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vendredi 23 septembre 2016

Les Y : Citoyens du monde

Les générations se suivent mais ne se ressemblent pas.
 
Depuis la mienne, la génération silencieuse née de 1925-1945, se sont succédées celle des baby-boomers de 1945 à 1960, celle de la génération X dite du « baby-bust » de 1961 à 1980 et celle, qui arrive en trombe aujourd’hui et dont tout le monde parle de plus en plus, la génération Y, ou les Millennials (certains disent « Milléniaux » en français) de 1980 à 2000.
Pourquoi Y, certains disent que ça vient du mot anglais « Why ? ». C’est la question qu’ils posent et qui marque leur remise en cause systématique des contraintes qu’on veut leur imposer. D’autres y voient le Y sur leur poitrine dessiné par les fils de leurs écouteurs reliés à celui qui rejoint leur baladeur. Millennials, parce qu’il ferme le deuxième millénaire. C’est la génération émergente.
Avec 92 millions d’individus aux USA, la génération Y est la plus nombreuse dépassant même celle des baby-boomers qui compta 77 millions d’enfants nés aux lendemains de la 2ième guerre mondiale dans un moment de paix, de prospérité, de plein-emploi et de progrès.
Entre les deux, la génération X a connu un faible taux de natalité avec 61 millions d’enfants dans une atmosphère d’augmentation des divorces, de l’arrivée des femmes sur le marché du travail, de la pilule contraceptive, etc…
Même si le lien entre appartenance générationnelle et comportements est controversé, le fossé avec les générations précédentes peut s’expliquer par un changement rapide de la société à cause de l’apparition de nouvelles technologies de l’information et de la communication. L’Église, l’armée, même la famille sont moins influentes pour eux que l’internet, la télévision et les réseaux relationnels. Ils n’ont pas connu de menaces d’apocalypse de guerre froide, ni un monde sans le SIDA.   
Au Canada, la génération Y compte 8,9 millions d’individus dont 700 000 sont sans emplois et 4,5 millions vivent chez leurs parents. Plus de 60% ont un smartphone et écrivent un minimum de 60 textos par jour.
Les Y représentent 15% de la population européenne et 40 % de la population active en France (salariés, non-salariés et chômeurs).
En Europe de l’est, les Y sont venus en âge ou sont nés après la libération de leur peuple du communisme en 1989. Ils ont appris des notions inconnues de leurs parents, tels le chômage, le consumérisme, la liberté d’expression, la liberté d’entreprendre, l’acceptation des inégalités sociales, la démocratie… et ils ont pu faire la part des choses de chaque système politique, totalitaire ou démocratique.
C’est une génération de rebelles qui veulent un bon emploi pour s’épanouir au contact de l’action et travailler en s’amusant. Elle est influencée par la culture du partage et non par la compétition ou l’égoïsme. Elle veut être active sur les nouvelles plateformes sociales. Elle est née alors que l’intérêt général de la population pour l’écologie se manifestait, alors qu’avant, seule une minorité s’en préoccupait. Elle est « la génération performance » dopée au travail, mais aussi « la génération micro-ondes » qui exige tout, tout de suite.
Les Y étaient jeunes lors de l’introduction massive de l’information, de la téléphonie mobile, de la photo numérique, du GPS, etc… et ils ont acquis une maitrise intuitive de ces équipements dépassant même celle de leurs parents Le jeu vidéo est pour eux banal alors que la génération X le découvrait. Pour les américains, ce sont les digital natives.
Leur identité s’est forgée par les apports culturels autour d’eux. C’est surtout devant la télévision qu’ils ont grandi et elle les a grandement influencés. 
Bien éduqués, les Y répondent à la pénurie de la main d’œuvre hautement qualifiée. Mais se sachant rares, ils savent ce qu’ils valent et l’exigent. Pour eux, l’autorité n’est pas nécessairement synonyme de compétence et ils ne craignent pas de se comparer car ils peuvent communiquer directement ou avec l’aide des technologies. Ils n’acceptent pas le principe de la priorité de l’ancienneté au travail et veulent plutôt être jugés par leur contribution.  
Cependant, le travail pour eux n’est pas nécessairement au premier plan. Ils refusent de travailler les week-ends ou les jours de fêtes et veulent du temps pour décompresser afin de protéger leur santé mentale et physique qui est pour eux de première importance.  
En somme, les Y recherchent une meilleure qualité de vie, conciliant travail, liberté, autonomie et intérêt personnel. Ils pensent à court terme. Ils sont très mobiles.
Plus à l’aise avec les technologies et internet, ils ont facilement accès à l’ensemble des outils de création et de communication contrairement aux générations précédentes, ce qui leur permet de diffuser sur-le-champ leurs travaux dès leur production. Mais ce sont surtout des consommateurs des nouvelles technologies plutôt que des créateurs.
La génération Y se déplace beaucoup. Elle profite de la baisse des coûts de transport aérien, des autos et du transport en commun. Les études et échanges à l’étranger sont nombreux. Contrairement à la génération précédente, son kilométrage annuel a diminué de 23%. C’est l’avion et le surfe sur internet qui l’intéresse. Ou encore le vélo qu’elle a adopté de plein cœur. 
