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samedi 7 janvier 2017

"Séparatiste" ou « Sécessionniste »

Je suis toujours surpris au contact de Québécois qui veulent la séparation du Québec du Canada de les entendre m'exprimer leur profond désaccord sur le fait que j'utilise les mots "séparatiste" ou "séparatisme" dans mes textes pour les décrire ou définir leur pensée ou action politique. C'est comme si ce mot était une insulte pour eux ! 
 
Ils veulent que j'écrive "indépendantiste" ou en encore "souverainiste". Certains me suggèrent "nationaliste".
 
Je suis un nationaliste qui a à cœur et défend, depuis ma jeunesse, la nation française canadienne et les intérêts particuliers du Québec afin qu'il devienne le plus autonome possible dans la Confédération canadienne. Je reconnais que les habitants des provinces et territoires ont noué d'étroits liens d'interdépendance (économique, sociale, politique et culturelle) basés sur des valeurs communes qui comprennent le fédéralisme, la démocratie, le constitutionnalisme et la primauté du droit, ainsi que le respect des minorités. 

De leur côté, les séparatistes parlent de la nation québécoise comme si nous étions tous francophones. Ils semblent ne pas vouloir reconnaître que le gouvernement du Québec représente l'ensemble du peuple (ou des peuples) résidant sur son territoire, dans l'égalité et sans discrimination. Le Parti Québécois qui veut gouverner le Québec avant de détruire le Canada se doit d’être un parti qui respecte ces principes élémentaires.  

Je suis indépendantiste et souverainiste car je veux que le Canada, mon pays, agisse en tout temps comme un pays indépendant et souverain. 

Ailleurs, dans le monde, on utilise partout le qualificatif séparatiste. Les séparatistes catalans, les séparatistes écossais, les séparatistes criméens, les séparatistes basques, les séparatistes pro russe, le conseil séparatiste de Starwars et ainsi de suite. C'est de toute évidence le bon mot français. Partout les gens qui veulent séparer leur territoire de leur pays sont fiers de se qualifier de séparatistes.  

Pour une raison que je ne comprends pas, les québécois séparatistes expriment une certaine honte de porter un tel label malgré que Larousse nous dît qu'un séparatiste est celui qui a une attitude, une tendance à sortir d'un ensemble national et à former une entité politique distincte de l'État d'origine. 

La Cour suprême du Canada, dans son jugement « Renvoi relatif à la sécession du Québec, [1998] » fait allusion au mot sécessionniste. Larousse le définit comme celui qui fait une action menée avec une fraction de la population d'un État en vue de se séparer de la collectivité nationale pour former un État distinct. Il me semble que c’est la même chose que séparatiste mais je suis prêt à utiliser dorénavant le mot sécessionniste pour décrire les séparatistes si cela leur plait davantage.  

En fait, je crois comprendre pourquoi les sécessionnistes québécois rejettent le mot "séparatiste". Ça semble être pour eux une question stratégique car ils croient que le mot fait peur à l'ensemble des Québécois et ils blâment en partie l'utilisation de ce mot pour leurs défaites référendaires du passé. Il est vrai que l'ex PM Canadien, Jean Chrétien, a répété à outrance ce mot lors des référendums. Mais est-ce une raison valable pour le cacher aujourd'hui en lui substituant des qualificatifs qui ne sont pas aussi précis dans leurs définitions ? C'est comme s'ils voulaient cacher la réalité.  

Si jamais un vote québécois aboutissait à une majorité claire en faveur de la sécession, en réponse à une question claire, cela conférerait au projet de sécession une légitimité démocratique que tous les autres participants à la Confédération auraient l'obligation de reconnaître. Je serai, à ce moment-là, solidaire de la décision de la majorité de mes compatriotes et je deviendrai alors indépendantiste et souverainiste pour les mêmes raisons que je le suis aujourd'hui pour mon pays le Canada.
Mais je demeure persuadé que cela ne se concrétisera pas car le Canada est un pays trop riche et extraordinaire pour que les Québécois le donnent aux autres. Ce serait un vrai mauvais deal… 
Claude Dupras

dimanche 1 mai 2016

La trudeaumanie à la Justin

Le Canada connaît une nouvelle vague de trudeaumanie.

Après son célèbre père, l’ex-PM du Canada Pierre Elliot Trudeau (PET), Justin Trudeau est devenu le nouveau premier ministre du Canada suite à l’élection qui a duré un record de 78 jours et qu’il a gagnée de façon surprenante avec son parti Libéral fortement majoritaire.
Depuis, il est omniprésent dans les médias qui n’ont cessé de transmettre son image, ses actions, ses politiques d’avant-garde, ses agissements et mettre en évidence sa personnalité. Beau gosse, charismatique, enthousiaste, il a un discours de son temps comme sur l’avortement, l’euthanasie, la légalisation de la marijuana… Il pratique la boxe et a un tatoo sur l’épaule gauche. Il emprunte les médias sociaux, fait des montages multimédias, tient des séances de questions sur Twitter, utilise Instagram pour ses centaines de photos prises depuis qu'il est tout petit à aujourd’hui, etc... Avec son épouse Sophie et leurs enfants, ils reflètent le bonheur, sont heureux et sourient. Quoi de mieux pour le commerce d’images et d’illusions qu’est la politique !  

De plus, en remplaçant un premier ministre, Stephen Harper, qui s’est avéré fade et peu intéressant pour les Canadiens et le reste du monde, il a engagé le Canada dans une cure de jouvence qui en fait un pays d’avant-garde pour plusieurs. Tout comme son père, il a transformé sa victoire électorale en trudeaumanie. Et, cela a vite fait le tour de la planète où Justin Trudeau est devenu l'objet d'un engouement général comme nous en avons été témoins lors de son passage récent aux Philippines.
C’est un phénomène unique en politique canadienne qui se répète. Il transforme un politicien en icône de la culture populaire même si il y a quelques mois, avant l’élection, tous les médias le qualifiaient de chef politique soit naïf, incompétent, inexpérimenté, incohérent et immature. Personne ne voyait en lui la stature d’un véritable chef qui pourrait diriger le « plus meilleur pays du monde », comme disait Jean Chrétien et rapporté par Le Devoir.

Depuis, la presse le recherche, épie ses moindres gestes, analyse tous ses mots et les traduit en images et en textes qui épatent le monde. Tout cela fait en sorte que des gens de tous les pays, particulièrement les plus jeunes, apprécient ce qu’ils voient, en demandent davantage pour mieux le connaître et l’aiment. Ce n’est pas peut dire car si on leur demandait de nommer le PM de l’Australie ou celui de la Nouvelle Zélande ou encore celui des Philippines, peu répondraient à l’une ou l’autre des questions. La trudeaumanie déferle et désormais Justin Trudeau est une vedette internationale connue et le Canada est sur toutes les lèvres. Les vendeurs en ligne en profitent. Des photos signées aux figurines, tous les moyens sont bons pour capitaliser sur le succès du nouveau premier ministre. La demande est forte.
Évidemment, un tel chef ne peut faire l’affaire des séparatistes québécois qui voient subitement apparaître un nouveau chef politique fédéraliste se lever et qui est de plus en plus écouté. Pour eux, il devient une embûche additionnelle et importante à leur démarche de convaincre les Québécois de quitter le Canada. Alors, on se moque de la trudeaumanie, on informe mal et on le dénigre finement et sournoisement tout en cherchant à diminuer son importance à l’étranger, dont en France, lors de rencontres, entre autres, avec la presse ou d'articles de magazine.. Ce qui est, à mon avis, de bien mauvais goût car, comme on dit chez nous, on n’étend pas son linge sale sur la corde à linge du voisin.

D’autant plus, que les Français admirent le Canada. J’y vis quatre mois par ans depuis 15 ans et j'en suis témoin. J’y ai fait un très grand nombre d’amis et de connaissances et constamment j’en rencontre de nouveaux. En général, ils aimeraient venir visiter notre pays, y travailler et même y vivre pour plusieurs. Jamais ai-je rencontré un Français me parler contre le Canada. Certes, on est très sympathique à la défense de la langue et de la culture française au Québec et on favorise le Québec dans les débats sur ce sujet. Ce qui est bien normal. Mais on envie le Canada, ses grand espaces, sa nature, son climat, son économie, sa population, son genre de gouvernement, son mode de vie…
A ce jour, Justin Trudeau va bien. Il a amélioré les relations avec les États-Unis. Il a accueilli 25 000 réfugiés syriens dans l’ordre. Il a signé l’entente globale sur le climat à Paris. Il a rétabli les relations diplomatiques avec l’Iran et a renforcé celle avec le Mexique. Il a promis de signer les ententes de libre–échange avec l’Europe et avec les pays du Pacifique. Il a annulé les missions de bombardement en Irak pour les remplacer par des missions humanitaires et de conseillers auprès des Kurdes. Il a engagé des discussions avec Obama pour la vente du bois d’œuvre canadien et pour d’autres sujets importants mis de côté par le gouvernement conservateur. Il a rencontré les premier-ministres des provinces et les leaders des territoires canadiens. Il travaille en collaboration avec l’ONU et le Commonwealth pour l’aide aux pays africains. Il prépare une entente particulière avec le président Obama sur le climat. Et, encore… Quelle différence d’approche, quelle fraicheur par rapport au gouvernement Harper !

Actuellement, tout est beau et positif pour Justin Trudeau et le sera pour une bonne période de temps, mais on ne peut oublier que la trudeaumanie à une fin. Celle de Pierre Elliot Trudeau s’est terminée dans un « dégoût quasi-universel dans l’Ouest canadien et ce mépris était partagé par beaucoup de québécois » pour d’autres raisons.
Après avoir été porté par la trudeaumanie, PET a été élu PM du Canada. Mais, 14 mois plus tard, il a été humilié et battu à l’élection suivante, par le jeune chef progressiste-conservateur Joe Clark qui dirigea un gouvernement minoritaire. Plus tard, PET revint au pouvoir pour diriger le pays durant cinq autres années...

Justin Trudeau se rappelle sûrement de ces moments de la trudeaumanie de son père. Il doit savoir que la sienne aura une fin. J’espère qu’il ne sera pas tenté de la maintenir au prix de ne pas prendre les décisions qui s’imposent dans l’intérêt du Canada. Son père a été un grand leader. On peut être ou ne pas être en accord avec sa personne ou son leadership, comme moi, mais il faut quand même reconnaître que lorsque l’intérêt général du pays était en péril, il s’est levé et a dirigé le Canada au détriment de sa popularité personnelle, de la trudeaumanie et de sa réélection car son moto était : Nous vivons dans un monde difficile: nous devons être nous-mêmes vigoureux; l'avenir n'est pas aux timides et aux faibles. J’espère que Justin Trudeau sera comme son père, ce jour-là, mais prendra des positions plus réalistes vis-à-vis le Québec !
Il ne lui reste maintenant qu’à tenir ses promesses et de continuer à traduire sa nouvelle trudeaumanie en influence diplomatique. Bonne chance !

Claude Dupras

 

samedi 21 février 2015

La campagne référendaire québécoise est lancée

Il faut le reconnaître, les séparatistes québécois ne sont pas des lâcheurs. Même après avoir subi une dégelée électorale, ils foncent à nouveau tête baissée vers leur objectif, sans tenir compte des erreurs qui leur ont fait si mal.

