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dimanche 17 juillet 2016

Puerto Rico et Cuba, les jumelles des Caraïbes.

De longue date, les États-Unis (USA) ont avec Cuba et Puerto Rico des liens géographiques, économiques et historiques étroits.

Puerto Rico, après des années de dépenses exagérées, a accumulé une dette 70 milliards $ qu’elle ne peut rembourser et se retrouve au bord de la faillite, en 2015, incapable de payer ses comptes. Son gouvernement fait appel à celui des USA pour l’aider. Après de longues hésitations au Sénat américain, le président Obama signe, le 30 juin 2016, une nouvelle loi d’aide financière comprenant aussi des mesures très difficiles pour le portoricain moyen dont la création d’un « Comité de Contrôle » qui gèrera, entre autres, les finances de l’île et pourra couper dans les écoles, les services sociaux, les fonds de pensions, les institutions publiques, etc. C’est, selon des observateurs, « un désastre pour le peuple portoricain puisqu’il fait des USA le maître colonial et lui enlève ses droits démocratiques ». Mais il sauve leur peau.   

Cuba, de son côté, bénéficie soudainement d’une décision du président Obama qui a décidé unilatéralement d’assouplir l’embargo américain qui l’étranglait depuis 1962, suite à la venue de Fidel Castro.  

C’est un nouveau départ pour les habitants de ces deux îles caribéennes, ex-espagnoles à l’histoire commune. Où en seront-elles dans 50 ans ?

Le début

Le 28 octobre 1492, Christophe Colomb trouve l’ile de Cuba, après avoir découvert celle de San Salvador, le 12 octobre précédent. L’Amérique nait !

À son deuxième voyage, Colomb arrive à l’île de Puerto Rico, le 19 novembre 1493, après que sa flottille ait été poussée par les vents dominants des alizés et les courants marins. Elle est douze fois plus petite en superficie que Cuba et Colomb la nomme San Juan Bautista. Avec le temps, elle devient un bastion pour l’expansion coloniale espagnole et l’escale des capitaines de navires de toutes les nations européennes qui viennent y chercher de l’eau, de la nourriture, y conclure des ententes commerciales et des échanges de marchandises. Elle est comme la porte d’entrée en Amérique et prend alors le nom de Puerto Rico, « le port riche ».

Les Amérindiens

Cuba et Puerto Rico sont originalement peuplées d’Amérindiens particulièrement les « Tainos » et les « Ciboney ». Les espagnols les exploitent, les réduisent à l’esclavage et en 50 ans, ils sont pratiquement décimés.

L’Esclavage

La monarchie espagnole intègre ces nouvelles îles à son empire et déçue par le peu d’or qu’elle y trouve, crée de nouvelles activités commerciales : le tabac, le café et la canne à sucre. Ces dernières nécessitant une main d’œuvre importante, elle fait appel aux esclaves qui viennent d’Afrique sub-saharienne.  

Pour Puerto Rico, le nombre d’esclaves est limité car l’intérieur de l’île demeure inexploré et sous-développé. Ils sont surtout requis par les commerçants des ports et des villes côtières.

De son côté, en 1762, la capitale cubaine La Havane est conquise par les Anglais qui y règnent pendant neuf mois et l’occupation se règle par le traité de Paris, par lequel Cuba est remise aux Espagnols en échange de la Floride. Jusqu’en 1860, 720 000 nouveaux esclaves sont introduits à Cuba pour assurer le fondement de l'économie coloniale.

En 1886, l’esclavage est entièrement supprimé.

L’indépendance

En 1809, la Cour Suprême espagnole reconnait Puerto Rico comme une province d’outre-mer de l’Espagne avec représentants au parlement espagnol. La monarchie revient en 1823 et le décret est annulé.   

Alors que les colonies espagnoles des Amériques deviennent indépendantes, Puerto Rico et Cuba grandissent en importance stratégique pour la Couronne espagnole qui, pour maintenir son emprise sur ses deux dernières colonies du Nouveau Monde, offre des terres libres à titre d'incitation à l'immigration et la colonisation. Cette campagne s’avère très fructueuse

Les luttes pour l'indépendance de Cuba commencent en 1868 avec un mouvement anti-pauvreté. Elles durent 10 ans et résultent en 200 000 morts, soit 1/8 de la population. José Martí, philosophe et homme politique mène le combat avec son Parti Révolutionnaire Cubain. Âgé de 42 ans, il est tué le 19 mai 1895, à la Bataille de Dos Rios, et devient le héros national.

En 1897, le gouvernement libéral espagnol accepte des chartes d'autonomie pour Cuba et Puerto Rico et elles deviennent « provinces outre-mer » de l'Espagne.

La guerre hispano-américaine

Le capitaine de navires américains Mahan déclare au ministère de la Guerre : « N’ayant pas d’installations à l’étranger, coloniale ou militaire, les navires de guerre des États-Unis sont comme des oiseaux terrestres incapables de voler loin de leurs côtes. Nous avons besoin de lieux de repos pour eux et pour les entretenir ».