Chez les 18 à 31 ans, 23% de jeunes mariés américains vivent dans leur propre appartement. Ce pourcentage a chuté de 50% depuis 1960. Un nombre grandissant de jeunes choisissent de vivre à la maison avec leurs parents, puisqu’ils jugent que le mariage peut attendre.
Les Y veulent aussi être en bonne santé et non seulement « pas malades ». Ils recherchent de la nourriture enrichissante, ne fument pas, ne boivent pas et sont concentrés sur l’entrainement physique.
Pour eux, une marque reconnue d’un produit n’est pas suffisante pour confirmer un achat. Pour leurs achats au commerce de détail, 42% des Y achètent en ligne au moins une fois par mois et veulent qu’on leur facilite l’utilisation de leurs appareils mobiles pendant qu’ils sont dans les magasins. Avant d’acheter, ils comparent les prix, en ligne ou sur leur appareil mobile, avec ceux de la concurrence au Canada et dans le monde, lisent les critiques de produits, obtiennent des coupons et des codes promotionnels et concluent l’achat par voie numérique ou au magasin.
47% des Y sont confiants de pouvoir vivre une retraite idéale, alors que seulement 1/3 des baby-boomers pensent la même chose.
Même si tous les individus de l’Occident de cet âge sont des millenials, leur pays influence leur mode de vie, Ainsi les Y canadiens ont plus de potentiel économique que leur contrepartie américaine. À ce jour, 50% des Y canadiens possèdent une maison et cela à un âge plus jeune que leurs parents. En comparaison à 36% pour les américains. Ces derniers ont des conditions de travail moins bonnes que leurs semblables au Canada, les offres d’emplois sont plus rares et ils ont moins d’accès au crédit. De plus, les jeunes américains ont des dettes étudiantes beaucoup plus importantes que les canadiens.
Cette bonne performance des canadiens est due en grande partie aux femmes qui sont mieux éduquées et aux offres d’emplois pour elles qui atteignent des niveaux records au pays. Encore-là, les américaines performent moins bien.  
La génération Y comme les autres générations est critique de la génération précédente. Ainsi, elle regarde de haut la génération X qu’elle considère comme ayant été une bande de bousilleurs qui bâclaient leur travail, retardaient leurs prises de décision, ne rêvaient que de divertissements, avaient un moment d’attention très court et retardaient leur mariage car ils avaient peur de divorcer. 
Quant à la génération X qui suivit les baby-boomers, elle jugea ces derniers comme une bande centrée sur elle-même, inconstante et pas pratique.  
Pour le journaliste Joel Stein du magazine américain Times, « les Y sont trois fois plus touchés que leurs parents par des troubles de personnalité narcissique. Ce sont des obsédés par leur apparence physique et le désir de devenir célèbres. Ils manquent totalement d’ambition dans leur vie professionnelle. C’est pourquoi ils vivent plus nombreux avec leurs parents. Cette génération n’essaie pas de confronter l’establishment comme ses aïeules mais elle vit en dehors, inventant ses propres règles ».
Par contre, une étude par Jean Pralong, sur un échantillon français, conclut à « l’absence de différences entre les X et les Y dans le rapport au travail, à l’entreprise et à la carrière ». En fait, « ce ne sont pas les gens nés après 1980 qui sont narcissistes, ce sont les jeunes personnes qui sont narcissistes et qui par la suite s’en sortent au fur et à mesure qu’ils vieillissent ». Mais la France n’est pas l’Amérique.   
Les changements démographiques générés par chaque génération modifient les priorités des individus et, par conséquent, leur approche à la solution des problèmes. Selon les recherches du Centre pour l’Étude de la citoyenneté démocratique (CECD) du Québec, les succès ou les insuccès d’un parti politique peuvent être liés directement au « remplacement progressif de l’électorat par la nouvelle génération ». Les Y se ressentent des « citoyens du monde » et expriment une pensée politique marquée par ce sentiment. Ils sont au centre-droite du spectre politique. L’étude démontre aussi qu’« ils appuient l’importance de l’éducation et le respect de l’environnement mais accordent moins d’importance à la souveraineté et à la charte des valeurs ». Il me semble fort logique que chaque génération se distingue.
« Le parti québécois (PQ) qui avait été porté par les générations des baby-boomers et des X, a vu chuter ses résultats dès que les Y ont eu droit de vote. Alors que ce parti était le 1er choix des baby-boomers, le 2e de la génération X, il est devenu le 3e de la génération Y. » Cela s’explique en partie par le fait que ce parti est plus à gauche que les Y. Rien n’est évidemment tout perdu car un parti politique peut toujours redéfinir son projet politique pour s’adapter aux circonstances changeantes, mais ce peut être difficile si la question est fondamentale.
La génération des Y est unique de celles qui l’ont précédée. Elle a grandi lors d’une croissance économique sans précédent et a été éduquée durant le temps où le respect de soi était important et la technologie avancée devint disponible. Même si ces individus n’ont pas tous les mêmes comportements ou attitudes, que ce soit au travail, dans les magasins réels et en ligne ou dans l’isoloir électoral, leur interaction est évidente dans la façon qu’ils échangent et consomment l’information.  
Claude Dupras

