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vendredi 22 avril 2016


La « balle-dure » au stade Olympique et non ailleurs 

J’aime le baseball, la « balle-dure » comme on disait durant mon temps de collège. J’y ai été initié très jeune par mon père qui était un grand amateur des Royaux de Montréal qui jouaient au Stade Delorimier. C’était le club-ferme AAA des Dodgers de Brooklyn, de la ligue Internationale.
Les joueurs canadiens-français y excellaient et je me rappelle les exploits de Stan Bréard à l’arrêt court, de Roland Gladu au 3ième but et comme voltigeur et de notre lanceur préféré Jean-Pierre Roy. Ces derniers ont éventuellement joué dans les ligues majeures.
Je revois, en 1946, la venue de Jacky Robinson avec les Royaux, un joueur afro-américain exceptionnel. Alors que la discrimination raciale aux USA empêchait les super joueurs de la Negro League de jouer dans les ligues professionnelles, Branch Rickey, propriétaire des Dodgers, décida de miser le tout pour le tout et engagea Robinson pour jouer à Montréal où les noirs étaient respectés. Cette décision suscita une clameur de protestations de toutes les villes-membres de la ligue Internationale. Nonobstant cette indignation générale, Rickey tint bon. Robinson confirma ses qualités de grand joueur, d’homme respectable et nous, Montréalais, avions le privilège de le voir jouer pour nous dans notre ville.
Nous avons réservé le même accueil chaleureux pour chacun des autres joueurs noirs qui le suivirent dont le lanceur Don Newcombe, l’arrêt-court Sam Jethroe et ceux élus par la suite, comme Robinson, au Temple de la Renommée du Baseball : Roy Campanella et le portoricain Roberto Clemente qui devint un des plus grands joueur du baseball.
Malheureusement, en 1960, après 52 années à Montréal, les Dodgers déménagèrent leur club-ferme à Syracuse, NY. À ce moment-là, les Royaux de Montréal étaient de loin l'équipe la plus titrée de l'histoire de la Ligue Internationale.
C’est durant ces années que naquit et grandit l’amour des Montréalais pour le baseball. Il nous été transmis de génération en génération depuis nos arrières-arrières-arrières-grands-parents. C’est ce qui explique que nous avons le baseball dans le sang.
Puis en 1969, miracle ! Le baseball revint avec un club des ligues majeures, un premier hors USA, qui prit le nom Expos de Montréal, pour rappeler l’Exposition Internationale et Universelle de 1967 que les Montréalais avaient tant appréciée.
Le club s’installa temporairement au stade ouvert du parc Jarry, modifié pour accueillir 30 000 personnes. Heureux, je courus acheter deux billets de saison, aux premiers rangs, au prix de 5$ chacun par match. Le bonheur des sportifs Montréalais était comblé.
Puis un an plus tard, un autre miracle. Le 12 mai 1970, le Comité International Olympique nous accorda les jeux de la 76ième olympiade. Et, pour ce faire, Montréal construisit un stade olympique qui après les Jeux logea les Expos. Et, il avait un toit amovible. C’était le bonheur total.
Le 15 avril 1977, 57 000 spectateurs assistèrent à la partie d’ouverture au stade olympique. J’y étais avec mes billets de saison. Le stade afficha complet durant tout le weekend. Lors des 80 autres parties de la saison, l’assistance fut forte à chaque match. De 1979 à 1983, plus de 2 000 000 d’amateurs accoururent chaque année pour voir « leurs amours ». L’enthousiasme débordait.
Le septembre 2004, le nouveau propriétaire annonça le transfert des Expos à Washington DC après 5 698 matchs. C’était devenu inévitable. Les Montréalais étaient dégoûtés des agissements de la nouvelle direction du club qui avait congédié le grand entraineur Felipe Alou,  vendu, pour des raisons financières, des joueurs-étoiles tels John Wetteland, Larry Walker, Marquis Grissom et Ken Hill, et des recrues exceptionnelles comme Vladimir Guerrero capables d’assurer une équipe compétitive dans le futur. Ces décisions furent des douches froides sur notre enthousiasme et même si nous aimions toujours le baseball, nous boycottions, par notre absence, les propriétaires. J’étais de ceux-là. En effet, en 2002 j’avais annulé mes achats de billets de saison, avec regret.
Durant les 108 dernières années, il y a eu du baseball professionnel à Montréal pendant 79 années. Et aujourd’hui, les Montréalais veulent un nouveau club et le démontrent clairement.
Lors des déboires du club, les propriétaires prétextaient que les amateurs ne venaient pas aux parties à cause de la configuration du stade olympique et de sa localisation dans l’est de Montréal.
Pour les aider, la Régie des Installations Olympiques (RIO) a fait exécuter des travaux importants pour ramener le marbre (homeplate) et toute la surface de jeu plus près des estrades à coût de millions de $. Mais les propriétaires n’étaient pas encore satisfaits car, n’ayant pas les poches assez profondes, leurs problèmes financiers les poursuivaient et ils continuèrent à blâmer le stade au lieu de faire des promotions publicitaires pour attirer de nouveau les amateurs.
Pourtant au stade olympique, la vue des spectateurs vers la surface de jeu est sans obstacle contrairement à certains stades comme celui des Mets de New York. Chaque spectateur est bien assis sur un siège de fibre moulé, ne touche pas ses voisins et l’espace pour les genoux et les pieds a été calculé pour laisser passer, sans trop de dérangement, les spectateurs qui se dirigent vers d’autres bancs, contrairement au stade des Blue Jays de Toronto où les spectateurs, assis deux par bancs, sont inconfortables dans un espace très restreint.
Quant à sa localisation dans l’est de Montréal, cette complainte n’était pas nouvelle. On l’avait entendue dès le premier match des Expos au stade et elle venait des citoyens anglophones de l’ouest de Montréal. À ce moment-là, tout ce qui était à l’est de la rue Saint Laurent était loin pour plusieurs de ces gens. Il est vrai que la distance était plus longue que si le stade était localisé au bas du centre-ville. Pourtant, je vivais dans ce secteur, à ce moment-là, et je n’ai jamais ressenti de problème majeur.
Aujourd’hui, le maire de Montréal veut obtenir une nouvelle franchise des ligues majeures et promet un nouveau stade dans le bas de la ville. C’est à mon point de vue injustifiable.
Ce stade, le maire veut en financer le coût grâce à des contributions gouvernementales, municipales et l’apport d’entreprises privées comme pour le centre Videotron à Québec. Nous, Montréalais, nous avons eu notre part de Québec pour la construction de notre Stade dont le budget a dépassé de beaucoup les coûts prévus. Nous avons payé de longues années, avec les autres Québécois, des taxes pour rembourser cette importante dette. Aujourd’hui, il est payé et il est bien entretenu aux frais du gouvernement de Québec.
De plus, il faut tenir compte du fait que la population a changé. Au moment des Olympiades, j’ai participé à la planification du village Olympique pour déterminer la nature des bâtiments à construire pour loger les athlètes. La population dans l’est de la ville n’était pas alors très dense comparé à aujourd’hui, au point que nous avons fait une étude pour déterminer le taux d’absorption possible de 1000 logements dans l’est de la ville après les jeux. Cela peut sembler invraisemblable aujourd’hui, mais le résultat ne fut pas très concluant. Certains proposèrent alors de construire des logements pouvant être transformés en logements à prix modique après les Jeux. Heureusement, le maire Drapeau a accepté notre idée de construire des logements pouvant être revendus et des promoteurs immobiliers dirigés par le réputé constructeur René Lépine ont décidé de prendre le risque de construire le village Olympique incluant toutes les facilités nécessaires aux athlètes : cafétéria, infirmerie, bureaux des missions olympiques de pays, salles d’entrainement et de divertissement, etc.. et de transformer le tout en condominiums après les Jeux. On connait le reste de l’histoire. Ce fut un succès et ça demeure un des plus beaux bâtiments de Montréal à l’honneur des architectes Roger d’Astous et Luc Durand.
Depuis, l’est de la ville a connu un boom de développement impressionnant. La population a considérablement augmenté. Les lignes de métro ont été allongées, de nouvelles autoroutes construites vers le nord-est hors de l’ile de Montréal qui aussi a connu un développement extraordinaire, d’innombrables tours à logements sont sorties du sol, etc…  
Un stade de baseball génère beaucoup de trafic automobile. Au bas de la ville, ce surplus ajouté à l’actuel génèrera des situations très difficiles, d’autant plus que les parties sont souventes fois jouées l’après-midi. Déjà, ça prend un temps fou pour se rendre au Centre Bell les soirs de match de hockey où le trafic est bloqué jusque sur la rive sud. Si on y ajoute le baseball, ce sera intolérable pour les Montréalais qui y vivent.
Le stade Olympique a plusieurs entrées à ses immenses garages, et est desservi directement par deux stations de métro. Dans le passé, même avec 58 000 spectateurs, les attentes étaient minimales et relativement acceptables.
De plus, le stade olympique est un investissement de tous les Québécois. Il est bien entretenu, se développe comme attraction majeure de Montréal et est devenu le symbole de la ville. Le centre de natation a été refait et les espaces de la tour sont maintenant loués à Desjardins comme espaces à bureaux. Une saison de 81 matchs de baseball par année lui apportera un achalandage important pouvant le rendre quasi profitable. Ce sont des taxes en moins pour l’ensemble des Québécois. Déjà en 1965, le gouvernement a refusé, avec raison, la demande des propriétaires de financer la construction d’un nouveau stade. C’est aussi irraisonnable aujourd’hui de proposer la construction d’un nouveau stade de baseball quand on a déjà un stade magnifique qui est peu utilisé.
Du premier match des Expos en 1968 jusqu’à 2002, deux ans avant la fin, j’avais des billets de saison. Soit durant 34  ans. J’ai vu des matchs de tous les coins du stade. Partout on pouvait bien suivre et apprécier le jeu des joueurs. Les écrans géants rapportaient instantanément les derniers jeux et tous les spectateurs où qu’ils soient pouvaient juger de la justesse de chaque jeu et de la décision des arbitres, sans problème.
Ce fut de même aux Jeux Olympiques. J’ai assisté à une dizaine de séances d’athlétisme et à quelques matchs de soccer dans le stade. Où que j’étais, j’ai bien vu et apprécié les évènements. Je me rappelle entre autres, le soir du saut du Canadien Greg Joy à la finale de la compétition du « Saut en Hauteur ». J’étais assis à l’autre extrémité du stade d’où était installée la barre du saut. Lorsque Greg a passé la barre sans la toucher, la foule s’est levée instantanément pour crier des hourras, où qu’elle soit dans le stade. Il venait de gagner la médaille d’argent. Nous avons tous vu ensemble et les écrans nous rapportaient en rafale tous les détails du saut.
C’est ainsi au baseball. Grâce à ces écrans on voit tout, on comprend tout. Ce qui compte, c’est être confortable et de pouvoir apprécier le jeu. De quelques endroits où on se trouve dans le stade, cela est possible. Et aujourd’hui, avec l’évolution constante de la technologie, de plus en plus d’écrans plus précis, reliés aux iPhones, nous montrerons précisément et davantage tout ce qui se passe sur le jeu.
Enfin, un stade dans le bas de la ville va défigurer les secteurs d’habitations avoisinants. J’ai visité ceux des Indiens de Cleveland et des Reds de Cincinnati. Lorsqu’on arrive vers ces stades, on est surpris des hauteurs des estrades que l’on voit des rues avoisinantes. C’est laid. C’est comme le stade des Alouettes sur le Mont-Royal, qui est moins pire mais quand même inacceptable. Je m’étais opposé, comme chef du parti civique, à la construction d’un nouveau gymnase pour l’université McGill sur la montagne à cet endroit, mais le maire Doré a passé outre et a permis cette construction sur notre bien public. De plus, le maire Tremblay a permis l’ajout d’estrades en hauteur en arrière du gymnase pour le stade de football des Alouettes. On les voit de la rue Berri en arrivant du sud. Ce gymnase et ces estrades cachent une partie importante du Mont-Royal. À mon point de vue, c’est inacceptable d’enlaidir notre ville de cette façon.  
Tous les arguments pointent vers le baseball au stade olympique. Alors Monsieur le maire…

