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lundi 31 août 2015

Une élection canadienne pas comme les autres

Le 19 octobre prochain, les Canadiens et Canadiennes sont appelés aux urnes pour choisir le prochain gouvernement de leur pays. Ce sera une journée importante pour l’unité canadienne et notre avenir.

Comment choisir parmi les partis qui briguent nos suffrages ? Par le positionnement politique qui correspond à leur raison d’être ou selon ce qu’ils nous proposent pour les quatre prochaines années ?

Jadis, si on était de droite, on pouvait choisir le Parti Conservateur (PC); de centre-gauche, le parti Libéral; de centre-droit le parti Progressiste-Conservateur avant que ce dernier soit monopolisé par la droite canadienne pour devenir le PC en 2003 et de gauche, le CCF devenu le Nouveau Parti Démocratique (NPD). Les environnementalistes votaient Vert. Quant aux séparatistes québécois, il y avait le Bloc Québécois pour se justifier de voter au fédéral.
Toujours, ou presque, l’électeur pouvait voter en fonction de ses critères personnels, politiques ou sociaux car les programmes politiques et les propositions qui en découlaient étaient clairement établis. Les clivages permettaient à l’électeur de choisir ce qu’il espérait que la société devienne.
Aujourd’hui, cet électeur réclame des actions politiques pragmatiques qui visent directement les problèmes du jour. Et pour ce faire, tous les partis ont recentré leurs politiques, par opportunisme ! Les discours ont changé et prendre le pouvoir avec une majorité de sièges à la Chambre des communes est devenu le seul but, la nécessité pour pouvoir agir. Il ne faut surtout pas afficher ses plus profondes convictions car elles peuvent éloigner l’électorat. Non, on s’adapte, on cherche à se faire aimer, on manipule les images et les illusions, on devient magicien politique.
Le NPD, si près du pouvoir, ne fait pas exception. Il ne veut prendre aucun risque de manquer son objectif qu’il a enfin à portée de main.  

Sous le leadership de Thomas Mulcair qui suit la ligne de son prédécesseur Jack Layton, le parti a bougé fortement vers le centre. Beaucoup trop, selon le président du caucus socialiste du NPD, Barry Weisleder qui s’inquiète de la tendance de son parti à oublier qu’il est celui des travailleurs et des organisations de travail au pays. 

Ce dernier réclame des actions et des politiques qui démontreront que le NPD est un parti de gauche. Il reproche à son chef de trop vouloir embrasser le capitalisme en promettant un budget équilibré tout en refusant de taxer les riches, les grandes entreprises et les banques pour financer de nouveaux programmes sociaux devant corriger les inégalités chez les Canadiens. Il affirme « les gens veulent du changement, mais pas le reniement de leurs espoirs et de leurs rêves ». Malheureusement, il va à contre-courant.
Mulcair veut justement changer l’image de « machine à dépenser » de son parti. Il demeure sensible aux besoins sociaux et veut agir. Mais, il sait que pour réaliser cela, il doit prendre le pouvoir et, pour ce faire, monopoliser le centre politique du débat en se montrant progressif, compétent et capable de diriger un gouvernement avec prudence.
Même le premier ministre (PM) Stephen Harper, le dur parmi les durs, demande aux Canadiens de lui faire confiance à nouveau. Il cherche à changer son image. Il veut faire oublier la ligne de droite de la droite qu’il a poursuivie sur les plans politiques, culturels et sociaux. Celle qui a tant déplu à un si grand nombre de Canadiens, dont les moins fortunés. Pour attirer des sympathies et gagner, il a fait voter des subventions importantes d’aide aux familles devant être remises durant la période électorale. Depuis, il se montre plus sensible, plus compréhensif, plus à l’écoute des Canadiens. Il cherche à faire oublier ses positions diplomatiques radicales et à sens unique comme en Palestine, en Iran, ses rebuffades répétées de plusieurs demandes raisonnables (plusieurs ne le sont pas), dont celle des armes, venant du Québec. Il courtise à fond les électeurs de centre. Il devient enfin plus sympathique pour plusieurs.
Quant à Justin Trudeau, le chef libéral, il joue la carte électorale normale de son parti mais son image souffre de sa jeunesse et de son inexpérience. En début de campagne, il paraissait ne pas être à la hauteur de la tâche de premier ministre. Depuis, selon un plan préétabli, il propose des politiques sensées, bien visées et il marque des points.
À l’élection de 2011, Jack Layton, chef du NPD, a été reconnu comme un homme de gauche très sympathique. Nonobstant une grave maladie qui l’affligeait, il a réussi l’impossible en faisant élire 59 députés au Québec, où il n’y en avait qu’un. Une comète aurait frappé la terre, que l’on n’aurait pas été plus surpris. Il avait axé sa campagne électorale sur les besoins de la « famille », mais c’est surtout par ses prestations uniques à des émissions télévisées, comme « Tout le monde en parle », qu’il a conquis, entre autres, le cœur des Québécois qui se sont levés spontanément pour aller en masse voter NPD afin de lui assurer leur confiance lui permettant ainsi de devenir chef de l’opposition officielle. Ce fut la plus grande victoire du commerce d’images et d’illusions au Québec de tous les temps.
Tous les chefs se rappellent ce grand balayage électoral. Ils en rêvent. Ils comprennent que leur principal défi est de marquer des points lors des débats télévisés des chefs. Ils reconnaissent toute l’importance de ces face-à-face sur le choix des électeurs et ne veulent pas, par conséquent, parler de droite ou de gauche.
Déjà, le premier débat a été révélateur. Ainsi, Trudeau, son image aidant, en a surpris plusieurs par son aplomb, sa connaissance des dossiers et ses réparties bien fondées. Dès le lendemain, les sondages reflétèrent sa bonne prestation et les observateurs avertis spéculaient déjà sur les chances du parti libéral qui remonta sensiblement dans les sondages. Mulcair, avec un air de chef d’État, a été clair, net et précis et a généralement bien fait. Les auditeurs ont compris pourquoi il a été qualifié par l’ex-PM Brian Mulroney : « meilleur chef de l’opposition de tous les temps ». De son côté, le PM Harper a aussi été correct mais j’ai eu l’impression qu’il n’était pas vraiment écouté. Quant au parti vert, n’ayant aucune chance de remporter la victoire, sa chef Élizabeth May a été vite oubliée. Le Bloc Québécois était absent car le débat était en langue anglaise.
Un facteur important de cette campagne électorale est sa longueur inhabituelle. Le triple d’une normale. Les électeurs rentrent de vacances. Ils ont été distraits, ne s’intéressant que par de courts moments à la campagne, n’entendant que de bons ou mauvais échos ici et là. Sachant que l’élection est relativement loin, ils se sont plutôt préoccupés de leur famille, de leurs affaires personnelles et peu de la politique. L’intensité électorale s’accentuera peu à peu et de plus en plus rapidement. C’est un gros défi pour chaque parti car il doit se retrouver au top de sa popularité au bon moment. Pas avant et ni après. Il est fort probable que les favoris des sondages d’aujourd’hui se retrouvent dans une autre position en fin de campagne. Il faut donc que les stratèges, dont l’expertise sera de plus en plus recherchée, planifient la fin de la campagne pour placer leur parti en pole position au moment de l’attaque finale. La stratégie devient de prime importance dans cette élection car, à ce jour, on ne peut prédire le gagnant.
Claude Dupras

mercredi 29 avril 2015

On veut un mot à dire à Ottawa pour être écouté

L’histoire du parti conservateur du Canada est particulière. Voilà un grand parti national qui n’a pas réussi à s’implanter solidement dans le cœur des Québécois. 

Tout a commencé en 1854 lorsque John A. Macdonald et Georges-Etienne Cartier fondent le parti libéral-conservateur pour faire l’union de députés conservateurs et libéraux modérés du Canada-Ouest et de députés du parti bleu du Canada-Est, les libéraux radicaux ayant refusé de joindre les rangs du parti de Macdonald. À ce moment-là, Macdonald et Cartier dirigent ensemble, comme premiers ministres conjoints, le Canada-Uni. Ce n’est que vers les années ’30 que le parti utilisera le nom « Parti conservateur ».

En 1867, la confédération canadienne est créée et Macdonald devient le premier ministre (PM) du nouveau Canada. A la surprise de tous, le chef libéral Alexander Mackenzie réussit, en 1874, à défaire le gouvernement Macdonald grâce au « scandale du Pacifique ». Mais à l’élection de 1878, Macdonald regagne le pouvoir.

Suite à la rébellion des Métis dans l’Ouest Canadien, leur leader Louis Riel est condamné à mort pour trahison et Macdonald refuse que la peine soit commuée ou rejugée. Il déclare même : « Il sera pendu, même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur ». Le député libéral Wilfrid Laurier exprime sa colère et prend vigoureusement la défense de Riel à la Chambre des Communes. Ce dernier est exécuté le 16 novembre 1885. Macdonald ne démissionnera qu’en 1891.

Laurier devient le premier Canadien-Français au poste de PM du Canada en 1896. Pour lui, « le Canada est le pays du 20e siècle ». Il le dirigera durant 5 ans jusqu’au moment où il est défait en 1911 par le libéral-conservateur Robert Borden.

La première guerre mondiale éclate et Borden, réalisant que le nombre de volontaires canadiens pour aller au front ne rencontre pas les quotas qu’il avait promis au Royaume-Uni, réclame la conscription obligatoire. La plupart des Canadiens-Français, menés par Henri Bourassa, ne ressentent aucune loyauté particulière envers le Royaume-Uni et la France. Bourassa s’oppose à la conscription et affirme que « les Québécois ont un pays : le Canada, tandis que les Canadiens anglais en ont deux : le Royaume-Uni et le Canada ». Cartier exprime aussi son opposition.

Afin de consolider sa position lors de l’élection de 1917, Borden accorde le droit de vote aux soldats à l'étranger, aux infirmières et aux femmes ayant des membres de leur famille à la guerre. Mais, il se donne le pouvoir de distribuer ces votes dans n'importe quelle circonscription, sans égard au lieu de résidence habituel du soldat. Des manifestations de masse sont tenues au Québec pour protester et l’armée tire sur la foule. Quatre morts.

Borden réélu, la loi du service militaire est adoptée, 125 000 individus sont conscrits, 25 000 sont envoyés au front. Heureusement, la guerre prend fin après quelques mois.

Ces évènements majeurs de la conscription et la pendaison de Riel marquent profondément les Canadiens-Français qui n’oublieront jamais ces coups-bas des conservateurs et plusieurs s’en rappelleront à chaque élection, de père en fils. Macdonald et Borden ont oublié que « Je me souviens » est la devise des Canadiens-Français.

