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dimanche 2 novembre 2014

Le désappointant PKP

 Il est vraiment surprenant ce Pierre-Karl Péladeau (PKP), le magnat des médias québécois qui a décidé de quitter son conglomérat pour la politique active. Sur sa page Facebook d’hier, il a publié un texte dans lequel il s’attaque directement à la famille Desmarais, celle du regretté, célèbre et exceptionnel homme d’affaires québécois Paul Desmarais.
 
Il a malicieusement tenté de démontrer que le passage de l’oléoduc du pétrole brut albertain à travers le Québec a été décidé par la famille Desmarais afin qu’elle puisse profiter de revenus additionnels de ses investissements dans la pétrolière française Total. Rien moins que cela.
Le pétrole de l’Alberta, contenu dans des sables bitumineux, a un volume d’environ 1,8 billion de barils de bitume, soit une quantité comparable en ordre de grandeur à l'ensemble des réserves de pétrole conventionnel au monde. Avec les méthodes modernes de production de pétrole, seuls 10 % de ces dépôts, c'est-à-dire environ 170 milliards de barils sont économiquement et « proprement » exploitables.
On le dit sale. C’est l’exploitation qui est sale et qui est critiquée. Je l’ai fait souventes fois dans mes blogs passés. Sa production génère beaucoup de GES et requiert une quantité importante d’eau fraîche. Depuis le début, la qualité de l’extraction s’est grandement améliorée mais il reste encore beaucoup à faire. Les pétrolières y travaillent car elles veulent vendre leur produit. Quant à ce pétrole brut qui est transporté, il a une consistance similaire à ceux du Venezuela et de l’Algérie. Il n’est pas plus sale que les autres.
Pour le vendre, il faut l’exporter dans le monde. C’est une difficulté majeure. À l’ouest, via le Pacifique, aux pays asiatiques et l’Océanie. Au sud, via l’oléoduc KeystoneXL et autres, aux USA et aux pays de l’Amérique centrale et de l’Amérique du sud. À l’est, par l’oléoduc de l’est, aux raffineries des provinces canadiennes et du nord-est américain, et, via l’Atlantique, à l’Europe et à l’Afrique.
C’est une richesse incroyable qui appartient à tous les Canadiens. Pour 2014, les revenus de l’industrie du pétrole et du gaz au Canada auront générés près de 150 milliards de $. Évidemment, les premiers bénéficiaires sont les citoyens de l’Alberta dont près d’une centaine de milliers de travailleurs québécois qui y ont émigré avec leurs familles pour trouver de bons emplois rémunérateurs. Le gouvernement du Canada, ceux des provinces et tous les autres citoyens du pays sont aussi favorisés car les revenus, partagés grâce au système de péréquation, allègent les systèmes de taxation. Avec plus de revenus, les gouvernements ont la possibilité de rendre de meilleurs services tout en diminuant les dettes publiques et les impôts.
En juin 2013, la production en opération fut de 3 537 000 barils/jour de pétrole brut. La production des projets futurs était estimée à 7 694 120 b/j.
Voici ce que PKP a affirmé :
- « La famille Desmarais est le plus important actionnaire de TOTAL ». En réalité, elle n’a que 3,6% du capital et des droits de vote de la compagnie conjointement avec un investisseur belge. En fait, elle détient près de 1,8%. Le plus important actionnaire, vraiment ?
- « TOTAL est l’un des plus importants exploitants albertains du pétrole extrait des sables bitumineux ». La compagnie est présente en Alberta avec les autres grandes pétrolières du monde. Au début du printemps 2013, elle s’est retirée du projet d’une usine pétrolière en Alberta devant réduire la viscosité des pétroles bitumineux afin de pouvoir les traiter dans les raffineries traditionnelles. Cette aventure s’est soldée par une perte de 1,6 milliards$ pour la compagnie. En juin 2013, TOTAL avait un investissement de 38,4% dans les projets de Fort Hill (avec Suncor et Teck) et un autre dans le projet minier de Joslyn. Elle a produit 192 384 b/j, soit 5,4% de la production totale. En rapport avec le futur, sa part est prévue à 219 040 b/j, soit 2,84%. C’est çà, le plus important exploitant ? 
- « Les américains refusent l’accès vers le sud avec le projet Keystone actuellement suspendu ». Les inquiétudes originales avaient rapport avec l’importante nappe aquifère du Nebraska. Des dévoiements de l’oléoduc Keystone XL ont été proposés par Trans Canada Pipeline et acceptés par le gouverneur du Nebraska qui a levé son opposition. Aujourd’hui, c’est la tenue des élections législatives américaines de novembre qui retarde l’accord final d’OBAMA. Ce dernier ne veut pas déplaire à sa base environnementaliste avant les élections. Après, il devrait agir comme il l’a déjà dit, surtout si, comme prévu par les sondages, les républicains, qui y sont favorables au XL, détiennent la majorité au Sénat américain tout en maintenant celle à la Chambre des représentants. Ce qu’on doit savoir c’est qu’une grande partie de l’oléoduc Keystone d’une longueur de 3 462 km est déjà construite car il n’est pas un oléoduc mais un réseau d’oléoducs. En effet, depuis la demande de permis de construction du XL, il y a 5 ans, des milliers de km  ont été réalisés et mis en opération. Ils transportent, actuellement, 600 000 des 2,5 millions de b/j que le Canada vend et livre aux USA. Avec trois des quatre phases du Keystone en opération, il ne reste qu’une section connue sous le nom de KeystoneXL, du sud du Nebraska aux champs de pétrole de l’Alberta, à terminer. Cette dernière ajoutera 400 000 b/j (dont 25 % sera du pétrole américain) au réseau. « L’accès vers le sud » sera bientôt accepté.   
- « L’ouest canadien est également bloqué en Colombie Britannique avec celui du Northern Gateway ». Ce projet, consiste en deux réseaux de distribution : un oléoduc pour le pétrole brut et un pipeline pour le gaz naturel. Ils traverseront les montagnes Rocheuses situées dans la province de Colombie Britannique (CB). Il rencontre l’opposition de bandes de Premières Nations, du puissant lobby des environnementalistes, du Nouveau Parti Démocratique du Canada et du gouvernement de cette province qui réclame une partie des royautés que reçoit l’Alberta. Le 17 juin 2014, suite à de nombreuses discussions, le gouvernement Canadien accepta l’avancement du projet conditionnellement à ce que 209 problèmes, identifiés par des comités d’études, soient corrigés avant la prochaine étape d’approbation du projet. On juge dans les milieux bien renseignés que ces conditions seront rencontrées, que la province sera satisfaite et que ce projet sera finalement débloqué.
- « Il n’y a que l’ouverture vers l’est par pipeline, ou le transport ferroviaire que les experts disent coûter $20 le baril, qui serait ainsi épargné pour le bénéfice des actionnaires de Total par l’oléoduc ». L’ex-premier ministre Pauline Marois et son gouvernement ont accepté l’oléoduc de l’est. Quant au port pétrolier de Cacouana, pour le ravitaillement des bateaux-citernes vers les pays de l’Europe et de l’Afrique, il reste à vérifier si les complaintes et les arguments de ceux qui s’y opposent sont valables. Il est facile de susciter des sentiments anti-gouvernements, de s’opposer à la construction d’oléoducs, de pipelines, etc… mais encore faut-il démontrer clairement que de tels projets vont vraiment à l’encontre de l’intérêt public. De plus, ce sont tous les actionnaires de tous les producteurs qui bénéficieront de cette ouverture vers l’est.  
On voit bien que les déclarations de PKP n’ont pas de bases solides. Je soupçonne que le but réel de sa déclaration sur Facebook a été faite pour rallier, à sa candidature, les séparatistes qui voient « les Desmarais » dans leur soupe ! D’ailleurs plusieurs de ceux-ci, suite à la publication, se sont spontanément exclamés : « déclaration extraordinaire », « super, super », « un vrai chef »…
Que PKP se donne comme objectif de séparer le Québec du Canada, c’est son affaire! Mais qu’il se permette, par un court communiqué, de tromper sciemment ses concitoyens sur un projet d’une importance capitale pour tous, est incompréhensible. Çà sent la petite politique ! Et si c’est pour atteindre des ambitions politiques, c’est désappointant.
PKP peut vouloir montrer ses muscles à la famille Desmarais, encore faut-il qu’il soit de taille. Paul Desmarais et Pierre Péladeau étaient des hommes d’affaires hors de l’ordinaire qui aimaient aussi se mêler de politique. Tout le monde le savait et les partisans appréciaient.
Mais nous sommes dans une nouvelle ère. Les fils Desmarais sont des hommes qui s’occupent de leurs affaires. Si Pierre-Karl Péladeau a préféré quitter le monde des affaires pour la politique, c’est une décision noble et c’est très bien. Mais pour réussir, il se doit d’être juste avec les Québécois et être à la hauteur d’un chef politique.  
Claude Dupras 

mardi 13 août 2013

Oui, à Énergie-Est

De son origine au sud de l’Alberta, le nouvel oléoduc Énergie-est s’étendra sur 4 300 km en direction du Nouveau-Brunswick, via la Saskatchewan, le Manitoba, l’Ontario et le Québec. Chacune des provinces devra donner son accord. Si l’une d’elle bloque, tout bloque à moins que l’oléoduc soit dévié via un des États américains à son sud pour la contourner.

La section au Québec comprend, en plus, la traversée du fleuve Saint-Laurent, la construction d’un terminal à Québec avec stations de pompages et réservoirs de stockage nécessaires à l’acheminement du pétrole vers les raffineries de Québec et de Montréal ainsi que des installations maritimes destinées au chargement de navires-citernes pour livraison du pétrole à l’étranger. C’est un très gros projet qui nécessitera, pour sa réalisation, des professionnels et des travailleurs qualifiés et bien rémunérés. Quant aux emplois permanents qui suivront, il reste à en déterminer impartialement le nombre pour juger de l’impact réel sur le marché du travail.

La télévision rapportait, hier, les complaintes d’agriculteurs qui affirmaient que l’oléoduc traversera leur terre et qu’ils n’ont pas été consultés. Ils doivent comprendre que le projet est à l’étape préliminaire et que le tracé exact n’est pas déterminé.

Le parti libéral du Québec (PLQ) et la Coalition Avenir Québec (CAQ) ont émis une opinion favorable dès l’annonce du projet par le premier ministre (PM) Stephen Harper. Leurs déclarations ne sont qu’un ramassis de lieux communs. Ça ne fait pas sérieux dans les circonstances !

Quant à la première ministre Pauline Marois, que fera-t-elle? Étudiera-t-elle à fond ce projet, ses retombées et les conséquents de sa décision ? Où se limitera-t-elle à ses promesses électorales pour s’opposer ?

