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dimanche 1 mai 2016

La trudeaumanie à la Justin

Le Canada connaît une nouvelle vague de trudeaumanie.

Après son célèbre père, l’ex-PM du Canada Pierre Elliot Trudeau (PET), Justin Trudeau est devenu le nouveau premier ministre du Canada suite à l’élection qui a duré un record de 78 jours et qu’il a gagnée de façon surprenante avec son parti Libéral fortement majoritaire.
Depuis, il est omniprésent dans les médias qui n’ont cessé de transmettre son image, ses actions, ses politiques d’avant-garde, ses agissements et mettre en évidence sa personnalité. Beau gosse, charismatique, enthousiaste, il a un discours de son temps comme sur l’avortement, l’euthanasie, la légalisation de la marijuana… Il pratique la boxe et a un tatoo sur l’épaule gauche. Il emprunte les médias sociaux, fait des montages multimédias, tient des séances de questions sur Twitter, utilise Instagram pour ses centaines de photos prises depuis qu'il est tout petit à aujourd’hui, etc... Avec son épouse Sophie et leurs enfants, ils reflètent le bonheur, sont heureux et sourient. Quoi de mieux pour le commerce d’images et d’illusions qu’est la politique !  

De plus, en remplaçant un premier ministre, Stephen Harper, qui s’est avéré fade et peu intéressant pour les Canadiens et le reste du monde, il a engagé le Canada dans une cure de jouvence qui en fait un pays d’avant-garde pour plusieurs. Tout comme son père, il a transformé sa victoire électorale en trudeaumanie. Et, cela a vite fait le tour de la planète où Justin Trudeau est devenu l'objet d'un engouement général comme nous en avons été témoins lors de son passage récent aux Philippines.
C’est un phénomène unique en politique canadienne qui se répète. Il transforme un politicien en icône de la culture populaire même si il y a quelques mois, avant l’élection, tous les médias le qualifiaient de chef politique soit naïf, incompétent, inexpérimenté, incohérent et immature. Personne ne voyait en lui la stature d’un véritable chef qui pourrait diriger le « plus meilleur pays du monde », comme disait Jean Chrétien et rapporté par Le Devoir.

Depuis, la presse le recherche, épie ses moindres gestes, analyse tous ses mots et les traduit en images et en textes qui épatent le monde. Tout cela fait en sorte que des gens de tous les pays, particulièrement les plus jeunes, apprécient ce qu’ils voient, en demandent davantage pour mieux le connaître et l’aiment. Ce n’est pas peut dire car si on leur demandait de nommer le PM de l’Australie ou celui de la Nouvelle Zélande ou encore celui des Philippines, peu répondraient à l’une ou l’autre des questions. La trudeaumanie déferle et désormais Justin Trudeau est une vedette internationale connue et le Canada est sur toutes les lèvres. Les vendeurs en ligne en profitent. Des photos signées aux figurines, tous les moyens sont bons pour capitaliser sur le succès du nouveau premier ministre. La demande est forte.
Évidemment, un tel chef ne peut faire l’affaire des séparatistes québécois qui voient subitement apparaître un nouveau chef politique fédéraliste se lever et qui est de plus en plus écouté. Pour eux, il devient une embûche additionnelle et importante à leur démarche de convaincre les Québécois de quitter le Canada. Alors, on se moque de la trudeaumanie, on informe mal et on le dénigre finement et sournoisement tout en cherchant à diminuer son importance à l’étranger, dont en France, lors de rencontres, entre autres, avec la presse ou d'articles de magazine.. Ce qui est, à mon avis, de bien mauvais goût car, comme on dit chez nous, on n’étend pas son linge sale sur la corde à linge du voisin.

D’autant plus, que les Français admirent le Canada. J’y vis quatre mois par ans depuis 15 ans et j'en suis témoin. J’y ai fait un très grand nombre d’amis et de connaissances et constamment j’en rencontre de nouveaux. En général, ils aimeraient venir visiter notre pays, y travailler et même y vivre pour plusieurs. Jamais ai-je rencontré un Français me parler contre le Canada. Certes, on est très sympathique à la défense de la langue et de la culture française au Québec et on favorise le Québec dans les débats sur ce sujet. Ce qui est bien normal. Mais on envie le Canada, ses grand espaces, sa nature, son climat, son économie, sa population, son genre de gouvernement, son mode de vie…
A ce jour, Justin Trudeau va bien. Il a amélioré les relations avec les États-Unis. Il a accueilli 25 000 réfugiés syriens dans l’ordre. Il a signé l’entente globale sur le climat à Paris. Il a rétabli les relations diplomatiques avec l’Iran et a renforcé celle avec le Mexique. Il a promis de signer les ententes de libre–échange avec l’Europe et avec les pays du Pacifique. Il a annulé les missions de bombardement en Irak pour les remplacer par des missions humanitaires et de conseillers auprès des Kurdes. Il a engagé des discussions avec Obama pour la vente du bois d’œuvre canadien et pour d’autres sujets importants mis de côté par le gouvernement conservateur. Il a rencontré les premier-ministres des provinces et les leaders des territoires canadiens. Il travaille en collaboration avec l’ONU et le Commonwealth pour l’aide aux pays africains. Il prépare une entente particulière avec le président Obama sur le climat. Et, encore… Quelle différence d’approche, quelle fraicheur par rapport au gouvernement Harper !

Actuellement, tout est beau et positif pour Justin Trudeau et le sera pour une bonne période de temps, mais on ne peut oublier que la trudeaumanie à une fin. Celle de Pierre Elliot Trudeau s’est terminée dans un « dégoût quasi-universel dans l’Ouest canadien et ce mépris était partagé par beaucoup de québécois » pour d’autres raisons.
Après avoir été porté par la trudeaumanie, PET a été élu PM du Canada. Mais, 14 mois plus tard, il a été humilié et battu à l’élection suivante, par le jeune chef progressiste-conservateur Joe Clark qui dirigea un gouvernement minoritaire. Plus tard, PET revint au pouvoir pour diriger le pays durant cinq autres années...

Justin Trudeau se rappelle sûrement de ces moments de la trudeaumanie de son père. Il doit savoir que la sienne aura une fin. J’espère qu’il ne sera pas tenté de la maintenir au prix de ne pas prendre les décisions qui s’imposent dans l’intérêt du Canada. Son père a été un grand leader. On peut être ou ne pas être en accord avec sa personne ou son leadership, comme moi, mais il faut quand même reconnaître que lorsque l’intérêt général du pays était en péril, il s’est levé et a dirigé le Canada au détriment de sa popularité personnelle, de la trudeaumanie et de sa réélection car son moto était : Nous vivons dans un monde difficile: nous devons être nous-mêmes vigoureux; l'avenir n'est pas aux timides et aux faibles. J’espère que Justin Trudeau sera comme son père, ce jour-là, mais prendra des positions plus réalistes vis-à-vis le Québec !
Il ne lui reste maintenant qu’à tenir ses promesses et de continuer à traduire sa nouvelle trudeaumanie en influence diplomatique. Bonne chance !

Claude Dupras

 

jeudi 11 juin 2015

Duplessis (6) : La mort de Duplessis

En septembre 1959, les dirigeants de l’Iron Ore Company, compagnie qui exploite le minerai de fer à Shefferville suite à une entente avec le gouvernement du Québec, invitent le premier ministre Maurice Duplessis à venir les rencontrer à la mine pour le weekend de la fête du travail. Ils veulent permettre à Duplessis de se reposer et aussi de discuter avec lui de projets d’avenir. En effet, depuis un certain temps, Duplessis est fatigué au point qu’il ne veut pas accepter cette invitation car il ne se sent pas l’énergie d’entreprendre ce long voyage en avion. Gérald Martineau, son ami politique de toujours, décide de le persuader d’y aller car il sait que le chef de l’Union Nationale est las et que quelques jours en dehors de son bureau de Québec, dans l’air du grand nord, lui permettront de se ravigoter. Finalement, Duplessis accepte. Maurice Custeau, député de Montréal-Jeanne-Mance, Lucien Tremblay, député de Maisonneuve, Gérard Thibeault, député de Montréal-Mercier et Jacque Bureau neveu du premier ministre l’accompagnent.