En 1921, le parti libéral-conservateur d’Arthur Meighen est défait par le libéral Mackenzie King qui devient PM, aucun conservateur n’est élu au Québec. Mais cinq ans plus tard Meighen prend sa revanche, grâce aux misères suscitées par la grande dépression, il se présente sous le vocable « Parti conservateur » mais ne fait élire que quatre députés au Québec.

En 1930, King est surpris par le nouveau chef conservateur Richard B. Bennett qui prend le pouvoir grâce à 24 députés ruraux du Québec. Les cultivateurs aiment sa politique agricole protectionniste et votent pour ses candidats. Mais dès 1935, King, qui n’a pas dit son dernier mot, revient au pouvoir. Il y restera jusqu’à 1948 alors qu’il le cède à Louis Saint-Laurent

Entre temps, le parti conservateur devient le parti progressiste-conservateur (PPC) en 1942 lorsque le premier ministre manitobain John Bracken, longtemps chef du Parti Progressiste de sa province, pose cette condition pour accepter la chefferie. L’union des deux philosophies politiques, libérale et conservatrice, donne au nouveau parti une orientation centre-droite.

A l’élection de 1957, John Diefenbaker, chef du PPC depuis un an, remporte le pouvoir contre King. Il forme un gouvernement minoritaire n’ayant fait élire que huit députés du Québec.    

En 1958, après une alliance avec Maurice Duplessis, PM du Québec, sur la question des impôts québécois, John Diefenbaker obtient une majorité écrasante qui comprend 50 députés québécois. Un résultat impensable. Enfin, les Canadiens-Français ont un mot à dire dans le parti et le gouvernement progressiste-conservateur. Mais, Diefenbaker désappointe. Le nouveau chef libéral, Lester Pearson reprend le pouvoir à l’élection suivante alors que seulement 14 députés conservateurs du Québec (DCQ) sont réélus. Pierre-Elliott Trudeau lui succède, en 1968, seuls 4 DCQ sont élus. Il est réélu en 1972, deux DCQ sont élus. En 1979, il est défait par le progressiste-conservateur Joe Clark qui ne remporte que deux sièges au Québec. Quelques mois après, en 1980, Trudeau revient au pouvoir pour quatre ans, alors qu’un seul DCQ est élu. John Turner prendra sa succession pendant quelques mois.  

Puis, Brian Mulroney nouveau chef du parti progressiste-conservateur est élu en 1984 et réélu en 1988. En 1993, le libéral Jean Chrétien est le nouveau PM, un DCQ est élu. En 1997, il est réélu et à nouveau un DCQ est élu. Paul Martin lui succède en 2004 et encore un seul DCQ est élu.

En 2006, le nom du parti redevient le Parti Conservateur et Stephen Harper est élu PM mais ne fait élire que 10 députés au Québec. Il est réélu en 2011 mais le nombre de ses députés québécois baisse à cinq.  

En résumé, depuis les 148 ans de la Confédération, les Conservateurs de différents noms et les libéraux ont partagé le pouvoir également. Mais depuis Borden, les libéraux ont été au pouvoir durant 54 ans et les conservateurs 32 ans.  

Sauf pour les élections de Diefenbaker en 1958 (50 sièges), de Mulroney en 1984 (58 sièges) et 1988 (63 sièges), les Québécois n’ont pas voté pour les conservateurs. Depuis 1957, en 14 autres élections générales fédérales, la moyenne de DCQ élus à la Chambre des communes s’établit à moins de neuf députés sur 75 et huit en trois élections avec Harper depuis 2006.

Il est quand même remarquable que les seuls gouvernements majoritaires « non-libéral » comprenant un grand nombre de députés du Québec l’ont été lorsque le parti portait le nom Progressiste-Conservateur. Cela démontre clairement que les gens du Québec ne sont pas majoritairement de droite et que le Parti Conservateur ne correspond pas à leurs attentes.

Comment les Québécois peuvent-ils espérer avoir un mot à dire dans ce parti avec une représentation aussi faible ? Doivent-ils mettre de côté leur orientation politique pour le pouvoir politique ?

Et on se demande pourquoi il y a un fossé si profond entre le  gouvernement Harper et les Québécois. Il me semble clair, qu’avec lui, l’influence québécoise ne pèse pas sur la politique nationale. Quant aux nombreux projets particuliers que le PM Harper annonce dans la région de Québec, ils sont en réalité des gestes de patronage envers la région de la capitale qui lui a donné quelques députés. Et, en plus, Québec a un maire pragmatique qui sait être ami-ami avec le PM. Ça ça paye !  

Par contre, Montréal ne reçoit pas la même attention. Harper visite peu la métropole, sauf pour des funérailles. Il ne tient pas compte des demandes du nouveau maire Denis Coderre qui est d’allégeance libérale ayant été député et ministre du parti libéral durant de nombreuses années à Ottawa. Pour Harper, Coderre est un adversaire politique. Et Harper, qui a la mémoire longue, n’aime pas les ennemis de son parti.  

Malheureusement, Montréal n’a pas en son sein un leader PC avec suffisamment d’influence pour faire bouger le gouvernement conservateur en faveur des Montréalais. Ces derniers ont manqué une opportunité lorsque l’ex-sénateur Michael Fortier, candidat à l’élection de 2008, a été bêtement défait. Ce dernier, un homme d’action, a démontré sa capacité et son intelligence lors des négociations pour renouveler le contrat du Grand Prix du Canada à Montréal avec Bernie Ecclestone. Malheureusement, suite à sa défaite, Fortier a quitté la politique.

Nous, Québécois, avons aussi la mauvaise habitude de voter pour un chef ou un parti. La dernière élection fédérale est un exemple probant alors que nous avons élu 59 députés du NPD en raison de la sympathie que nous avons ressentie soudainement pour son chef Jack Layton. Il aurait mieux fallu que nous choisissions le meilleur candidat dans notre comté respectif. Ainsi des gens comme Fortier aurait été élu et aujourd’hui Montréal s’en porterait mieux car l’un d’eux serait le porteur influent de nos demandes et besoins à Ottawa.

Qui peut devenir ce chef de file conservateur, ce phare, à Montréal, suite à la prochaine élection, si Harper est reporté au pouvoir ?

Je soumets un nom, une candidature prometteuse. Celle d'Eric Girard dans la circonscription électorale montréalaise de Lac-Saint-Louis. Homme de conviction, il a choisi son tracé et est devenu candidat officiel du parti Conservateur du Canada pour l’élection d’octobre 2015.

Bien éduqué, il est économiste de formation et détient un « Bachelor joint honours in Economics and Finance » de l’université McGill et une maîtrise en économie de l’UQAM.

Pour devenir candidat, Éric Girard a demandé et obtenu un congé civique de son poste de trésorier de la Banque Nationale du Canada où il était responsable des liquidités, du financement et du risque de taux d’intérêt de la Banque et de ses filiales. Il était aussi président du comité de la caisse de retraite de la Banque.

Il a démontré ainsi qu’il est prêt à mettre de côté sa carrière pour servir ses concitoyens en contribuant au développement économique et social du Canada.

À tous ses futurs commettants, je suggère de le rencontrer, d’apprendre à le connaître, à partager avec lui leurs idées, d’écouter les siennes et de décider de l’appuyer dans son trajet vers les plus haut sommets de la politique canadienne.

Ainsi, Montréal sera bien servi.

Claude Dupras

 

mardi 18 novembre 2014

Les batailles de ponts au Québec

Décidément, le Québec a des problèmes de ponts. À Montréal, la bataille rangée est à propos du pont Champlain et à Québec c’est le vieux Pont de Québec qui envenime le débat. Les deux sont des structures importantes puisqu’elles traversent le fleuve Saint-Laurent.