La principale fut d’avoir laissé entendre, en période électorale, qu’il y aurait un autre référendum pour séparer le Québec de l’ensemble Canadien. Le principal fauteur de cette erreur fut leur candidat-vedette, le milliardaire Pierre-Karl Péladeau (PKP), qui arriva sur scène le poing en l’air à la Lénine pour marquer avec force sa détermination séparatiste.

À ce moment-là, la campagne électorale du parti Québécois (PQ), qui se déroulait relativement bien, s’écroula subitement malgré l’excellente équipe de candidats que présentait la Première Ministre Pauline Marois. Le chat était sorti du sac. Marois ne put réaligner sa campagne, perdit l’élection, le pouvoir et démissionna.   
Aujourd’hui, au moment où se déroule la campagne à la chefferie du Parti Québécois (PQ), les sondages indiquent que 72% de la population votante n’est pas favorable à la séparation et que les jeunes de 18-24 ans, n’appuient pas le PQ, massivement.
PKP est candidat avec quatre autres dont les ex-ministres Bernard Drainville, Alexandre Cloutier et Martine Ouellet et un outsider Pierre Céré.  Malgré tout, PKP demeure le grand favori avec près de 60% d’appuis qui comprennent principalement les péquistes à tête blanche car les jeunes ne sont pas au rendez-vous. 
Le récent sondage CROP au Québec place PKP devant Couillard, advenant une élection. Les séparatistes qui ont toujours qualifié les sondages CROP de « bidon » s’en régalent aujourd’hui.
Mais en même temps, PKP perd des plumes dans son parti à cause de sa moche campagne, teintée d’erreurs de comportement et de stratégie. La dernière, l’affirmation de la possibilité qu’advenant une victoire du PQ à la prochaine élection, son gouvernement pourrait déclarer unilatéralement l’indépendance, sans référendum. Aux Québec, les élections sont gagnées avec 35% à 42% du vote exprimé alors qu’un référendum exige 50% +1. Les péquistes expérimentés savent bien qu’une telle élection est un accro intolérable à la démocratie et qu’aucun gouvernement du monde ne la reconnaîtra.
PKP a démontré à l’annonce de sa candidature qu’il était un mauvais orateur. Depuis, il ne s’est pas amélioré et il ne s’aide pas, non plus, avec le contenu de ses discours. Au sein de son parti, les épaules de ses auditeurs se haussent de plus en plus. Ils sont surpris de son manque d’habilité à s’exprimer avec conviction. Au récent conseil national du PQ, tous attendaient son discours. Il ne fut pas à la hauteur de ce moment important. Un journaliste présent a écrit : « il a parlé comme un jeune étudiant qui ne s’est pas préparé pour son examen oral. L’assemblée ne lui a réservé que des applaudissements polis ». Ailleurs, dans sa tournée des comtés pour chercher des appuis, il se veut éducateur et historien. Il fait appel à un discours patriotique pour toucher le cœur sensible de ceux qui l’écoutent. Il rappelle la conquête anglaise de la Nouvelle-France en oubliant le peu de support accordé par les rois de France à la colonie. Il souligne aussi les rébellions des patriotes de 1836-38 contre la milice britannique, les tensions politiques de l’époque et la proposition de Lord Durham pour assujettir les francophones à la domination vigoureuse d’une majorité anglaise afin de les assimiler. En somme, il cherche à rappeler certaines actions passées des anglais afin qu’aujourd’hui, pour creuser un fossé entre les anglophones et nous, nos compatriotes se révoltent contre les anglophones du gouvernement canadien actuel. En fait, cela est partie de notre histoire et n’a rien à voir avec 2015. Grâce à leur solidarité, nos pères ne se sont pas laissés faire et ont riposté en agissant pour que nous devenions ce que nous sommes. Un peuple fier, fort et autonome dans un grand pays indépendant qu’est le nôtre, le Canada.
Et il y a l’incident de Rouyn-Noranda. En tournée de campagne, il assista en fin de soirée à un concert de chansons anglaises donné par des artistes francophones du groupe pop montréalais Groenland. Soudainement, à la surprise de tous, il cria du fond de la salle « en français ». Le lendemain, sans excuse, il déclara « je suis un défenseur de la langue française », persista dans sa position et signa. Son porte-parole, insista pour dire que PKP n’était pas ivre et justifia sa bévue comme étant normale après une journée de cabale bien remplie. Ouais !
 
Ces situations surprenantes démontrent une stratégie revancharde, irrespectueuse et déplacée. Le moins que l’on puisse dire, c’est une approche mesquine envers les anglophones du Québec.
À cause de PKP, les rapports journalistiques des rencontres de candidats à la chefferie portent surtout sur la séparation du Québec. C’est devenu une enchère entre eux pour déterminer lequel a la meilleure façon d’aborder cette question. Pendant ce temps, heureux de la tournure des évènements, le PM Philippe Couillard se frotte les mains car il connaît le pouls de la population et sait qu’elle ne veut rien savoir d’un nouveau référendum.   
À la dernière assemblée générale du PQ, les dirigeants ont hésité à faire adopter des résolutions politiques expliquant que le nouveau chef devait imprimer sa marque sur le programme. Donc, ce que propose et dit PKP, qui deviendra vraisemblablement le chef, sera le prochain programme du PQ. Quelle différence avec le PQ d’hier dont les membres savaient se tenir debout. Certains, dont Jacques Parizeau,  ont même quitté la salle en protestation contre des éléments du discours de René Lévesque qui présidait la réunion. Ils l’ont humilié pour faire valoir leurs opinions.
Aujourd’hui, aveuglement, les péquistes suivent le joueur de flute PKP même si, malgré ses réussites impressionnantes en affaires, il ne démontre absolument pas, à ce jour, des qualités de chef d’État. Tellement désespérés de reprendre le pouvoir, ils mettent tous leurs œufs dans le même panier malgré son manque d’expérience politique. Il ne faudrait pas qu’il trébuche car, comme Perrette, ils diront  « adieu veau, vache, cochon, couvée…. ». Le rêve s’évanouira en un instant. Pourtant, ils ont d’autres bons candidats qui montrent de telles qualités comme le jeune Alexandre Cloutier qui, à 37 ans, a le même âge que Robert Bourassa lorsqu’il devint premier ministre.  
Les campagnes référendaires du passé dirigées par René Lévesque, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard étaient basées sur des arguments sérieux qui découlaient de conflits et de débats importants avec le gouvernement fédéral tels les accords du lac Meech et de Charlottetown, de commissions gouvernementales nationales et québécoises, d’états-généraux de la nation et de toute une série d’autres de même nature issus des niveaux nationaux et provinciaux. Y participaient pour les péquistes, des individus de la trempe des René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Jacques-Yvan Morin, Camille Laurin, Denis Lazure, Marc-André Bédard, Jean Garon, Yves Bérubé, Claude Charron, Lise Payette, Pierre Marc Johnson, Gérald Godin, Rodrigue Biron, Yves Duhaime, Denis Vaugeois, Denis de Belleval et des dizaines d’autres. Aujourd’hui, rares sont les individus de cette trempe dans le PQ.
Pour les remplacer, PKP veut créer « un think tank sur la séparation » dont il choisira évidemment les membres. Ils seront sûrement séparatistes puisque les conclusions devront aller dans le sens qu’il recherche. Elles seront contestées pour cette raison car les Québécois se méfieront d’un tel organisme.
Les fédéralistes de leur côté ne sont pas en reste non plus. Ils n’auront pas de Pierre Elliott Trudeau, Jean Chrétien, Paul Martin sur le plan fédéral, mais Stephen Harper et ses conservateurs, s’ils sont encore au pouvoir. Pas fort pour défendre le système fédéral dans un référendum québécois.
Pauvres Québécois ! Il me semble que nous avons donné souventes  fois nos opinions sur la question de la séparation du Québec et que les sondages scientifiques démontrent qu’elles n’ont pas changé. Nous avons tellement d’autres problèmes importants à régler, pourquoi devons-nous nous faire rabâcher les oreilles avec les mêmes rengaines. Assez, c’est assez ! Non ?
La meilleure situation pour le PQ serait que PKP ne gagne pas. Les raisons sont celles de son écrasante défaite à la dernière élection qui a permis au parti Libéral de gagner une majorité inattendue. Les mêmes débats ajoutés à la question de conflits d’intérêts (l’ex-ministre Lisée l’a bien démontré) donneront le même résultat électoral ou pire.
Claude Dupras

mercredi 15 janvier 2014

Même craqué, le Bloc est utile

Depuis sa fondation, le Bloc Québécois, parti politique canadien, a toujours représenté exclusivement à la Chambre des Communes canadienne les opinions politiques des séparatistes québécois. Même si je n’ai jamais été un partisan de ce parti, je reconnais d’emblée que maintes fois ses prises de positions reflétaient l’intérêt de tous les Québécois.

Le Bloc fut créé en 1991 par le ministre progressiste-conservateur démissionnaire Lucien Bouchard, suite à une mésentente de ce dernier avec le premier ministre (PM) canadien Brian Mulroney en rapport avec l’accord du Lac Meech sur le rapatriement de la constitution canadienne de Londres.

Ce n’était pas la première fois qu’était proposée l’idée d’un parti national composé exclusivement de Québécois à Ottawa, pour défendre les intérêts du Québec. Dès 1926, l’Action française avait propagé une telle proposition sans succès. Plus tard, en 1942, en pleine guerre mondiale, lors du débat sur la conscription obligatoire de jeunes Canadiens dans l’armée canadienne pour aller au front en Europe, le Bloc Populaire fut créé au Québec pour s’opposer à cette mesure. Son chef était Maxime Raymond. Il ne gagna aucun siège à l’élection fédérale.

Par contre, son aile provinciale dirigée par André Laurendeau présenta, en 1944, des candidats dans tous les comtés contre le gouvernement libéral d’Adélard Godbout. Elle accusa ce dernier de marcher, main dans la main, avec le gouvernement fédéral libéral de Mackenzie King qui, disait-elle, favorisait la conscription. La popularité de Laurendeau et de son parti connut un bond de popularité dans les milieux nationalistes, au point que quelques curés n’hésitèrent pas à dire en chaire à leurs paroissiens : « Je ne peux vous dire pour qui voter, mais votez en bloc ». C’est l’Union Nationale de Maurice Duplessis, défait en 1939, qui gagna finalement l’élection. Le Bloc Populaire ne remporta que 4 sièges et le parti disparut, quelques années plus tard, suite à la démission de Laurendeau.

Dans les années ’60, le « Ralliement des Créditistes », parti du Québec résolument fédéraliste et de droite, de Réal Caouette, gagna plusieurs sièges au Québec dans les régions rurales et devint jusqu’au début des années ’80 le porte-parole, à la Chambre des Communes, du mécontentement et du nationalisme des Québécois.

Après plusieurs décennies de déceptions et d'échecs, le Bloc Québécois fit élire 54 députés à l’élection fédérale de 1993. De plus, à la surprise générale, le parti se classa deuxième avec le plus grand nombre de sièges à la Chambre des Communes et devint, par la force des choses, l’Opposition officielle du gouvernement du Canada. Ce fut grâce à l’intelligence, les convictions profondes, l’éloquence et le charisme de Lucien Bouchard qui charmèrent les Québécois.

