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mercredi 5 août 2015

Le québécois « frileux »

Suite à mon récent blog sur « la radicalisation des péquistes », un internaute m’a fait part de son commentaire. Malheureusement, ce dernier ne tenait pas compte de l’argumentation de mon blog mais plutôt de l’auteur. J’ai remarqué souventes fois dans le passé que c’est souvent le cas dans les échanges politiques avec mes compatriotes. On oublie le message pour s’en prendre au messager.

Le critique rejetait mon argumentation parce qu’elle venait d’un « fédéraliste » il ne discutait pas du fond. Oui, c’est vrai, j’aime le Canada et veux le conserver pour mes descendants. Il me qualifia aussi d’être un des « québécois frileux des années 1970 » qui ont voté NON aux référendums québécois sur la séparation du Québec.

Nous serions « frileux » à cause de la peur que nous aurions de perdre ce que nous avons «acquis compte tenu de l'énergie dépensée à gagner du terrain petit à petit sur la mainmise du Dominion anglais sur cette partie du territoire canadien qui leur rapporte beaucoup depuis cent ans et plus ».

Il est vrai que depuis la bataille sur les plaines d’Abraham à Québec, le 13 septembre 1759, qui marqua le début de la conquête britannique et la fin du régime français en Nouvelle France, un grand chemin a été parcouru pour la reconquête de nos droits et libertés démocratiques. Jamais, ceux qui nous ont précédés, tout comme nous, ont lâché la lutte et le résultat est qu’aujourd’hui, nous sommes, au Canada, un peuple français, fier, solide, et qui prend de plus en plus sa place, dans tous les domaines, dans toutes les provinces  particulièrement au Québec et ce n’est pas fini. C’est irréversible.

Des centaines, sinon des milliers, de jeunes comme moi, issus des années ’30, ont fait eux aussi leur part dans cette progression du bienêtre et du pouvoir des Canadiens français. J’ai toujours collaboré avec mes compatriotes pour faire avancer la cause. J’ai eu la chance d’être éduqué par de bons professeurs des communautés religieuses des Frères du Sacré-Cœur et des Frères des Écoles chrétiennes, deux communautés dédiées à l’enseignement et à la formation de jeunes québécois. Ils nous ont bien enseigné l’histoire du Canada et nous avons appris les difficultés auxquelles les francophones ont dû faire face tout au long de leur histoire depuis la conquête pour défendre leur langue et leur religion et démontrer leur détermination pour assurer le développement futur de notre nation. Nous devenions motivés pour faire de même. Et, c’était comme ça partout où les Canadiens-français vivaient, que ce soit au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan au Yukon et ici et là dans les autres provinces.

J’étais déterminé à faire ma part et je suis devenu membre de l’ordre secret de Jacques Cartier (OJC), souvent appelé « la patente ». Il  était voué à la défense de la nation canadienne-française partout au Canada et à l’avancement de ses intérêts par l’entremise d’une élite militante qui infiltrait autant l'administration gouvernementale que les entreprises privées.

Au Québec, l'un des objectifs des membres de l'OJC était également de lutter contre l'influence des loges maçonniques et des orangistes qui moussaient leurs candidats et leurs idées pour la gouverne de la province et le contrôle des affaires.

Parmi les résultats de l’OJC, il y eut : la première élection d’un gouvernement francophone au Nouveau-Brunswick, la nomination d’un très grand nombre de haut-fonctionnaires francophones à Ottawa, la fondation des clubs Richelieu, le bilinguisme sur la monnaie canadienne et les formulaires d’assurance-chômage, des émissions de radio en Français diffusées à Radio-Canada d’Halifax aux Rocheuses, des services en Français, dans les compagnies d’utilité publique (chez Bell Canada, entre autres), ainsi que de nombreuses nominations d’ecclésiastiques francophones au lieu d’irlandaises qui étaient anglophones dans des écoles et des paroisses à travers le pays, etc…

L’Ordre créa aussi la Ligue d’achat chez nous, qui favorisa l’achat local et permit à de nombreux commerçants de survivre. Elle a été dissoute en 1965 avec la venue de la révolution tranquille et le débat sur la séparation du Québec. Puis, j’ai joint les chevaliers de Colomb et la Société St-Jean Baptiste de Montréal.  Partout nous avons combattu pour l’avancement des nôtres.

Par ailleurs, j’ai été président de la Chambre de Commerce des jeunes de Montréal, après y avoir œuvré cinq années durant lesquelles nous avons créé une Université Populaire pour permettre aux jeunes gens de Montréal de rencontrer des personnages importants, de notre société, qui avaient réussi dans leur vie professionnelle ou d’affaires, au rythme de cinq sessions par semaine, afin qu’ils puissent les écouter, réfléchir et apprendre d’eux à se préparer à la vie pour réussir. Nous avons aussi rencontré, entre autres, annuellement les premiers ministres (PM) du Canada et du Québec pour la présentation de mémoires relatifs à l’avancement de Montréal, du Québec ou de notre société. Lors de ma présidence, j’ai eu l’occasion de présenter les mémoires au PM John Diefenbaker sur le sujet du port de Montréal et au PM Maurice Duplessis pour la mise sur pied d’un conseil d’orientation économique au Québec. J’ai été aussi vice-président national du mouvement, ce qui m’a permis de rencontrer des membres Jeune Commerce (Jaycees) de toutes les parties du Canada.  

Plus tard, avec des amis, je créai le club Richelieu Lasalle, y œuvrai 3 ans avant de devenir son président. En plus de recevoir des conférenciers importants et aider les colonies de vacances de jeunes, nous avons contribué à la formation des Clubs Richelieu en France. Ce fut un succès, et le président Charles De Gaulle, quelques années plus tard, invita cinq de nos membres à diner à l’Élysée pour souligner le succès de cette entreprise.

J’ai été co-président de Canada 125, pour marquer le 125ième anniversaire du Canada. J’ai eu à cette occasion l’opportunité de traverser plusieurs fois le pays et de rencontrer un grand nombre de Canadiens et Canadiennes de toutes origines, particulièrement les francophones. J’ai pu ainsi apprécier et connaître davantage leur mode de vie, leurs espoirs et comprendre encore mieux le formidable pays qu’est le nôtre et l’importance de notre présence dans le pays.

J’ai été témoin de l’importante transformation politique de mon pays. J’ai constaté l’avancement des francophones et toute la place qu’occupe la francophonie aujourd’hui. Cela doit continuer. Et c’est en voyageant partout dans le monde, que j’ai constaté et compris la beauté, la richesse, la grandeur de l’exceptionnel pays qu’est le nôtre et les opportunités qu’il offre.

Malgré tout, aujourd’hui, certains Québécois veulent encore détruire le Canada en séparant le Québec de l’ensemble canadien. En réalité, ils veulent redonner aux Canadiens Anglais tout le pays, sauf le Québec. Ils veulent construire un nouveau pays, le Québec, et établir une frontière près de la ville de Rigaud située à 30 km de Montréal alors qu’elle est actuellement à 5 022 km de la métropole (200 milles à l’ouest de Vancouver dans le Pacifique). Où est l’erreur ?

Et qu’adviendra-t-il du million et plus de francophones qui y vivent et y progressent ? Est-ce que l’on veut qu’ils retrouvent le même sort que le million de francophones qui ont émigré au Nord-Est américain dans la seconde moitié du XIX siècle pour travailler dans les filatures et qui ont été totalement assimilés ? Veut-on le même sort pour les francophones hors-Québec ? Veut-on diminuer ainsi le nombre de parlant français en Amérique ? Pourtant plusieurs sont des membres de nos familles, ont les mêmes ancêtres que nous, le même sang, la même origine, la même langue, la même religion. Soudainement, on veut me faire renier mon pays, me faire oublier ses gens qui sont comme moi ? Pour faire quoi ? Pour décider seul de tout ? Mais, c’est une bataille du passé que nous avons déjà gagnée !

On critique le gouvernement d’Ottawa prétextant que les francophones n’ont pas une voix suffisante pour influencer le pays. C’est vrai en partie, mais ce n’est que momentané sous Harper. On semble oublier que les québécois Trudeau, Chrétien, Martin et Mulroney furent tous PM du Canada et qu’avant eux, il y a eu Louis-Saint Laurent et Wilfrid Laurier. Que chacun avait dans son cabinet un grand nombre de ministres influents du Québec. Durant ces années, ce sont les Québécois qui ont le plus influencé la politique canadienne.