Certains observateurs affirment que la réalisation du projet augmentera le montant de péréquation que recevra le Québec dans les années prochaines parce que l’Alberta sera plus riche. Il n’en est rien. Le système de péréquation est un programme fédéral payé par le gouvernement canadien à même les revenus qu’il prélève. Originalement, plus il en percevait, plus il en redistribuait aux provinces dîtes « pauvres » pour les aider à financer des services publics de qualité comparables à ceux des provinces « riches ». Ce fut ainsi jusqu’en 2008, lorsque le gouvernement Harper (pour répondre aux complaintes des Albertains) a imposé un plafond au total des paiements en péréquation à distribuer afin qu’il ne croisse pas plus vite que l’économie canadienne.

En 2013-14, le Québec recevra environ 7,8 milliards, en baisse de 1 milliards $ par rapport à 2010-2011. Il demeure une province « pauvre » puisque sa capacité fiscale est encore moindre que la moyenne canadienne. Mais cela peut changer radicalement dans l’avenir, pour différentes raisons. Premièrement, la fiscalité québécoise s’améliore plus rapidement que celles des autres provinces. Deuxièmement, l’économie canadienne plafonne, comme l’explique l’économiste Pierre Fortin : « la reprise mondiale est lente et, vieillissement oblige, la population en âge de travailler augmente moins vite ». Troisièmement, l’économie de l’Ontario va de mal en pis par rapport à celles des autres provinces et cela se traduira par des paiements de péréquation augmentés pour l’Ontario et, par conséquent, diminués pour les provinces « pauvres ».

De plus, la fiscalité québécoise serait plus forte si l’Hydro-Québec (HQ) versait des dividendes plus importants au gouvernement, son unique actionnaire. Les profits d’HQ sont bas à cause de tarifs bas. Les autres provinces rechignent et qualifient de « subvention déguisée » la différence de ces tarifs par rapport aux leurs. Elles insinuent qu’en fait ce sont les versements de péréquation au Québec qui la payent. Si le mode de calcul futur de la péréquation en tient compte, et c’est possible, le Québec recevra encore moins.

D’un autre côté, l’oléoduc Energie-Est, ajoutera aux revenus du Canada et de l’Alberta. Et si les oléoducs Keystone XL vers le sud et le Northern Gateway vers le Pacifique sont construits, et c’est possible, ce sera alors le Klondike pour le Canada et l’Alberta. Le gouvernement canadien sera en position de baisser appréciablement les impôts canadiens. Et, un autre gouvernement pourrait éliminer le plafond Harper sur la péréquation pour les bonnes raisons que l’exploitation des sables bitumineux a été rendue possible à ses débuts grâce au financement important du gouvernement fédéral (plus de 23 milliards $ sous le gouvernement Mulroney seulement) et que les sables bitumineux sont une source de richesse importante pour les Canadien et que chacun doit pouvoir en profiter.

Le frein à cette manne est l’effet négatif sur l’environnement. Chaque personne responsable, qui a visité le site des sables en revient généralement choquée. Combien de rapports négatifs avons-nous lus suite à ces visites ? C’en est décourageant. Les compagnies pétrolières, qui y voient leur intérêt attaqué, s’inquiètent constamment des répercussions des critiques et ne pouvant les faire taire cherchent par tous les moyens à réagir positivement. De nombreuses innovations techniques ont été réalisées pour améliorer la qualité de l’exploitation et le niveau de pollution a diminué sensiblement. Mais c’est encore insuffisant et les compagnies peuvent et doivent faire mieux. C’est ce qu’exigent les pays du monde, dont ceux d’Europe et les USA, acheteurs possibles du pétrole des sables.

Le PM Harper et ses ministres n’aident pas la cause en fonçant à pleine vitesse pour persuader les acheteurs, Avec des discours aux arguments exagérés et souventes fois faux, ils donnent l’impression d’être vendus aux pétrolières et de ne vouloir faire aucun effort pour leur forcer la main afin de réduire les gaz à effets de serre (GES). Pour ces politiciens, tout est beau et bon et ce sont les gouvernements-acheteurs qui ont tort de critiquer la qualité de l’exploitation des sables bitumineux. Et, ils insistent. A cette allure, ils ne vont nulle part.

Je crois que le Québec devrait donner le pas car il y va de son intérêt. Le gouvernement Marois se doit, pour montrer sa bonne foi, d’accepter le plus tôt possible le principe du passage de l’oléoduc Energie-Est sur le territoire québécois, en ajoutant quelques conditions importantes et réalistes, telles :

1. La tenue d’une consultation publique.

2. Une analyse par les organismes de règlementations.

3. La démonstration par les pétrolières qu’elles s’appliqueront à diminuer le rythme des émissions de GES pour la production du million de b/j de pétrole qu’Énergie-Est transportera. Tout comme l’exige le président américain pour le Keystone XL.

4. TransCanada Pipeline (TCP), propriétaire et constructrice de l’oléoduc, devra protéger en cas d’accident, par assurances ou autres garanties, les victimes pour qu’elles soient indemnisées totalement pour dommages à leurs biens et blessures à leur personne.

5. TCP, les pétrolières et les propriétaires de navires-citernes doivent, en cas de désastre, être tenus responsables des dommages et du nettoyage total de l’environnement, particulièrement dans le fleuve Saint Laurent. Que l’on négocie ces responsabilités en gardant à la mémoire, les accidents créés par le pétrolier l’Exxon Valdez en 1989 qui a pollué le Pacifique et ses rives avec 180 000 tonnes de pétrole, et celui de la plateforme BP dans le golfe du Mexique en 2010, qui, suite à un incendie, a laissé échapper 4,9 millions de litres de pétrole brut et pollué la mer et les rives de la Louisiane.

6. Les législations canadiennes et québécoises pour le transport maritime doivent s’adapter aux modifications significatives apportées à la législation américaine suite aux situations mentionnées précédemment.

7. Le gouvernement du Québec, comme celui de la Colombie Britannique, doit évaluer la possibilité d’établir un droit de passage annuel de l’oléoduc calculé sur la base du volume de pétrole transporté.

Ce sera une négociation difficile. Le Québec est en bonne position. Quant aux pétrolières et TCP, elles s’adapteront à ces exigences. L’enjeu est trop grand pour les deux parties pour que chacune refuse des compromis, comme il est trop grand pour nous pour le rejeter du revers de la main.

Je dis « Oui » à Énergie-Est.

Claude Dupras

samedi 3 août 2013

Le « showdown » Keystone XL approche

Le débat sur la construction de l’oléoduc Keystone XL, du nord de l’Alberta à l’État d’Oklahoma, devient de plus en plus intéressant et captivant. Il met en vedette le président américain Barack Obama face au premier ministre (PM) canadien Stephen Harper.

Au tout début de la planification du projet, il y a cinq ans, l’American Petroleum Institute avait prédit que 500 000 emplois seraient créés. Puis, le State Departement a évalué les nouveaux emplois pour la fabrication et la construction du Keystone XL à 42 100. Enfin, il y a quelques jours, TransCanada Pipeline a émis son estimé et le fixe à 20 000 nouveaux emplois, sur deux ans.

Dans un récent discours, Obama, se méfiant du rapport du State Department qu’il jugeait faussé (le temps démontre que ce fut le cas puisque la firme britannique ERM, retenu par le State Department pour faire l’étude et le rapport, avait des liens d’affaires avec Trans Canada Pipeline, le constructeur de l’oléoduc), a utilisé les statistiques d’une étude sur la construction de l’oléoduc faite par l’Institut de recherches « Global labor » de l’université de Cornell. Celui-ci estime que la partie sud de l’oléoduc étant déjà construite, la partie nord ne nécessitera que 500 travailleurs par segments et comme il y en a 10 à faire, cela donne 5 000 travailleurs en deux ans, 2 500 par an plus de 50 à 100 permanents par la suite. Si Obama a raison, on peut donc conclure que l’emploi n’est pas un argument crucial pour cette décision importante.

Les républicains, qui depuis le début du débat utilisent les statistiques du rapport faussé du State Department pour justifier leur appui au projet, sont pris au piège. Nonobstant cela, aujourd’hui, ils braquent tous leurs canons sur Obama en l’accusant d’être insensible aux emplois de travailleurs, d’avoir truqué les chiffres, d’utiliser cet argument pour retarder à nouveau l’accord du projet, d’avoir zéro de crédibilité lorsqu’il parle de chiffres, d’avoir arbitrairement changé le mode d’’approbation des projets inter-pays, etc.. Il menace même d’enlever à Obama le pouvoir de décision sur la construction de cet oléoduc...

Obama a réitéré son argument principal à l’effet qu’il approuvera le projet seulement si les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites pour obtenir le volume de pétrole transporté par le Keystone XL n’augmentent que sensiblement par rapport au taux d’aujourd’hui. Il a ajouté « le Canada devrait faire plus ».

De son côté, Harper n’est pas heureux. Adepte des oléoducs et du pétrole des sables bitumineux, il affirme que les régions canadiennes bénéficient des oléoducs puisque le pétrole qu’ils transportent augmente la sécurité énergétique du pays. « C’est le moyen le plus sécuritaire pour le transport du pétrole » vient-il de préciser à Québec. Quel Québécoise ou Québécois depuis la catastrophe de Lac Mégantic, dira le contraire ?

Il profita de sa visite pour annoncer la construction d’une extension de l’oléoduc Energie-est, vers l’est du Canada, qui traversera le Québec pour se terminer à la raffinerie d’Irving Oil du Nouveau-Brunswick où il livrera chaque jour plus d’un million de barils de pétrole brut des sables bitumineux.

Il reste au gouvernement du Québec à approuver le passage de cet oléoduc sur son territoire, pour qu’il devienne réalité. Se ralliera-t-il aux positions du président Obama pour retarder ce projet ? Ou, oubliera-t-il simplement ses promesses électorales sur le sujet afin de protéger les retombées de péréquation de milliards de $ qu’il reçoit du Canada, en bonne partie à cause de ce que rapporte l’exploitation des sables bitumineux au pays.

Harper a aussi assuré les Canadiens que chaque nouvel oléoduc était sujet à « une rigoureuse analyse scientifique indépendante » qui tient compte des effets environnementaux et économiques et que « le nombre des emplois créés par la construction d’un oléoduc est important ».

Ce faisant, Harper dit le contraire d’Obama qui affirme que l’Oléoduc Keystone XL créera peu d’emploi, pourtant 10 fois plus important que l’Energie-est. Quant à la diminution des GES, Harper évite de confirmer si les analyses scientifiques mentionnées précédemment tiennent compte des GES. Il est clair qu’en ne répondant pas, il laisse à penser que les analyses n’en tiennent pas compte. Et, comme ces dernières ne sont pas rendues publiques, on ne peut vérifier ce qui en est vraiment. En fait, Harper s’oppose aux conditions posées par Obama pour donner son accord au Keystone XL.