Le pont Champlain est fédéral et il doit être démoli et remplacé par un nouveau. Pour ce faire le gouvernement conservateur du Canada, toujours près de ses sous, propose qu’il soit construit avec la méthode PPP, par laquelle une entreprise privée fera le design définitif du projet, le construira, l’entretiendra pendant des dizaines d’années, paiera tous les coûts, les frais et les dépenses et imposera un péage pour se dédommager, avec profit. De son côté, le gouvernement ne paiera que les dépenses de concept et de mise en place du projet pour la tenue de soumissions publiques. Les payeurs de taxes canadiens seront épargnés mais les utilisateurs du pont paieront. C’est ce qui fait débat.
Pressé par la mauvaise condition du pont actuel, le gouvernement fédéral a mis de côté la formule d’un concours international pour le choix des designers du nouveau pont et il a choisi l’architecte danois, Poule Ove Jenssen, de réputation mondiale, pour en faire le concept. Ce dernier a présenté sa maquette en fin juin 2014 et les Montréalais ont découvert un pont élégant et élancé. Pour traverser la voie maritime du Saint Laurent, une structure à haubans consistant en un haut pylône double d’où de nombreux câbles obliques rehausseront les tabliers pour assurer le passage des bateaux. Le reste du pont ressemblera à l’existant avec ses tabliers quasi-parallèles au niveau de l’eau et assis sur 70 piliers dont les fondations seront creusées dans le sol du fleuve. Parmi les commentaires qui m’ont été faits par des amis et autres sur ce projet, plusieurs se sont montrés quelque peu désappointés car ils ne trouvent rien de spectaculaire dans le design accepté.
Malgré que ce projet soit connu depuis plus de quatre mois, le débat principal des Québécois a porté sur son nom et non sur son design. Mais cela peut changer car l’architecte français Roger Taillibert qui a dessiné le Stade Olympique, le vélodrome, les piscines olympiques des JO de 1976 à Montréal, vient de proposer un concept différent. Il suggère un pont à haubans multiples sur toute la longueur du pont à partir de huit pylônes gigantesques inclinés, un peu comme des mats de grands voiliers (peut être voit-il ceux de Champlain). Son concept ressemble quelque peu au viaduc de Millau mais en beaucoup moins spectaculaire puisque ce dernier traverse la profonde vallée du Tarn et est construit en courbe avec son pylône central de la hauteur de la tour Eiffel.
Le pont Taillibert serait entièrement métallique et les huit pylônes ancrés dans le sol du fleuve. Taillibert prétend que son pont coûtera moins cher (1,7 milliards $ au lieu de 4) et sa réalisation sera faite en 40 mois, beaucoup plus vite. La maquette qu’il a présentée est remarquable et plusieurs Montréalais jugent cette proposition plus spectaculaire que celle de Jenssen et plus réaliste pour un climat comme le nôtre puisqu’il est tout d’acier comme le pont Jacques Cartier et le pont Victoria, qui sont toujours là et solides.
Il me semble que le gouvernement conservateur devrait examiner le projet Taillibert et, s’il le trouve conforme, le soumettre en soumissions avec celui de Jenssen. Que les réalisateurs-constructeurs des groupes PPP, nous présentent la meilleure option avec son prix et son temps d’exécution, car tous ces critères sont importants dans ce projet. Moins cher coûtera le pont, plus bas sera le péage. C’est donc crucial que les politiciens y portent toute leur attention.  
Du côté du pont de Québec, la situation est tout autre. L’histoire de sa réalisation marqua les annales canadiennes. Il a une structure remarquable. Il fut construit, avec une aide initiale du gouvernement fédéral, par une compagnie privée. De construction métallique rivetée, il est composé de deux porte-à-faux gigantesques de 178 mètres chacun qui retiennent une travée centrale importante. Le pont s’écroula deux fois durant sa construction, tuant 90 de ses travailleurs et en blessant un très grand nombre. Finalement, les travaux furent complétés au coût total de 25 millions $ et le premier train le traversa en 1917. On le considérait alors une des merveilles du monde. De là,  les Québécois aiment à dire, en parlant d’une construction nouvelle, qu’elle est « plus solide que le pont de Québec ».
Plus tard, on démantela une des deux voies ferrées pour élargir la voie carrossable. Finalement, trois voies furent réalisées. C’est un pont important à Québec qui, jumelé avec le pont Pierre-Laporte, construit en 1970, permet une circulation libre et rapide pour entrer et sortir de la région de la ville de Québec. De son ouverture jusqu’à avril 1942, un péage était imposé à chaque véhicule le traversant. Avec ces revenus, ses propriétaires sont « entrés dans leur argent ».
En 1993, le gouvernement du Canada, devenu propriétaire du pont, l’a cédé avec divers terrains d’emprise de chemin de fer situés dans tout le pays à la compagnie d’état des chemins de fers, le Canadien National (CN), pour la somme nominale de 1 $. En retour, la compagnie s’est engagée à faire une restauration complète du pont. Mais en 1995, le gouvernement fédéral a privatisé le CN et a renégocié une nouvelle entente tripartite, valable pour dix ans. Mais, au terme de cette entente, en 2005, seulement 40% du pont avait été nettoyé de sa rouille et repeint à neuf. Le CN a alors refusé d’investir toute somme supplémentaire dans la rénovation du pont et les travaux furent interrompus. Face à cette situation de blocage et malgré d’intenses négociations, le gouvernement du Canada a résolu d’intenter une poursuite légale contre le CN en 2007, pour l’obliger à terminer la remise en état du pont de Québec. L’affaire est encore devant les tribunaux.
Le Pont de Québec a été désigné « lieu historique national du Canada ». Les sociétés d’ingénieurs canadiens et américains le nommèrent « monument historique international ». Il est donc partie de notre héritage et un bien à conserver. C’est une structure imposante, fort impressionnante qui, même avec sa couleur brune rouillée, a belle apparence.
Aujourd’hui, sa structure n’offre aucun danger et le maire de Québec parle du besoin de le repeindre pour des raisons esthétiques. Le problème est que le CN refuse de dépenser 200 millions $ (son estimation) pour faire ce travail de peinture à moins que la facture soit payée par les gouvernements. Sinon, il propose de remettre le pont à celui des gouvernements qui voudra bien l’accepter.  
Jamais cette compagnie privée n’entreprendra ce travail sans la résolution de sa mésentente avec le fédéral. C’est pourtant facile à comprendre. Au lieu d’insulter les dirigeants du CN pour se faire des manchettes dans les journaux, le maire LaBeaume devrait cogner à la bonne porte.  
Il y a une autre solution : le péage. Que l’un des gouvernements accepte de devenir propriétaire du pont et qu’il impose un péage pour défrayer ses frais d’opération et d’entretien annuel. À ce moment-là, les Montréalais et les citadins de Québec débâteront du même sujet : pour ou contre le péage sur leur pont.

Claude Dupras 

Note particulière : Les bagues d’acier remise aux nouveaux ingénieurs canadiens lors de l’assermentation des « Sept Gardiens », doivent être portées sur l’auriculaire de la main de travail des ingénieurs professionnels et sont destinées à rappeler aux ingénieurs leurs responsabilités sociales de respecter l’éthique de leur profession. L’anneau est au départ en fer rugueux et c’est avec le temps qu’il se fait polir par le travail, recevant l’expérience qui vient avec l’âge. On a toujours dit aux jeunes ingénieurs que ces bagues avaient été forgées des morceaux d’acier effondrés du pont de Québec. C’est faux. Diplômé en 1955 de Polytechnique, j’avais alors cru en l’origine prétendue. J’ai toujours cette bague à mon auriculaire depuis ce jour et je ne l’ai jamais enlevée.

samedi 8 novembre 2014

Stephen Harper aime-t-il le Québec ?

Le passage du président de la France, François Hollande, en nos murs, a suscité beaucoup d’intérêt. Après avoir visité l’ouest Canadien avec le PM canadien Stephen Harper, pour parler de pétrole en faveur de la pétrolière française Total, il se présenta à la Chambre des Communes, pour livrer un discours à la nation où un parterre impressionnant de leaders de notre pays l’attendait. Le président exprima ses bons sentiments envers le Canada et n’a pas tari d’éloges sur sa splendeur, sa grandeur et sa richesse. Quant au peuple canadien, il déclara ouvertement son amour pour les Québécois et son amitié profonde pour tous les autres Canadiens. 

Son discours fut important et toucha particulièrement les sujets de l’énergie et du climat. Deux sujets délicats pour notre premier ministre Stephen Harper, grand défenseur de l’exploitation pétrolière des sables bitumineux albertains et incrédule de la véracité des changements climatiques qu’il a qualifié d’« invention socialiste ». Hollande prononça son allocution avec vigueur et conviction et ce fut le plus important et le meilleur discours de sa visite. Il s’était bien préparé et il impressionna la majorité des Canadiens qui l’écoutaient de tous les coins du pays.
Malheureusement, son discours au Québec ne fut pas de la même nature. Il semblait non structuré et improvisé. Hollande cherchait dans ses feuilles des points de discours et voltigeait d’un à l’autre sans suite vraiment logique. Et, tout comme il fait en France où il accepte, à cause de son impopularité personnelle extrême, toutes les idées qui lui sont soumises pour chercher à regagner de la sympathie et l’appui de tous ceux qui l’ont lâché politiquement, il a dit « OUI » au Québec. Il a affirmé que la France participerait activement aux deux nouveaux projets du PM Couillard : Le « Plan Nord » au nord du 49e parallèle et le « Maritime » sur les berges du Saint-Laurent. 
Si j’avais un conseil à donner au PM québécois, ce serait d’attendre le premier engagement officiel de la part d’une entreprise française dans un de ces projets pour se réjouir. Personnellement, j’y croirai lorsque de tels gestes seront posés car je n’ai aucune confiance dans les dires et les capacités de réalisation de ce président français qui est venu parler à Québec… pour parler.
Aujourd’hui, Hollande ne récolte que seulement 12% d’appuis du peuple français. Harper est dans la même situation au Québec, puisqu’il ne recueille que 14%. Mais, contrairement à Hollande, Harper ne fléchit pas. Il croit à sa vision du Canada, à ses politiques et est convaincu que le Québec s’en sortira mieux malgré son indifférence envers lui. Il est convaincu du résultat futur et continue à foncer en avant vers la destination que, pour lui, le Canada doit atteindre. Pourtant, s’il tenait compte plus souvent de l’opinion des Québécois, il pourrait probablement faire élire, à la prochaine élection, une dizaine de députés conservateurs de plus au Québec, ce qui lui assurera son retour au pouvoir car son bilan économique est très fort.
Dans les jours qui ont suivi la visite du président français, je discutais  de tout cela avec un ami, autour de tasses de café. Lorsque notre conversation porta sur la politique fédérale, mon compagnon m’affirma soudainement que les agissements d’Harper envers le Québec venaient du fait qu’ « Harper n’aime pas le Québec ». Je fus surpris de cette affirmation claire et nette. Depuis, j’y réfléchis.
En fait, si on juge l’attitude d’Harper envers le Québec, son approche politique, ses décisions, ses lois, on peut être porté à penser qu’Harper a un problème personnel avec le Québec et que peut-être il ne l’aime pas. En effet, il n’accepte que rarement une position politique qui correspond aux désirs des québécois. Entre autres, il a détruit le registre canadien des armes à feu qui fut réclamé fort majoritairement par les Québécois suite au massacre de Polytechnique. Il a engagé le Canada dans la guerre en Afghanistan malgré l’opposition des Québécois. Il a coupé injustement dans les budgets des arts et de la culture si chers aux québécois. Il a modifié les transferts pour le système de santé, accablant ainsi le budget québécois. Il a coupé de moitié le budget de la condition féminine éliminant la recherche et la défense des droits des femmes, malgré les nombreuses oppositions de Québécoises. Il a mis de côté l’Accord de Kelowna destiné à améliorer, entre autres, la vie des autochtones québécois malgré les pressions de ces derniers et du gouvernement québécois. Il a favorisé une justice impitoyable et répressive à la GWBush qui va à l’inverse de l’approche pénale des québécois. Il a renié la signature du Canada sur l’accord de Kyoto, malgré l’appui quasi unanime des Québécois pour cette entente. Dans le conflit palestinien, il est à 100% avec Israël alors que les Québécois font la part des choses. Harper a perdu, à cause de ce qui précède, le siège au conseil de sécurité de l’ONU pour le Canada, au grand regret des Québécois. Il fait la promotion du pétrole brut des sables bitumineux malgré la farouche opposition des Québécois. Durant le pouvoir péquiste récent au Québec, Harper a tout fait pour ne pas aider ce gouvernement péquiste qui, pour lui, était un ennemi du Canada, même si les Québécois l’avait élu. Et ça continue… en fait, je pourrais noircir toute cette page d’exemples similaires.
Pour un Québécois, c’est à n’y rien comprendre surtout qu’il oublie vite les bons coups d’Harper, telle : l’augmentation des transferts fédéraux en 2005 pour solidifier le budget du Québec mais qui a été transformée, pour des fins électorales, en baisse d’impôts par le PM québécois Jean Charest, au grand dam d’Harper.
Harper parle relativement bien le français qu’il a appris dans les écoles albertaines où rares sont ses compatriotes qui ont réussi à maitriser cette langue comme il l’a fait. Il refuse tout débat constitutionnel pour régulariser l’accord de 1982 que le Québec n’a pas signé, car il craint la confusion et les divisions nationales qu’un tel débat crée. Pour se montrer ouvert, il a fait voter à l’unanimité à la Chambre des communes une résolution reconnaissant le Québec comme une nation. C’est peu, mais cela représente sa pensée. Il commence toujours ses discours en langue française où qu’il soit. Même s’il vient rarement au Québec, on ne peut pas dire qu’il ne respecte pas les Québécois.
Harper est un homme de droite et il a des convictions profondes. Tout comme Pierre Elliot Trudeau, l’ex-premier ministre libéral, qui était plus à gauche. Mal-aimé en Alberta, où le parti libéral ne remportait aucun comté à cause de ses politiques sur l’énergie, personne n’accusait Trudeau d’agir ainsi parce qu’il n’aimait pas les albertains. C’était une question politique et non personnelle.
Harper a réussi à réunir les forces de l’opposition de droite, à créer le nouveau Parti Conservateur du Canada et à prendre le pouvoir.  On peut être en désaccord avec ses politiques, voter contre lui, mais l’accuser de ne pas aimer les Québécois, la preuve n’est pas faite. Par contre, il a démontré de l’amitié !
La responsabilité d’un premier ministre canadien est de maintenir et de bâtir un Canada fort. Durant les longues années des libéraux et même du parti progressiste-conservateur du Canada de Joe Clark et de Brian Mulroney, les politiques s’orientaient, en bonne partie, vers le centre-gauche. Depuis le début du règne d’Harper, ce dernier croit que le temps est venu de redresser les politiques canadiennes en dirigeant le pays vers la droite afin de stabiliser notre orientation future. Il n’a pas tort de vouloir protéger la santé financière future du Canada, si on en juge par le piteux état financier de la France créé par un amoncellement de politiques de gauche, depuis la 2e guerre mondiale.. 
Pour Harper, la pouvoir politique est un balancier régulateur de la santé du pays.
Claude Dupras