sources: Internet, Times

dimanche 29 avril 2012

La surprise Sarkozy

La campagne présidentielle française est très intéressante. Après un premier tour vivement disputé, nous avons vu le candidat-président Nicolas Sarkozy revenir des bas-fonds des sondages pour s’approcher à 1,5 % de son adversaire socialiste François Hollande. Classés au deuxième tour, nous pouvons maintenant mieux comparer les deux hommes afin de déterminer lequel devrait diriger la France sur la mer houleuse où elle se retrouve.

Depuis le premier soir de son élection en 2007, Sarkozy a subi une campagne de dénigrement sans pareil. Les socialistes n’ont cessé de le vilipender sur tout et sur rien. La dernière année a été particulièrement difficile à cause de la primaire socialiste qui fut bien réussie et qui attira les regards d’un très grand nombre de Français. Tous les candidats ont fait campagne sur le dos de Sarkozy et non contre leurs adversaires. Ils n’ont cessé de le salir, de le barbouiller et de le décrire comme le pire des scélérats. Et cela fit bien l’affaire de la presse, surtout de gauche et elle est nombreuse, toujours à la recherche de nouvelles juteuses. Chaque jour, elle montait en épingle, souventes fois à la Une, les accusations infondées, les insinuations mensongères et les propos négatifs qui jaillissaient de cette primaire contre Sarkozy.

De plus, les attaques ne venaient pas seulement de cette direction, mais aussi des autres partis ou mouvements qu’ils soient de la droite de la droite ou marxistes, léninistes, communistes, verts-écologistes, syndicalistes, etc… Pour se mousser et chercher à obtenir une part de l’opinion publique, chacun a utilisé la même tactique : dénigrer Sarkozy.

Puis, il y eut les crises. Elles ont balayé le monde occidental. Ce ne fut pas facile pour aucun pays, s’y trouvant impliqué, de vivre la sévère crise économique de 2008 qui s’est répercutée vivement sur l’industrie, l’agriculture, les petites entreprises, etc… et pour les pays de l’euro de vivre les dangereuses crises monétaires et financières qui les ont presque ruinés. En tout temps, le gouvernement de Sarkozy a agi promptement pour maintenir le pays à flot sans que le peuple n’en subisse trop les conséquences. Aucun dirigeant politique dans aucun de ces pays n’a pu maintenir sa popularité car de tels évènements font peur. L’opposition socialiste s’opposa aux réformes que Sarkozy proposa, comme la « règle d’or », car elle voyait dans les crises l’opportunité d’accentuer l’antisarkozysme. Elle lui mit sur le dos le blâme de ces tragédies mondiales et continentales.

Nonobstant toutes les réformes de Sarkozy et ce qu’il a fait de bon, il était donc normal, tenant compte de ce que j’ai décrit précédemment, que la cote de popularité du président Sarkozy soit basse lors du déclenchement de la période électorale présidentielle.

Heureusement, il a pu rétablir les choses lors du premier tour.

Le deuxième tour est l’occasion pour tous les Français et Françaises d’agir de façon réaliste et responsable.

Pour gagner sa réélection, Nicolas Sarkozy cherche des voix additionnelles chez ceux qui ont voté à droite et au centre, au premier tour.

Les socialistes craignent cela et l’accusent de s’approcher des 6,5 millions de Français qui ont voté pour le Front National (FN). Pourtant ces électeurs ne sont pas des traîtres, des êtres dangereux ou des imbéciles. Que Sarkozy fasse de la politique politicienne pour faire valoir son point et amener de nouvelles voix de son bord, où est le problème ?

J’ai plusieurs amis français qui ont voté pour le FN, dont d’ex-socialistes qui en ont assez de constater que les frontières de l’Europe sont devenues de vraies passoires. Ils ont voté Marine Le Pen puisqu’elle dénonce cette situation depuis longtemps, même s’ils ne partagent pas l’ensemble du programme de son parti. Nous, Canadiens, ne tolérerions pas de telles frontières. Quant aux Américains, ils démontrent ce qu’ils en pensent en construisant de hauts murs le long de la frontière mexicaine pour enrayer l’immigration illégale. Je ne comprends pas pourquoi on accuse de racistes ceux qui veulent corriger cette situation en Europe.

J’ai toujours dénoncé le fascisme, le nazisme, le communisme, le marxisme-léninisme qui ont créé des torts immenses dans le monde avec le résultat de millions de morts.

Pour la gauche française, les Français qui ont voté Front National sont des fascistes et doivent être exclus de la société alors qu’elle tolère dans son groupe : les communistes, les marxistes-léninistes et d’autres du même acabit. Pourtant, il n’y a pas très longtemps, des milliers de personnes animées de ces philosophies politiques d’extrême gauche ont érigé le rideau de fer avec les résultats que l’on connait.

Encore aujourd’hui, au Vietnam, en Corée du Nord et en Chine où règnent les partis communistes, il n’y a pas de liberté de parole, de rassemblement, de choix des dirigeants du pays, etc…, en somme pas de liberté individuelle. Pourtant, François Hollande se concerte avec les partis politiques français qui épousent ouvertement ces philosophies politiques au passé meurtrier et il accueille d’emblée et avec bonheur leurs appuis politiques. Il va même jusqu’à accepter l’idée que ces partis puissent avoir des députés comme l’a annoncé hier le chef du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, suite à une entente avec Hollande qui, pour favoriser leurs élections, fera en sorte que le PS ne présente pas de candidat socialiste contre eux aux prochaines élections législatives qui suivront l’élection présidentielle. Deux poids, deux mesures…

Plus démocrate, Sarkozy ne taxe pas ces mouvements d’extrême-gauche des mêmes épithètes dont la gauche accuse ceux qui ont voté pour Marine Le Pen. Il reconnaît que les choses ont changé et que ce temps est passé.

