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dimanche 1 mai 2016

La trudeaumanie à la Justin

Le Canada connaît une nouvelle vague de trudeaumanie.

Après son célèbre père, l’ex-PM du Canada Pierre Elliot Trudeau (PET), Justin Trudeau est devenu le nouveau premier ministre du Canada suite à l’élection qui a duré un record de 78 jours et qu’il a gagnée de façon surprenante avec son parti Libéral fortement majoritaire.
Depuis, il est omniprésent dans les médias qui n’ont cessé de transmettre son image, ses actions, ses politiques d’avant-garde, ses agissements et mettre en évidence sa personnalité. Beau gosse, charismatique, enthousiaste, il a un discours de son temps comme sur l’avortement, l’euthanasie, la légalisation de la marijuana… Il pratique la boxe et a un tatoo sur l’épaule gauche. Il emprunte les médias sociaux, fait des montages multimédias, tient des séances de questions sur Twitter, utilise Instagram pour ses centaines de photos prises depuis qu'il est tout petit à aujourd’hui, etc... Avec son épouse Sophie et leurs enfants, ils reflètent le bonheur, sont heureux et sourient. Quoi de mieux pour le commerce d’images et d’illusions qu’est la politique !  

De plus, en remplaçant un premier ministre, Stephen Harper, qui s’est avéré fade et peu intéressant pour les Canadiens et le reste du monde, il a engagé le Canada dans une cure de jouvence qui en fait un pays d’avant-garde pour plusieurs. Tout comme son père, il a transformé sa victoire électorale en trudeaumanie. Et, cela a vite fait le tour de la planète où Justin Trudeau est devenu l'objet d'un engouement général comme nous en avons été témoins lors de son passage récent aux Philippines.
C’est un phénomène unique en politique canadienne qui se répète. Il transforme un politicien en icône de la culture populaire même si il y a quelques mois, avant l’élection, tous les médias le qualifiaient de chef politique soit naïf, incompétent, inexpérimenté, incohérent et immature. Personne ne voyait en lui la stature d’un véritable chef qui pourrait diriger le « plus meilleur pays du monde », comme disait Jean Chrétien et rapporté par Le Devoir.

Depuis, la presse le recherche, épie ses moindres gestes, analyse tous ses mots et les traduit en images et en textes qui épatent le monde. Tout cela fait en sorte que des gens de tous les pays, particulièrement les plus jeunes, apprécient ce qu’ils voient, en demandent davantage pour mieux le connaître et l’aiment. Ce n’est pas peut dire car si on leur demandait de nommer le PM de l’Australie ou celui de la Nouvelle Zélande ou encore celui des Philippines, peu répondraient à l’une ou l’autre des questions. La trudeaumanie déferle et désormais Justin Trudeau est une vedette internationale connue et le Canada est sur toutes les lèvres. Les vendeurs en ligne en profitent. Des photos signées aux figurines, tous les moyens sont bons pour capitaliser sur le succès du nouveau premier ministre. La demande est forte.
Évidemment, un tel chef ne peut faire l’affaire des séparatistes québécois qui voient subitement apparaître un nouveau chef politique fédéraliste se lever et qui est de plus en plus écouté. Pour eux, il devient une embûche additionnelle et importante à leur démarche de convaincre les Québécois de quitter le Canada. Alors, on se moque de la trudeaumanie, on informe mal et on le dénigre finement et sournoisement tout en cherchant à diminuer son importance à l’étranger, dont en France, lors de rencontres, entre autres, avec la presse ou d'articles de magazine.. Ce qui est, à mon avis, de bien mauvais goût car, comme on dit chez nous, on n’étend pas son linge sale sur la corde à linge du voisin.

D’autant plus, que les Français admirent le Canada. J’y vis quatre mois par ans depuis 15 ans et j'en suis témoin. J’y ai fait un très grand nombre d’amis et de connaissances et constamment j’en rencontre de nouveaux. En général, ils aimeraient venir visiter notre pays, y travailler et même y vivre pour plusieurs. Jamais ai-je rencontré un Français me parler contre le Canada. Certes, on est très sympathique à la défense de la langue et de la culture française au Québec et on favorise le Québec dans les débats sur ce sujet. Ce qui est bien normal. Mais on envie le Canada, ses grand espaces, sa nature, son climat, son économie, sa population, son genre de gouvernement, son mode de vie…
A ce jour, Justin Trudeau va bien. Il a amélioré les relations avec les États-Unis. Il a accueilli 25 000 réfugiés syriens dans l’ordre. Il a signé l’entente globale sur le climat à Paris. Il a rétabli les relations diplomatiques avec l’Iran et a renforcé celle avec le Mexique. Il a promis de signer les ententes de libre–échange avec l’Europe et avec les pays du Pacifique. Il a annulé les missions de bombardement en Irak pour les remplacer par des missions humanitaires et de conseillers auprès des Kurdes. Il a engagé des discussions avec Obama pour la vente du bois d’œuvre canadien et pour d’autres sujets importants mis de côté par le gouvernement conservateur. Il a rencontré les premier-ministres des provinces et les leaders des territoires canadiens. Il travaille en collaboration avec l’ONU et le Commonwealth pour l’aide aux pays africains. Il prépare une entente particulière avec le président Obama sur le climat. Et, encore… Quelle différence d’approche, quelle fraicheur par rapport au gouvernement Harper !

Actuellement, tout est beau et positif pour Justin Trudeau et le sera pour une bonne période de temps, mais on ne peut oublier que la trudeaumanie à une fin. Celle de Pierre Elliot Trudeau s’est terminée dans un « dégoût quasi-universel dans l’Ouest canadien et ce mépris était partagé par beaucoup de québécois » pour d’autres raisons.
Après avoir été porté par la trudeaumanie, PET a été élu PM du Canada. Mais, 14 mois plus tard, il a été humilié et battu à l’élection suivante, par le jeune chef progressiste-conservateur Joe Clark qui dirigea un gouvernement minoritaire. Plus tard, PET revint au pouvoir pour diriger le pays durant cinq autres années...

Justin Trudeau se rappelle sûrement de ces moments de la trudeaumanie de son père. Il doit savoir que la sienne aura une fin. J’espère qu’il ne sera pas tenté de la maintenir au prix de ne pas prendre les décisions qui s’imposent dans l’intérêt du Canada. Son père a été un grand leader. On peut être ou ne pas être en accord avec sa personne ou son leadership, comme moi, mais il faut quand même reconnaître que lorsque l’intérêt général du pays était en péril, il s’est levé et a dirigé le Canada au détriment de sa popularité personnelle, de la trudeaumanie et de sa réélection car son moto était : Nous vivons dans un monde difficile: nous devons être nous-mêmes vigoureux; l'avenir n'est pas aux timides et aux faibles. J’espère que Justin Trudeau sera comme son père, ce jour-là, mais prendra des positions plus réalistes vis-à-vis le Québec !
Il ne lui reste maintenant qu’à tenir ses promesses et de continuer à traduire sa nouvelle trudeaumanie en influence diplomatique. Bonne chance !

Claude Dupras

 

dimanche 27 septembre 2015

Mon blog: 10 ans déjà


Ce jour-là, le 20 juin 2005, j’ai commencé une belle aventure dans le monde des blogs. Un article de journal publié en novembre 2004 avait suscité mon intérêt. Malgré que les blogs au Québec étaient plutôt rares à ce moment-là, il racontait que « le nombre de weblogs, communément appelé blogs, est passé dans le monde de 5 millions à 11,5 millions » (Aujourd’hui, il est plus près de 275 millions et il croît encore au rythme de 2 millions par mois). Plusieurs sites internet proposaient des programmes informatiques pour créer son propre blog. Pour faire un essai, j’ai opté pour celui offert par Google, le « Blogger.com ».
Le vrai challenge est d’écrire un texte objectif qui concerne un sujet de l’heure et de le faire régulièrement dans une démarche qui soit originale et respectée. Comme c’est en forgeant que l’on devient forgeron, il en est de même pour l’écriture.
   
J’ai été surpris, au fil des blogs, de voir comment je puisais dans mes expériences passées, qu’elles soient familiales, sociales, étudiantes, d’affaires ou politiques et comment ces dernières étaient soumises aux influences externes. Tout cela rendait plus difficile de décortiquer et de commenter la vie actuelle.
J’ai toujours accordé une grande importance à émettre une analyse consciente par des propos balancés, vrais, non agressifs tout en tenant compte des opinions des deux côtés de la médaille. Mais j’ai aussi réalisé que mon analyse pouvait être aussi inconsciente, puisque comme tout le monde je porte des cicatrices invisibles.
C’est une délicate besogne que de traduire dans des mots son appréciation des évènements de l’actualité. Le grand défi de bien écrire est de produire un témoignage tout en comprenant que le poids que l’on donne à un mot n’est pas toujours celui que certains lecteurs lui donnent ou qu’ils le définissent. Quelques fois, je me demande quelle est l’utilité d’écrire si mes mots risquent d’être lus dans un sens que je ne leur attribue pas. Mais, vite, je mets de côté ces idées noires pour continuer à relever le défi.
Un auteur a écrit en parlant de l’écriture : Les sujets foisonnent et les idées fusent. L’esprit réagit. Le coeur prend parti. Face à l’évènement, c’est une mécanique impressionnante qui se met en marche. Et c’est vrai !
Avec le temps, j’ai appris à écrire un texte plus ou moins personnel sur un sujet sérieux pour le publier. J’ai vite réalisé que l’émotion est la clef pour gagner le public et que si le sujet ne passionne pas, il vaut mieux ne rien faire. Mais si c’est le contraire, alors allez-y et votre texte volera de ses propres ailes grâce aux clics des internautes. 
Plusieurs bloggeurs présentent un texte quotidien ou hebdomadaire. Dans mon cas, je l’écris au moment où j’estime avoir quelque chose à dire sur l’actualité politique ou autre.  
Après un début difficile, le nombre de lecteurs de mon blog a augmenté constamment. Ses 443 articles, à ce jour, ont été vus plus de 350 000 fois.
Avec la sphère informatique sociale, les journalistes des médias traditionnels ont perdu le monopole du jugement quant à ce qui importe pour les gens. Par contre, ceux qui les concurrencent, comme les bloggeurs, se doivent d’agir avec la même obligation professionnelle qu’eux afin d’être neutres dans leurs analyses de toute situation. Et ça, ce n’est pas facile !
Durant ma jeunesse, j’étais intéressé par les activités d’associations de toutes sortes. Elles m’ont amené à participer activement à la politique qui est vite devenue, pour moi, une passion. Que ce soit au municipal, au scolaire, au provincial ou au fédéral, j’y étais et je m’engageais ouvertement. Durant ma vie étudiante et, plus tard, ma vie professionnelle, je suis devenu un jeune nationaliste canadien-français, bilingue, témoin du débat de l’autonomie du Québec. Je m’opposais au parti libéral du Canada sur cette question et j’ai vu la solution dans le parti progressiste-conservateur du Canada dans lequel j’ai occupé plusieurs postes importants. D’ailleurs, elle se concrétisa lors des mandats des PM Diefenbaker, Clark et Mulroney. C’est de cette période que viennent les cicatrices invisibles.
Aujourd’hui, je ne suis ni partisan, ni membre d’aucun parti politique mais un Québécois et un Canadien qui veut le bien-être de ses compatriotes, de sa nation et de son pays. Je ne suis pas séparatiste car j’estime que cette alternative n’a aucun sens pour mes descendants puisqu’elle leur enlève tout le potentiel que l’ensemble du Canada leur offre. De plus, en précisant nos besoins et nos espoirs, nous avons pu obtenir le pouvoir pour assurer la protection de notre culture et de notre langue tout en devenant forts économiquement dans l’ensemble canadien. C’est avec cette lunette que j’analyse ce qui se passe politiquement chez nous. Pas de secret, pas de mystère !
Mon blog n’aborde pas que des sujets politiques québécois, il s’intéresse à tout ce qui se passe dans le monde. Je lis beaucoup de blogs québécois, canadiens et internationaux qu’ils soient de gauche ou de droite, fédéralistes ou séparatistes, et j’en recommande la lecture à plusieurs de mes lecteurs, dans une colonne dédiée à cet effet sur la page de mon blog. Je comprends la position de ces auteurs avec qui je diffère souventefois d’opinion. Leur expérience de vie a été différente de la mienne puisqu’ils ont été forgés d’une autre façon que moi, mais leur réaction est semblable à la mienne.
En ce 10ième anniversaire de mon blog, je veux remercier mes lecteurs et leur dire que j’apprécie leurs mots d’encouragement, leurs commentaires (favorables ou non) et les références dont ils me gratifient.
Merci beaucoup !
Et au prochain… 

