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dimanche 15 août 2010

Le capitalisme a sauvé le parti communiste vietnamien

Depuis mon voyage de juin dernier au Vietnam, je suis profondément touché par le sort des Vietnamiens et Vietnamiennes qui réclament la liberté d’expression dans leur pays.

Hier, j’ai pu, finalement, parlé avec Mlle Lê Thi Công Nhân directement de sa résidence de Hanoi. Elle va bien. Elle m’a appris que le jour où je l’ai rencontrée au « Highland café » de Hanoi, alors que je fus témoin de son interpellation par la police secrète du gouvernement communiste de son pays, qu'elle a été effectivement arrêtée et trainée vers la prison où elle a été retenue jusqu’à tard dans la soirée. Depuis, elle a regagné son domicile où elle est assignée obligatoirement pour les trois prochaines années. Les seules sorties qui lui sont permises sont pour l’achat de nourriture et de produits de première nécessité. Elle n’a pas le droit de travailler (elle est avocate) ni de circuler hors de la maison. Nonobstant cette situation déplaisante, elle maintient un bon esprit et espère que sa voix et celle de ses compatriotes qui veulent une démocratie pour le Vietnam soient entendues.

Nous avons parlé durant plus d’une heure et notre conversation sera retransmise sur les ondes de radio Viet Tan dans le pays. C’est une personne intelligente, engagée, persuasive, bien renseignée et surtout convaincue de la nécessité de continuer son travail. Elle est prête à faire le sacrifice de sa vie pour la liberté de son peuple.

Alors que d’autres personnes sont toujours dans les prisons Vietnamiennes, simplement pour avoir réclamé la liberté de parole sur les affaires du pays, les pays occidentaux agissent comme si de rien n’était, sauf pour quelques mots, de temps en temps, pour décrier cette situation comme les propos récents d’Hillary Clinton, secrétaire d’état américain. Malheureusement, une fois dit, c’est « business as usual ».

Le Canada est fortement impliqué au Vietnam. Le premier ministre vietnamien a été accueilli à Toronto lors du dernier G20. Le ministre des affaires étrangères du Canada a visité le Vietnam en juillet dernier. Le nombre d’étudiants Vietnamiens dans nos universités augmente rapidement car le Canada veut devenir pour eux une destination privilégiée d’études internationales. Notre pays aide l’agriculture et appuie la réforme économique. Il collabore à la réduction de la pauvreté et à l’amélioration des conditions de vie en milieu rural. Plus de 550 millions de $ d’aide ont été versés à ce jour par notre pays. Le commerce entre les deux pays croît rapidement et approche les 2 milliards de $ dont plus de 30% d’exportations canadiennes. Au point de vue investissement, le Canada est le cinquième investisseur au monde dans ce pays. De nombreuse négociations et rencontres bilatérales sont en marche dans plusieurs domaines dont le commerce, le juridique, le législatif et le judiciaire incluant la lutte contre la corruption. Nos sociétés privées sont à l’œuvre dans l’agriculture, l’agroalimentaire, la formation, l’industrie forestière, les technologies de l’information et des communications…

Que les choses ont changé depuis quelques décennies, alors que les boycotts se succédèrent ! On se rappelle celui des USA envers les Jeux Olympiques de Moscou pour raisons politiques; celui des pays occidentaux envers l’Afrique du Sud qui pratiquait l’apartheid; celui des USA, du Canada et d’autres versus la Corée du Nord suite à la guerre entre les deux Corée et qui continue; celui du temps du rideau de fer des pays d’Europe de l’est et celui de la Chine de Mao à cause du communisme; celui des USA envers Cuba qui perdure depuis 1959, etc…

Aujourd’hui, la Chine est devenue un collaborateur, un ami, un exemple. Pourtant c’est le même régime politique communiste qu’avant, sauf qu’il s’est ouvert à l’économie de marché. Rappelons-nous que suite aux refus des Soviets d’accorder la liberté économique aux peuples de l’URSS et des pays sous son joug, ces derniers se sont soulevés pour renverser leurs gouvernements, supposément indéracinables, en quelques mois.