Déjà, depuis le début du deuxième tour, Sarkozy a gagné 2 points dans les sondages. Il est maintenant à 46-46,5 % d’appuis. Avec 4-3,5 % de plus, il sera égal avec Hollande. C’est un scénario possible puisque sa campagne à ce jour se déroule parfaitement. Les foules sont nombreuses partout et très enthousiastes au point que plusieurs observateurs neutres se déclarent surpris. Cela aide Sarkozy à remonter la côte et à grignoter de jour en jour la marge de son adversaire. Mais la clef sera le 2 mai, le débat des chefs. Si Sarkozy performe bien, mieux qu’Hollande, il peut gagner.

Ce sera un moment impensable dont on parlera longtemps dans les annales électorales futures comme de « la surprise Sarkozy » et qui deviendra un point de repère pour juger des pronostics des résultats d’élections futures.

Claude Dupras


jeudi 13 janvier 2011

Facebook sauvera-t-il le Viêtnam ?

Tout ne tourne pas rond dans la péninsule vietnamienne au moment où, cette semaine, le parti communiste du pays tient son congrès politique pour planifier les politiques des cinq prochaines années et choisir ses nouveaux dirigeants pour cette période.

Depuis ma visite au Viêtnam, en mai et juin derniers, où j’ai été témoin à Hanoi de l’arrestation de la jeune avocate Lê Thi Công Nhân, porte parole du mouvement indépendantiste, j’ai continué à m’intéresser à ce pays.

Mes informations sont à l’effet que la répression contre ceux qui réclament la liberté de parole dans le pays s’est accentuée avec la tenue du congrès. La police de sécurité est devenue très active et fait brutalement pression sur tous les activistes connus pour qu’ils arrêtent leurs actions contestataires. Seize blogueurs ont été écroués comme de vulgaires malfaiteurs. Trois journalistes demeurent en prison alors que d’autres se disent suivis par des policiers en civil qui scrutent chacun de leurs gestes.

Devant le refus de compagnies de services internet publiques d’installer des logiciels capables de suivre les activités de certains sites et des individus qui les utilisent, les réseaux sociaux sur Internet, dont Facebook, ont été fermés par le gouvernement. Ce dernier veut réduire au silence les jeunes vietnamiens, et les moins jeunes, qui utilisent ces réseaux pour se renseigner et faire part des abus aux droits de la personne dont ils sont témoins, de la corruption qu’ils découvrent et des restrictions constantes sur la liberté de parole qu’ils vivent. Le gouvernement ne réussit que partiellement à faire taire la révolte grandissante car les internautes trouvent d’autres moyens pour partager leurs constatations et leurs misères. Ils utilisent des outils de contournement pour se reconnecter à Facebook.

L’avenir immédiat ne s’annonce pas plus rose pour les Vietnamiens et les Vietnamiennes car les candidats au poste de nouveau secrétaire général (l’homme fort) du parti communiste sont des conservateurs endurcis à la mode chinoise et contre toute réforme politique. Il semble que le premier ministre actuel Nguyen Tan Dung est le favori.

Mais le futur gouvernement n’est pas sorti du bois et on peut compter que les critiques n’iront qu’en augmentant. Ce ne sera pas « business as usual ».

En effet, de nombreuses élites urbaines attaquent les ententes économiques de leur pays avec la Chine qui a toujours été considérée comme leur ennemi naturel. C’est la concession d’une mine de bauxite au centre Vietnam, évaluée à plusieurs billions $ qui a fait débordé le vase. Les activistes pro-démocratie ont réagi vivement contre cette décision tout comme des polytechniciens dont Pham Minh Hoang, toujours en prison à cause de cela, et même l’intouchable et fameux général Giap, héros de l’indépendance et de la guerre contre les USA.

De plus, l’inflation galope. Elle se situe à 11% et affecte disproportionnellement les pauvres qui grognent tout comme le font un très grand nombre de fermiers évincés de leurs terres, durant les dernières années, pour faire place au développement rapide. Le nombre de grèves augmente dans les usines fabricantes de produits dédiés à l’exportation. Les écologistes s’élèvent contre la pollution industrielle.

Il y a aussi le secteur des entreprises d’état qui attire les reproches. Subventionnées démesurément par le pays, leur performance n’est pas à la hauteur des attentes. Vinishin, constructeur naval, est au bord de la faillite avec une dette de 4,5 billions $. Les activistes affirment que les entreprises de ce secteur ne favorisent financièrement que les gens du parti communiste et ceux qui gravitent autour de lui, alors que les citoyens de classe moyenne et plus pauvres subissent l’augmentation des prix et la diminution des emplois.

Tenant compte des difficultés dans ce secteur, de l’inflation qui s’accélère, d’un risque de crise de la balance des paiements et de l’affaiblissement du secteur bancaire, les agences de notation financière Standard & Poor’s et Moody’s ont baissé, il y a un mois, la note de la dette à long terme du Viêtnam qu’ils soulignent être sous l’effet de très importantes difficultés financières.