Claude Dupras

mercredi 29 avril 2015

On veut un mot à dire à Ottawa pour être écouté

L’histoire du parti conservateur du Canada est particulière. Voilà un grand parti national qui n’a pas réussi à s’implanter solidement dans le cœur des Québécois. 

Tout a commencé en 1854 lorsque John A. Macdonald et Georges-Etienne Cartier fondent le parti libéral-conservateur pour faire l’union de députés conservateurs et libéraux modérés du Canada-Ouest et de députés du parti bleu du Canada-Est, les libéraux radicaux ayant refusé de joindre les rangs du parti de Macdonald. À ce moment-là, Macdonald et Cartier dirigent ensemble, comme premiers ministres conjoints, le Canada-Uni. Ce n’est que vers les années ’30 que le parti utilisera le nom « Parti conservateur ».

En 1867, la confédération canadienne est créée et Macdonald devient le premier ministre (PM) du nouveau Canada. A la surprise de tous, le chef libéral Alexander Mackenzie réussit, en 1874, à défaire le gouvernement Macdonald grâce au « scandale du Pacifique ». Mais à l’élection de 1878, Macdonald regagne le pouvoir.

Suite à la rébellion des Métis dans l’Ouest Canadien, leur leader Louis Riel est condamné à mort pour trahison et Macdonald refuse que la peine soit commuée ou rejugée. Il déclare même : « Il sera pendu, même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur ». Le député libéral Wilfrid Laurier exprime sa colère et prend vigoureusement la défense de Riel à la Chambre des Communes. Ce dernier est exécuté le 16 novembre 1885. Macdonald ne démissionnera qu’en 1891.

Laurier devient le premier Canadien-Français au poste de PM du Canada en 1896. Pour lui, « le Canada est le pays du 20e siècle ». Il le dirigera durant 5 ans jusqu’au moment où il est défait en 1911 par le libéral-conservateur Robert Borden.

La première guerre mondiale éclate et Borden, réalisant que le nombre de volontaires canadiens pour aller au front ne rencontre pas les quotas qu’il avait promis au Royaume-Uni, réclame la conscription obligatoire. La plupart des Canadiens-Français, menés par Henri Bourassa, ne ressentent aucune loyauté particulière envers le Royaume-Uni et la France. Bourassa s’oppose à la conscription et affirme que « les Québécois ont un pays : le Canada, tandis que les Canadiens anglais en ont deux : le Royaume-Uni et le Canada ». Cartier exprime aussi son opposition.

Afin de consolider sa position lors de l’élection de 1917, Borden accorde le droit de vote aux soldats à l'étranger, aux infirmières et aux femmes ayant des membres de leur famille à la guerre. Mais, il se donne le pouvoir de distribuer ces votes dans n'importe quelle circonscription, sans égard au lieu de résidence habituel du soldat. Des manifestations de masse sont tenues au Québec pour protester et l’armée tire sur la foule. Quatre morts.

Borden réélu, la loi du service militaire est adoptée, 125 000 individus sont conscrits, 25 000 sont envoyés au front. Heureusement, la guerre prend fin après quelques mois.

Ces évènements majeurs de la conscription et la pendaison de Riel marquent profondément les Canadiens-Français qui n’oublieront jamais ces coups-bas des conservateurs et plusieurs s’en rappelleront à chaque élection, de père en fils. Macdonald et Borden ont oublié que « Je me souviens » est la devise des Canadiens-Français.

En 1921, le parti libéral-conservateur d’Arthur Meighen est défait par le libéral Mackenzie King qui devient PM, aucun conservateur n’est élu au Québec. Mais cinq ans plus tard Meighen prend sa revanche, grâce aux misères suscitées par la grande dépression, il se présente sous le vocable « Parti conservateur » mais ne fait élire que quatre députés au Québec.

En 1930, King est surpris par le nouveau chef conservateur Richard B. Bennett qui prend le pouvoir grâce à 24 députés ruraux du Québec. Les cultivateurs aiment sa politique agricole protectionniste et votent pour ses candidats. Mais dès 1935, King, qui n’a pas dit son dernier mot, revient au pouvoir. Il y restera jusqu’à 1948 alors qu’il le cède à Louis Saint-Laurent

Entre temps, le parti conservateur devient le parti progressiste-conservateur (PPC) en 1942 lorsque le premier ministre manitobain John Bracken, longtemps chef du Parti Progressiste de sa province, pose cette condition pour accepter la chefferie. L’union des deux philosophies politiques, libérale et conservatrice, donne au nouveau parti une orientation centre-droite.

A l’élection de 1957, John Diefenbaker, chef du PPC depuis un an, remporte le pouvoir contre King. Il forme un gouvernement minoritaire n’ayant fait élire que huit députés du Québec.    

En 1958, après une alliance avec Maurice Duplessis, PM du Québec, sur la question des impôts québécois, John Diefenbaker obtient une majorité écrasante qui comprend 50 députés québécois. Un résultat impensable. Enfin, les Canadiens-Français ont un mot à dire dans le parti et le gouvernement progressiste-conservateur. Mais, Diefenbaker désappointe. Le nouveau chef libéral, Lester Pearson reprend le pouvoir à l’élection suivante alors que seulement 14 députés conservateurs du Québec (DCQ) sont réélus. Pierre-Elliott Trudeau lui succède, en 1968, seuls 4 DCQ sont élus. Il est réélu en 1972, deux DCQ sont élus. En 1979, il est défait par le progressiste-conservateur Joe Clark qui ne remporte que deux sièges au Québec. Quelques mois après, en 1980, Trudeau revient au pouvoir pour quatre ans, alors qu’un seul DCQ est élu. John Turner prendra sa succession pendant quelques mois.  

Puis, Brian Mulroney nouveau chef du parti progressiste-conservateur est élu en 1984 et réélu en 1988. En 1993, le libéral Jean Chrétien est le nouveau PM, un DCQ est élu. En 1997, il est réélu et à nouveau un DCQ est élu. Paul Martin lui succède en 2004 et encore un seul DCQ est élu.

En 2006, le nom du parti redevient le Parti Conservateur et Stephen Harper est élu PM mais ne fait élire que 10 députés au Québec. Il est réélu en 2011 mais le nombre de ses députés québécois baisse à cinq.  

En résumé, depuis les 148 ans de la Confédération, les Conservateurs de différents noms et les libéraux ont partagé le pouvoir également. Mais depuis Borden, les libéraux ont été au pouvoir durant 54 ans et les conservateurs 32 ans.  

Sauf pour les élections de Diefenbaker en 1958 (50 sièges), de Mulroney en 1984 (58 sièges) et 1988 (63 sièges), les Québécois n’ont pas voté pour les conservateurs. Depuis 1957, en 14 autres élections générales fédérales, la moyenne de DCQ élus à la Chambre des communes s’établit à moins de neuf députés sur 75 et huit en trois élections avec Harper depuis 2006.

Il est quand même remarquable que les seuls gouvernements majoritaires « non-libéral » comprenant un grand nombre de députés du Québec l’ont été lorsque le parti portait le nom Progressiste-Conservateur. Cela démontre clairement que les gens du Québec ne sont pas majoritairement de droite et que le Parti Conservateur ne correspond pas à leurs attentes.

Comment les Québécois peuvent-ils espérer avoir un mot à dire dans ce parti avec une représentation aussi faible ? Doivent-ils mettre de côté leur orientation politique pour le pouvoir politique ?

Et on se demande pourquoi il y a un fossé si profond entre le  gouvernement Harper et les Québécois. Il me semble clair, qu’avec lui, l’influence québécoise ne pèse pas sur la politique nationale. Quant aux nombreux projets particuliers que le PM Harper annonce dans la région de Québec, ils sont en réalité des gestes de patronage envers la région de la capitale qui lui a donné quelques députés. Et, en plus, Québec a un maire pragmatique qui sait être ami-ami avec le PM. Ça ça paye !  

Par contre, Montréal ne reçoit pas la même attention. Harper visite peu la métropole, sauf pour des funérailles. Il ne tient pas compte des demandes du nouveau maire Denis Coderre qui est d’allégeance libérale ayant été député et ministre du parti libéral durant de nombreuses années à Ottawa. Pour Harper, Coderre est un adversaire politique. Et Harper, qui a la mémoire longue, n’aime pas les ennemis de son parti.  

Malheureusement, Montréal n’a pas en son sein un leader PC avec suffisamment d’influence pour faire bouger le gouvernement conservateur en faveur des Montréalais. Ces derniers ont manqué une opportunité lorsque l’ex-sénateur Michael Fortier, candidat à l’élection de 2008, a été bêtement défait. Ce dernier, un homme d’action, a démontré sa capacité et son intelligence lors des négociations pour renouveler le contrat du Grand Prix du Canada à Montréal avec Bernie Ecclestone. Malheureusement, suite à sa défaite, Fortier a quitté la politique.