Harper agit-il par intérêt politique ? Il est député d’Alberta où se situent les sables bitumineux. Comme je l’ai écrit dans un récent blog, il croit que la lutte contre les GES est « un complot socialiste pour enlever de l’argent aux pays riches ». Depuis huit ans PM, il a donné une nouvelle direction au Canada qui ne tient compte que de l’émergence de cette richesse pétrolière. Il a mis fin à l’accord du Canada à Kyoto car ce dernier contraignait l’exploitation des sables bitumineux en contrôlant les GES. Il s’est fait le porte-parole des républicains américains contre les critiques environnementalistes, même en personne à la télé-américaine de Fox News. Et, il est devenu, peu à peu et de plus en plus ouvertement, un porte-parole pour l’intérêt des pétrolières.

Je n’ai rien contre les pétrolières ni les oléoducs et je sais que l’exploitation des sables bitumineux deviendra un super avantage économique pour le Canada et par conséquent pour le Québec. Une condition, cependant, me semble essentielle : le pétrole produit doit être « propre ».

J’aime rappeler, car on oublie trop vite ce que sont les sables bitumineux, la description que j’en faisais dans mon blog du 6 août 2009, intitulé « Les sables bitumineux du Canada » :
Au Canada, nous possédons une réserve pétrolifère en Alberta qui représente plus de 300 milliards de barils. C’est plus important qu’en Arabie. Pour mon pays et le monde occidental, c’est un atout stratégique majeur. C’est devenu une richesse inouïe pour les Canadiens. Malheureusement, notre réserve est sous la forêt boréale, en Alberta, à 60 mètres sous terre et contenue dans des sables bitumineux. Les sables bitumineux sont un mélange de pétrole brut, de sable, d’argile minérale et d’eau. Pour en extraire le pétrole, il faut creuser les 60 mètres de terre, injecter dans les sables de la vapeur d’eau à faible pression afin d’augmenter la température du bitume et diminuer sa viscosité. Une fois ramolli, le bitume est pompé, l’eau rejetée et la terre remise en place.

Le coût d’exploitation est élevé et l’impact environnemental est dévastateur puisqu’une tonne et demie de sables bitumineux donne à peine un baril de pétrole brut, qu’il faut trois barils d’eau douce pour le fabriquer et, pour créer la vapeur d’eau, on doit brûler beaucoup de gaz naturel, soit l’équivalent de deux barils de pétrole brut pour en faire trois, ce qui ajoute un taux inacceptable de gaz à effets de serre (GES) à l’atmosphère. Peut-on vraiment imaginer l’impact total de cette entreprise colossale qui s’étend sur un territoire grand comme le quart de la France métropolitaine ?

L’eau vient des rivières et des sources (déjà on constate l’assèchement du territoire et la baisse de la nappe phréatique) et l’eau usée est traitée et rejetée dans des bassins qui longent la rivière Athabaska. Malgré tout, cette eau reste fortement polluée, demeure toxique et est une sorte de bouillie de produits dangereux. Elle trouve son chemin jusqu’à la rivière, aux sources… Le risque est qu’à la longue, cette pollution fasse partie, un jour, des sédiments et des écosystèmes pour ensuite s’installer dans la nappe phréatique.


Depuis, il est vrai, les pétrolières ont fait beaucoup pour améliorer la qualité de leur production, mais c’est loin d’être suffisant. Barack Obama le sait puisqu’il affirme que « le Canada devrait faire mieux ».

Harper est-il assez fort avec l’appui des républicains pour renverser Obama ? Ou doit-il, pour satisfaire ce dernier, faire pression sur les pétrolières pour qu’elles investissent davantage afin de diminuer les GES tout en ayant une opération plus propre ? Le « showdown » approche !

Claude Dupras

mercredi 26 juin 2013

On est Québécois et Canadien, ou bien on ne l’est pas !

Le 24 Juin, la St-Jean-Baptiste, est la fête nationale des Québécois. Mais aussi la fête de tous les francophones du Canada. À l’origine, la St-Jean Baptiste était la fête des canadiens-français de tout le pays. La Société St-Jean-Baptiste était nationale et dédiée à unir et aider les francophones à prendre leur place dans tout le pays et à promouvoir leur culture et la langue française.

Depuis la révolution tranquille, les séparatistes québécois se sont emparés de cette fête. Ce faisant, ils ont essayé de faire oublier qu’il y a plus d’un million de francophones hors Québec qui ont, avec succès, conservé leur culture et leur langue française. Nous en avons eu la démonstration encore hier à la télé où on montrait les images des graves inondations qui affligent la ville de Medecine Hat en Alberta. Le maire de la ville répondait à des journalistes québécois dans un français impeccable. Pour plusieurs c’est surprenant puisque les séparatistes ne cessent de dire que les francophones du Canada sont de plus en plus assimilés et sur le point de disparaître. Rien n’est plus éloigné de la vérité. Je dis merci à la télévision de la démontrer chaque jour.

Le 1er juillet est la fête du Canada. Celle de tous les Canadiens. C’est le temps de reconnaître avec satisfaction que notre pays est un des plus beaux, des plus grands et des plus riches de la planète où la qualité de vie est la meilleure. Nonobstant cela, plusieurs séparatistes le dénigreront en boycottant la fête.

Le chef du parti libéral du Québec (PLQ), Philippe Couillard, a fait une déclaration récente qui montre sans équivoque que son parti est fédéraliste et respecte le Canada. Contrairement à plusieurs de nos politiciens québécois, il n’hésite pas à dire le mot CANADA. Il est Québécois et Canadien et il en est fier. Je le suis aussi, sans être libéral.

Évidemment, cela a froissé les séparatistes qui ont rétorqué de façon mensongère en qualifiant Couillard de fédéraliste pur et dur. On l’a même accusé d’avoir dit que son parti est définitivement fédéraliste. Quel péché ! Ils veulent faire croire qu’il a amené son parti dans une nouvelle voie politique. Il ne faut pas vouloir se rappeler du passé pour affirmer une telle inexactitude. Il faut faire exprès de vouloir oublier les positions claires et nettes du PLQ lors des deux référendums québécois sur la séparation du Québec. Ce sont deux chefs libéraux, Claude Ryan et Jean Charest, qui ont dirigé le comité référendaire favorable au maintien du Québec dans le Canada.

Ce parti a toujours été près de l’opinion majoritaire des Québécois sur la question nationale. Comme les autres partis, il est sensible à la défense de notre langue, de notre culture et, comme les autres gouvernements, il a donné aux Québécois de plus en plus d’outils pour se parfaire, se développer et assurer la protection de leur liberté culturelle et linguistique. Cependant, il veut continuer à défendre l’appartenance des Québécois au Canada car il croit que c’est pour eux un avantage sans égal.

Les batailles passées d’anciens premiers ministres Duplessis, Lesage, Lévesque et de Johnson sur le plan national ont fait valoir les aspirations du Québec et après de longues discussions, des changements importants ont été apportés à la fédération. Jamais le fédéral a dit « qu’importe l’opinion des Québécois, c’est la nôtre qui compte ». Le passé nous a démontré que le fédéralisme canadien est flexible, ajustable et toujours en mutation. Il a toujours été en évolution. Il y eut des passages difficiles, mais toujours les issues ont été trouvées.

Les Québécois sont Canadiens mais ne profitent suffisamment pas des avantages que leur offre le Canada. Ils n’y voyagent pas assez, n’y investissent pas suffisamment. Plusieurs l’on fait et ils ont bien réussi. Ils sont devenus des chefs de file canadiens, dans le génie par exemple.

Les séparatistes reprochent au fédéral l’accord de 1982, pour le rapatriement de la constitution canadienne de Londres, que le Québec a refusé de signer à la toute dernière minute. Couillard veut régler cette question qui mine le pays, une fois pour toutes. Les séparatistes l’accusent de vouloir le faire à tout prix sans rien exiger en échange. Il est évident qu’une telle affirmation frise la partisannerie car Couillard sait en bon politicien que ce serait sa mort politique s’il agissait ainsi. Il y va de l’intérêt du Québec que cette anomalie soit corrigée, et il veut le faire en tenant compte de l’opinion de tous les Québécois.

Les séparatistes accusent son parti d’être une succursale du parti libéral du Canada. Ridicule. Peut être que c’était le cas dans les années ’40 et ’50 du temps du temps du PM Louis St-Laurent et du ministre Ernest Lapointe, mais il y a longtemps que le PLQ a démontré qu’il est un parti québécois fortement autonome.

Couillard veut que les Québécois soient bilingues. Évidemment, les séparatistes l’accusent aussitôt de se sentir mieux avec la loi canadienne des langues officielles qu’avec la loi 101 du Québec. Comme si le bilinguisme pour un individu était négatif. Ils vont même jusqu’à affirmer qu’il veut abandonner la loi 101. Quelle insulte! Quelle tromperie!

Les séparatistes parlent du droit fondamental du peuple de décider de lui-même la séparation du Québec de l’ensemble canadien. Quel peuple? Leurs arguments persistants laissent croire que seuls les francophones ont l’identité québécoise, comme si être Québécois c’est d’être francophone. Les Québécois anglophones dont les familles sont ici depuis des centaines d’années, ne le sont-ils? Les Québécois de la centaine d’autres souches dont plusieurs sont au Québec depuis près d’un siècle, italiens, polonais, slaves, irlandais, arabes, africains, asiatiques ne sont-ils de notre peuple ? Et les autochtones qui étaient là bien avant nos ancêtres, ne le sont-ils ? Est-ce seulement ceux qui parlent le français dans tout ce beau monde, que je viens de mentionner, qui sont le peuple québécois? J’aimerais bien connaître la définition séparatiste du mot « peuple ».

Pour moi, le peuple québécois d’aujourd’hui est composé de tous ceux qui ont des droits politiques au Québec, quelques soient leurs origines. Et j’aimerais bien que tous soient bilingues et parlent le français et l’anglais, les deux langues des nations fondatrices du Canada où elles sont officielles.

Une chose est certaine. La personne et les positions politiques positives et réalistes de Philippe Couillard sont à ce jour très bien acceptées par une majorité de Québécois. Il se dévoile comme un homme intelligent, qui sait ce dont il parle et qui sait faire toutes les nuances nécessaires pour la bonne compréhension des Québécois de ses politiques. Cet ensemble de qualités lui donne une image positive qui fait mal aux séparatistes. Il voit en lui un grand danger pour leur option politique et craignent que le voile sera levé sur leur argumentation séparatiste qui mène nulle part. Ils feront tout et diront tout pour le détruire. Couillard ne bronchera pas dans ses convictions. Il est Québécois. Il est Canadien. Il n’oublie pas que le Canada est la terre découverte par nos aïeux !

Cette terre est à nous et à ceux qui sont venus y vivre. Pas question de la céder à quiconque.

Bonne fête du Canada à tous.

Claude Dupras

mardi 19 février 2013

La bataille Obama vs Harper

D’un côté nous avons le champion des environnementalistes et de l’autre leur pire ennemi. L’enjeu est grand. Entre autres, la construction de l’oléoduc Keystone XL.

