Il y a aussi
la demande des francophones et acadiens hors Québec qui affecte quelque peu
l’immigration québécoise. Le nouveau Programme de Mobilité Internationale (PMI), favorise la venue de parlants
français vers l’ensemble des communautés francophones hors Québec.
En tenant compte
de ce qui précède, 35,620 des 51 611 immigrants admis, en moyenne, sont
devenus des néoquébécois permanents. Il est faux de dire que 50 000
immigrants s’ajoutent à la population québécoise à tous les ans. Près de 26 283,
se sont installés à Montréal, 2 040 à Laval, 2 889 en Montérégie, 1 907
dans la région de Québec, 980 en Outaouais, et le reste, 1 161, est réparti
plus ou moins également dans chacune des 12 autres régions du Québec.
Ils avaient
émigré de toutes les parties du monde, dont 32,9 % d’Afrique, 20,8% des Amériques,
29,6% d’Asie et 16,5% d’Europe.
Ils sont
venus de la Chine (8,8%), de la France (8,1%), d’Haïti (7,1%), d’Algérie
(7,0%), du Maroc (5,8%), d’Iran (5,5%), de Colombie (3,5%), du Cameroun (2,6%),
d’Égypte (2,6%), de Tunisie (2,5%) et 45,7% des autres pays du monde.
Leur niveau
de scolarité est élevé puisque 67,8 % des 15 ans et plus totalisent 14 années
et plus d’études.
Beaucoup de
ces néoquébécois ont des qualités leur permettant de bien s’intégrer dans notre
société particulièrement dans les domaines de la gestion, des affaires, de l’administration,
du secteur de la santé, des sciences sociales, des arts et culture, des sports
et loisirs, des ventes et services, des métiers de construction, de la
fabrication et autres, du transport, des services d’utilité publique, etc… En
effet, 29,5% sont des professionnels, 12,5% sont des techniciens et para
professionnels, 5,7% sont des techniciens intermédiaires, 3,7% des
entrepreneurs et investisseurs et 44,4 % sont de nouveaux travailleurs.
Parmi eux,
il y a aussi les conjoints de fait, les enfants, les autres personnes à charge,
les parents, les cas humanitaires, les aides familiaux… Il faut aussi compter
les réfugiés et les membres de leurs familles pris-en-charge par le Canada, le
Québec et ceux qui sont parrainés par des organismes à but non lucratif ou des
groupes de résidents qui s’engagent à subvenir à leurs besoins et faciliter
leur intégration.
Voilà un
survol rapide des statistiques de l’immigration québécoise des cinq dernières années.
35 620 nouveaux
néoquébécois par année, c’est l’équivalent de la population d’une nouvelle ville
comme Val-D’or ou Saint-Georges de Beauce ou Sorel-Tracy à chaque année.
Imaginer tout ce que nécessite une telle ville : maisons, logements,
écoles, services sociaux et hospitaliers, commerces, autos, nourriture,
vêtements, centre de sports, services urbains, etc… etc… et le travail que ça
génère : constructeurs, entrepreneurs, professionnels, ouvriers, vendeurs,
secrétaires, etc… etc… Estimez les revenus, les taxes, les dépenses, les
investissements, etc… C’est l’activité économique potentielle d’une population
équivalente au nombre d’immigrés qui s’installent au Québec par an. Combien de
familles ont quitté l’est de Montréal depuis les 20 dernières années et plus pour
s’établir sur la rive nord de la rivière des prairies, ou la rive sud du fleuve
Saint-Laurent, et laissé leurs logements aux nouveaux venus pour aller dans des
maison neuves gonfler des villages existants en villes. Ces nouvelles municipalités
importantes sont le résultat en bonne partie des effets de l’immigration.
De 1951 à
2013, la population du Québec a augmenté en moyenne de 66 101 individus
par année. À mon avis, ce n’est pas suffisant puisque la proportion par rapport
à la population canadienne est passée de 28,9 % à 23 %. Les immigrés ont
contribué près de 52,9 % de l’augmentation annuelle de notre population.
Actuellement, le Québec vieillit à cause « du manque
de natalité chez les jeunes (taux de fécondité inférieur à 2,1) et du pic de
natalité des ainés. En 2036, les aînés devraient être plus nombreux que les
moins de 19 ans (une différence de 228 000 individus, comparée à 79 000
pour les jeunes). Le « baby-boom » de l'après-guerre, 1941-1960, fait
son œuvre. Les personnes nées durant cette période sont désormais près de l'âge
à la retraite ou le sont présentement, ce qui occasionne une population
vieillissante et une population active réduite ».