Nous, Québécois, avons aussi la mauvaise habitude de voter pour un chef ou un parti. La dernière élection fédérale est un exemple probant alors que nous avons élu 59 députés du NPD en raison de la sympathie que nous avons ressentie soudainement pour son chef Jack Layton. Il aurait mieux fallu que nous choisissions le meilleur candidat dans notre comté respectif. Ainsi des gens comme Fortier aurait été élu et aujourd’hui Montréal s’en porterait mieux car l’un d’eux serait le porteur influent de nos demandes et besoins à Ottawa.

Qui peut devenir ce chef de file conservateur, ce phare, à Montréal, suite à la prochaine élection, si Harper est reporté au pouvoir ?

Je soumets un nom, une candidature prometteuse. Celle d'Eric Girard dans la circonscription électorale montréalaise de Lac-Saint-Louis. Homme de conviction, il a choisi son tracé et est devenu candidat officiel du parti Conservateur du Canada pour l’élection d’octobre 2015.

Bien éduqué, il est économiste de formation et détient un « Bachelor joint honours in Economics and Finance » de l’université McGill et une maîtrise en économie de l’UQAM.

Pour devenir candidat, Éric Girard a demandé et obtenu un congé civique de son poste de trésorier de la Banque Nationale du Canada où il était responsable des liquidités, du financement et du risque de taux d’intérêt de la Banque et de ses filiales. Il était aussi président du comité de la caisse de retraite de la Banque.

Il a démontré ainsi qu’il est prêt à mettre de côté sa carrière pour servir ses concitoyens en contribuant au développement économique et social du Canada.

À tous ses futurs commettants, je suggère de le rencontrer, d’apprendre à le connaître, à partager avec lui leurs idées, d’écouter les siennes et de décider de l’appuyer dans son trajet vers les plus haut sommets de la politique canadienne.

Ainsi, Montréal sera bien servi.

Claude Dupras

 

samedi 8 novembre 2014

Stephen Harper aime-t-il le Québec ?

Le passage du président de la France, François Hollande, en nos murs, a suscité beaucoup d’intérêt. Après avoir visité l’ouest Canadien avec le PM canadien Stephen Harper, pour parler de pétrole en faveur de la pétrolière française Total, il se présenta à la Chambre des Communes, pour livrer un discours à la nation où un parterre impressionnant de leaders de notre pays l’attendait. Le président exprima ses bons sentiments envers le Canada et n’a pas tari d’éloges sur sa splendeur, sa grandeur et sa richesse. Quant au peuple canadien, il déclara ouvertement son amour pour les Québécois et son amitié profonde pour tous les autres Canadiens. 

Son discours fut important et toucha particulièrement les sujets de l’énergie et du climat. Deux sujets délicats pour notre premier ministre Stephen Harper, grand défenseur de l’exploitation pétrolière des sables bitumineux albertains et incrédule de la véracité des changements climatiques qu’il a qualifié d’« invention socialiste ». Hollande prononça son allocution avec vigueur et conviction et ce fut le plus important et le meilleur discours de sa visite. Il s’était bien préparé et il impressionna la majorité des Canadiens qui l’écoutaient de tous les coins du pays.
Malheureusement, son discours au Québec ne fut pas de la même nature. Il semblait non structuré et improvisé. Hollande cherchait dans ses feuilles des points de discours et voltigeait d’un à l’autre sans suite vraiment logique. Et, tout comme il fait en France où il accepte, à cause de son impopularité personnelle extrême, toutes les idées qui lui sont soumises pour chercher à regagner de la sympathie et l’appui de tous ceux qui l’ont lâché politiquement, il a dit « OUI » au Québec. Il a affirmé que la France participerait activement aux deux nouveaux projets du PM Couillard : Le « Plan Nord » au nord du 49e parallèle et le « Maritime » sur les berges du Saint-Laurent. 
Si j’avais un conseil à donner au PM québécois, ce serait d’attendre le premier engagement officiel de la part d’une entreprise française dans un de ces projets pour se réjouir. Personnellement, j’y croirai lorsque de tels gestes seront posés car je n’ai aucune confiance dans les dires et les capacités de réalisation de ce président français qui est venu parler à Québec… pour parler.
Aujourd’hui, Hollande ne récolte que seulement 12% d’appuis du peuple français. Harper est dans la même situation au Québec, puisqu’il ne recueille que 14%. Mais, contrairement à Hollande, Harper ne fléchit pas. Il croit à sa vision du Canada, à ses politiques et est convaincu que le Québec s’en sortira mieux malgré son indifférence envers lui. Il est convaincu du résultat futur et continue à foncer en avant vers la destination que, pour lui, le Canada doit atteindre. Pourtant, s’il tenait compte plus souvent de l’opinion des Québécois, il pourrait probablement faire élire, à la prochaine élection, une dizaine de députés conservateurs de plus au Québec, ce qui lui assurera son retour au pouvoir car son bilan économique est très fort.
Dans les jours qui ont suivi la visite du président français, je discutais  de tout cela avec un ami, autour de tasses de café. Lorsque notre conversation porta sur la politique fédérale, mon compagnon m’affirma soudainement que les agissements d’Harper envers le Québec venaient du fait qu’ « Harper n’aime pas le Québec ». Je fus surpris de cette affirmation claire et nette. Depuis, j’y réfléchis.
En fait, si on juge l’attitude d’Harper envers le Québec, son approche politique, ses décisions, ses lois, on peut être porté à penser qu’Harper a un problème personnel avec le Québec et que peut-être il ne l’aime pas. En effet, il n’accepte que rarement une position politique qui correspond aux désirs des québécois. Entre autres, il a détruit le registre canadien des armes à feu qui fut réclamé fort majoritairement par les Québécois suite au massacre de Polytechnique. Il a engagé le Canada dans la guerre en Afghanistan malgré l’opposition des Québécois. Il a coupé injustement dans les budgets des arts et de la culture si chers aux québécois. Il a modifié les transferts pour le système de santé, accablant ainsi le budget québécois. Il a coupé de moitié le budget de la condition féminine éliminant la recherche et la défense des droits des femmes, malgré les nombreuses oppositions de Québécoises. Il a mis de côté l’Accord de Kelowna destiné à améliorer, entre autres, la vie des autochtones québécois malgré les pressions de ces derniers et du gouvernement québécois. Il a favorisé une justice impitoyable et répressive à la GWBush qui va à l’inverse de l’approche pénale des québécois. Il a renié la signature du Canada sur l’accord de Kyoto, malgré l’appui quasi unanime des Québécois pour cette entente. Dans le conflit palestinien, il est à 100% avec Israël alors que les Québécois font la part des choses. Harper a perdu, à cause de ce qui précède, le siège au conseil de sécurité de l’ONU pour le Canada, au grand regret des Québécois. Il fait la promotion du pétrole brut des sables bitumineux malgré la farouche opposition des Québécois. Durant le pouvoir péquiste récent au Québec, Harper a tout fait pour ne pas aider ce gouvernement péquiste qui, pour lui, était un ennemi du Canada, même si les Québécois l’avait élu. Et ça continue… en fait, je pourrais noircir toute cette page d’exemples similaires.
Pour un Québécois, c’est à n’y rien comprendre surtout qu’il oublie vite les bons coups d’Harper, telle : l’augmentation des transferts fédéraux en 2005 pour solidifier le budget du Québec mais qui a été transformée, pour des fins électorales, en baisse d’impôts par le PM québécois Jean Charest, au grand dam d’Harper.
Harper parle relativement bien le français qu’il a appris dans les écoles albertaines où rares sont ses compatriotes qui ont réussi à maitriser cette langue comme il l’a fait. Il refuse tout débat constitutionnel pour régulariser l’accord de 1982 que le Québec n’a pas signé, car il craint la confusion et les divisions nationales qu’un tel débat crée. Pour se montrer ouvert, il a fait voter à l’unanimité à la Chambre des communes une résolution reconnaissant le Québec comme une nation. C’est peu, mais cela représente sa pensée. Il commence toujours ses discours en langue française où qu’il soit. Même s’il vient rarement au Québec, on ne peut pas dire qu’il ne respecte pas les Québécois.
Harper est un homme de droite et il a des convictions profondes. Tout comme Pierre Elliot Trudeau, l’ex-premier ministre libéral, qui était plus à gauche. Mal-aimé en Alberta, où le parti libéral ne remportait aucun comté à cause de ses politiques sur l’énergie, personne n’accusait Trudeau d’agir ainsi parce qu’il n’aimait pas les albertains. C’était une question politique et non personnelle.
Harper a réussi à réunir les forces de l’opposition de droite, à créer le nouveau Parti Conservateur du Canada et à prendre le pouvoir.  On peut être en désaccord avec ses politiques, voter contre lui, mais l’accuser de ne pas aimer les Québécois, la preuve n’est pas faite. Par contre, il a démontré de l’amitié !
La responsabilité d’un premier ministre canadien est de maintenir et de bâtir un Canada fort. Durant les longues années des libéraux et même du parti progressiste-conservateur du Canada de Joe Clark et de Brian Mulroney, les politiques s’orientaient, en bonne partie, vers le centre-gauche. Depuis le début du règne d’Harper, ce dernier croit que le temps est venu de redresser les politiques canadiennes en dirigeant le pays vers la droite afin de stabiliser notre orientation future. Il n’a pas tort de vouloir protéger la santé financière future du Canada, si on en juge par le piteux état financier de la France créé par un amoncellement de politiques de gauche, depuis la 2e guerre mondiale.. 
Pour Harper, la pouvoir politique est un balancier régulateur de la santé du pays.
Claude Dupras

dimanche 14 septembre 2014

Le parti socialiste français va disparaître ?

La vie n’est pas facile pour les membres du parti socialiste de France. Les sondages répétitifs de différents sondeurs leurs cassent la tête. Ça va mal! Ça ne peut aller plus mal ! Leurs déclarations, leurs positionnements, leurs prédictions, leurs débats sont devenus une tour de Babel où tous les bruits sont brouillés. On ne sait plus ce qu’ils disent, ce qu’ils pensent, ce qu’ils veulent. Le président François Hollande réclame des élus socialistes qu’ils respectent ses politiques, le premier ministre ne parle que d’unité-unité-unité, les ministres jouent aux coqs, certains démissionnent, d’autres sont démis, de nouveaux sont nommés, une démission suit l’autre, les alliés politiques fuient, l’ex-première dame dévoile le réel Hollande… ce n’est pas beau ! Rien ne va plus ! Pourquoi!