dimanche 24 août 2014

Conseil de Lucien Bouchard aux séparatistes : soyez réalistes !


S’il y a un homme politique qui connaît bien le Québec et qui sait prendre son pouls, c’est bien l’ex-premier ministre Lucien Bouchard. Nationaliste dans l’âme, il a quitté le parti progressiste-conservateur canadien et le gouvernement de Brian Mulroney, en 1990, sur, ce qui était pour lui, une question de principe. Nous n’étions pas tous en accord avec lui, mais la quasi-majorité des Québécois l’était.
Après sa démission, il fonda un parti politique fédéral dédié à la séparation du Québec, le Bloc Québécois (BQ), et remporta une forte majorité des sièges du Québec. Ce faisant, il se retrouva chef de l’opposition de Sa Majesté à la Chambre des Communes puisque son parti avait fait élire le deuxième plus grand nombre de députés. Impensable, mais vrai !
Sa popularité était grandissante et elle a été bien démontrée lors du référendum sur la séparation du Québec de l’ensemble canadien de 1995. C’est Bouchard qui, par la force des choses, a mené la campagne lancée par le PM québécois Jacques Parizeau. Avec son dynamisme, sa forte personnalité, sa force de caractère et la puissance de ses mots, il a capté, assemblée après assemblée, l’imagination des Québécois qui venaient de plus en plus nombreux le voir, l’entendre, l’apprécier et se laisser convaincre de ses idées. Ce fut une démonstration spectaculaire d’un chef politique charismatique au discours clair, efficace et laconique. Il n’échoua que par quelques déciles puisque sur 4,7 millions de votes exprimés, le « NON » gagna par seulement 54 288 voix.
L’année suivante, Parizeau démissionna et Lucien Bouchard devint premier ministre du Québec et chef du Parti Québécois (PQ).
Cet homme aujourd’hui, suite à son retrait de la politique en 2001, est devenu un personnage important dans le monde légal et des affaires. Ses paroles portent toujours dans l’opinion publique. Ainsi, il y a quelques jours, il a exprimé ses convictions lors d’une interview importante durant laquelle il a démontré, encore une fois, sa sensibilité québécoise, son intelligence stratégique et son savoir politique. Il a résumé clairement ses sentiments sur son histoire politique personnelle, sur celles du PQ, du Québec, du Canada et sur les référendums sur la séparation du Québec de l’ensemble canadien.
Évidemment, les séparatistes actuels n’ont pas aimé ses propos et sont en furie contre Bouchard, surtout lorsqu’il a prédit qu’il n’y aura pas de nouveau « référendum de mon vivant », et que s’il y en avait un, « le « Oui » serait encore rejeté ». Concernant le BQ, il estime qu’il n’a plus sa place sur la scène fédérale car il y va de l’intérêt des Québécois d’être bien représentés dans les partis politiques nationaux capables de prendre le pouvoir.
Ses opposants ne partagent pas ses opinions puisque ses mots sont venus détruire leurs rêves, leurs actions et leurs prédictions sur la séparation du Québec. Depuis, ils le méprisent, le caricaturent et le déprécient tout en cherchant à démontrer qu’il a tort et que l’idée de la séparation est toujours aussi vive et présente dans l’esprit des québécois. Et cela, même si ce qu’a dit Bouchard correspond aux résultats des recherches de tous les sondeurs et au vote cruellement réel des Québécois envers le PQ lors de la dernière élection québécoise.  
Malgré tout, j’ai une certaine admiration pour ces individus en ce qui a trait à la densité de leur ferveur et de leur nationalisme. Le malheur est, qu’aveuglés par leurs ardeurs et leurs espoirs, ils refusent de reconnaître la sagesse de l’un de leurs plus prestigieux chefs du passé et de mettre de côté leur créature de rêve. De plus, en ne se ralliant pas à la pensée de la majorité des Québécois, ils n’aident pas la cause du peuple québécois sur le plan national. Ils ne sont pas des bâtisseurs.
De plus, ils ne respectent pas ceux qui ne partagent pas leurs opinions. Bouchard est un bon exemple. Voilà le chef qui leur a donné le pouvoir au Québec et qui par ses gestes et ses actions leur a presque livré un résultat positif à un référendum sur la séparation du Québec. Aujourd’hui, il le blâme de n’avoir pas déclenché un troisième référendum même si Bouchard savait que les conditions gagnantes n’étaient pas réunies. Ils se tournent contre lui comme s’il était un vulgaire individu en le pointant du doigt. On n’a qu’à les lire pour réaliser que pour beaucoup d’entre eux, Bouchard est un vendu, qu’il a été acheté, qu’il ne travaille que pour l’argent et qu’il est un paria qu’ils méprisent entre eux et sur la place publique. Ils sont intransigeants.
Ces séparatistes sont généralement bien instruits, écrivent très bien, abondamment et savent dénicher et amplifier tout ce qui va mal avec le gouvernement fédéral et celui du Québec pour asseoir les bases de leurs argumentations. Ce qui compte pour eux, c’est de dénigrer, avant tout, les porteurs de l’autre message. Je considère que c’est là leur erreur principale puisqu’elle résulte dans la baisse de leur crédibilité.
Quant à leur programme politique, il ne germe pas car il n’y a pas de terreau politique comme celui qui a prévalu lors des projets avortés de la réforme constitutionnelle au Canada suite aux accords rejetés du Lac Meech et de Charlottetown. 
De plus, ils n’ont pas de chef charismatique, chaleureux, sensible, aimé et convaincu comme René Lévesque qui a mené le premier référendum ni comme Lucien Bouchard qui a mené le second avec Jacques Parizeau. Ils rêvent de trouver un sauveur, sans réaliser que de tels chefs sont normalement issus de moments politiques particuliers où la société traverse des difficultés hors de l’ordinaire à cause de l’environnement politique qui rend alors propice l’impact de discours nationalistes pouvant fouetter l’imagination et ayant figures de solutions aux problèmes. On est loin de cela.
En fait, l’entrevue récente de Bouchard a mis en relief, encore une fois, l’impossibilité pour les séparatistes d’atteindre leur objectif. Il est temps qu’ils réagissent positivement et deviennent réalistes.
Claude Dupras

 

samedi 19 avril 2014

Un « nerd » pour la réforme électorale canadienne

Il a 34 ans. Il est né en Alberta de parents français. Il a étudié les relations internationales à l’Université de Calgary. Puis, il devint sondeur, consultant politique, assistant de leaders politiques et, en 2004, candidat dans le comté Nepean-Carleton d’Ontario, où, à l’âge de 25 ans il est élu député canadien du Parti Conservateur (PC) en délogeant un ministre libéral de son siège par 4000 voix. Depuis, il a été réélu en 2006, 2008 et 2011 avec des majorités de plus en plus importantes frisant les 19,000 voix de majorité. Le sondage politique annuel du journal The Hill times l’a reconnu un des députés les plus travaillants dans sa circonscription. La politique est sa vie.

Son nom est Pierre Poilievre. Parfaitement bilingue, il est devenu, le 15 juillet 2013, ministre d’état à la Réforme Démocratique du gouvernement Harper. Il est de droite et a des allures d’une personne solitaire, passionnée et obnubilée par une approche politique et intellectuelle genre parti-républicain-américain. En somme, il a des airs de « nerd ». Je ne le connais pas et je n’émets que mon impression après l’avoir écouté et vu débattre à la Chambre des Communes, lu le Hansard, durant les dernières années. Depuis sa venue au parlement, Skippy, comme le surnomme ses collègues, agit en partisan aveugle. Il bondit, attaque et ridiculise les adversaires sur tout et rien. Comme ministre, il se montre petit, mesquin et se fout des questions de l’opposition avec des réponses hors-sujet et trop souvent absurdes. Sûr de lui-même, il est peu porté à écouter les opinions des autres. Malgré tout, on a l’impression qu’un jour il ira loin, peut-être même jusqu’à la tête de son parti et premier ministre du Canada. Mais pour se faire, il devra agir plus démocratiquement, arrondir les coins et comprendre que la politique est l’art du compromis.

Il y a deux mois, Poilievre proposa une réforme importante, le feuilleton C-23 sur l’intégrité électorale. Le projet de loi a été durement contesté depuis et le ministre a systématiquement refusé toute critique et toute modification à son texte.

L’opposition n’est pas venue seulement des partis politiques d’opposition que le ministre a cherché à ridiculiser, mais aussi de mandarins du gouvernement, tels Marc Mayrand, directeur général des élections du Canada et de Sheila Fraser, ex-vérificatrice générale du gouvernement canadien.

Mayrand, nommé par les conservateurs, a critiqué le projet de loi en exprimant ses nombreuses préoccupations dont, entre autres, les restrictions proposées pour l’identification des électeurs par un répondant. Il estime que 120 000 électeurs actifs ne pourront voter à la prochaine élection si la mesure est votée. Il regrette que ni lui et ni le commissaire aux élections Yves Côté n’aient été consultés pour la préparation du projet de loi et souligne qu’au Royaume-Uni, en Australie, en Inde et aux USA une telle preuve de résidence n’est pas exigée.