Les pronostics sont que l’économie Vietnamienne peut devenir la 14ième plus importante au monde. C’est quand même extraordinaire qu’un pays qui était près de la famine, il y a à peine 25 ans, en soit rendu là. La pauvreté a été réduite par dix. Le parti communiste vietnamien a imité la Chine et décrété la réforme de l’économie de marché. Ce faisant, plusieurs pays comme le Canada l’ont aidé et, grâce au capitalisme, le Viêtnam a connu une évolution économique vertigineuse qui a permis au parti communiste de maintenir son pouvoir suprême.

Mais la réalité nouvelle pointe à l’horizon. Les critiques sont de plus en plus nombreux et traitent de plus en plus de sujets. Les Vietnamiens veulent mieux vivre et améliorer leur qualité de vie, avoir de bonnes écoles, de grandes universités, maintenir leurs emplois, de meilleurs salaires, assurer un meilleur partage des richesses, être libres de parler et de choisir leurs dirigeants politiques, etc. Ils réclament plus de transparence dans les affaires de l’état afin qu’eux et les entreprises de l’extérieur y voient clair. Seule la démocratie peut leur donner cela et les Vietnamiens le ressentent de plus en plus grâce aux réseaux sociaux d’Internet. Ils ont faim d’en savoir plus.

Facebook, tout comme d’autres réseaux similaires, est l’outil par excellence pour répandre les notions de liberté partout. Et le jour où le Viêtnam basculera vers la liberté, il sera intéressant de déterminer la part que les réseaux sociaux d’internet auront jouée.

Claude Dupras

jeudi 4 novembre 2010

L’ennemi no. 1 d’Obama : Glen Beck

Il y a un homme qui a fait la différence dans l’élection de mi-mandat que viennent de vivre les Américains. Il a réussi à monter une armée d’individus dans tous les coins des USA pour voter contre le président et le parti démocrate.

Ce vote qui a permis aux Républicains de balayer les Démocrates est, en fait, un vote négatif. Et ce n’est pas moi qui le dis, mais un sondage auprès des électeurs à la sortie des bureaux de scrutin. Presqu’à l’unanimité, dans tous les États, dans les campagnes comme les villes, une majorité des électeurs a avoué avoir surtout voté « contre Obama ». Pourquoi ?

Depuis l’entrée de Barack Obama à la Maison Blanche, j’ai suivi sa démarche. J’en reste impressionné car il s’est avéré comme un des bons présidents que les Américains ont connus. Il a travaillé fort, a parlé intelligemment à ses concitoyens, a réagi efficacement à la crise économique et a fait voter des lois que peu de présidents ont réussi à faire voter dont celle sur la santé qui a permis à plus de 35 millions d’Américains d’être enfin protégés par un système d’assurance-maladie. Malgré tout cela, il est honni aujourd’hui par une majorité d’Américains dans tous les coins de ce grand pays.

Depuis plus d’un an, j’appréhendais le soir de l’élection « mid-term ». Ma crainte venait de ce que je percevais chez le polémiste Glen Beck. Il est un animateur d’une émission de télévision à la chaîne américaine Fox qui appartient au magnat australien des médias, Rupert Murdoch. Fox News est la dernière des grandes chaînes arrivées sur le marché Américain en 1997. Voyant un vide, Murdoch la campa complètement à droite pour promouvoir les positions politiques conservatrices. Elle le fait 24h /24, 7j/7 de façon très partisane. Aujourd’hui, Fox News a plus de 110 millions d’abonnés et est devenue une des chaînes préférées des Américains, au point que la compagnie vient tout juste d’annoncer, pour la dernière année, un accroissement des profits de 8% et des ventes publicitaires de 16%. Il faut reconnaître, en toute vérité, que la présentation des émissions est fort intéressante.

Glen Beck est un genre de René Lévesque du Québec du temps où ce dernier animait l’émission « Point de Mire » à Radio-Canada, et venait hebdomadairement expliquer aux Québécois et Québécoises, avec son ardoise et sa craie, l’évolution de la politique dans le monde. Nous étions tous accrochés à ses lèvres. Il était un vrai pédagogue. Lévesque, qui au début n’était pas très connu, a fait un tabac de son émission et est devenu une étoile de la télévision canadienne. Les Québécois et les Québécoises l’appréciaient et l’aimaient. Animateur responsable, honnête, très divertissant, clair et net dans ses propos, sa popularité fut si grande qu’il est devenu, avec le temps, premier ministre du Québec, et un des meilleurs.

Malheureusement, Glen Beck n’est pas un vrai René Lévesque. Il est un polémiste qui vise la controverse publique. Il joue avec les mots et les sentiments de ses auditeurs. Il a un objectif et il fait tout pour amener ces derniers où il veut. Il est habile, intelligent, un manipulateur hors de l’ordinaire, sur le petit écran tous les soirs à la même heure et très suivi. Dès les premiers soubresauts du « Tea Party », il a fait sien ce mouvement et s’est lancé tête basse dans la mêlée. Ses outils : l’ardoise et la craie; sa méthode : la démagogie. Il se fait professeur, enseigne, démontre, éclaircit, décortique les discours, interprète les affirmations et les projets de lois d’Obama comme s’il était un prix Nobel. Il a l’air vrai mais il est menteur. Il a l’air renseigné, mais il est manipulateur. Il a l’air d’un professeur, mais il est irresponsable. C’est un faux pédagogue, super habile et fort convaincant. Son auditoire est montée jusqu’à 3 millions d’auditeurs chaque jour.

