie à 4 voies entre Montréal et St-Jérôme. De nouvelles autoroutes 440 et 640,
est-ouest, y sont reliées par de nouveaux échangeurs importants. De même avec l’échangeur
Décarie à la jonction du boulevard Métropolitain de Montréal dont le trafic
lourd de l’ouest vient en partie de l’Ontario et des USA. Les interminables
travaux ont ralenti la circulation automobile durant plusieurs années. Nous avons
subi ces délais, ces exaspérations, sans mot dire, avec l’espoir qu’une fois terminés
la circulation serait fluide. Mais le contraire est le résultat. « Trop souvent les automobilistes sont pris en
otage dans des kilomètres de voitures immobilisées », affirme le maire de
Bois-des-Filions, comme nous l’avons constaté constamment durant les mois de
juillet et août dernier. (Un jour, j’ai roulé durant 2h30 du boulevard Métropolitain
à Ste-Adèle, une distance de 69 km. Le même temps que prenait mon père dans les
années ’40). Le moins que je puisse dire est que ce fut désespérant. Pourquoi ?
Le nombre
d’automobiles augmente exponentiellement. Tous ceux en droit de conduire ont la
possibilité, aujourd’hui, d’avoir une automobile. Devant une résidence de
banlieue, il n’est pas rare de constater deux, trois et même quatre véhicules
de stationnés. Les pages des journaux sont remplies d’offres de location-achat
d’autos neuves à des taux aussi bas que $70 par semaine. Il n’est pas rare
d’inviter des amis chez soi et de voir un couple arriver chacun avec sa
voiture. Et, souventes fois, leurs enfants aussi.
De son côté,
le ministère du transport du Québec semble incapable de prédire l’avenir de la
circulation sur nos routes. Il est compétent pour construire, mais pas pour
prédire ce que sera le trafic dans 5 ans ou dix ans. Le cas de l’autoroute des
Laurentides en est une bonne démonstration puisque ses longs travaux viennent à
peine d’être terminés et déjà elle est saturée. Ce sera quoi durant les prochaines
années ?
La circulation
sur l’autoroute des Laurentides est souventes fois si dense et le temps si long
pour se rendre à Montréal que cela nous justifie de poser des questions et de
mettre en doute la compétence professionnelle des designers de nos routes. Ce
n’est pas une question de tricherie en rapport avec la construction, comme l’a
révélé la commission Charbonneau, mais une de l’évaluation du niveau de la
circulation future de nos autoroutes. Nous avons droit de savoir si les
responsables actuels sont des professionnels qualifiés pour faire ces études et
d’être rassurés que le résultat de leur travail futur ne soit pas comme celui
du passé. Le problème se doit d’être réglé.
D’autre
part, le ministère doit et peut trouver des solutions pour désengorger
l’autoroute des Laurentides qui, contrairement à d’autres autoroutes, n’a pas
de voie réservée au transport collectif. Pour les Laurentides, ce service
public est organisé via un important réseau d’autobus qui desservent tous les
villages et municipalités des Laurentides et transportent les usagers, souvent
via l’autoroute, jusqu’à la gare intermodale de St-Jérôme d’où part la ligne de
trains St-Jérôme-Montréal.
Ce système s’améliore
constamment. De la gare, le train rejoint, en 35 minutes, la station de métro De
La Concorde à Laval qui, elle, est reliée à tout le réseau des stations de
métros de Montréal. Il dessert aussi directement les stations Parc, Vendôme et
Lucien l’Allier ainsi que cinq municipalités de la couronne. Les 13 trains par
jour sont de deux niveaux, confortables, relativement neufs. C’est une bonne
façon d’aller en ville sans automobile, soulageant ainsi le trafic de
l’autoroute. Malheureusement, ce système n’est pas encore utilisé à son plein
potentiel parce que mal connu et le stationnement de 775 cases est nettement insuffisant.
Parmi les
autres moyens, il y a :
1. La
prolongation de l’autoroute 13 (elle devait desservir l’ex-aéroport
international de Mirabel) qui chevauche actuellement une grande partie de son
trafic sur celui de l’autoroute des Laurentides, au niveau de la ville de Boisbriand.
La prolongation pourrait aller jusqu’à Ste-Adèle et la construction des
premières sections vers St-Jérôme ou autres municipalités peut être entreprise dans
des délais relativement courts.
2. La
prolongation de l’autoroute 19, située au centre de l’île Jésus de Laval, vers
le nord en direction de Ste-Sophie et de là rejoindre l’autoroute de
Laurentides après St-Jérôme.
3. L’amélioration
des exits des autoroutes 440 et 640 qui versent sur l’autoroute des Laurentides
une forte quantité d’automobiles qui ralentissent constamment sa circulation.
Cela est possible et nécessaire.
4. La
synchronisation des feux rouges de la route nationale 117, parallèle à l’autoroute
des Laurentides. Très large, elle traverse les municipalités adjacentes de
Ste-Thérèse, Blainville et Mirabel. Ces dernières utilisent cette route comme
leur rue principale et font tout pour ralentir la circulation d’où la
désynchronisation des feux rouges. Le résultat est que tout automobiliste qui
veut rouler jusqu’à St-Jérôme, via cette route comme par le passé, se voit
contraint d’utiliser l’autoroute des Laurentides à cause des multiples arrêts.
De plus, le
gouvernement devra tenir compte qu’un nouveau centre commercial géant de 300
000 mètres carrés, le Royalmount/Quinze40,
sera construit, dès 2017, à l’intersection sud-ouest de l’autoroute des
Laurentides et du boulevard Métropolitain, à Montréal, et qu’il attirera des
milliers d’automobilistes, si on se fie à ce qui se passe au gigantesque Dix30
de la rive-sud. Si rien de majeur n’est fait, le cauchemar risque d’être plus
pénible et angoissant.
Le premier
ministre du Québec doit exiger de son ministre du Transport de revoir la
qualité du travail de certains de ses fonctionnaires qui analysent l’ensemble du
trafic actuel et futur de l’autoroute des Laurentides et d’y apporter des changements
majeurs !
Alors que
rien ne va plus aujourd’hui, qu’arrivera-t’il demain si on continue de la même
façon ?
Claude
Dupras