Claude Dupras

jeudi 28 mai 2015

Quand le maire de Montréal « bulldoze »

À ce jour, depuis son élection à la mairie de Montréal, Denis Coderre a eu un parcours sans faute. Les Montréalais l’aiment. C’est un politicien aguerri et cela paraît. Il est familier avec la nature des situations politiques qui se présentent à lui et a toujours la réponse qui semble juste. Du moins, elle plait à la majorité de ses concitoyens. Et c’est important en politique où l’image et les illusions comptent.

Malheureusement hier, sans vraiment penser à ce qu’il disait, il est allé trop loin. Le maire a déclaré « avoir honte de Montréal » parce qu’en 2006 un important centre de divertissement a été rejeté par la ville de Montréal, a-t-il dit en ajoutant « Montréal lui en doit une » en parlant de Guy Laliberté créateur et propriétaire du Cirque du Soleil.
Ce projet du promoteur immobilier Canderel consistait à développer un terrain, sur lequel il avait la main mise et pour lequel il faisait des pieds et des mains pour trouver des solutions pour le développer. Il était situé au bassin Peel du port de Montréal, à proximité de quartiers les plus pauvres de Montréal, près de l’autoroute Bonaventure.
Canderel a imaginé d’y installer un mégacomplexe récréotouristique qui devait comprendre, entre autres, le casino de Montréal, relocalisé depuis l’île Notre Dame, une salle de spectacles de 2 500 sièges dédiée à des représentations du Cirque du Soleil, un centre de foire, etc… Canderel avait évalué le projet à 1,2 milliards et entrepris alors une grande campagne médiatique pour en faire accepter l’idée.
En blâmant l’ex-administration du maire Tremblay de ne pas « avoir mis ses culottes », le maire Coderre a continué à donner l’impression, qui existait alors et continue depuis, que le Cirque du Soleil allait financer une partie de ce projet alors que Laliberté ne voulait rien investir dans la construction mais être engagé par le propriétaire du centre pour produire des représentations du style de celles que le Cirque offraient à Las Vegas et à Orlando aux USA.  En somme, il voulait une salle pour monter et présenter ses spectacles pour des raisons évidemment commerciales.
Politiquement, le premier ministre Charest et une majorité de ministres n’étaient pas chauds à l’idée de ce projet puisqu’il devait être financé par une société de l’État. Malgré cela, les dirigeants de la société Loto-Québec se montraient favorables puisque, à cette période, ses revenus avaient commencé à rétrécir comme une peau de chagrin. Elle avait autorisé l’installation de « slots machines » dans un très grand nombre de commerces et en ressentait l’effet au casino. Un de ses représentants a affirmé, à ce moment-là vouloir rapprocher le casino des Montréalais pour mieux faire face à ses compétiteurs, qu’elle avait créés. Invraisemblable !
Quant au maire Tremblay, il était sympathique à l’idée et faisait des démarches pour aider, contrairement à ce qu’a insinué Coderre.
Dès l’annonce de ce projet, je me suis opposé à cette aventure. Entre le 23 juin 2005 et le 11 mars 2006, j’ai écrit cinq blogues expliquant mon point de vue. Mon argumentation se rapprochait de celles des mouvements des groupes sociaux qui s’opposaient au jeu de hasard et à cette localisation en particulier. Déjà, on remarquait que des milliers de joueurs invétérés avaient développé « la maladie du jeu ». Des gens admettaient avoir tout perdu. Des gens dont les proches, femme et enfants, étaient les vraies victimes et qui souffraient profondément. Des rapports d’experts médicaux furent révélés publiquement pour démontrer le ravage que faisait le jeu sur notre population pauvre. On a tous vu, le jour d’arrivée des chèques du bien-être social, les récipiendaires s’aligner pour acheter 20-$30-$40 de billets de loto et constater aussi l’affluence qui augmente au casino. Pour moi, c’était trop et on devait tout faire pour empêcher Loto-Québec d’accroître le problème.
Je suggérai au maire Tremblay « que la ville se donne un instrument valable pour planifier intelligemment le développement de ce secteur avec un bon plan urbain préparé par une équipe d’urbanistes de la ville à laquelle le maire pourrait greffer quelques sommités du domaine, Elle n'a pas le droit de risquer qu'il se gâte en acceptant des idées farfelues qui me semblent irréfléchies » Je soulignai que « le maire Drapeau n’a jamais accepté, durant des années, que la ville de Montréal ajoute du fluor dans l’eau domestique produite par ses usines de filtration. Et cela malgré les pressions qui venaient de tous côtés, même des scientifiques. Il voulait à tout prix protéger la santé de ses commettants. Voilà une raison, entres autres, pourquoi il a toujours été réélu et maire de Montréal durant 30 ans ». 
Finalement, le 10 mars 2006, Loto-Québec décida d’enterrer le mégaprojet peu après que le Cirque du soleil eut annoncé son retrait de l’aventure jugeant que le contexte d’incertitude de ce projet le rendait impossible.
Avec le temps, on a constaté les problèmes de Loto-Quebec avec ses casinos partout au Québec. L’affluence baisse, les revenus aussi. La société continue à dépenser des centaines de millions de $ pour vouloir relancer une nouvelle clientèle. De même, le Cirque du soleil voit ses spectacles souffrir et plusieurs à Vegas ont dû fermer leurs portes. La compagnie a annoncé une diminution importante de ses revenus. Laliberté l’a vendu et seul l’avenir nous dira quel sera le destin du Cirque du Soleil à Montréal.
Aujourd’hui, si le mégaprojet de divertissement de Canderel avait été réalisé, les Montréalais seraient probablement pris avec un gros éléphant blanc. Ouf !
Quant au maire Coderre, je n’accepte pas sa déclaration à l’effet que l’ « on en doit une » à Laliberté et qu’il considère lui céder une partie du grand parc public qu’est l’île Ste-Hélène pour que ce dernier y installe une nouvelle entreprise commerciale, même si elle est très originale. Oui, Montréal doit remercier ses concitoyens qui excellent et qui lui apportent des investissements, des emplois, de la reconnaissance et de l’honneur. C’est le cas de Guy Laliberté qui est un individu exceptionnel qui a fait générer des retombées énormes pour Montréal, et sa population.
Mais le bien public appartient à tous les Montréalais. On n’en donne pas une partie en cadeau. Tout le monde doit être traité sur le même pied. Le maire ne peut en disposer à sa guise même s’il a une majorité au conseil municipal. Montréal n’« en doit pas une » à personne, sauf une médaille.
Claude Dupras

mardi 7 avril 2015

Conditions pour le retour des Expos à Montréal : Un stade de baseball couvert et des poches profondes !

On parle beaucoup à Montréal du retour possible de notre club de baseball « Les Expos ».
Revenons à 1967, lorsque la Ville de Montréal fait les démarches en vue de l’obtention d’une franchise de la Ligue Majeure de Baseball. Elle trouve un preneur en Charles Bronfman. Montréal est choisie en 1968. 