En plus, en 1898, les américains veulent protéger les investissements des entreprises américaines à Cuba et ailleurs dans le Pacifique. Ils entrent en guerre avec l’Espagne. La guerre est courte et ne dure que 23 jours. Avec le traité de Paris qui suit, l'Espagne reconnait l'indépendance de Cuba, tout en cédant les Philippines, Puerto Rico, et Guam aux USA en échange d'un versement de 20 millions de $ US.

Cuba est maintenant indépendant et Puerto Rico fait partie des USA sans être un Etat.

Les années 1898 - 1940

Nonobstant le traité, les USA occupent Cuba jusqu’en 1909 et poursuivent une ingérence marquée jusqu'en 1934. Après, ils placent au pouvoir une junte militaire dont l’éminence grise est le général Fulgencio Batista.

De leur côté, les Portoricains deviennent des citoyens américains en 1917 et commencent le 20e siècle sous le régime militaire et légal des USA qui décrète que la langue utilisée au sein du gouvernement doit être l’anglais. Les enseignants sont des Américains du Nord afin que les Portoricains apprennent l'anglais. Américains, de nombreux Portoricains se voient enrôlés dans l’armée américaine.

Exaspérés, certains dirigeants politiques de l’île demandent un changement de structure politique et, le 21 mars 1937, une assemblée est organisée dans la ville de Ponce par le Parti nationaliste de Puerto Rico. Un conflit sanglant éclate, 9 morts 200 blessés. C’est le massacre de Ponce.

Les années 1940 – 1960

Batista devient président de la république de Cuba, de 1940 à 1952, suite à des élections truquées. En 1954, il est élu sans opposition.

La capitale du pays, La Havane, connait alors une période d’expansion économique. Les gangsters américains sous la direction de leur penseur Meyer Lansky, ami de Batista, développent le jeu, le marché de la drogue et la prostitution (la ville est devenue un grand lupanar avec plus de 13,000 jeunes filles qui pratiquent le vieux métier). Lansky a des plans pour faire de La Havane un nouveau Las Vegas. Elle reçoit annuellement 300,000 touristes américains riches. La vie nocturne est frénétique. Les truands s’enrichissent. L’industrie sucrière est en plein essor. Les investissements de capitaux américains sont nombreux. La construction va !

Malheureusement, cette activité augmente les inégalités entre les habitants de la capitale et la disparité entre les villes et la campagne. La Havane a un taux d’analphabétisme de 10% contre 43% à la campagne. L’activité culturelle y est intense, ailleurs peu. Il y a un lit d’hôpital par 300 habitants de l’île, mais 65% sont dans la capitale alors que celle-ci n’a que 22% de la population. Il y a les riches et les pauvres. C’est Cuba!

En 1943, un sénateur américain présente un projet de loi au Congrès appelant à l'indépendance totale de Puerto Rico. Il est rejeté. En 1946, un premier gouverneur né dans l’île, Luis Munoz Marin, est nommé et l’année suivante les USA accordent le droit aux Portoricains d’élire démocratiquement leur gouverneur. Marin est élu.

Après plusieurs conflits, la constitution de Puerto Rico est approuvée le 6 février 1952. Puerto Rico devient un état libre associé avec les USA, un Commonwealth. Cependant, le congrès américain continue à légiférer sur la citoyenneté, la monnaie, les services postaux, les relation de travail, l’environnement, le commerce, la finance, la santé, le bien-être, etc..

Depuis le début du XXe siècle, Puerto Rico compte sur l'agriculture et, sa principale culture, le sucre. Il y a aussi le tabac, toujours important. Durant les années 1950, Puerto Rico connait une industrialisation rapide, due au « New Deal » du président Franklin Delano Roosevelt, qui favorise la fabrication industrielle par le biais d'exonérations fiscales pour les compagnies. Puerto Rico est classée par la Banque mondiale comme un « pays à revenu élevé" car elle est devenue un centre mondial de fabrication de produits pharmaceutiques.

Face au maintien des salaires malgré l’augmentation du coût de la vie, les syndicats deviennent agressifs et réussissent à faire grimper le coût des salaires au point que le tourisme est réservé surtout aux plus riches visiteurs de catégorie supérieure ou de luxe, Puerto Rico ne pouvant plus concurrencer Cuba et d’autres îles des Caraïbes pour le touriste économique. Le niveau de l’emploi diminue.

De plus, avec le temps, plusieurs usines sont déplacées vers des pays à salaires plus bas en Amérique latine et en Asie. Le chômage revient. C’est depuis ce moment que débute une forte émigration de Portoricains, en quête de meilleures conditions économiques, sur le continent américain, notamment à New York. D’une moyenne annuelle de 1 800 émigrants pour les années 1930-1940, il passe à un pic de 75 000 en 1953 au point qu’en 2003, il y a plus de portoricains de naissance ou d’ascendance qui vivent aux États-Unis qu'à Puerto Rico.

Et ce ne sont pas seulement les ouvriers qui partent mais aussi des jeunes hauts diplômés en commerce, en génie, en droit, en médecine et autres professions. Des gens de talents, intelligents, entreprenants…créateurs d’emplois. Pour arrêter le mouvement, la langue espagnole devient la langue officielle de Puerto Rico en 1991. Mais, le mouvement migratoire des plus âgés ne s’arrête pas et, avec le temps, la presque totalité de la jeunesse ne parle plus que l’espagnol.