Depuis l’élection de Wilfrid Laurier au poste de PM en 1891, le poste de PM du Canada a été occupé durant 48 ans par un anglophone venant,  de façon générale d’une province hors-Québec et 58 ans par un francophone originaire du Québec. Et, nonobstant ce clair avantage, il y a des séparatistes qui affirment hautement que les francophones n’ont rien à dire au pays. Ils ont la vue ou la mémoire courte, c’est le moins que l’on puisse dire.

Pour eux, évidemment, tous ces PM issus du Québec furent des traitres à la cause des Québécois et des vendus aux anglophones du Canada. Eh bien, moi, je dis, que ce sont ces Canadiens-français qui ont fait le Canada d’aujourd’hui et ce sera toujours de même. Actuellement, deux des trois partis fédéraux principaux ont à leur tête un Québécois.

Les séparatistes disent que tout doit être décidé au Québec par des Québécois pour les Québécois et se servent de cet argument pour vouloir détruire le Canada. Eh bien, dans le passé, ce qui fut décidé pour le Canada le fut en majeure partie du temps par des Québécois. Et partout dans le monde, on affirme que le Canada est le meilleur pays du monde. Pas mal, pour un certificat d’appréciation de bonne administration pour le travail des nôtres.

Nous, les Québécois ne manifestons pas une prudence excessive dans nos actions et nos décisions. Nous sommes des avant-gardistes réalistes. Nous sommes des combattants pour la bonne cause. Nos ancêtres ont été des passionnés, des hommes et des femmes courageux, qui ont traversé par monts et par vaux ce pays pour le bâtir malgré toutes les tempêtes. Il est à nous. Autant à nous qu’à nos concitoyens anglophones.

Nous ne sommes pas de la race des frileux pour laisser notre pays aux autres.    

Claude Dupras

dimanche 31 mai 2015

Duplessis (3): les antiduplessistes

En 1948, treize artistes, ressentant leur liberté d’expression paralysée par l’idéologie dominante de l’Église sur laquelle s’appuie le gouvernement de Duplessis, avaient présenté un manifeste intitulé « le refus global » en vue de transformer idéologiquement et culturellement la société canadienne française du Québec. Le groupe, sous la direction de Paul-Émile Borduas, visionnaire aux idées artistiques et sociales avant-gardistes, incluait, entre autres, les jeunes peintres Jean-Paul Riopelle et Marcelle Ferron. Le manifeste questionnait les valeurs traditionnelles et rejetait l'immobilisme de la société québécoise. Nonobstant que le manifeste ait été critiqué dès sa publication par l'Église et l'intelligentsia de la province, il a fait son chemin petit à petit chez ceux qui visent à influencer en profondeur la société et la culture au Québec.

Depuis la grève d’Asbestos, la société du Québec est quelque peu différente.  L’antiduplessisme devient le motus vivendi d’intellectuels, de jeunes étudiants et de chefs ouvriers qui s’y sont impliqués et qui confrontent le clergé et le gouvernement. Ensemble, ils veulent retrouver une place sur l’échiquier politique du Québec. Dans un premier temps, le mouvement ouvrier est devenu plus crédible et la Confédération des Travailleurs Catholiques du Canada est seule à occuper le champ politique car les nationalistes sont au pouvoir et les fédéralistes sont limités au niveau fédéral.
Pour les besoins de la cause, les intellectuels antiduplessistes se cherchent des voies d’expression et des enjeux clés. Ils donnent par conséquent une importance démesurée au syndicalisme dans la société canadienne française du Québec. Ils s’expriment où ils peuvent et trouvent des colonnes dans des publications littéraires, politiques et même religieuses. A ceux qui les accusent d’avoir fait le choix du socialisme, ils nient en prétextant le côté centralisateur du socialisme. A ceux qui leur reprochent de critiquer pour critiquer en ne voyant dans les actes de Duplessis que maladresses et provocations, ils répondent que Duplessis veut imposer un ordre nouveau où il n’y a pas de place pour la classe ouvrière, le clergé militant et la démocratie (et eux !).
La Confédération des travailleurs, avec son président Gérard Picard, adopte la proposition de Jean Marchand de mettre sur pied un comité d’action civique qui visera à ce que les réformes qu’elle propose deviennent des législations, que la classe ouvrière reçoive une éducation civique et qu’il y ait une collaboration des classes en respectant la doctrine sociale de l’Église. Gérard Pelletier, journaliste, quitte le Devoir et prend la tête de l’hebdomadaire de la Confédération « Le Travail ».
En même temps, « Cité Libre » lance modestement son premier numéro dans lequel on retrouve les mots : « Nous sommes là, des centaines, depuis quelques années, à souffrir d’un certain silence; et c’est pourquoi Cité Libre vient au jour ». Les jeunes de 30 ans qui prennent la plume jugent qu’il n’y plus de place pour une idéologie nationaliste fondée sur le conservatisme et le repli. Ils voient la société canadienne française coincée entre le capitalisme américain et le communisme russe.
En 1952, la CTCC appuie officiellement certains candidats libéraux à l’élection provinciale en clamant « nous appuyons nos amis et combattons nos adversaires ». Aspect intéressant : nonobstant son opposition à Duplessis, Pelletier accepte dans son journal, durant la campagne électorale, la publicité de l’Union Nationale alors qu’il y a un conflit ouvrier à Louiseville et que la situation s’envenime avec la police provinciale.
Pour marquer des points, les antiduplessistes s’en prennent aux « ravages sociaux du duplessisme ». A partir d’un article d’un journal torontois sur la protection de l’enfance au Québec, ils dénoncent l’histoire des 12,000 enfants qui sont « enfermés » dans les crèches et les orphelinats de la province. Ces enfants sont le résultat du sort que la société, sous le joug de l’Église, réserve à la fille-mère qu’elle traite de pécheresse et qui doit se cacher puisque sa famille en a honte. Elle ne peut avoir un avortement à cause de l’Église et doit accoucher dans un endroit réservé pour elle, comme à l’hôpital de la Miséricorde, car elle ne peut côtoyer une mère légitime. D’autres enfants sont ceux de veuves et de femmes séparées qui sont pauvres avec beaucoup de bébés (toujours à cause des curés) et qui se voient obligées de les remettre à des institutions charitables. Les antiduplessistes accusent Duplessis d’accorder des allocations familiales trop faibles puisqu’elles ne rencontrent pas les besoins des femmes seules, alors qu’en Ontario elles sont trois fois plus élevées. Puis, il y a la discrimination entre les enfants légitimes et les illégitimes, car les petits de filles-mères ont la mention « nés de parents inconnus » sur leur certificat de baptême. Quant à l’adoption, même si elle est très active et que les soeurs collaborent à « un marché noir » américain, elle ne suffit pas et les non-adoptés et les non-adoptables doivent vivre dans les orphelinats et le réseau jusqu’à l’âge adulte.
Les antiduplessistes soulignent aussi le problème aigu du logement urbain. Le président du comité d’habitation de Montréal évalue à « 65,000 le nombre de logements manquants pour répondre aux besoins immédiats. Plus de 40,000 familles vivent en chambre… . Les conséquences sur la santé physique et l’équilibre psychique … ont été établies à plusieurs reprises ». Le gouvernement de Duplessis a annoncé « le plan Dozois », une solution partielle à ce problème, en créant un grand projet d’habitation à loyer-modique dans un quartier du centre-ville où l’état d’insalubrité, de saleté et d’encombrements est dégoûtant. Des quartiers entiers sont dans cet état à Montréal. Le projet est évidemment critiqué sévèrement par les antiduplessistes dont Jacques Hébert (ami de Trudeau, il deviendra sénateur) et son hebdomadaire « Vrai ». Le pouvoir à Montréal devient pour eux un enjeu politique et ils s’unissent dans le mouvement pour libérer Montréal de la pègre et créent un organisme d’assainissement politique la « Ligue d’action civique ». Les critiques du « Plan Dozois » ne sont pas vraiment sérieux. Le plan sera réalisé et contribuera à la modernisation de ce quartier de la ville. Encore là, il semble évident que les antiduplessistes critiquent pour critiquer. La boutade qui fait la rumeur est la suivante : « ils sont rendus à dire que s’il pleut, c’est la faute à Duplessis ». 
Même si le contexte national Canadien français n’a rien à voir avec la polarisation de courants politiques de droite et de gauche, les intellectuels antiduplessistes se déchirent devant cette problématique nouvelle. La venue de nouvelles publications a accentué cette division. En fin ’52, après la victoire de Duplessis, ils réalisent que sa politique ouvrière (ils disent anti-ouvrière) a été politiquement rentable; Pierre Elliott Trudeau écrit alors dans « Cité Libre » que le changement viendra de la classe ouvrière car il ne peut surgir de la finance, de la classe agricole, de l’Église ou de la bourgeoisie. Lénine n’aurait pas dit mieux. Des commentaires du même genre sont émis dans « Le Travail » suite à la victoire de Saint-Laurent en août 1953 : « nous ne pouvons pas être très fiers du vote ouvrier dans cette élection ».
L’inflation reprend en juin 1953, le chômage augmente et le pouvoir d’achat des ouvriers s’effrite. La CTCC a de longues et dures grèves à supporter. Durant ces périodes difficiles l’antiduplessisme redéfinit ses enjeux ainsi que les bases d’un nouveau fédéralisme.
Trudeau prend une tangente antinationaliste. Devant la commission Tremblay il propose avec un groupe « des ententes temporaires qui ne nécessitent aucun amendement constitutionnel et qui pourront être examinées périodiquement à la lumière des connaissances économiques et des nécessités politiques toujours changeantes ». Il recommande de créer un organisme de coopération interprovinciale du travail pour veiller à ce que l’industrialisation procède sans injustice pour le travailleur et si les provinces en sont incapables, il suggère un code national canadien du travail par voie d’amendement constitutionnel. Pour lui, seule l’industrialisation permet d’accroître le niveau de vie des ouvriers et des travailleurs. Il appuie l’aménagement du fédéralisme en fonction des nouvelles normes étatiques de stabilité économique de l’économiste anglais Keynes. Il dénonce le séparatisme comme négatif parce qu’il enfermerait la culture canadienne française dans un vase clos où elle finirait par étouffer. Il épouse la thèse qu’un fédéralisme raisonnable qui appliquera des mesures correspondantes aux découvertes les plus avancées de la science économique. Il croit qu’un fédéralisme qui regroupe plusieurs ethnies est plus rationnel, puisqu’il favorise des économies d’échelles et une production augmentée dans un espace plus grand. Trudeau propose une stratégie de croissance à tout prix et est prêt à faire intervenir l’État canadien par des politiques et des programmes sociaux pour infléchir les inégalités de consommation. Cette philosophie antinationaliste a aussi l’appui d’anciens élèves de l’École des sciences sociales comme Jean Marchand, Maurice Lamontagne et d’autres venant des Jeunesses Étudiantes Catholiques, tels que Gérard Pelletier, Jeanne Sauvé et Marc Lalonde. Ils jettent un regard de plus en plus sympathique du côté du nouveau fédéralisme.
Par contre, les antiduplessistes et les nationalistes neutres opposés à Duplessis, sont unanimes à constater que les services sociaux du Québec sombrent dans une dangereuse période latente. Les institutions du domaine social sont remises en question sans toutefois être vraiment modifiées, car c’est leur légitimité qui est en jeu. La société traditionnelle québécoise est qualifiée, de « grande noirceur » ou comme disent les Canadiens anglais de priest-ridden society. Ce ne sont pas les Canadiens anglais qui portent leur hargne sur l’église de Rome, mais certains Canadiens français qui la propagent au nom de « valeurs nouvelles » communes à l’Amérique du Nord de l’après-guerre et de l’Europe occidentale. Ces « valeurs nouvelles » sont la démocratisation de l’enseignement pour toutes les classes sociales; les soins hospitaliers et les soins médicaux gratuits pour chaque citoyen indépendamment de la capacité de payer de chacun; la transformation de la charité privée en bien-être social; la syndicalisation du monde ouvrier et des employés de l’Etat.
Ces idées nouvelles ébranlent peu le Québec et les antiduplessistes devront attendre pour les mettre en application car les nationalistes traditionalistes sont au pouvoir et l’Église, qui se sent attaquée, n’est pas prête à les épouser.