Le gouvernement français actuel n’est pas un bon gouvernement. C’est simple. Il parle pour parler, promet pour promettre, ne rencontre pas ses objectifs, déçoit. Il taxe, taxe, taxe. Puis, il détaxe, détaxe, détaxe. Il ne sait pas où il va et cela devient évident. Les statistiques d’emploi, de relance de l’économie, de croissance, de compétitivité, etc… l’assomment mensuellement. Le français moyen ne comprend pas, craint pour sa famille, pour son emploi, pour son commerce, pour son entreprise. Il ne voit pas le bout du tunnel. Ce n’est pas surprenant, le gouvernement gouverne mal.
Une bonne démonstration est la formation du nouveau cabinet des ministres suite à l’affaire Montebourg-Hamon-Filippetti. De ces trois, les deux derniers n’avaient absolument pas le bagage ni l’expérience nécessaire pour être ministres de France. C’était clair le jour de leur nomination et c’est devenu encore plus clair le jour de leur démission. Pourtant Hollande les avait choisis. Et, il vient de récidiver en choisissant les membres du nouveau cabinet. Certains diront que c’est le PM Valls qui a fait le choix. Soyons sérieux !
Normalement, un cabinet de ministres doit être formé des meilleurs individus  disponibles afin que chacun puisse remplir adéquatement le devoir du ministère qui lui est confié. Ils doivent être les plus expérimentés, les plus à jour des problèmes de l’heure, les plus renseignés sur les solutions réalistes pour les régler, les plus prêts à prendre les meilleures décisions pour que la France progresse. Ils peuvent être dans le cercle des élus ou se trouver dans le privé, si nécessaire. Qu’ils viennent tous de la même ville, de la même rue, importe peu. S’ils sont les mieux qualifiés, ils doivent être choisis.
Le malheur est qu’Hollande ne procède pas comme cela. Il joue aux cartes, il avance des jetons pour gagner politiquement. La France est son second choix.
En effet, ce président cherche à créer des alliances pour l’avenir. Qu’importent les qualités requises pour de vrais ministrables, les choisis le deviennent sur la base de critères qui ont rapport avec le sexe, les régions, les services rendus, la loyauté, les partis de gauche, la popularité, les promesses, la tendance, etc… Ainsi, plusieurs sont nommés ministres et arrivent dans leur ministère sans savoir où celui-ci va, qui il est et où il doit aller. On parle ici de la France, Believe it or not !
C’est une méthode de choix ridicule qui débouche sur un cabinet faible, non efficace, incapable de régler les vrais problèmes. Avec l’enfer que vit la France aujourd’hui, il semble que pour la formation du dernier cabinet, le président aurait pu inviter plusieurs non-élus, reconnus dans leur sphère d’activité pour leur savoir-faire et leur efficacité, à venir l’aider à gouverner. Son approche est vouée à l’échec car le niveau des problèmes et des solutions à trouver est trop haut pour des ministres non qualifiés. Pourtant, Hollande le sait puisqu’il a chialé contre certains des anciens ministres, les traitants d’« incompétents ».  Ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui qui l’a dit et répété à son ex-compagne et ex-première dame comme on peut le lire dans son récent livre sur sa relation avec Hollande.
Il y a aussi le parti socialiste français et son idéologie inébranlable de gauche. Il veut que le comportement des français corresponde à ses croyances, ses idées, ses doctrines. La bourgeoisie américaine qui s’associe principalement au parti républicain fait de même, à droite. Le temps de tels partis est dépassé. Aujourd’hui, plus que jamais, un parti doit pouvoir s’adapter aux besoins du temps. Au pouvoir, il doit gouverner en fonction des problèmes réels et ne pas se laisser aveuglement orienter par son idéologie. Alors que de plus en plus de citoyens souffrent, le temps n’est pas de se complaire dans des chimères, des politiques utopiques, des illusions ou des projets irréalisables, non plus que de ne s’occuper que d’une classe de la société. Toutes les classes de la société française ont besoin de l’une et de l’autre pour se sortir du marasme dans lequel elles sont toutes immergées.
Le parti est à un niveau d’impopularité record. Balayé aux dernières élections législatives, il subira, de l’avis de tous, une secousse sera encore plus forte aux prochaines élections sénatoriales. Son approche politique a entrainé Hollande dans les bas-fonds électoraux parce qu’elle ne correspond pas aux problèmes d’aujourd’hui. Le président semble avoir compris enfin le désastre dans lequel il a poussé la France, et ses nouvelles politiques ont pris un tournant brusque vers la droite. C’est ce qu’il avait à faire dans les circonstances actuelles, il n’avait d’autres choix. Mais plusieurs membres influents du parti socialiste s’offusquent et menacent de ne pas accorder leur confiance au nouveau programme politique du gouvernement Valls, à l’Assemblée Nationale. Si cela se concrétise, on comprendra que ce parti s’éloigne à nouveau des vrais problèmes et est voué à la disparition de son influence politique en France. Il risque de devenir une entité négligeable.
Au Canada, j’ai été longtemps membre actif du parti progressiste-conservateur du pays. Ces deux qualificatifs ensemble sont surprenants mais ils représentent bien ce qu’était ce parti qui avait dans son sein une aile droite forte et une aile gauche forte. C’est le parti de John Diefenbaker, plus à droite, celui de Joe Clark, plus à gauche et de Brian Mulroney, plus au centre. Ces trois ex-premiers ministres appliquaient une politique du parti appropriée aux besoins du moment. Chaque aile savait user de son influence si un besoin particulier de la population se faisait sentir et l’autre savait se rallier. Ainsi l’approche gouvernementale était pragmatique. Il en est de même pour le parti libéral du Canada. On peut critiquer chacun d’eux à différents moments, mais le fait demeure que le Canada progresse constamment et bien.
La France n’est plus à l’heure de Jean Jaurès, ni à celle de l’après-guerre de DeGaulle. L’heure est à la vraie démocratie. Les électeurs comprennent mieux l’envergure des problèmes. Ils sont mieux renseignés et plus vite. Ce ne sont plus les discours qui manient l’opinion publique, mais les médias qui, par tous les moyens différents que leur offrent les  nouvelles technologies, répandent rapidement les informations. De plus en plus, chaque côté de la médaille de chaque problème, est connue. Nous devenons plus aptes à nous faire une opinion. Certes, il y a toujours les images et les illusions que cherchent à créer les politiciens pour que l’opinion publique les favorise, mais lorsque ça va mal, elles n’atteignent pas les électeurs.
Ensemble, le président Hollande et son parti socialiste doivent repenser leur approche politique afin que les meilleures personnes dirigent le pays, non seulement dans le temps présent mais aussi et surtout dans le futur, sinon le parti risque de disparaître. La France a besoin dans les prochaines années de meilleurs conducteurs à la roue de l’État, quelque soit le parti, car le chemin est parsemé d’obstacles majeurs.

Claude Dupras

samedi 18 janvier 2014

Harper défend plus Israël que le Québec

Stephen Harper est le premier, des premiers ministres canadiens, invité à donner un discours au Knesset, le parlement d’Israël, devant les 120 députés israéliens assemblés à Jérusalem. C’est tout un honneur. Il inaugurera aussi un sanctuaire d’oiseaux portant son nom et recevra un doctorat honoraire de l’université de Tel Aviv.

Il sera reçu en héros.

Ce geste particulier est pour marquer l’appui indéfectible d’Harper à l’état d’Israël dans le conflit palestino-israélien. Ses dirigeants apprécient la constance des prises de « positions morales » qu’il prend sur les sujets politiques qui touchent leur pays, que ce soit à l’ONU, aux sommets du G8 et ailleurs.

Israël n’oublie pas le boycottage par Stephen Harper des conférences antiracismes de Durban, sa défense des opérations menées au Liban lors du conflit de 2006, son opposition aux critiques d’Israël lors des rencontres de la Francophonie, son appui aux représailles militaires de l’armée israélienne suite à l’agression du Hamas, son opposition aux discussions du G8 touchant la paix avec la Palestine afin qu’elles tiennent compte des frontières d’avant la guerre de 1967, de son vote positif à l’ONU pour modifier le statut d’Israël d’ « entité non-votante » à « État non-votant », etc… Ces actions démontrent qu’Israël ait raison ou non, Harper l’a toujours appuyé fortement et publiquement, nonobstant le fait que les mandarins d’Ottawa l’aient avisé que la crédibilité du Canada serait minée et que ses positions risquaient de contribuer à la croissance du terrorisme islamique.

À ses dénonciateurs, Harper souligne l’aide financière du Canada qu’il a donnée aux régions de Gaza et de la Jordanie. Il évite de dire que notre pays l’a toujours fait et il n’avoue pas que l’ensemble de ses actions démontre que sa sympathie première au Moyen-Orient est acquise à Israël.

Les discours d’Harper ne sont pas alignés avec la politique officielle du ministère des Affaires extérieurs du Canada, défini avec le temps par ses prédécesseurs. Il agit comme si elle n’existait pas. Que ce soit en rapport avec l’annexion de Jérusalem-est, du contrôle permanent des territoires occupés depuis 1967 et autres. Pour lui, « ce que je dis, est la politique extérieure du Canada ».

Même l’ex-PM Louis Saint-Laurent n’a pas reçu un hommage comme celui réservé à Harper. Pourtant, le 29 novembre 1947, il a décidé que le Canada prenne position en faveur d’Israël, lors du vote à l’ONU sur le « plan de partage de la Palestine » en trois entités : « l’État Juif », « l’État arabe » et « Jérusalem sous contrôle international ». Le vote fut de 33 pays « pour », treize « contre » et dix « abstentions ». Deux jours avant, dans un premier vote, Israël n’obtint que 28 votes, un de moins que la majorité requise. Ce fut très serré.

À ce moment-là, la Palestine était sous mandat britannique, conformément au statut politique établi par la Société des Nations en Palestine et en Transjordanie à partir de 1920. La population était de 65% arabe et 35% juive. Les arabes palestiniens rejetèrent le « plan de partage » et revendiquèrent l’ensemble du territoire puisque, disaient-ils, « la majorité est arabe ». Les États de la Ligue arabe les endossèrent.

Le 14 mai 1948, la communauté juive d’Israël proclama son indépendance et la création de l’État d’Israël qui devint une république parlementaire multipartite et une démocratie libérale avec suffrage universel. Les arabes insatisfaits, se sentant brimés, déclenchèrent la guerre d’Israël. Ce dernier rétorqua et le conflit dure encore avec la conséquence qu’Israël s’est approprié de plus en plus de terres arabes. En 1967, en plus de la Cisjordanie, Israël, qui occupait la partie ouest de Jérusalem, conquit la partie est et fit sa capitale de l’ensemble. Cet état de fait n’est pas reconnu par l’ONU.

Le peuple juif qui venait de subir l’horrible génocide perpétré par les nazis durant la 2ième guère mondiale, travailla dur pour bâtir son nouveau pays et le peupler de leurs contemporains de tous les coins du monde. Plus de 850 000 répondirent. De leur côté, des millions de Palestiniens, qui vivaient dans les secteurs attribués à Israël, 4,9 millions se réfugièrent du côté arabe. Aujourd’hui, Israël compte plus de 75% de juifs, le reste étant partagé entre arabes, chrétiens et autres. Sur la question des réfugiés palestiniens, plus de 72 résolutions ont été votées par les Nations-Unie, sans succès. Aucune ne s’adressait aux droits des nouveaux venus juifs, tel que le voulait Israël.