Le pouvoir à Fidel Castro

Fidel Castro prend la tête d'une armée rebelle et c'est le 15 novembre 1956 qu'il annonce que le temps est venu de se rendre à Cuba. Il y parvient le 1er janvier 1959 et renverse Batista.

Le gouvernement américain reconnait le nouveau gouvernement, mais les rapports entre les deux pays se gâtent dès le mois de mai, de la même année, lors de la nationalisation des avoirs étrangers à Cuba, dont ceux de la compagnie américaine United Fruit.


Cette décision découle de la nouvelle politique socialisante que propose Fidel Castro.  

La baie des Cochons

Du 17 au 19 avril 1961, les USA veulent renverser Castro et organisent, via la CIA, un débarquement de mercenaires à la baie des Cochons de Cuba qui se solde par un échec retentissant. Ils mettent alors en place un embargo économique en 1962 et renoncent à toute invasion future. 

Avec l’embargo et la tendance « communisante » de la politique exprimée par Castro, plusieurs intellectuels, professionnels, entrepreneurs, constructeurs, commerçants… quittent l’île et cherchent à se réfugier aux USA. 62 000 d’entre eux choisissent de s’installer à Puerto Rico où ils investissent, bâtissent, développent l’île et occupent des postes importants dans la fonction publique, les universités, le sport…

Les mouvements créent des difficultés financières à Cuba et Castro accepte l’aide de l'URSS qui lui accorde 4 à 6 milliards de dollars américains par an (jusqu'en 1990) en échange de son alignement sur la politique russe. Castro a sa propre logique tiers-mondiste. À l’automne 1981, les Russes quittent. Pour survivre, il organise des échanges de médecins, instituteurs, etc… avec divers pays, tels, l’Angola, le Venezuela, pour obtenir du pétrole et autres produits. Cuba demeure pauvre mais petit à petit sa position économique s’améliore grâce aux touristes qui affluent. Il peut ainsi continuer à offrir le minimum vital à son peuple.

Cuba, demain ?

La vie des 10 000 000 de cubains sous le régime communiste de Castro est faite de privations, de sacrifices, d'appels à l'héroïsme, etc… 

Ce sont des patriotes qui croient en leur Commandante et ont confiance que leur avenir, un jour, sera meilleur. L’entre-aide fait partie de la vie quotidienne. L’argent est rare.

Dans un premier temps, le capitalisme n’est pas pour eux. Ils le voient comme générateur de chômage saisonnier, d’inégalités entre groupes et secteurs. Pour eux, ces problèmes n’existent pas dans leur société car tout le monde est instruit et ceux qui sont en mesure d’obtenir un diplôme le reçoivent après des études sérieuses, l’Éducation est gratuite, les soins de santé aussi, les coûts du logement et les salaires sont très bas et uniformes. C’est un peuple solidaire. Ceux qui sont nés le jour de la révolution ont maintenant 57 ans. Ils n’ont pas connu autre chose. 

Le parti communiste est unique et est le vrai successeur de Castro. Raoul Castro n’est pas la solution car il est d’une autre génération, celle de Fidel, alors que la majorité des dirigeants actuels sont généralement dans la quarantaine. Plusieurs de ces derniers, respectés pour leurs caractères affirmés, ont exercé des fonctions importantes dans la période Castro. Ce ne sont pas des marxistes-léninistes classiques mais ils sont enracinés dans une histoire et dans une expérience unique. Pour atteindre le pouvoir, ce sera par le biais du parti « communiste » puisqu’il repose sur le principe du « mérite acquis par l’investissement personnel dans une activité sociale ».

Les figures de Marx et de Lénine ont disparu du paysage alors que les citations du héros national José Martí se sont intensifiées.

Le parti demeure en position de force relative. Mais avec l’accroissement important des touristes, l’ouverture à la télévision mondiale, l’internet, les médias sociaux… tout cela affaiblit le régime et on peut prédire qu’un jour, un vrai régime démocratique sera installé et la liberté reviendra.

Ce peuple a un potentiel extraordinaire. Il est instruit, en bonne forme et en santé, solidaire, travaillant, créateur, pas égoïste et il veut améliorer son sort. Il a tout pour devenir un grand peuple et il le sera. Il veut être libre et l’a démontré en réservant une salve d’applaudissements au président Obama en visite récemment à Cuba alors que ce dernier déclara : « Les électeurs devraient pouvoir choisir leur gouvernement dans des élections libres et démocratiques ».  

La société cubaine deviendra une des plus dynamiques des pays espagnols des Amériques.

Puerto Rico, demain ?

Au référendum de 1992 sur l’avenir de Puerto Rico, 61% des portoricains ont voté en faveur que leur île devienne le 51ième état des USA, 33,5% ont opté pour une Association libre et 5,5% ont voté pour l’indépendance totale.

Une chose est devenue évidente, le « statu quo » du Commonwealth actuel ne fonctionne plus, même rehaussé, car il ne peut plus maintenir une saine économie ni modérer le flot d’émigration hors Puerto Rico.