Suite :  Duplessis (4) : l’impôt provincial   à venir…

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dimanche 24 mai 2015

Duplessis (1) : l’Union Nationale

Le personnage de l'ancien premier ministre du Québec Maurice Duplessis revient souvent dans les discussions et les débats politiques québécois d'aujourd'hui. On le calomnie, le salit et injure sa mémoire. Ce n'était pas Duplessis !

Ayant vécu une bonne partie de cette période, je l’ai décrite dans mon livre « Et dire que j’étais là : Itinéraire d’un p’tit gars de Verdun » qui est affiché sur mon site internet.

Afin d’en faciliter la lecture, j’ai regroupé toutes les parties qui réfèrent à Duplessis pour en faire un seul texte. Le problème est qu’il est long. Je l’ai divisé en six sections que je présenterai en six blogs consécutifs à tous les deux ou trois jours. 
Voici les titres de chacun de ces blogs : l’Union Nationale, King et Saint-Laurent, Les antiduplessistes, l’impôt provincial, Autonomie… autonomie, la mort de Duplessis.
Voici le premier :
Duplessis : l’Union Nationale
À l’élection provinciale du Québec de 1935, le parti Action Libérale Nationale (ALN) est dirigée par Paul Gouin, un politicien nationaliste, poète à ses heures, qui a quitté le parti libéral dirigé par Louis-Alexandre Taschereau en claquant la porte l’année précédente avec d’autres dissidents et qui jubile à l’idée d’appliquer son programme de restauration économique et sociale Il entrevoit maintenant la possibilité de prendre le pouvoir dans un avenir rapproché. Suite à une alliance avec les Conservateurs dirigé par Maurice Duplessis, les deux partis se partagent les comtés afin de ne présenter qu’un candidat de l’alliance par comté. L’ALN fait élire 26 candidats sur 57 comtés et les conservateurs 16 sur 33 comtés. Les libéraux minoritaires conservent le pouvoir et choisissent un nouveau chef, Adélard Godbout. Conformément à l’entente entre les partenaires de l’alliance, Duplessis devient chef de l’opposition. Quelques mois plus tard, l’effet combiné du manque de leadership de Gouin et d’un manque de fonds permettent à Duplessis, qui manœuvre bien contre le gouvernement, de récupérer l’ALN et un grand nombre de ses partisans à la faveur d’une fusion. Duplessis crée un nouveau parti : l’Union Nationale.
Godbout croyant pouvoir obtenir une majorité déclare une élection générale pour 1936. Maurice Duplessis ouvre sa campagne électorale à Trois-Rivières. Il définit son programme politique en promettant de défendre l’autonomie provinciale dans les rapports du Québec avec le fédéral, de lancer des programmes d’électrification rurale, de pavage des routes, de construction d’écoles et d’hôpitaux et de restaurer l’intégrité de l’administration publique. Plus particulièrement, il s’engage à nationaliser l’électricité. L’Union Nationale remporte une éclatante victoire avec 70 sièges contre 15 et les libéraux perdent le pouvoir après l’avoir exercé pendant 42 ans, sans interruption. Suite à cette victoire, le gouvernement fédéral met sur pied la commission Rowell-Sirois pour faire enquête sur les relations financières entre le fédéral et les provinces. Elle conclut que le rôle du Canada doit être plus important dans les programmes sociaux afin de les protéger contre de futures calamités économiques.
Malgré cela, à la suite d’un grand débat à la Chambre des communes à l’issue duquel la déchirure du pays s’exprime par l’appui à la guerre ou la neutralité, King décide d’engager le Canada aux côtés des Anglais. Le 10 septembre 1939, il déclare la guerre à l’Allemagne. Cependant, King veut limiter l’engagement du Canada et insiste qu’il n’y aura pas de conscription.
Au Québec, la cote du Premier Ministre Duplessis est en baisse. Pourtant, il a fait adopter les premières mesures sociales du Québec, telles que les lois sur les pensions de vieillesses, l’assistance aux mères nécessiteuses, la pension aux aveugles, les salaires raisonnables (qui deviendra plus tard la loi sur le salaire minimum). Il crée aussi le Ministère de la santé et du bien-être social. La dépression l’a empêché d’appliquer son programme de réforme sociale et économique et il a également dû renier sa promesse électorale de nationaliser les producteurs d’électricité à cause du refus du syndicat financier de la rue Saint-Jacques de le financer. De plus, il est trop nationaliste au goût de ce milieu anglophone, qui incarne le pouvoir réel au Québec.
L’annonce par King de l’entrée en guerre du Canada fournit à Duplessis une façon de racheter sa carrière politique. Il déclenche une élection provinciale en 1939 en invoquant le besoin d’obtenir un mandat fort pour tenir tête aux visées centralisatrices d’Ottawa et à la conscription qu’il pressent. Mais les ministres fédéraux du Québec, Lapointe, Cardin et Power, défendent King et promettent qu’il n’y aura jamais de conscription sous le parti libéral fédéral. Sentant de plus un défi à leur crédibilité et à leur légitimité, ils menacent de démissionner ensemble si Duplessis est réélu. Les libéraux reviennent au pouvoir.
Godbout, vendu ?