Duplessis est vraiment exténué à son arrivée au chalet-hôtel en bois où il logera. Il se repose, dort, mais se lève tôt. Il va mieux. Le 3 septembre durant l’après-midi, alors qu’il est seul dans le salon du chalet avec Maurice Custeau, debout, parlant à ce dernier, il ressent soudainement un malaise, sa voix ralentit, son visage grimace, il porte la main droite vers sa tête, pivote sur lui-même et s’effondre lourdement au sol, presque dans les bras de Custeau. Celui-ci va vers lui mais voyant la gravité de la situation, crie à l’extérieur pour attirer l’attention de Martineau. Le médecin est appelé. On le dépose sur son lit et le médecin l’examine et le traite. Duplessis a fait une hémorragie cérébrale. Martineau appelle la secrétaire du premier ministre à Québec, mademoiselle Cloutier, pour l’aviser de ce qui arrive et lui demande de ne pas répandre la nouvelle. Le lendemain, la presse a vent de la condition de Duplessis et le 5 septembre, la radio rapporte la gravité de la maladie du PM et annonce qu’il est en danger de mort. Son agonie se termine dans la nuit du 6 au 7 septembre lorsque Maurice Le Noblet Duplessis décède. C’est le jour de la fête du travail. Il avait 69 ans. 

Le corps de Maurice Duplessis est placé dans un cercueil que Martineau a fait venir de Québec. Les journalistes qui sont vite arrivés à Schefferville sont témoins de l’évènement. Le cercueil est drapé d’un drapeau du Québec et transporté jusqu’à l’avion qui le transportera à la capitale. À son arrivée, le corps est remis à un entrepreneur de pompes funèbres qui l’embaumera. Puis, il est porté à l’hôtel du Parlement et placé dans la salle de l’Assemblée législative qui devient une chapelle ardente. Plus de 100 000 personnes viennent rendre hommage à Maurice Duplessis en une seule journée. Beaucoup de Canadiens-français sont profondément touchés et en pleurs.
Le lendemain matin, le corps est acheminé vers Trois-Rivières, la ville de résidence du défunt. Il est exposé au Palais de justice où Duplessis avait plaidé comme avocat au début de sa carrière professionnelle. Il y a tellement de monde qui veut lui rendre hommage que le Palais de justice reste ouvert jusqu’à tard dans la nuit. Puis, le 10 septembre, un cortège funèbre l’accompagne jusqu’à la cathédrale l’Assomption où une messe de requiem est célébrée pour le repos de son âme. Le cortège est ouvert par le Royal 22ième régiment et sa fanfare dont le grand tambour résonne au rythme de pas funèbres. Des centaines de soldats de ce régiment, avec leur haut chapeau en poil d’ours, longent le parcours de la procession funèbre et aident ainsi à retenir la foule. Le PM du Canada John Diefenbaker dirige les centaines de dignitaires, ministres et députés de l’Union Nationale et du Parti progressiste-conservateur du Canada et autres, habillés en redingote et chapeau haute forme, qui suivent le long corbillard noir de marque Cadillac, entouré de dix policiers de la police provinciale dans leur costume d’apparat et leur casque blanc de style police britannique avec pointe métallique sur le dessus. Quarante-six landaus qui portent 1 600 tributs floraux suivent. Plus de 60 000 personnes longent les rues et sont venues dire un dernier adieu à ce personnage qui a été pendant 32 ans député de Trois-Rivières et qui a tant marqué la politique au Québec. Les policiers transportent la bière de la dépouille de Duplessis à l’intérieur de la cathédrale. 
Les québécois sont venus en grand nombre pour être présents aux funérailles de Maurice Duplessis. Plusieurs sont arrivés tôt le matin à Trois-Rivières, en auto, longtemps avant que ne débutent les funérailles. Ils s’approchèrent de la cathédrale le plus possible et malgré que la majorité des sièges aient été réservés pour les dignitaires et la population trifluvienne, plusieurs trouvèrent moyen d’entrer dans la cathédrale et assister à la cérémonie religieuse debout à l’arrière du lieu saint. Ils en restèrent marqués longtemps.  
Après les funérailles, le cortège se reforme et marche vers le cimetière Saint-Louis où le cercueil de Maurice Duplessis sera enterré dans le lot familial qui domine la ville, près de son père et de sa mère. Dès la fin de la cérémonie, plusieurs se sont vite rendus au cimetière afin d’être témoins de l’inhumation. Ils sont agglutinés près de la grande croix blanche qui marque le lot de la famille Duplessis. Personne ne s’objecte à leur présence et ils deviennent des témoins privilégiés de l’enterrement de leur idole auquel assistent le PM Diefenbaker, les anciens ministres de Duplessis, de nombreux évêques et prêtres, trois célébrants, leurs deux enfants de chœur et huit policiers de la police provinciale qui ont transporté la bière couverte du drapeau du Québec jusqu’au lieu de l’inhumation et qui demeurent au garde-à-vous près d’elle. Au dernier moment, ils enlèvent et plient respectueusement le drapeau québécois et descendent le corps de Maurice Duplessis au fond de la fosse. Le cercueil est en métal gris.
Le drapeau qui avait couvert le cercueil de Maurice Duplessis de Schefferville à Québec et qui avait été conservé par mademoiselle Cloutier, la secrétaire personnelle de Duplessis, sera remis par elle, en 1971, à l’abbé Pierre Gravel qui fut un propagandiste acharné de la reconnaissance officielle, à Québec, du drapeau fleurdelisé et qui conserva une immense gratitude envers Maurice Duplessis pour sa proclamation du 21 janvier 1948.
Maurice le Noblet Duplessis a marqué son époque. Bon politicien, il est demeuré 18 ans au pouvoir, la plus long règne de tous les premiers ministres du Québec. Cette longue période a créé de profondes frustrations chez ses adversaires qui avaient aussi le goût du pouvoir. Ils n’ont pas manqué de salir sa réputation, le traitant de dictateur, de corrompu, de tyran, de vendu à l’Église catholique, sans mœurs électorales… et cela malgré qu’il gagnait toujours ses élections avec de fortes majorités. On le disait dépassé, manquant d’initiative, malgré qu’il ait modernisé le Québec, payé sa dette et bien défendu son autonomie politique.
Sa contribution majeure pour le Québec et le Canada fut ses batailles pour l’évolution des relations fédérales-provinciales. Les débats qu’il a gagnés et les gains qu’il a obtenus ont permis au Québec de maintenir son destin, issu de son passé. Alors que le Canada et les Canadiens hors-Québec  voulaient réviser radicalement le pacte confédératif qui a créé le pays, Duplessis à résisté totalement.
Le parti libéral du Québec de son époque cautionnait les politiques fédérales et les interprétations de la constitution et du fédéralisme canadien par les Saint-Laurent, Trudeau et autres. Ce parti accusait Duplessis de manque de collaboration avec Ottawa. Durant ses années de pouvoir, lors de la deuxième guerre mondiale, le parti libéral du Québec avait cédé au fédéral, entre autres, le contrôle des impôts directs, l’assurance-chômage… L’avocat Duplessis, de retour au pouvoir, put rétablir les positions du Québec à cause de ses connaissances légales et des perspectives juridiques en découlant. Ces qualités sont fondamentales pour un premier ministre québécois dans un pays comme le Canada qui a une constitution confédérale. Malgré cela, le parti libéral dans l’opposition continuait de dénoncer ce qu’il qualifiait de négative, l’attitude de Duplessis face à Ottawa.
Duplessis descendait d’une famille de juristes, conservateurs en politique, dont les traditions historiques et juridiques venaient des Pères canadiens-français de la Confédération. Les prédécesseurs de Duplessis, aussi des avocats comme le libéral Alexandre Taschereau, le libéral Lomer Gouin, le conservateur Arthur Sauvé défendaient tous « l’autonomie provinciale » et s’opposaient à ce qu’Ottawa intervienne dans ce champ d’activités qui permet au peuple canadien-français du Québec de s’administrer le plus possible lui-même.
Duplessis connaissait bien l’histoire du Québec. Il n’était pas séparatiste. Par contre, il n’acceptait aucunement de nouvelles définitions des clauses protectrices des droits du Québec dans le pacte constitutionnel. Il a même affirmé devant ses collègues, premiers ministres des autres provinces, qui l’accusaient d’être un obstacle à l’évolution du Canada : « Si l’on considère la présence du Québec au sein de la confédération comme un obstacle, nous sommes prêts à nous retirer ».  
Duplessis savait comment ses ancêtres avaient combattu le roi d’Angleterre qui voulait angliciser et « protestantiser » la Nouvelle-France. Il savait que leur résistance avait résulté dans l’Acte de Québec de 1774 qui créa la province de Québec et restaura à ses habitants le droit de garder sa langue, ses institutions et sa religion dans l’Empire britannique. Cet acte fut des plus importants quant aux droits des peuples dans le monde car il censura le roi qui avait pris pour la Nouvelle-France une initiative personnelle contraire au droit international de l’époque selon lequel un peuple civilisé conquis ne pouvait être privé des institutions et des lois qui lui sont propres. Puis, la création du Haut-Canada anglais et du Bas-Canada catholique et français a maintenu le statuquo. Plus tard, la réunification des deux Canada créa un conflit de relations entre les deux groupes linguistiques qui se régla par un arrangement cahoteux de double majorité et finalement par la Confédération de 1867.
Duplessis était familier avec le débat qui mena à la Confédération. Londres, qui voulait régler les conflits, avait permis au Québec de conserver ses coutumes, ses traditions ancestrales et ses institutions particulières. Le gouvernement anglais restaura la province de Québec à ses frontières de 1791 et créa une fédération qui permettait le partage des pouvoirs entre un gouvernement central et des provinces. À cause du Québec, les pouvoirs aux provinces étaient indispensables pour qu’un peuple puisse s’administrer lui-même avec ses lois et ses institutions fondamentales. Et les pouvoirs du gouvernement central et de ceux des provinces sont exclusifs. 
Suite :  Duplessis (7) :  La commission royale d’enquête Salvas
 