Il me semble clair que les Vietnamiens auraient réagi de la même façon, si le parti communiste vietnamien avait suivi la politique de ses frères russes. Ce parti a eu l’intelligence de parer à un tel renversement en décrétant la grande réforme de l’économie du marché. Ce faisant, il a conservé le pouvoir et a attiré l’intérêt des pays occidentaux, comme le Canada, qui voient dans le nouveau Vietnam une place importante pour faire des affaires.

Il devient évident que c’est le capitalisme qui a sauvé les partis communistes de la Chine et du Vietnam.

Pendant ce temps, le peuple vietnamien, très occupé à gagner sa vie, ne critique pas le parti communiste au pouvoir craignant le système de terreur mis en place pour le faire taire, avec des lois arbitraires et imprécises qui briment ses droits humains les plus élémentaires.

Certes, le gouvernement du Canada critique quelque fois le gouvernement communiste Vietnamien, mais ce n’est que du bout des lèvres, beaucoup plus pour satisfaire la très active communauté canado-vietnamienne du Canada que pour régler le problème. Le Canada est plus intéressé à négocier un accord de protection et de promotion de son investissement que de sauver les innocentes personnes qui sont arrêtées pour avoir réclamer la liberté d’expression. Aucune de ses actions d’aide, de support ou d’affaires n’est conditionnelle à ce que les systèmes juridique et judiciaire accusatoire vietnamiens soient modifiés pour assurer la liberté d’expression et le respect des droits de la personne. Et le Canada n’est pas le seul à agir ainsi.

Lê Thi Công Nhân est un bel exemple de ce qu’est la liberté du vietnamien d’aujourd’hui. Plusieurs de ses collègues sont encore en prison et elle risque d’y retourner en persistant à continuer son action pour la démocratie dans son pays.

Il est temps que le Canada fasse sa part pour protéger les Vietnamiens et Vietnamiennes qui veulent s’exprimer publiquement et librement sur les affaires de leur gouvernement et la démocratie. Tout comme il a été un leader pour la chute de l’apartheid, il pourrait devenir un chef de file pour l’implantation d’une vraie démocratie au Vietnam.

Si la pression ne vient pas de l’étranger, la situation perdurera indéfiniment au Vietnam car la « gang » du parti communiste vietnamien est trop forte et emploie des méthodes quasi-staliniennes pour assurer sa main mise exclusive sur le pouvoir.

Claude Dupras

jeudi 6 mai 2010

Le Sud-Coréen et son pays

En route pour Shanghai et son exposition universelle, je fais un arrêt à Séoul, capitale de la Corée du sud.

C’est la ville des olympiades de 1968, du Mondial 2002, de Samsung, d’Hyundai et de LG. Vingt millions d’habitants avec sa grande banlieue dans un pays de quarante huit millions.

Après avoir été longtemps une colonie du Japon, la Corée devient enfin indépendante en 1945. Malheureusement, elle se retrouve en 1950 dans une guerre fratricide lorsque les Coréens communistes du nord, motivés par leur alliance avec l’URSS et leurs liens à la Chine de Mao décident d’envahir tout le pays. Les Coréens du sud, sympathiques à l’Occident, sont repoussés et Séoul est capturée et détruite. Le célèbre général MacArthur, responsable de toutes les opérations américaines et alliées du Pacifique veut utiliser la bombe atomique pour reprendre tout le pays. Mais la Maison-Blanche de Truman, qui a déjà accepté de lancer la bombe A sur Hiroshima et Nagasaki, pour mettre fin au conflit mondial, voit plus loin que son fameux général et refuse. Frustré, MacArthur poursuit la bataille terrestre plus au nord à l’encontre des ordres du président. Truman le remplace et le général quitte avec fracas.

En 1953, le nouveau président Eisenhower négocie la paix. Le Canada qui a participé activement à cette guerre y a perdu plusieurs de ses braves et voit des milliers d’autres revenir au pays, blessés et marqués. La ligne est fixée au 38ième parallèle. La guerre prend fin. Encore aujourd’hui, la Corée demeure le seul pays coupé en deux. La Corée du sud est démocratique, celle du nord totalitaire.