Comparée à Cuba, Puerto Rico est beaucoup plus développée. Elle est moderne et a tous les atouts des meilleurs centres américains. Elle est une île enchanteresse, traversée par la chaine des Andes et limitrophe, au sud, à la mer des Caraïbes et au nord à l’Atlantique. De beaucoup plus petite, elle est un paradis pour les vacanciers. Ses plages sont magnifiques, son industrie hôtelière de grande qualité et elle est située à proximité des îles vierges.

Cependant sans industrie majeure, sauf le tourisme qui injecte 7 milliards par an, elle peut difficilement survivre. Avec la levée de l’embargo cubain, il est probable que le niveau du tourisme sera affecté pour quelques années. Si Puerto Rico avait un statut d’indépendance, ce serait le désastre car elle manquerait d’outils pour se soutenir. Actuellement ses citoyens sont américains et bénéficient de services personnels importants à cause de ce fait.

Le paysage linguistique portoricain est espagnol. L'État libre associé de Porto Rico jouit actuellement d'une grande autonomie politique, culturelle et linguistique. Cette situation est accentuée par son caractère insulaire. Porto Rico n'est pas soumise à de fortes doses de bilinguisme institutionnel pour les affaires intérieures, ce qui lui assure des frontières linguistiques assez sécurisantes et quasi imperméables. Devenant un État américain, une nouvelle réalité sociologique s’implanterait. Elle deviendrait bilingue.

Il me semble inévitable que dans quelques années, Puerto Rico deviendra enfin un État américain et Cuba sera toujours un pays vraiment indépendant.

Claude Dupras 

NB. Quatre mois après son entrée à la Havane, le 26 avril 1959, Fidel Castro répond à l'invitation de Claude Dupras, président de la Chambre de Commerce des Jeunes du district de Montréal, à l'occasion de la campagne de jouets pour les enfants de Cuba et vient à Montréal pour deux jours. (Photos et récits de la visite : http://www.claude.dupras.com/fidel_castro_à_montréal.htm).


 
 

mercredi 6 mars 2013

Hugo Chavez : le Robin des bois vénézuélien

Hugo Chavez est mort. Ce n’était pas n’importe qui ! Énergique, passionné, tribun, populaire, politiquement talentueux, il semblait indestructible. Il a été élu 12 fois et pourtant les critiques le disaient antidémocrate. Les pauvres l’aimaient et Dieu sait qu’au Venezuela, à son arrivée au pouvoir, il y en avait des millions dans les favélas qui entourent Caracas, et partout au pays. J’ai visité deux fois le pays à ce moment-là et j’ai été éberlué par la paupérisation de son peuple. On pouvait le constater même à l’aéroport international, au centre-ville, partout.

Atteint de cancer, Chavez a cru être guéri l’automne dernier (du moins c’est ce qu’il a dit) et a entrepris sa dernière campagne électorale qui le reporta au pouvoir pour six ans. Mais la maladie était toujours en lui et ses proches ont vite compris qu’il était irrémédiablement perdu. Il retourna vite à ses médecins cubains et une dernière opération scella son sort. Il ne put être assermenté pour son nouveau mandat comme l’exigeait la constitution de son pays. Il avait à peine 58 ans.

Les pauvres le pleurent puisqu’ils ont perdu leur « Robin des bois ». Pour eux, Chavez prenait aux riches pour leur donner leur butin.

Advenant son décès, Chavez avait indiqué vouloir être remplacé par son vice-président Nicolas Maduro. Les observateurs avertis estiment que ce dernier sera élu grâce au vote de sympathie que génèrera la mort du caudillo vénézuélien. Mais ce n’est pas certain puisque l’adversaire de Maduro sera le jeune centriste Henrique Capriles, le même qui s’opposa à Chavez à la dernière élection et qui avait réussi à diminuer sa majorité de 15% l’abaissant ainsi à 11%. Ce sera une élection intéressante à suivre.

Mais remplacer Chavez ne sera pas facile. Ses lectures de jeunesse lui avaient fait découvrir le vénézuélien Simon Bolivar, le grand révolutionnaire de l’Amérique du sud et il avait calqué sa politique sur celle de son idole au point de nommer le Venezuela, république bolivarienne. Chavez est devenu le chef politique le plus connu de l’Amérique du sud et dans le monde entier, presqu’autant que son ami Fidel Castro. Il avait une main ferme sur la conduite du pays au point que plusieurs de ses adversaires dans son pays et ailleurs, le traitaient de dictateur, de corrompu et qualifiaient son régime d’autocratie financée par le pétrole.

Né pauvre, de parents instituteurs, il rêvait dans sa jeunesse de devenir un joueur de baseball professionnel. Peut être que les Montréalais l’auraient connu autrement, durant les années 75-90, s’il était devenu membre de l’équipe des Expos de Montréal en compagnie de son compatriote Andrés Galarraga. Pour atteindre son rêve, il joignit l’académie militaire parce qu’elle avait un bon club de baseball. Mais de pensée gauche, il regroupait autour de lui ses amis pour parler d’avenir et conspirait contre le gouvernement. Petit à petit naissaient ses ambitions politiques.