Il y a plus d’un an, Obama l’a bloquée suite aux craintes des Nebraskais et de leur gouverneur face aux effets possiblement néfastes sur les nappes aquifères de leur territoire. Obama avait alors affirmé qu’un nouveau tracé devait être trouvé pour qu’il l’autorise. Le nouveau tracé est déterminé et le gouverneur du Nebraska accepte maintenant que l’oléoduc traverse son État.

Mais Obama, depuis sa réélection, a modifié quelque peu ses positions. Il se place définitivement plus à gauche. Ainsi dans ses discours, Inaugural et « State of the Nation », il s’est engagé à combattre les changements climatiques et a expliqué : « Évidemment, plus les efforts seront importants dans le secteur de l'énergie — que ce soit l'industrie des sables bitumineux au Canada, celle de l'énergie aux États-Unis ou ailleurs —, et plus ces industries feront des progrès dans la réduction des gaz à effet de serre, de leur consommation d'eau, mieux nous nous porterons tous ». Et vlan… sur le manque de politiques environnementalistes d’Harper.

Alors que la décision finale d’Obama approche, les américains et canadiens opposés à l’exploitation des sables bitumineux se font valoir. Ils étaient plus de 30 000 manifestants devant le monument de Washington contre la construction de l’oléoduc et contre l’achat au coût de 15,1 milliards $ de Nexen Inc, producteur de pétrole des sables bitumineux, par la société nationale chinoise CN00C. À cette rencontre, les médias ont rapporté une phrase d’un discours qui en dit long sur ce qui motive les manifestants : « Martin Luther King was fighting for equality, we are fighting for existence ».

Harper n’est pas heureux de se faire tasser dans le coin par Obama. Déjà que les relations entre les deux chefs politiques (Harper penchait du côté républicain lors de l’élection de novembre) étaient, au plus…, amicales, plusieurs disent froides, voilà le PM canadien sur la défensive.

Voulant éviter une dispute publique, Harper hésite à user de rétorsions. Par contre, pour accentuer la pression sur son vis-à-vis américain, il cherche non seulement à utiliser la puissance des lobbyistes pétroliers mais aussi à appuyer l’important mouvement ouvrier américain AFL-CIO. Ce dernier, qui a toujours appuyé électoralement Obama, est favorable à la construction du pipeline à cause du potentiel de milliers de nouveaux emplois qui y seront créés.

Harper rappelle aussi les avantages du libre-échange (le Canada est le premier pays commerçant avec les USA), les collaborations militaires (Iran et Afghanistan) et autres. Il souligne les importantes commandes d’équipements militaires américains. Plus souvent qu’autrement, dit-il, le Canada dit « Oui » aux USA, le temps est venu maintenant aux USA de dire « Oui » au Canada. Pour Harper, c’est ça une bonne relation entre voisins.

Le Canada a économiquement besoin de vendre son pétrole et vise à augmenter la production venant des sables bitumineux afin de pouvoir en diminuer le prix de revient. Le billet du 3 janvier 2013 de mon blog « le boom pétrolier canadien » rappelait que « le gouvernement de l’Alberta recherche d’autres moyens pour livrer son pétrole car cela devient important pour lui puisque 25 % de ses revenus découlent des royautés. De plus, les baisses récentes du prix du pétrole brut sur les marchés mondiaux ont plongé le gouvernement albertain dans un déficit de 3 milliards $ pour l’exercice qui se termine. Cela va affecter indirectement les Québécois, puisque les versements de péréquation aux provinces les plus pauvres seront plus bas avec une Alberta moins riche ». Il est donc dans l’intérêt économique de ces provinces canadiennes que l’oléoduc XL soit réalisé.

Parce qu’Obama veut limiter, pour des raisons de sécurité, l‘importation du pétrole du Moyen-Orient et du Venezuela, les USA ont augmenté considérablement leurs importations de pétrole canadien à 2,4 millions de barils/jour de l’Alberta. Le Keystone XL ajoutera de 500 000 à 700 000 b/j. C’est beaucoup. De plus, si l’oléoduc Enbridge Northern Gateway (transmontages-rocheuses) avec une capacité de 850 000 b/j et l’inversion du pipeline Sarnia vers l’est canadien sont réalisés, l’argent rentrera à flots dans les coffres non seulement de l’Alberta, mais aussi du gouvernement du Canada et des provinces.

Si les oléoducs ne sont pas construits, l’exploitation des sables bitumineux sera-t-elle alors arrêtée ? J’en doute, car les compagnies pétrolières ont beaucoup de moyens, de capacité et d’imagination et elles trouveront des solutions pour s’en sortir honorablement. Mais cela sera loin du niveau que permettraient les nouveaux oléoducs.

Nous sommes donc, nous les Canadiens, devant un dilemme. Si le projet va de l’avant, nous serons beaucoup plus riches; s’il est arrêté, l’environnement se portera mieux. Si Keystone est annulé, les chances sont que le Enbridge Northern Gateway le soit aussi, pour les mêmes raisons. Ce sera de gros pas économiques en arrière pour l’économie canadienne. La décision que prendra Obama est donc, par conséquent, très importante pour chacun de nous.

Pour nous convaincre de l’appuyer, Harper a entrepris une campagne publicitaire à même les fonds publics pour expliquer l’importance et l’impact du secteur énergétique canadien. Le but est surtout de motiver les Canadiens tout en faisant appel à leur sens patriotique. Elle les « encourage à mieux s’informer de l’importance de l’énergie sur l’économie canadienne et leur qualité de vie ». Dans un premier temps, faible en faits, ce ne fut pas un succès, mais après quelques ajustements importants, l’analyse de la deuxième campagne démontre que les individus qui l’avaient visualisée se disaient fiers d’être canadiens et que le Canada faisait tous les efforts pour protéger l’environnement.

Dans mes billets, j’ai toujours dénoncé, depuis 2005, le pétrole sale issu des sables bitumineux. Beaucoup d’experts et de personnalités se sont montrés indignés devant cette exploitation. L’Union Européenne refuse d’acheter le pétrole canadien pour cette raison même si avec le temps, des mesures ont été prises et la situation s’est quelque peu améliorée. Mais elle est loin d’être parfaite.

Le gouvernement du Canada et les pétrolières ont un grand besoin de l’oléoduc Keystone XL. La bataille Harper-Obama ne fait que commencer. Obama est en position de force et a une belle occasion de transformer Harper en environnementaliste, du moins momentanément. Ce ne sera pas facile. Mais il peut établir ses conditions, dont l’obtention d’un pétrole plus propre et une lutte sérieuse de la part du gouvernement du Canada pour combattre les changements climatiques sur le continent de l’Amérique du Nord.

De son côté, Harper va vite comprendre que le discours d’Obama peut persuader un plus grand nombre de Canadiens que ne le font ses campagnes publicitaires. En bon politicien, il sait que tout peut arriver suite à cette bataille, dont perdre les prochaines élections fédérales. Il ne peut que céder.

Je crois que l’oléoduc Keystone XL sera réalisé aux conditions d’Obama. Je suis dans son camp et je l’encourage.

Claude Dupras

vendredi 4 janvier 2013

Le boom pétrolier canadien

La Chine et l’Inde prévoient doubler leurs besoins en pétrole brut d’ici 20 ans et atteindre un total de 18 000 000 de barils par jour (b/j). Il en sera de même pour les autres pays asiatiques en plein développement.

D’autre part, les Américains, pour des raisons de sécurité nationale, veulent se libérer le plus possible de l’alimentation en pétrole du Moyen-Orient et se tournent, entre autres, vers le Canada pour combler leurs immenses besoins pétroliers.

Le Canada est devenu, grâce à ses gisements de sables bitumineux de l’Alberta, une des sources importantes de pétrole brut au monde.

Le Canada aura la capacité de produire 6 000 000 b/j, en 2030, à partir des sables bitumineux. Ce boom pétrolier de l’Ouest canadien pourra rapporter $200 billions de revenus aux Canadiens, si on peut livrer le pétrole brut aux acheteurs.

Il y a aussi le pétrole brut extrait par les plateformes maritimes de Terre-Neuve-et-Labrador où la production qui peut atteindre 500 000 b/j est dédiée à combler une partie de la demande de l’Est canadien et du Nord-Est américain.

De plus, il y a le gisement d'hydrocarbures Old Harry situé dans le golfe du Saint-Laurent à cheval sur la frontière du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador dont les données d’études géologiques sont encourageantes et qui pourrait en 2030 avoir une production profitable aux deux provinces.

Le défi du Canada en 2013 est le transport du pétrole de l’Ouest vers l’Est Canadien, vers le Sud américain et vers le Pacifique. C’est un grand challenge au point de vue infrastructures et économie.

Pour alimenter l’Est canadien et le Nord-Est américain, il est question d’utiliser l’oléoduc de Sarnia qui existe depuis les années ’70. Du fait que dorénavant l’approvisionnement viendrait de l’Ouest, il est proposé d’inverser le sens de la circulation dans l’oléoduc afin de livrer le pétrole brut de l’Alberta aux raffineries de l’Est du pays, dont celles de Montréal. De plus, le pétrole brut pourrait être acheminé par oléoducs aux ports pétroliers donnant sur le Saint-Laurent pour livraison en Europe, via l’Atlantique. Les environnementalistes s’y opposent.

Pour l’alimentation vers les USA, il y a le projet du nouvel oléoduc Keystone XL. Il doit prendre origine au nord de l’Alberta pour se rendre au Nebraska et plus au sud, jusqu’à l’important centre de distribution d’Oklahoma. Il aura une capacité maximale de 500 000 b/j. À ce jour, le projet rencontre des oppositions sérieuses de la part de l’État du Nebraska pour des raisons de protection de nappes aquifères. Le président Obama a refusé le projet initial et demandé un tracé différent, tenant compte des difficultés rencontrées. Les observateurs estiment que le projet modifié sera accepté par le président d’ici un an ou deux. Les environnementalistes demeurent fermement opposés au projet.

Pour la livraison du pétrole brut aux pays asiatiques, le Canada utilise actuellement l’oléoduc Kinder Trans-Mountain qui transporte 300 000 b/j de pétrole en traversant les Rocheuses jusqu’aux ports pétroliers du Pacifique. Notre pays a un grand besoin d’oléoducs de haute capacité pour augmenter la livraison de pétrole brut de l’Alberta aux rives de l’océan Pacifique où de nouveaux ports pétroliers seront construits. À ce jour, il y a deux projets principaux. Le premier consiste à augmenter la capacité du Trans Mountain à 750 000 b/j. Le second est la construction d’un nouvel oléoduc, le Enbridge Northern Gateway, d’une longueur de 1 176 km et d’une capacité de 850 000 b/j.