En réponse, Poilievre rejette du revers de la main l’argumentation réfléchie de Mayrand et l’attaque personnellement en prétextant qu’elle est « pleine d’allégations et ahurissante ». Il ajoute « qu’en réalité Mayrand ne cherche qu’à accroître son pouvoir de haut-fonctionnaire, d’augmenter ses budgets et de rendre moins de comptes au Parlement ». Accusations totalement gratuites et injustes.

Fraser a qualifié le C-23 d’ « une attaque contre notre démocratie » et s’il n’est pas amendé, elle craint que la prochaine élection soit en péril. Elle explique que « notre système est basé sur la justice et l’équité et chaque canadien doit pouvoir voter. Au lieu de faciliter cette approche, le feuilleton c-23 rend cette acte plus difficile ». Elle affirme connaître l’intégrité et l’impartialité de Mayrand et déplore l’attaque contre cet officier du parlement car elle craint que de tels gestes créent l’impression dans le public que les sept hauts-fonctionnaires indépendants du Gouvernement sont biaisés. « Ce qui est loin d’être le cas », assure-t-elle.

Le comité sénatorial à majorité conservateurs s’est penché sur la question et vient unanimement de rendre son premier rapport. Il est très critique et contient des recommandations précises, telles, ne pas empêcher le directeur général des élections de parler aux électeurs, l’obligation de fournir des attestations de noms et d’adresses aux personnes qui le demandent, de ne pas permettre aux partis politiques de dépenser sans limites pour solliciter des fonds d’anciens donateurs (cela favoriserait le PC)... Cependant, il ne s’est pas prononcé sur la question la plus disputée qu’est celle de l’identification d’un électeur par un répondant.

Les conservateurs font tout pour changer la normalité. Ils s’en prennent aux bases même du système tel que défini comme immuable dans le passé, telles, la précision du recensement, l’obligation du gouvernement de répondre au parlement et, aujourd’hui, les élections justes, le droit et le devoir de chaque canadien de voter, l’encouragement aux électeurs à voter, la confiance dans l’intégrité de ceux qui dirigent les élections… Dans le passé, Élections Canada a fait des campagnes de stimulations dans les milieux où le niveau de votation était bas, par exemple, chez les étudiants. Les conservateurs s’y opposent car ils savent que la majorité des étudiants ne sont pas conservateurs. Ils accusent donc Élections Canada de faire de la politique et d’être en « conflits d’intérêts » parce que cet organisme gère les élections et stimule les électeurs à voter puisque c’est son mandat.

Depuis qu’ils sont au pouvoir, les Conservateurs sont comme les républicains américains qui, dans les quartiers noirs et hispaniques, normalement favorables aux démocrates, font tout pour réduire appréciablement le nombre d’électeurs, via le recensement, la diminution du nombre de bureaux de votation... Nous avons été témoins à la dernière élection présidentielle américaine des longues et interminables filées d’électeurs qui attendaient des heures pour voter. Ils étaient blancs, noirs, hispaniques et tous pauvres. Au Canada, nous ne faisons pas cela. Ce n’est pas normal. Tout le monde doit voter et aucune embûche ne doit motiver un électeur à ne pas voter. Les conservateurs, au contraire, par le Bill C-23 cherchent à restreindre le vote étudiant, celui des autochtones et celui de ceux qui doivent utiliser un répondant pour se faire identifier comme électeur, etc. C’est inacceptable.

Le leader de l’opposition Thomas Mulcair, heureux du rapport sénatorial, a décidé de talonné Poilievre et le suit pas à pas au parlement. Ses questions sont pertinentes et, peu à peu, les Canadiens comprennent mieux l’importance de ce débat. La crédibilité du gouvernement est miné jour après jour. Quant au chef libéral, Justin Trudeau, il promet d’annuler le projet de loi s’il est adopté, dès sa prise du pouvoir.

Face à la pression négative montante venant de divers milieux, depuis deux mois, Harper a réagi et a demandé à son ministre de se dire prêt à discuter de changements. C’est un début mais la bataille est loin d’être gagnée même si l’intraitable Poilievre annonce que dorénavant « il a l’esprit ouvert ». Peut-on y croire ? Je ne crois pas, car un tel dossier est complexe, sensible, important et apolitique. Il requiert de l’expérience, de la rigueur et une capacité d’écoute pour être mené à bonne fin. Ce que ce ministre n’a pas démontré avoir à ce jour.

Nous, Canadiens, devons rester sur nos gardes, car la stratégie conservatrice est de faire adopter la loi C-23 le plus vite possible. Des changements de cette importance prennent normalement beaucoup de temps, d’analyses et d’évaluations par tous ceux qui sont engagés et touchés par une telle législation. Ils ne peuvent être brusqués car la démocratie fonctionne bien s’il y a consultation, respect des différentes opinions et consensus. C’est la responsabilité de notre gouvernement fédéral d’agir ainsi.

Claude Dupras

vendredi 28 février 2014

L’intérêt du parti avant l’intérêt général

Nous voilà, Québécois, à l’aube d’une nouvelle élection générale. Le Parti Québécois a, depuis un an, repris du poil de la bête et trône dans les sondages. Cette situation est un hommage à la longue expérience politique de Marois et à l’excellence de ses conseillers. Voulant profiter de la situation et voyant à l’horizon la possibilité de diriger un gouvernement majoritaire avec le pouvoir de mettre en force le programme politique de son parti, elle va provoquer une élection. Et cela, malgré que la minorité qu’elle dirige, depuis moins de deux ans, ait fait adopter une loi pour fixer automatiquement la date des élections aux quatre ans. Elle veut imiter ainsi le PM canadien, le conservateur Stephen Harper, qui ne respectant pas la loi fédérale, avait subitement déclenché une élection avant la date prescrite pour gagner une majorité. Et il avait réussi. Bizarres chefs de partis qui interprètent la loi à leur façon pour satisfaire l’intérêt de leur parti, prétextant qu’elle ne s’applique pas si les partis sont minoritaires, même s’ils n’ont pas été défaits en chambre sur une question gouvernementale vitale.

Le programme du parti Québécois a été adopté démocratiquement par les membres du parti. On peut dire, sans exagérer, que le PQ est un des partis les plus démocratiques du Canada, l’autre étant le Nouveau Parti Démocratique sur le plan fédéral. Aux congrès du PQ, tous les délégués, dûment élus dans leurs comtés, débattent vraiment de chaque résolution et décident indépendamment de l’adopter, de l’amender ou de la rejeter, nonobstant, souventes fois, les désirs de la direction et du chef du parti. La constitution du parti a été ainsi adoptée. Et l’article 1, de cette constitution du Parti Québécois, stipule : « Aspirant à la liberté politique, le Parti Québécois a pour objectif premier de réaliser la souveraineté du Québec à la suite d’une consultation de la population par référendum tenu au moment jugé approprié par le gouvernement ». On ne peut être plus clair. Le but du parti est la séparation du Québec de l’ensemble canadien. Le PQ est séparatiste.

Un très grand nombre de Québécois n’appuient pas le PQ, justement à cause de cet article et cela même s’ils étaient tentés de voter pour un bon gouvernement péquiste en qui ils auraient confiance. Ils ne le font pas de crainte que le PQ ne les engage dans un autre référendum pour briser leur pays, le Canada. Par deux fois, les Québécois ont dit « NON », mais, pour les péquistes, c’est la phrase de René Lévesque qui résonne toujours dans leurs têtes : « à la prochaine ».

A leur congrès de 2012, les péquistes ont approuvé, en l’absence de leur chef Marois, une résolution pour modifier la loi sur la consultation populaire pour permettre des référendums d’initiative populaire qui s’appliqueraient même pour la souveraineté. Le ministre Drainville, le même qui est l’auteur de la « Charte des valeurs… », a confirmé que le processus référendaire pourrait être déclenché par une pétition avec une exigence de 15% des électeurs inscrits. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux et l’internet, il est relativement facile de réunir des milliers d’internautes autour d’une question. On connaît les abus en Californie de tels référendums électoraux et vouloir appliquer cette méthode pour séparer le Québec du Canada est irresponsable. Même si Pauline Marois a dit vouloir consulter la population sur les modalités de mise en place de cette idée, on peut comprendre qu’elle ne s’y oppose vraiment pas. A mon avis, un gouvernement qui veut engager la population dans une telle décision doit avoir les mains libres d’agir et en prendre la responsabilité entière et non pas être obligé d’agir par une pétition.

A la question de journalistes sur la tenue d’un référendum dans un prochain mandat majoritaire, la PM Marois répond vaguement et promet « un livre blanc sur l’avenir du Québec ». Elle dit vouloir une nouvelle consultation sur l’option séparatiste en vue d’aboutir à des propositions qui seront avalisées par son gouvernement. Elle dit refuser de s’engager officiellement dans un autre référendum mais elle suit exactement le chemin du référendum de 1995 qui avait été précédé de la Commission de l’avenir du Québec. Il est clair que les propositions, dont elle parle, seront avancées par des partisans du parti et de l’option indépendantiste. En fait, elle se fout de nous ! « Nous allons réfléchir collectivement », lance-t-elle, alors que tous les sondages indiquent que 50-60% des Québécois s’opposent à la tenue d’un nouveau référendum. Et, sans même sourire du coin de la bouche, elle ajoute : « on ne bousculera pas les Québécois, nous allons leur donner une avenue claire, et tenir le référendum dans un moment approprié ». En somme, elle a décidé que le résultat de la commission ira dans le sens qu’elle veut, que le référendum aura lieu, mais qu’il est nécessaire pour elle de maquiller la réalité pour calmer ceux et celles qui s’y opposent.

La PM Marois cherche aussi à refaire le coup de la Commission sur la charte des valeurs québécoises… de la neutralité… de la laïcité… (je ne sais plus quel nom y donner, tellement il change constamment). Pour gagner le débat sur la question de cette charte, le parti québécois profite de l’islamophobie que les dépositions à la commission génèrent. On est rendu au point, que beaucoup de Québécois ont peur de l’Islam, méprisent ceux qui pratiquent cette religion et acceptent la charte pensant que c’est la solution à ce pseudo problème. On fait croire que toutes les femmes musulmanes doivent porter le voile sous les ordres de leur père ou mari. On ne veut pas savoir que l’Islam exprime une grande sagesse, une ouverture sur la fraternité humaine, un respect de toutes les religions, de la famille, un engagement envers les faibles et les déshérités… On fait de l’Islam un monstre et pour le contrer on est pour la charte, car c’est elle qui plantera la lance dans cette bête de l’apocalypse qui supposément étend sa menace sur nos tous. J’exagère, vous direz… eh ! bien dites-moi ce que vous disent vos amis et voisins sur tous les messages antimusulmans qu’ils reçoivent via les réseaux sociaux sur leurs appareils intelligents et leur ordinateurs. Certes, il y a les islamistes, les purs, durs et cruels. Ce sont des minorités qui n’ont rien à voir avec les musulmans que je connais au Québec, en Algérie, au Maroc…. Et il faut avoir côtoyé ces derniers pour comprendre qu’ils sont des gens qui ont des familles, des enfants, des ambitions, des problèmes, des préoccupations, des joies, des misères… comme nous.