Tous les premiers ministres du Canada depuis St-Laurent ont été amis avec Israël mais leurs actions ont toujours tenu compte de la part des choses et de la situation internationale afin qu’une vraie solution soit trouvée et acceptée par les deux partis de ce conflit important. Ils ont cherché, avec les dirigeants de pays alliés, à trouver des compromis afin de mettre fin, une fois pour toutes, à cette querelle meurtrière entre les deux factions.

Seul l’ex-PM Joe Clark a agi unilatéralement en voulant déménager l’ambassade du Canada de Tel Aviv à Jérusalem, nonobstant la résolution de 1947 de l’ONU. Il fut vite rabroué par tous les pays du Moyen-Orient et revint vite à la politique sensée de ses prédécesseurs qui œuvraient autant pour les droits des Israéliens que pour ceux des Palestiniens. Harper, à chaque situation difficile entre Israéliens et Palestiniens ou entre Israël et un autre pays de la région du Moyen-Orient, prend inévitablement position pour Israël. Et cela même si ses alliés, USA ou autres, cherchent à engager des négociations entre les parties. C’est ainsi qu’il a gagné son titre de « meilleur ami politique d’Israël dans le monde ».

Pendant ce temps-là, Stephen Harper ne prend jamais parti pour le Québec. Je ne l’ai pas entendu dire : « Le Québec a raison sur ce sujet et je vais tout faire pour convaincre les autres provinces du bien-fondé de sa position ». Le registre des armes, est un exemple. C’est à l’École Polytechnique de Montréal que Marc Lépine a tiré à bout portant sur de jeunes polytechniciennes, en tuant 14 et blessant 14 autres. Nous, Québécoises et Québécois, avons tous été très marqués par ce massacre. Et, ce sont les mamans et les papas de ces victimes qui ont lancé le mouvement d’enregistrement des armes. Sa justification a été reconnue par tous, le gouvernement du Canada a agi et trois milliards de $ ont été dépensés pour le réaliser. Au moment où il fut mis en opération, Harper, devenu PM, l’annula parce que certains fermiers de l’ouest canadien s’y opposaient. Et pour ajouter à l’injure, il refuse de transmettre au gouvernement du Québec, la partie du registre qui le concerne.

L’Accord de Kyoto est un autre exemple. Il a renié cet accord international important sur l’environnement qui fut signé un de ses prédécesseurs, l’ex-PM Jean Chrétien. Il n’a pas dit que cet accord était surtout voulu par le Québec et qu’il allait tout faire pour le respecter.

De même, en rapport avec sa proposition d’invalider la loi fédérale sur l’exercice des droits fondamentaux et prérogatives du peuple Québécois et de l’État du Québec, qui stipule le droit du Québec de se séparer sans l'accord d'Ottawa, Harper refuse d’expliquer la justification de la loi aux anglophones canadiens, de défendre le droit du Québec d’agir ainsi et qu’il faut le reconnaître.

Et il y a des dizaines d’autres exemples de sujets sérieux touchant l’ensemble des Canadiens.

Enfin, le Canada profitera peut être du prestige d’Harper envers Israël en rapport avec les revenus émanant du pétrole. Il semble qu’il veuille l'utiliser pour obtenir l’appui du « lobby juif » américain, très puissant à Washington et normalement démocrate, pour faire pression sur le président Barack Obama afin qu’il approuve, dans les plus brefs délais, la construction de l’oléoduc XL Keystone devant transporter le pétrole des sables bitumineux du nord de l’Alberta à l’État d’Alabama. Au moins sur ce point, le Canada gagnera économiquement, mais, en fait, ce sera aux dépends de la bonne entente entre les Israéliens et lesa Palestiniens.

Claude Dupras

mardi 23 juillet 2013

Un Premier ministre bien ordinaire

C’est à son arrivée à Lac Mégantic, que j’ai revu Stephen Harper. Encore une fois, je l’ai trouvé terne, incolore, inodore et sans saveur. Quelle image désolante pour un premier ministre (PM) du Canada, au pouvoir depuis près de 8 ans ! Est-ce cela qui explique qu'il n'a que 8% d’appuis au Québec, alors que Robert Stanfield, chef du Parti progressiste-conservateur qui aussi avait peu d’image, mais était un progressiste, en avait 21% ? Qu’en est-il vraiment ? Pour mieux comprendre, je crois qu’une comparaison s’impose avec les faits et gestes de ses prédécesseurs : John George Diefenbaker, Lester Pearson, Pierre-Elliot Trudeau, Brian Mulroney et Jean Chrétien.

John Diefenbaker né en Ontario, adolescent en Saskatchewan, soldat de la 1ière guerre mondiale, en revient pour pratiquer le droit. Amant de la politique, tribun extraordinaire, il perd sept élections avant d’être député, ministre et PM du Canada. Il le sera 6 ans. Traduction simultanée, première femme ministre, premier amérindien sénateur, plus de points d’impôts aux provinces, protection des agriculteurs de l’Ouest et des pauvres de la société sont ses actions. Il fait adopter la déclaration canadienne des droits et des libertés fondamentales. Il veut l’indépendance économique et politique du Canada des USA. Refuse l’implantation sur le sol canadien de missiles nucléaires américains Bomarc. En 1958, il gagne 50 députés au Québec, malgré qu’il soit unilingue anglais. Persuasif, convaincu et convainquant, « the chief » est un leader sincère, franc et a de la couleur. Pour le PM Joe Clark : « Ce fut un homme indomptable qui changea la nature profonde de son pays et la changea pour toujours ».

Lester Pearson devint Nobel de la paix. Diplômé de l’U de Toronto et d’Oxford, athlète, pilote à la guerre 1914-18, il devient ministre, s’oppose à l’intervention militaire du Canada dans le monde et propose, à l’ONU, la formation des « casque bleus ». PM en avril 1963, il le sera 5 ans, il instaure l'accès universel aux soins de santé, les prêts aux étudiants, le bilinguisme officiel, le régime de pensions des canadiens, etc.. et le drapeau du Canada. Il légalise le divorce, décriminalise l'avortement et l'homosexualité. Combiné à son travail innovateur à l'ONU et en diplomatie internationale, Pearson est l'un des Canadiens les plus influents du XXe siècle. Il a fait sa marque partout.

Pierre-Elliot Trudeau, formé par les jésuites, étudiant en droit, obtient une maîtrise en économie politique d’Harvard. Outrancier, insolent et provocateur, il aime le canoë et les voyages, dont en Chine de Mao. Il s’intéresse à la grève d’Asbestos et aide les grévistes. Il joint « Cité libre » où il propose des « réformes sociales et une plus grande égalité ». Professeur de droit constitutionnel à l'U de M, il se lance en politique fédérale. Elu, il est ministre de la Justice. Une phrase le rend célèbre « L’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation ». Devenu PM, il le sera 15 ans. Il fait adopter la loi sur les langues officielles et oblige les institutions fédérales à offrir des services en anglais et en français à la grandeur du pays. Aux prises avec l’enlèvement du diplomate James Richard Cross et le meurtre du ministre Pierre Laporte, il ordonne à l'armée d’agir et proclame la « Loi sur les mesures de guerre ». Il aboli la peine de mort. En 1976, il apporte une aide financière au peuple cubain victime d’un embargo américain. Il gagne le référendum de 1980 contre les séparatistes québécois et rapatrie la constitution canadienne de Londres, nonobstant le refus du Québec. Intellectuel au caractère flamboyant, il a rehaussé la visibilité du Canada dans le monde.

Brian Mulroney, de Baie Comeau, devient avocat d’une firme montréalaise, commissaire de la Commission Cliche sur la construction et président de Iron Ore Company. Intéressé par la politique, il est élu PM progressiste-conservateur en 1964. Il le sera 9 ans. Il veut la signature du Québec sur l’acte constitutionnel de Trudeau et négocie l’accord du Lac Meach pour ce faire. Il vient à un cheveu près de réussir. Il privatise de nombreuses sociétés d'État dont Air Canada, ratifie le libre-échange avec les États-Unis, s’oppose au régime d’apartheid en Afrique du Sud et appuie la « coalition » durant la guerre du golfe. Il initie un accord sur les pluies acides avec les USA et est le premier répondeur occidental à la famine éthiopienne de 1984-1985. Il s’oppose à l'intervention des USA au Nicaragua, mais devient interventionniste dans des conflits en Yougoslavie, en Ethiopie et en Irak. Malgré qu’il sache l’impopularité pour son parti qui va en résulter, il impose une taxe de vente (TPS), décrète un moratoire sur la pêche à la morue et accorde le contrat d’entretien des F-18 au Québec. Sa forte et plaisante personnalité en fait un leader politique aimé par les grands de ce monde et cela a bénéficié au Canada.

Jean Chrétien est né à Shawinigan. Diplômé en droit de l’U de Laval, il est élu député fédéral en 1963. PM en novembre 1994, il le sera 10 ans. Il hérite d'un pays largement endetté. Avec son ministre des finances, Paul Martin, il procède à des compressions budgétaires importantes et élimine un déficit de 42 milliards $. Ses cinq budgets suivant sont excédentaires et il rembourse 36 milliards $ sur la dette. Il vote la plus grande baisse d'impôt de l'histoire. Lors du référendum de 1995, il dirige les fédéralistes à la victoire. Puis, il fait adopter la loi sur la clarté référendaire pour que toute question référendaire future soit « une question claire » qui doit obtenir « une majorité claire ». Il refuse que le Canada participe à la guerre d’Irak de 2003 et ratifie le Protocole de Kyōto sur les changements climatiques. Depuis sa retraite, la popularité de Chrétien ne cesse de grandir et il demeure un orateur puissant et aimé.

Stephen Harper, membre fondateur du Reform Party, parti de droite de la droite, est élu chef du parti (devenu Alliance Canadienne). En 2003, il conclut un accord avec le parti Progressiste-Conservateur pour fusionner les partis. Pour réussir, il doit renier ses politiques contre l’avortement et contre le bilinguisme. Le Parti Conservateur est créé (le mot progressiste étant trop choquant aux oreilles d’Harper). En 2006, il est élu PM et hérite d’un Canada prospère, dynamique et respecté sur la scène mondiale.

Pour respecter ses promesses électorales de 2006, Harper diminue la TPS de 2 %. De plus, il réduit l’imposition des sociétés de 6 %. Le PIB augmente de 13,6% et le Canada s’en tire mieux que les autres pays développés. En 2013, la croissance est de 2,5%, les exportations en hausse de 6% et la dette est moins élevée. 95 000 nouveaux emplois sont créés. Définitivement, un plus.