Le Northern Gateway traversera les montagnes Rocheuses situées dans la province de Colombie Britannique (CB). Il rencontre l’opposition de bandes de Premières Nations, du puissant lobby des environnementalistes, du gouvernement de cette province qui réclame une partie des royautés que reçoit l’Alberta et du Nouveau Parti Démocratique du Canada. Le chef de ce dernier, Thomas Mulcair, veut rétablir au Canada une « économie balancée » comme jadis. Il propose que le pétrole brut soit raffiné au pays et que les produits dérivés comme la gazoline et le fuel pour avions à jet soient vendus et transportés séparément vers les grands marchés. Pour lui, cela créerait de multiples emplois, nouveaux et permanents, au Canada. Les pétrolières réfutent que l’idée est irréaliste parce que le coût des produits deviendraient ainsi trop élevé. Je crois que cela reste à démontrer par des acteurs impartiaux.

La première ministre de la CB s’est alliée les PM des autres provinces dont Pauline Marois du Québec, pour étudier la possibilité que chacune des provinces traversées par un oléoduc reçoive une partie des royautés payées par les compagnies pétrolifères.

Prenant acte de toutes ces oppositions, le gouvernement de l’Alberta recherche d’autres moyens pour livrer son pétrole car cela devient important pour lui puisque 25 % de ses revenus découlent des royautés. De plus, les baisses récentes du prix du pétrole brut sur les marchés mondiaux ont plongé le gouvernement albertain dans un déficit de 3 milliards $ pour l’exercice qui se termine. Cela va affecter indirectement les Québecois, puisque les versements de péréquation aux provinces les plus pauvres seront plus bas avec une Alberta moins riche.

Bloquée au Sud et à l’Ouest, l’Alberta étudie la possibilité de construire un chemin de fer pour y livrer le pétrole brut par des trains-citernes à un port de l’Alaska et de là vers l’Asie. De plus, l’étude analyse le potentiel d’une ligne similaire de trains vers Port Churchill, le seul port arctique du Canada situé sur la côte Ouest de la Baie d’Hudson. Il est actuellement utilisé de mi-juillet au début novembre pour le transfert de grains, de produits manufacturés et forestiers, etc.. vers et en provenance d’Europe, d’Afrique, d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient. Le pétrole brut d’Alberta pourrait être livré de là à certains de ces continents.

Les chercheurs de l’institut Manhattan ont comparé tous ces modes de transport. Ils ont analysé les incidents passés occasionnés par chacun. Ils sont arrivés à la conclusion que les possibilités de fuites de pétrole, de morts ou de blessures sont 34 fois plus grandes par rails que par oléoducs. De plus, « les trains créent des gaz à effets de serre pour l’énergie qu’ils consument et la quantité de pétrole qu’ils peuvent transporter n’est qu’une fraction de ce qu’elle peut être par oléoduc ».

Dans mes billets précédents sur la question des sables bitumineux, j’ai toujours mis l’accent sur l’importance que le pétrole produit en Alberta soit « propre ». Mon opinion se calquait sur celles de critiques du monde entier qui dénonçaient la façon selon laquelle les compagnies pétrolifères exploitent les sables bitumineux. Depuis, beaucoup a été fait pour améliorer la procédure d’exploitation. Mais, même si elle est sur la bonne voie, c’est encore imparfait. Par contre, j’ai confiance que finalement, elle sera acceptable aux observateurs avertis dont ceux de l’Union Européenne qui veulent empêcher que le pétrole issu des sables bitumineux, qu’ils qualifient de « sale », soit vendu en Europe. L’enjeu est d’une très grande importance pour tous les Canadiens.

L’Alberta manque de moyens de livraison pour son pétrole brut et il est clair que l’expansion des réseaux de distribution devient une priorité nationale. C’est aux gouvernements du Canada et des provinces de faire en sorte que cet extraordinaire projet soit mené à bonne fin puisqu’il y va de l’intérêt de chacun des Canadiens. 2013 s’annonce comme étant l’année des décisions.

Claude

mercredi 22 août 2012

Charest à 35%. Et s’il gagnait…

Depuis les sondages de CROP et de Léger Marketing, la rumeur veut que le Parti Québécois remporte la prochaine élection, majoritaire ou minoritaire. Tous les commentateurs radios et télévisions ont embarqué dans la même charrette et agissent comme si c’était un fait accompli.

Je suis un de ceux qui pensent que le Parti Québécois (PQ) va gagner cette élection et je l’ai écrit, mais ce n’est pas suite aux sondages que j’ai fait mon analyse. C’est surtout à cause du « temps au pouvoir » qui use normalement un gouvernement et de la campagne anti-charestiste, entreprise il y a quelques années, qui a peint Jean Charest comme un homme corrompu à la tête d’un gouvernement corrompu. Combien de blogueurs, journalistes, commentateurs et analystes ont laissé entendre que c’était la vérité, sans vraiment posséder de preuves concrètes ?

Jean Charest a agi concrètement pour dénicher les coupables de corruption et de collusion dans la construction afin de les punir, qu’ils soient ministres, députés, ou membres de son parti. Il a aussi fait voter des lois anti-corruption, mis en place une unité policière UPAC qui apporte des résultats impressionnants et il a créé la commission Charbonneau qui entreprend une large enquête sur toutes les spirales d’allégations dans le domaine de la construction.

Jusqu’aux débats, la campagne de Pauline Marois, chef du PQ, se déroulait bien. Son image est parfaite. Elle a l’air d’un premier ministre. Elle est bien coachée par ses « faiseurs» d’images. Elle a un « plan de match » et l’a suivi religieusement, jusqu’au débat. Tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Mais le débats sont arrivés. Et là, elle a fait des faux pas. Certes, Jean Charest, malgré son expérience comme « debatter » a eu l’air par moment arrogant, énervé, mais il a frappé sans cesse le clou sur la tête et Marois est tombée dans le panneau.

Pauline Marois a affirmé sans détour qu’elle veut un référendum pour séparer le Québec du Canada. Elle fera tout, dit-elle, pour en avoir un. Erreur… Elle a oublié momentanément que la grande majorité des Québécoises et des Québécois ne veulent pas de référendum et veulent demeurer canadiens.

De plus, Marois a parlé de la langue française au Québec. Elle a affirmé, que nonobstant qu’il y ait 800 000 anglophones au Québec, elle refuse de participer à un débat politique en langue anglaise parce que, dit-elle, la langue officielle au Québec est le français. De plus, elle a affirmé qu’elle changera les lois sur la langue forçant tout Québécois voulant devenir candidat à un poste électif au Québec, même le plus petit, à prouver qu’il maîtrise la langue française. Elle a ainsi disqualifié des centaines de milliers de Québécois qui ne parlent que l’anglais ou une autre langue. De plus, elle a ajouté que cela inclus les autochtones, dont un très grand nombre ne parle ni le français ni l’anglais. Donc, un Québécois anglophone ne pourra devenir commissaire du Protestant School Board de sa municipalité et un autochtone du village nordique québécois Kuujjuaq ne pourra être conseiller municipal, et cela même si leurs commettants veulent l’élire à ce poste. Quelle belle démocratie Pauline Marois nous prépare ! Je suis certain qu’une large majorité de Québécois n’approuve pas une telle étroitesse d’esprit.

Quant à la section du débat touchant la corruption, celle où Jean Charest devait se faire accabler, Pauline Marois a déçu avec son argumentation basée seulement sur des allégations non prouvées. Jean Charest s’en est relativement bien sorti, selon les commentateurs politiques.

Le vrai visage de Pauline Marois a été dévoilé durant les débats et cela lui fera inévitablement mal. Je crois que les Québécois ont l’esprit plus ouvert que Pauline Marois ne le pense. Elle en a désappointé plus d’un avec ses positions électorales sur le référendum, la langue et la corruption.

Un premier signe des réactions au débat a été donné ce matin par la firme Forum Research (FR) d’Alberta. Le sondage annonce une grande surprise, un revirement spectaculaire des sondages précédents. Il place Le parti libéral à 35%, le PQ à 29%, la Coalition Avenir Québec (CAQ) à 24% Québec solidaire (QS) à 9%. J’ai peine à y croire, même si j’estimais que la prestation de Pauline Marois aux débats lui coûterait des votes.
Quelques uns diront que ce sondage ne vaut rien puisqu’il vient d’Alberta, hors du
Québec, au pays des fédéralistes et de la province de Stephen Harper, le PM canadien.

Le « Forum Poll” est un sondage de l’opinion publique canadienne et reconnu comme le plus fiable du pays. Il s’intéresse au pouls des canadiens en rapport avec la politique fédérale, provinciale ou municipale. Il a prédit précisément plusieurs élections passées incluant les récentes de l’Alberta, de l’Ontario et de la Saskatchewan. L’équipe de programmeurs et d’analystes du « Forum Poll » est dirigée par Lorne Bozinoff Ph.D. qui s’occupe de sondage depuis les trente dernières années dont six à la tête du « Gallup Poll. Il a été un des premiers à prédire la montée de Jack Layton.

Il ne faut pas prendre ce dernier sondage avec un grain de sel. Si j’étais organisateur de Pauline Marois, j’en analyserais toutes les données sérieusement.

Claude Dupras

mercredi 25 avril 2012

Les Albertains et les Québécois, du pareil au même

L’élection du 23 avril en Alberta, province canadienne, a apporté son panier de surprises et de vérités. Le Parti Progressiste Conservateur (PPC) a été réélu, nonobstant tous les sondages qui plaçaient bon premier son adversaire principal, le Wildrose Alliance. Pour la première fois en Alberta, une femme, Alison Redford, devient premier ministre de cette province riche et importante du Canada. Le parti libéral est déclassé et devient le troisième parti.

Ce sont les progressistes albertains qui ont poussé leur parti au pouvoir avec 52,7% des sièges. Et cela, malgré une campagne intense de la droite de la droite albertaine, très bien financée par les pétrolières qui exploitent les sables bitumineux.

Danielle Smith, cheffe du Wildrose, grande défenseure de ces entreprises a affirmé le plus sérieusement du monde dans un débat public avec les autres chefs de parti, que le réchauffement climatique n’était pas prouvé scientifiquement laissant entendre que c’est une invention des socialistes. C’est le même argument utilisé par les pétrolières et le premier ministre canadien Stephen Harper pour combattre les environnementalistes. Ses mots ont été spontanément couverts d’une vague d’huées des spectateurs. Ils ont réagi comme les Québécois l’auraient fait devant une telle situation. Cet incident et d’autres du même genre ont fait comprendre finalement aux Albertains que Smith et le Wildrose ne représentaient nullement leurs opinions et devenaient inopportuns.

D’ailleurs, Danielle Smith a été qualifiée par plusieurs observateurs "le clone de Stephen Harper, mais avec des talons hauts et une personnalité”. Et c’était mérité puisque certains principaux penseurs et un grand nombre d’organisateurs d’Harper ont aidé Smith et le Wildrose à se préparer et à faire campagne. Pour le premier ministre canadien, qui est demeuré supposément neutre dans cette élection, le PPC est, depuis toujours, trop à gauche. Belle définition pour un parti centre-droit !