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dimanche 31 mai 2015

Duplessis (3): les antiduplessistes

En 1948, treize artistes, ressentant leur liberté d’expression paralysée par l’idéologie dominante de l’Église sur laquelle s’appuie le gouvernement de Duplessis, avaient présenté un manifeste intitulé « le refus global » en vue de transformer idéologiquement et culturellement la société canadienne française du Québec. Le groupe, sous la direction de Paul-Émile Borduas, visionnaire aux idées artistiques et sociales avant-gardistes, incluait, entre autres, les jeunes peintres Jean-Paul Riopelle et Marcelle Ferron. Le manifeste questionnait les valeurs traditionnelles et rejetait l'immobilisme de la société québécoise. Nonobstant que le manifeste ait été critiqué dès sa publication par l'Église et l'intelligentsia de la province, il a fait son chemin petit à petit chez ceux qui visent à influencer en profondeur la société et la culture au Québec.

Depuis la grève d’Asbestos, la société du Québec est quelque peu différente.  L’antiduplessisme devient le motus vivendi d’intellectuels, de jeunes étudiants et de chefs ouvriers qui s’y sont impliqués et qui confrontent le clergé et le gouvernement. Ensemble, ils veulent retrouver une place sur l’échiquier politique du Québec. Dans un premier temps, le mouvement ouvrier est devenu plus crédible et la Confédération des Travailleurs Catholiques du Canada est seule à occuper le champ politique car les nationalistes sont au pouvoir et les fédéralistes sont limités au niveau fédéral.
Pour les besoins de la cause, les intellectuels antiduplessistes se cherchent des voies d’expression et des enjeux clés. Ils donnent par conséquent une importance démesurée au syndicalisme dans la société canadienne française du Québec. Ils s’expriment où ils peuvent et trouvent des colonnes dans des publications littéraires, politiques et même religieuses. A ceux qui les accusent d’avoir fait le choix du socialisme, ils nient en prétextant le côté centralisateur du socialisme. A ceux qui leur reprochent de critiquer pour critiquer en ne voyant dans les actes de Duplessis que maladresses et provocations, ils répondent que Duplessis veut imposer un ordre nouveau où il n’y a pas de place pour la classe ouvrière, le clergé militant et la démocratie (et eux !).
La Confédération des travailleurs, avec son président Gérard Picard, adopte la proposition de Jean Marchand de mettre sur pied un comité d’action civique qui visera à ce que les réformes qu’elle propose deviennent des législations, que la classe ouvrière reçoive une éducation civique et qu’il y ait une collaboration des classes en respectant la doctrine sociale de l’Église. Gérard Pelletier, journaliste, quitte le Devoir et prend la tête de l’hebdomadaire de la Confédération « Le Travail ».
En même temps, « Cité Libre » lance modestement son premier numéro dans lequel on retrouve les mots : « Nous sommes là, des centaines, depuis quelques années, à souffrir d’un certain silence; et c’est pourquoi Cité Libre vient au jour ». Les jeunes de 30 ans qui prennent la plume jugent qu’il n’y plus de place pour une idéologie nationaliste fondée sur le conservatisme et le repli. Ils voient la société canadienne française coincée entre le capitalisme américain et le communisme russe.
En 1952, la CTCC appuie officiellement certains candidats libéraux à l’élection provinciale en clamant « nous appuyons nos amis et combattons nos adversaires ». Aspect intéressant : nonobstant son opposition à Duplessis, Pelletier accepte dans son journal, durant la campagne électorale, la publicité de l’Union Nationale alors qu’il y a un conflit ouvrier à Louiseville et que la situation s’envenime avec la police provinciale.
Pour marquer des points, les antiduplessistes s’en prennent aux « ravages sociaux du duplessisme ». A partir d’un article d’un journal torontois sur la protection de l’enfance au Québec, ils dénoncent l’histoire des 12,000 enfants qui sont « enfermés » dans les crèches et les orphelinats de la province. Ces enfants sont le résultat du sort que la société, sous le joug de l’Église, réserve à la fille-mère qu’elle traite de pécheresse et qui doit se cacher puisque sa famille en a honte. Elle ne peut avoir un avortement à cause de l’Église et doit accoucher dans un endroit réservé pour elle, comme à l’hôpital de la Miséricorde, car elle ne peut côtoyer une mère légitime. D’autres enfants sont ceux de veuves et de femmes séparées qui sont pauvres avec beaucoup de bébés (toujours à cause des curés) et qui se voient obligées de les remettre à des institutions charitables. Les antiduplessistes accusent Duplessis d’accorder des allocations familiales trop faibles puisqu’elles ne rencontrent pas les besoins des femmes seules, alors qu’en Ontario elles sont trois fois plus élevées. Puis, il y a la discrimination entre les enfants légitimes et les illégitimes, car les petits de filles-mères ont la mention « nés de parents inconnus » sur leur certificat de baptême. Quant à l’adoption, même si elle est très active et que les soeurs collaborent à « un marché noir » américain, elle ne suffit pas et les non-adoptés et les non-adoptables doivent vivre dans les orphelinats et le réseau jusqu’à l’âge adulte.
Les antiduplessistes soulignent aussi le problème aigu du logement urbain. Le président du comité d’habitation de Montréal évalue à « 65,000 le nombre de logements manquants pour répondre aux besoins immédiats. Plus de 40,000 familles vivent en chambre… . Les conséquences sur la santé physique et l’équilibre psychique … ont été établies à plusieurs reprises ». Le gouvernement de Duplessis a annoncé « le plan Dozois », une solution partielle à ce problème, en créant un grand projet d’habitation à loyer-modique dans un quartier du centre-ville où l’état d’insalubrité, de saleté et d’encombrements est dégoûtant. Des quartiers entiers sont dans cet état à Montréal. Le projet est évidemment critiqué sévèrement par les antiduplessistes dont Jacques Hébert (ami de Trudeau, il deviendra sénateur) et son hebdomadaire « Vrai ». Le pouvoir à Montréal devient pour eux un enjeu politique et ils s’unissent dans le mouvement pour libérer Montréal de la pègre et créent un organisme d’assainissement politique la « Ligue d’action civique ». Les critiques du « Plan Dozois » ne sont pas vraiment sérieux. Le plan sera réalisé et contribuera à la modernisation de ce quartier de la ville. Encore là, il semble évident que les antiduplessistes critiquent pour critiquer. La boutade qui fait la rumeur est la suivante : « ils sont rendus à dire que s’il pleut, c’est la faute à Duplessis ». 
Même si le contexte national Canadien français n’a rien à voir avec la polarisation de courants politiques de droite et de gauche, les intellectuels antiduplessistes se déchirent devant cette problématique nouvelle. La venue de nouvelles publications a accentué cette division. En fin ’52, après la victoire de Duplessis, ils réalisent que sa politique ouvrière (ils disent anti-ouvrière) a été politiquement rentable; Pierre Elliott Trudeau écrit alors dans « Cité Libre » que le changement viendra de la classe ouvrière car il ne peut surgir de la finance, de la classe agricole, de l’Église ou de la bourgeoisie. Lénine n’aurait pas dit mieux. Des commentaires du même genre sont émis dans « Le Travail » suite à la victoire de Saint-Laurent en août 1953 : « nous ne pouvons pas être très fiers du vote ouvrier dans cette élection ».
L’inflation reprend en juin 1953, le chômage augmente et le pouvoir d’achat des ouvriers s’effrite. La CTCC a de longues et dures grèves à supporter. Durant ces périodes difficiles l’antiduplessisme redéfinit ses enjeux ainsi que les bases d’un nouveau fédéralisme.
Trudeau prend une tangente antinationaliste. Devant la commission Tremblay il propose avec un groupe « des ententes temporaires qui ne nécessitent aucun amendement constitutionnel et qui pourront être examinées périodiquement à la lumière des connaissances économiques et des nécessités politiques toujours changeantes ». Il recommande de créer un organisme de coopération interprovinciale du travail pour veiller à ce que l’industrialisation procède sans injustice pour le travailleur et si les provinces en sont incapables, il suggère un code national canadien du travail par voie d’amendement constitutionnel. Pour lui, seule l’industrialisation permet d’accroître le niveau de vie des ouvriers et des travailleurs. Il appuie l’aménagement du fédéralisme en fonction des nouvelles normes étatiques de stabilité économique de l’économiste anglais Keynes. Il dénonce le séparatisme comme négatif parce qu’il enfermerait la culture canadienne française dans un vase clos où elle finirait par étouffer. Il épouse la thèse qu’un fédéralisme raisonnable qui appliquera des mesures correspondantes aux découvertes les plus avancées de la science économique. Il croit qu’un fédéralisme qui regroupe plusieurs ethnies est plus rationnel, puisqu’il favorise des économies d’échelles et une production augmentée dans un espace plus grand. Trudeau propose une stratégie de croissance à tout prix et est prêt à faire intervenir l’État canadien par des politiques et des programmes sociaux pour infléchir les inégalités de consommation. Cette philosophie antinationaliste a aussi l’appui d’anciens élèves de l’École des sciences sociales comme Jean Marchand, Maurice Lamontagne et d’autres venant des Jeunesses Étudiantes Catholiques, tels que Gérard Pelletier, Jeanne Sauvé et Marc Lalonde. Ils jettent un regard de plus en plus sympathique du côté du nouveau fédéralisme.
Par contre, les antiduplessistes et les nationalistes neutres opposés à Duplessis, sont unanimes à constater que les services sociaux du Québec sombrent dans une dangereuse période latente. Les institutions du domaine social sont remises en question sans toutefois être vraiment modifiées, car c’est leur légitimité qui est en jeu. La société traditionnelle québécoise est qualifiée, de « grande noirceur » ou comme disent les Canadiens anglais de priest-ridden society. Ce ne sont pas les Canadiens anglais qui portent leur hargne sur l’église de Rome, mais certains Canadiens français qui la propagent au nom de « valeurs nouvelles » communes à l’Amérique du Nord de l’après-guerre et de l’Europe occidentale. Ces « valeurs nouvelles » sont la démocratisation de l’enseignement pour toutes les classes sociales; les soins hospitaliers et les soins médicaux gratuits pour chaque citoyen indépendamment de la capacité de payer de chacun; la transformation de la charité privée en bien-être social; la syndicalisation du monde ouvrier et des employés de l’Etat.
Ces idées nouvelles ébranlent peu le Québec et les antiduplessistes devront attendre pour les mettre en application car les nationalistes traditionalistes sont au pouvoir et l’Église, qui se sent attaquée, n’est pas prête à les épouser.