J’ai réalisé le tort qu’il faisait lorsque deux des mes amis américains, dans des emails, m’ont recommandé l’émission télévisée de Glen Beck. Par hasard, les deux ont utilisé le même qualificatif pour le décrire : « il est très « éducatif ». Je leur ai répondu que Beck utilisait des « arguments tout croches », mais ils ne m’ont pas cru. C’est là que j’ai compris le danger pour Obama.

Depuis et souventes fois, aux nouvelles télévisées américaines, des gens bien ordinaires sont appelés à expliquer leur position anti-Obama. Chaque fois, j’ai remarqué qu’ils utilisaient les arguments de Beck, presque mot pour mot. Ce qui est le plus étonnant, c’est que ces gens critiquent, entre autres, le programme de santé d’Obama prétextant qu’il est trop coûteux, etc., alors qu’ils en sont les premiers bénéficiaires. De toute évidence, ils ne comprennent pas ce qu’ils critiquent.

Selon le New York Times, que Beck accuse d’être vendu à Obama, il a suggéré récemment aux chrétiens de quitter leur église si elle prêche la justice sociale et économique, car, dit-il, « ce sont des mot-codes pour communisme et nazisme ». Il est super-capitaliste, antisocialiste et s’oppose à tout ce qui peut venir de la gauche. Le problème est qu’il est persuasif et que ses arguments et explications deviennent des évidences dans l’esprit de ses auditeurs.

Son implication dans la récente période électorale a été très forte. Il a réuni à Washington des centaines de milliers d’électeurs pour une manifestation anti-Obama. Il a fait la promotion constante des teapartyers. Il a invité, moussé la candidature, appuyé et mis en vedette les candidats anti-Obama. Il a développé une influence profonde et une admiration étonnante chez l’Américain moyen qui est loin de comprendre la complexité des lois qui se votent à Washington mais qui gobe facilement ses explications démagogiques et simplistes du danger (qu’il invente) de ces lois.

Le résultat, c’est que des centaines de milliers d’Américains ont voté contre Obama à cause de Glen Beck. Et cela a fait la différence. Plusieurs candidats du « Tea Party » ont été élus. Mais ce qui compte surtout, c’est que des milliers d’indépendants et de Démocrates « mous » ont été convaincus par Beck de voter contre Obama et par conséquent pour les Républicains. Ajouté au noyau dur du parti républicain, ce nouvel apport de votes a fait la différence et a permis aux Républicains d’obtenir la victoire éclatante qu’ils ont obtenue.

Si Barak Obama et le parti démocrate veulent être réélus, ils devront tenir compte des actions néfastes de polémistes comme Beck, nombreux dans les médias américains, pour contrer, de façon persuasive, les arguments simplistes et démagogiques de ces derniers, afin de pouvoir ramener vers eux un nombre suffisant d’électeurs en 2012. Ce ne sera pas facile, mais c’est possible !

Claude Dupras

Ps. Durant les deux derniers mois, l’auditoire de Beck a diminué sensiblement car il a tendance à se montrer de plus en plus comme un leader politique au lieu d’un « entertainer » et cela plait moins à l’auditeur américain. Néanmoins, son auditoire actuel demeure supérieur aux auditoires combinés de toutes les émissions politiques équivalentes des autres chaînes qui se présentent comme ses compétitrices.

dimanche 15 août 2010

Le capitalisme a sauvé le parti communiste vietnamien

Depuis mon voyage de juin dernier au Vietnam, je suis profondément touché par le sort des Vietnamiens et Vietnamiennes qui réclament la liberté d’expression dans leur pays.

Hier, j’ai pu, finalement, parlé avec Mlle Lê Thi Công Nhân directement de sa résidence de Hanoi. Elle va bien. Elle m’a appris que le jour où je l’ai rencontrée au « Highland café » de Hanoi, alors que je fus témoin de son interpellation par la police secrète du gouvernement communiste de son pays, qu'elle a été effectivement arrêtée et trainée vers la prison où elle a été retenue jusqu’à tard dans la soirée. Depuis, elle a regagné son domicile où elle est assignée obligatoirement pour les trois prochaines années. Les seules sorties qui lui sont permises sont pour l’achat de nourriture et de produits de première nécessité. Elle n’a pas le droit de travailler (elle est avocate) ni de circuler hors de la maison. Nonobstant cette situation déplaisante, elle maintient un bon esprit et espère que sa voix et celle de ses compatriotes qui veulent une démocratie pour le Vietnam soient entendues.

Nous avons parlé durant plus d’une heure et notre conversation sera retransmise sur les ondes de radio Viet Tan dans le pays. C’est une personne intelligente, engagée, persuasive, bien renseignée et surtout convaincue de la nécessité de continuer son travail. Elle est prête à faire le sacrifice de sa vie pour la liberté de son peuple.

Alors que d’autres personnes sont toujours dans les prisons Vietnamiennes, simplement pour avoir réclamé la liberté de parole sur les affaires du pays, les pays occidentaux agissent comme si de rien n’était, sauf pour quelques mots, de temps en temps, pour décrier cette situation comme les propos récents d’Hillary Clinton, secrétaire d’état américain. Malheureusement, une fois dit, c’est « business as usual ».