Pour le loger, Montréal n’a, à ce moment-là, que le vieux stade Delorimier en décrépitude et celui de l’Autostade de l’Expo 67, qui n’a pas la configuration d’un stade de baseball. Il y a aussi un petit stade existant au parc Jarry. La ville le choisit, le modifie et l’agrandit pour accueillir notre nouveau club que le maire Jean Drapeau nomme « les Expos de Montréal». La joute d’ouverture a lieu 14 avril 1969.
Montréal est une ville de baseball. Elle a une équipe professionnelle depuis 1897, les Royaux de Montréal, sauf pour une interruption de 1917 à 1928. De 1939 à 1960, l’équipe est le club-école des Dodgers de Brooklyn de la ligue Nationale. De grands joueurs noirs dont Jackie Robinson, Don Newcombe, Roy Campanella, Roberto Clémente y jouent en attendant que les autorités des ligues majeures acceptent la venue de joueurs de couleur. Rejetés, ils se sentent bien à Montréal car il n’y a pas de ségrégation raciale. Les Montréalais sont gâtés d’avoir de si grands joueurs dans l’équipe de leur ville. Ils sont solidaires de leur cause, de leur bataille et en font la leur. Finalement, la barrière anti-noirs des ligues majeures est brisée par le propriétaire des Dodgers, Branch Rickey, qui les intègre dans le grand club. Les Montréalais sont heureux. Le problème de ségrégation les a marqués profondément et leur réaction positive a fait en sorte que le baseball est devenu pour eux plus qu’un jeu. C’est une mission réussie qui fera partie dorénavant de leur ADN, comme dit le maire Coderre.
En 1960, les Royaux quittent Montréal suite à une décision de la direction des Dodgers qui a déménagé son équipe à Los Angeles dans l’Ouest américain et qui veut que son club-école soit à proximité. Heureusement, en 1968, les Montréalais héritent d’un nouveau club de baseball professionnel grâce à une expansion de la Ligue Nationale. Deux nouveaux clubs sont ajoutés, Montréal et San Diego. Et là, tout devient fantasmagorique. Les Montréalais rêvent. Le stade Jarry accueille, souventes fois, 30 000 spectateurs. Certains jours, il y a de la neige, du temps froid et venteux, de la pluie. Rien n’arrête les amateurs dont certains qui se présentent en costume de motoneigiste. Mais l’assistance est directement liée aux victoires des Expos et au climat. En 1976, ils connaissent une année de misère et la moyenne de spectateurs fléchit à 7 084 spectateurs par match. 
Puis les JO de 1976 obligent Montréal à construire un stade olympique. Il est conçu aussi pour tenir compte des besoins de divers sports, dont le baseball. Il aura un toit ouvrant, à partir de 1989. En 1977, les Expos y élisent domicile et le match d’ouverture est joué devant 57 000 spectateurs. Avec les années, les Montréalais apprécient les grandes vedettes du club : Carter, Dawson, Rodgers, Raines, Cromartie… En 1983, les expos attirent 2,320,000 spectateurs pour une moyenne de 28 641 par match. Super !
Par contre, 1989 déçoit malgré tous les efforts de Bronfman pour gagner un championnat. Il est découragé et, en 1991, vend le club à un consortium de Montréalais sous la direction de Claude Brochu. Mais la malchance les attend. La toile du stade se déchire, une poutre du stade s’effondre et le club doit jouer ses 13 derniers matchs locaux à l’extérieur. L’équipe subit 91 défaites et l’assistance, pour la première fois, tombe sous le million de spectateurs (moins de 12 300 par match).
Heureusement, en 1993, avec un nouveau gérant, Felipe Alou, le club remporte 94 victoires et acquiert le lanceur vedette Pedro Martinez. Puis en 1994, grimpe en 1ère place avec une avance de 6 parties lorsqu’une grève, déclenchée le 12 août par l’Association des joueurs, vient mettre fin aux espoirs des Montréalais de voir leurs Expos accéder pour une première fois aux séries éliminatoires et fort probablement à la série mondiale. Le conflit prend fin le 31 mars 1995.
Brochu a des problèmes financiers et blâme le stade olympique pour ses déboires. Il se débarrasse des vedettes de 1994. Le club est dernier en 1995. Mais 1996 est meilleure et Brochu annonce son intention de construire un nouveau stade au centre-ville de Montréal. Le gouvernement québécois refuse d’y participer financièrement, avec raison. Pendant ce temps, une nouvelle vedette émerge, c’est Vladimir Guerrero qui fait rêver les partisans. Puis Brochu se voit forcer par les actionnaires de quitter la direction du club.
En 1999, l’assistance chute à 750 000 spectateurs pour une moyenne de 9 260 par match, malgré une saison extraordinaire de Guerrero. Puis, un américain Jeffrey Loria, devient le nouveau commandité et l’espoir revient. Mais rien ne fonctionne en 2000 : absence de contrats de télédiffusion et de radiodiffusion anglophone, assistance décevante, blessures aux joueurs-clé, dollar canadien à la baisse… Pourtant, Guerrero joue de façon extraordinaire.
En 2001, le grand coach Felipe Alou est remercié de ses services et l’assistance s’écroule à 642,748 spectateurs. En 2002, avec 39 circuits et 40 buts volés, Guerrero entraine son équipe qui remporte 83 victoires. Malheureusement, les Montréalais écœurés par Brochu ne répondent plus. En 2003, les Expos se voient forcer de jouer 22 parties locales à Puerto Rico pour renflouer leur caisse.
En 2004, la Ligue annonce le déménagement de la franchise des Expos à Washington. 31 395 amateurs sont au dernier match le 29 septembre.
Au total, durant 35 ans, les Expos n’ont jamais remporté le championnat. Près de 49 millions de spectateurs ont assisté à leurs matchs, soit une moyenne de 1,4 millions par année pour 17,283 par match.
Aujourd’hui, moins de 11 ans après leur départ, les Montréalais nostalgiques veulent leur retour. A lire l’histoire que je viens de raconter, est-ce réaliste ? 
Une chose est certaine. Les nouveaux propriétaires devront avoir des poches profondes. Les 87 années de l’histoire du baseball à Montréal nous enseignent qu’ils doivent avoir de telles poches, car les années grasses sont régulièrement suivies d’années maigres. Bronfman soutenait économiquement son équipe contre vents et marées. Le groupe de Brochu, avec ses multi-millionnaires francophones, se disait incapable. Ceux qui moussent l’idée d’un retour des Expos aujourd’hui, sont-ils du genre Bronfman ? Je l’espère. Sinon, nous nous retrouverons dans quelques années dans la même position qu’en 2004.
Ces événements surviennent alors que le nouveau commissaire du baseball, Rob Manfred, a déclaré, plus tôt cette semaine, que si Montréal voulait un jour accueillir une équipe du baseball majeur, il lui faudrait se doter d’un nouveau stade. Quelle condition farfelue ! C’est comme s’il ne sait pas que le stade Olympique existe. Le maire Coderre et d’autres disent comme lui. Ils semblent tous avoir été endoctrinés par Brochu. C’est une erreur.
Si une telle proposition se concrétise, j’espère que les gouvernements canadiens, québécois et la ville de Montréal ne contribueront pas directement ou indirectement à la construction d’un tel stade.
Un nouveau stade doit être couvert. Il coûtera cher et cela se répercutera sur les coûts des billets qui déjà aujourd’hui sont très chers. Donc, le père de famille qui voudra amener sa femme et ses enfants à une partie de baseball devra payer un coût total très élevé à Montréal. C’est un facteur important à considérer si on veut avoir du monde au Stade. En 1969, le prix était de $ 5. En 2004, il était de $ 40. Aujourd’hui à Toronto il est de $ 70. Que sera-t-il-en 2018 ?
Lorsque l’assistance diminua au parc Jarry on blâma le stade non couvert.  En 2004, on blâma la grandeur du stade olympique. Chaque enceinte a connu ses jours de gloire et ses jours de honte.  Ce n’est pas une question de stade, mais celle de présenter, en tout temps, toujours la meilleure équipe possible. Sans détour.
Le stade olympique est un endroit vivant. Il répond à tous les critères. On y est confortable. Des travaux ont été faits durant les années 90 pour rapprocher le marbre des spectateurs. Deux stations de métro le desservent, son parking à une capacité de milliers d’autos, sa situation au centre de l’île de Montréal le rend facilement accessible. Il a été bien pensé. Il est couvert. Il faut cesser de le vitupérer malicieusement pour justifier la construction d’un nouveau stade. Ça fera ! 
Le stade Olympique a coûté cher aux payeurs de taxes et continue à coûter cher. Il faut augmenter son taux d’occupation afin d’aider à son financement. 81 parties des Expos dans une année, c’est beaucoup de jours occupés. Ils doivent jouer dans le Stade olympique.
Claude Dupras  

  

 

 

jeudi 19 juin 2014

La révolte des fonctionnaires

Les grandes villes du Québec s’apprêtent à vivre des moments difficiles. Face à la situation financière critique qui les guette, Montréal, Québec et autres se voient obligées de mettre un frein à l’endettement, de couper dans les dépenses, dont particulièrement celles générées par les régimes de retraites. Ce ne sera pas facile pour les dirigeants politiques de persuader les fonctionnaires et leurs syndicats d’accepter des propositions qui modifieront les conditions de pension de leur retraite obtenues suite à des ententes durement négociées et signées. Les politiciens sauront-ils résister devant la tempête que leur promettent les syndicats visés par les nouvelles mesures ?

Un premier éclat a eu lieu, il y a deux jours, devant l’Hôtel de ville de Montréal. Frustrés, des milliers d’employés de la ville, pompiers, policiers, cols bleus et autres se sont réunis et ont protesté sauvagement pour marquer leur mécontentement. Ils ont allumé un gigantesque feu dans la rue. De plus, ils ont arrosé avec un équipement municipal le balcon devant l’hôtel de ville, celui d’où le général deGaulle a crié « Vive le Québec Libre ». Ces syndicats sont parmi les plus violents du Québec et savent qu’une telle stratégie leur a procuré souventes fois des gains appréciables. Ils persuadent ainsi les politiciens de lâcher prise en leur indiquant ce qui les attend s’ils ne cèdent pas.

Du temps du maire Jean Drapeau, qui a dirigé la ville durant plus de 30 ans, les chefs syndicaux réagissaient violemment. Entre autres actes condamnables, une bombe, placée sous le balcon de la résidence du maire, éclata alors que sa famille était dans la maison. Quelques années plus tard, c’est à coups de matraques et pilons que les syndiqués défoncèrent une porte d’entrée à l’hôtel de ville. Nonobstant ces gestes sauvages, le maire et son Parti Civique résistèrent afin que le bon sens financier règne. Ils ont su faire plier les syndicats pour finalement signer des ententes acceptables.

Lors de l’élection de 1986, alors que j’étais le chef et le candidat du parti civique à la mairie de Montréal, suite à Drapeau, les représentants syndicaux sont vite venus me voir, dès l’annonce de ma nomination, pour obtenir mon accord sur leur position dans les négociations en cours qui, encore une fois, étaient contestées par l’administration Drapeau-Lamarre. Ils me promettaient l’appui électoral de leurs syndicats si j’obtenais l’acceptation de leurs demandes. Ne voulant intervenir dans de telles circonstances, je leur demandai d’attendre après les élections pour poursuivre les négociations. Le lendemain, ils se retournèrent vers mon adversaire Jean Doré qui accepta leurs avances. Ce soir-là, lors d’une réunion publique des syndicats municipaux à l’aréna Paul-Sauvé, leurs chefs annoncèrent leur appui public pour Doré et des pancartes à son effigie étaient distribuées dans la foule. Ils travaillèrent intensément à sa campagne électorale. Ce dernier gagna l’élection et dès son arrivée au pouvoir signa l’entente avec les fonctionnaires, sans trop de questions.

Puis, durant 10 ans, les cotisations patronales aux fonds de retraites n’ont pas été payées puisque la ville revendiquait qu’il y avait d’importants surplus. La crise de 2008 a fait fondre le reste. On peut se demander si le maire Bourque et les actuaires ont fait des erreurs de calcul en ne prévoyant pas la stabilité des régimes ?

Il en fut de même avec l’administration Tremblay-Zampino, lors de la fusion des villes de l’île de Montréal en une grande ville. Les négociations avec les syndicats de fonctionnaires s’engagèrent au milieu de menaces d’arrêt de travail. Mais ce fut de courte durée et les conditions des travailleurs furent acceptées. Ce jour-là, je demeurai estomaqué qu’une entente si complexe, coûteuse et qui affectait les intérêts à long terme des citoyens soit acceptée si brusquement.