En somme,
contrairement aux dires des protagonistes favorables à la réduction des seuils
de l’immigration au Québec, 64,6% des immigrés connaissent le français en
arrivant, 12,4 % ne parlent que l’anglais et 22,9% des immigrés ne parlent ni
le français et ni l’anglais. Une fois admis, ils ont l’opportunité de suivre des
cours de français, une langue très difficile à apprendre, et leurs enfants
seront placés dans des écoles françaises. Combien de leurs descendants
parleront français dans quelques années ? Un très grand nombre si on en juge
par le passé. Rappelons-nous, les Johnson, les Macdonald, les Mulroney, les
Burns, les Gray, et des milliers d’autres… dont les ancêtres arrivés sur le sol
québécois ne parlaient que la langue anglaise. Et le Québec était alors
beaucoup moins fort qu’aujourd’hui…
Certains affirment que l’immigration est un truc des
fédéralistes pour assurer des votes additionnels en vue d’un référendum futur
sur la séparation du Québec du Canada. C’est farfelu, de la petite politique. A
vrai dire, rien n’est plus ridicule. L’immigration est actuellement le sauveur
économique du Québec et lui donne les moyens de continuer son développement et d’assurer
une protection sociale à ses citoyens. Pour bien continuer, nous nous devons de
trouver moyen d’intégrer plus de nouveaux venus dans notre société par des
emplois, car trop d’entre eux n’ont pas de travail et quittent le Québec, contrairement
à ce qui se passe ailleurs dans les autres grandes villes canadiennes.
D’autres y voient une porte ouverte aux musulmans et
blâment l’immigration de ne pas contrôler leur entrée au pays. Plusieurs
d’entre eux sont francophones, possèdent des diplômes divers et sont prêts à
œuvrer dans des domaines cruciaux comme celui des hôpitaux où, selon mon
expérience récente, ils font un travail exceptionnel grâce à leur dévouement et
leurs compétences.
On ne cesse de parler des problèmes du développement de
notre économie québécoise. Imaginez ce que ce serait sans les centaines de
milliers d’immigrés que nous avons reçus durant les dernières décennies. Ils se
sont bien intégrés dans notre société et leur contribution est immense.
Radio-Canada rapportait hier, que depuis un an le Québec
compte 33 400 personnes de moins dans sa population active. C’est un autre
argument qui nous indique que le nombre d’immigrants doit être augmenté et que
leur intégration doit être accélérée.
Donc, pour maintenir le rythme du développement
économique du Québec et tout ce qui en découle, les Québécois et leur
gouvernement doivent trouver des solutions pratiques pour améliorer le
programme d’immigration. Les Montréalais veulent continuer à vivre
dans un milieu cosmopolite qui nous ouvre au monde et à ses cultures tout en
ajoutant à notre enrichissement personnel, en respectant notre langue, nos
principes et notre mode de vie. Fermer l’immigration nous étoufferait économiquement
à la longue. Au contraire, il faut l’accroître et la rendre efficace et
performante pour bien répondre aux besoins nouveaux du Québec qui évolue
rapidement.
Les solutions sont simples : les jeunes québécois doivent
se donner de plus grosses familles ou le nombre d’immigrés devra s’accroître. Nous
devons trouver les moyens pour diminuer le taux de chômage des nouveaux arrivés
en enseignant bien le français à ceux qui le maîtrisent mal et en leur trouvant
des « jobs ». Pour les prochaines immigrations, nous devons tout
faire pour augmenter la présence de parlants français et de candidats qui ont
des liens culturels avec le Québec, qu’ils soient unilingues français ou bilingues.
Une modification de la loi 101 pourrait nous aider à renforcir
la présence de la langue française dans le monde multiculturel où nous vivons,
sans brimer les droits des autres.
L’immigration coûte cher, 15-20 milliards $ par an pour
le Canada et 3-4 milliards $ au Québec. On ne peut l’éviter. Il est donc important
de bien administrer ce budget pour obtenir le maximum de rendement.
Nous avons
un grand besoin, annuellement, de bons candidats francophones pouvant répondre aux
valeurs québécoises, en nombre important. Ce n’est pas une question de survie à
long terme du français au Québec mais un besoin pour son épanouissement.
A ce moment-ci, une politique populiste, des expressions
de peur ou des arguments nationalistes mal fondés n’apportent rien de positif au
débat. En fait, un nouveau « baby-boom » comme le plus récent des "millennials" serait la vraie solution.
Mais cela, c’est un rêve en couleurs !
Claude Dupras