La charte des valeurs a fait remonter le PQ dans les sondages. Il en a fait sa stratégie électorale et ce faisant a fait passer l’intérêt du parti avant l’intérêt général. Tout a été bien pensé. La charte est devenue le sujet du jour surtout en région où le PQ pense trouver sa majorité. Plusieurs de nos compatriotes voient les musulmans dans leur soupe. A les entendre et à les lire, ils sont responsables de tous les maux, ils infiltrent même les garderies. Ils pointent du doigt ceux qui les défendent comme étant des alliés qui doivent aussi être maudits (j’en sais quelque chose). J’ai l’impression qu’un désir de revanche domine, aujourd’hui, chez trop de Québécois. La charte a créé inutilement une profonde division chez les Québécois, entre les francophones et avec les anglophones et allophones. C’est inadmissible et malsain.

La PM Marois aime souvent copier la France, mais le Québec n’est pas la France. Nous sommes en Amérique et nous sommes tous des descendants d’un immigrant, quelle que soit la religion. Ensemble, nous avons construit nos pays et ensemble nous continuerons à le faire. Et au Québec, tout cela peut se faire en français, sans division mais en se respectant mutuellement.

Au lieu de se concentrer sur les vrais problèmes, comme celui du manque criant de main d’œuvre qualifiée, de l’économie qui cherche à nous fuir, des emplois qui se perdent, des usines qui ferment, des Québécois qui veulent partir, de la dette qui nous écrase, de l’amélioration de l’éducation, de la solidification du français, etc… le gouvernement du Parti Québécois démontre encore, nonobstant tout ce qu’il dit, qu’il n’a qu’un seule idée : diviser les Québécois afin de pouvoir gagner un référendum pour séparer le Québec du Canada. Il est important que tous les Québécois placent cette question au cœur des enjeux réels de la prochaine élection.

Claude Dupras

lundi 9 décembre 2013

Stephen Harper ne partira pas

Stephen Harper est premier ministre du Canada depuis 9 ans. C’est beaucoup pour un chef conservateur. Surtout durant les années que nous vivons où les politiques conservatrices ne sont pas toujours au goût de la majorité des électeurs. Depuis un certain temps, plusieurs observateurs s’amusent à prédire son départ. Qu’en est-il vraiment ?

Issu de la fusion entre les réformateurs modérés du Bas-Canada et du Haut-Canada en 1854, le Parti Conservateur (PC) devint, de 1942 à 2003, le Parti Progressiste-Conservateur (PPC) en intégrant un parti de l’Ouest. Sa politique était centriste. Puis, suite au regroupement avec le parti Alliance Canadienne (AC), en 2003, le nom redevint Parti Conservateur. Cette union n’en fut pas une d’idées mais de noms seulement et revêtait un caractère opportuniste.

Le Reform Party était un parti populiste créé par Preston Manning dans l’Ouest Canadien. Après ses insuccès lors d’élections fédérales, le Reform voyant son incapacité à gagner des appuis dans l’est du pays changea son nom pour Alliance Canadienne (AC), pensant que son impopularité n’était qu’une question de cosmétique. Suite à d’autres défaites électorales, Stephen Harper devint chef de l’Alliance. Il proposa la fusion avec le PPC du chef Peter Mackay. Plusieurs ex-ministres du PPC telle, Flora Macdonald, et des sénateurs PPC tel, Lowell Murray (il siège encore aujourd’hui comme sénateur progressiste-conservateur), s’opposèrent à cette union dont ils prévoyaient l’issue politique. Mais leurs oppositions furent renversées. Le Parti Conservateur renaquit de ses cendres et Harper le campa carrément à droite.

La conjoncture politique servit bien Harper puisque le parti libéral, alors dirigé par le PM Paul Martin, au pouvoir depuis trop longtemps, fut pris dans un scandale d’envergure nationale, « les commandites ». De plus, Harper promit de baisser la TPS (TVA) de 2%. Le bruit qui en résulta fit en sorte qu’Harper et son parti PC prirent le pouvoir. Harper obtint sa victoire grâce à l’appui de l’Ouest et de certaines régions conservatrices de l’Ontario. Le Québec ne lui donna que 10 députés sur 75.

Les Canadiens ne sont pas majoritairement de droite, si on en juge par les partis de centre ou de centre-gauche qui dirigent les gouvernements des provinces. Et cela, même en Alberta où se trouve la base nationale du PC. Les séparatistes québécois aiment affirmer que les Québécois ne sont pas semblables aux autres Canadiens qui, disent-il, sont conservateurs. Or, cela ne correspond pas à la réalité. Harper est de droite, mais la grande majorité des Canadiens ne l’est pas.

Le Canada n’est pas la France. Là-bas on vote à gauche, à droite, au centre, à l’extrême droite ou à l’extrême gauche. Les Français votent pour les politiques et non les politiciens. Par exemple, lorsqu’on est de gauche, on vote pour le candidat de gauche aux élections nationales, aux départementales, aux cantonales, aux municipales. Les Canadiennes et Canadiens, plus pragmatiques, ne décident pas ainsi de leurs votes. Ils optent pour le parti, son chef et le candidat de leur comté sur la base du programme électoral en tenant compte des problèmes de l’heure. La valeur des candidats compte. Au Québec, il y a en plus d’autres considérations puisque les agissements d’un lointain passé des conservateurs demeurent dans le subconscient des francophones, telles la pendaison du métis Louis Riel ou les deux crises de conscription obligatoire lors des guerres mondiales. Québec se souvient !

Il faut se rappeler qu’Harper a démissionné comme député réformiste pour promouvoir son programme de droite. Il espère, depuis ce temps, que la droite écrase le centre et la gauche comme ce fut le cas en Grande-Bretagne, aux USA et en Nouvelle-Zélande. C’est comme chef de l’opposition qu’il dévoila sa politique étrangère, lors du débat sur la guerre en Irak et le refus du Canada d’y participer : « Ce gouvernement nous a, pour la première fois dans notre histoire, tenu à l’écart de nos alliés britanniques et américains au moment où ils avaient besoin de nous ».

La politique étrangère du PM Harper surprend : boycottage récent de réunions aux Nations-Unis et au Commonwealth, rejet de l’accord de Kyoto déjà signé par son prédécesseur, etc. Il refuse à chaque occasion de faire la part des choses. Alors que le Canada s’est toujours rangé du côté des plus faibles et de la liberté, le Canada d’aujourd’hui appuie inconditionnellement le gouvernement d’Israël dans la lutte palestino-israélienne. Pour lui, le Canada n’est grand que s’il accepte la coalition impérialiste anglo-saxonne, qu’elle soit sous la dominance de Washington ou de Londres.

Quelle différence avec la politique du Parti Progressiste-Conservateur du PM Brian Mulroney que nous rappelle la mort récente de Nelson Mandela. À ce moment-là, le PM et son ministre des affaires étrangère Joe Clark prirent solidement position à l’ONU en faveur de la position de Nelson Mandela et des noirs sud-africains dans leur bataille contre l’apartheid et les Afrikaners, malgré les appuis des conservateurs anglais et des républicains américains aux blancs. C’est Mulroney qui convaincra Margaret Thatcher et Ronald Reagan de mettre la pédale douce et de modifier leurs points de vue. Je crois que l’on peut affirmer clairement aujourd’hui que si Harper avait été alors PM, il aurait ouvertement appuyé les Afrikaners au nom de la coalition impérialiste anglo-saxonne contre Nelson Mandela.

Harper a vertement critiqué le gouvernement Chrétien de n’avoir pas voulu joindre le Canada à la guerre d’Irak. Par contre, il a engagé le pays dans celle d’Afghanistan, sous commandement américain. Il a ainsi ramené l’identité canadienne à la case de départ en modifiant les pouvoirs du gouvernement canadien principalement : la politique étrangère, la défense et l’armée.

En politique domestique, Harper estime que le vrai problème canadien se situe entre les secteurs privé et public. Il n’aime pas le concept de l’État-providence qui, dit-il, a créé une « classe politique » qui ne fait que réclamer davantage de ressources que le secteur privé peut en fournir. La gauche veut des prêts, des subventions, de meilleures pensions, des subsides… La droite veut des réductions d’impôts. Pour Harper, cela se traduit par moins de gouvernement, donc plus de liberté.

Pour lui, l’obstacle principal est le Québec où il ne voit que étatisme, dirigisme, socialisme et « patronage ». Il s’est opposé à l’entente du Lac Meech et à l’Accord de Charlottetown parce que les deux prévoyaient une forme de statut particulier pour le Québec. Il s’est opposé à la « société distincte » car pour lui ce n’était qu’un chèque en blanc pour davantage d’étatisme. Il était et demeure partisan de la ligne dure à l’égard du Québec et refuse de céder à ce qu’il appelle « le chantage du Québec » sur ces questions.

Le PM Harper débute toujours ses discours en français et cela est apprécié par les Québécois qui comprennent néanmoins qu’il est motivé pour ce faire par des aspects politiques. Le malheur, c’est que ses actions politiques envers le Québec ne suivent pas.

Harper s’oppose à la promotion du bilinguisme au Canada. Il se justifie par le fait que le Québec soit officiellement unilingue français. Il ne tient pas compte du fait que plus de 75% des Québécois sont bilingues. Même s’il dit accepter que le français et le l’anglais ont un statut égal dans toutes les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada, il fait tout pour contrevenir indirectement à ces lois, en nommant trop souvent, comme on a vu récemment, des « mandarins » unilingues à des postes qui requièrent la connaissance de la langue française. Même au Parti Conservateur, cette semaine, il n’a pas osé nommer un francophone comme directeur général, alors que le poste était ouvert.

Je reconnais qu’il a changé plusieurs de ses positions rigides de son temps de député. Pour lui, même s’il pense que la langue française n’est pas menacée au Québec, il accepte aujourd’hui que les provinces puissent légiférer sur la langue et la culture. Cependant, il ajoute un bémol. Leurs décisions doivent respecter la charte pour la défense des droits à la liberté d’expression et au choix de la langue.