Aujourd’hui, les villes doivent maintenir ces régimes de retraite qui fixent à l'avance le montant de la rente de retraite payable dont les coûts sont assumés en partie par les employés à même une cotisation prélevée sur la paie et la ville qui assume l’autre partie.

Un changement est devenu nécessaire parce que les régimes présentent actuellement un déficit actuariel et que les villes doivent assumer seules la totalité de la « cotisation d’équilibre » en application des lois existantes. Les villes doivent donc verser dans la caisse de retraite des sommes additionnelles à celles prévues afin de rencontrer les obligations du régime. C’est très lourd pour les contribuables et ce le sera davantage avec l’augmentation de l’espérance de vie.

Afin d’assurer la viabilité de ces régimes, les villes proposent des modifications qui visent, à la fois, à diminuer les coûts du régime et à partager également les déficits entre la ville et les employés actifs. De façon générale, les nouvelles modalités auront pour conséquence de retarder de façon progressive l'âge du départ à la retraite, permettant à la ville de conserver plus longtemps à son emploi une main d'œuvre qualifiée et expérimentée. Ceux qui sont déjà retraités ne seront pas touchés par le remboursement des déficits passés.

Le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, vient de déposer le projet de loi sur les déficits des régimes de retraite des employés municipaux dont le total est de 3,9 milliards$. Le projet propose un partage des déficits passés à 50-50, entre employés présents et futurs et les municipalités. La négociation doit durer un an et en cas de litige un arbitre tranchera. Pour les syndicats, c’est une «déclaration de guerre» et ils crient au «hold-up» des caisses de leurs membres actifs et retraités. Ils accusent le gouvernement libéral de jouer le jeu des villes qui renient leurs signatures des ententes passées.

Il est vrai que c’est une situation injuste et choquante pour ceux et celles qui ont obtenu un travail de fonctionnaire et qui ont planifié leur vie en fonction des conditions que la ville leur a accordées. Ils ont obtenu un emploi garanti à vie, des conditions avantageuses et une bonne pension. Ces avantages les ont motivé à ne pas changer d’emploi et assurait à la ville une stabilité et du personnel expérimenté. Au début, les salaires étaient inférieurs au domaine privé, mais avec le temps la parité s’est installée. Ils croient que la parole donnée est sacrée. Ils se sentent maintenant trahis. Ils posent ici la question : « Aimeriez-vous que votre patron change rétroactivement à la baisse vos conditions de retraite après que vous y ayez contribué toute votre vie ? ».

De l’autre côté, il est vrai que les contribuables croient que les fonctionnaires sont des privilégiés avec de bonnes conditions de travail et qu’ils envient les conditions de leurs pensions de retraite. Pour eux, il est injuste qu’ils doivent payer seuls la facture des déficits de leurs régimes de retraite.

Que faire ? Dans un premier temps, il faut bien expliquer aux citoyens et aux fonctionnaires tous les aspects du problème.

Il faut mettre fin aux méthodes de contestations extrêmes, comme la récente à Montréal. C’est inacceptable et le maire de Montréal a raison de vouloir punir sévèrement les chefs syndicaux responsables de cette malencontreuse manifestation illégale. J’espère qu’il réussira et que ces derniers comprendront que la seule vraie solution est de se rendre avec la ville à la table de négociations pour trouver des compromis. Il y va de l’intérêt de tous.

Si les syndicats refusent de négocier honnêtement, que le gouvernement du Québec légifère pour régler cette situation suite à la décision de l’arbitre. Si les villes ne négocient pas honnêtement, ce sera à nous citoyens de faire pression sur nos élus pour qu’ils tiennent compte de l’évolution inattendue de ce dossier.

Dans ce conflit, il y a deux côtés à la médaille et les deux sont défendables… dans le calme et la paix !

Claude Dupras

lundi 30 décembre 2013

...de 2013 à 2014

L’année 2013 se termine et c’est le temps où les médias nous rappellent les évènements qui ont absorbé nos esprits durant cette période.

J’ai revu les blogues que j’ai écrit durant cette année et j’été surpris de la variété des sujets touchés : les Amérindiens, Lance Armstrong, les oléoducs et le sable bitumineux, la mairie de Montréal, la commission Charbonneau, le Québec et le Canada, un nouveau pape, Hugo Chavez et sa succession, le parti libéral du Canada, la Chine et l’Afrique, la constitution canadienne, les géants d’affaires, le génie conseil, le président français, la tragédie du Lac Mégantic, Stephen Harper, la charte des valeurs québécoises, le pont Champlain, et autres.

Voilà, à la suite, mes commentaires de fin d’année sur ces sujets.

Le monde et particulièrement l’Europe se soulèvent depuis toujours contre le Canada pour les supposés mauvais traitements que le Canada fait subir aux Amérindiens. La grève de la faim de la chef de bande Theresa Spence a fait beaucoup de bruit et a attisé ces sentiments négatifs, de façon injuste. Le Canada fait déjà beaucoup. Le PM canadien Stephen Harper qui a toujours montré beaucoup de sympathie pour les peuples autochtones, a rejeté pour des raisons de budget, dit-il, l’important Accord de Kelowna voté par le gouvernement de son prédécesseur visant à aider davantage les populations des Premières Nations. Il doit se raviser.

Le mensonge ne paie pas. Lance Armstrong l’a finalement compris. Incroyable champion cycliste, unique athlète, vénéré par les foules, il a déboulé en quelques jours et on lui a enlevé tous ses trophées, ses records et ses mérites. Il a été humilié pour avoir menti pendant des décennies. Ce fut une leçon magistrale pour tous les jeunes du monde entier.

Pour vendre son pétrole, le Canada a exprimé le désir de construire des oléoducs afin d’augmenter la capacité de livraison de la production venant des sables bitumineux afin de pouvoir en diminuer le prix de revient. S’il réussit, ce sera économiquement bon pour tous les Canadiens. De nouveaux oléoducs vers l’ouest, le sud, l’est et de là au monde ont été proposés : le XL qui traversera les USA du nord au sud est retardé par le président Obama mais les probabilités sont qu’il sera approuvé avec conditions en 2014; l’Enbridge Northern Gateway (transmontages-rocheuses), vient d’être approuvé en fin d’année par le “Joint Review Panel” qui affirme que sa construction est dans l’intérêt des Canadiens si 209 conditions sont respectées, ce que le gouvernement accepte; l’Énergie-est qui s’étendra sur 4 000 km en direction du Nouveau Brunswick semble prêt à recevoir les approbations des gouvernement provinciaux, incluant le Québec; de même pour le Montreal-Sarnia qui sera inversé pour alimenter les raffineries de l’est de Montréal. Le Canada pourra ainsi produire 6 000 000 b/jour de pétrole, en 2030, qui rapporteront $200 billions aux Canadiens.

Les Montréalaises et les Montréalais ont été bousculés par le dévoilement du niveau de corruption installé dans l’administration municipale. Le maire Gérald Tremblay a quitté son poste et le maire Applebaum a dû démissionner. Le parti Union-Montréal s’est évaporé. Après une chaude lutte à la mairie entre quatre bons candidats, Denis Coderre a été élu en début novembre. Il connait bien la politique et sait se réclamer du peuple, de ses aspirations profondes et de sa défense contre les divers torts qui lui ont été faits. Il est ce dont Montréal a besoin à ce moment de son histoire : un nouveau Camilien Houde qui sait écouter, se faire entendre, agir et se faire aimer.

Le commissaire de l'Unité Permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière a été critiqué pour n’avoir pas été favorable à la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construction. Les partis d’opposition l’ont critiqué sévèrement. Je lui donnais alors raison. Depuis, la Commission Charbonneau dévoile des scandales spectaculaires, mais le gros du travail de recherches, d’écoutes électroniques et d’enquêtes a été fait par l’UPAC qui fait des arrestations. L’analyse du dossier de la ville de Laval l’a bien démontré. Le coût total de la Commission a été établi à 45 millions $ mais elle a le mérite d’être un bon « show » télévisé pour sensibiliser rapidement les Québécois à la corruption qui s’est installée. Nous comprenons maintenant le niveau de pénétration de la mafia dans les affaires municipales et le système de contributions illégales des professionnels et des entreprises aux hommes et partis politiques.

Les relations Québec-Canada ne se sont pas améliorées depuis l’élection du gouvernement du Parti Québécois. Selon ses élus, c’est toujours la faute d’Ottawa qui n’écoute pas, ne le favorise pas et œuvre volontairement contre le Québec. Le but est simple : discréditer le Canada pour favoriser la séparation du Québec. Sur plusieurs dossiers, tel le contrôle des armes, je leur donne raison mais on ne rejette pas un pays tel que le Canada sur la base de tels exemples. C’est le PM Harper et son gouvernement de droite qu’il faut blâmer, pas le système, pas l’institution.

Dès son premier « bonsoir » à la galerie centrale de St-Pierre-de-Rome, j’ai été touché par le pape François. Depuis, il n’a cessé de surprendre et d’impressionner par sa simplicité et ses sentiments réels de charité, au point que les sondages de fin d’année, dans le monde, démontrent qu’il est le pape le plus populaire de tous les temps, dépassant même le bien-aimé Jean Paul II. Quelle sagesse les cardinaux ont montrée le jour où ils l’ont élu ! J’en étais surpris, j’en suis émerveillé. Ce bon pape va changer beaucoup de choses même si nous vivons dans un monde de plus en plus matérialiste.

À sa mort, Hugo Chavez a été applaudi par les Vénézuéliens. Ils le considéraient l’« homme des pauvres » et il les charmait. La pauvreté située à 49% à son arrivée, était de 29% à son décès. Il se servit de son pétrole pour monter un front anti-influence-américaine et organiser des marchés de biens et de services inter-états du sud. Plusieurs partis de gauche furent élus dans ces pays à cause de ses actions. Son disciple et successeur, Nicola Maduro, n’a ni l’autorité ni le talent de Chavez pour diriger le pays et plusieurs observateurs entrevoient, après neuf mois de pouvoir, sa descente aux enfers. Il vient de leur répondre en remportant la majorité des élections municipales mais a perdu les grandes villes telle Caracas. Cette victoire qui vient des derniers soubresauts du Chavezisme ne règle pas les problèmes grandissants du pays qui n’a ni infrastructure de classe mondiale ni un bon système d’aide sociale pour permettre au peuple de sortir de l’abime où il se trouve. Comment croire au futur de Maduro, alors que l’opposition continue à gagner du terrain.