Depuis son élection au Québec, le Premier ministre Godbout collabore totalement avec les autorités fédérales. On dit qu’il doit son élection aux libéraux fédéraux. Que ce soit vrai ou non, il se dit surtout préoccupé par ce qu’on dit de sa province. Il souhaite éviter une répétition des attaques intolérantes dont elle a été la cible à la fin de la 1ière guerre mondiale. Afin d’éviter que ne soit mise en cause la loyauté des Canadiens français ou leur courage, il décide d’offrir à King toute sa collaboration pour assurer la victoire. Il s’identifie à ce long courant d’opinion au Québec pour qui la Confédération canadienne peut fonctionner si les compromis nécessaires se font. Cette position politique le situe en droite ligne avec les Lafontaine, Cartier, Chapleau et Laurier, qui furent tous confrontés à des problèmes semblables.

Godbout collabore vraiment. Trop? C’est certainement l’avis de plusieurs. Il accepte de céder au fédéral la juridiction du Québec sur l’assurance-chômage. Il accepte également que le fédéral enlève aux provinces leur autonomie fiscale. Il recommande de voter « oui » au plébiscite. Il refuse de condamner le gouvernement fédéral lorsqu’il adopte la loi 80 autorisant la conscription. Il ne cesse de répéter que l’état de guerre exige l’entente et la coopération. Godbout va même jusqu’à dire que si King lui demande « de cirer les bottines de soldat, parce que cela aidera l’effort de guerre, il le fera ». Suite aux recommandations de la commission Rowell-Sirois, Godbout accepte la création d’un nouveau programme d’allocations familiales canadien qui est une ingérence dans un champ de juridiction provinciale. De nombreux québécois pensent qu’il en fait trop. Pour eux, Godbout a un chef et ce chef est à Ottawa.
Cela n’empêche pas de nombreuses personnes de trouver remarquable la performance du gouvernement Godbout. La prospérité engendrée par la guerre lui fournit l’occasion de faire beaucoup. En 1940, il donne le droit de vote aux femmes qui, sous la gouverne d’Idola Saint-Jean et autres dirigeantes féministes canadiennes françaises, ont bataillé ferme pour l’obtenir, malgré les vœux des plus hautes instances religieuses. Pourtant, le Québec est la dernière province à l’accorder. En 1943, il s’oppose encore une fois à la hiérarchie de l’Église et fait adopter une loi rendant obligatoire l’éducation des enfants jusqu’à 14 ans, car il croit que la prospérité future de la province passe inévitablement par de profondes réformes en matière d’éducation. Il nationalise la Beauharnois Light Heat and Power Company, crée l’Hydro-Québec et lui cède toutes les réserves d’eau non déjà concédées de la province. Il crée un conseil économique pour le gouvernement en matière de stratégies de développement. Il fait adopter un nouveau code du travail qui précise les droits des travailleurs à la négociation collective et à la syndicalisation. En général, son gouvernement est considéré honnête, ce qui est rare à cette époque, et progressiste.
Une élection générale doit avoir lieu le 8 août 1944. Duplessis sait que l’« à-plat-ventrisme » de Godbout devant le fédéral et la conscription obligatoire, décrétée malgré les promesses du contraire aux gens du Québec par les ministres de King et douloureusement inscrite dans la mémoire des Canadiens français, vont lui donner une occasion en or pour reprendre le pouvoir.
Il doit cependant compter avec la présence d’un mouvement contestataire devenu parti politique, « Le Bloc Populaire Canadien ». Composé de nationalistes québécois, ce parti a été créé le 8 septembre 1942, peu après le plébiscite, par des opposants à la conscription. Il s’inspire des idées d’Henri Bourassa, qui l’endosse. Ce parti fédéral, appuyé entre autres par Camilien Houde et un groupe de jeunes étoiles montantes comme Jean Drapeau et Pierre Trudeau, décide de créer une aile provinciale pour contester l’élection de 1944. Il prend pour chef André Laurendeau, son secrétaire. Ce parti base son programme sur la défense des droits des Canadiens français et propose l’intervention de l’état aux niveaux économique et social, tout en se défendant bien d’être socialiste.
Duplessis, en pleine forme, entreprend sa campagne électorale sur un thème accrocheur, l’autonomie provinciale. Il y gagne en crédibilité. Il promet de récupérer d’Ottawa tous les pouvoirs qui lui ont été cédés par le gouvernement Godbout, d’électrifier tout le territoire (à ce moment-là, seulement 60 % des Québécois ont l’électricité), de paver toutes les routes principales, de construire des écoles, des universités, des hôpitaux… En somme, de moderniser sa province. Il se dit prêt à respecter la constitution canadienne et affirme « La coopération toujours, l’assimilation jamais ! ».
L’Union Nationale remporte 48 comtés, les libéraux 37 et le Bloc 4, dont celui d’André Laurendeau qui devient député à l’Assemblée législative. Maurice Le Noblet Duplessis redevient Premier Ministre du Québec, le 20ième depuis la Confédération.
C’est un important changement de gouvernement qui promet des débats politiques fondamentaux. Il s’ajoute à celui qu’a connu la Saskatchewan, le mois précédent, où le CCF a pris le pouvoir avec son chef, Tommy Douglas. Celui-ci s’est ainsi trouvé à former le premier gouvernement socialiste du Canada. Les choses ne seront plus jamais les mêmes. Notre pays arrive à un point tournant de son histoire. Désormais, la constitution et les questions sociales vont passer au premier plan des préoccupations des Canadiens. 
 
suite 2: Duplessis, King et Saint-Laurent... à venir

jeudi 6 février 2014

Le crucifix, thème de la prochaine élection québécoise

La solidarité des Canadiens-français et la fibre politique que la France leur a léguée constituent les raisons principales de leur présence relativement importante au Canada. De peuple conquis, bafoué, diminué, la nation canadienne-française a trouvé les grands chefs politiques et religieux dont elle avait besoin pour remporter des victoires importantes. Elle a toujours su tirer son épingle du jeu, même quand les règles établies visaient à la contrôler, l’assimiler ou l’angliciser. Le Clergé lui a enseigné la solidarité, ce qui l’a sauvé des jours noirs depuis la conquête et lui a permis de vaincre, de se maintenir et de progresser. Les hommes politiques ont su bénéficier de cette solidarité pour défendre la place du peuple français d’Amérique dans ce grand pays et assurer leur survivance.

De 66 000 Canadiens-français au moment de la conquête, nous sommes, aujourd’hui, plus de 8 millions sur le territoire canadien et cela malgré le départ, à partir de 1861, de milliers d’émigrés Québécois vers les filatures du Nord-Est des USA à cause du manque de travail. Ils y sont restés et ont fondé des familles. En 1930, on évaluait leur nombre à 900 000. On voyait des « Petits Canadas » dans les états du Maine, du Vermont, du Massachusetts, du New Hampshire, du Rhode Island et du Connecticut. Aujourd’hui, leurs descendants se chiffrent à plus de 3 000 000. Mais dans le « melting pot » américain, ils ont perdu leur langue française.

C’est le taux de fécondité élevé, surnommé « la revanche des berceaux », conséquence de la rigide position du Clergé relativement au devoir conjugal et à la famille, encouragé par les nationalistes, qui a permis aux Canadiens-français non seulement de compenser largement pour les exils volontaires de ses enfants mais aussi de contrebalancer, depuis la conquête, le flux de l’immigration anglaise de familles nombreuses. Cette méthode fructueuse démontra, plus que tout autre, la solidarité des Canadiens-français.