Le Canada est fortement impliqué au Vietnam. Le premier ministre vietnamien a été accueilli à Toronto lors du dernier G20. Le ministre des affaires étrangères du Canada a visité le Vietnam en juillet dernier. Le nombre d’étudiants Vietnamiens dans nos universités augmente rapidement car le Canada veut devenir pour eux une destination privilégiée d’études internationales. Notre pays aide l’agriculture et appuie la réforme économique. Il collabore à la réduction de la pauvreté et à l’amélioration des conditions de vie en milieu rural. Plus de 550 millions de $ d’aide ont été versés à ce jour par notre pays. Le commerce entre les deux pays croît rapidement et approche les 2 milliards de $ dont plus de 30% d’exportations canadiennes. Au point de vue investissement, le Canada est le cinquième investisseur au monde dans ce pays. De nombreuse négociations et rencontres bilatérales sont en marche dans plusieurs domaines dont le commerce, le juridique, le législatif et le judiciaire incluant la lutte contre la corruption. Nos sociétés privées sont à l’œuvre dans l’agriculture, l’agroalimentaire, la formation, l’industrie forestière, les technologies de l’information et des communications…

Que les choses ont changé depuis quelques décennies, alors que les boycotts se succédèrent ! On se rappelle celui des USA envers les Jeux Olympiques de Moscou pour raisons politiques; celui des pays occidentaux envers l’Afrique du Sud qui pratiquait l’apartheid; celui des USA, du Canada et d’autres versus la Corée du Nord suite à la guerre entre les deux Corée et qui continue; celui du temps du rideau de fer des pays d’Europe de l’est et celui de la Chine de Mao à cause du communisme; celui des USA envers Cuba qui perdure depuis 1959, etc…

Aujourd’hui, la Chine est devenue un collaborateur, un ami, un exemple. Pourtant c’est le même régime politique communiste qu’avant, sauf qu’il s’est ouvert à l’économie de marché. Rappelons-nous que suite aux refus des Soviets d’accorder la liberté économique aux peuples de l’URSS et des pays sous son joug, ces derniers se sont soulevés pour renverser leurs gouvernements, supposément indéracinables, en quelques mois.

Il me semble clair que les Vietnamiens auraient réagi de la même façon, si le parti communiste vietnamien avait suivi la politique de ses frères russes. Ce parti a eu l’intelligence de parer à un tel renversement en décrétant la grande réforme de l’économie du marché. Ce faisant, il a conservé le pouvoir et a attiré l’intérêt des pays occidentaux, comme le Canada, qui voient dans le nouveau Vietnam une place importante pour faire des affaires.

Il devient évident que c’est le capitalisme qui a sauvé les partis communistes de la Chine et du Vietnam.

Pendant ce temps, le peuple vietnamien, très occupé à gagner sa vie, ne critique pas le parti communiste au pouvoir craignant le système de terreur mis en place pour le faire taire, avec des lois arbitraires et imprécises qui briment ses droits humains les plus élémentaires.

Certes, le gouvernement du Canada critique quelque fois le gouvernement communiste Vietnamien, mais ce n’est que du bout des lèvres, beaucoup plus pour satisfaire la très active communauté canado-vietnamienne du Canada que pour régler le problème. Le Canada est plus intéressé à négocier un accord de protection et de promotion de son investissement que de sauver les innocentes personnes qui sont arrêtées pour avoir réclamer la liberté d’expression. Aucune de ses actions d’aide, de support ou d’affaires n’est conditionnelle à ce que les systèmes juridique et judiciaire accusatoire vietnamiens soient modifiés pour assurer la liberté d’expression et le respect des droits de la personne. Et le Canada n’est pas le seul à agir ainsi.

Lê Thi Công Nhân est un bel exemple de ce qu’est la liberté du vietnamien d’aujourd’hui. Plusieurs de ses collègues sont encore en prison et elle risque d’y retourner en persistant à continuer son action pour la démocratie dans son pays.

Il est temps que le Canada fasse sa part pour protéger les Vietnamiens et Vietnamiennes qui veulent s’exprimer publiquement et librement sur les affaires de leur gouvernement et la démocratie. Tout comme il a été un leader pour la chute de l’apartheid, il pourrait devenir un chef de file pour l’implantation d’une vraie démocratie au Vietnam.

Si la pression ne vient pas de l’étranger, la situation perdurera indéfiniment au Vietnam car la « gang » du parti communiste vietnamien est trop forte et emploie des méthodes quasi-staliniennes pour assurer sa main mise exclusive sur le pouvoir.

Claude Dupras

samedi 17 juillet 2010

Au Vietnam, les démocrates sont des terroristes

Le gouvernement du Vietnam, dirigé par le parti communiste du pays, vient de publier le premier numéro d’un magazine sur les droits de la personne. C’est pour répondre aux critiques de nombreux groupes internationaux, tels : l’ambassade américaine de Hanoi, l’Union Européenne, Humanrights watch, Journalistes Sans Frontière et plusieurs autres mouvements pour le respect des droits de la personne. Ces groupes déplorent le fait que des Vietnamiens et Vietnamiennes sont emprisonnés pour leurs opinions sur la démocratie et la liberté religieuse.

Comme je l’ai décrit dans mon blog du 8 juin dernier sur « Le Vietnam, un État policier : Nouvelle arrestation de Lê Thi Công Nhân », j’ai été témoin des agissements de la police secrète vietnamienne au moment où elle s’apprêtait à arrêter la jeune dissidente et avocate Lê Thi Công Nhân. C’est donc très récent.