Suite :  Duplessis (4) : l’impôt provincial   à venir…

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dimanche 24 mai 2015

Duplessis (1) : l’Union Nationale

Le personnage de l'ancien premier ministre du Québec Maurice Duplessis revient souvent dans les discussions et les débats politiques québécois d'aujourd'hui. On le calomnie, le salit et injure sa mémoire. Ce n'était pas Duplessis !

Ayant vécu une bonne partie de cette période, je l’ai décrite dans mon livre « Et dire que j’étais là : Itinéraire d’un p’tit gars de Verdun » qui est affiché sur mon site internet.

Afin d’en faciliter la lecture, j’ai regroupé toutes les parties qui réfèrent à Duplessis pour en faire un seul texte. Le problème est qu’il est long. Je l’ai divisé en six sections que je présenterai en six blogs consécutifs à tous les deux ou trois jours. 
Voici les titres de chacun de ces blogs : l’Union Nationale, King et Saint-Laurent, Les antiduplessistes, l’impôt provincial, Autonomie… autonomie, la mort de Duplessis.
Voici le premier :
Duplessis : l’Union Nationale
À l’élection provinciale du Québec de 1935, le parti Action Libérale Nationale (ALN) est dirigée par Paul Gouin, un politicien nationaliste, poète à ses heures, qui a quitté le parti libéral dirigé par Louis-Alexandre Taschereau en claquant la porte l’année précédente avec d’autres dissidents et qui jubile à l’idée d’appliquer son programme de restauration économique et sociale Il entrevoit maintenant la possibilité de prendre le pouvoir dans un avenir rapproché. Suite à une alliance avec les Conservateurs dirigé par Maurice Duplessis, les deux partis se partagent les comtés afin de ne présenter qu’un candidat de l’alliance par comté. L’ALN fait élire 26 candidats sur 57 comtés et les conservateurs 16 sur 33 comtés. Les libéraux minoritaires conservent le pouvoir et choisissent un nouveau chef, Adélard Godbout. Conformément à l’entente entre les partenaires de l’alliance, Duplessis devient chef de l’opposition. Quelques mois plus tard, l’effet combiné du manque de leadership de Gouin et d’un manque de fonds permettent à Duplessis, qui manœuvre bien contre le gouvernement, de récupérer l’ALN et un grand nombre de ses partisans à la faveur d’une fusion. Duplessis crée un nouveau parti : l’Union Nationale.
Godbout croyant pouvoir obtenir une majorité déclare une élection générale pour 1936. Maurice Duplessis ouvre sa campagne électorale à Trois-Rivières. Il définit son programme politique en promettant de défendre l’autonomie provinciale dans les rapports du Québec avec le fédéral, de lancer des programmes d’électrification rurale, de pavage des routes, de construction d’écoles et d’hôpitaux et de restaurer l’intégrité de l’administration publique. Plus particulièrement, il s’engage à nationaliser l’électricité. L’Union Nationale remporte une éclatante victoire avec 70 sièges contre 15 et les libéraux perdent le pouvoir après l’avoir exercé pendant 42 ans, sans interruption. Suite à cette victoire, le gouvernement fédéral met sur pied la commission Rowell-Sirois pour faire enquête sur les relations financières entre le fédéral et les provinces. Elle conclut que le rôle du Canada doit être plus important dans les programmes sociaux afin de les protéger contre de futures calamités économiques.
Malgré cela, à la suite d’un grand débat à la Chambre des communes à l’issue duquel la déchirure du pays s’exprime par l’appui à la guerre ou la neutralité, King décide d’engager le Canada aux côtés des Anglais. Le 10 septembre 1939, il déclare la guerre à l’Allemagne. Cependant, King veut limiter l’engagement du Canada et insiste qu’il n’y aura pas de conscription.
Au Québec, la cote du Premier Ministre Duplessis est en baisse. Pourtant, il a fait adopter les premières mesures sociales du Québec, telles que les lois sur les pensions de vieillesses, l’assistance aux mères nécessiteuses, la pension aux aveugles, les salaires raisonnables (qui deviendra plus tard la loi sur le salaire minimum). Il crée aussi le Ministère de la santé et du bien-être social. La dépression l’a empêché d’appliquer son programme de réforme sociale et économique et il a également dû renier sa promesse électorale de nationaliser les producteurs d’électricité à cause du refus du syndicat financier de la rue Saint-Jacques de le financer. De plus, il est trop nationaliste au goût de ce milieu anglophone, qui incarne le pouvoir réel au Québec.
L’annonce par King de l’entrée en guerre du Canada fournit à Duplessis une façon de racheter sa carrière politique. Il déclenche une élection provinciale en 1939 en invoquant le besoin d’obtenir un mandat fort pour tenir tête aux visées centralisatrices d’Ottawa et à la conscription qu’il pressent. Mais les ministres fédéraux du Québec, Lapointe, Cardin et Power, défendent King et promettent qu’il n’y aura jamais de conscription sous le parti libéral fédéral. Sentant de plus un défi à leur crédibilité et à leur légitimité, ils menacent de démissionner ensemble si Duplessis est réélu. Les libéraux reviennent au pouvoir.
Godbout, vendu ?