En rapport avec la séparation du Québec, Harper n’accepte pas qu’elle puisse se faire suite à une déclaration unilatérale d’indépendance du Québec. Pour lui, la sécession requiert un amendement constitutionnel et le consentement unanime des provinces. Il affirme « si le Canada est divisible, le Québec l’est aussi » et exige une question référendaire claire. Je rappelle qu’il s’est opposé à la « Déclaration de Calgary » qui reconnaissait le « caractère unique » de la société québécoise et l’intégration de cette caractéristique dans la constitution canadienne. Il a souventes fois affirmé « qu’il ne fallait pas céder au « bluff » du Québec ».

Harper a toujours œuvré pour que les valeurs de la droite économique, sociale et religieuse deviennent les valeurs dominantes du Canada. Il calque son travail sur les expériences conservatrices de ses héros, Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Il veut déréglementer, privatiser, baisser des impôts, réduire la dette et diminuer le rôle de l’État. Il refuse de faire des concessions économiques et sociales aux provinces. Il continue de favoriser le libéralisme économique classique et le conservatisme social. Pour lui, le véritable problème est le relativisme moral et la neutralité morale.

En bon politicien, Harper sait choisir ses batailles afin de ne pas trop diviser les rangs de son parti. Il a dévoilé sa stratégie, il y a plusieurs années : « L’important c’est d’aller dans la bonne direction, même si c’est lentement ».

Tout ça me fait conclure qu’Harper n’est pas prêt à démissionner et à risquer que les rênes du Parti Conservateur tombent dans les mains d’un successeur qui ne poursuivra pas avec persévérance la réalisation du projet de droite qu'il s'est fixé pour le Canada.

Il ne partira pas car il craint de voir détruire en un jour l’œuvre de sa vie politique, comme dirait Kipling.

Claude Dupras

samedi 19 octobre 2013

L'accord de libre-échange Canada - Union Européenne, un espoir sérieux

Encore récemment, il me semblait improbable que le premier ministre canadien Stephen Harper réussisse à négocier une entente de libre-échange avec l’Union Européenne. Et, surtout, avant les USA. J’ai suivi l’évolution des négociations de ce dossier depuis quelques années.

Malgré ma sympathie politique passée pour son parti, j’ai perdu confiance dans le leadership du PM Harper. Trop de ses décisions allaient à l’encontre de l’opinion majoritaire des Québécois et je les ai dénoncées souventes fois dans mon blog. Son reniement de l’accord de Kyoto est le principal exemple.

Mais aujourd’hui, il faut être correct, féliciter le premier ministre et lui crier BRAVO. Il a réussi, après plus de quatre années de négociations difficiles, à s’entendre en principe avec les dirigeants de l’Union Européenne sur un pacte de libre échange Canada-Europe. Le document est signé ! Harper a raison d’en être fier.

Évidemment ce n’est pas encore un fait accompli puisque les provinces et les territoires canadiens doivent maintenant l’approuver tout comme les 28 membres de l’Union Européenne. Le gouvernement du Québec a été le premier à confirmer son accord de principe sur le texte préliminaire. Le document final ne sera connu que plus tard, suite aux vérifications légales et aux nombreuses traductions dans les diverses langues européennes. Cela démontre que quelque soit le parti au pouvoir à Québec, l’économie demeure une priorité qui n’a pas de couleurs. L’approche positive de Pauline Marois mérite d’être soulignée.

Cet accord de libre-échange donnera aux entreprises canadiennes et québécoises un accès préférentiel aux 500 millions de consommateurs européens qui dépensent annuellement plus de 17 trillions $. Au minimum, 80 000 nouveaux emplois en découleront. Le PIB grimpera de 12 milliards$. Le commerce entre les deux parties augmentera de 22 %. En plus, les coûts de produits pour les consommateurs diminueront appréciablement.

On ne connaîtra que plus tard les réels perdants ou gagnants de l’application de l’accord. Aujourd’hui, les journalistes spécialisés, les observateurs avertis et les groupes d’intérêts qui estiment être touchés positivement ou négativement par le contenu de l’accord, nous en donnent un aperçu.

Ainsi, à cause de l’élimination de tarifs douaniers, les Canadiens paieront moins cher, pour les produits de consommation venant d’Europe, comme pour les vêtements, les parfums, les produits domestiques. Ce sera aussi positif pour nos manufacturiers d’automobiles puisqu’on estime qu’ils exporteront 90 000 autos de plus par an. Quant aux producteurs canadiens de viande, ils vendront plus de bœuf, de porc et de bison.

Par contre, certaines entreprises canadiennes et particulièrement québécoises seront concurrencées fortement, tels les producteurs laitiers, les fromagers et autres. Mais dans ces cas, qui soulèvent beaucoup de bruits anti-accord, ce sont les consommateurs qui en profiteront. Par exemple, le fromage qui se vend à des prix très élevés au Québec devra faire place aux excellents fromages français et autres qui apparaîtront dans les épiceries à des prix fortement inférieurs.

Quant aux fromagers canadiens, de hauts fonctionnaires affirment qu’ils seront financièrement compensés pour les effets négatifs sur leurs affaires. Cela pourrait être l’équivalent des subventions que les pays d’Europe accordent actuellement aux producteurs laitiers, fournisseurs des producteurs de fromage.

Les tarifs pour les produits d’agriculture seront fortement diminués, rendant notre blé et nos huiles plus accessibles.

Pour les projets de construction, le marché deviendra ouvert, au Canada comme en Europe, à tous les entrepreneurs canadiens et européens pour des projets excédant 7,8 millions de $, assurant ainsi une plus saine concurrence.

Quant aux achats de matériel, de services d’architecture, d’ingénierie ou autres, ils deviendront accessibles à toutes les entreprises pour des montants excédents certains minima. Cela diminuera les dépenses des corps publics.

Pour les produits de nos forêts, les tarifs diminués rendront plus disponibles notre bois, notre pulpe de bois, notre papier journal.

Pour les produits de la mer, l’obligation que le conditionnement des produits exportés soit fait à Terre-Neuve sera levée et des réductions de tarifs seront appliquées sur les poissons, les produits dérivés de la mer, les crevettes, le homard et les coquilles-St-Jacques rendant le tout plus accessible.

La protection de la propriété intellectuelle est aussi au cœur de l’accord et cela à la demande des Européens. Ces derniers veulent augmenter la durée des brevets de 20 à 22 ans. Ceci affectera à la hausse les prix des produits pharmaceutiques et retardera l’accès aux produits génériques moins chers. Le gouvernement canadien qui a dû faire cette concession propose de compenser les provinces pour les augmentations de coûts. Mais cela ne prendra effet que huit ans après la signature.

Les investisseurs de tous les pays signataires seront traités équitablement et de la même façon que les investisseurs locaux le sont par leurs gouvernements. Des compensations pour des actes, comme l’expropriation illégale d’un investissement par un pays, seront disponibles. L’arbitration de conflits est prévue. L’acquisition d’une entreprise canadienne de moins 1,5 milliards ne nécessitera pas l’intervention d’Investissement-Canada.

Les tarifs douaniers seront éliminés sur les produits manufacturés pour l’aérospatiale, les chemins de fer, la machinerie, les produits électriques et les équipements. De même sur l’aluminium, le nickel, le fer, l’acier… et les télécommunications. Tout cela débouche sur des produits moins chers, des ventes accrues et des emplois additionnels.

Pour assurer la protection de l’environnement, les signataires ont accepté de respecter les lois environnementales sans aucune concession pouvant favoriser les échanges commerciaux ou attirer des investissements nouveaux. C’est à se demander ce qui arrivera aux sables bitumineux !

Pour faciliter les échanges, l’accord prévoit une rationalisation de la réglementation et une diminution des lourdeurs administratives. Un rêve diront plusieurs. Peut-être !

Lorsque nous constatons tous les bienfaits que retireront les consommateurs canadiens de l’accord de libre-échange Canada-Union Européenne, on comprend mieux, maintenant, le nouveau programme politique du Parti Conservateur du Canada « une nouvelle ère pour les consommateurs et les entreprises » présenté par le premier ministre Stephen Harper dans le récent discours inaugural de la nouvelle session parlementaire. C’est la première fois que le PC investit son « capital politique » dans une politique nouvelle, d’envergure et peut être risquée. Un coup de dés ? Non, je ne crois pas car le tout est bien préparé.

Tenant compte des accords existants de libre-échange du Canada avec les USA et le Mexique (Aléna), le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l’Honduras, Israël, la Jordanie et le Panama auxquels s’ajoutent maintenant celui avec l’Union Européenne, notre pays devient de plus en plus un partenaire économique sérieux avec les grandes nations du monde. Et ce n’est pas fini, puisqu’il négocie actuellement de tels accords avec 12 autres pays dont l’Inde, le Japon, l’Ukraine, la Corée du sud, le groupe trans-pacifique, etc… Tout cela fait du Canada un pays d’investissement, de compétence et de saine concurrence. Ce qui en découle sont les nouveaux emplois, les opportunités, l’accès au monde dont bénéficient ses citoyens et un avenir plus que prometteur pour ses jeunes. Ce ne sont pas seulement des mots… mais des faits.

Claude Dupras

mardi 23 juillet 2013

Un Premier ministre bien ordinaire

C’est à son arrivée à Lac Mégantic, que j’ai revu Stephen Harper. Encore une fois, je l’ai trouvé terne, incolore, inodore et sans saveur. Quelle image désolante pour un premier ministre (PM) du Canada, au pouvoir depuis près de 8 ans ! Est-ce cela qui explique qu'il n'a que 8% d’appuis au Québec, alors que Robert Stanfield, chef du Parti progressiste-conservateur qui aussi avait peu d’image, mais était un progressiste, en avait 21% ? Qu’en est-il vraiment ? Pour mieux comprendre, je crois qu’une comparaison s’impose avec les faits et gestes de ses prédécesseurs : John George Diefenbaker, Lester Pearson, Pierre-Elliot Trudeau, Brian Mulroney et Jean Chrétien.

John Diefenbaker né en Ontario, adolescent en Saskatchewan, soldat de la 1ière guerre mondiale, en revient pour pratiquer le droit. Amant de la politique, tribun extraordinaire, il perd sept élections avant d’être député, ministre et PM du Canada. Il le sera 6 ans. Traduction simultanée, première femme ministre, premier amérindien sénateur, plus de points d’impôts aux provinces, protection des agriculteurs de l’Ouest et des pauvres de la société sont ses actions. Il fait adopter la déclaration canadienne des droits et des libertés fondamentales. Il veut l’indépendance économique et politique du Canada des USA. Refuse l’implantation sur le sol canadien de missiles nucléaires américains Bomarc. En 1958, il gagne 50 députés au Québec, malgré qu’il soit unilingue anglais. Persuasif, convaincu et convainquant, « the chief » est un leader sincère, franc et a de la couleur. Pour le PM Joe Clark : « Ce fut un homme indomptable qui changea la nature profonde de son pays et la changea pour toujours ».