Sous prétexte que le Canada est devenu une « superpuissance énergétique éminente », Harper change radicalement la direction du pays en rapport avec l’environnement. Lui qui avait traité le protocole de Kyoto de « complot socialiste », annule les programmes d’actions volontaires, dont « le « défi d’une tonne ». Pour masquer son inaction, il annonce des programmes visant à baisser de 20%, en 13 ans, les GES. Les médias dénoncent la duplicité et le manque de sérieux du gouvernement. Trois ans plus tard, Harper retire le Canada de Kyoto, met la clef dans son programme d’une bourse de carbone et réduit son objectif de GES, qui ont augmenté de 7,4% au lieu de diminuer. Définitivement, un moins.

L’industrie du gaz et du pétrole représente 8% du PIB. Les sables bitumineux y compte pour 60%. Le monde entier s’élève contre l’exploitation des sables dont l’Union Européenne qui refuse ce pétrole « sale » sur son territoire. Aujourd’hui, la réduction de pollution est réelle mais chimérique au moment où Obama est pressé par Harper, au nom de la bonne entente USA-Canada, d’approuver le nouvel oléoduc Keystone XL. « Le transport se fera par oléoduc ou par rails », dit Harper au président, « à vous de choisir ». Après l’apocalypse du Lac Mégantic, on peut comprendre la force de cette menace. Pour Harper, l’impact économique au Canada et l’indépendance énergétique en Amérique du Nord, l’emporte sur le réchauffement climatique. Définitivement, un moins.

Bon conservateur, Harper introduit des modifications au code criminel pour le rendre plus sévère. Allongement de peines, peines minimales pour petit délit, mise en liberté sous condition annulée, libérations conditionnelles restreintes, etc... Il ferme six « fermes-prisons » de réhabilitation pour les détenus. La population carcérale augmente. Critiqué par les juges et les avocats, Harper ne bronche pas. Son modèle est les USA qui selon lui est l’endroit le plus sûr de la planète. Définitivement, un moins.

Toujours sur sa ligne à droite, il somme le Conseil national de recherches à mettre l’accent sur des recherches pratiques pour aider l’industrie au lieu de la recherche fondamentale. C’est une guerre contre la science qui peut coûter cher à long terme et qui fait en sorte que les meilleurs cerveaux nous quittent. Définitivement, un moins.

Il aboli le registre national des armes à feu mis sur pied à coup de millions $ par ses prédécesseurs, suite à la tuerie de Polytechnique. Définitivement, un moins.

Harper fait intervenir le Canada dans la guerre en Afghanistan. Il avait reproché à Chrétien d’avoir refusé de participer à la guerre en Irak. Le nombre de morts est grand. Les coûts aussi.
Définitivement, un moins.

Voulant limiter le jeu de l’influence avec l’argent, suite aux dons politiques, Harper instaure une interdiction de lobbysme de 5 ans aux ex-ministres, haut fonctionnaires. Il crée le poste de Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique. Définitivement, un plus.

Il modifie la loi électorale et instaure les élections générales à date fixe. Définitivement, un plus.

Il n’oublie pas ses politiques du Reform et nomme des unilingues à des postes qui requièrent des personnes bilingues. Il renie ainsi sa parole donnée au parti progressiste conservateur. Il coupe le budget pour le bilinguisme et est critiqué vertement par le vérificateur général. Définitivement, un moins.

Harper met fin à l’obligation des Canadiens de remplir le formulaire du recensement quinquennal, malgré l’opposition du directeur de Statistique Canada. Au recensement qui suit, le taux de réponse de 50% devient un empêchement pour obtenir des renseignements valides pour le développement urbain, la construction d’écoles, d’hôpitaux, de logement à loyer modique, de services aux immigrants. Tout devient plus compliqué et souventes fois impossible. Définitivement, un moins.

Sur la question de l’unité nationale, Harper dépose une motion reconnaissant « que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni ». Le vote aux Communes est quasi unanime. Controverse au Canada Anglais que Harper apaise en lui affirmant qu’il y a plusieurs nations au pays. Finie l’histoire du Canada créé par deux nations, la francophone et l’anglophone. Que sont les francophones des autres provinces ? L’ile-du-Prince Edouard, une nation ? Ce n’est que de la petite politique qui n’a rien apporté à Harper aux élections qui suivirent. Il n’en parle plus. Pour certains un plus, pour d’autres un moins !

Comme on peut juger, le conservatisme de droite a pris charge de la politique canadienne. Les moins l’emportent sur les plus. Influencé par la politique républicaine américaine, Harper et son idéologie a amené le Canada dans une voie qui nous est étrangère. Certes, il met l’accent sur l’économie et réussit, mais un pays c’est aussi une foule d’autres choses aussi importantes.

Les premiers ministres qui ont précédé Harper ont bâti un Canada grand, propre, fier, fort, ouvert au monde, respecté, respectueux de la personne humaine et de ses droits, champion de l’environnement. Aujourd’hui, le Canada souffre, fait du sur place et les gens du monde nous demandent « Qu’est ce qui se passe chez vous ? ». La réponse est simple. « Nous avons un Premier Ministre bien ordinaire »

Claude Dupras

vendredi 29 juin 2012

Si j’étais séparatiste québécois, je voterais pour Harper

Il n’y a pas de meilleur propagandiste pour la cause de la séparation du Québec du Canada que le premier ministre du Canada, Stephen Harper. Jamais n’ai-je vu un parti fédéral, le parti conservateur (PC), voter autant de lois qui vont à l’encontre des désirs des Québécois. C’est comme s’il « faisait exprès » pour nous narguer.

J’ai été membre actif du parti progressiste-conservateur du Canada (PPC) durant une longue période sous des chefs comme Diefenbaker, Stanfield, Clark, Mulroney, Campbell et Mackay. Jamais, un de ces leaders n’a posé de gestes allant si délibérément contre les opinions exprimées par les Québécois. Lorsque Mackay a fusionné notre parti avec le Reform party, parti droite-de-la-droite, dirigé par Harper et qui, par opportunisme électoral, avait changé son nom pour Alliance Canadienne, j’ai compris que je ne pouvais plus appuyer cette formation politique et j’ai quitté avec regret la barque PPC. Tout comme plusieurs autres membres de mon parti en commençant par Joe Clark, Lowell Murray, Flora Macdonald et des centaines d’autres…

Depuis 2005, j’ai écrit 32 billets de mon blog sur les politiques d’Harper et celles de son gouvernement conservateur.

Le soir de sa victoire électorale du 2 mai 2011, lorsqu’Harper a obtenu la majorité absolue des sièges à la Chambre des Communes et cela malgré qu’il n’ait gagné que cinq des 75 comtés du Québec, il affirma vouloir gouverner le Canada dans l’intérêt de tous les Canadiens et il s’adressa particulièrement aux Québécois pour les assurer qu’il ferait tout pour regagner leur faveur. À ce jour, le contraire est la vérité.

Son bilan en rapport avec les Québécois est largement négatif malgré le protocole d’entente sur l'harmonisation des taxes de vente du Canada et du Québec par lequel le gouvernement du Québec a reçu 2,2 milliards de $. Le Québec a empoché, toute proportion gardée, la même chose que les autres provinces canadiennes.

Environnement, sables bitumineux, pipeline, justice, criminalité des jeunes, registre des armes, Afghanistan, militarisme, patronage, bilinguisme, nominations d’unilingues, financement des partis, carte électorale, valeurs mobilières, rencontres fédérale-provinciale, monarchie, dette, financement santé, avortement, et encore… sont tous des sujets où Harper a agi sans vraiment tenir compte de l’opinion québécoise. Jamais depuis le PM Robert Borden avec sa loi concernant le service militaire qui mena à la crise de la conscription de 1917, a-t-on vu un premier ministre canadien se foutre si systématiquement des Québécois.

Et voilà, que soudainement, à l’occasion de la fête nationale des Québécois et Québécoises du 24 juin dernier, Harper a fait son apparition au Québec avec 19 de ses ministres, dont les plus influents. Il a choisi pour ce faire le petit village de Saint-Narcisse-de-Beaurivage, près de Québec, qui compte 1 100 habitants et qui se situe dans un des rares comtés représentés par un député conservateur. Jamais un village canadien n’a reçu la visite d’autant de dirigeants canadiens importants en même temps ! Un record ! « C’est pour faire comprendre aux Québécois qu’on les aime » affirma le ministre Christian Paradis, lieutenant du Québec pour le PC.

C’est quoi cette mise en scène, cette comédie, cette mascarade, cette pantalonnade ? Il a peur de qui le PM pour ne vouloir rencontrer que quelques Québécois alors que tous sont en liesse et débordants de joie ? Pourquoi cette réunion a-t-elle été si microscopique, si contrôlée, si cachée et annoncée à la dernière minute comme s’il visitait un territoire ennemi ? Pourquoi le PM n’a-t-il pas voulu, avec son extraordinaire contingent ministériel, célébrer la fête nationale, à quelques kilomètres de là, en compagnie de centaines de milliers de Québécois réunis dans la capitale. Où encore à Montréal où il y en avait encore plus ? Ou en régions comme à Chicoutimi, à Rimouski, à Sherbrooke ou ailleurs ?

Cela démontre bien jusqu’à quel point Stephen Harper ressent l’impact de son impopularité, générée par sa façon de gouverner comme si le Québec n’existait pas. Il dit maintenant vouloir se rapprocher des Québécois, mieux les comprendre et agir avec eux. Quels commentaires hypocrites ! Maintenant qu’il a fait tous ses mauvais coups ! Maintenant qu’il a détruit le registre des armes, renié Kyoto, imposé le bâillon pour son bill omnibus sur la justice criminelle et autres, nommé tous ses amis unilingues anglais à de hauts postes gouvernementaux qui ont toujours nécessité des personnes bilingues, choisi comme porte-paroles francophones du gouvernement deux députés anglophones de l’Alberta qui sont bilingues, etc.. etc… voilà qu’il dit vouloir dorénavant nous écouter. Pour qui nous prend-t-il ? Il dit reconnaître la nation québécoise mais il agit comme si elle n’existait pas.

Le seul bon point que j’accorde à Harper c’est la façon avec laquelle il gère notre économie. Il a investi au bon moment pour contrer la crise de 2008 et, aujourd’hui, il sait serrer la ceinture pour retrouver un budget balancé. C’est important pour notre avenir, mais est-ce suffisant pour les Québécois ? Je ne le crois pas. Ces derniers reconnaissent qu’il a démontré un certain leadership dans ce domaine, mais ils savent qu’il est incapable de tenir compte de leurs sensibilités politiques particulières. En somme, Harper n’est le premier ministre que d’une partie des Canadiens puisqu’il a démontré ne pas être celui de la nation québécoise.