Le parti libéral du Canada a des problèmes depuis l’élection des conservateurs. Il comptait beaucoup sur son congrès de leadership pour se donner un nouveau chef capable de le relancer dans l’opinion publique. Justin Trudeau, fils d’un des plus importants PM que le Canada ait connus, Pierre-Elliot Trudeau, a gagné la course et depuis avril 2013 est le chef du parti. À ce jour, sa cote de popularité est forte et le parti libéral est revenu dans la course pour diriger le pays. Justin est jeune, a du charisme et est Québécois, ce qui est important électoralement car pour gagner l’élection de 2015, le parti libéral doit gagner partout au pays mais c’est le Québec qui peut lui donner le pouvoir national. Justin maintiendra-t-il son image gagnante ? Si oui, son parti revivifié ne viendra-t-il pas simplement diviser les votes opposés au PM Harper, permettant à celui-ci de se faufiler à nouveau au pouvoir ?

L’année qui se termine a confirmé la décélération de la croissance de la Chine après 30 ans à deux chiffres. Elle se contentera en 2014 de 7 à 7,5%, selon les plus pessimistes. Après avoir utilisé près de la moitié des matières premières de la planète, voilà qu’elle semble vouloir digérer et ralentir. Cette situation touchera ses fournisseurs asiatiques et autres mais heureusement pour ces derniers la reprise américaine viendra combler le trou chinois et leur permettra de se rééquilibrer par rapport au grand dragon. Par contre, la Chine après avoir accentué en 2013 sa puissance dans le monde, particulièrement en Afrique et à l’ONU, a mis en place une stratégie visionnaire et politique qui en fera une force de plus en plus redoutable. Dorénavant, pour assurer une croissance durable, elle vise à satisfaire les besoins de consommation de sa population, assainir son système bancaire et se désendetter car elle a trop vécu à crédit. L’euphorie chinoise passera à un autre stage plus pratique, certains disent plus puissant.

Deux géants d’affaires ont fait parler d’eux en 2013. Paul Desmarais et Pierre-Karl Péladeau. Le décès de Paul Desmarais nous a rappelé la grandeur de ce franco-ontarien devenu québécois. Il a été unique en son genre. Parti de rien, il est devenu un des hommes les plus riches et les plus influents du pays. Ah, si seulement le Québec avait un centaine de gars comme lui ! De con côté, Pierre-Karl Péladeau qui avait pris la succession de son père, a réorienté la stratégie de son empire et a transformé, entre autres, Videotron en une des meilleures compagnies de télécommunications au Canada. Elle compte plus de clients satisfaits que toutes les autres. Il a laissé la direction de son entreprise à un subalterne pour devenir président du CA d’Hydro-Québec. On n’a pas fini d’entendre parler de lui.

Au début de 2013, les ingénieurs avaient une très bonne réputation. À la fin de l’année, ce bon sentiment s’est évaporé au point que plusieurs jeunes hésitent maintenant à entrer à Polytechnique pour faire une carrière dans le génie. C’est malheureux, car notre pays a un grand besoin d’ingénieurs. Ça, pour une bande d’ingénieurs véreux, fonctionnaires et à leur compte, qui ont créé et participé à des systèmes mafieux et de corruption. Depuis, le nettoyage des grandes firmes de génie-conseil se fait et il est à espérer qu’elles retomberont sur leurs pieds le plus vite possible, durant la prochaine année, après avoir éliminé la crasse qui les a entachés.

Le président français, François Hollande, a de gros problèmes de popularité. Il les mérite. Après son élection en 2012, il a implanté plusieurs lois tout en imposant, pour réduire le déficit et la dette, des taxes de toutes sortes, dans tous les domaines et qui se sont additionnées à toutes les taxes existantes. Le résultat : les Français sont parmi les plus taxés du monde. Il a fait le contraire de ce qui s’est fait aux USA, au Canada et au Québec, où l’économie a repris du poil de la bête. Au lieu de taxer, Hollande n’a pas eu le courage de couper dans les dépenses afin de laisser le plus d’argent possible dans les poches des Français. Aujourd’hui, ces derniers sont appauvris, se sentent pris au piège et dénoncent leur président. Si les choses ne changent pas rapidement dans les prochains mois, Hollande ne sera que le président d’un mandat manqué.

L’impensable tragédie du Lac Mégantic a révélé le manque de contrôle du gouvernement fédéral sur les transports ferroviaires au Canada. Nous avons été témoins de la force de caractère de ces Québécois touchés par ce sinistre et de la solidarité des Québécois et des Canadiens face à cette population sinistrée et blessée. Le Canada a changé plusieurs lois depuis et devra continuer à le faire afin d’assurer à tous les villages et les villes du pays, traversés par des convois de trains, qu'ils seront le plus protégés possible.

Le PM Harper a agi pour protéger l’économie du pays mais il a aussi continué à « droitiser » le pays au point que cela devient intolérable. Le Canada que nous connaissons ne se ressemblera plus si ce chef politique continue dans le sens où il va. Il est à espérer que les partis d’oppositions le surveillent et le dénoncent au moment opportun afin que la pression publique le fasse reculer.

Enfin, il y a le projet de la charte des valeurs québécoises proposé par le gouvernement du PQ. Jamais, une loi n’a divisé autant les Québécois. Certains péquistes proposent que le ministre Drainville, le responsable de la loi, soit nommé l’homme politique de l’année. Comment un ministre qui propose une loi inutile, qui parle de laïcité et d’égalité des sexes alors qu’elles existent déjà, qui propose le non-respect des droits de la personne et de la religion, peut-il être considéré comme un bon homme politique. Il est à espérer que le prochain comité parlementaire, qui recevra les doléances et les mémoires des Québécois, soit bien organisé et que les opinions de chaque intervenant soient bien pesées et tenues en compte par les membres du comité et éventuellement par le cabinet des ministres.

L’année s’est terminée par le désordre public découlant des problèmes structurels du Pont Champlain enjambant le fleuve St-Laurent et la voie Maritime. Enfin, le gouvernement canadien, qui a réalisé il y a plus de trois ans qu’un nouveau Pont Champlain devait être construit, a proposé en fin d’année sa construction pour 2018. J’espère que le gouvernement analysera la possibilité de ne pas démolir le pont actuel mais de le réparer afin de distribuer tout le trafic sur les deux ponts : les automobilistes sur le nouveau, le transport public et le camionnage sur l’existant. Ainsi Montréal et la Rive-Sud seront bien servis pour longtemps.

De tous ces évènements, quel est l’évènement ou la personne de l’année? Le magazine TIME de New York a fixé son choix sur le pape François. C’est une bonne analyse et je suis entièrement en accord.

Bonne année 2014.

Claude Dupras

dimanche 10 novembre 2013

De vrais partis politiques municipaux au Québec

Le gouvernement de Pauline Marois veut changer le mode de financement des campagnes électorales municipales au Québec. Il y voit là un moyen pour réduire la corruption et réformer les mœurs électorales.

À cette fin, le ministre des Affaires Municipales vient de déposer en chambre un projet transitoire pour corriger, à court terme, cette situation. Un projet de loi permanent viendra plus tard après des consultations sur tous les aspects de cette question. Il propose, dans un premier temps, de diminuer les contributions maximale, d’un électeur aux partis municipaux, de 300 $ à 100 $ durant les années non-électorales et à 200 $ lors de l’année de l’élection. Et, pour compenser la diminution de revenus des partis, il déterminera un financement public à leur être verser, qui devra être payé par les villes, sur une base annuelle.

Si on se rapporte à la dernière élection municipale, il n’y avait qu’un parti municipal sur les rangs, celui de Projet Montréal. Le parti Vision Montréal, endetté jusqu’au cou, a fait une alliance avec l’homme d’affaires Marcel Côté et ils ont créé une équipe du nom de Coalition Montréal. L’équipe de Denis Coderre n’était pas un parti mais un regroupement d’individus dont d’ex-conseillers d’Union-Montréal. Celle de Mélanie Joly était incomplète et composée de nouveaux candidats et candidates.

Le gouvernement devra définir clairement ce qu’est un vrai parti politique. À mon avis, un parti devra avoir une constitution, des membres avec cartes, un conseil d’administration élu par les membres, un président, une commission politique, un bureau de recherches, et autres comités. Il devra tenir des réunions sur une base régulière, une assemblée générale annuelle des membres pour choisir démocratiquement les dirigeants et voter sur les politiques proposées, etc… en somme tout ce que requiert une vraie structure démocratique d’un parti sérieux afin de mériter d’être financé par la ville. Il ne s’agit pas, de toute évidence, d’un parti comme celui du maire déchu de Laval, le PRO des Lavallois.

Qu’arrivera-t-il des autres candidats qui veulent se présenter en équipe ou comme indépendants. Entre les élections, ils ne pourront recevoir de contributions de la ville. Cela les motivera peut-être à joindre un des partis municipaux ou à en créer un nouveau. Une bonne chose. Par contre, chaque conseiller indépendant devrait avoir accès au budget de recherches et tous les conseillers devraient avoir droit à un budget de soutien (informatique…).

« Projet Montréal » est le seul vrai parti politique démocratique de la métropole. Son fondateur et chef, Richard Bergeron quittera son poste suite à une troisième défaite à la mairie. Cette nouvelle m’attriste car je la trouve injuste. Voilà un urbaniste qui aime Montréal et qui a bâti un parti politique sérieux avec une constitution, des membres-militants, un programme politique défini par ses membres et qui prend de plus en plus racine dans le territoire de la ville. Il a doublé le nombre de ses élus et est devenu le parti de l’opposition au conseil de ville. Il a les idées, les membres mais n’a pas pu éviter les images et les illusions créées par ses adversaires qui offraient, en réalité, beaucoup moins que lui.

Je ne partage pas l’argument du maire Coderre qui affirme que la présence de partis politiques dans la vie municipale de Montréal n’est pas justifiée puisque la ville n’est pas un corps législatif mais simplement une administration. Le gouvernement municipal sert tous les gens de la ville. Il se doit d’être près d’eux et comprendre leurs préoccupations. Il est important que leurs doléances, leurs avis et leurs suggestions soient entendus. Et cela, non seulement en période électorale, mais à l’année longue. Un administrateur doit bien connaître les problèmes et les opinions de ses administrés !

La dernière élection a démontré que les Montréalais ne se sentent pas impliqués dans les affaires de leur ville puisque seulement 40% des électeurs éligibles se sont présentés aux bureaux du scrutin. Et cela malgré un battage médiatique sans pareil qui a fait en sorte que les candidats ont eu une présence presque constante sur les ondes de nos appareils électroniques et dans les médias sociaux. Il est temps que ça change !

Seuls des partis politiques bien organisés, constamment présents dans la vie municipale, peuvent motiver les citoyens à se joindre à eux comme membres ou à participer à leurs séances publiques visant à informer et écouter les citoyens qui y sont invités. Si Projet Montréal l’a fait, d’autres peuvent le faire.