Conservatrice sociale, Danielle Smith a défendu durant la campagne les principes de sa position politique. Pro-vie et ne croyant que dans le mariage traditionnel, elle s’opposa, entre autres, à l’avortement, à l’euthanasie, aux mariages gais, à la laïcité, à l’athéisme. Imitant la droite américaine, elle a parlé de Dieu et de la religion comme si elle voulait les imposer à la société. Au lieu de laisser en paix ces sujets déjà bien implantés, elle donna l’impression de vouloir légiférer sur chacun afin de les modifier pour rencontrer sa vision des choses. Libertaire, elle voulait couper les dépenses du gouvernement, assurer plus de liberté individuelle et diminuer la grosseur du gouvernement, mais elle n’a pas su imposer des limites claires et acceptables par la majorité aux actions draconiennes qu’elle voulait prendre. Elle a hésité à reconnaître la séparation de l’Église d’avec l’État comme étant la base de la liberté et de la démocratie.

Quelque peu anti-Québec, elle proposa de revoir la péréquation financière canadienne entre les provinces dites « riches » et celles dites « pauvres » afin de diminuer la charge de l’Alberta et le montant alloué au Québec.

Lorsque ses candidats, très de droite, crurent bon d’intervenir dans la campagne avec des commentaires cruellement bigots, racistes et religieux, Danielle Smith les défendit en affirmant qu’« elle respectait la liberté de parole et de religion ». Sur ce sujet, elle ne suivit pas l’exemple de Stephen Harper qui lui, évite d’agir sur ces sujets parce que politiquement dangereux.

Les perdants agissent comme de vrais teapartyers américains. Ils voient dans le nouveau gouvernement d’Alison Redford une bande de socialistes communisants. Un carton publié par eux, depuis l’élection, démontre bien ce qu’ils pensent du parti progressiste conservateur de l’Alberta.


Mes fréquents voyages en Alberta du temps de Joe Clark et de Mulroney m’ont fait réaliser que les Albertains réagissent comme les Québécois. D’ailleurs, jadis, le Québec et l’Alberta se sont souventes fois ligués contre la riche Ontario qui dirigeait en fait le Canada grâce à son argent et ses influences. Ensemble, nos chefs politiques ont combattu pour enfin atteindre la situation où le Québec et l’Alberta pèsent autant que l’Ontario et la Colombie Britannique dans la direction du Canada. Aujourd'hui, même si les Québécois n’ont élu que quelques députés conservateurs et qu’Harper agit souventes fois à l’encontre des désirs des Québécois, le Québec maintient sa place et est une atout important et influent de la fédération canadienne.

Le PPC albertain est un parti qui s’apparente depuis toujours à la politique de l’ex-PM Joe Clark, de l’ex-ministre fédéral Jack Horner, des ex-PM albertains Peter Lougheed et Ralph Klein, etc… qui étaient des progressistes. Leur surnom « red tories » démontre bien la nature des politiques qu’ils ont mises en place.

On a ressenti dans cette élection que les Albertains sont fiers de leur province. Ils en parlent comme de vrais patriotes. Ils se sentent d’abord Albertains puis Canadiens. Ils ont démontré qu’ils veulent que leurs politiciens actuels concentrent sur les services gouvernementaux et l’économie. L’élection albertaine a été une belle démonstration de ce que sera la prochaine élection québécoise.

Claude Dupras

lundi 13 février 2012

Go west young man, go west !

Il n’y a pas de chômage en Alberta. Au contraire, les entreprises peinent à trouver des travailleurs pour combler des milliers d’emplois dans le domaine de la construction, de la mécanique, de l’électricité, de l’informatique, de la gérance, etc… L’exploitation des sables bitumineux et sa croissance rapide (les pétrolières prévoient doubler leur production d’ici dix ans) est créatrice d’emplois chez des milliers d’entreprises de toutes spécialités. De plus, l’Ouest requerra 100 000 travailleurs de mines lors des huit prochaines années, 150 000 travailleurs de la construction lors des trois prochaines années et des milliers de soudeurs pour la Colombie Britannique. Même les petits commerces et les hôteliers craignent de manquer de personnel. Les dirigeants politiques estiment que si ces besoins ne sont pas comblés, la situation peut éventuellement nuire à la croissance de l’Ouest.

Alors que le taux de chômage augmente dans l’est du Canada et se situe entre 10 et 15%, des centaines de milliers d’emplois à bons salaires sont offerts dans l’Ouest.

Déjà, un grand nombre de travailleurs Québécois s’y sont rendus pour profiter de la manne de l’Alberta. Non seulement, ils gagnent bien leur vie, mais ils profitent aussi du fait qu’il n’y a pas de taxe de vente dans cette province et que les taux d’impôts des particuliers sont plus bas qu’au Québec. De plus, et c’est le bonus, l’Ouest est beau avec ses plaines, ses rocheuses spectaculaires, une très bonne qualité de vie et l’opportunité qu’il offre d’apprendre la langue anglaise.

La nouvelle premier ministre de l’Alberta, Alison Redford, a compris que sa province doit être plus attractive. Le prochain budget qu’elle vient de dévoiler sera donc très généreux. Même si elle est la chef du parti progressiste-conservateur de l’Alberta, les observateurs avertis la situent à gauche, comme le NPD. Plusieurs Québécois seront surpris de ses politiques car ils ont l’impression que l’Alberta est très à droite. C’est vrai pour Harper et ses réformistes-conservateurs mais pas nécessairement pour les autres personnages politiques. On n’a qu’à se rappeler les politiques sociales de l’ex-premier ministre canadien Joe Clark qui était député de l’Alberta et un « red tory », comme tant d’autres. Cette province est comme le Québec, elle aide ceux qui souffrent.

Alison Redford propose d’augmenter appréciablement les budgets de l’éducation, des garderies, des bénéfices sociaux dont certains augmenteront du tiers, etc.. Le gouvernement albertain estime que ces dépenses sociales additionnelles représenteront 500 $ millions par année. Le budget augmentera de 7% et le déficit atteindra 900 $ millions. Comme la Colombie Britannique, reconnue pour être à gauche, l’Alberta dépense 9 000$ par résident comparés à 8 400 $ au Québec, que plusieurs canadiens de l’Ouest qualifient de dépensier. Si, Redford avait maintenu les critères utilisés pour le budget précédent, c’est un surplus de 400 millions de $ que prévoirait l’Alberta. Son ministre des finances dit compter sur le maintien du prix du pétrole à 100 $ le baril et plus, pour prédire que d’ici deux ans le budget albertain redevienne positif.

Ses adversaires politiques estiment que Redford dépense ainsi pour se maintenir au pouvoir lors des prochaines élections qui seront déclenchées d’ici deux ou trois mois. C’est possible, mais à l’entendre, je suis prêt à lui donner le bénéfice du doute.

Mais une chose est certaine, l’Alberta se doit d’attirer un nombre suffisant de Canadiens des autres provinces pour combler ses besoins de main d’œuvre, sinon elle fera appel à l’immigration. Et le gouvernement fédéral le sait puisque le ministre canadien de l’immigration Jason Kenney a annoncé, cette semaine, son intention de vouloir mettre fin à l’immigration familiale afin de la remplacer par une immigration axée sur le choix de personnes spécialisées ou professionnelles, capables de subvenir aux demandes d’emplois du Canada (il voulait dire l’Ouest Canadien).

Pourquoi plus de chômeurs de l’est du Canada ne partent-ils pas, pour une période de temps, travailler en Alberta ? Est-ce le régime d’assurance chômage qui les démotive, puisqu’ils n’ont qu’à travailler un peu plus de 10 semaines pour bénéficier d’un revenu payé par le régime pour un an ? Dans un village, près de chez moi, je connais de jeunes diplômés du secondaire, sans métier, qui calculent leurs jours de travail pour rencontrer le minimum requis par l’Assurance-Chômage et quitter leur emploi. Ils se vantent même de leurs prouesses pour réussir à vivre au frais de l’État sans travailler. C’est clair qu’ils ne sont pas motivés pour aller chercher du travail ailleurs. Ne devrions-nous pas corriger notre système pour qu’il colle plus à la réalité ?

Je crois que le gouvernement canadien devrait favoriser et aider à la mobilité temporaire des travailleurs et financer les provinces, particulièrement le Québec, pour qu’elles accélèrent le perfectionnement professionnel des travailleurs.

Un autre volet intéressant pour dénicher des travailleurs est celui des Premières Nations. Un panel national vient de suggérer d’accentuer l’éducation de leurs jeunes puisque plus de 400 000 d’entre eux atteindront, d’ici 10 ans, l’âge du travail. Voilà un beau réservoir de main d’œuvre possible. Une action du gouvernement fédéral dans ce sens atteindrait un double objectif. En plus d’aider le développement du pays, elle motiverait les Première Nations à améliorer la qualité de vie de leurs populations. L’ex-PM Paul Martin avait lancé de tels programmes, malheureusement, Harper les a annulés dès sa prise de pouvoir, il y a déjà six ans. Aujourd’hui, il parle d’immigration… belle logique.

Et nous n’avons pas à nous inquiéter que le déficit budgétaire de l’Alberta vienne influencer à la baisse la péréquation canadienne pour nous puisque cette dernière est basée sur la capacité fiscale de chaque province.

Si j’étais jeune, avec un bon métier, une famille et sans travail, je me relocaliserais temporairement dans l’Ouest pour me renflouer, acquérir de l’expérience pour revenir éventuellement reprendre ma place au Québec avec un métier compétitif. Je ferais de même, si j’étais un jeune sans métier puisqu’à l’Est, certains gouvernements diminuent considérablement le nombre d’apprentis obligatoires pour satisfaire les exigences des syndicats qui craignent de perdre leur « membership » à cause de la situation de l’emploi.

Comme disaient les aventuriers de la découverte de l’ouest américain : Go west young man, Go west ! Et Dieu sait combien, ceux qui sont partis, en ont profité.

Claude Dupras

jeudi 6 octobre 2011

Le réchauffement climatique : une invention des Socialistes !

Ce titre choquant est une affirmation de Stephen Harper, premier ministre du Canada, qui a été prononcée avant qu’il n’atteigne le plus haut poste politique de notre pays. Plusieurs de mes lecteurs la connaissent, mais je la répète car elle est la seule explication possible aux actions continues et incompréhensibles de notre PM conservateur contre la lutte pour la protection de l’environnement. Il continue à agir comme s’il en était l’ennemi public numéro 1.