Lester Pearson devint Nobel de la paix. Diplômé de l’U de Toronto et d’Oxford, athlète, pilote à la guerre 1914-18, il devient ministre, s’oppose à l’intervention militaire du Canada dans le monde et propose, à l’ONU, la formation des « casque bleus ». PM en avril 1963, il le sera 5 ans, il instaure l'accès universel aux soins de santé, les prêts aux étudiants, le bilinguisme officiel, le régime de pensions des canadiens, etc.. et le drapeau du Canada. Il légalise le divorce, décriminalise l'avortement et l'homosexualité. Combiné à son travail innovateur à l'ONU et en diplomatie internationale, Pearson est l'un des Canadiens les plus influents du XXe siècle. Il a fait sa marque partout.

Pierre-Elliot Trudeau, formé par les jésuites, étudiant en droit, obtient une maîtrise en économie politique d’Harvard. Outrancier, insolent et provocateur, il aime le canoë et les voyages, dont en Chine de Mao. Il s’intéresse à la grève d’Asbestos et aide les grévistes. Il joint « Cité libre » où il propose des « réformes sociales et une plus grande égalité ». Professeur de droit constitutionnel à l'U de M, il se lance en politique fédérale. Elu, il est ministre de la Justice. Une phrase le rend célèbre « L’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation ». Devenu PM, il le sera 15 ans. Il fait adopter la loi sur les langues officielles et oblige les institutions fédérales à offrir des services en anglais et en français à la grandeur du pays. Aux prises avec l’enlèvement du diplomate James Richard Cross et le meurtre du ministre Pierre Laporte, il ordonne à l'armée d’agir et proclame la « Loi sur les mesures de guerre ». Il aboli la peine de mort. En 1976, il apporte une aide financière au peuple cubain victime d’un embargo américain. Il gagne le référendum de 1980 contre les séparatistes québécois et rapatrie la constitution canadienne de Londres, nonobstant le refus du Québec. Intellectuel au caractère flamboyant, il a rehaussé la visibilité du Canada dans le monde.

Brian Mulroney, de Baie Comeau, devient avocat d’une firme montréalaise, commissaire de la Commission Cliche sur la construction et président de Iron Ore Company. Intéressé par la politique, il est élu PM progressiste-conservateur en 1964. Il le sera 9 ans. Il veut la signature du Québec sur l’acte constitutionnel de Trudeau et négocie l’accord du Lac Meach pour ce faire. Il vient à un cheveu près de réussir. Il privatise de nombreuses sociétés d'État dont Air Canada, ratifie le libre-échange avec les États-Unis, s’oppose au régime d’apartheid en Afrique du Sud et appuie la « coalition » durant la guerre du golfe. Il initie un accord sur les pluies acides avec les USA et est le premier répondeur occidental à la famine éthiopienne de 1984-1985. Il s’oppose à l'intervention des USA au Nicaragua, mais devient interventionniste dans des conflits en Yougoslavie, en Ethiopie et en Irak. Malgré qu’il sache l’impopularité pour son parti qui va en résulter, il impose une taxe de vente (TPS), décrète un moratoire sur la pêche à la morue et accorde le contrat d’entretien des F-18 au Québec. Sa forte et plaisante personnalité en fait un leader politique aimé par les grands de ce monde et cela a bénéficié au Canada.

Jean Chrétien est né à Shawinigan. Diplômé en droit de l’U de Laval, il est élu député fédéral en 1963. PM en novembre 1994, il le sera 10 ans. Il hérite d'un pays largement endetté. Avec son ministre des finances, Paul Martin, il procède à des compressions budgétaires importantes et élimine un déficit de 42 milliards $. Ses cinq budgets suivant sont excédentaires et il rembourse 36 milliards $ sur la dette. Il vote la plus grande baisse d'impôt de l'histoire. Lors du référendum de 1995, il dirige les fédéralistes à la victoire. Puis, il fait adopter la loi sur la clarté référendaire pour que toute question référendaire future soit « une question claire » qui doit obtenir « une majorité claire ». Il refuse que le Canada participe à la guerre d’Irak de 2003 et ratifie le Protocole de Kyōto sur les changements climatiques. Depuis sa retraite, la popularité de Chrétien ne cesse de grandir et il demeure un orateur puissant et aimé.

Stephen Harper, membre fondateur du Reform Party, parti de droite de la droite, est élu chef du parti (devenu Alliance Canadienne). En 2003, il conclut un accord avec le parti Progressiste-Conservateur pour fusionner les partis. Pour réussir, il doit renier ses politiques contre l’avortement et contre le bilinguisme. Le Parti Conservateur est créé (le mot progressiste étant trop choquant aux oreilles d’Harper). En 2006, il est élu PM et hérite d’un Canada prospère, dynamique et respecté sur la scène mondiale.

Pour respecter ses promesses électorales de 2006, Harper diminue la TPS de 2 %. De plus, il réduit l’imposition des sociétés de 6 %. Le PIB augmente de 13,6% et le Canada s’en tire mieux que les autres pays développés. En 2013, la croissance est de 2,5%, les exportations en hausse de 6% et la dette est moins élevée. 95 000 nouveaux emplois sont créés. Définitivement, un plus.

Sous prétexte que le Canada est devenu une « superpuissance énergétique éminente », Harper change radicalement la direction du pays en rapport avec l’environnement. Lui qui avait traité le protocole de Kyoto de « complot socialiste », annule les programmes d’actions volontaires, dont « le « défi d’une tonne ». Pour masquer son inaction, il annonce des programmes visant à baisser de 20%, en 13 ans, les GES. Les médias dénoncent la duplicité et le manque de sérieux du gouvernement. Trois ans plus tard, Harper retire le Canada de Kyoto, met la clef dans son programme d’une bourse de carbone et réduit son objectif de GES, qui ont augmenté de 7,4% au lieu de diminuer. Définitivement, un moins.

L’industrie du gaz et du pétrole représente 8% du PIB. Les sables bitumineux y compte pour 60%. Le monde entier s’élève contre l’exploitation des sables dont l’Union Européenne qui refuse ce pétrole « sale » sur son territoire. Aujourd’hui, la réduction de pollution est réelle mais chimérique au moment où Obama est pressé par Harper, au nom de la bonne entente USA-Canada, d’approuver le nouvel oléoduc Keystone XL. « Le transport se fera par oléoduc ou par rails », dit Harper au président, « à vous de choisir ». Après l’apocalypse du Lac Mégantic, on peut comprendre la force de cette menace. Pour Harper, l’impact économique au Canada et l’indépendance énergétique en Amérique du Nord, l’emporte sur le réchauffement climatique. Définitivement, un moins.

Bon conservateur, Harper introduit des modifications au code criminel pour le rendre plus sévère. Allongement de peines, peines minimales pour petit délit, mise en liberté sous condition annulée, libérations conditionnelles restreintes, etc... Il ferme six « fermes-prisons » de réhabilitation pour les détenus. La population carcérale augmente. Critiqué par les juges et les avocats, Harper ne bronche pas. Son modèle est les USA qui selon lui est l’endroit le plus sûr de la planète. Définitivement, un moins.

Toujours sur sa ligne à droite, il somme le Conseil national de recherches à mettre l’accent sur des recherches pratiques pour aider l’industrie au lieu de la recherche fondamentale. C’est une guerre contre la science qui peut coûter cher à long terme et qui fait en sorte que les meilleurs cerveaux nous quittent. Définitivement, un moins.

Il aboli le registre national des armes à feu mis sur pied à coup de millions $ par ses prédécesseurs, suite à la tuerie de Polytechnique. Définitivement, un moins.

Harper fait intervenir le Canada dans la guerre en Afghanistan. Il avait reproché à Chrétien d’avoir refusé de participer à la guerre en Irak. Le nombre de morts est grand. Les coûts aussi.
Définitivement, un moins.

Voulant limiter le jeu de l’influence avec l’argent, suite aux dons politiques, Harper instaure une interdiction de lobbysme de 5 ans aux ex-ministres, haut fonctionnaires. Il crée le poste de Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique. Définitivement, un plus.

Il modifie la loi électorale et instaure les élections générales à date fixe. Définitivement, un plus.

Il n’oublie pas ses politiques du Reform et nomme des unilingues à des postes qui requièrent des personnes bilingues. Il renie ainsi sa parole donnée au parti progressiste conservateur. Il coupe le budget pour le bilinguisme et est critiqué vertement par le vérificateur général. Définitivement, un moins.

Harper met fin à l’obligation des Canadiens de remplir le formulaire du recensement quinquennal, malgré l’opposition du directeur de Statistique Canada. Au recensement qui suit, le taux de réponse de 50% devient un empêchement pour obtenir des renseignements valides pour le développement urbain, la construction d’écoles, d’hôpitaux, de logement à loyer modique, de services aux immigrants. Tout devient plus compliqué et souventes fois impossible. Définitivement, un moins.

Sur la question de l’unité nationale, Harper dépose une motion reconnaissant « que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni ». Le vote aux Communes est quasi unanime. Controverse au Canada Anglais que Harper apaise en lui affirmant qu’il y a plusieurs nations au pays. Finie l’histoire du Canada créé par deux nations, la francophone et l’anglophone. Que sont les francophones des autres provinces ? L’ile-du-Prince Edouard, une nation ? Ce n’est que de la petite politique qui n’a rien apporté à Harper aux élections qui suivirent. Il n’en parle plus. Pour certains un plus, pour d’autres un moins !

Comme on peut juger, le conservatisme de droite a pris charge de la politique canadienne. Les moins l’emportent sur les plus. Influencé par la politique républicaine américaine, Harper et son idéologie a amené le Canada dans une voie qui nous est étrangère. Certes, il met l’accent sur l’économie et réussit, mais un pays c’est aussi une foule d’autres choses aussi importantes.

Les premiers ministres qui ont précédé Harper ont bâti un Canada grand, propre, fier, fort, ouvert au monde, respecté, respectueux de la personne humaine et de ses droits, champion de l’environnement. Aujourd’hui, le Canada souffre, fait du sur place et les gens du monde nous demandent « Qu’est ce qui se passe chez vous ? ». La réponse est simple. « Nous avons un Premier Ministre bien ordinaire »

Claude Dupras