Harper se doit de trouver des Québécois d’envergure pour aider son gouvernement et pour remonter la côte au Québec. Entre temps, il devrait reconnaître que Maxime Bernier est un député populaire, bien éduqué, qui a de l’étoffe et qui sait se tenir debout. Lorsque ce dernier est apparu sur la scène politique, j’avais dans un billet prédit qu’il serait un jour PM du Canada. Depuis, je le suis, l’analyse, lis ses discours dans le Hansard et ailleurs et je crois encore dans ma prédiction. Certes il a fait des erreurs, il était jeune, responsable d’un gros ministère malgré son peu d’expérience politique. Un grand nombre de bons politiciens ont fait des erreurs mais sont revenus plus forts. Car ce qui compte, c’est leur caractère, leur sincérité, leur engagement, leurs idées, leur capacité de parler et de se faire comprendre, leur qualité de leadership… Bernier a tout cela. Harper devrait le nommer son lieutenant du Québec et remplacer Paradis, qui « ne fait pas la job ». Bernier, bien appuyé, pourrait devenir un grand politicien et aider le parti conservateur à se ressaisir face au Québec. On le dit trop à droite, je le vois migrer peu à peu vers le centre-droit où se sont situés les partis progressistes-conservateurs du passé.

La situation politique au Québec est particulière, comme toujours. L’annonce du déclenchement prématuré d’une élection générale est dans l’air. Elle peut arriver dans les prochains mois. À ce jour, il est difficile d’en prédire le résultat. Mais il y a des indices qui sont inquiétants pour le premier ministre Jean Charest et son parti libéral. En effet, la récente élection complémentaire d’Argenteuil a résulté, contre toute attente, dans l’élection du candidat du parti Québécois. Ce comté, qui depuis près de 50 ans était libéral, vient de basculer dans le camp des péquistes. C’est une surprise révélatrice !

On sait aussi que les électeurs votent généralement « contre », surtout après de longues années de pouvoir d’un parti. Ils veulent du changement. C’est pourquoi, même si Pauline Marois, cheffe du parti Québécois, est impopulaire, il est fort possible, dans les circonstances actuelles, qu’elle devienne premier ministre et forme le prochain gouvernement. Les séparatiste-indépendantistes-souverainistes seraient alors au pouvoir et cela pourrait vouloir dire qu’il est possible qu’en 2015, un nouveau référendum sur la séparation du Québec du Canada soit déclenché par ce gouvernement péquiste.

Et qui défendra la position Canada lors de ce référendum ? Dans le passé ce fut deux premiers ministres de grande envergure, Pierre Elliot Trudeau et Jean Chrétien. En 2015, ce sera Stephen Harper. Oh !

Les séparatistes auront aussi un problème de porte-paroles. Il n’y a pas parmi eux actuellement de Jacques Parizeau ou de tribun de la force de Lucien Bouchard qui à lui seul est venu près de convaincre les Québécois de faire le grand saut lors du référendum de 1995. Quant à Pauline Marois, elle n’a ni le charisme ni le pouvoir d’entrainement pour assurer une victoire référendaire à son clan. Mais l’effet négatif de Harper sera tellement dévastateur pour la cause fédéraliste que cela aidera la cause des séparatistes-indépendantistes-souverainistes, que Marois soit convaincante ou non.

Si j’étais organisateur séparatiste, je ferais campagne pour garder Harper au pouvoir. C’est une stratégie qui aiderait ma cause.

Claude Dupras

mercredi 25 avril 2012

Les Albertains et les Québécois, du pareil au même

L’élection du 23 avril en Alberta, province canadienne, a apporté son panier de surprises et de vérités. Le Parti Progressiste Conservateur (PPC) a été réélu, nonobstant tous les sondages qui plaçaient bon premier son adversaire principal, le Wildrose Alliance. Pour la première fois en Alberta, une femme, Alison Redford, devient premier ministre de cette province riche et importante du Canada. Le parti libéral est déclassé et devient le troisième parti.

Ce sont les progressistes albertains qui ont poussé leur parti au pouvoir avec 52,7% des sièges. Et cela, malgré une campagne intense de la droite de la droite albertaine, très bien financée par les pétrolières qui exploitent les sables bitumineux.

Danielle Smith, cheffe du Wildrose, grande défenseure de ces entreprises a affirmé le plus sérieusement du monde dans un débat public avec les autres chefs de parti, que le réchauffement climatique n’était pas prouvé scientifiquement laissant entendre que c’est une invention des socialistes. C’est le même argument utilisé par les pétrolières et le premier ministre canadien Stephen Harper pour combattre les environnementalistes. Ses mots ont été spontanément couverts d’une vague d’huées des spectateurs. Ils ont réagi comme les Québécois l’auraient fait devant une telle situation. Cet incident et d’autres du même genre ont fait comprendre finalement aux Albertains que Smith et le Wildrose ne représentaient nullement leurs opinions et devenaient inopportuns.

D’ailleurs, Danielle Smith a été qualifiée par plusieurs observateurs "le clone de Stephen Harper, mais avec des talons hauts et une personnalité”. Et c’était mérité puisque certains principaux penseurs et un grand nombre d’organisateurs d’Harper ont aidé Smith et le Wildrose à se préparer et à faire campagne. Pour le premier ministre canadien, qui est demeuré supposément neutre dans cette élection, le PPC est, depuis toujours, trop à gauche. Belle définition pour un parti centre-droit !

Conservatrice sociale, Danielle Smith a défendu durant la campagne les principes de sa position politique. Pro-vie et ne croyant que dans le mariage traditionnel, elle s’opposa, entre autres, à l’avortement, à l’euthanasie, aux mariages gais, à la laïcité, à l’athéisme. Imitant la droite américaine, elle a parlé de Dieu et de la religion comme si elle voulait les imposer à la société. Au lieu de laisser en paix ces sujets déjà bien implantés, elle donna l’impression de vouloir légiférer sur chacun afin de les modifier pour rencontrer sa vision des choses. Libertaire, elle voulait couper les dépenses du gouvernement, assurer plus de liberté individuelle et diminuer la grosseur du gouvernement, mais elle n’a pas su imposer des limites claires et acceptables par la majorité aux actions draconiennes qu’elle voulait prendre. Elle a hésité à reconnaître la séparation de l’Église d’avec l’État comme étant la base de la liberté et de la démocratie.

Quelque peu anti-Québec, elle proposa de revoir la péréquation financière canadienne entre les provinces dites « riches » et celles dites « pauvres » afin de diminuer la charge de l’Alberta et le montant alloué au Québec.

Lorsque ses candidats, très de droite, crurent bon d’intervenir dans la campagne avec des commentaires cruellement bigots, racistes et religieux, Danielle Smith les défendit en affirmant qu’« elle respectait la liberté de parole et de religion ». Sur ce sujet, elle ne suivit pas l’exemple de Stephen Harper qui lui, évite d’agir sur ces sujets parce que politiquement dangereux.

Les perdants agissent comme de vrais teapartyers américains. Ils voient dans le nouveau gouvernement d’Alison Redford une bande de socialistes communisants. Un carton publié par eux, depuis l’élection, démontre bien ce qu’ils pensent du parti progressiste conservateur de l’Alberta.


Mes fréquents voyages en Alberta du temps de Joe Clark et de Mulroney m’ont fait réaliser que les Albertains réagissent comme les Québécois. D’ailleurs, jadis, le Québec et l’Alberta se sont souventes fois ligués contre la riche Ontario qui dirigeait en fait le Canada grâce à son argent et ses influences. Ensemble, nos chefs politiques ont combattu pour enfin atteindre la situation où le Québec et l’Alberta pèsent autant que l’Ontario et la Colombie Britannique dans la direction du Canada. Aujourd'hui, même si les Québécois n’ont élu que quelques députés conservateurs et qu’Harper agit souventes fois à l’encontre des désirs des Québécois, le Québec maintient sa place et est une atout important et influent de la fédération canadienne.

Le PPC albertain est un parti qui s’apparente depuis toujours à la politique de l’ex-PM Joe Clark, de l’ex-ministre fédéral Jack Horner, des ex-PM albertains Peter Lougheed et Ralph Klein, etc… qui étaient des progressistes. Leur surnom « red tories » démontre bien la nature des politiques qu’ils ont mises en place.

On a ressenti dans cette élection que les Albertains sont fiers de leur province. Ils en parlent comme de vrais patriotes. Ils se sentent d’abord Albertains puis Canadiens. Ils ont démontré qu’ils veulent que leurs politiciens actuels concentrent sur les services gouvernementaux et l’économie. L’élection albertaine a été une belle démonstration de ce que sera la prochaine élection québécoise.

Claude Dupras

mercredi 15 février 2012

Le fils de son père ?

Pierre Elliot Trudeau fut un premier ministre populaire et un des grands qui ont occupé le poste de leader de la nation canadienne. Je n’ai jamais voté pour lui car je n’appréciais pas ses politiques centralisatrices beaucoup trop favorables à l’état fédéral. Nous vivons dans une confédération et j’ai toujours pensé que les provinces devaient avoir le plus de pouvoirs possibles, particulièrement le Québec pour assurer le développement et l’épanouissement de sa culture et de sa langue. Nonobstant ses politiques, les Québécois ont toujours fait entière confiance à Trudeau. C’était un homme intelligent, fin, mais surtout un gars de chez nous. Quant à moi, même si je ne l’appuyais pas, je l’ai toujours admiré.

Mon parti était le parti progressiste-conservateur (PPC). « progressiste » pour le développement social et « conservateur » pour la gérance de l’économie. Pour moi, c’était un équilibre parfait. Malheureusement, les Québécois ne l’ont pas toujours compris en votant massivement contre ses chefs Robert Stanfield et Joe Clark, leur préférant Trudeau. Ils se sont repris en donnant la presque totalité de leurs comtés à Brian Mulroney qui succéda à Clark. Brian était un gars de chez nous.

Après Mulroney, le parti est descendu aux enfers avec 14% des suffrages à l’élection qui suivit et l’Ouest, qui avait été toujours favorable au PPC, s’est retourné vers le Reform Party, un parti à droite de la droite où se situait le PPC. C’est dans le Reform que Stephen Harper est né politiquement. Après quelques changements de nom, Harper a réussi à prendre la direction du parti devenu l’Alliance Canadienne (AC). Durant ce temps, le PPC continuait sa traversée du désert sous la direction d’un nouveau chef, Peter Mackay.