En fin de janvier 1996, Bouchard démissionna pour remplacer Jacques Parizeau au poste de PM du Québec et le Bloc a choisi Michel Gauthier comme son deuxième chef. Après un an, il fut remplacé par Gilles Duceppe. Habile, intelligent et bon politicien, Duceppe maintint le Bloc fort et majoritaire au Québec jusqu’à l’élection fédérale de 2011 où il connut une débandade spectaculaire et perdit tous ses députés, sauf quatre. Duceppe démissionna. Son successeur, Daniel Paillé, vient de démissionner à son tour, après un an à la barre du parti et le Bloc est redevenu orphelin.

Depuis, un débat sur la pertinence du Bloc Québécois sur la scène politique canadienne fait rage au Québec : « Un parti de séparatistes québécois est-il utile et nécessaire à Ottawa ? ». Ces derniers jours, l’ex-PM québécois Bernard Landry et l’ex-député péquiste Yves Michaud ont dit publiquement NON et ont demandé la mort officielle du Bloc Québécois. D’autres s’y opposent et prétendent que la place qu’occupe le parti doit être comblée parce qu’elle est une tribune pour ceux et celles qui veulent vanter les mérites de la séparation du Québec du Canada.

Je ne suis pas séparatiste. Je ne peux me résoudre à laisser le Canada aux autres. Mon pays est si vaste, si riche, si beau et si plein d’opportunités pour mes descendants que je me dois de tout faire pour leur conserver.

Par contre, l’idée que le Bloc demeure à Ottawa ne me déplait pas. Pas fort, mais avec un représentation minimum. Je ne crois pas, dorénavant possible, qu’il obtienne des victoires aussi éclatantes que celles obtenues par Bouchard et Duceppe et c'est une bonne chose. De plus, je crois important que plusieurs députés québécois issus de partis fédéraux traditionnels soient élus et qu'un bon nombre deviennent ministres du gouvernement. Ce que le Bloc ne peut faire. Mais qu’une dizaine de députés bloquistes soient élus à la prochaine élection me semble positif. Un tel résultat aura l'avantage de maintenir sur la scène nationale le débat sur les idées d’une bonne partie de la population québécoise. De plus, il servira à renseigner les députés des autres provinces des demandes du Québec. La démocratie ne peut qu’en gagner.

Avec le temps, j’ai remarqué que le débat de politique fédérale fait partie de nos discussions lorsqu’il y a au pouvoir à Ottawa un gouvernement avec un PM québécois (comme ceux de Trudeau, Chrétien et Mulroney) ou un gouvernement composé de plusieurs ministres québécois compétents (comme celui de Joe Clark) ou encore une opposition comme celle du Bloc qui défend ardemment des positions qui sont au cœur de plusieurs de nos débats locaux. Depuis l’élection du gouvernement du Parti Conservateur de Stephen Harper, dans lequel le Québec est peu représenté, je regrette que les Québécoises et Québécois n’entendent moins parlé de la politique fédérale et n’y apportent, par conséquent, moins d’attention que par le passé.

Le Nouveau Parti Démocratique a connu une grande victoire en 2011 et a balayé le Québec. Il est devenu l’opposition officielle. Malheureusement, l’inexpérience de ses nombreux députés québécois ne l’a pas vraiment aidé avec le résultat que les échos des débats de la colline parlementaire à Ottawa nous parviennent à peine. Et cela, même si son chef, Thomas Mulcair, fait un job du tonnerre comme chef de l’opposition, selon tous les observateurs avertis.

Face au nouveau, jeune et charismatique chef libéral, Justin Trudeau, qui a redynamisé son parti; face à la force politique que conserve le NPD; face au potentiel des 850 000 votes qu’a remportés le Bloc à la dernière élection et face au 12% de votes qu’obtiendront les Conservateurs, j’en conclus qu’il est probable que le vote au Québec, à la prochaine élection fédérale, sera réparti entre tous les partis si aucun ne prend un élan hors de l’ordinaire. Une telle situation pourra aider les candidats du Bloc à se faufiler, à plusieurs endroits, entre les autres candidats et à regagner ainsi une dizaine de comtés dans les régions où le parti a toujours été très populaire.

Le Bloc a besoin d’un nouveau chef avec une expérience politique et de bons candidats. Il y a quelques jours, Richard LeHir, ex-ministre de Parizeau, a annoncé être prêt à devenir candidat du Bloc à la prochaine élection. Il a affirmé son désir de se présenter contre Justin Trudeau dans le comté de Papineau, à Montréal. Le Hir est un bon candidat mais il perdra sa chemise contre Trudeau dans ce comté cosmopolite où un séparatiste n’a aucune chance de l’emporter surtout contre le chef du parti libéral. S’il ne vise qu’à faire du bruit et attirer l’attention, il y a des possibilités qu'il atteigne son but, mais ce n’est pas certain. Mais s’il est vraiment sérieux et veut être élu pour aider le Bloc, qu’il choisisse un comté aux caractéristiques favorables pour un candidat de sa trempe et de sa couleur politique. Ce ne sera pas facile mais, comme je l’ai expliqué précédemment, un bon candidat avec une bonne organisation peut gagner de justesse un comté pour son parti à la prochaine campagne électorale, même s’il s’agit du Bloc Québécois.

Claude Dupras

lundi 9 décembre 2013

Stephen Harper ne partira pas

Stephen Harper est premier ministre du Canada depuis 9 ans. C’est beaucoup pour un chef conservateur. Surtout durant les années que nous vivons où les politiques conservatrices ne sont pas toujours au goût de la majorité des électeurs. Depuis un certain temps, plusieurs observateurs s’amusent à prédire son départ. Qu’en est-il vraiment ?

Issu de la fusion entre les réformateurs modérés du Bas-Canada et du Haut-Canada en 1854, le Parti Conservateur (PC) devint, de 1942 à 2003, le Parti Progressiste-Conservateur (PPC) en intégrant un parti de l’Ouest. Sa politique était centriste. Puis, suite au regroupement avec le parti Alliance Canadienne (AC), en 2003, le nom redevint Parti Conservateur. Cette union n’en fut pas une d’idées mais de noms seulement et revêtait un caractère opportuniste.

Le Reform Party était un parti populiste créé par Preston Manning dans l’Ouest Canadien. Après ses insuccès lors d’élections fédérales, le Reform voyant son incapacité à gagner des appuis dans l’est du pays changea son nom pour Alliance Canadienne (AC), pensant que son impopularité n’était qu’une question de cosmétique. Suite à d’autres défaites électorales, Stephen Harper devint chef de l’Alliance. Il proposa la fusion avec le PPC du chef Peter Mackay. Plusieurs ex-ministres du PPC telle, Flora Macdonald, et des sénateurs PPC tel, Lowell Murray (il siège encore aujourd’hui comme sénateur progressiste-conservateur), s’opposèrent à cette union dont ils prévoyaient l’issue politique. Mais leurs oppositions furent renversées. Le Parti Conservateur renaquit de ses cendres et Harper le campa carrément à droite.

La conjoncture politique servit bien Harper puisque le parti libéral, alors dirigé par le PM Paul Martin, au pouvoir depuis trop longtemps, fut pris dans un scandale d’envergure nationale, « les commandites ». De plus, Harper promit de baisser la TPS (TVA) de 2%. Le bruit qui en résulta fit en sorte qu’Harper et son parti PC prirent le pouvoir. Harper obtint sa victoire grâce à l’appui de l’Ouest et de certaines régions conservatrices de l’Ontario. Le Québec ne lui donna que 10 députés sur 75.

Les Canadiens ne sont pas majoritairement de droite, si on en juge par les partis de centre ou de centre-gauche qui dirigent les gouvernements des provinces. Et cela, même en Alberta où se trouve la base nationale du PC. Les séparatistes québécois aiment affirmer que les Québécois ne sont pas semblables aux autres Canadiens qui, disent-il, sont conservateurs. Or, cela ne correspond pas à la réalité. Harper est de droite, mais la grande majorité des Canadiens ne l’est pas.

Le Canada n’est pas la France. Là-bas on vote à gauche, à droite, au centre, à l’extrême droite ou à l’extrême gauche. Les Français votent pour les politiques et non les politiciens. Par exemple, lorsqu’on est de gauche, on vote pour le candidat de gauche aux élections nationales, aux départementales, aux cantonales, aux municipales. Les Canadiennes et Canadiens, plus pragmatiques, ne décident pas ainsi de leurs votes. Ils optent pour le parti, son chef et le candidat de leur comté sur la base du programme électoral en tenant compte des problèmes de l’heure. La valeur des candidats compte. Au Québec, il y a en plus d’autres considérations puisque les agissements d’un lointain passé des conservateurs demeurent dans le subconscient des francophones, telles la pendaison du métis Louis Riel ou les deux crises de conscription obligatoire lors des guerres mondiales. Québec se souvient !

Il faut se rappeler qu’Harper a démissionné comme député réformiste pour promouvoir son programme de droite. Il espère, depuis ce temps, que la droite écrase le centre et la gauche comme ce fut le cas en Grande-Bretagne, aux USA et en Nouvelle-Zélande. C’est comme chef de l’opposition qu’il dévoila sa politique étrangère, lors du débat sur la guerre en Irak et le refus du Canada d’y participer : « Ce gouvernement nous a, pour la première fois dans notre histoire, tenu à l’écart de nos alliés britanniques et américains au moment où ils avaient besoin de nous ».

La politique étrangère du PM Harper surprend : boycottage récent de réunions aux Nations-Unis et au Commonwealth, rejet de l’accord de Kyoto déjà signé par son prédécesseur, etc. Il refuse à chaque occasion de faire la part des choses. Alors que le Canada s’est toujours rangé du côté des plus faibles et de la liberté, le Canada d’aujourd’hui appuie inconditionnellement le gouvernement d’Israël dans la lutte palestino-israélienne. Pour lui, le Canada n’est grand que s’il accepte la coalition impérialiste anglo-saxonne, qu’elle soit sous la dominance de Washington ou de Londres.

Quelle différence avec la politique du Parti Progressiste-Conservateur du PM Brian Mulroney que nous rappelle la mort récente de Nelson Mandela. À ce moment-là, le PM et son ministre des affaires étrangère Joe Clark prirent solidement position à l’ONU en faveur de la position de Nelson Mandela et des noirs sud-africains dans leur bataille contre l’apartheid et les Afrikaners, malgré les appuis des conservateurs anglais et des républicains américains aux blancs. C’est Mulroney qui convaincra Margaret Thatcher et Ronald Reagan de mettre la pédale douce et de modifier leurs points de vue. Je crois que l’on peut affirmer clairement aujourd’hui que si Harper avait été alors PM, il aurait ouvertement appuyé les Afrikaners au nom de la coalition impérialiste anglo-saxonne contre Nelson Mandela.

Harper a vertement critiqué le gouvernement Chrétien de n’avoir pas voulu joindre le Canada à la guerre d’Irak. Par contre, il a engagé le pays dans celle d’Afghanistan, sous commandement américain. Il a ainsi ramené l’identité canadienne à la case de départ en modifiant les pouvoirs du gouvernement canadien principalement : la politique étrangère, la défense et l’armée.