Les Sud-Coréens d’aujourd’hui reconnaissent les sacrifices, le courage et les efforts qu’ont fait leurs grands-parents pour gagner la guerre contre le nord. Ils sont impressionnés par l’ardent travail de leurs parents pour reconstruire leur pays. Ils sont fiers de constater que ce dernier est à l’avant-garde dans un très grand nombre de domaines techniques et scientifiques. Ils veulent faire mieux que leurs prédécesseurs. Leur motivation surprend et même s’ils sont heureux, ils demeurent pressés, ambitieux et impatients d’améliorer leur sort. Ils sont admirables.

Ici, on travaille, on aime travailler. Les vacances se répartissent en deux semaines. Une en été et l’autre en hiver. Plus 13 jours fériés (dont celui d’hier « la journée des enfants » où tout est fermé afin que les parents fêtent avec eux). Pas plus. Les salaires sont bons. Les Sud-Coréens arrivent à leur lieu de travail avant l’heure, plusieurs trente minutes avant. Pour faire du bon travail, certes, mais aussi pour protéger leur emploi. Ils sont respectueux des autres, pleins de sourires, de courtoisie et chaleureux. Peu parlent une autre langue que le coréen, mais ils n’hésitent pas à aider (j’ai fait un retour en métro et ce fut toute une découverte). Ils sont habillés proprement, surtout en noir et blanc, et portent presque tous, des souliers parfaitement cirés, cela inclus même les préposés au nettoyage des rues. Des kiosques sont fournis par la ville où on offre des services de « frotteurs de bottes » et de cordonniers. Ici, on entre au bureau, à la maison ou au restaurant en se déchaussant et en laissant ses souliers dans des cases à la porte.

La ville est immaculée, propre, fleurie, ordonnée. Il y a peu de MacDos (j’en ai vu deux) et de fastfood américains. Le transport public est roi. Le métro a 367 stations, les innombrables autobus de toutes couleurs circulent rapidement sur leur voie, les taxis de modèles récents sont d’une propreté remarquable, peu coûteux et leur conducteurs ont des airs de chauffeurs de limousines. Mais, et il y a toujours un mais, le trafic est très, très intense malgré les nombreuses voies élevées bien intégrées dans la trame urbaine. Non seulement en ville mais aussi vers les banlieues. On ne peut, en fait, certifier la durée d’un trajet.

L’innovation est aujourd’hui la marque des entreprises coréennes. Au début, après la guerre, les industriels coréens imitèrent le Japon et copièrent les produits américains et européens. Ils les vendaient, en Occident et ailleurs, à bas prix car leur main d’œuvre était peu chère et la fabrication de mauvaise qualité.

Depuis, les Sud-Coréens ont réalisé qu’ils avaient la capacité et l’intelligence pour fabriquer des produits haute gamme. Ils ont envahi le domaine de l’électronique et sont devenus le numéro un du monde dans plusieurs secteurs, dont celui de la télévision. Dans le secteur automobile, ils prennent de plus en plus de place avec des véhicules de meilleure qualité. Ils fabriquent aussi des autobus, des camions, des pneus et des équipements lourds qui se vendent très bien et qui sont de plus en plus recherchés dans le monde. Ils usinent des armements militaires aussi en grande demande. Ils fabriquent des navires commerciaux, militaires et de croisière. Dans le génie de la construction, ils sont parmi les tops 5 et obtiennent des mandats importants au dépend des plus grandes firmes mondiales. Dans l’énergie nucléaire, ils viennent de surpasser la France pour la fourniture de deux usines aux Émirats Arabes Unis. Ils proposent aussi le design et la construction de trains à grande vitesse (ils en ont un en opération), et ainsi de suite….

La Corée du sud est sur un élan fantastique. Nous n’avons pas fini d’en entendre parler. Malgré la crainte constante d’une nouvelle guerre pouvant venir du nord, ses jeunes ont faim de réussite et leur préparation est à la hauteur de leurs ambitions.

Ah ! que j’aimerais voir au Québec ce que j’ai constaté ici. Ce n’est pas l’intelligence qui manque chez nous, mais le goût du travail et de la compétition.

Claude Dupras