Depuis son élection au Québec, le Premier ministre Godbout collabore totalement avec les autorités fédérales. On dit qu’il doit son élection aux libéraux fédéraux. Que ce soit vrai ou non, il se dit surtout préoccupé par ce qu’on dit de sa province. Il souhaite éviter une répétition des attaques intolérantes dont elle a été la cible à la fin de la 1ière guerre mondiale. Afin d’éviter que ne soit mise en cause la loyauté des Canadiens français ou leur courage, il décide d’offrir à King toute sa collaboration pour assurer la victoire. Il s’identifie à ce long courant d’opinion au Québec pour qui la Confédération canadienne peut fonctionner si les compromis nécessaires se font. Cette position politique le situe en droite ligne avec les Lafontaine, Cartier, Chapleau et Laurier, qui furent tous confrontés à des problèmes semblables.

Godbout collabore vraiment. Trop? C’est certainement l’avis de plusieurs. Il accepte de céder au fédéral la juridiction du Québec sur l’assurance-chômage. Il accepte également que le fédéral enlève aux provinces leur autonomie fiscale. Il recommande de voter « oui » au plébiscite. Il refuse de condamner le gouvernement fédéral lorsqu’il adopte la loi 80 autorisant la conscription. Il ne cesse de répéter que l’état de guerre exige l’entente et la coopération. Godbout va même jusqu’à dire que si King lui demande « de cirer les bottines de soldat, parce que cela aidera l’effort de guerre, il le fera ». Suite aux recommandations de la commission Rowell-Sirois, Godbout accepte la création d’un nouveau programme d’allocations familiales canadien qui est une ingérence dans un champ de juridiction provinciale. De nombreux québécois pensent qu’il en fait trop. Pour eux, Godbout a un chef et ce chef est à Ottawa.
Cela n’empêche pas de nombreuses personnes de trouver remarquable la performance du gouvernement Godbout. La prospérité engendrée par la guerre lui fournit l’occasion de faire beaucoup. En 1940, il donne le droit de vote aux femmes qui, sous la gouverne d’Idola Saint-Jean et autres dirigeantes féministes canadiennes françaises, ont bataillé ferme pour l’obtenir, malgré les vœux des plus hautes instances religieuses. Pourtant, le Québec est la dernière province à l’accorder. En 1943, il s’oppose encore une fois à la hiérarchie de l’Église et fait adopter une loi rendant obligatoire l’éducation des enfants jusqu’à 14 ans, car il croit que la prospérité future de la province passe inévitablement par de profondes réformes en matière d’éducation. Il nationalise la Beauharnois Light Heat and Power Company, crée l’Hydro-Québec et lui cède toutes les réserves d’eau non déjà concédées de la province. Il crée un conseil économique pour le gouvernement en matière de stratégies de développement. Il fait adopter un nouveau code du travail qui précise les droits des travailleurs à la négociation collective et à la syndicalisation. En général, son gouvernement est considéré honnête, ce qui est rare à cette époque, et progressiste.
Une élection générale doit avoir lieu le 8 août 1944. Duplessis sait que l’« à-plat-ventrisme » de Godbout devant le fédéral et la conscription obligatoire, décrétée malgré les promesses du contraire aux gens du Québec par les ministres de King et douloureusement inscrite dans la mémoire des Canadiens français, vont lui donner une occasion en or pour reprendre le pouvoir.
Il doit cependant compter avec la présence d’un mouvement contestataire devenu parti politique, « Le Bloc Populaire Canadien ». Composé de nationalistes québécois, ce parti a été créé le 8 septembre 1942, peu après le plébiscite, par des opposants à la conscription. Il s’inspire des idées d’Henri Bourassa, qui l’endosse. Ce parti fédéral, appuyé entre autres par Camilien Houde et un groupe de jeunes étoiles montantes comme Jean Drapeau et Pierre Trudeau, décide de créer une aile provinciale pour contester l’élection de 1944. Il prend pour chef André Laurendeau, son secrétaire. Ce parti base son programme sur la défense des droits des Canadiens français et propose l’intervention de l’état aux niveaux économique et social, tout en se défendant bien d’être socialiste.
Duplessis, en pleine forme, entreprend sa campagne électorale sur un thème accrocheur, l’autonomie provinciale. Il y gagne en crédibilité. Il promet de récupérer d’Ottawa tous les pouvoirs qui lui ont été cédés par le gouvernement Godbout, d’électrifier tout le territoire (à ce moment-là, seulement 60 % des Québécois ont l’électricité), de paver toutes les routes principales, de construire des écoles, des universités, des hôpitaux… En somme, de moderniser sa province. Il se dit prêt à respecter la constitution canadienne et affirme « La coopération toujours, l’assimilation jamais ! ».
L’Union Nationale remporte 48 comtés, les libéraux 37 et le Bloc 4, dont celui d’André Laurendeau qui devient député à l’Assemblée législative. Maurice Le Noblet Duplessis redevient Premier Ministre du Québec, le 20ième depuis la Confédération.
C’est un important changement de gouvernement qui promet des débats politiques fondamentaux. Il s’ajoute à celui qu’a connu la Saskatchewan, le mois précédent, où le CCF a pris le pouvoir avec son chef, Tommy Douglas. Celui-ci s’est ainsi trouvé à former le premier gouvernement socialiste du Canada. Les choses ne seront plus jamais les mêmes. Notre pays arrive à un point tournant de son histoire. Désormais, la constitution et les questions sociales vont passer au premier plan des préoccupations des Canadiens. 
 
suite 2: Duplessis, King et Saint-Laurent... à venir

mercredi 29 avril 2015

On veut un mot à dire à Ottawa pour être écouté

L’histoire du parti conservateur du Canada est particulière. Voilà un grand parti national qui n’a pas réussi à s’implanter solidement dans le cœur des Québécois. 

Tout a commencé en 1854 lorsque John A. Macdonald et Georges-Etienne Cartier fondent le parti libéral-conservateur pour faire l’union de députés conservateurs et libéraux modérés du Canada-Ouest et de députés du parti bleu du Canada-Est, les libéraux radicaux ayant refusé de joindre les rangs du parti de Macdonald. À ce moment-là, Macdonald et Cartier dirigent ensemble, comme premiers ministres conjoints, le Canada-Uni. Ce n’est que vers les années ’30 que le parti utilisera le nom « Parti conservateur ».

En 1867, la confédération canadienne est créée et Macdonald devient le premier ministre (PM) du nouveau Canada. A la surprise de tous, le chef libéral Alexander Mackenzie réussit, en 1874, à défaire le gouvernement Macdonald grâce au « scandale du Pacifique ». Mais à l’élection de 1878, Macdonald regagne le pouvoir.

Suite à la rébellion des Métis dans l’Ouest Canadien, leur leader Louis Riel est condamné à mort pour trahison et Macdonald refuse que la peine soit commuée ou rejugée. Il déclare même : « Il sera pendu, même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur ». Le député libéral Wilfrid Laurier exprime sa colère et prend vigoureusement la défense de Riel à la Chambre des Communes. Ce dernier est exécuté le 16 novembre 1885. Macdonald ne démissionnera qu’en 1891.

Laurier devient le premier Canadien-Français au poste de PM du Canada en 1896. Pour lui, « le Canada est le pays du 20e siècle ». Il le dirigera durant 5 ans jusqu’au moment où il est défait en 1911 par le libéral-conservateur Robert Borden.

La première guerre mondiale éclate et Borden, réalisant que le nombre de volontaires canadiens pour aller au front ne rencontre pas les quotas qu’il avait promis au Royaume-Uni, réclame la conscription obligatoire. La plupart des Canadiens-Français, menés par Henri Bourassa, ne ressentent aucune loyauté particulière envers le Royaume-Uni et la France. Bourassa s’oppose à la conscription et affirme que « les Québécois ont un pays : le Canada, tandis que les Canadiens anglais en ont deux : le Royaume-Uni et le Canada ». Cartier exprime aussi son opposition.