Voilà, pourquoi j’aime l’idée du ministre des Affaires Municipales de vouloir financer les partis politiques municipaux. L’« Union des Municipalités du Québec » s’y oppose et cela se comprend car la très grande majorité de ses dirigeants ne sont pas membres de vrais partis politiques municipaux. Ils craignent que la nouvelle loi favorise la création de partis à cause du financement disponible. Si c’est cela, tant mieux, car ce qui compte c’est la présence de ces partis politiques municipaux dans chacune des municipalités du Québec. Ils deviendront des outils de la démocratie municipale et le résultat sera une participation plus grande des Québécois dans les affaires de leurs villes ou villages.

À Montréal, cela se traduira par une sensibilité accrue des Montréalais et Montréalaises envers les besoins de leurs concitoyens et l’administration de leur ville. Ce ne sera pas un luxe !

Claude Dupras

samedi 2 novembre 2013

Non à Union-Montréal: une bouffée d'air frais !

La campagne électorale pour l’élection municipale de Montréal du 3 novembre arrive à sa fin. Nous avons eu droit à une longue compétition chaudement disputée par quatre bons candidats. Denis Coderre, Mélanie Joly, Richard Bergeron et Marcel Côté ont fait du bon travail et méritent reconnaissance. Dans l’atmosphère malsaine de corruption qui a enveloppé l’administration montréalaise durant les derniers mandats, il faut reconnaître que ce ne fut pas facile pour eux.

Maintenant, c’est à chaque électeur montréalais de réfléchir à tout ce qu’il a entendu, de peser et soupeser chaque argument, chaque situation et d’évaluer chacun des candidats face à la tâche de maire de Montréal. En ce moment particulier de la vie de Montréal, tous les votes revêtent un caractère d’importance capitale. J’espère qu’un pourcentage-record de Montréalaises et Montréalais iront aux bureaux du scrutin pour bien exprimer leur opinion. Allez, tout le monde aux urnes… Montréal crie au secours !

Ils doivent aussi voter pour les conseillers municipaux. Normalement, en politique municipale, une majorité d’électeurs choisit les conseillers membres de l’équipe de leur candidat préféré à la mairie. Rarement, un conseiller est élu grâce à ses propres mérites mais, presque toujours, à cause de la popularité du chef de son équipe. C’était comme cela du temps des maires Drapeau, Bourque et Tremblay, mais dimanche prochain, il devient primordial que ce soit différent.

La Commission Charbonneau nous a démontré que le parti Union-Montréal a implanté à Montréal un régime de corruption sans pareil, de la tête jusqu’aux petits fonctionnaires. Il a ramassé pour sa caisse électorale des sommes faramineuses de façon illégale. Il a fait grimper honteusement les coûts aux contribuables. Le maire a dû démissionner suite aux incroyables révélations du patronage éhonté, de tricheries, de vol…, et j’en passe, exercés par les principaux dirigeants de son parti qui font face aujourd’hui aux tribunaux de justice.

À mon avis, on ne peut voter pour les conseillers sortant-de-charge issus du parti Union-Montréal passé. Plus d’une vingtaine font partie de l’équipe Denis Coderre et huit autres de celle de Marcel Côté. Ils doivent être tous rejetés. Ils se disent « blanc comme neige » et « accusés par association ». Mais ils veulent nous faire oublier que l’argent sale de leur ancien parti a été utilisé lors d’élections passées pour les faire élire et réélire. Les 23 mai 2013, j’écrivais dans mon blog « que plusieurs conseillers municipaux sortant-de-charge s’allient avec le favori des sondages. Non pas pour des raisons politiques importantes mais simplement pour protéger leur avenir personnel, leur revenu et leur pension future ».

Ces ex-conseillers d’Union-Montréal ont fait leur temps. Qu’ils décampent avec leurs sous pour laisser la place à de nouveaux venus capables de bien diriger Montréal ! Notre belle ville a besoin d’une vraie grande bouffée d’air frais !

Claude Dupras

Ps. Ce blog n’est pas un plaidoyer anti-Denis Coderre ni anti-Marcel Côté. Ni un plaidoyer en faveur de l’un de leurs adversaires. Je ne leur en tiens pas rigueur d’avoir accepté l’appui des ex-conseillers d’Union-Montréal. Ce sont deux individus que je connais et j’ai la conviction que si un ou l’autre est élu qu’il deviendra un très bon maire pour Montréal.

mardi 9 juillet 2013

Election de Montréal: le bon choix

Les dés sont jetés. Le milieu des affaires a obtenu son candidat à la mairie de Montréal en la personne de l’économiste Marcel Côté. Il confrontera Richard Bergeron, Denis Coderre et Mélanie Joly. A mon avis, chacun de ces candidats a le potentiel d’être un bon maire.

L’entrée de Marcel Côté, entouré de joueurs importants de la métropole, a été bien préparée. On ressent qu’il connait bien la ville et qu’il a pour elle de grandes ambitions. Son site web, très bien fait, deviendra le point de repère pour ceux et celles qui voudront savoir ce qu’il pense et fera, s’il est élu. Cependant, j’ai été surpris par son idée de former une coalition avec Vision Montréal et des partis d’arrondissements qui n’existent pas encore et qu’il veut créer. Les problèmes de la dernière administration ont été la conséquence d’une telle coalition. Qu’il s’agisse de « Coalition Montréal » ou « Union Montréal », c’est du pareil au même, au départ. Même conclusion ?

L’alliance avec Louise Harel, chef de Vision Montréal et séparatiste de premier rang est surprenante car Côté est un fédéraliste convaincu. « Ensemble », dit-elle (oui, c’est elle qui parle), « nous créerons une coalition qui permettra à tous les Montréalais, anglophones ou francophones, résidents de l’est ou l’ouest de la ville et quelque soit leur position sur la question nationale », de se sentir à l’aise pour appuyer Marcel Côté à la mairie et pour voter pour les candidats, maires et conseillers, de Vision Montréal et ceux des futurs partis d’arrondissements prêts à appuyer Côté, là où Vision Montréal ne présentera pas de candidat. Il est clair que cet amalgame bizarre permettra à Harel, si Côté est élu, de jouer un rôle capital dans l’administration de la ville.

Opportuniste, Harel, en désespoir de cause, s’est jetée dans les bras de Côté. Trois maires d’arrondissements, élus sous sa bannière, l’avaient quittée pour joindre Denis Coderre, la dette de son parti dépasse les 500 000$ et les sondages montraient son impopularité. Son avenir n’était pas rose. Pour s’en tirer, elle se camoufle avec le mot « coalition », alors qu’il devrait être « arrangement ». J’ai été surpris que Côté accepte. En fait, c’est potentiellement un futur « nid à chicanes » car rien ne garantit que dans les moments de grande décision, Harel sera là pour l’appuyer. J’espère, pour lui, qu’il puisse faire élire une majorité de conseillers au conseil municipal, hors-Vision-Montréal.

Un vrai parti politique est un ensemble de personnes ayant des opinions, des aspirations, des affinités communes et associées en vue d'une action politique.

Dans les années ’40 et ’50, Montréal a vécu des coalitions et ce ne furent pas ses périodes les plus roses. Ce qui se passait au conseil municipal était honteux. La venue du parti de l’Action Civique de Pierre Desmarais, devenu le Parti Civique de Jean Drapeau a permis d’éliminer la pagaille et la corruption. Montréal a alors été relancée grâce à l’unité de pensée et d’action des conseillers de ces partis. Forte d’une saine majorité au conseil municipal, Montréal a pu réaliser l’expo67, les JO de 1976, la construction du métro, etc…Ces conseillers savaient qu’en travaillant ensemble, la ville et les Montréalais seraient bien servis.

Au Parti Civique, le membership était limité à un seul membre par district électoral (58) plus le maire. Le parti a duré plus de 30 ans. A chaque élection, des légions de supporteurs motivés par ses actions se levaient pour l’aider à gagner. J’étais l’un d’eux.

Le RCM de 1986 comptait 25 000 membres grâce à l’union de différents groupes de citoyens qui réclamaient des changements à la vie urbaine de leur milieu. C’était un vrai parti démocratique. Il a été fortement élu. Une fois au pouvoir, ses dirigeants qui n’avaient pas une pensée commune ont oublié les points principaux de son programme politique au point qu’à l’élection de 1990, le parti n’avait qu’un peu plus de 4 000 membres, pour se retrouver en 1994 avec une poignée d’individus. Pour survivre, il s’est rallié au nouveau parti Vision Montréal de Pierre Bourque, qui devint maire. Depuis il a disparu.

Élu en 2001, le parti Union Montréal du maire Tremblay a fait, avec sa majorité, de grandes choses pour la métropole, mais malheureusement il a faussé le système en exerçant un patronage honteux et malhonnête visant à garnir sa caisse électorale. En 2013, après 12 ans de pouvoir, le parti a été dissout.

Aujourd’hui, un seul vrai parti démocratique montréalais demeure sur les rangs. C’est Projet Montréal, créé en 2004 par son chef Richard Bergeron, architecte et urbaniste. Ce dernier est à nouveau candidat à la mairie. Son malheur actuel est qu’il souffre d’un problème d’image. Plusieurs de ses prises de position des dernières années ont donné l’impression qu’il est irréaliste. Ses commentaires trop souvent bizarres ont arrêté l’ascension de sa popularité et depuis, son parti stagne dans l’opinion publique. J’espère, pour lui, qu’il saura dissiper ces soupçons.

Quant à Denis Coderre, ex-ministre fédéral et ex-député durant 16 ans, il propose une équipe portant son nom, sans structure démocratique, et bâti avec 50% d’ex-élus-transfuges. Il blâme la formule de parti pour la collusion et la corruption et affirme, avec raison, que Montréal a besoin pour progresser de l’unité de ses élus. La question qui se pose : « peut-on réaliser une telle majorité avec des vire-capots ».

Enfin, il y a l’avocate Mélanie Joly. Bien éduquée à Montréal et à Oxford, elle est une jeune femme brillante, impressionnante et nous entendrons beaucoup parler d’elle dans l’avenir et qui sait si un jour elle n’atteindra pas son ambition d’être maire de Montréal.

À ce moment crucial, Montréal a besoin d’un vrai chef politique pour diriger notre ville, appuyé par une équipe solide, unie, déterminée et… majoritaire. Les Montréalaises et les Montréalais se doivent, durant la campagne électorale qui s’amorce, de porter toute leur attention aux faits et gestes de chacun des candidats à la mairie et aux postes de conseiller, d’apprendre à les connaître, d’apprécier leurs idées, de déterminer leur sens civique et leur esprit d’équipe.