De plus, pour tâcher de résorber les effets du manque de travail, le Clergé a encouragé la colonisation pour développer l’agriculture dans de nouvelles régions du Québec, telles la Mauricie, les Bois-Francs, le Saguenay et les Laurentides. Plus tard, la Gaspésie et finalement l’Abitibi. Omniprésent dans la vie des Canadiens-français, il a aussi posé des gestes importants qui ont assuré la protection de leur langue française et de leur religion, par exemple :

. En 1774, Monseigneur Briand, l’évêque de Québec, n’hésite pas une seconde à soutenir la Couronne britannique contre les colonies britanniques américaines qui invitent les Canadiens à s’engager avec elles dans une guerre d’indépendance. Mgr Briand aime la politique de conciliation des Anglais mais redoute surtout le fanatisme anticatholique des américains. Pour défendre la Colonie, une milice canadienne-française est formée en toute hâte et vient gonfler les rangs de l’armée du Gouverneur Carleton qui n’a que 1 500 soldats. Usés par un hiver particulièrement rigoureux, les Américains battent en retraite devant 10,000 hommes fraîchement débarqués d’Angleterre. Le Québec ne fera donc pas partie des futurs États-Unis. Si les Américains avaient gagné, parlerions-nous encore français ? La solidarité prêchée par Mgr Briand a fait la différence.

. En 1788, Monseigneur Hubert constate que dans son grand diocèse les Canadiens-français sont en voie de paupérisation et victimes d’un nombre croissant d’injustices, qu’ils développent une rancœur grandissante contre les Anglais, qu’ils font preuve d’indifférence devant la faible administration anglaise et qu’ils s’insurgent contre la quasi-monopolisation des commerces de la fourrure du Nord-Ouest et du blé par les Anglo-Écossais qui profitent de leur situation pour s’emparer aussi de la richesse foncière. Bouleversé, Mgr Hubert cherche à persuader Carleton mais sa réponse ne le satisfait pas. Appuyé par les siens, il décide de se rendre à Londres et de faire part de ses constatations directement au gouvernement anglais. Devant ce plaidoyer et d’autres, Londres réagit et adopte la troisième constitution du Canada qui divise le pays en deux provinces : Le Haut-Canada et le Bas-Canada, pour tenir compte des préjugés et des coutumes des habitants français et veiller à leur conserver la jouissance de leurs droits civils et religieux. Mgr Hubert a fait ce qu’il avait à faire.

. Vers 1850, Monseigneur Bourget, évêque de Montréal, a l’ambition de faire du catholicisme un instrument capable de résister au pouvoir protestant. Il lance un programme de retraites paroissiales qui opèrent une véritable conversion en profondeur. Il mélange religion et politique. On assiste à un retour en force de la religion catholique. L’évêque encourage aussi les Canadiens français à se lancer à la conquête de l’Ouest du continent. Il affirme : « Le meilleur moyen pour un peuple de conserver sa foi est de la propager au loin ».

. Le 2 mai 1949, Monseigneur Charbonneau, archevêque de Montréal, lance un vibrant appel en faveur des familles éprouvées par la grève de l’amiante : « La classe ouvrière est victime d’une conspiration qui veut son écrasement et quand il y a conspiration pour écraser la classe ouvrière, c’est le devoir de l’Église d’intervenir ». Il réclame de Québec un code de travail qui soit « une formule de paix, de justice et de charité » et demande une quête pour aider les grévistes. Par ailleurs, il appuie la non-confessionnalité dans les œuvres alors que les évêques sont contre. Aux infirmières, il propose une association professionnelle commune alors que les évêques veulent deux associations, une catholique et l’autre protestante. Il fait l’apologie du CCF, le parti socialiste, alors que les évêques croient que l’Église possède une doctrine sociale capable de guérir tous les maux. Devant le manque de Canadiens-français dans le monde des affaires, il propose d’introduire le bilinguisme dans tout l’enseignement de son diocèse. Il prononce de grands discours favorables au nationalisme économique. Il prend beaucoup d’autres positions d’avant-garde avant d’être démis par le pape. Ses idées et ses actions ont fait leur chemin et montré la voie vers le futur aux Canadiens-français.

. Il y a aussi les milliers de maisons d’enseignements des communautés religieuses comme celles des Jésuites, des Frères des Écoles Chrétiennes, des sœurs Sainte-Croix, des sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie et tellement d’autres qui ont su éduquer une grand nombre de Québécoises et Québécois en leur enseignant les cours élémentaire, secondaire, classique ou scientifique et qui ont produit des femmes et des hommes qui sont devenus dirigeants de la nation et d’entreprises de toutes sortes. Sur cette base solide s’est bâti le système d’éducation d’aujourd’hui. Il en fut de même dans le domaine hospitalier et d’autres.

Tout ce qui précède n’est qu’un très bref aperçu de l’histoire du Québec et de l’importance du Clergé et de l’église catholique dans son cheminement. Le crucifix accroché au mur de l’Assemblée Nationale au-dessus du siège du président a été placé là, en 1956, pour marquer le passé religieux et historique du Québec.

Il semble de plus en plus probable que le Québec sera en élection générale bientôt. La premier ministre Pauline Marois a le vent dans les voiles et vise à changer sa minorité parlementaire en une forte majorité. Les deux derniers sondages, favorables à son parti et à sa personne, la motivent à profiter de la situation. D’autant plus que son projet de charte sur « les valeurs québécoises » ou « la laïcité », on ne sait plus comment le nommer, visant à défendre tous signes religieux ostentatoires portés par les employés du gouvernement, attire un nombre important de Québécoises et Québécois.

Le débat sur la charte expose clairement la profonde division qu’elle crée chez les Québécois. On est pour ou on est contre, on n’est pas entre les deux. Le seul groupe uni à 90% (mon évaluation) pour la charte est celui des séparatistes. Pour eux, ce n’est pas son contenu qui compte mais le fait qu’elle plait à une majorité de l’électorat francophone. Ils y voient l’argument capable de rallier au Parti Québécois (PQ) les circonscriptions électorales actuellement entre les mains des autres partis politiques afin que leur parti puisse imposer un autre référendum sur la séparation du Québec de l'ensemble canadien.

Aujourd’hui, le PQ, au nom de la laïcité, veut décrocher le crucifix de l’Assemblée nationale et le placer dans une pièce voisine qui n’a aucun rapport avec l’Assemblée Nationale malgré qu’il ait été une valeur québécoise importante depuis la découverte du Canada. De son côté, l’opposition libérale, qui favorise aussi la laïcité, veut maintenir le crucifix à sa place actuelle. S’il y a élection, cela deviendra possiblement un des thèmes de la campagne électorale. Croyez-le ou non !

Pourtant la devise du Québec est : Je me souviens !

Claude Dupras

mercredi 26 juin 2013

On est Québécois et Canadien, ou bien on ne l’est pas !

Le 24 Juin, la St-Jean-Baptiste, est la fête nationale des Québécois. Mais aussi la fête de tous les francophones du Canada. À l’origine, la St-Jean Baptiste était la fête des canadiens-français de tout le pays. La Société St-Jean-Baptiste était nationale et dédiée à unir et aider les francophones à prendre leur place dans tout le pays et à promouvoir leur culture et la langue française.

Depuis la révolution tranquille, les séparatistes québécois se sont emparés de cette fête. Ce faisant, ils ont essayé de faire oublier qu’il y a plus d’un million de francophones hors Québec qui ont, avec succès, conservé leur culture et leur langue française. Nous en avons eu la démonstration encore hier à la télé où on montrait les images des graves inondations qui affligent la ville de Medecine Hat en Alberta. Le maire de la ville répondait à des journalistes québécois dans un français impeccable. Pour plusieurs c’est surprenant puisque les séparatistes ne cessent de dire que les francophones du Canada sont de plus en plus assimilés et sur le point de disparaître. Rien n’est plus éloigné de la vérité. Je dis merci à la télévision de la démontrer chaque jour.

Le 1er juillet est la fête du Canada. Celle de tous les Canadiens. C’est le temps de reconnaître avec satisfaction que notre pays est un des plus beaux, des plus grands et des plus riches de la planète où la qualité de vie est la meilleure. Nonobstant cela, plusieurs séparatistes le dénigreront en boycottant la fête.

Le chef du parti libéral du Québec (PLQ), Philippe Couillard, a fait une déclaration récente qui montre sans équivoque que son parti est fédéraliste et respecte le Canada. Contrairement à plusieurs de nos politiciens québécois, il n’hésite pas à dire le mot CANADA. Il est Québécois et Canadien et il en est fier. Je le suis aussi, sans être libéral.