Finement, subtilement, Harper sachant qu’il ne pouvait gagner une élection fédérale avec l’AC persuada Mackay de se joindre à lui et à transformer le nom de son parti à Parti Conservateur (PC) du Canada, en laissant tomber la partie « progressiste ». Cette décision est la démonstration claire de la pensée politique d’Harper. Des membres illustres du PPC, l’ex-PM Joe Clark, le sénateur Lowell Murray, l’ex-ministre Flora Macdonald et des centaines d’autres se révoltèrent contre cette décision et ne joignirent pas les rangs du PC. Je les ai appuyés. Je trouvais inconcevable que notre parti devienne un parti d’extrême droite. Avec ses agissements, Harper a réussi à usurper le nom de notre parti (un nom reconnu depuis la Confédération) pour remplacer celui de son parti qui était rejeté par une très grande majorité de Canadiens.

Sa stratégie fut bonne puisqu’il prit le pouvoir. Mais, on voit ce que ça donne aujourd’hui. Harper est en train de transformer notre Canada en un pays qui ne considère pas que la personne humaine est la plus précieuse des richesses.

Justin Trudeau, fils de Pierre Elliot Trudeau et député de Montréal, a bien défini avant-hier la situation dans laquelle nous nous retrouvons : « Ce pays est un pays d’ouverture, de respect, de compassion, un État de droit et de liberté. Le Canada est devenu mesquin, petit d’esprit, fermé, anti-intellectuel, qui prône la division. Excusez, mais je ne reconnais pas ce pays ». Bien dit et bien vrai ! et il a ajouté : « Le Canada a besoin des valeurs québécoises pour contrebalancer la vision de Stephen Harper… ».

La veille, Trudeau avait affirmé que les Québécois seraient poussés vers la séparation du Québec par un Canada de style Harper et pour provoquer l’opinion publique il a ajouté que dans un tel cas « peut être que je songerais à vouloir faire du Québec un pays ». Il a bien réussi sa tactique puisque depuis, ses arguments ont déclenché une frénésie dans la blogosphère, sur twitter et les médias le poursuivent

Évidemment, la riche machine politique conservatrice s’est sur-le-champ déchaînée contre Justin Trudeau en le traitant d’adolescent, de politicien incohérent, de menteur, d’irresponsable, de traître, de narcissique, de manquer d’éthique, d’antipatriotique, de manquer d’intelligence politique et encore.

Pourtant Trudeau s’est élevé contre des politiques conservatrices qui vont à l’encontre des politiques adoptées par le Canada depuis les 60 dernières années et qui lui ont donné son excellente réputation dans le monde.

De toute façon, il est certain que le jeune Trudeau n’est pas un séparatiste et il l’a affirmé encore hautement, clairement et avec force hier sur les marches du parlement devant une meute de journalistes.

Je dénonce depuis longtemps les agissements et les politiques de Stephen Harper et il est inutile de répéter ici mes arguments qui démontrent que le Canada est sur une nouvelle voie qui ne correspond pas et qui l’éloigne de celle de son passé glorieux. J’ai aussi affirmé qu’Harper apportait de l’eau au moulin des séparatistes et j’en suis convaincu. Cela ne fait pas de moi un séparatiste comme les affirmations de Trudeau n’en font pas un de lui. Loin de là !

Il a du potentiel et de l’intelligence ce jeune député et il mérite d’être écouté et compris. Il a démontré hier qu’il est le fils de son père.

Claude Dupras

lundi 26 décembre 2011

Découverte de 2011 : Le bulldozer Harper

Stephen Harper a été réélu premier ministre du Canada, le 2 mai dernier. Son Parti Conservateur (PC) a obtenu 39,6% des votes des 61,1 % d’électeurs qui ont voté. Grâce au jeu du système parlementaire britannique, Harper a obtenu une majorité de députés à la Chambre des communes malgré que seulement 24,1% des électeurs éligibles ont voté pour le PC. Évidemment, on peut faire le même genre de calcul pour les autres partis politiques mais ils ne sont pas le gouvernement. Contrairement aux chefs de gouvernements majoritaires précédents qui savaient faire la part des choses, Harper agit comme un p’tit dictateur.

Il me semble que dans une telle situation, un gouvernement démocratique majoritaire responsable doit, au minimum, écouter, réfléchir et s’ajuster avant de proposer. Harper, au contraire, relit le programme de son ex-parti de droite de la droite, le Reform Party, l’impose et l’applique à la lettre, sans consultation. Il serait sage qu’il se rappelle que jamais le Reform n’aurait été élu si le Parti Progressiste Conservateur (PPC) n’avait pas accepté de se fusionner avec lui et que c’est grâce aux membres de ce dernier qu’il a pu atteindre le poste important de premier ministre du Canada. Ces membres du PPC, dont j’étais, n’épousaient pas la politique du Reform, mais se situait plutôt au centre-droit. Aujourd’hui, jamais je ne pourrais voter pour le PC actuel car il méprise en grande partie ce que, sous Stanfield, Clark et Mulroney, nous avons proposé pour le pays.

Au lieu d’être un gouvernement majoritaire bon, il est devenu littéralement un bulldozer. Voici quelques exemples :

1. Il a imposé le bâillon sur des projets de loi dont le vote était assuré.

2. Il a forcé certains comités parlementaires à siéger à huis-clos.

3. Il a fait faire une démonstration de la puissance militaire aérienne canadienne au-dessus de la colline parlementaire. Du jamais vu !

4. Il a engagé une firme privée pour nuire politiquement au député libéral de Mont-Royal.

5. Il a démontré un patronage éhonté et coûteux envers les comtés conservateurs lors de l’organisation du G20 au Canada.

6. Il a dû reconnaître, devant l’évidence accumulée, sa culpabilité d’avoir enfreint la loi pour le financement des partis politiques.

7. Il a regroupé, dans une loi omnibus, neuf projets de loi de la justice criminelle sur des sujets aussi variés que le terrorisme, l’exploitation sexuelle infantile et la culture de marijuana. Le vote, suite au bâillon, a été bâclé au point que c’est le sénat non-élu qui doit, aujourd’hui, apporter des amendements jugés maintenant essentiels.

8. Il ajouté de force 30 nouveaux députés sans tenir compte des arguments de la nation québécoise, une des deux fondatrices du pays, qui réclamait que le seuil traditionnel de son poids historique de 25 % des députés à la Chambre des communes soit maintenu. Il est tombé à 23,1 %.

9. Il a modifié le financement des partis en réduisant de 30 millions $ annuellement l’apport du gouvernement à leurs caisses. Le PC a hérité du système de collecte du « Fonds PC du Canada » où j’ai siégé comme vice-président du temps de Joe Clark. Avec le temps, ce système avait amassé une liste imposante de donneurs et était devenu une formidable machine pour ramasser des sous. L’an dernier, le PC a collecté 17 millions $, plus que tous les autres partis combinés. En vue de la prochaine élection, Harper se sert de la loi pour défavoriser ses adversaires politiques qui n’ont pas un tel outil… ni l’appui inconditionnel des pétrolières.

10. Il a retiré la signature du Canada de l’accord de Kyoto sur les changements climatiques, au grand dam de l’ONU, de l’Europe et de l’Asie.

11. Il a fermé le registre des armes à l’épaule et s’apprête à en détruire toutes les données même si elles sont réclamées par le Québec, qui veut maintenant créer son propre registre en remplacement de celui du fédéral, malgré le fait que les Québécois ont payé pour.

12. Il n’a proposé aucun nouveau programme national, sauf celui pour la régulation centrale des valeurs mobilières qui vient tout juste d’être déclaré anticonstitutionnel par la cour Suprême du pays qui l’a jugé de juridiction provinciale.

13. Contrairement à ce qui s’est toujours fait, il a refusé toute discussion à la récente réunion fédérale-provinciale des ministres des finances des provinces où son ministre a tout simplement fait part de la contribution canadienne pour les prochaines années au financement des systèmes de santé gérés par les provinces et est reparti sur-le-champ vers Ottawa. D’ailleurs, Harper n’a pas convoqué de rencontre des premiers ministres des provinces comme à l’habitude.

14. Il s’est révélé monarchiste, sans en avoir soufflé mot durant la période électorale, en imposant brusquement et exagérément le symbole de la couronne britannique et en repoussant l’image d’indépendance du pays que les gouvernements précédents depuis Lester B. Pearson ont créée.

15. Il fait fi de l’opinion de tous les environnementalistes du monde, et l’a démontré encore récemment, en faisant pression sur Barack Obama pour qu’il accepte immédiatement la construction du pipeline Keystone entre l’Alberta et le Texas, sans forcer les compagnies pétrolières à produire un pétrole « propre ». Dans mon billet du 21 août dernier « Le pipeline des sables bitumineux : une occasion pour Obama », je me montrais favorable la construction du pipeline, bon économiquement pour le Canada, à la condition cependant que le président impose des mesures pour assurer que les producteurs produiront un pétrole « propre ». Obama a voulu se donner un an pour étudier cette question importante. En désaccord, Harper pousse Obama d’agir. Les Républicains, financés par les pétrolières, menacent aussi le Président de retarder l’approbation de ses politiques s’il n’approuve pas le pipeline d’ici deux mois. C’est le leader du NDP-Alberta, Brian Mason, qui décrit bien le lien malsain entre les politiciens conservateurs et l’industrie pétrolière : “The Conservative party is far too close to the oil industry — they’re way too cosy … They get an enormous amount of money from the oil industry. There’s just a tremendous integration of the Conservative Party and executives of the oil industry in terms of making policy. That is very inappropriate.”

La semaine dernière, l’ex-PM le libéral Jean Chrétien a mis en garde les Canadiennes et les Canadiens. À son avis, les lois sur l’avortement, le mariage gai et la peine capitale sont dans la mire des conservateurs. Il prétend possible qu’ils veuillent revenir sur les décisions prises par les gouvernements passés, libéraux ou PPC, sur ces sujets qui sont de prime importance pour notre société. En somme, ils voudraient restaurer chez nous les politiques de notre voisin du sud, où des médecins sont tués pour avoir fait un avortement, où des innocents sont déclarés coupables et tués en prison et où les gais sont pourchassés. Même si dans certains cas, comme l’avortement, Harper a nié vouloir agir ainsi, je crois qu’il faut se méfier de lui, si on se base sur les dernières années et le programme du Reform Party.

Avec son attitude intransigeante et ses gestes unilatéraux, Stephen Harper ne semble pas préoccupé par le danger que la légitimité du parlement canadien puisse être diminuée dans l’esprit des Canadiens. Il ne semble pas préoccupé par le fait qu’il s’isole de plus en plus des Québécoises et des Québécois. Il n’hésite pas à alimenter les séparatistes d’arguments de taille. Il ne craint pas de tout bousculer sur son passage, convaincu que de tels gestes n’influencent pas le vote des électeurs. Au contraire, il estime que ces derniers y voient un signe de force puisque le Canada n’est pas englué, comme d’autres pays, dans des débats stériles qui nuisent à l’économie.

C’est la nouvelle démocratie canadienne !

Claude Dupras