Afin de consolider sa position lors de l’élection de 1917, Borden accorde le droit de vote aux soldats à l'étranger, aux infirmières et aux femmes ayant des membres de leur famille à la guerre. Mais, il se donne le pouvoir de distribuer ces votes dans n'importe quelle circonscription, sans égard au lieu de résidence habituel du soldat. Des manifestations de masse sont tenues au Québec pour protester et l’armée tire sur la foule. Quatre morts.

Borden réélu, la loi du service militaire est adoptée, 125 000 individus sont conscrits, 25 000 sont envoyés au front. Heureusement, la guerre prend fin après quelques mois.

Ces évènements majeurs de la conscription et la pendaison de Riel marquent profondément les Canadiens-Français qui n’oublieront jamais ces coups-bas des conservateurs et plusieurs s’en rappelleront à chaque élection, de père en fils. Macdonald et Borden ont oublié que « Je me souviens » est la devise des Canadiens-Français.

En 1921, le parti libéral-conservateur d’Arthur Meighen est défait par le libéral Mackenzie King qui devient PM, aucun conservateur n’est élu au Québec. Mais cinq ans plus tard Meighen prend sa revanche, grâce aux misères suscitées par la grande dépression, il se présente sous le vocable « Parti conservateur » mais ne fait élire que quatre députés au Québec.

En 1930, King est surpris par le nouveau chef conservateur Richard B. Bennett qui prend le pouvoir grâce à 24 députés ruraux du Québec. Les cultivateurs aiment sa politique agricole protectionniste et votent pour ses candidats. Mais dès 1935, King, qui n’a pas dit son dernier mot, revient au pouvoir. Il y restera jusqu’à 1948 alors qu’il le cède à Louis Saint-Laurent

Entre temps, le parti conservateur devient le parti progressiste-conservateur (PPC) en 1942 lorsque le premier ministre manitobain John Bracken, longtemps chef du Parti Progressiste de sa province, pose cette condition pour accepter la chefferie. L’union des deux philosophies politiques, libérale et conservatrice, donne au nouveau parti une orientation centre-droite.

A l’élection de 1957, John Diefenbaker, chef du PPC depuis un an, remporte le pouvoir contre King. Il forme un gouvernement minoritaire n’ayant fait élire que huit députés du Québec.    

En 1958, après une alliance avec Maurice Duplessis, PM du Québec, sur la question des impôts québécois, John Diefenbaker obtient une majorité écrasante qui comprend 50 députés québécois. Un résultat impensable. Enfin, les Canadiens-Français ont un mot à dire dans le parti et le gouvernement progressiste-conservateur. Mais, Diefenbaker désappointe. Le nouveau chef libéral, Lester Pearson reprend le pouvoir à l’élection suivante alors que seulement 14 députés conservateurs du Québec (DCQ) sont réélus. Pierre-Elliott Trudeau lui succède, en 1968, seuls 4 DCQ sont élus. Il est réélu en 1972, deux DCQ sont élus. En 1979, il est défait par le progressiste-conservateur Joe Clark qui ne remporte que deux sièges au Québec. Quelques mois après, en 1980, Trudeau revient au pouvoir pour quatre ans, alors qu’un seul DCQ est élu. John Turner prendra sa succession pendant quelques mois.  

Puis, Brian Mulroney nouveau chef du parti progressiste-conservateur est élu en 1984 et réélu en 1988. En 1993, le libéral Jean Chrétien est le nouveau PM, un DCQ est élu. En 1997, il est réélu et à nouveau un DCQ est élu. Paul Martin lui succède en 2004 et encore un seul DCQ est élu.

En 2006, le nom du parti redevient le Parti Conservateur et Stephen Harper est élu PM mais ne fait élire que 10 députés au Québec. Il est réélu en 2011 mais le nombre de ses députés québécois baisse à cinq.  

En résumé, depuis les 148 ans de la Confédération, les Conservateurs de différents noms et les libéraux ont partagé le pouvoir également. Mais depuis Borden, les libéraux ont été au pouvoir durant 54 ans et les conservateurs 32 ans.  

Sauf pour les élections de Diefenbaker en 1958 (50 sièges), de Mulroney en 1984 (58 sièges) et 1988 (63 sièges), les Québécois n’ont pas voté pour les conservateurs. Depuis 1957, en 14 autres élections générales fédérales, la moyenne de DCQ élus à la Chambre des communes s’établit à moins de neuf députés sur 75 et huit en trois élections avec Harper depuis 2006.

Il est quand même remarquable que les seuls gouvernements majoritaires « non-libéral » comprenant un grand nombre de députés du Québec l’ont été lorsque le parti portait le nom Progressiste-Conservateur. Cela démontre clairement que les gens du Québec ne sont pas majoritairement de droite et que le Parti Conservateur ne correspond pas à leurs attentes.

Comment les Québécois peuvent-ils espérer avoir un mot à dire dans ce parti avec une représentation aussi faible ? Doivent-ils mettre de côté leur orientation politique pour le pouvoir politique ?

Et on se demande pourquoi il y a un fossé si profond entre le  gouvernement Harper et les Québécois. Il me semble clair, qu’avec lui, l’influence québécoise ne pèse pas sur la politique nationale. Quant aux nombreux projets particuliers que le PM Harper annonce dans la région de Québec, ils sont en réalité des gestes de patronage envers la région de la capitale qui lui a donné quelques députés. Et, en plus, Québec a un maire pragmatique qui sait être ami-ami avec le PM. Ça ça paye !  

Par contre, Montréal ne reçoit pas la même attention. Harper visite peu la métropole, sauf pour des funérailles. Il ne tient pas compte des demandes du nouveau maire Denis Coderre qui est d’allégeance libérale ayant été député et ministre du parti libéral durant de nombreuses années à Ottawa. Pour Harper, Coderre est un adversaire politique. Et Harper, qui a la mémoire longue, n’aime pas les ennemis de son parti.  

Malheureusement, Montréal n’a pas en son sein un leader PC avec suffisamment d’influence pour faire bouger le gouvernement conservateur en faveur des Montréalais. Ces derniers ont manqué une opportunité lorsque l’ex-sénateur Michael Fortier, candidat à l’élection de 2008, a été bêtement défait. Ce dernier, un homme d’action, a démontré sa capacité et son intelligence lors des négociations pour renouveler le contrat du Grand Prix du Canada à Montréal avec Bernie Ecclestone. Malheureusement, suite à sa défaite, Fortier a quitté la politique.

Nous, Québécois, avons aussi la mauvaise habitude de voter pour un chef ou un parti. La dernière élection fédérale est un exemple probant alors que nous avons élu 59 députés du NPD en raison de la sympathie que nous avons ressentie soudainement pour son chef Jack Layton. Il aurait mieux fallu que nous choisissions le meilleur candidat dans notre comté respectif. Ainsi des gens comme Fortier aurait été élu et aujourd’hui Montréal s’en porterait mieux car l’un d’eux serait le porteur influent de nos demandes et besoins à Ottawa.

Qui peut devenir ce chef de file conservateur, ce phare, à Montréal, suite à la prochaine élection, si Harper est reporté au pouvoir ?

Je soumets un nom, une candidature prometteuse. Celle d'Eric Girard dans la circonscription électorale montréalaise de Lac-Saint-Louis. Homme de conviction, il a choisi son tracé et est devenu candidat officiel du parti Conservateur du Canada pour l’élection d’octobre 2015.

Bien éduqué, il est économiste de formation et détient un « Bachelor joint honours in Economics and Finance » de l’université McGill et une maîtrise en économie de l’UQAM.

Pour devenir candidat, Éric Girard a demandé et obtenu un congé civique de son poste de trésorier de la Banque Nationale du Canada où il était responsable des liquidités, du financement et du risque de taux d’intérêt de la Banque et de ses filiales. Il était aussi président du comité de la caisse de retraite de la Banque.

Il a démontré ainsi qu’il est prêt à mettre de côté sa carrière pour servir ses concitoyens en contribuant au développement économique et social du Canada.

À tous ses futurs commettants, je suggère de le rencontrer, d’apprendre à le connaître, à partager avec lui leurs idées, d’écouter les siennes et de décider de l’appuyer dans son trajet vers les plus haut sommets de la politique canadienne.

Ainsi, Montréal sera bien servi.