Avec internet, toutes les informations sur chacun des candidats sont maintenant à la portée de tous. Il n’y aura donc plus d’excuses pour ne pas déposer un vote sérieusement réfléchi. Finie la partisannerie aveugle… Un choix judicieux de nos prochains dirigeants devient d’importance capitale pour l’avenir de Montréal.

Claude Dupras

mardi 11 juin 2013

Le milieu des affaires et la politique

On dit que la politique et les affaires ne vont pas ensemble, que diriger une ville n’est pas comme diriger une grande entreprise. Il y a du vrai dans ces affirmations. Pourtant le milliardaire Michael Bloomberg a été élu et réélu maire de New York et, selon l’avis de tous les observateurs, il fait une job du tonnerre.

À Montréal, le monde des affaires recherche un candidat à la mairie pour l’élection de novembre prochain. Il lève le nez sur les candidats actuels, particulièrement sur Denis Coderre, trop populiste à son goût. Comme si se réclamer du peuple, de ses aspirations profondes et de sa défense contre les torts qu’il subit est inacceptable. Peut-être pour certains individus du monde des affaires qui ne comprennent rien aux préoccupations de tous les Montréalais, mais pas pour un gars qui a toujours démontré sa sensibilité envers ses concitoyens comme l'était jadis l’ex-« p’tit gars de Ste-Marie », le célèbre maire Camilien Houde.

Certains, plus politiques, veulent un maire à tendance séparatiste alors que d’autres le veulent fédéraliste. Ils oublient que diriger et administrer la ville de Montréal n’a rien à voir avec les aspirations nationales des Québécoises et Québécois. Dans le passé, certains ont accusé Jean Drapeau d’être un nationaliste farouche et pour d’autres, il était un fédéraliste convaincu. En aucun moment, durant les 30 ans qu’il a été maire, pouvons-nous lui reprocher d’avoir poser un geste favorisant un côté au détriment l’autre. Il était un homme cultivé, visionnaire, dynamique, persuasif, travailleur et un super ambassadeur pour Montréal. L’Expo67, les JO de 1976, le métro et la ville souterraine ne sont que quelques-unes de ses réalisations qui ont fait de Montréal une ville moderne. C’est le type de maire dont a besoin aujourd’hui.

En fait, les arguments pour ou contre un candidat du milieu des affaires ou d’un populiste ou d’un fédéraliste ou d’un séparatiste ne tiennent pas.

Montréal traverse une période difficile, particulièrement en rapport avec une observation rigoureuse de la justice et de la morale dans les faits et gestes de son administration. La commission Charbonneau qui enquête sur la construction a démasqué une série de combinaisons malhonnêtes entre hauts fonctionnaires, ingénieurs municipaux, entrepreneurs de construction, ingénieurs-conseils et personnages politiques. Manque d’éthique professionnelle, magouille, tricherie, vol, crime organisé…. tout y a passé. Une vraie honte.

Le prochain maire doit donc être solide, fort, irréprochable tout en étant un très bon administrateur afin que Montréal puisse corriger son tir et assurer que son développement futur soit bien fait. Face à une telle situation, il ne pourra, de toute évidence, être seul. La qualité des membres de son équipe devient donc de prime importance, plus qu’à la normale. Ce sont tous ces individus qu’il nous faudra regarder, analyser, peser, sous-peser et apprécier. Le candidat à la mairie fera-t-il (elle) un bon maire pour le Montréal d’aujourd’hui et de demain ? A-t-il (elle) avec lui (elle) l’équipe capable de l’aider à sortir Montréal du bourbier dans lequel il est enlisé ? Peuvent-ils ensemble propulser Montréal vers l’avenir qui doit être le sien, soit celle d’une grande métropole bien administrée qui progresse et où il fait bon vivre ?

À ce jour, Louise Harel, Richard Bergeron, Denis Coderre sont sur les rangs pour la mairie. D’autres noms circulent et viennent particulièrement du milieu des affaires, tels Mélanie Roy et Marcel Coté. Mélanie Roy est inconnue des Montréalaises et Montréalais. Quant à Marcel Coté, il est peu connu de la population malgré qu’il, depuis plus de 40 ans, dirige avec succès SECOR, son cabinet indépendant de services-conseils en gestion stratégique du Canada. Ses conseils ont toujours été fort appréciés par des personnages politiques de toutes allégeances. Sa réputation professionnelle est solide.

A mon avis, Côté pourrait faire un bon maire. Mais peut-il être élu ? Voilà la question. La politique étant un commerce d’images et d’illusions, saura-t-il comment s’y prendre en période électorale pour atteindre le cœur des électeurs montréalais. Une politique ABC (Anyone But Coderre), comme se plait à répéter le milieu des affaires, ne sera pas suffisante. Sur ce point, j’ai l’impression que Denis Coderre a une bonne marge d’avance.

Il y a aussi la question nationale. Une bonne partie de la population de l’est de Montréal est à tendance séparatiste et ce vote est crucial pour assurer l’élection. Les fortes positions fédéralistes exprimées par Côté dans le passé ne peuvent plaire à ces électeurs, nonobstant toutes ses qualités. Pour réussir, il devra trouver un appui fort et sérieux dans ce milieu sous la forme d’un candidat important et acceptable à qui il aura assuré un haut poste dans son administration. La rumeur veut que Louise Harel, ex-ministre péquiste et chef de Vision Montréal, pourrait jouer ce rôle. En date d’aujourd’hui, elle nie vouloir se plier à une telle combine. Si ce n’est pas elle, ce devra être une autre personne. C’est possible, mais pas facile.

Quant au fait que Coderre soit un ancien député fédéraliste, il s’en tire relativement bien auprès des péquistes puisque ses qualités de populiste atténuent beaucoup les sentiments anti-fédéralistes contre lui. Mais pour lui aussi la partie n’est pas gagnée.

La prochaine élection municipale de Montréal s’avère très intéressante. À suivre…

Claude Dupras

jeudi 30 mai 2013

Montréal : les transfuges et le plus bas soumissionnaire

La campagne électorale pour l’élection municipale de Montréal de novembre prochain approche à grands pas. Ce sera une longue campagne. Elle a vraiment commencé hier lorsque le candidat à la mairie Denis Coderre a démissionné de son poste de député libéral fédéral qu’il occupait depuis plus de seize ans à la Chambre des communes.

Comme à chaque année depuis le départ de Jean Drapeau en 1986, plusieurs conseillers municipaux sortant-de-charge ont de drôles attitudes, je devrais dire tristes. Ils cherchent à ajuster leur engagement futur aux circonstances politiques du moment et laissent tomber leurs allégeances passées. Pour des considérations purement électorales, ils s’allient avec le favori des sondages. Non pas pour des raisons politiques importantes mais simplement pour protéger leur avenir personnel, leur revenu et leur pension future.

Sous Drapeau, les conseillers du Parti civique de Montréal étaient solidaires du chef et du parti. Unis, ils ont été au pouvoir durant 30 ans et cela a été profitable pour Montréal qui a été transformée de fond en comble. Ils ont été les fondateurs du Montréal moderne.

Les succès du Parti Civique, qui a toujours été bien appuyé par une vaste majorité de Montréalais, sont la réponse à ceux qui cherchent à nous faire croire que l’intérêt de Montréal réside dans l’élimination des partis politiques municipaux. Il n’y en avait pas avant Drapeau et c’était la pagaille. Aujourd’hui, on parle d’équipe : « Équipe Coderre », « Équipe Bergeron.. ». On ne s’engage pas fermement, sauf bien faire… En somme, fini le programme de parti. Ce n’est pas fort ! La prochaine élection s’annonce pour être le summum d’un commerce d’images et d’illusions. Pauvres Montréalais !

Coderre a annoncé il y a quelques semaines que son équipe sera composée de 50% de transfuges et de 50% de nouveaux candidats. Depuis, son maraudage a du succès comme on l’a vu encore aujourd’hui lorsque trois maires d’arrondissement élus sous la bannière du parti Vision Montréal ont renié leur parti qui bat de l’aile pour annoncer qu’ils se représenteront dans l’« Équipe Coderre ». Je n’ai rien contre Coderre, au contraire je l’aime bien. Mais ce qu’il propose risque de déboucher, durant son mandat, sur du marchandage en coulisse par les conseillers qui voudront négocier leur vote pour obtenir ce qu’ils désirent.

Par ailleurs, Coderre a embrassé la proposition du maire sortant Gérald Tremblay qui blâme le principe du « plus bas soumissionnaire » pour les maux de collusion et de corruption de Montréal.

À mon humble avis, proposer une telle modification est une démonstration du manque de compréhension du système de soumissions publiques. Si, suite à un appel d’offres public, un corps public n’accorde pas le contrat au plus bas soumissionnaire qui a respecté toutes les exigences des documents de soumissions et des plans et devis du projet sur lequel il a soumissionné, à qui va-t-il l’accorder ?

J’ai été durant 45 ans ingénieur conseil en mécanique, électricité et pratiqué la gérance de travaux de construction pour des projets de bâtiments publics et privés. Toujours, nous avons procédé par soumissions publiques ou privées et accordé les contrats aux plus bas soumissionnaires. Nous respections ainsi les règlements et procédures du Bureau des Soumissions Déposées du Québec (BSDQ) qui a comme mission « de recevoir et d’acheminer des soumissions d'entrepreneurs spécialisés de l'industrie de la construction afin de permettre aux entrepreneurs généraux et spécialisés, et ultimement aux propriétaires, de bénéficier des bienfaits d'une saine concurrence par l'application d'un Code de soumission ».

Pour la gérance de travaux, nous procédions avec des appels d’offres, de même nature, par lots de construction qui correspondaient aux différentes spécialités (briqueteurs, plâtriers, maçons …). Pour être juste envers les donneurs d’ouvrages et les entrepreneurs-soumissionnaires qui dépensent des sommes importantes pour soumissionner et qui respectent toutes les exigences techniques et financières décrites aux documents, comment ne pas choisir le plus bas soumissionnaire conforme aux exigences de l’appel d’offres ? Si on n’agit pas ainsi, à qui accorder le contrat ? Après négociations avec un autre entrepreneur ? Lequel ? Non, ce n’est pas équitable et ça peut devenir une porte ouverte à la corruption. Voilà pourquoi je ne comprends ni le maire Tremblay ni Denis Coderre de venir proposer une voie autre que ce principe du plus « bas soumissionnaire » qui a fait ses preuves.

