Hier, un des quatre députés bloquistes à Ottawa, Jean-François Fortin, a démissionné, contestant ainsi le leadership du nouveau chef Mario Beaulieu. Il n’aime pas le diktat rigide et radical de ce dernier ni ses idées qui ne correspondent pas, pour lui, aux orientations du parti établies depuis sa création par l’ex-ministre progressiste-conservateur-démissionnaire Lucien Bouchard.
Beaulieu est un dur-à-cuir. Il l’a toujours démontré dans ses discours passés en tant que président de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal et particulièrement depuis son accès à la tête du BQ. Il a blâmé les insuccès récents des séparatistes sur les chefs passés de sa formation politique et les a accusés d’avoir utilisé une approche camouflée pour atteindre l’objectif qui est la séparation du Québec de l’ensemble Canadien.
Pour
lui, les séparatistes doivent afficher clairement leur ambition politique et ne
pas jouer avec les mots pour gagner la faveur majoritaire des Québécois, en
cachant l’option séparatiste. Ce faisant, il a accusé René Lévesque et ses
successeurs à la tête du PQ, Lucien Bouchard et ses successeurs, dont Gilles
Duceppe, à la tête du BQ, de ne pas avoir agi ainsi.
Ce
qui est surprenant de nos jours, c’est que Beaulieu n’est pas seul. Depuis la
défaite du PQ, plusieurs membres éminents dont un ex-premier ministre, des
ex-ministres, des chroniqueurs, des blogueurs et autres expliquent l’abandon de
leur option politique par les électeurs et, par conséquence, de leur parti, pour
les mêmes raisons.
Ils
critiquent toutes les nuances faites par ces leaders passés pour ménager la
chèvre et le chou. Ils citent, en exemple, les questions référendaires de 1980
et 1995 qui étaient on ne peut plus ambiguës. Ils veulent une question claire
comme celle qui est posée actuellement aux Écossais pour le référendum sur la
séparation de leur territoire de l’ensemble britannique.
Je
suis tout-à-fait d’accord avec eux et je l’ai toujours été. Mais les chefs
péquistes ont tous contourné une « question claire » de crainte que
l’électorat ait peur d’une telle clarté. Les fédéralistes ont toujours voulu et
réclamé une question nette et précise. Ils ont dénoncé celles du PQ et ont
clairement indiqué leur position par une réponse claire et percutante: NON,
MERCI! Le peuple québécois a compris, chaque fois, la vraie signification des questions
référendaires tordues des séparatistes.
Aujourd’hui,
les séparatistes sont pris dans une souricière. Lors de la récente élection
générale, déclenchée par la PM péquiste Pauline Marois, les sondages
favorisaient leur parti. La PM a voulu joué la campagne sur ses réalisations
politiques et son programme en évitant de parler de la séparation du Québec. La
campagne allait relativement bien. Mais Marois a fait une erreur magistrale, incompréhensible
et de nature fatale, à la surprise de ceux qui connaissent la politique
québécoise.
Elle
a introduit un candidat, dit de prestige, le milliardaire Pierre-Karl Péladeau
(PKP), comme l’alternative à l’équipe d’économistes que présentait le parti
libéral pour sortir le Québec du gouffre économique dans lequel il s’enlise
depuis quelques années. Au lieu de jouer le jeu et de confirmer qu’il entrait
en politique pour se consacrer à relancer le Québec économiquement, Péladeau a
affirmé « je veux un pays, je suis
là pour faire du Québec un pays » et, pour montrer sa conviction, il a
levé le bras droit comme pour s’associer aux grands révolutionnaires mondiaux
du passé. Les Québécois ont vite réalisé qu’il était un séparatiste et le but
de son engagement politique. La PM Marois, à ses côtés, ne chercha pas à
corriger l’impression créée. D’un coup, tout devenait clair. À partir de ce jour-là,
le PQ n’a cessé de descendre aux enfers des sondages jusqu’à l’élection où il a
connu sa pire défaite électorale depuis sa fondation. Donc position claire,
jugement clair des Québécois.
Quand
les ex-élus et les leaders actuels des séparatistes réclament que leur parti se
prononce clairement et ouvertement pour la séparation du Québec comme solution
à son impopularité actuelle; quand ils affirment admirer la vision ouverte d’un
chef politique comme Beaulieu qui veut aller à Ottawa pour ne parler que de la
séparation du Québec; quand un candidat à la prochaine course à la chefferie du
PQ, l’ex-ministre de la charte Bernard Drainville, affirme que le mot
« souveraineté », utilisé depuis plus de 50 ans par les séparatistes,
doit être rayé du vocabulaire péquiste et remplacé par le mot
« indépendance »; quand PKP se prépare en coulisses pour devenir aussi
candidat et que ses organisateurs se retrouvent parmi les « purs et
durs » séparatistes : tous ces gens-là se tirent une balle dans le
pied et ne semblent pas avoir compris les leçons du passé. Les Québécois ne
veulent pas de la séparation du Québec! Les sondages l'indiquent chaque fois.
Notre
pays, le Canada, est un pays rempli de richesses. Il a un grand territoire
unique. Il a un potentiel sans égal sur la planète et nous avons l’avantage d’y
être né et d’y vivre. Notre objectif comme Québécois doit être de s’assurer que
nous et nos descendants puissions en profiter pleinement. On ne peut oublier
que ce sont nos ancêtres qui l’ont découvert, qui l’ont créé politiquement avec
les Anglais, que notre Histoire démontre que nous avons traversé des moments
difficiles, critiques mêmes, et que chaque fois, grâce à notre sa capacité de solidarité,
nous avons su nous imposer.
Une
vrai parti « nationaliste », comme le PQ, se doit d’oublier ses idées
séparatistes qui mènent nulle part et de travailler avec les autres partis
politiques pour améliorer le pouvoir, la capacité d’agir, l’influence de nos
compatriotes et, ce faisant, de tous les francophones canadiens, afin que nous
puissions prendre toute notre place dans l’ensemble canadien. Voilà une politique
positive qui pourrait rallier un très grand nombre de québécois.
Claude
Dupras