Claude Dupras

 

samedi 21 février 2015

La campagne référendaire québécoise est lancée

Il faut le reconnaître, les séparatistes québécois ne sont pas des lâcheurs. Même après avoir subi une dégelée électorale, ils foncent à nouveau tête baissée vers leur objectif, sans tenir compte des erreurs qui leur ont fait si mal.

La principale fut d’avoir laissé entendre, en période électorale, qu’il y aurait un autre référendum pour séparer le Québec de l’ensemble Canadien. Le principal fauteur de cette erreur fut leur candidat-vedette, le milliardaire Pierre-Karl Péladeau (PKP), qui arriva sur scène le poing en l’air à la Lénine pour marquer avec force sa détermination séparatiste.

À ce moment-là, la campagne électorale du parti Québécois (PQ), qui se déroulait relativement bien, s’écroula subitement malgré l’excellente équipe de candidats que présentait la Première Ministre Pauline Marois. Le chat était sorti du sac. Marois ne put réaligner sa campagne, perdit l’élection, le pouvoir et démissionna.   
Aujourd’hui, au moment où se déroule la campagne à la chefferie du Parti Québécois (PQ), les sondages indiquent que 72% de la population votante n’est pas favorable à la séparation et que les jeunes de 18-24 ans, n’appuient pas le PQ, massivement.
PKP est candidat avec quatre autres dont les ex-ministres Bernard Drainville, Alexandre Cloutier et Martine Ouellet et un outsider Pierre Céré.  Malgré tout, PKP demeure le grand favori avec près de 60% d’appuis qui comprennent principalement les péquistes à tête blanche car les jeunes ne sont pas au rendez-vous. 
Le récent sondage CROP au Québec place PKP devant Couillard, advenant une élection. Les séparatistes qui ont toujours qualifié les sondages CROP de « bidon » s’en régalent aujourd’hui.
Mais en même temps, PKP perd des plumes dans son parti à cause de sa moche campagne, teintée d’erreurs de comportement et de stratégie. La dernière, l’affirmation de la possibilité qu’advenant une victoire du PQ à la prochaine élection, son gouvernement pourrait déclarer unilatéralement l’indépendance, sans référendum. Aux Québec, les élections sont gagnées avec 35% à 42% du vote exprimé alors qu’un référendum exige 50% +1. Les péquistes expérimentés savent bien qu’une telle élection est un accro intolérable à la démocratie et qu’aucun gouvernement du monde ne la reconnaîtra.
PKP a démontré à l’annonce de sa candidature qu’il était un mauvais orateur. Depuis, il ne s’est pas amélioré et il ne s’aide pas, non plus, avec le contenu de ses discours. Au sein de son parti, les épaules de ses auditeurs se haussent de plus en plus. Ils sont surpris de son manque d’habilité à s’exprimer avec conviction. Au récent conseil national du PQ, tous attendaient son discours. Il ne fut pas à la hauteur de ce moment important. Un journaliste présent a écrit : « il a parlé comme un jeune étudiant qui ne s’est pas préparé pour son examen oral. L’assemblée ne lui a réservé que des applaudissements polis ». Ailleurs, dans sa tournée des comtés pour chercher des appuis, il se veut éducateur et historien. Il fait appel à un discours patriotique pour toucher le cœur sensible de ceux qui l’écoutent. Il rappelle la conquête anglaise de la Nouvelle-France en oubliant le peu de support accordé par les rois de France à la colonie. Il souligne aussi les rébellions des patriotes de 1836-38 contre la milice britannique, les tensions politiques de l’époque et la proposition de Lord Durham pour assujettir les francophones à la domination vigoureuse d’une majorité anglaise afin de les assimiler. En somme, il cherche à rappeler certaines actions passées des anglais afin qu’aujourd’hui, pour creuser un fossé entre les anglophones et nous, nos compatriotes se révoltent contre les anglophones du gouvernement canadien actuel. En fait, cela est partie de notre histoire et n’a rien à voir avec 2015. Grâce à leur solidarité, nos pères ne se sont pas laissés faire et ont riposté en agissant pour que nous devenions ce que nous sommes. Un peuple fier, fort et autonome dans un grand pays indépendant qu’est le nôtre, le Canada.
Et il y a l’incident de Rouyn-Noranda. En tournée de campagne, il assista en fin de soirée à un concert de chansons anglaises donné par des artistes francophones du groupe pop montréalais Groenland. Soudainement, à la surprise de tous, il cria du fond de la salle « en français ». Le lendemain, sans excuse, il déclara « je suis un défenseur de la langue française », persista dans sa position et signa. Son porte-parole, insista pour dire que PKP n’était pas ivre et justifia sa bévue comme étant normale après une journée de cabale bien remplie. Ouais !
 
Ces situations surprenantes démontrent une stratégie revancharde, irrespectueuse et déplacée. Le moins que l’on puisse dire, c’est une approche mesquine envers les anglophones du Québec.
À cause de PKP, les rapports journalistiques des rencontres de candidats à la chefferie portent surtout sur la séparation du Québec. C’est devenu une enchère entre eux pour déterminer lequel a la meilleure façon d’aborder cette question. Pendant ce temps, heureux de la tournure des évènements, le PM Philippe Couillard se frotte les mains car il connaît le pouls de la population et sait qu’elle ne veut rien savoir d’un nouveau référendum.   
À la dernière assemblée générale du PQ, les dirigeants ont hésité à faire adopter des résolutions politiques expliquant que le nouveau chef devait imprimer sa marque sur le programme. Donc, ce que propose et dit PKP, qui deviendra vraisemblablement le chef, sera le prochain programme du PQ. Quelle différence avec le PQ d’hier dont les membres savaient se tenir debout. Certains, dont Jacques Parizeau,  ont même quitté la salle en protestation contre des éléments du discours de René Lévesque qui présidait la réunion. Ils l’ont humilié pour faire valoir leurs opinions.
Aujourd’hui, aveuglement, les péquistes suivent le joueur de flute PKP même si, malgré ses réussites impressionnantes en affaires, il ne démontre absolument pas, à ce jour, des qualités de chef d’État. Tellement désespérés de reprendre le pouvoir, ils mettent tous leurs œufs dans le même panier malgré son manque d’expérience politique. Il ne faudrait pas qu’il trébuche car, comme Perrette, ils diront  « adieu veau, vache, cochon, couvée…. ». Le rêve s’évanouira en un instant. Pourtant, ils ont d’autres bons candidats qui montrent de telles qualités comme le jeune Alexandre Cloutier qui, à 37 ans, a le même âge que Robert Bourassa lorsqu’il devint premier ministre.  
Les campagnes référendaires du passé dirigées par René Lévesque, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard étaient basées sur des arguments sérieux qui découlaient de conflits et de débats importants avec le gouvernement fédéral tels les accords du lac Meech et de Charlottetown, de commissions gouvernementales nationales et québécoises, d’états-généraux de la nation et de toute une série d’autres de même nature issus des niveaux nationaux et provinciaux. Y participaient pour les péquistes, des individus de la trempe des René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Jacques-Yvan Morin, Camille Laurin, Denis Lazure, Marc-André Bédard, Jean Garon, Yves Bérubé, Claude Charron, Lise Payette, Pierre Marc Johnson, Gérald Godin, Rodrigue Biron, Yves Duhaime, Denis Vaugeois, Denis de Belleval et des dizaines d’autres. Aujourd’hui, rares sont les individus de cette trempe dans le PQ.
Pour les remplacer, PKP veut créer « un think tank sur la séparation » dont il choisira évidemment les membres. Ils seront sûrement séparatistes puisque les conclusions devront aller dans le sens qu’il recherche. Elles seront contestées pour cette raison car les Québécois se méfieront d’un tel organisme.
Les fédéralistes de leur côté ne sont pas en reste non plus. Ils n’auront pas de Pierre Elliott Trudeau, Jean Chrétien, Paul Martin sur le plan fédéral, mais Stephen Harper et ses conservateurs, s’ils sont encore au pouvoir. Pas fort pour défendre le système fédéral dans un référendum québécois.
Pauvres Québécois ! Il me semble que nous avons donné souventes  fois nos opinions sur la question de la séparation du Québec et que les sondages scientifiques démontrent qu’elles n’ont pas changé. Nous avons tellement d’autres problèmes importants à régler, pourquoi devons-nous nous faire rabâcher les oreilles avec les mêmes rengaines. Assez, c’est assez ! Non ?
La meilleure situation pour le PQ serait que PKP ne gagne pas. Les raisons sont celles de son écrasante défaite à la dernière élection qui a permis au parti Libéral de gagner une majorité inattendue. Les mêmes débats ajoutés à la question de conflits d’intérêts (l’ex-ministre Lisée l’a bien démontré) donneront le même résultat électoral ou pire.
Claude Dupras

mercredi 15 janvier 2014

Même craqué, le Bloc est utile

Depuis sa fondation, le Bloc Québécois, parti politique canadien, a toujours représenté exclusivement à la Chambre des Communes canadienne les opinions politiques des séparatistes québécois. Même si je n’ai jamais été un partisan de ce parti, je reconnais d’emblée que maintes fois ses prises de positions reflétaient l’intérêt de tous les Québécois.