À ce moment-là, le prix du pétrole plongea. Un régime d’austérité fut imposé. La pauvreté se répandit. La corruption s’implanta. Des manifestations anti-gouvernementales éclatèrent et l’armée, cherchant à maintenir les foules, tua près de 400 personnes. Hugo Chavez crut son moment arrivé. Devenu lieutenant-colonel d’un bataillon de parachutistes, il entreprit de renverser le président Andrés Perez. Il fit une erreur et fut jeté en prison pour deux ans. Ses nombreuses lectures lui firent comprendre que l’histoire d’un pays s’écrit par de grands hommes. Surtout de grands militaires. À sa sortie de tôle, en 1994, il rendit visite à son idole Fidel Castro pour trouver conseils auprès du père de la révolution cubaine.

Démocrate, il avait la conviction que la voie électorale était un chemin plus sûr vers le pouvoir que la force. Il devint candidat à la présidence en décembre 1998 et remporta 56% des suffrages. Sa campagne porta sur la mise en place d’une nouvelle constitution par référendum, la fin de la pauvreté et de la corruption. Il gagnera trois autres élections présidentielles avec de bonnes majorités. Cependant, comme chef de la nation, il était impatient et ne voulait pas attendre qu’un consensus se développe pour agir. Cela lui causa des problèmes, au point qu’en 2002 l’armée lui soutira son appui, suite à des émeutes anti-Chavez. Il démissionna mais, quelque temps après, l’armée se ravisa et le restaura au pouvoir devant la montée des conservateurs. Hugo Chavez venait de prendre une bonne leçon et en peu temps plaça à tous les postes clefs, même dans les cours de justice, des individus qui lui étaient loyaux. Il alla jusqu’à enlever quelques pouvoirs aux gouvernements des États et à l’Assemblée Nationale pour assurer son autorité.

Puis, le pétrole vint à la rescousse de Chavez. Le prix mondial du précieux liquide grimpa spectaculairement et comme c’était le principal produit d’exportation du Venezuela, les revenus du pays s’amplifièrent rapidement. Profitant de la situation et voulant aider ses pauvres, Hugo Chavez fit une entente humanitaire avec Fidel Castro. Le Venezuela vendrait son pétrole à Cuba à prix de rabais et en retour Cuba fournirait médecins et infirmières pour les soins primaires de santé. De plus, Cuba fournirait des enseignants pour l’éducation des adultes. D’autres missions suivraient. Ainsi chaque pays serait bien servi. Cuba avait un taux de personnel médical trop élevé et un grand besoin de pétrole et les services sociaux du Venezuela étaient inadéquats et insuffisants pour sa population grandissante et pauvre. De plus, pour assurer sa sécurité, Chavez s’entoura de gardes cubains.

Puis vint GWBush. Chavez profitant de l’impopularité mondiale de GWBush se moqua de ce dernier sur toutes les tribunes dont celle de l’ONU. Ses positions anti-américaines renforcèrent sa position politique au pays, particulièrement chez les pauvres, et il put résister au coup monté par les Américains en 2002 pour le renverser.

Grâce à l’entente avec Cuba, Chavez gagna le référendum de 2004 visant à le démettre de sa fonction. Le lendemain, il s’attaqua aux médias privés qui s’étaient rangés contre lui et devint impitoyable face aux signataires de la demande de référendum.

En 2006, suite à une victoire électorale sensationnelle, Chavez annonça l’implantation du socialisme dans son pays. Il nationalisa de grands pans de l’économie, comme les télécommunications, l’électricité, l’agriculture, le ciment et ce qui restait de l’industrie pétrolière encore aux mains d’entreprises privées.

En 2007, voulant rendre constitutionnelles ses propositions de changements, il lança un référendum. À sa surprise, il le perdit. Par la suite, il se permit de contourner cette embûche par décrets présidentiels.

Durant son règne, le nombre de fonctionnaires doubla, une milice de 125 000 hommes qui relevait de lui fut crée et il finança des conseils communautaires qui prenaient les décisions relevant normalement de gouvernements locaux. Pour lui, c’était de la démocratie directe; pour ses critiques, une main mise du président pour conserver son pouvoir.

Avec le temps, l’économie vénézuélienne dépendait de plus en plus du pétrole et des importations. La production des fermes nationalisées diminuait. L’inflation s’installait malgré le contrôle des prix. Les infrastructures s’usaient. Les pannes de courant plus fréquentes. Les hôpitaux mal entretenus. Le crime revenait avec la violence d’antan et Caracas devint un point d’entrée de la drogue à cause d’agents de sécurité soudoyés.

Malgré cette situation de plus en plus insoutenable, les Vénézuéliens ne blâmèrent pas Hugo Chavez, l’« homme des pauvres ». Son intelligence, sa sincérité et son instinct politique les charmaient. Les statistiques nous démontrent pourquoi : la pauvreté se situait à 49% à son arrivée, elle est à 29% à son décès. Durant le même temps, elle diminua de 14% en Amérique latine. L'indigence passa de 22,2%à 12,7%.