En politique domestique, Harper estime que le vrai problème canadien se situe entre les secteurs privé et public. Il n’aime pas le concept de l’État-providence qui, dit-il, a créé une « classe politique » qui ne fait que réclamer davantage de ressources que le secteur privé peut en fournir. La gauche veut des prêts, des subventions, de meilleures pensions, des subsides… La droite veut des réductions d’impôts. Pour Harper, cela se traduit par moins de gouvernement, donc plus de liberté.

Pour lui, l’obstacle principal est le Québec où il ne voit que étatisme, dirigisme, socialisme et « patronage ». Il s’est opposé à l’entente du Lac Meech et à l’Accord de Charlottetown parce que les deux prévoyaient une forme de statut particulier pour le Québec. Il s’est opposé à la « société distincte » car pour lui ce n’était qu’un chèque en blanc pour davantage d’étatisme. Il était et demeure partisan de la ligne dure à l’égard du Québec et refuse de céder à ce qu’il appelle « le chantage du Québec » sur ces questions.

Le PM Harper débute toujours ses discours en français et cela est apprécié par les Québécois qui comprennent néanmoins qu’il est motivé pour ce faire par des aspects politiques. Le malheur, c’est que ses actions politiques envers le Québec ne suivent pas.

Harper s’oppose à la promotion du bilinguisme au Canada. Il se justifie par le fait que le Québec soit officiellement unilingue français. Il ne tient pas compte du fait que plus de 75% des Québécois sont bilingues. Même s’il dit accepter que le français et le l’anglais ont un statut égal dans toutes les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada, il fait tout pour contrevenir indirectement à ces lois, en nommant trop souvent, comme on a vu récemment, des « mandarins » unilingues à des postes qui requièrent la connaissance de la langue française. Même au Parti Conservateur, cette semaine, il n’a pas osé nommer un francophone comme directeur général, alors que le poste était ouvert.

Je reconnais qu’il a changé plusieurs de ses positions rigides de son temps de député. Pour lui, même s’il pense que la langue française n’est pas menacée au Québec, il accepte aujourd’hui que les provinces puissent légiférer sur la langue et la culture. Cependant, il ajoute un bémol. Leurs décisions doivent respecter la charte pour la défense des droits à la liberté d’expression et au choix de la langue.

En rapport avec la séparation du Québec, Harper n’accepte pas qu’elle puisse se faire suite à une déclaration unilatérale d’indépendance du Québec. Pour lui, la sécession requiert un amendement constitutionnel et le consentement unanime des provinces. Il affirme « si le Canada est divisible, le Québec l’est aussi » et exige une question référendaire claire. Je rappelle qu’il s’est opposé à la « Déclaration de Calgary » qui reconnaissait le « caractère unique » de la société québécoise et l’intégration de cette caractéristique dans la constitution canadienne. Il a souventes fois affirmé « qu’il ne fallait pas céder au « bluff » du Québec ».

Harper a toujours œuvré pour que les valeurs de la droite économique, sociale et religieuse deviennent les valeurs dominantes du Canada. Il calque son travail sur les expériences conservatrices de ses héros, Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Il veut déréglementer, privatiser, baisser des impôts, réduire la dette et diminuer le rôle de l’État. Il refuse de faire des concessions économiques et sociales aux provinces. Il continue de favoriser le libéralisme économique classique et le conservatisme social. Pour lui, le véritable problème est le relativisme moral et la neutralité morale.

En bon politicien, Harper sait choisir ses batailles afin de ne pas trop diviser les rangs de son parti. Il a dévoilé sa stratégie, il y a plusieurs années : « L’important c’est d’aller dans la bonne direction, même si c’est lentement ».

Tout ça me fait conclure qu’Harper n’est pas prêt à démissionner et à risquer que les rênes du Parti Conservateur tombent dans les mains d’un successeur qui ne poursuivra pas avec persévérance la réalisation du projet de droite qu'il s'est fixé pour le Canada.

Il ne partira pas car il craint de voir détruire en un jour l’œuvre de sa vie politique, comme dirait Kipling.

Claude Dupras

jeudi 14 novembre 2013

Quand Pauline Marois charrie !

La première ministre du Québec Pauline Marois a fait un discours retentissant à la clôture du dernier congrès du parti Québécois qui prône la séparation du Québec du Canada.

Elle a dit « nous aimons tellement les gens qui y vivent, que nous caressons pour eux un très grand rêve. Nous voulons que le Québec soit un pays libre et indépendant ! ». C’est son rêve, je la comprends. Mais beaucoup de Québécois aiment leur Québec sans qu’il soit nécessaire de briser le Canada, le pays de leurs ancêtres.

Elle a continué « si le Québec était un pays, il serait le 18e plus grand du monde… riche en ressources et d’une population parmi les plus scolarisées et les plus créatives du monde ». Mais notre pays le Canada est le 2e plus grand au monde et sa population a toutes ces qualités.

Elle a ajouté en comparant le Québec d’aujourd’hui avec celui de 1995: « Le poids de notre dette est moins élevé. Notre cote de crédit s’est améliorée. Notre solde budgétaire également. Les Québécois sont individuellement plus riches. La pauvreté a reculé aussi. Jamais le Québec n’a compté aussi peu de familles sans emploi ou vivant de l’aide sociale ». Mais c’est la même chose partout au Canada pour chaque Canadien. Elle omet de dire que cela s’est concrétisé alors que le Québec faisait partie du Canada et que Jean Charest était PM du Québec pendant 10 ans. Plusieurs provinces « pauvres » sont devenues des provinces « riches » durant ce temps comme le souligne le système de la péréquation. Elle omet les données de l’OCDE qui estime qu’un Québec indépendant serait le cinquième pays le plus endetté au monde, alors que le Canada est le 14e..

Elle a affirmé : « Si le Québec était un pays, il serait au 19 e rang de l’OCDE au chapitre du produit intérieur brut par habitant ». Actuellement, le Canada est au 9e rang.

Elle a rajouté: « Nous serions 9e quant à la proportion de notre population qui occupe un emploi ». Le Canada est 2e.

Elle a déclaré : « Je suis convaincue que le Québec aurait pas mal plus de moyens s’il était indépendant. Quand Ottawa investit 10 milliards pour l’industrie de l’auto, il y a 2 milliards qui viennent du Québec. Quand Ottawa donne des contrats de 25 milliards pour la construction de navires à Halifax, 5 milliards viennent de chez nous ». Du même souffle, elle refuse de reconnaître les centaines de millions en sous-contrats accordés à des entreprises Québécoises pour ces projets. De plus, elle ne cite pas les projets fédéraux au Québec, comme le sera celui du nouveau pont Champlain estimé à un coût de 3 milliards $ par Ottawa, duquel 2,4 milliards viendront des autres provinces et les centaines de milliards pour les projets passés et nouveaux d’infrastructures où 80% de ces fonds sont venus et continueront de venir des autres provinces. Et les décisions fédérales qui favorisent le Québec comme la concentration de l’industrie de l’avionnerie à Montréal qui crée plus de 70 000 emplois, pourquoi ne les souligne-t-elle pas ? On peut poser la question, si le Québec est indépendant, le domaine de l’avionnerie demeura-t-il à Montréal ?

Elle a lancé : « … de rester dans le Canada est risqué. C’est risqué d’être soumis aux décisions d’Ottawa. C’est risqué de demeurer dans un pays qui évolue dans une direction opposée à la nôtre ». Pourtant, le passé n’indique pas cela. Certes, le Québec et d’autres provinces ne sont pas toujours en accord avec Ottawa. On a vu dans le passé des luttes mémorables entre les PM Duplessis, Lesage, Johnson, Lévesque et Parizeau et le PM canadien sur des sujets de taxation et des sujets constitutionnels. Le Québec a gagné plusieurs de ces débats importants.

La « direction opposée » dont parle Pauline Marois a rapport avec les politiques du gouvernement du PM Stephen Harper sur la question de l’environnement, des armes à feu, des peines de prisons trop sévères, des valeurs immobilières, de l’assurance-emploi, etc… Je lui donne raison sur plusieurs de ces points, malgré que je sois sympathique à la couleur du parti d’Harper. Je ne partage absolument pas plusieurs des opinions et des positions politiques conservatrices de ce dernier. Mais, on ne jette pas un pays à terre à cause d’un gouvernement qui occupe momentanément le pouvoir.

Les Québécois ont à leur crédit une grosse part du mérite de ce qu’est le Canada d’aujourd’hui. Des chefs de notre milieu : Lafontaine, Cartier, Laurier, Saint-Laurent, Trudeau, Mulroney, Chrétien, Martin se sont avérés des leaders exceptionnels qui ont bien dirigé notre pays pour en faire aujourd’hui un modèle sur la scène mondiale. Que le PQ ne cherche pas à nous faire croire avec un discours teinté de négativisme et d’arguments de croques-mitaines, qu’il y va de notre intérêt de casser ce beau pays bâti par des gens de chez nous.

Tous les Québécois élus de tous les partis politiques des deux niveaux du gouvernement, défendent le Québec. Pas de la même façon, c’est évident. Pauline Marois s’est ridiculisée en affirmant qu’« il n’y a que le Parti Québécois qui défend les intérêts du Québec ». Qu’elle continue à travailler avec les autres partis et ses collègues des autres provinces, et elle verra qu’elle peut défendre positivement nos prérogatives.

Elle veut un système de transport léger sur rail sur le pont Champlain. Elle l’obtiendra si elle adopte l’attitude de convaincre au lieu de blâmer. Elle profite de l’indignation de plusieurs qui s’élèvent contre un possible péage sur le pont Champlain pour critiquer encore le fédéral. C’est de la petite politique. Pourquoi n’a-t-elle rien dit lorsque le péage a été imposé sur le pont de la 125 au nord de Montréal. Le seul sur la rive nord.

« Depuis la confédération, combien de temps avons-nous perdu en rondes constitutionnelles, en rencontres fédérales-provinciales, en réunions de fonctionnaires ? » s’est-elle exclamée ! N’est-ce pas une chose normale dans un grand pays comme le Canada ? Les autres pays de l’Occident sont aussi maintes fois engagés dans des débats interminables. Le résultat de toutes ces rondes et réunions a fait du Canada un des pays les plus enviés de la planète. « Si on choisit d’en finir avec la chicane et de nous tourner vers l’avenir, il n’y a aura plus de conflits entre le Canada et le Québec ». Pour elle « en finir » veut dire « séparation ». Si elle pensait coopération au lieu de renonciation et montrait un peu de loyauté au Canada, ce serait peut être mieux pour tout le monde.

Elle veut « en finir avec le multiculturalisme et de choisir le « mieux-vivre-ensemble ». Des mots vides qui ne veulent rien dire et qui ne correspondent pas à la réalité. Le Québec moderne est multiculturel. Depuis plus de cent ans des vagues d’immigrés de toutes races et religions se sont succédées : irlandais, écossais, grecs, italiens, juifs, polonais, lithuaniens, arabes, haïtiens, asiatiques, tamuls, etc… et cela ne s’arrête pas. Nous sommes un pays riche et les pauvres y voient une possibilité pour assurer le bien-être de leur famille. En grande partie tous ces néo-québécois parlent de plus en plus français. Notre défi est d’accueillir et d’intégrer tous ces gens dans notre culture et de montrer suffisamment de créativité pour qu’ensemble nous puissions bâtir notre économie. C’est manquer d’audace et de réalisme que de nier cela.

Un vrai gouvernement québécois doit se dédier à réaliser ces défis importants. Ainsi, nous serons plus fiers de notre coin du monde où la liberté, le respect et la qualité de vie seront au rendez-vous pour tous.