Évidemment, cela a froissé les séparatistes qui ont rétorqué de façon mensongère en qualifiant Couillard de fédéraliste pur et dur. On l’a même accusé d’avoir dit que son parti est définitivement fédéraliste. Quel péché ! Ils veulent faire croire qu’il a amené son parti dans une nouvelle voie politique. Il ne faut pas vouloir se rappeler du passé pour affirmer une telle inexactitude. Il faut faire exprès de vouloir oublier les positions claires et nettes du PLQ lors des deux référendums québécois sur la séparation du Québec. Ce sont deux chefs libéraux, Claude Ryan et Jean Charest, qui ont dirigé le comité référendaire favorable au maintien du Québec dans le Canada.

Ce parti a toujours été près de l’opinion majoritaire des Québécois sur la question nationale. Comme les autres partis, il est sensible à la défense de notre langue, de notre culture et, comme les autres gouvernements, il a donné aux Québécois de plus en plus d’outils pour se parfaire, se développer et assurer la protection de leur liberté culturelle et linguistique. Cependant, il veut continuer à défendre l’appartenance des Québécois au Canada car il croit que c’est pour eux un avantage sans égal.

Les batailles passées d’anciens premiers ministres Duplessis, Lesage, Lévesque et de Johnson sur le plan national ont fait valoir les aspirations du Québec et après de longues discussions, des changements importants ont été apportés à la fédération. Jamais le fédéral a dit « qu’importe l’opinion des Québécois, c’est la nôtre qui compte ». Le passé nous a démontré que le fédéralisme canadien est flexible, ajustable et toujours en mutation. Il a toujours été en évolution. Il y eut des passages difficiles, mais toujours les issues ont été trouvées.

Les Québécois sont Canadiens mais ne profitent suffisamment pas des avantages que leur offre le Canada. Ils n’y voyagent pas assez, n’y investissent pas suffisamment. Plusieurs l’on fait et ils ont bien réussi. Ils sont devenus des chefs de file canadiens, dans le génie par exemple.

Les séparatistes reprochent au fédéral l’accord de 1982, pour le rapatriement de la constitution canadienne de Londres, que le Québec a refusé de signer à la toute dernière minute. Couillard veut régler cette question qui mine le pays, une fois pour toutes. Les séparatistes l’accusent de vouloir le faire à tout prix sans rien exiger en échange. Il est évident qu’une telle affirmation frise la partisannerie car Couillard sait en bon politicien que ce serait sa mort politique s’il agissait ainsi. Il y va de l’intérêt du Québec que cette anomalie soit corrigée, et il veut le faire en tenant compte de l’opinion de tous les Québécois.

Les séparatistes accusent son parti d’être une succursale du parti libéral du Canada. Ridicule. Peut être que c’était le cas dans les années ’40 et ’50 du temps du temps du PM Louis St-Laurent et du ministre Ernest Lapointe, mais il y a longtemps que le PLQ a démontré qu’il est un parti québécois fortement autonome.

Couillard veut que les Québécois soient bilingues. Évidemment, les séparatistes l’accusent aussitôt de se sentir mieux avec la loi canadienne des langues officielles qu’avec la loi 101 du Québec. Comme si le bilinguisme pour un individu était négatif. Ils vont même jusqu’à affirmer qu’il veut abandonner la loi 101. Quelle insulte! Quelle tromperie!

Les séparatistes parlent du droit fondamental du peuple de décider de lui-même la séparation du Québec de l’ensemble canadien. Quel peuple? Leurs arguments persistants laissent croire que seuls les francophones ont l’identité québécoise, comme si être Québécois c’est d’être francophone. Les Québécois anglophones dont les familles sont ici depuis des centaines d’années, ne le sont-ils? Les Québécois de la centaine d’autres souches dont plusieurs sont au Québec depuis près d’un siècle, italiens, polonais, slaves, irlandais, arabes, africains, asiatiques ne sont-ils de notre peuple ? Et les autochtones qui étaient là bien avant nos ancêtres, ne le sont-ils ? Est-ce seulement ceux qui parlent le français dans tout ce beau monde, que je viens de mentionner, qui sont le peuple québécois? J’aimerais bien connaître la définition séparatiste du mot « peuple ».

Pour moi, le peuple québécois d’aujourd’hui est composé de tous ceux qui ont des droits politiques au Québec, quelques soient leurs origines. Et j’aimerais bien que tous soient bilingues et parlent le français et l’anglais, les deux langues des nations fondatrices du Canada où elles sont officielles.

Une chose est certaine. La personne et les positions politiques positives et réalistes de Philippe Couillard sont à ce jour très bien acceptées par une majorité de Québécois. Il se dévoile comme un homme intelligent, qui sait ce dont il parle et qui sait faire toutes les nuances nécessaires pour la bonne compréhension des Québécois de ses politiques. Cet ensemble de qualités lui donne une image positive qui fait mal aux séparatistes. Il voit en lui un grand danger pour leur option politique et craignent que le voile sera levé sur leur argumentation séparatiste qui mène nulle part. Ils feront tout et diront tout pour le détruire. Couillard ne bronchera pas dans ses convictions. Il est Québécois. Il est Canadien. Il n’oublie pas que le Canada est la terre découverte par nos aïeux !

Cette terre est à nous et à ceux qui sont venus y vivre. Pas question de la céder à quiconque.

Bonne fête du Canada à tous.

Claude Dupras

jeudi 18 octobre 2012

Et si les Anglais n’étaient pas partis !


C’est en lisant l’article « As Quebec decays, Toronto seizes greatness » (Alors que le Québec se détériore, Toronto s’imprègne de grandeur) de lord Black dans le National Post que le sujet de ce billet m’est venu.

Conrad Black est né au Québec. Diplômé, dans les années ’70, en droit à l’université Laval de Québec et en histoire à McGill, il achète le journal Sherbrooke Record qui dessert la minorité anglophone des Cantons-de-l’est. Ce sera le début d’une épopée extraordinaire durant laquelle il deviendra propriétaire d’innombrables et importants journaux canadiens, américains et britanniques, un baron de la presse. Il quitte le Québec pour Toronto et plus tard renonce à sa citoyenneté canadienne pour devenir citoyen du Royaume-Uni où il devient membre de la chambre des lords britanniques. Mais certaines de ses transactions d’affaires attirent l’attention de la SEC, l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers. En 2007, il se retrouve au milieu d’un scandale financier en rapport avec les entreprises de son holding et est traduit en cour pour fraude. En 2007, il écope de six ans et six mois de prison. On le libère sous caution en juillet 2010 et il attend le résultat de son appel à la condamnation, puisqu’il se considère innocent des charges portées contre lui. Black est aussi biographe et a écrit l’histoire de Maurice Duplessis, premier ministre du Québec et des présidents américains F. D. Roosevelt et Richard Nixon.

En tôle, Black écrit sur l’actualité politique et le National Post, qu’il a créé, reproduit ses textes. Depuis sa libération, il continue. Son plus récent, mentionné précédemment, a choqué un grand nombre de Québécois. Blogueurs et chroniqueurs francophones l’ont décrié. Black y explique les raisons de l’exode hors-Québec de 500 000 Québécois anglophones durant les années ’60 à ’90. Il blâme les pressions nationalistes, les hauts taux de taxes non-compétitives, la redéfinition sans fin de l’utilisation de la langue anglaise comme si c’était un privilège et que l’on peut amender sans cesse par des lois comme la loi 101, etc.

Plus de cent sièges sociaux de compagnies importantes et d'un grand nombre de leurs sous-traitants ont quitté le Québec. Le « brain drain » a coûté plus de 100 000 diplômés de nos universités qui nous ont quittés pour s’installer hors-Québec. Des hommes et des femmes d’affaires d’envergure, des professionnels expérimentés, des créateurs reconnus et autres de bon calibre nous ont laissé pour aller travailler ailleurs. Et je pourrais continuer… Mais mon propos n’est pas de ressasser tout ça, mais de poser la question : Et si les Anglais n’étaient pas partis ?