À l’étranger, Chavez se servit de son pétrole pour monter une front anti-influence-américaine. La Bolivie et l’Équateur votèrent pour des partis de gauche. Il en fut de même de petits États de l’Amérique centrale et des Caraïbes. Il a maintenu une alliance avec les « guérillos » de Colombie. Il contribua à l’élection de Christina Fernandez d’Argentine. Il collabora avec le président brésilien Lula et la présidente actuelle. Avec chacun, il organisa des marchés de biens et de services inter-états du sud. De plus, il forgea des alliances avec l’Iran d’Ahmadinejad, l’Irak de Saddam, le Zimbabwe de Mugabe, la Syrie d’Assad et la Russie de Poutine. Aujourd’hui, lendemain de son décès, on peut voir dans les médias tous les hommages rendus par ces chefs d’États à Hugo Chavez.

Le futur n’est pas rose pour son successeur Maduro qui n’a ni l’autorité ni le talent de Chavez pour communiquer avec la masse. L’économie a ralenti et il y a pénurie de biens importants et essentiels. Le bolivar vénézuélien vient d’être déprécié de 32%. L’état qui a été mal gouverné n’est plus capable de concurrencer sur les marchés mondiaux. Les millions de nouveaux étudiants universitaires risquent d’être fortement désappointés lorsqu’ils seront diplômés.

Chavez a-t-il manqué l’opportunité de donner à son pays, suite au boom du pétrole, une infrastructure de classe mondiale avec le meilleur système d’aide sociale qui soit ou a-t-il réussi à le sortir de l’abime de la pauvreté dans lequel il était condamné pour lui permettre de mieux s’élancer dans l’avenir. Les Vénézuéliens de demain le diront.

Quoiqu’on en dise, Hugo Chavez n’était pas un leader comme les autres.

Claude Dupras

dimanche 18 mars 2012

Puerto Rico, le prochain État américain ?

Ce n’est pas d’hier que je suis les primaires américaines. La première qui attira mon intérêt fut celle de 1956 où le démocrate Adlai Stevenson fut rechoisi (il l’avait été en 1952) candidat démocrate pour faire face au général Eisenhower. Je me suis alors intéressé à ce processus électoral des USA. C’est toujours une période captivante et intéressante pour celui ou celle qui aime la politique.

Les candidats se livrent des batailles sans merci. Cependant, il y a une limite dans les critiques soit celles qui pourraient éventuellement nuire au parti lors de l’élection présidentielle. Qu’on se rappelle la fameuse primaire Obama-Hillary Clinton qui dura jusqu’à la veille de la convention de 2008. Elle fut mémorable, longue, serrée, difficile et à la limite du respect mutuel. Victorieux, Barack Obama pu, heureusement, profiter de l’appui d’Hillary pour vaincre John McCain. Dans la présente lutte, la limite a été souventes fois franchie et le parti républicain risque d’en subir les mauvaises conséquences en novembre.

Cette année, tout est une question d’argent. Beaucoup d’argent. Des centaines de millions. Pour la première fois, la Cour suprême a permis à des groupes ou des individus de financer des campagnes publicitaires parallèles en faveur ou contre un candidat. Ces campagnes ont été grandement négatives pour salir et détruire le candidat visé. Elles ont surtout été à l’avantage de Mitt Romney et ont littéralement écrasé ses adversaires d’insinuations mensongères.

Vendredi, le 16 mars 2012, les candidats de la primaire républicaine étaient à Puerto Rico, où je séjourne actuellement. Elle est fixée pour aujourd’hui dimanche le 18, alors que 350 000 personnes auront droit de vote.

Puerto Rico a une association de type Commonwealth avec les USA. Les Portoricains ont la nationalité américaine, leurs jeunes sont enrôlés par l’armée américaine, le dollar est la monnaie, les frontières sont américaines, les lois fédérales américaines s’appliquent. La loi est un mélange de droit civil et du common law. Les Portoricains sont 3,5 millions et ne participent pas au suffrage universel pour l’élection du président même s’ils ont droit de vote aux conventions nationales des partis américains (26 délégués du côté des républicains). Par contre, ceux qui vivent aux USA, et ils sont plus nombreux que dans l’île, ont tous les droits.

Il y a ici un mouvement important pour que Puerto Rico devienne un État américain. Des référendums eurent lieu, à cet effet, en 1967, 1993 et 1998. Le résultat du dernier: statu quo : 50,3 % des voix ; État américain : 46,5 % ; Indépendance : 2,5 %. Le mouvement pour l’indépendance est petit mais fait beaucoup de bruit. Il veut que Puerto Rico devienne comme Cuba. J’en connais quelques dirigeants et ce sont des personnes de qualité et très engagées, dont des médecins, ingénieurs, botanistes…

On se rappellera que ces deux îles furent séparées de l’Espagne le même jour, en 1898, après la guerre hispano-américaine lorsque leurs territoires devinrent possessions américaines. Les Cubains contribuèrent grandement à cette guerre sous la direction de José Marti qui fut tué en 1895. Mais Cuba insista pour obtenir son indépendance totale et l’obtint finalement des USA en 1902. Quant à Puerto Rico, il fut annexé aux USA et ce n’est qu’en 1952, qu’il obtint sa constitution et des élections démocratiques, mais la Cour suprême américaine décréta que Puerto Rico est « un territoire rattaché et appartenant aux États-Unis mais non une partie des États-Unis ». Si Puerto Rico devient un État américain, il en sera le plus pauvre, après le Mississipi.