Claude Dupras

mardi 23 juillet 2013

Un Premier ministre bien ordinaire

C’est à son arrivée à Lac Mégantic, que j’ai revu Stephen Harper. Encore une fois, je l’ai trouvé terne, incolore, inodore et sans saveur. Quelle image désolante pour un premier ministre (PM) du Canada, au pouvoir depuis près de 8 ans ! Est-ce cela qui explique qu'il n'a que 8% d’appuis au Québec, alors que Robert Stanfield, chef du Parti progressiste-conservateur qui aussi avait peu d’image, mais était un progressiste, en avait 21% ? Qu’en est-il vraiment ? Pour mieux comprendre, je crois qu’une comparaison s’impose avec les faits et gestes de ses prédécesseurs : John George Diefenbaker, Lester Pearson, Pierre-Elliot Trudeau, Brian Mulroney et Jean Chrétien.

John Diefenbaker né en Ontario, adolescent en Saskatchewan, soldat de la 1ière guerre mondiale, en revient pour pratiquer le droit. Amant de la politique, tribun extraordinaire, il perd sept élections avant d’être député, ministre et PM du Canada. Il le sera 6 ans. Traduction simultanée, première femme ministre, premier amérindien sénateur, plus de points d’impôts aux provinces, protection des agriculteurs de l’Ouest et des pauvres de la société sont ses actions. Il fait adopter la déclaration canadienne des droits et des libertés fondamentales. Il veut l’indépendance économique et politique du Canada des USA. Refuse l’implantation sur le sol canadien de missiles nucléaires américains Bomarc. En 1958, il gagne 50 députés au Québec, malgré qu’il soit unilingue anglais. Persuasif, convaincu et convainquant, « the chief » est un leader sincère, franc et a de la couleur. Pour le PM Joe Clark : « Ce fut un homme indomptable qui changea la nature profonde de son pays et la changea pour toujours ».

Lester Pearson devint Nobel de la paix. Diplômé de l’U de Toronto et d’Oxford, athlète, pilote à la guerre 1914-18, il devient ministre, s’oppose à l’intervention militaire du Canada dans le monde et propose, à l’ONU, la formation des « casque bleus ». PM en avril 1963, il le sera 5 ans, il instaure l'accès universel aux soins de santé, les prêts aux étudiants, le bilinguisme officiel, le régime de pensions des canadiens, etc.. et le drapeau du Canada. Il légalise le divorce, décriminalise l'avortement et l'homosexualité. Combiné à son travail innovateur à l'ONU et en diplomatie internationale, Pearson est l'un des Canadiens les plus influents du XXe siècle. Il a fait sa marque partout.

Pierre-Elliot Trudeau, formé par les jésuites, étudiant en droit, obtient une maîtrise en économie politique d’Harvard. Outrancier, insolent et provocateur, il aime le canoë et les voyages, dont en Chine de Mao. Il s’intéresse à la grève d’Asbestos et aide les grévistes. Il joint « Cité libre » où il propose des « réformes sociales et une plus grande égalité ». Professeur de droit constitutionnel à l'U de M, il se lance en politique fédérale. Elu, il est ministre de la Justice. Une phrase le rend célèbre « L’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation ». Devenu PM, il le sera 15 ans. Il fait adopter la loi sur les langues officielles et oblige les institutions fédérales à offrir des services en anglais et en français à la grandeur du pays. Aux prises avec l’enlèvement du diplomate James Richard Cross et le meurtre du ministre Pierre Laporte, il ordonne à l'armée d’agir et proclame la « Loi sur les mesures de guerre ». Il aboli la peine de mort. En 1976, il apporte une aide financière au peuple cubain victime d’un embargo américain. Il gagne le référendum de 1980 contre les séparatistes québécois et rapatrie la constitution canadienne de Londres, nonobstant le refus du Québec. Intellectuel au caractère flamboyant, il a rehaussé la visibilité du Canada dans le monde.

Brian Mulroney, de Baie Comeau, devient avocat d’une firme montréalaise, commissaire de la Commission Cliche sur la construction et président de Iron Ore Company. Intéressé par la politique, il est élu PM progressiste-conservateur en 1964. Il le sera 9 ans. Il veut la signature du Québec sur l’acte constitutionnel de Trudeau et négocie l’accord du Lac Meach pour ce faire. Il vient à un cheveu près de réussir. Il privatise de nombreuses sociétés d'État dont Air Canada, ratifie le libre-échange avec les États-Unis, s’oppose au régime d’apartheid en Afrique du Sud et appuie la « coalition » durant la guerre du golfe. Il initie un accord sur les pluies acides avec les USA et est le premier répondeur occidental à la famine éthiopienne de 1984-1985. Il s’oppose à l'intervention des USA au Nicaragua, mais devient interventionniste dans des conflits en Yougoslavie, en Ethiopie et en Irak. Malgré qu’il sache l’impopularité pour son parti qui va en résulter, il impose une taxe de vente (TPS), décrète un moratoire sur la pêche à la morue et accorde le contrat d’entretien des F-18 au Québec. Sa forte et plaisante personnalité en fait un leader politique aimé par les grands de ce monde et cela a bénéficié au Canada.

Jean Chrétien est né à Shawinigan. Diplômé en droit de l’U de Laval, il est élu député fédéral en 1963. PM en novembre 1994, il le sera 10 ans. Il hérite d'un pays largement endetté. Avec son ministre des finances, Paul Martin, il procède à des compressions budgétaires importantes et élimine un déficit de 42 milliards $. Ses cinq budgets suivant sont excédentaires et il rembourse 36 milliards $ sur la dette. Il vote la plus grande baisse d'impôt de l'histoire. Lors du référendum de 1995, il dirige les fédéralistes à la victoire. Puis, il fait adopter la loi sur la clarté référendaire pour que toute question référendaire future soit « une question claire » qui doit obtenir « une majorité claire ». Il refuse que le Canada participe à la guerre d’Irak de 2003 et ratifie le Protocole de Kyōto sur les changements climatiques. Depuis sa retraite, la popularité de Chrétien ne cesse de grandir et il demeure un orateur puissant et aimé.

Stephen Harper, membre fondateur du Reform Party, parti de droite de la droite, est élu chef du parti (devenu Alliance Canadienne). En 2003, il conclut un accord avec le parti Progressiste-Conservateur pour fusionner les partis. Pour réussir, il doit renier ses politiques contre l’avortement et contre le bilinguisme. Le Parti Conservateur est créé (le mot progressiste étant trop choquant aux oreilles d’Harper). En 2006, il est élu PM et hérite d’un Canada prospère, dynamique et respecté sur la scène mondiale.

Pour respecter ses promesses électorales de 2006, Harper diminue la TPS de 2 %. De plus, il réduit l’imposition des sociétés de 6 %. Le PIB augmente de 13,6% et le Canada s’en tire mieux que les autres pays développés. En 2013, la croissance est de 2,5%, les exportations en hausse de 6% et la dette est moins élevée. 95 000 nouveaux emplois sont créés. Définitivement, un plus.

Sous prétexte que le Canada est devenu une « superpuissance énergétique éminente », Harper change radicalement la direction du pays en rapport avec l’environnement. Lui qui avait traité le protocole de Kyoto de « complot socialiste », annule les programmes d’actions volontaires, dont « le « défi d’une tonne ». Pour masquer son inaction, il annonce des programmes visant à baisser de 20%, en 13 ans, les GES. Les médias dénoncent la duplicité et le manque de sérieux du gouvernement. Trois ans plus tard, Harper retire le Canada de Kyoto, met la clef dans son programme d’une bourse de carbone et réduit son objectif de GES, qui ont augmenté de 7,4% au lieu de diminuer. Définitivement, un moins.

L’industrie du gaz et du pétrole représente 8% du PIB. Les sables bitumineux y compte pour 60%. Le monde entier s’élève contre l’exploitation des sables dont l’Union Européenne qui refuse ce pétrole « sale » sur son territoire. Aujourd’hui, la réduction de pollution est réelle mais chimérique au moment où Obama est pressé par Harper, au nom de la bonne entente USA-Canada, d’approuver le nouvel oléoduc Keystone XL. « Le transport se fera par oléoduc ou par rails », dit Harper au président, « à vous de choisir ». Après l’apocalypse du Lac Mégantic, on peut comprendre la force de cette menace. Pour Harper, l’impact économique au Canada et l’indépendance énergétique en Amérique du Nord, l’emporte sur le réchauffement climatique. Définitivement, un moins.

Bon conservateur, Harper introduit des modifications au code criminel pour le rendre plus sévère. Allongement de peines, peines minimales pour petit délit, mise en liberté sous condition annulée, libérations conditionnelles restreintes, etc... Il ferme six « fermes-prisons » de réhabilitation pour les détenus. La population carcérale augmente. Critiqué par les juges et les avocats, Harper ne bronche pas. Son modèle est les USA qui selon lui est l’endroit le plus sûr de la planète. Définitivement, un moins.

Toujours sur sa ligne à droite, il somme le Conseil national de recherches à mettre l’accent sur des recherches pratiques pour aider l’industrie au lieu de la recherche fondamentale. C’est une guerre contre la science qui peut coûter cher à long terme et qui fait en sorte que les meilleurs cerveaux nous quittent. Définitivement, un moins.

Il aboli le registre national des armes à feu mis sur pied à coup de millions $ par ses prédécesseurs, suite à la tuerie de Polytechnique. Définitivement, un moins.

Harper fait intervenir le Canada dans la guerre en Afghanistan. Il avait reproché à Chrétien d’avoir refusé de participer à la guerre en Irak. Le nombre de morts est grand. Les coûts aussi.
Définitivement, un moins.

Voulant limiter le jeu de l’influence avec l’argent, suite aux dons politiques, Harper instaure une interdiction de lobbysme de 5 ans aux ex-ministres, haut fonctionnaires. Il crée le poste de Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique. Définitivement, un plus.

Il modifie la loi électorale et instaure les élections générales à date fixe. Définitivement, un plus.

Il n’oublie pas ses politiques du Reform et nomme des unilingues à des postes qui requièrent des personnes bilingues. Il renie ainsi sa parole donnée au parti progressiste conservateur. Il coupe le budget pour le bilinguisme et est critiqué vertement par le vérificateur général. Définitivement, un moins.

Harper met fin à l’obligation des Canadiens de remplir le formulaire du recensement quinquennal, malgré l’opposition du directeur de Statistique Canada. Au recensement qui suit, le taux de réponse de 50% devient un empêchement pour obtenir des renseignements valides pour le développement urbain, la construction d’écoles, d’hôpitaux, de logement à loyer modique, de services aux immigrants. Tout devient plus compliqué et souventes fois impossible. Définitivement, un moins.

Sur la question de l’unité nationale, Harper dépose une motion reconnaissant « que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni ». Le vote aux Communes est quasi unanime. Controverse au Canada Anglais que Harper apaise en lui affirmant qu’il y a plusieurs nations au pays. Finie l’histoire du Canada créé par deux nations, la francophone et l’anglophone. Que sont les francophones des autres provinces ? L’ile-du-Prince Edouard, une nation ? Ce n’est que de la petite politique qui n’a rien apporté à Harper aux élections qui suivirent. Il n’en parle plus. Pour certains un plus, pour d’autres un moins !