Mais avant d’attaquer directement cette question, on peut se demander si nos concitoyens anglais ont eu raison de nous quitter. Selon eux, leurs droits étaient bafoués, leur identité sociale diminuée, leur langue et leurs traditions attaquées malicieusement. À tort ou à raison, ils ne sentaient plus bien dans leur peau. Ils ont cru que l’air frais d’ailleurs leur permettrait de reprendre goût à la vie. Pour eux, le bonheur s’y trouvait, là était la liberté de faire ce qu’ils voulaient dans leur langue, là ils seraient respectés. Ils quittèrent la terre de leurs ancêtres pour mieux vivre sans contrainte. Pour aller vers ce rêve, ils ont laissé leurs parents, leurs amis, leur maison, leur milieu, leurs habitudes… Ce fut pour chacun une décision difficile à prendre. Je le sais car plusieurs étaient mes amis. Je m’imagine me retrouver dans une telle situation et comment ce serait douloureux de tout quitter. Il faut être vraiment découragé par ce qui se passe autour de soi pour en arriver à ce point. Ils l’ont fait.

Par contre, les a-t-on vraiment brimés dans leurs droits ? L’avocat québécois Christian Néron nous éclaire sur cette question. Diplômé en histoire et en psychopédagogie, il a réagit à l’article de Lord Black sur l’Aut’journal (http://lautjournal.info/) dans un article intitulé « Lord Black is wrong ».

Me Néron souligne qu’il n’y a pas de droit sans loi. Sa « genèse des droits linguistiques au Canada » nous ramène à la case de départ et à Louis XIV qui en 1663 fait adopter un « Édit de création » pour objet de mettre en vigueur dans la colonie, l’universalité des lois et coutumes qui ont cours dans le parlement de Paris. En matière de langue, le français devient la langue officielle de l’État et le roi l’impose comme langue des relations internationales, aux dépens du latin ».

En 1763, le Canada change de roi pour celui de l’Angleterre et de régime. Le statut de la langue française changera-t-il ? Non, car le gouvernement anglais applique une règle à l’effet que toute colonie acquise par conquête se doit de maintenir en place ses propres lois et coutumes à l’exception de celles contraires à la religion. Ils sont brillants, ces Anglais !

En 1774, le parlement de Westminster adopte l’Acte de Québec. Le français demeure la seule langue officielle du pays. La langue anglaise fait sa place dans les « usages », mais ce ne sont ni des lois ni des droits. Le français… était même favorisé par la « common law » applicable aux colonies de peuplement. Par contre, sur le plan judiciaire, l’Acte garanti pour la première fois des droits linguistiques aux anglophones de la province de Québec… et leur reconnaît le droit de conserver et de diriger leurs écoles sur une base confessionnelle.

En 1986, la loi sur la santé et les services sociaux permet aux anglophones de réclamer des services et des soins de santé dans leur langue
.

Je crois que l’on peut conclure, comme Me Néron que les « humiliations » ressenties par les anglophones suite à certaines politiques linguistiques du gouvernement du Québec découlent d’une méconnaissance du droit et d’attentes irréalistes fondées uniquement sur des droits supposés ou imaginés. La loi 101 est légale et a été reconnue comme telle par la cour Suprême du Canada. Les anglophones n’ont pas perdu de droits et la langue anglaise a conservé tous ses attributs.

Lord Black ne tient pas compte de l’histoire des lois linguistiques au Canada et semble croire que les « usages » de la période coloniale anglaise tiennent lieu de lois et de droits.

Quant aux centaines de milliers d’anglophones qui sont restés au Québec, ils se sont adaptés et ont bien gagné leur vie. Ils ont vécu les changements linguistiques. Ils ont envoyé leurs enfants dans les écoles élémentaires et secondaires de langue française. Ils les ont vus plus tard fréquenter et marier un ou une francophone (50% d’entre eux l’ont fait)). Ils ont constaté que leur communauté est devenue à 70% bilingue. Ils ont respecté le français comme langue d’affichage, le travail en français et les autres conditions de la loi 101. Certes, ce ne fut pas facile et plusieurs ont regimbé, mais généralement tout est tombé en place. Aujourd’hui, ils sont généralement heureux. Cependant, ils s’inquiètent des ondes négatives qu’émet le nouveau gouvernement Marois. Ils sont surpris qu’il ne reconnaisse pas tout le trajet qu’ils ont parcouru en rapport avec leur adaptation à la langue française.

Et si les exilés n’étaient pas partis, où en seraient-ils ? Où en serions-nous ?

. Ceux qui sont restés nous démontrent qu’ils auraient eu les mêmes opportunités qu’ailleurs.

. La loi 101 serait toujours en vigueur et leurs enfants seraient bilingues et non unilingues comme ils le sont aujourd’hui.

. Leur vie familiale et d’affaires auraient été normales puisque les contraintes d’opportunités qu’ils appréhendaient ne se sont jamais réalisées.

. Montréal serait toujours la métropole canadienne et au lieu d’être au 17e rang mondial comme centre de services financiers, elle occuperait probablement une des premières places (Toronto est 3ième).

. L’importance et l’influence de Montréal au pays et dans le monde seraient demeurées intactes puisqu’elle serait la ville où les deux nations fondatrices du pays vivent ensemble.

. Avec les études, mieux préparés et plus expérimentés, les francophones feraient partie de la direction et du management des compagnies, quelles qu’elles soient. Ils participeraient activement et contribueraient également aux succès des entreprises canadiennes.

. La population de Montréal compterait un million de plus de résidents et la très grande majorité serait bilingue.

. Montréal à cause de ses facettes bilingues et la compétence de ses citoyens et citoyennes serait devenue un aimant capable d’attirer les compagnies étrangères voulant un pied à terre en Amérique.

. Les sièges sociaux des grandes compagnies se seraient multipliés, tout comme ceux des compagnies de sous-traitance qui leur fournissent services et produits.

. Les carnets de commandes des fournisseurs et des sous-traitants installés à Montréal augmenteraient considérablement puisqu’ils seraient situés à proximité des départements d’achats des sièges sociaux des compagnies.

. On n’entendrait plus, lorsqu’on veut placer une commande pour un objet particulier « c’est back-order Toronto ».

. L’offre d’emploi serait supérieure dans tous les domaines.

. Le nombre de payeurs de taxes seraient fortement augmenté, particulièrement dans la catégorie des plus hauts salariés.

. Avec plus de citoyens, le Québec aurait beaucoup plus de députés au parlement canadien et son poids y serait proportionnellement plus influent.

Et je pourrais continuer cette liste… Mais pour terminer, j’en ajoute un, qui me touche personnellement : l’architecture.

Avant la crise linguistique, Montréal a connu un boom architectural remarquable grâce à la collaboration des plus grands architectes du monde. Parmi ceux-ci, il y a eu la Place Ville Marie de l’architecte Ieoh Ming Pei, la ville souterraine de l’urbaniste américain devenu montréalais Vincent Ponte, l’édifice de la Banque Canadienne Impériale de Commerce de l’architecte britannique Peter Dickinson, la place Westmount de l’architecte américain Mies Van der Rohe, la tour de la Bourse des architectes italiens Luigi Moretti et Pier Luigi Nervi, la biosphère de l’architecte-futuriste américain Buckminster Fuller, le stade olympique du français Roger Tailibert, Habitat 67 de Moshe Safdie, le Château Champlain de l’architecte québécois Roger Dastous qui réalisa plus tard le village Olympique et plusieurs autres projets d'architectes renommés qui ont changé le visage de Montréal.

Depuis, Toronto donne le pas avec des projets des plus grands architectes du monde. On nous dit qu’à Montréal on ne pourrait se payer un bâtiment comme le musée de Bilbao, construit dans la ville industrielle espagnole et dont l’architecture attire des centaines de milliers de visiteurs. Ce musée est l’œuvre d’un canadien, le célère architecte canadien Frank Gehry. Pourtant à Toronto, il vient d’être engagé à nouveau pour un projet important, qui s’annonce extraordinaire, de trois tours de 80 étages dans le district des théâtres.

À considérer les faits mentionnés précédemment, on peut conclure que le départ des Anglais de Montréal fut injustifié. Les malheurs qu'entrevoyaient leurs craintes ne se sont pas matérialisées. Montréal, eux et nous serions aujourd’hui en meilleure position s’ils étaient restés au Québec. Plusieurs justifient leur décision d’alors par la peur. Je crois que malheureusement, ils ont eu peur d’avoir peur.

Claude Dupras

jeudi 8 septembre 2011

Le premier ministre de SA Majesté

Le Canada redevient-il une colonie de l’Angleterre ? Si on en juge par les actions récentes du premier ministre canadien Stephen Harper, on pourrait le croire.