Avant hier, j’ai aperçu le candidat Rick Santorum qui cabalait dans les rues du vieux San Juan. Reconnu pas la masse de croisiéristes américains qui visitent cette vieille ville dans une étape de leur voyage en navire, il donnait l’image d’un candidat populaire. Pourtant quelques heures avant, il créa une polémique à son arrivée lorsqu’il affirma que Puerto Rico ne pourra devenir un État Américain que si l’anglais devient sa seule langue officielle. Actuellement, plus de 85% des portoricains ne parlent que l’espagnol même si avec l’anglais ce sont les langues officielles. Pour se justifier, Santorum invoqua une loi constitutionnelle américaine qui, a-t-il dit, « rend obligatoire la langue anglaise ». Or, il n’y a pas de telle loi. Les observateurs ont interprété la position de Santorum comme ayant été prise pour satisfaire les conservateurs et les teapartyers américains qui n’apprécient pas la croissance de la langue espagnole aux USA. Le lendemain, devant une montée de boucliers dans les médias de Puerto Rico, Santorum changea sa position et affirma que si les Portoricains décidaient de joindre les USA, il serait d’accord. Lequel est le vrai Santorum ?

Intéressé par la participation de Mitt Romney à l’évènement que le Nouveau Parti Progressiste (PNP) portoricain tenait devant le Capitole, où siège le gouvernement de Puerto Rico, je me suis rendu pour l’écouter à cet endroit enchanteur, situé sur la mer, à l’entrée du vieux San Juan.

Jamais n’ai-je vu un tel cirque apparenté plus à un spectacle de Madonna qu’à une réunion politique. C’est devant plus de 2 000 personnes que Mitt Romney et son épouse montèrent sur la scène, accueillis de bruits insoutenables aux airs d’une musique salsa. Campée sous une immense structure de projecteurs, une estrade de plusieurs niveaux était installée sur la scène et réunissait une centaine de politiciens locaux. Puis, les discours commencèrent et les orateurs qui se succédèrent parlaient en criant plus fort l’un que l’autre de leurs voix tonitruantes. Les microphones les captaient et elles étaient amplifiées par dix, au point que je me suis demandé combien de personnes sortiraient de cette assemblée le tympan perforé. Tous parlèrent en espagnol sauf pour quelques phrases dites en langue anglaise pour saluer Romney. En fait, la foule réagissait peu. C’est le régisseur du son qui ajoutait, au bon moment, des applaudissements électroniques accompagnés d’un roulement croissant d’une musique entraînante de plus en plus forte. Et cela se répéta sans cesse lorsque les orateurs, dont la présidente de la Chambre, le président du Sénat et le gouverneur de Puerto Rico, montaient de plus en plus le ton de leur voix à la fin d’un paragraphe pour susciter des applaudissements. On avait l’impression que la foule était en délire, mais il n’en était rien car tout était fabriqué. En fait peu applaudissaient. Un vrai faux rock show !

Il y avait peu de pancartes au nom de Romney. Parsemés de quelques drapeaux américains, les drapeaux portoricains et PNP étaient à l’honneur. Les discours durèrent plus de deux heures et traitaient des réalisations du parti et du nouveau référendum de l’automne prochain sur la possibilité que Puerto Rico devienne un État américain. Le PNP est favorable à l’union et hier soir la plupart des discours roulaient dans ce sens.

Puis, Romney s’approcha enfin du micro après que le gouverneur Fortuno l’ait présenté. Un déferlement inouï du système de son l’accompagna. Romney se montra réjoui d’avoir pu constater la culture portoricaine (sic) et aborda la question de la langue. Alors que la veille, au Mississipi, il avait affirmé que la création d’un nouvel État portoricain était attaché à l’obligation que la langue anglaise soit la langue officielle, le voilà qu’il affirme maintenant que le principe de deux langues officielles serait acceptable. Il justifia la langue anglaise en prétextant qu’elle est officielle depuis 100 ans dans l’île. Or c’est faux, puisqu’avant 1993 seule l’espagnole était officielle. Encore une fois, il citait des faits inexacts et ne prenait position que pour satisfaire la galerie. Lequel est le vrai Romney ?

En terminant, je rappelle le commentaire récent de Barbara Bush, l’épouse du premier président Bush, lorsqu’elle qualifia la présente primaire républicaine de « laide » et de « la pire dont j’ai été témoin ». « Que doivent penser tous les peuples qui nous regardent ? ». En ajoutant « Que faisons-nous ? ». Le passage des deux candidats à Puerto Rico est le plus récent exemple de la mauvaise foi de candidats qui disent n’importe quoi pour gagner des votes. Une vraie honte !

Quant aux Portoricains, ils demeurent divisés sur leur avenir et surtout incertains d’obtenir l’appui de Santorum ou de Romney pour que leur coin du monde devienne le prochain État américain, si l’un deux devait devenir président des États-Unis,

Claude Dupras

jeudi 25 mars 2010

Le "Che", 40 ans déjà !