Comme on peut juger, le conservatisme de droite a pris charge de la politique canadienne. Les moins l’emportent sur les plus. Influencé par la politique républicaine américaine, Harper et son idéologie a amené le Canada dans une voie qui nous est étrangère. Certes, il met l’accent sur l’économie et réussit, mais un pays c’est aussi une foule d’autres choses aussi importantes.

Les premiers ministres qui ont précédé Harper ont bâti un Canada grand, propre, fier, fort, ouvert au monde, respecté, respectueux de la personne humaine et de ses droits, champion de l’environnement. Aujourd’hui, le Canada souffre, fait du sur place et les gens du monde nous demandent « Qu’est ce qui se passe chez vous ? ». La réponse est simple. « Nous avons un Premier Ministre bien ordinaire »

Claude Dupras

vendredi 22 février 2013

Le nouveau Camilien Houde

Il y a dans la démarche de Denis Coderre des choses qui me font penser à Camilien Houde, l’ex-maire de Montréal.

Et, il y a quelques jours, un autre ex-maire, Jean Doré élu en 1986, plus contemporain, est venu salir Coderre de façon simpliste en le dénigrant méchamment. Doré a dit : Coderre est « bon pour faire son auto-promotion mais comme maire de la ville de Montréal, ce n’est pas le genre de personne que ça prend! ».

Camilien Houde, fils d’ouvrier d’une famille de 10 enfants, perd son père à 9 ans et voit sa mère devenir couturière dans une usine de textiles pour subvenir aux besoins de la famille. Voulant l’aider, il travaille comme livreur pour une boucherie, tout en poursuivant difficilement ses études qui se terminent par le diplôme de cours commercial du collège Lasalle de Longueuil, dirigé par les Frères des écoles chrétiennes. Il a 16 ans et devient caissier de la banque d’Hochelaga et 10 ans plus tard en est le gérant. Il épouse la fille d’Urgel Bourgie, entrepreneur de pompes funèbres, qui décède après avoir mis-au-monde deux enfants. Il se remarie et quitte la banque pour tenter sa chance dans différents commerces, où il n’a pas de succès. Il devient représentant d’une biscuiterie, ça ne va pas et crée un commerce d’importation de charbon. Il échoue lamentablement. Il devient agent d’assurance et connaît encore des déceptions et lâche ce métier. Entretemps, il s’intéresse au parti conservateur du Québec. Son mentor et ancien patron de la biscuiterie, un de 5 députés conservateurs, l’enjoint à devenir candidat du parti dans le comté de Ste-Marie dont le député-sortant est appuyé par la forte machine électorale du maire de Montréal, Médéric Martin. C’est un difficile défi. Durant la campagne, il se dévoile comme un orateur flamboyant, un tribun hors de l’ordinaire qui électrise les foules. À la surprise générale, après plusieurs déboires, Camilien gagne et devient député conservateur. À 33 ans, le plus jeune député provincial est « le p’tit gars de Ste-Marie ». Jean Doré aurait sûrement dit du candidat Camilien Houde, « il n’a pas les qualités pour devenir député ».

Denis Coderre est un mordu de la politique depuis sa jeune enfance. Il est volontaire et travailleur pour le parti libéral du Canada. Il obtient avec grand succès son baccalauréat en science politique de l'Université de Montréal et, plus tard, une maitrise en administration des affaires pour cadres (Executive MBA) de l'Université d'Ottawa. Né à Joliette, il a 25 ans lorsqu’il convainc son parti et les Joliettains libéraux de le choisir candidat pour l’élection fédérale de 1988. Mais Brian Mulroney est au sommet de sa gloire et Joliette est progressiste-conservateur depuis toujours grâce à l’ex-Ministre Roch Lasalle. Qu’importe la difficulté, Denis y voit un premier pas vers un éventuel siège à la Chambre des Communes. Il perd. En 1990, il y a une élection partielle dans le comté Ste-Marie. Encore-là, la conjoncture n’est pas favorable. Coderre reçoit la bénédiction des libéraux du comté et devient leur candidat contre Gilles Duceppe qui fait sa rentrée en politique. Coderre se lance dans une élection à la Camilien. Il attire et enthousiasme les foules de tous les coins du comté avec des discours flamboyants, en chemise avec ses larges bretelles rouges. Mais ce n’est pas suffisant pour les nombreux séparatistes de ce comté qui endossent solidement Duceppe. Mais qu’importe, c’est l’expérience qui entre et Denis pense déjà à la prochaine élection générale. Elle arrive en 1993, et il choisit sa circonscription électorale de Bourassa pour briguer à nouveau les suffrages. Le Bloc a le vent dans les voiles et son candidat l’emporte sur Denis. Mais qu’à cela ne tienne, il sait maintenant que ce comté l’élira un jour député. Dès le lendemain de sa défaite, il s’attèle pour gagner la prochaine et en 1997, il récolte enfin les efforts des 10 dernières années et devient député fédéral de Bourassa devant le bloquiste tout surpris de sa défaite. Denis Coderre a 33 ans, comme Camilien Houde.

En 1927, quatre ans après avoir été élu, Camilien est battu lors de la nouvelle élection. Doré dirait « Ah, je vous l’avais bien dit ». Le parti conservateur voit sa députation coupée en deux. Mais Camilien sait que le libéral a volé l’élection. Il la conteste en cours. Elle est annulée par le juge et après plusieurs mois doit être reprise. Entretemps, une élection municipale doit se tenir en 1928 à Montréal. Le maire Martin occupe son siège de premier magistrat depuis 15 ans, mais Camilien qui le sait responsable de la fraude qui a occasionné sa défaite, décide de se porter candidat à la mairie et monte une équipe solide pour l’appuyer. Il accuse, entre autres, Martin d’avoir mal négocié l’achat du réseau d’aqueduc de la compagnie Montreal Water and Power. Camilien récolte 60% des suffrages et devient maire de Montréal. La charte de Montréal, à ce moment–là, donne le pouvoir à l’exécutif qui est composé d’amis de Martin. Il ne reste à Camilien que le prestige attaché au titre de maire. A l’élection partielle dans son comté, il décide d’être candidat à nouveau et regagne son siège de député. Il a donc deux tâches politiques et avec la renommée qu’elles lui rapportent, il devient un des politiciens les plus écoutés au Québec. Quelque temps plus tard, le chef du parti conservateur, Arthur Sauvé, démissionne et Camilien est élu nouveau chef. A l’élection municipale qui suit en 1930, l’équipe de Camilien obtient la majorité au conseil municipal et à l’exécutif. Le peuple lui fait de plus en plus confiance.

Denis Coderre arrive à Ottawa et s’initie aux travaux parlementaires et à son poste de député fédéral. Deux ans plus tard, le PM Jean Chrétien l’invite à siéger au conseil des ministres comme responsable du sport amateur et il contribue à l’implantation de l’agence internationale anti-dopage à Montréal. Et en 2003, le PM Paul Martin le nomme président du conseil privé et responsable de plusieurs dossiers, comme la création de l'Agence de gestion des ressources humaines de la fonction publique du Canada, interlocuteur fédéral auprès des Métis et ministre responsable de la Francophonie. Il est réélu député de Bourassa nonobstant les vagues bloquistes ou néo-démocrates en 2004, 2006, 2008, 2011 et toujours avec de grosses majorités. Il est un député qui travaille, qui connait bien les besoins des gens de son comté, qui sait écouter et agir pour le peuple. Et le peuple, comme jadis pour Camillien Houde, lui rend bien sa confiance puisqu’il est député de Bourassa depuis 16 ans.

Camilien Houde a été maire de Montréal pour un total de 18 ans, député provincial de Ste-Marie durant 12 ans et député fédéral de Papineau durant 4 ans. Il a eu le privilège d’obtenir la faveur de ses commettants pour la raison que ces derniers le voyaient comme un des leurs qui les comprenait bien. Certes, Camilien Houde est devenu une très grande idole à cause de sa peine en prison suite à son objection publique à la conscription obligatoire durant la deuxième guerre mondiale. Mais mis à part cet important fait, arrivé à la fin de sa carrière politique, le reste de sa vie politicienne à été remarquable et de longue durée.

Quant à Jean Doré, il aura été maire de Montréal durant 8 ans. Élu en 1986 grâce au Rassemblement des Citoyens et Citoyennes de Montréal (RCM) qui, à ce moment-là, comptait 25 000 membres actifs dédiés à remplacer le Parti Civique au pouvoir depuis 30 ans, il est réélu en 1990 mais le parti n’a plus que 5 000 membres. Par la suite, il renie le RCM qui l’a porté au pouvoir et s’engage dans une dernière campagne électorale en créant un nouveau parti, Équipe Montréal. C’est un désastre. Il est battu à plat de couture n’obtenant que 10,3 % du vote, dépassé même par Michel Prescott, chef du RCM, qui récolte 14,8 %. Il ne fait élire que deux conseillers très connus, Sammy Forcillo et Helen Fotopoulos, sur 51 et son parti finit la campagne avec des dettes de 300 000 $, selon les médias. Il s’est avéré être un piètre maire, loin du peuple et celui-ci l’a sanctionné durement ainsi que ceux qui le suivaient. Jamais un ancien maire n’a été ainsi châtié et humilié depuis Camilien Houde.

De toute évidence, Jean Doré n’a pas de leçon a donné aux Montréalais et Montréalaises en rapport avec les candidats à la prochaine élection municipale. Surtout pas en rapport à Denis Coderre, un gagnant en politique à laquelle il a dédié sa vie et qui fait un très bon travail de député. Il est un populiste comme Camilien Houde l’était et il n’y a rien de mal à ça, car de tels personnages sont près du peuple, le comprenne, le serve bien et la ville devient plus dynamique et mieux connue. Le maire La Beaume de Québec, est un autre bon exemple.

En politique municipale, comme ailleurs, le passé est garant de l’avenir.

Claude Dupras

Ps. Ce texte laisse peut être entendre que je supporterai Denis Coderre à la prochaine élection municipale. Ce n’est pas le cas car je réserve cette décision pour le jour où tous les candidats seront connus et c’est à ce moment-là que je ferai mon choix, comme tous les Montréalais et Montréalaises. Ma position actuelle n’est que pour faire valoir que la candidature de Denis Coderre est fort acceptable.

samedi 11 août 2012

Élection québécoise : Le fonds des choses

C’est un départ électoral qui annonce une vraie surprise. Bien malin aujourd’hui est celui qui peut prédire le résultat de l’élection générale au Québec. D’autant plus que depuis les cinq dernières années, les Québécois sont devenus des électeurs imprévisibles comme ils l’ont démontré avec Mario Dumont, Jack Layton et Gilles Duceppe.

Dumont, chef de l’Action Démocratique du Québec (ADQ), parti qu’il avait fondé quelques années auparavant, est venu à un cheveu d’être premier ministre du Québec à l’élection de 2007 mais il a dû se contenter d’être chef de l’opposition officielle avec 41 députés (le PM Jean Charest en avait obtenu 48). En l’élection de 2008, il se retrouva avec 7 députés. Le « bon Jack » Layton, en 2011, fit élire 59 députés NPD alors que le parti n’en n’avait jamais eu plus d’un. De son côté, Duceppe qui devait augmenter le nombre de ses 47 députés du Bloc Québécois à la Chambre des communes se réveilla avec quatre députés. Tout ou rien, pas de milieu.