Du côté du génie civil, c’est la méthode de demande de prix qui a été fautive dans le passé et qui a créé tous les problèmes découverts par la Commission d’enquête Charbonneau. Les plans et devis de génie civil doivent être bien préparés par des professionnels expérimentés, toutes les données en rapport avec les conditions existantes du sol et autres services doivent être clairement décrites et détaillées, des règles équitables et uniformes doivent être définies afin que chaque entrepreneur qui le désire puisse soumissionner un prix ferme. Il faut aussi, comme c’est le cas pour l’industrie de la construction régie par le BSDQ, ouvrir les soumissions à tous les entrepreneurs québécois et non pas en limiter le nombre sur la base de territoires. Et cela est possible. En suivant rigoureusement une telle méthode, on ne peut qu’accorder le contrat au plus bas soumissionnaire. Sinon, on fait quoi ?

Pour assurer de bons résultats, il restera aux gouvernements, aux villes et autres donneurs d’ouvrages à régulariser et améliorer les procédures de dépôt de soumissions pour assurer qu’il n’y a pas de système de collusion entre les entrepreneurs. Celui-ci est facilement détectable si on veut se donner la peine de le détecter. Ainsi la concurrence sera assainie et le grand public en profitera.

Claude Dupras

vendredi 22 février 2013

Le nouveau Camilien Houde

Il y a dans la démarche de Denis Coderre des choses qui me font penser à Camilien Houde, l’ex-maire de Montréal.

Et, il y a quelques jours, un autre ex-maire, Jean Doré élu en 1986, plus contemporain, est venu salir Coderre de façon simpliste en le dénigrant méchamment. Doré a dit : Coderre est « bon pour faire son auto-promotion mais comme maire de la ville de Montréal, ce n’est pas le genre de personne que ça prend! ».

Camilien Houde, fils d’ouvrier d’une famille de 10 enfants, perd son père à 9 ans et voit sa mère devenir couturière dans une usine de textiles pour subvenir aux besoins de la famille. Voulant l’aider, il travaille comme livreur pour une boucherie, tout en poursuivant difficilement ses études qui se terminent par le diplôme de cours commercial du collège Lasalle de Longueuil, dirigé par les Frères des écoles chrétiennes. Il a 16 ans et devient caissier de la banque d’Hochelaga et 10 ans plus tard en est le gérant. Il épouse la fille d’Urgel Bourgie, entrepreneur de pompes funèbres, qui décède après avoir mis-au-monde deux enfants. Il se remarie et quitte la banque pour tenter sa chance dans différents commerces, où il n’a pas de succès. Il devient représentant d’une biscuiterie, ça ne va pas et crée un commerce d’importation de charbon. Il échoue lamentablement. Il devient agent d’assurance et connaît encore des déceptions et lâche ce métier. Entretemps, il s’intéresse au parti conservateur du Québec. Son mentor et ancien patron de la biscuiterie, un de 5 députés conservateurs, l’enjoint à devenir candidat du parti dans le comté de Ste-Marie dont le député-sortant est appuyé par la forte machine électorale du maire de Montréal, Médéric Martin. C’est un difficile défi. Durant la campagne, il se dévoile comme un orateur flamboyant, un tribun hors de l’ordinaire qui électrise les foules. À la surprise générale, après plusieurs déboires, Camilien gagne et devient député conservateur. À 33 ans, le plus jeune député provincial est « le p’tit gars de Ste-Marie ». Jean Doré aurait sûrement dit du candidat Camilien Houde, « il n’a pas les qualités pour devenir député ».

Denis Coderre est un mordu de la politique depuis sa jeune enfance. Il est volontaire et travailleur pour le parti libéral du Canada. Il obtient avec grand succès son baccalauréat en science politique de l'Université de Montréal et, plus tard, une maitrise en administration des affaires pour cadres (Executive MBA) de l'Université d'Ottawa. Né à Joliette, il a 25 ans lorsqu’il convainc son parti et les Joliettains libéraux de le choisir candidat pour l’élection fédérale de 1988. Mais Brian Mulroney est au sommet de sa gloire et Joliette est progressiste-conservateur depuis toujours grâce à l’ex-Ministre Roch Lasalle. Qu’importe la difficulté, Denis y voit un premier pas vers un éventuel siège à la Chambre des Communes. Il perd. En 1990, il y a une élection partielle dans le comté Ste-Marie. Encore-là, la conjoncture n’est pas favorable. Coderre reçoit la bénédiction des libéraux du comté et devient leur candidat contre Gilles Duceppe qui fait sa rentrée en politique. Coderre se lance dans une élection à la Camilien. Il attire et enthousiasme les foules de tous les coins du comté avec des discours flamboyants, en chemise avec ses larges bretelles rouges. Mais ce n’est pas suffisant pour les nombreux séparatistes de ce comté qui endossent solidement Duceppe. Mais qu’importe, c’est l’expérience qui entre et Denis pense déjà à la prochaine élection générale. Elle arrive en 1993, et il choisit sa circonscription électorale de Bourassa pour briguer à nouveau les suffrages. Le Bloc a le vent dans les voiles et son candidat l’emporte sur Denis. Mais qu’à cela ne tienne, il sait maintenant que ce comté l’élira un jour député. Dès le lendemain de sa défaite, il s’attèle pour gagner la prochaine et en 1997, il récolte enfin les efforts des 10 dernières années et devient député fédéral de Bourassa devant le bloquiste tout surpris de sa défaite. Denis Coderre a 33 ans, comme Camilien Houde.

En 1927, quatre ans après avoir été élu, Camilien est battu lors de la nouvelle élection. Doré dirait « Ah, je vous l’avais bien dit ». Le parti conservateur voit sa députation coupée en deux. Mais Camilien sait que le libéral a volé l’élection. Il la conteste en cours. Elle est annulée par le juge et après plusieurs mois doit être reprise. Entretemps, une élection municipale doit se tenir en 1928 à Montréal. Le maire Martin occupe son siège de premier magistrat depuis 15 ans, mais Camilien qui le sait responsable de la fraude qui a occasionné sa défaite, décide de se porter candidat à la mairie et monte une équipe solide pour l’appuyer. Il accuse, entre autres, Martin d’avoir mal négocié l’achat du réseau d’aqueduc de la compagnie Montreal Water and Power. Camilien récolte 60% des suffrages et devient maire de Montréal. La charte de Montréal, à ce moment–là, donne le pouvoir à l’exécutif qui est composé d’amis de Martin. Il ne reste à Camilien que le prestige attaché au titre de maire. A l’élection partielle dans son comté, il décide d’être candidat à nouveau et regagne son siège de député. Il a donc deux tâches politiques et avec la renommée qu’elles lui rapportent, il devient un des politiciens les plus écoutés au Québec. Quelque temps plus tard, le chef du parti conservateur, Arthur Sauvé, démissionne et Camilien est élu nouveau chef. A l’élection municipale qui suit en 1930, l’équipe de Camilien obtient la majorité au conseil municipal et à l’exécutif. Le peuple lui fait de plus en plus confiance.

Denis Coderre arrive à Ottawa et s’initie aux travaux parlementaires et à son poste de député fédéral. Deux ans plus tard, le PM Jean Chrétien l’invite à siéger au conseil des ministres comme responsable du sport amateur et il contribue à l’implantation de l’agence internationale anti-dopage à Montréal. Et en 2003, le PM Paul Martin le nomme président du conseil privé et responsable de plusieurs dossiers, comme la création de l'Agence de gestion des ressources humaines de la fonction publique du Canada, interlocuteur fédéral auprès des Métis et ministre responsable de la Francophonie. Il est réélu député de Bourassa nonobstant les vagues bloquistes ou néo-démocrates en 2004, 2006, 2008, 2011 et toujours avec de grosses majorités. Il est un député qui travaille, qui connait bien les besoins des gens de son comté, qui sait écouter et agir pour le peuple. Et le peuple, comme jadis pour Camillien Houde, lui rend bien sa confiance puisqu’il est député de Bourassa depuis 16 ans.

Camilien Houde a été maire de Montréal pour un total de 18 ans, député provincial de Ste-Marie durant 12 ans et député fédéral de Papineau durant 4 ans. Il a eu le privilège d’obtenir la faveur de ses commettants pour la raison que ces derniers le voyaient comme un des leurs qui les comprenait bien. Certes, Camilien Houde est devenu une très grande idole à cause de sa peine en prison suite à son objection publique à la conscription obligatoire durant la deuxième guerre mondiale. Mais mis à part cet important fait, arrivé à la fin de sa carrière politique, le reste de sa vie politicienne à été remarquable et de longue durée.

Quant à Jean Doré, il aura été maire de Montréal durant 8 ans. Élu en 1986 grâce au Rassemblement des Citoyens et Citoyennes de Montréal (RCM) qui, à ce moment-là, comptait 25 000 membres actifs dédiés à remplacer le Parti Civique au pouvoir depuis 30 ans, il est réélu en 1990 mais le parti n’a plus que 5 000 membres. Par la suite, il renie le RCM qui l’a porté au pouvoir et s’engage dans une dernière campagne électorale en créant un nouveau parti, Équipe Montréal. C’est un désastre. Il est battu à plat de couture n’obtenant que 10,3 % du vote, dépassé même par Michel Prescott, chef du RCM, qui récolte 14,8 %. Il ne fait élire que deux conseillers très connus, Sammy Forcillo et Helen Fotopoulos, sur 51 et son parti finit la campagne avec des dettes de 300 000 $, selon les médias. Il s’est avéré être un piètre maire, loin du peuple et celui-ci l’a sanctionné durement ainsi que ceux qui le suivaient. Jamais un ancien maire n’a été ainsi châtié et humilié depuis Camilien Houde.

De toute évidence, Jean Doré n’a pas de leçon a donné aux Montréalais et Montréalaises en rapport avec les candidats à la prochaine élection municipale. Surtout pas en rapport à Denis Coderre, un gagnant en politique à laquelle il a dédié sa vie et qui fait un très bon travail de député. Il est un populiste comme Camilien Houde l’était et il n’y a rien de mal à ça, car de tels personnages sont près du peuple, le comprenne, le serve bien et la ville devient plus dynamique et mieux connue. Le maire La Beaume de Québec, est un autre bon exemple.

En politique municipale, comme ailleurs, le passé est garant de l’avenir.

Claude Dupras

Ps. Ce texte laisse peut être entendre que je supporterai Denis Coderre à la prochaine élection municipale. Ce n’est pas le cas car je réserve cette décision pour le jour où tous les candidats seront connus et c’est à ce moment-là que je ferai mon choix, comme tous les Montréalais et Montréalaises. Ma position actuelle n’est que pour faire valoir que la candidature de Denis Coderre est fort acceptable.