En 1955, Fidel Castro a une belle surprise. Le président de Cuba, Fulgencio Batista, accorde une amnistie générale aux prisonniers. Fidel est en prison depuis l’attaque du 26 juillet 1953, lorsqu’il dirigeait ses compagneros contre la caserne militaire de Santiago. Libéré le 15 mai, il prend sur-le-champ la direction du Mexique. Comme il veut continuer son action révolutionnaire, il sollicite des fonds aux USA et y fait des discours pour répandre ses idées. C’est là, au pays des Aztèques, qu’il fait la connaissance, entre autres, d’un jeune homme qui aura une importance capitale sur son avenir : Ernesto Guevara. Guevara est argentin, médecin et jeune idéaliste révolutionnaire qui veut aider Fidel. Tous l’appellent « Che ». Il s’offre pour mener la guérilla contre l’armée de Batista. Fidel et son frère Raul, toujours près de lui, apprécient cette nouvelle collaboration.

Le 15 novembre 1956, Fidel annonce que le temps est venu de se rendre à Cuba. Il s’embarque sur une mer houleuse avec 82 insurgés à bord d’un petit bateau de 60 pieds, le Granma, chargé de munitions. Raul et le Che sont là. Tous vivent un vrai cauchemar. L’arrivée a lieu plus tard que prévue. Batista a été prévenu et ses soldats les accueillent. Seuls douze d’entre eux survivront dont Fidel, le Che et Raul. Finalement, après plusieurs semaines de pérégrination, le groupe forme la première guérilla de la Sierra Maestra et y établit le premier territoire libre de Cuba. Il adopte comme moto Patria o Muerte.

Cette année marque le 40ième anniversaire de la mort du Che. Ses derniers mots devant les policiers boliviens qui le dénichèrent dans la jungle bolivienne furent : « Tirez, bande de lâches, tout ce que vous tuerez n’est qu’un homme ». La nouvelle de sa mort est accompagnée d’une photo où on le voit étendu sur une table, sans chemise, la tête relevée, les yeux entre-ouverts. Une image inoubliable. Dans le monde entier, une peine profonde est ressentie par d’innombrables personnes qui avaient appris à respecter cet homme particulier. J’étais un de ceux-là. Il était devenu l’idole des jeunes qui le lisaient, qui l’enviaient et qui rêvaient de vivre à sa façon et faire comme lui.

Jeune à Buenos-Aires, Ernesto « Che » est un fils de famille riche, d’allure attrayante qui peut vivre dans l’aisance car tout lui est offert, par sa famille et sa profession. Mais il est obsédé par la pauvreté et la misère du monde qu’il a constatées lors de voyages. Il en est revenu révolté et juge que le problème réside dans le fait que les pays d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale sont sous la botte de dictateurs soutenus par le gouvernement américain et aux services de compagnies étrangères comme l’United Fruit Company des USA. Il décide de dédier sa vie à changer les choses et c’est pourquoi il offre ses services à Fidel Castro.

Il est asthmatique et l’humidité le fait souffrir. Cette condition mine sa qualité de vie, particulièrement lorsqu’il vit avec Fidel et ses barbudos dans la forêt tropicale de la Sierra Maestra.

Le 29 décembre 1958, à la surprise générale, le Che, devenu commandante, prend Santa Clara et fait mille prisonniers. C’est la plus grande victoire de la révolution. Fidel et Raul descendent alors vers Santiago le même jour. La veille du jour de l’an, se sentant battu, Batista s’enfuit de la capitale avec ses sacs d’or vers Saint-Domingue en République Dominicaine. Le lendemain, du haut d’un balcon face à la Cathédrale, Fidel fait son premier discours de vainqueur à la place centrale de Santiago. Puis il entreprend sa route vers La Havane.

Le 1er janvier 1959, Che rentre à La Havane et prend contrôle de la capitale avec Camilo Cienfuegos. Le 7 janvier, Fidel Castro arrive à La Havane aux acclamations d’une foule débordante d’allégresse. Che influence fondamentalement Fidel sur le genre de régime politique à implanter à Cuba. Il devient ministre et voyage dans le monde pour faire valoir ses pensées sur l’importance d’une révolution par le peuple et pour le peuple dans les pays où le peuple est en détresse. Il s’adresse aux Nations Unies, visite l’URSS...

À Cuba, même s’il n’est pas Cubain, une vie de pacha s’offre à lui car il est au sommet du pouvoir politique. Mais, le Che se sent appelé ailleurs. Il explique que « le plus beau sentiment pour un « guerrillero » est de ressentir qu’une injustice créée dans le monde devient son affaire ». Il avise Fidel qu’il quitte son gouvernement et part pour la Bolivie afin de susciter une révolution pour libérer le pauvre peuple bolivien de ses politiciens corrompus et de la main mise des capitalistes sur les ressources du pays. Le Che entreprit cette aventure, au succès prévisible fortement discutable, nonobstant les conseils de Fidel Castro. Malheureusement, elle devint son cercueil.

En comparant la vie d’Ernesto « Che » Guevara à la nôtre, on peut se demander quelles sont nos motivations et où sont nos actions pour arriver à ce monde meilleur qu’il imaginait. Nous vivons pour nous, notre famille, notre confort, nos buts personnels et notre sécurité. Et les autres, chez nous et ailleurs ? Je crois que le Che est pour tous un bon exemple de vie, de générosité, de sacrifices et de compassion pour les autres.

Claude Dupras