Alors qu’Harper propose de réduire de 50% les budgets d’ « Environnement Canada » et de « Pêches et Océans Canada », le commissaire canadien à l’environnement a déclaré hier que le pays est incapable de faire une évaluation environnementale du Nord de l’Alberta (où se situent les sables bitumineux). De plus, il dénonce l’autorisation de nombreux nouveaux projets d’exploitation qui s’accumulent avec les autres et empirent le problème. Sa déclaration ne calme pas l’inquiétude des scientifiques en rapport avec « la pollution venant de l’extraction du bitume des sables, de son raffinage et de son entreposage dans d’immenses bassins à ciel ouvert ».

Le PM dit reconnaître qu’il y a lacune dans l’obtention de données de base environnementales et dans les mécanismes de leur surveillance. Par contre son gouvernement refuse d’annuler ses coupures aux budgets des ministères responsables et d’imposer « un moratoire sur les nouveaux permis ». La politique prime dans ses paroles et ses actions. Pour bien comprendre, il faut être bien renseigné. Le Canada ne l’est pas et ne veut pas l’être.

Pour calmer les esprits des opposants, Harper a mis en place un groupe d’experts « indépendants » pour évaluer les impacts environnementaux de ce projet immense et produire un rapport. L’étude doit coûter 100 millions $ et est financée par l’industrie pétrolière. En fait, je crains que tout çà soit de la foutaise ! J’ai lu quelques pages de rapports anciens des pétrolières. Ils sont très bien faits et la présentation est impeccable mais le contenu est faussé. Ce n’est que de la propagande pure servant à appuyer leurs arguments. Les experts indépendants, s’ils le sont vraiment, vont vite déchanter.

De son côté, le ministre canadien de l’environnement, Peter Kent, vient d’affirmer que ce rapport va vite aider le Canada à vendre son pétrole. Kent se moque de nous puisqu’il sera complété dans deux ans et que, pendant ce temps, les projets se développent à toute vitesse, au point que les pétrolières veulent quadrupler leurs exploitations d’ici 2030, pour atteindre 3 millions de barils par jour. C’est une vraie mine d’or, des revenus incroyables pour l’Alberta, pour le gouvernement du Canada et pour les Canadiens puisque c’est la deuxième plus importante réserve de pétrole au monde. Mais est-ce une raison suffisante pour accepter les dégâts quasi-irréparables à la forêt boréale, au réchauffement du climat, aux rivières et aux fleuves dans lesquels elles se jettent, à la faune ?

Il y a aussi le débat sur la construction du pipeline Keystone XL pour transporter le pétrole brut, extrait des sables bitumineux, au Texas. Mon blog du 21 août dernier « Le pipeline des sables bitumineux : une occasion pour Obama » traitait de ce sujet. Je suis favorable à ce projet si le pétrole est « propre ». Et c’est là qu’Obama peut aider car actuellement le pétrole est « polluant ». L’Union Européenne, par exemple, refuse de le recevoir sur le vieux continent et menace de restreindre les exportations canadiennes sur son territoire. Ailleurs, le New York Times vient de prendre position contre le pipeline à cause des impacts négatifs sur la forêt boréale. J’espère qu’Obama insistera pour que le pétrole qui entrera dans son pays soit propre et retardera l’acceptation du pipeline jusqu’au moment où ses experts établiront que cet objectif est rencontré. Cela forcera les pétrolières à revoir tous les aspects de leur exploitation en Alberta.

On peut protéger l’environnement, mais faut-il vouloir le faire ! A ce jour, le gouvernement conservateur de l’Alberta n’a autorisé qu’un seul projet de réhabilitation couvrant 100 hectares sur les 60 000 hectares minés. Ce n’est pas sérieux.

On apprend aussi, aujourd’hui, qu’un trou sans précédent a été découvert dans la couche d’ozone dans l’Arctique. Le centre canadien qui l’observe joue un rôle absolument nécessaire, selon les responsables mondiaux, pour la poursuite des travaux dans ce secteur. Encore là, une partie de ces chercheurs affirment craindre de voir leurs postes disparaître à cause des coupures d’Harper. Il est clair que le Canada ne veut plus être, comme avant, un chef de file en matière d’évaluation environnementale.

De la façon qu’il se comporte actuellement, le gouvernement d’Harper ne rencontrera même pas les objectifs réduits qu’il avait établis pour 2020 après avoir laisser tomber le protocole de Kyoto, accepté par son prédécesseur. Il n’a pas encore mis en place la stratégie globale nécessaire à la coordination, à l’établissement des objectifs, des échéanciers, des cibles provisoires, etc… qu’il doit réaliser pour 2012. Il n’est pas sérieux. Il fait semblant. Le Canada risque d’être ridiculisé à nouveau.

Le PM et son parti PC atteignent un degré d’arrogance méprisant qui dépasse la borne. Enivrés de la majorité parlementaire qu’ils ont obtenue à l’élection du 2 mai dernier, malgré que 60,4% des électeurs aient voté pour leurs adversaires, les Conservateurs ne cessent de répéter que les Canadiens leur ont fait majoritairement confiance et que cela justifie leurs actions unilatérales. Harper va même jusqu’à conclure que le pays est devenu conservateur et le PC, le parti du peuple. Il rêve en couleurs !

De plus, le grand stratège, comme aime l’appeler les membres de sa cour, se trompe. Des signes extérieurs le démontrent. Ainsi les élections provinciales récentes dans les provinces de l’Île-du-Prince-Édouard et du Manitoba sont des signes avant-coureurs qui ne trompent pas. Malgré qu’Harper ait mis sa machine électorale au service des partis conservateurs de ces provinces et prédisait des victoires « bleues » partout, le Nouveau Parti Démocratique (NPD) a gagné la première et le parti libéral la deuxième. Il reste à venir l’élection d’aujourd’hui (6 octobre) en Ontario. Au moment où ces lignes sont écrites, le parti Libéral est en avance de 10% (il traînait de 10 % il y a à peine un mois) et a toutes les chances d’être réélu.

J’espère que ces mise-en-gardes que lui envoient les électeurs de trois provinces représentatives du Canada anglais (une de l’ouest, une du centre et une de l’est du pays) feront réfléchir notre PM que les Canadiens ne sont pas à droite de la droite et qu’ils considèrent ses politiques comme rétrogrades pour le temps que nous vivons.

Claude Dupras

dimanche 21 août 2011

Le pipeline des sables bitumineux : une occasion pour Obama

Barak Obama a fait de l’environnement un des importants piliers de sa campagne électorale qui l’a mené à la Maison Blanche. À ce jour, Obama déçoit ses plus ardents supporteurs. Il n’agit pas comme espéré et semble vouloir se limiter à trouver des compromis entre Démocrates et Républicains. Il désappointe le peuple américain et particulièrement son électorat. Ses appuis sont tombés à 40% dans le plus récent sondage Gallup et la tendance est à la baisse. Le New York Times vient d’affirmer dans sa page éditoriale que Barak Obama ne gouverne pas. Cela n’augure pas bien pour sa réélection.

Du côté positif pour Obama, il y a le fait que le parti républicain soit embourbé avec le tea party et la droite évangéliste du pays. Cela se reflète sur la qualité des candidats en lice pour représenter le parti républicain à la prochaine élection présidentielle. Ils ne sont pas présidentiables sauf une exception, Mitt Romney. Et même ce dernier contredit son excellent passé de gouverneur du Massachusetts en se repositionnant, particulièrement sur le programme de santé, pour chercher à obtenir le plus d’appuis possibles des républicains qui s’opposent à l’Obamacare. La course, qui vient de débuter dans l’Iowa, met en évidence cette bande de bouffons politiques. Il me semble impensable que le peuple américain choisisse l’un d’eux pour devenir le prochain président. Mais, dans les circonstances économiques actuelles, qui sait…

Le département d’État américain doit émettre dans les prochains jours son analyse du projet de pipeline Keystone XL, qui doit traverser la frontière canado-américaine et six états américains pour transporter du nord de l’Alberta au Texas, chaque semaine, des millions de barils de pétrole brut provenant des sables bitumineux. Dès la remise de ce rapport, le président Obama aura 90 jours pour déterminer si le projet est d’intérêt national et s’il l’autorisera. Cette décision n’a pas à être ratifiée par le Congrès américain.

Les environnementalistes de tous les États américains veulent modifier les activités humaines qui génèrent les changements climatiques de notre planète. C’est pour cette raison qu’ils sont contre l’exploitation des sables bitumineux. Ils s’organisent pour convaincre Obama de refuser la construction du pipeline. Ils comptent en grande partie sur le pouvoir de la popularité des stars d’Hollywood pour accentuer le mouvement de protestation. Appuyés par le producteur James « Titanic, Avatar » Cameron, l’acteur mis en nomination pour un Oscar Mark Ruffalo, la canadienne Margot Kidder, l’acteur Danny Glover et une pléiade d’autres, ils convergent vers Washington pour un sit-in prévu jusqu’au 3 septembre. Ils disent vouloir organiser durant les deux prochaines semaines un grand mouvement de désobéissance civile. Ils se disent prêts à être arrêtés et emprisonnés pour faire valoir leur opposition au pipeline.

De leur côté, les compagnies pétrolières et le gouvernement du Canada ont engagé des milliers de lobbyistes pour convaincre la population américaine et presser ainsi Obama d’accepter leur projet. Pour eux, comme pour le premier ministre canadien Stephen Harper, les changements climatiques ne sont qu’une vaine imagination, une illusion et une utopie inventées par les socialistes. Déjà, et sans surprise, le parti républicain a signifié son approbation de la construction du pipeline. Ce sera une lutte serrée.

Ce n’est pas une décision facile à prendre pour Obama. Une chose est certaine, c’est une occasion pour lui de redynamiser ses partisans. S’il dit NON au projet, ces derniers seront enfin heureux d’avoir voté pour lui car il aura prouvé qu’il veut vraiment protéger l’environnement.

Par contre, il devra évaluer les aspects négatifs d’une telle décision : la perte de nouveaux emplois générés par la construction de cet immense projet au moment où le pays en réclame à haute voix; la continuation possible des augmentations des prix à la pompe; le maintien du joug des producteurs arabes de pétrole sur les USA alors que les Américains plaident pour se défaire de cette contrainte morale; l’augmentation des contributions financières du monde pétrolier à ses adversaires politiques qui sont passionnément pour le projet alors que l’élection présidentielle est dans 15 mois; la détérioration des relations diplomatiques canado-canadiennes puisque le Canada tient mordicus à ce pipeline pour augmenter ses revenus; etc.

Pour nous Canadiens, c’est aussi difficile de choisir. Plusieurs d’entre nous combattons depuis longtemps l’exploitation des sables bitumineux canadiens, situés en Alberta. C’est la plus grande réserve de pétrole au monde et dépasse celle de l’Arabie Saoudite. Le malheur est que pour produire trois barils de nouveau pétrole, on doit en brûler deux et tous les rejets de gaz à effet de serre (GES) vont directement dans l’atmosphère alors que les autres résidus, tel le carbone, trouvent leur chemin vers la grande rivière Athabaska et le lac du même nom. L’importante forêt boréale canadienne est gravement attaquée. Cela fait de notre pétrole un « pétrole sale ».