La médiatisation à outrance et les réseaux sociaux qui mettent en relief toutes les opinions, toutes les critiques, mêmes mensongères, ajoutent à la confusion de l’électeur. Ce dernier peine à s’identifier vraiment avec sa classe politique malgré qu’en bon démocrate, il continue de voter. De leur côté, les habiles stratèges politiques profitent de la période électorale pour tout faire pour l’influencer momentanément afin qu’il s’oriente vers leurs poulains. Malheureusement, trop souvent, il est victime de chimères et les lendemains lui font comprendre que tout n’était que le fruit de vaines imaginations et d’illusions. À la longue, cela génère une insatisfaction profonde et un mépris envers la politique et ses joueurs.

Voilà pourquoi, il doit doubler d’attention, bien jauger ce qui se dit et les commentaires qui en résultent, ne pas se laisser influencer trop vite et attendre à la fin de la campagne électorale pour prendre sa décision après avoir tout bien pesé, comparé, analysé et ressenti.

J’ai cru, et je crois encore, que la question de la loi et de l’ordre est un sujet important de cette élection. Suite à la démission du jeune leader étudiant du mouvement radical la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois (GND), plusieurs observateurs ont jugé bon de l’encenser pour ses grandes qualités, nonobstant qu’il ait prêché et dirigé la désobéissance civile contre la loi 78 (devenu loi 12) qui a résulté dans des violences et des intimidations inouïes envers les étudiants et les enseignants qui voulaient retourner en classe. Ils ont aussi conclu que cela n’aidera pas électoralement Jean Charest prétextant qu’il y avait en GND le symbole du non-respect de la loi et de l’ordre et que ce dernier n’étant plus là, ses arguments ne colleraient plus. Je ne partage pas cet avis car j’estime que Charest ne peut sortir que gagnant-gagnant de la contestation estudiantine.

Plusieurs collégiens ont déjà voté majoritairement pour le retour aux études dans leur collège respectif. D’autres, pour la continuation de la grève. La votation continue… malgré que la démocratie étudiante ne soit pas vaillante puisque le nombre de ceux qui s’expriment par vote est ridiculement bas. Si, malgré tout, les contestataires empêchent, le 15 août, les étudiants de rentrer en classe, Charest gagnera des points politiques. Si la rentrée se fait dans l’ordre, Charest gagnera encore plus de points car il pourra affirmer, avec raison, que sa loi a réglé le problème de la contestation étudiante et qu’il a su réorganiser les cours afin que les grévistes puissent reprendre leur semestre perdu.

La venue de l’ex-chef de police de Montréal, Jacques Duchesneau, comme candidat de la Coalition Avenir Québec (CAQ) m’a surpris. N’avait-il pas affirmé clairement que ses actions et son rapport sur la corruption au Québec n’étaient pas motivés par la politique et que de toute façon, il ne serait pas candidat ? Tout le monde peut changer d’idée et je ne lui en tiens pas rigueur. On a besoin de bonnes personnes en politique et Duchesneau en est une.

Sa candidature met davantage en évidence la question de la corruption dans le domaine de la construction au Québec. Il est important que ce sujet soit bien discuté lors de la présente campagne électorale. On critique beaucoup Charest et le parti libéral sur leur façon de récolter des fonds et d’octroyer les contrats aux professionnels. Mais on oublie que Duchesneau a démontré clairement que le Parti Québécois (PQ) et l’ADQ ont agi de la même façon au pouvoir et dans l’opposition, que le PQ continue de le faire, en récoltant les contributions maximales de 3 000$, permises par la loi, de plusieurs membres d’une même compagnie qu’elle soit d’ingénieurs, de comptables ou d’avocats.

Seul René Lévesque avait établi une méthode d’octroyer les contrats sans favoritisme, par catégories d’expertises, de capacité de réalisation des firmes québécoises, tout en assurant que toutes obtiendraient des contrats à leur portée. Robert Bourassa a changé cette méthode et a implanté la donne actuelle. Quant à Bouchard, comme je l’ai expliqué dans un billet précédent, il a foutu le bordel dans le contrôle des projets en éliminant des milliers de fonctionnaires, ingénieurs et techniciens, dédiés à la réalisation des projets de construction du gouvernement. Le système doit être changé et Duchesneau est un de ceux qui ont contribué à cette perception grandissante chez monsieur et madame-tout-le-monde. Je l’applaudis.

Les chefs des partis ont commencé à proposer des initiatives à court et à long terme pour assurer le développement économique du Québec. J’aimerais bien que ce sujet devienne le plus important de cette élection. Bien objectivement, je ne crois pas que ce sera ainsi, mais on peut toujours espérer. Les vraies questions pour les Québécois sont : comment assurer que le niveau d’emplois persiste, que de nouveaux emplois de qualité prennent jour, que le déficit soit contrôlé et que la dette diminue, tout en maintenant notre qualité de vie ? On devrait discuter de toute la question énergétique : eau, gaz, pétrole, vent, soleil. Par qui, pour qui, au profit de qui ? Comment ? De la question du financement : gouvernemental, privé et/ou mixte. De la question de la main d’œuvre professionnelle et autre.

Nous n’avons pas besoin de discours irréalistes teintés de nationalisme comme ceux qui cherchent à nous faire croire que toutes nos ressources naturelles sont bradées. On doit nous entretenir sur nos capacités réelles de développement, de financement et de la nécessité de réunir des entreprises capables et motivées pour nous aider à développer nos richesses, dans un bon ordre et dans notre intérêt futur. Le Plan Nord est-il un des vecteurs importants de l’avenir économique du Québec ? On le dit immense et prometteur. Quelle est la position réelle de chacun des partis politiques sur ce projet ? Nous devons le savoir.

J’espère que les animateurs et les participants des débats des chefs susciteront la discussion sur ces sujets de première importance.

Quant à nous, électeurs, ne nous attardons pas sur les réparties flamboyantes ou piquantes des candidats mais plutôt sur le fonds des choses qui seront discutées. Ainsi, nous serons en mesure de mieux décider.

Claude Dupras

vendredi 29 juin 2012

Si j’étais séparatiste québécois, je voterais pour Harper

Il n’y a pas de meilleur propagandiste pour la cause de la séparation du Québec du Canada que le premier ministre du Canada, Stephen Harper. Jamais n’ai-je vu un parti fédéral, le parti conservateur (PC), voter autant de lois qui vont à l’encontre des désirs des Québécois. C’est comme s’il « faisait exprès » pour nous narguer.

J’ai été membre actif du parti progressiste-conservateur du Canada (PPC) durant une longue période sous des chefs comme Diefenbaker, Stanfield, Clark, Mulroney, Campbell et Mackay. Jamais, un de ces leaders n’a posé de gestes allant si délibérément contre les opinions exprimées par les Québécois. Lorsque Mackay a fusionné notre parti avec le Reform party, parti droite-de-la-droite, dirigé par Harper et qui, par opportunisme électoral, avait changé son nom pour Alliance Canadienne, j’ai compris que je ne pouvais plus appuyer cette formation politique et j’ai quitté avec regret la barque PPC. Tout comme plusieurs autres membres de mon parti en commençant par Joe Clark, Lowell Murray, Flora Macdonald et des centaines d’autres…

Depuis 2005, j’ai écrit 32 billets de mon blog sur les politiques d’Harper et celles de son gouvernement conservateur.

Le soir de sa victoire électorale du 2 mai 2011, lorsqu’Harper a obtenu la majorité absolue des sièges à la Chambre des Communes et cela malgré qu’il n’ait gagné que cinq des 75 comtés du Québec, il affirma vouloir gouverner le Canada dans l’intérêt de tous les Canadiens et il s’adressa particulièrement aux Québécois pour les assurer qu’il ferait tout pour regagner leur faveur. À ce jour, le contraire est la vérité.

Son bilan en rapport avec les Québécois est largement négatif malgré le protocole d’entente sur l'harmonisation des taxes de vente du Canada et du Québec par lequel le gouvernement du Québec a reçu 2,2 milliards de $. Le Québec a empoché, toute proportion gardée, la même chose que les autres provinces canadiennes.

Environnement, sables bitumineux, pipeline, justice, criminalité des jeunes, registre des armes, Afghanistan, militarisme, patronage, bilinguisme, nominations d’unilingues, financement des partis, carte électorale, valeurs mobilières, rencontres fédérale-provinciale, monarchie, dette, financement santé, avortement, et encore… sont tous des sujets où Harper a agi sans vraiment tenir compte de l’opinion québécoise. Jamais depuis le PM Robert Borden avec sa loi concernant le service militaire qui mena à la crise de la conscription de 1917, a-t-on vu un premier ministre canadien se foutre si systématiquement des Québécois.

Et voilà, que soudainement, à l’occasion de la fête nationale des Québécois et Québécoises du 24 juin dernier, Harper a fait son apparition au Québec avec 19 de ses ministres, dont les plus influents. Il a choisi pour ce faire le petit village de Saint-Narcisse-de-Beaurivage, près de Québec, qui compte 1 100 habitants et qui se situe dans un des rares comtés représentés par un député conservateur. Jamais un village canadien n’a reçu la visite d’autant de dirigeants canadiens importants en même temps ! Un record ! « C’est pour faire comprendre aux Québécois qu’on les aime » affirma le ministre Christian Paradis, lieutenant du Québec pour le PC.

C’est quoi cette mise en scène, cette comédie, cette mascarade, cette pantalonnade ? Il a peur de qui le PM pour ne vouloir rencontrer que quelques Québécois alors que tous sont en liesse et débordants de joie ? Pourquoi cette réunion a-t-elle été si microscopique, si contrôlée, si cachée et annoncée à la dernière minute comme s’il visitait un territoire ennemi ? Pourquoi le PM n’a-t-il pas voulu, avec son extraordinaire contingent ministériel, célébrer la fête nationale, à quelques kilomètres de là, en compagnie de centaines de milliers de Québécois réunis dans la capitale. Où encore à Montréal où il y en avait encore plus ? Ou en régions comme à Chicoutimi, à Rimouski, à Sherbrooke ou ailleurs ?

Cela démontre bien jusqu’à quel point Stephen Harper ressent l’impact de son impopularité, générée par sa façon de gouverner comme si le Québec n’existait pas. Il dit maintenant vouloir se rapprocher des Québécois, mieux les comprendre et agir avec eux. Quels commentaires hypocrites ! Maintenant qu’il a fait tous ses mauvais coups ! Maintenant qu’il a détruit le registre des armes, renié Kyoto, imposé le bâillon pour son bill omnibus sur la justice criminelle et autres, nommé tous ses amis unilingues anglais à de hauts postes gouvernementaux qui ont toujours nécessité des personnes bilingues, choisi comme porte-paroles francophones du gouvernement deux députés anglophones de l’Alberta qui sont bilingues, etc.. etc… voilà qu’il dit vouloir dorénavant nous écouter. Pour qui nous prend-t-il ? Il dit reconnaître la nation québécoise mais il agit comme si elle n’existait pas.