Après avoir enlevé du hall d’entrée du ministère des Affaires étrangères, à Ottawa, les deux tableaux historiques du célèbre peintre québécois Alfred Pellan représentant le pays, il a renommé ce mur, « le mur des Souverains », pour commémorer la visite du prince William et de son épouse Kate, aussi connus maintenant comme le duc et la duchesse de Cambridge, et a décidé de suspendre un tableau géant du portrait de la reine Élizabeth II pour remplacer les tableaux.

Puis, il a renommé les forces militaires canadiennes en ajoutant le mot royal dans leurs noms.

Lors du décès du chef du NDP, Harper l’a qualifié, dans le message de sympathie qu’il a envoyé aux Canadiens et Canadiennes, du « chef de la loyale opposition de SA Majesté », alors que depuis des décennies les prédécesseurs de Layton et lui-même se nommaient « le chef de l’opposition officielle du gouvernement canadien ».

Tous les contrats du fédéral avec les entreprises privées sont faits entre Sa Majesté et les entreprises ou les individus.

Et ce n’est pas fini… Le PM Harper vient de décider que le portrait de la reine Élizabeth II doit être dorénavant affiché dans toutes les ambassades, dans tous les consulats et les bureaux des Haut-Commissaires canadiens du monde puisqu’elle est « le chef d’État du Canada ». J’imagine ce que pense un malaysien, un russe, un algérien, un chinois, un français et tout autre individu entrant dans une ambassade du Canada pour s’informer des lois d’immigrations canadiennes. Il doit ressortir vite pensant qu’il s’est trompé d’adresse et se retrouve dans l’ambassade anglaise. Qui dans le monde peut comprendre cet accent royaliste que notre gouvernement canadien, élu par seulement 39% des canadiens, nous impose ? Comme symbole de colonialisme, c’est fort et triste.

Enfin, la rumeur taquine… veut que Stephen Harper ait accroché le portrait de la SA Majesté au dessus du lit de la chambre de leur couple et il rêve que les Canadiens fassent comme lui.

Il semble que le premier ministre Harper fait tout pour écœurer les Québécois qui s’opposent à cela puisqu’ils veulent que leur pays soit vraiment indépendant non seulement par ses lois mais aussi par ses symboles.

L’aplat-ventrisme de notre gouvernement conservateur devant la couronne britannique a assez duré. C’est choquant et incompréhensible et n’aide pas l’unité canadienne.

Vive la premier ministre d’Australie, qui cherche à se départir totalement de la couronne britannique.

Claude Dupras

samedi 9 avril 2011

Mon nom est Québécois et Canadien-français

Depuis que j’écris les billets de mon blog, je suis toujours surpris des réactions de plusieurs de mes compatriotes du Québec. Lorsque je décris les Québécois comme des Canadiens-français, je ressens tout de suite une réaction vive et agressive. Et cela malgré que j’emploie le nom canadien-français seulement lorsque je me réfère à une époque précédente à 1975, du temps où nous nous nommions nous-mêmes Canadiens-français. Ce sont surtout les séparatistes qui montent dans les rideaux.

Pour eux, les francophones du Québec sont des Québécois et les anglophones du Québec des Canadians. C’est comme si la notion « pure laine » prend le dessus sur le bon sens.

Je n’en veux pas à mes amis séparatistes de réagir ainsi, mais il me semble qu’ils font un affront à leurs concitoyens qui parlent une autre langue que la leur. Je veux bien défendre la langue française, mais de là à monter sur la tête de mes concitoyens anglais pour être plus grand, je ne crois pas que ce soit la meilleure façon.

Normalement, dans mon langage de tous les jours, j’utilise le nom Québécois pour désigner tous les habitants qui vivent au Québec, Ontarien ceux de l’Ontario, Terreneuvien ceux de Terreneuve et ainsi de suite. Si je parle de façon générale du Canada, je parle des Canadiens-français, des Canadiens-anglais ou des néo-Canadiens. Cela me semble être clair.

Lorsque je me dis Québécois, je me sens solidaire de tous les habitants du Québec. Et lorsque je me dis Canadien-francais, je me sens solidaire de tous les francophones au Canada. Ces derniers sont plus d’un million à vivre hors Québec dans des milieux intensément anglophones où ils réussissent à protéger leur culture et leur langue. Il faut avoir visité comme moi Victoria, Whitehorse, Calgary, Winnipeg, Régina, le nord de l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et ailleurs dans les Maritimes pour comprendre combien nos compatriotes, qui y vivent, méritent notre respect et notre support. Ce sont des gens de nos origines, des gens comme nous, ascendants ou descendants de nos familles que l’on retrouve dans nos arbres généalogiques. Oui, je me sens solidaire de mes compatriotes outre-Québec et je comprends la fierté que je ressens d’être Canadien-français en constatant leur courage et leur détermination. Je me sentirais coupable d’être autrement et je ne suis pas près à les lâcher.

Comme nous, ils sont différents des autres Canadiens de par leur culture et leur langue. Comme nous, ils veulent vivre en français et éduquer leurs rejetons dans leur langue. Comme nous, ils rejettent le « melting pot ». L’exemple du Québec qui réussit à préserver, à tout prix, sa culture, sa langue et sa façon de faire est important pour eux. C’est une des raisons pour laquelle, nous nous devons d’avoir à Québec la meilleure gouvernance possible et gérer nos affaires avec le plus d’autonomie possible. Notre gouvernement fédéral doit comprendre cela.

Le passé a été témoin de batailles politiques importantes lorsque le Québec faisait part, par ses demandes, de sa différence. Nous avons souventes fois regimbé contre un gouvernement fédéral qui cherchait à se montrer plus centralisateur. Nous avons gagné des débats mémorables qui nous ont assuré une autonomie de plus en plus grande. Nous ne demandons rien de plus que nos concitoyens canadiens-anglais, mais nous voulons ce qu’il nous faut pour assurer notre plein épanouissement, comme nous l’entendons.

C’est pourquoi, j’ai été heureux cette semaine d’entendre le premier ministre canadien Stephen Harper, en pleine campagne électorale, proposer d’instaurer, pour l’avenir, une asymétrie politique dans les propositions fédérales qui tiendra compte des priorités et des besoins particuliers du Québec et de d’autres provinces s’ils le veulent. Ce ne sera plus la même chose pour tout le monde. Les provinces pourront demander des conditions particulières et elles seront reconnues, notamment dans la santé. Si cela se concrétise, ce sera un grand pas en avant.

Cette asymétrie a existé avant mais elle a dû être littéralement arrachée du fédéral. Maurice Duplessis a bataillé ferme pour obtenir des déductions particulières de l’impôt fédéral pour les Québécois, suite à la création de l’impôt provincial en 1956. L’ex-PM fédéral Paul Martin en 2004 a compris les revendications insistantes de Jean Charest et a accepté, pour la première fois, que des argents fédéraux dédiés au programme de santé soient alloués exceptionnellement à d’autres fins par le gouvernement du Québec, Jean Charest les utilisa pour diminuer l’impôt provincial afin de le rendre plus concurrentiel avec celui des autres provinces. La même chose arriva sous le PM Harper, mais cette fois-là ce dernier montra son désaccord et laissa croire avoir été trompé par Jean Charest.

René Lévesque rechercha longtemps de telles ententes asymétriques avec Ottawa. Le PM Trudeau s’y objecta.

C’est d’un tel fédéralisme asymétrique que nous avons besoin car il tiendra compte de nos différences et du fait que le Québec voit ses priorités, relevant de ses responsabilités, différemment des mandarins fédéraux. Le PM Harper semble finalement avoir compris et vouloir institutionnaliser ce principe. Enfin, une suggestion pratique et combien importante pour le Québec de la part des conservateurs fédéraux.

Il faut cependant que ce soit une entente de style quasi-constitutionnelle et non seulement administrative, car on pourrait vite revenir à la case de départ si le PM (quel qu’il soit) perd sa bonne humeur ou son bon entendement des qualités requises pour des relations fédérales-provinciales efficaces.

Cette politique nouvelle pourra aussi aider nos compatriotes francophones des autres provinces, puisque cela leur donne la possibilité d’exercer des pressions auprès de leurs gouvernements provinciaux pour leurs propres priorités afin qu’ils puissent profiter de cette nouvelle flexibilité fédérale. Cela peut bien les servir.

Je suis Québécois, Canadien-français, Canadien. Pas mal pour un homme en 2011 !

Claude Dupras