Le Bloc fut créé en 1991 par le ministre progressiste-conservateur démissionnaire Lucien Bouchard, suite à une mésentente de ce dernier avec le premier ministre (PM) canadien Brian Mulroney en rapport avec l’accord du Lac Meech sur le rapatriement de la constitution canadienne de Londres.

Ce n’était pas la première fois qu’était proposée l’idée d’un parti national composé exclusivement de Québécois à Ottawa, pour défendre les intérêts du Québec. Dès 1926, l’Action française avait propagé une telle proposition sans succès. Plus tard, en 1942, en pleine guerre mondiale, lors du débat sur la conscription obligatoire de jeunes Canadiens dans l’armée canadienne pour aller au front en Europe, le Bloc Populaire fut créé au Québec pour s’opposer à cette mesure. Son chef était Maxime Raymond. Il ne gagna aucun siège à l’élection fédérale.

Par contre, son aile provinciale dirigée par André Laurendeau présenta, en 1944, des candidats dans tous les comtés contre le gouvernement libéral d’Adélard Godbout. Elle accusa ce dernier de marcher, main dans la main, avec le gouvernement fédéral libéral de Mackenzie King qui, disait-elle, favorisait la conscription. La popularité de Laurendeau et de son parti connut un bond de popularité dans les milieux nationalistes, au point que quelques curés n’hésitèrent pas à dire en chaire à leurs paroissiens : « Je ne peux vous dire pour qui voter, mais votez en bloc ». C’est l’Union Nationale de Maurice Duplessis, défait en 1939, qui gagna finalement l’élection. Le Bloc Populaire ne remporta que 4 sièges et le parti disparut, quelques années plus tard, suite à la démission de Laurendeau.

Dans les années ’60, le « Ralliement des Créditistes », parti du Québec résolument fédéraliste et de droite, de Réal Caouette, gagna plusieurs sièges au Québec dans les régions rurales et devint jusqu’au début des années ’80 le porte-parole, à la Chambre des Communes, du mécontentement et du nationalisme des Québécois.

Après plusieurs décennies de déceptions et d'échecs, le Bloc Québécois fit élire 54 députés à l’élection fédérale de 1993. De plus, à la surprise générale, le parti se classa deuxième avec le plus grand nombre de sièges à la Chambre des Communes et devint, par la force des choses, l’Opposition officielle du gouvernement du Canada. Ce fut grâce à l’intelligence, les convictions profondes, l’éloquence et le charisme de Lucien Bouchard qui charmèrent les Québécois.

En fin de janvier 1996, Bouchard démissionna pour remplacer Jacques Parizeau au poste de PM du Québec et le Bloc a choisi Michel Gauthier comme son deuxième chef. Après un an, il fut remplacé par Gilles Duceppe. Habile, intelligent et bon politicien, Duceppe maintint le Bloc fort et majoritaire au Québec jusqu’à l’élection fédérale de 2011 où il connut une débandade spectaculaire et perdit tous ses députés, sauf quatre. Duceppe démissionna. Son successeur, Daniel Paillé, vient de démissionner à son tour, après un an à la barre du parti et le Bloc est redevenu orphelin.

Depuis, un débat sur la pertinence du Bloc Québécois sur la scène politique canadienne fait rage au Québec : « Un parti de séparatistes québécois est-il utile et nécessaire à Ottawa ? ». Ces derniers jours, l’ex-PM québécois Bernard Landry et l’ex-député péquiste Yves Michaud ont dit publiquement NON et ont demandé la mort officielle du Bloc Québécois. D’autres s’y opposent et prétendent que la place qu’occupe le parti doit être comblée parce qu’elle est une tribune pour ceux et celles qui veulent vanter les mérites de la séparation du Québec du Canada.

Je ne suis pas séparatiste. Je ne peux me résoudre à laisser le Canada aux autres. Mon pays est si vaste, si riche, si beau et si plein d’opportunités pour mes descendants que je me dois de tout faire pour leur conserver.

Par contre, l’idée que le Bloc demeure à Ottawa ne me déplait pas. Pas fort, mais avec un représentation minimum. Je ne crois pas, dorénavant possible, qu’il obtienne des victoires aussi éclatantes que celles obtenues par Bouchard et Duceppe et c'est une bonne chose. De plus, je crois important que plusieurs députés québécois issus de partis fédéraux traditionnels soient élus et qu'un bon nombre deviennent ministres du gouvernement. Ce que le Bloc ne peut faire. Mais qu’une dizaine de députés bloquistes soient élus à la prochaine élection me semble positif. Un tel résultat aura l'avantage de maintenir sur la scène nationale le débat sur les idées d’une bonne partie de la population québécoise. De plus, il servira à renseigner les députés des autres provinces des demandes du Québec. La démocratie ne peut qu’en gagner.

Avec le temps, j’ai remarqué que le débat de politique fédérale fait partie de nos discussions lorsqu’il y a au pouvoir à Ottawa un gouvernement avec un PM québécois (comme ceux de Trudeau, Chrétien et Mulroney) ou un gouvernement composé de plusieurs ministres québécois compétents (comme celui de Joe Clark) ou encore une opposition comme celle du Bloc qui défend ardemment des positions qui sont au cœur de plusieurs de nos débats locaux. Depuis l’élection du gouvernement du Parti Conservateur de Stephen Harper, dans lequel le Québec est peu représenté, je regrette que les Québécoises et Québécois n’entendent moins parlé de la politique fédérale et n’y apportent, par conséquent, moins d’attention que par le passé.

Le Nouveau Parti Démocratique a connu une grande victoire en 2011 et a balayé le Québec. Il est devenu l’opposition officielle. Malheureusement, l’inexpérience de ses nombreux députés québécois ne l’a pas vraiment aidé avec le résultat que les échos des débats de la colline parlementaire à Ottawa nous parviennent à peine. Et cela, même si son chef, Thomas Mulcair, fait un job du tonnerre comme chef de l’opposition, selon tous les observateurs avertis.

Face au nouveau, jeune et charismatique chef libéral, Justin Trudeau, qui a redynamisé son parti; face à la force politique que conserve le NPD; face au potentiel des 850 000 votes qu’a remportés le Bloc à la dernière élection et face au 12% de votes qu’obtiendront les Conservateurs, j’en conclus qu’il est probable que le vote au Québec, à la prochaine élection fédérale, sera réparti entre tous les partis si aucun ne prend un élan hors de l’ordinaire. Une telle situation pourra aider les candidats du Bloc à se faufiler, à plusieurs endroits, entre les autres candidats et à regagner ainsi une dizaine de comtés dans les régions où le parti a toujours été très populaire.

Le Bloc a besoin d’un nouveau chef avec une expérience politique et de bons candidats. Il y a quelques jours, Richard LeHir, ex-ministre de Parizeau, a annoncé être prêt à devenir candidat du Bloc à la prochaine élection. Il a affirmé son désir de se présenter contre Justin Trudeau dans le comté de Papineau, à Montréal. Le Hir est un bon candidat mais il perdra sa chemise contre Trudeau dans ce comté cosmopolite où un séparatiste n’a aucune chance de l’emporter surtout contre le chef du parti libéral. S’il ne vise qu’à faire du bruit et attirer l’attention, il y a des possibilités qu'il atteigne son but, mais ce n’est pas certain. Mais s’il est vraiment sérieux et veut être élu pour aider le Bloc, qu’il choisisse un comté aux caractéristiques favorables pour un candidat de sa trempe et de sa couleur politique. Ce ne sera pas facile mais, comme je l’ai expliqué précédemment, un bon candidat avec une bonne organisation peut gagner de justesse un comté pour son parti à la prochaine campagne électorale, même s’il s’agit du Bloc Québécois.

Claude Dupras