Le seul bon point que j’accorde à Harper c’est la façon avec laquelle il gère notre économie. Il a investi au bon moment pour contrer la crise de 2008 et, aujourd’hui, il sait serrer la ceinture pour retrouver un budget balancé. C’est important pour notre avenir, mais est-ce suffisant pour les Québécois ? Je ne le crois pas. Ces derniers reconnaissent qu’il a démontré un certain leadership dans ce domaine, mais ils savent qu’il est incapable de tenir compte de leurs sensibilités politiques particulières. En somme, Harper n’est le premier ministre que d’une partie des Canadiens puisqu’il a démontré ne pas être celui de la nation québécoise.

Harper se doit de trouver des Québécois d’envergure pour aider son gouvernement et pour remonter la côte au Québec. Entre temps, il devrait reconnaître que Maxime Bernier est un député populaire, bien éduqué, qui a de l’étoffe et qui sait se tenir debout. Lorsque ce dernier est apparu sur la scène politique, j’avais dans un billet prédit qu’il serait un jour PM du Canada. Depuis, je le suis, l’analyse, lis ses discours dans le Hansard et ailleurs et je crois encore dans ma prédiction. Certes il a fait des erreurs, il était jeune, responsable d’un gros ministère malgré son peu d’expérience politique. Un grand nombre de bons politiciens ont fait des erreurs mais sont revenus plus forts. Car ce qui compte, c’est leur caractère, leur sincérité, leur engagement, leurs idées, leur capacité de parler et de se faire comprendre, leur qualité de leadership… Bernier a tout cela. Harper devrait le nommer son lieutenant du Québec et remplacer Paradis, qui « ne fait pas la job ». Bernier, bien appuyé, pourrait devenir un grand politicien et aider le parti conservateur à se ressaisir face au Québec. On le dit trop à droite, je le vois migrer peu à peu vers le centre-droit où se sont situés les partis progressistes-conservateurs du passé.

La situation politique au Québec est particulière, comme toujours. L’annonce du déclenchement prématuré d’une élection générale est dans l’air. Elle peut arriver dans les prochains mois. À ce jour, il est difficile d’en prédire le résultat. Mais il y a des indices qui sont inquiétants pour le premier ministre Jean Charest et son parti libéral. En effet, la récente élection complémentaire d’Argenteuil a résulté, contre toute attente, dans l’élection du candidat du parti Québécois. Ce comté, qui depuis près de 50 ans était libéral, vient de basculer dans le camp des péquistes. C’est une surprise révélatrice !

On sait aussi que les électeurs votent généralement « contre », surtout après de longues années de pouvoir d’un parti. Ils veulent du changement. C’est pourquoi, même si Pauline Marois, cheffe du parti Québécois, est impopulaire, il est fort possible, dans les circonstances actuelles, qu’elle devienne premier ministre et forme le prochain gouvernement. Les séparatiste-indépendantistes-souverainistes seraient alors au pouvoir et cela pourrait vouloir dire qu’il est possible qu’en 2015, un nouveau référendum sur la séparation du Québec du Canada soit déclenché par ce gouvernement péquiste.

Et qui défendra la position Canada lors de ce référendum ? Dans le passé ce fut deux premiers ministres de grande envergure, Pierre Elliot Trudeau et Jean Chrétien. En 2015, ce sera Stephen Harper. Oh !

Les séparatistes auront aussi un problème de porte-paroles. Il n’y a pas parmi eux actuellement de Jacques Parizeau ou de tribun de la force de Lucien Bouchard qui à lui seul est venu près de convaincre les Québécois de faire le grand saut lors du référendum de 1995. Quant à Pauline Marois, elle n’a ni le charisme ni le pouvoir d’entrainement pour assurer une victoire référendaire à son clan. Mais l’effet négatif de Harper sera tellement dévastateur pour la cause fédéraliste que cela aidera la cause des séparatistes-indépendantistes-souverainistes, que Marois soit convaincante ou non.

Si j’étais organisateur séparatiste, je ferais campagne pour garder Harper au pouvoir. C’est une stratégie qui aiderait ma cause.

Claude Dupras

mardi 10 avril 2012

Deux candidats diamétralement opposés : Romney et Hollande

Mitt Romney deviendra sans aucun doute le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine de novembre prochain. François Hollande, candidat du parti socialiste français, fera face au président Nicolas Sarkozy lors du deuxième tour de l’élection présidentielle. Romney et Hollande ont d’excellentes chances de devenir président de leur pays.

Récemment, ils viennent de confirmer leur programme électoral économique et les actions qu’ils proposent prendre dès leur prise de pouvoir. Hollande a expliqué le sien avec force détails, il y a quelques jours, lors d’un long discours à Rennes. Romney vient tout juste de promettre de faire sien le rapport Ryan « The path to prosperity », du comité de la Chambre des Représentants sur le budget, et de le faire adopter dès sa rentrée à la Maison Blanche en janvier prochain.

Les deux programmes sont diamétralement opposés. L’Américain coupe les programmes, les dépenses et les taxes. Le Français les augmente tous. Qui a raison ?

Dans un premier temps, le plan Ryan-Romney annule la loi sur les soins de santé de 2010 du président Obama et du sénateur défunt Ted Kennedy. Surnommée Obamacare, elle a été créée pour fournir une assurance santé à 35 millions d'Américains qui en sont privés et pour réduire le trou de 43 milliards de dollars creusé par les non-assurés.

Romney supprime l’obligation pour tous les citoyens américains d’obtenir une assurance-maladie.

Romney élimine le programme Medicare, le système gouvernemental d'assurance-santé au bénéfice des personnes de plus de 65 ans, pour tous les Américains nés après 1956.

Il remplace le tout par un nouveau programme de coupons, ou bons-d’échanges, avec lesquels chaque Américain pourra négocier et acheter une police d’assurance-santé d’une compagnie privée.

Les paiements des primes seront versés directement aux compagnies par le gouvernement. Elles seront augmentées annuellement selon le taux d’inflation moyen et non selon l’augmentation réelle des coûts des soins de santé. Ils tiendront compte du revenu des bénéficiaires, de leur âge et de leurs besoins de soins grandissants. Le 2% des plus riches (même s’ils gagnent des dizaines de millions $ annuellement) recevra 30% de la prime, le suivant 6% recevra 50%, le 92% restant la prime totale.

Le plan fédéral Medicaid, qui fournit l’assurance maladie aux individus et aux familles à faibles revenu et ressources, sera aussi annulé et la responsabilité sera transférée aux États. A partir de 2013, la part du fédéral sera versée en bloc aux États. Le montant sera augmenté annuellement pour tenir compte de la croissance de la population, de l’inflation moyenne et non de l’augmentation réelle des coûts des soins de santé.

En rapport avec la taxation, Romney propose des taux d’impôt réduits et l’élimination d’exemptions et de subsides existants. Il veut diminuer les taux de taxes des corporations de 35 % à 25% et éliminer les taxes des compagnies sur les profits à l’étranger. Il veut rendre permanentes les coupures temporaires d’impôt, mis en place par GWBush, pour tous les payeurs de taxe même si cela augmentera la dette nationale de 3,3 trillions $ durant les 10 prochaines années. Il vient ainsi à l’encontre de ce qu’il dit être son objectif principal, la diminution de la dette.

De son côté, François Hollande propose la réduction de 30% des rémunérations des ministres et du chef de l'Etat, ce qui ne représente rien sur le total des dépenses gouvernementales. Il veut augmenter de 25% l'allocation de rentrée scolaire, bloquer pour trois mois les prix du carburant, créer une caution solidaire pour permettre aux jeunes d'accéder à la location, réinstaurer le départ à la retraite à 60 ans pour les personnes ayant commencé à travailler à 18 ans et négocier avec les syndicats pour changer la décision difficile et importante qu’a prise Sarkozy sur le financement des retraites.

Quant à la taxation, Hollande y va gaiement. Il veut élever le niveau d’impôt à 75% pour la tranche d’un million d’euros et plus pour ceux qui gagnent de tels revenus, réappliquer le barème de l'impôt de solidarité sur la fortune, celle de la taxation des revenus du capital comme ceux du travail, annuler la nouvelle TVA sociale qui vise à diminuer le coût du travail (mesure importante pour faciliter l’emploi par les petits entrepreneurs et les artisans).

Il veut créer 60 000 postes dans l'Education nationale et 5 000 postes pour la sécurité et la justice. Il veut lancer 150 000 "emplois d'avenir" par des exonération de charge pour les entreprises embauchant un jeune tout en gardant un senior dans le cadre d'une loi pour l'emploi et la cohésion sociale. Il veut encadrer les loyers et modifier « la tarification progressive de l'eau, de l'électricité et du gaz ».

Et pour payer pour tout cela, Eh bien ! C’est facile ! On taxe les riches et on élimine les niches fiscales mêmes si plusieurs d’entre-elles ont été créées depuis des années dans le but de stimuler l’économie et rétablir une certaine justice sociale. L’argent est là, selon Hollande qui agit comme si la crise monétaire qui fait des ravages en Europe et la situation économique dangereuse qui n’attend que son moment pour ressauter sur sa proie, n’existent pas.

Les politiques de Mitt Romney sont ridicules et « sans cœur » parce qu’il propose d’importantes coupures d’impôt pour les riches et des diminutions des aides aux pauvres et à la classe moyenne. L’élimination d’Obamacare va créer des torts énormes aux Américains et rendra plus difficile la bataille contre la croissance des coûts de soins de santé. Romney ne peut prouver que ses propositions réduisent ces coûts. La valeur des coupons pour l’achat de primes d’assurance basée sur les coûts d’inflation deviendra vite insuffisante car les taux d’augmentations des services de santé sont beaucoup plus importants que les taux de croissance de l’inflation.

Je remarque que le programme de Romney n’inclut aucune coupure de dépenses militaires ni de garantie que les taxes du citoyen moyen n’augmenteront pas. De son côté, le Centre de Recherches Économiques et Politiques prévoit que sa proposition ajoutera des trillions de $ aux dépenses pour les aux soins de santé à cause de l’inefficacité de l’assurance privée comparée au programme actuel du gouvernement.

Quant aux propositions d’Hollande, on ne peut savoir ce qu’il en adviendra car il a démontré être un adepte du lissage. Par exemple, suite aux critiques de la communauté du football sur la taxation à 75%, il a laissé entendre qu’il est prêt à considérer à « mettre en place des mécanismes pour compenser les dommages au football français ». Que fera-t-il devant les demandes des artistes ? Et des autres ? Et du nombre d’exilés fiscaux qui augmentera ? Ce changement de cap met en doute sa sincérité et démontre que ses propositions sont purement idéologiques, sans consistance et vides de réalisme.

Pour la création de nouveaux emplois, Hollande affirme que le gouvernement en est capable, alors que Romney dit que seules les entreprises privées et les riches le sont.

Nous sommes témoins de deux campagnes électorales de candidats qui se situent de chaque côté de l’échiquier politique. A mon avis, ni un ni l’autre n’a raison car les deux proposent des politiques idéologiques et opportunistes. La gérance du pays, les nouvelles taxes, les coupures de dépenses, les programmes de stimulation de l’économie et ceux d’aide aux citoyens doivent viser en tout temps à assurer la solidité financière de l’État, son développement et le bien-être de ses citoyens, dans l’immédiat et le futur.

A mon avis, le meilleur exemple d’une politique bien équilibrée est celle du président Obama ou encore celui du Canada du temps du premier ministre Jean Chrétien et de son ministre des finances Paul Martin lorsqu’ils mirent de l’ordre dans nos finances publiques.

Claude Dupras