Les Albertains en ont bien profité. Leur gouvernement a éliminé totalement sa dette, diminué considérablement ses impôts, augmenté les services à la population et vu celle-ci augmenter considérablement. Le Québec a aussi bénéficié de l’augmentation de la richesse de l’Alberta car cela a fait croître les paiements de péréquation qu’il reçoit du Canada. Par contre, lorsque le prix du pétrole baissa en 2009, l’exploitation devint non économique. Certaines compagnies firent faillite et les Albertains furent surpris par un déficit important. Depuis, les choses se sont rétablies.

Le président Barack Obama a juré de combattre le réchauffement climatique et lors d’une rencontre avec Harper à Ottawa, il s’est entendu avec le PM canadien pour que l’exploitation future des sables bitumineux change et que les carbones soient enterrés afin de protéger l’environnement. À cette condition, il semble que les USA soient intéressés à acheter notre pétrole qui serait alors qualifié de propre.

Cela démontre que nous avons commencé prématurément l’exploitation des sables bitumineux, motivés que nous étions par les revenus extraordinaires qu’elle apporte au pays. Heureusement, depuis, suite à la pression des environnementalistes du monde, de blogueurs et des acheteurs, les exploiteurs ont considérablement amélioré leurs méthodes d’extractions. Mais il y a encore beaucoup à faire.

Tous les Canadiens peuvent obtenir des avantages financiers encore plus importants de cette exploitation. Lorsqu’on connaît les difficultés financières de nos gouvernements fédéral et provinciaux pour maintenir et améliorer le filet social qui protège notre population, nos déficits grandissants et notre dette combinée provincial/fédéral toujours croissante, nous sommes tentés d’être favorables à l’exploitation puisque nos générations futures en profiteront grandement et deviendront riches.

L’exploitation des sables bitumineux est une très grosse entreprise. Elle durera plus de cent ans. Il est temps d’agir de façon responsable. Nous nous devons de poser les actes nécessaires, comme la construction de centrales nucléaires pour chauffer l’eau au lieu d’utiliser le pétrole afin de diminuer les GES. Nous devons accélérer l’utilisation de tous les moyens techniques pour protéger la faune de notre forêt boréale, de la rivière et du grand lac Athabaska.

Quant au pipeline vers les USA, je suis favorable à sa construction si le président Obama, obtient la garantie du Canada que le pétrole qui ira vers son pays sera du « pétrole propre ».

Claude Dupras

samedi 6 novembre 2010

La regrettable démission du ministre Jim Prentice

Le premier ministre Stephen Harper vient de perdre un de ses principaux lieutenants. Jim Prentice, député d’Alberta, quitte son poste de ministre de l’environnement pour entrer à la Banque Impériale de Commerce, comme vice-président exécutif. Il était un politicien aimé de ses commettants, un gentilhomme respecté par tous les Canadiens et Canadiennes, quelque soit leur parti politique. C’est une grosse perte pour le Parti Conservateur du Canada (PC) qui n’a que de rares députés conservateurs sociaux (red tory) avec une approche intelligente, nuancée, ouverte au changement et capable de faire la part des choses dans les décisions gouvernementales pour tenir compte des besoins de la société. Le PC a un grand besoin d’hommes ou de femmes comme lui.

Prentice faisait partie du Parti Progressiste-Conservateur du Canada (PPC) lorsque ce parti s’est fusionné avec l’Alliance Canadienne, parti strictement de droite, pour devenir le PC. Le PPC a toujours défendu les préoccupations conservatrices traditionnelles mais avec des idées sociales pour les questions économiques. Le nouveau parti a été envahi par les Alliantistes de l’Ouest et s’est fixé solidement à droite du spectre politique mettant au rancart l’approche sociale de la politique du PPC. C’est à cause de ce positionnement radical que j’ai quitté définitivement le PC, après plus de trente ans de membership actif dans le PPC, et que je suis devenu indépendant.

Malgré le malaise évident que Prentice ressentait au sein de sa nouvelle équipe, il a toujours fait un travail consciencieux au ministère de l’environnement. Il a même osé prendre des positions publiques qui ne correspondaient pas toujours aux dires du PM Harper, particulièrement sur le contrôle de l’exploitation des sables bitumineux, la position du pays sur l’accord de Kyoto et l’approche négative du Canada à Copenhague qui a contribué à ce que la rencontre onusienne sur l’environnement se termine en queue de poisson.

Le départ subit de Prentice est-il un signe de ce qui s’en vient ? Je le crois. Au lieu de viser à recentrer le parti et à gagner les indécis, le PC ne cherche qu’à satisfaire sa base, ceux du pays qui crient fort (un genre de teapartyers canadiens), qui lui a donné le pouvoir par ses votes. Il glisse lentement mais sûrement vers l’abime politique où l’entraîne son idéologie de droite de la droite.

La presqu’élimination du contenu du questionnaire du recensement, l’abolition du registre des armes, le militarisme excessif, le non-respect des décisions environnementales internationales, la construction de nouvelles prisons (alors que le taux de criminalité baisse), la fascisation des lois au ministère de la justice… sont tous des exemples où le gouvernement canadien perd son temps et où l’amène son idéologie. Pendant ce temps, le déficit augmente commensurablement, la dette réapparaît et le respect du Canada fléchit dans l’opinion mondiale.

Harper garde le pouvoir depuis quatre ans de manière tout à fait imprévisible puisqu’il est minoritaire à la Chambre des Communes et n’obtient que 35-38% d’appuis dans les sondages. Le manque de courage politique des autres partis pour le renverser, qui vient du désintéressement de la population pour une autre élection, doit s’estomper.

Nous, Canadiens et Canadiennes, devons remplacer ce gouvernement mené par des idéologues dont la pensée ne correspond absolument pas à celle de la majorité et dont les actions politiques non pertinentes nous amènent nulle part. Nous avons besoin que l’intelligence et le réalisme soient au pouvoir à Ottawa.

Une autre solution serait un putsch dans le PC pour qu’il redevienne le PPC. Mais çà, pour l’instant, c’est un rêve en couleurs !

À chacune de ses interventions à la Chambre des Communes, Jim Prentice a su élever le débat au haut niveau qu’il doit être. Il a accompli beaucoup et rempli plusieurs tâches difficiles que lui confiait le PM Harper. « Monsieur Fix-it », comme on le surnommait, aurait fait un bon premier ministre. Je rêve de le voir revenir en politique, à la tête du parti PC. Ce sera peut être le jour où le PC retrouvera le bon chemin. Qui sait ?

Merci Jim Prentice pour un travail bien fait, malgré tout, et bonne chance.

Claude Dupras

lundi 14 décembre 2009

Le Canada, la bête noire !

L’Alberta et la Saskatchewan qui exploitent les sables bitumineux de la région d’Athabasca n’en démordent pas. Ils vont continuer l’accélération de l’extraction du pétrole n’en déplaise au monde entier, et ceci avec la complicité du gouvernement du Canada. Cela devient clair et net dans les négociations qui se déroulent à Copenhague.

De plus, ces gouvernements ont l’effronterie de proposer que ce soient les consommateurs de leurs produits, dont les Américains et nous, qui paient proportionnellement leur part pour tous les investissements futurs requis pour contrer l’émission croissante des gaz à effets de serre (GES) qu’ils produiront en assurant l’expansion de l’exploitation des sables bitumineux durant les prochaines décennies. Comme le Québec et l’Ontario représentent 60% de la population canadienne, ces provinces auront donc la grosse part de la charge financière canadienne à partager.

Le ridicule de cette proposition s’exprime bien dans les chiffres. Le Québec s’engage à réduire de 20% ses émissions par rapport à 1990. L’Ontario établit sa cible à 15%. Et le Canada en tenant compte des efforts du Québec et de l’Ontario propose globalement pour le pays de ne réduire que de 3% les émissions canadiennes par rapport à 1990. C’est dire que l’Alberta continuera à augmenter sauvagement et en grande quantité ses émission de GES nonobstant le tort qu’elles créent au réchauffement climatique de notre terre.

Il est clair que sur le plan mondial, le Canada est devenu une partie importante du problème du climat. Alors qu’auparavant notre pays était un instrument de consensus et de solution, voilà que nous sommes devenus, avec les Conservateurs au pouvoir, la bête noire sur l’échiquier planétaire. Notre ministre a même annoncé avant son départ pour Copenhague que la position canadienne était non négociable. N’est-ce pas là une belle attitude ouverte au compromis, qu’une telle affirmation ? N’est-ce pas une insulte à l’intelligence de tous les participants de la conférence de Copenhague qui y sont pour trouver des solutions pour sauver la planète ?

Pour montrer patte blanche, les compagnies pétrolières-pollueuses ont imaginé de capter et de comprimer les GES pour les canaliser par pipeline sur une distance de 240 km vers de vieux champs de pétrole et de les pomper dans des réservoirs sous terre. Ce premier projet de 558 millions $ sera financé en partie par le gouvernement du Canada qui puisera dans le fonds spécial de $ 2 milliards qu’il a créé pour aider les compagnies pétrolières à réduire les émissions de GES. Non seulement ce projet n’affectera qu’une partie GES, il ne corrigera pas le dégât considérable fait à l’environnement, à la pollution indescriptible de la rivière Athabasca et de ses affluents ainsi qu’à la destruction de la forêt boréale canadienne. D’ailleurs, les environnementalistes critiquent ces projets de « captage et de storage » en rappelant que c’est l’argent des poches des Canadiens qui financent, en partie, des projets proposés par les grands pollueurs dont les résultats sont incertains.

Il serait préférable d’arrêter cette folie manifeste et d’investir ces argents dans les sources alternatives d’énergie et de conversation. Le Canada tire la patte dans ce domaine, n’a rien fait et « laisse passer la parade ». Par exemple, les USA dépensent, aujourd’hui, 14 fois plus per capita que notre pays pour les énergies recouvrables. Ce seront les Américains et les citoyens d’autres pays qui demain posséderont le savoir-faire dans ces nouveaux domaines. Les emplois iront là bas. Les argents aussi.

Enfin, je crois que les producteurs de pétrole doivent payer pour tout ce qui a rapport avec l’exploitation des sables bitumineux. Si le prix de revient de leur pétrole n’est pas compétitif, tant pis. Qu’on arrête la production et que les pétrolières se concentrent à faire toute la recherche nécessaire pour trouver des solutions rentables permettant une exploitation qui ne met pas la planète en danger. Au pied du mur, je crois que ces compagnies feront tout pour s’en sortir et trouveront de bonnes solutions pour l’avenir.

Cette réserve inouïe de pétrole sera toujours là et pourra être mise à la disposition du monde de demain au profit des Canadiens d’alors. Entretemps nous aurons fait notre part pour protéger notre planète.

Claude Dupras