Le ministre des affaires extérieures du Vietnam Gia Khiem a l’audace de défendre l’initiative de son gouvernement pour cette nouvelle publication en affirmant que depuis 25 ans, le parti communiste a tout fait pour favoriser les droits de la personne. Il accuse à son tour « les forces hostiles qui constamment abusent des sujets de démocratie et de droits de la personne en salissant, déformant et interférant dans le développement de son pays ».

Le but du magazine mensuel est d’informer les Vietnamiens et le monde extérieur sur le parti communiste au pouvoir et sur ses politiques. Il vise à les assurer que « la protection des droits de la personne est dans la nature même du régime » et à réfuter les affirmations mensongères et hostiles qui circulent dans le monde.

Pour la gang (ce qu’est en réalité le parti communiste Vietnamien) qui dirige le pays, tout acte de dissension est une menace pour renverser éventuellement leur gouvernement, donc leur enlever le pouvoir. Pour se protéger, ces pseudo-communistes visent les dissidents dans le pays comme Lê Thi Công Nhân et les Vietnamiens qui vivent à l’étranger. Ils détestent les activistes américains et les qualifient de groupes terroristes. S’ils prennent connaissance de mes blogs et de mes actions sur le sujet de la liberté d’expression au Vietnam, je suis devenu un terroriste à leurs yeux.

Une nouvelle loi sur les cafés internet doit d'ailleurs entrer en vigueur ce mois-ci et obliger chaque café à garder trace de tout visiteur. Ainsi Starbucks, non seulement offrira l’internet gratuit, mais deviendra un espion pour les communistes en dénonçant ceux qui l’utilisent dans ses cafés. Google, Facebook et autres de même nature sont visés par une nouvelle réglementation gouvernementale qui exige des fournisseurs de services internet publics l’installation de logiciels capables de suivre les activités de certains sites et de les bloquer si la gang le juge nécessaire, tout comme le fait actuellement le parti communiste chinois.

Il faut reconnaître que le parti communiste vietnamien a pris de très bonnes décisions en rapport avec le développement économique du pays. Depuis qu’il a mis le communisme de côté pour appliquer le capitalisme dans le pays, il a réussi à diminuer la pauvreté par dix en quelques années. Le pays est aussi en pleine expansion touristique. Cependant, le parti démontre par ses actes et ses lois qu’il ne tolère aucune forme de dissension et utilise des lois désuètes et non précises pour emprisonner ceux qui le défient publiquement et sur internet.

Lê Thi Công Nhân, jeune avocate de 33 ans et porte-parole du Mouvement pour la démocratie au Vietnam a déjà passé trois ans en prison et est assignée à résidence pour trois autres années. Depuis sa sortie de sa geôle, elle a été arrêtée deux fois et mise en prison pour quelques jours. Suite à l’incident dernier dont j’ai été témoin, je ne peux savoir malgré toutes mes démarches où elle se trouve actuellement. Quant au jeune président du Mouvement, il est encore en prison avec plusieurs autres prisonniers politiques. Ces jeunes individus sont prêts à sacrifier leur vie pour cette noble cause.

La démocratie viendra au Vietnam un jour. C’est inévitable. Ces jeunes la veulent tout de suite et non dans 20, 30 ou 50 années afin que le peuple ait une voix au chapitre pour choisir ceux qui le gouvernent et que la corruption par la gang communiste prenne fin.

Claude Dupras

mardi 8 juin 2010

Le Vietnam, un État policier : Nouvelle arrestation de Lê Thi Công Nhân

Il est 17h00. C’est le 28 mai 2010. Je suis à Hanoi, au Vietnam. Je reviens à l’hôtel Moevenpick où nous logeons, mon épouse et moi, après avoir visité le musée de la littérature. J’aperçois dans la vitrine du « Highlands Coffee », qui est voisin de l’hôtel, une enseigne qui offre le « free wifi ». J’y vais seul pour lire mes emails, avec mon ipodtouch,

J’opte pour un fauteuil à droite de l’entrée du café près d’une grande vitre qui donne sur l’intersection des rues avoisinantes. Au moment où je m’installe, j’aperçois une jeune dame dans la trentaine qui semble convoiter le même siège. Je lui offre avec plaisir et elle me remercie avec un léger sourire. Je m’installe finalement au centre du café dans un fauteuil, face au bar. La jeune dame est à ma gauche, un peu en arrière de moi, et je dois tourner la tête et légèrement le corps pour l’apercevoir. Mais je l’oublie vite car je me concentre sur ce que me révèle mon ipod.

Une dizaine de minutes plus tard, quelqu’un touche à mon épaule. Je me retourne, c’est la jeune dame. Elle me donne vite une serviette blanche de papier pliée en deux et sans dire un mot retourne à sa place. Surpris, je la regarde, mais elle m’évite et son regard est fixé vers l’extérieur. Elle est petite, le visage un peu grassouillet et porte des verres noirs. Elle a un air intelligent, déterminé mais semble quelque peu préoccupée. Elle est calme.

Je déplie la serviette et y trouve un message écrit de sa main sur un mémo jaune. Je lis : « I’m Lê Thi Công Nhân. U can find (sth…) about me on Internet. I’m under house arrest now (3 years after 3 years in prison). The secret polices are around this coffee shop and I should be arrested again. Pls inform about this to US embassy, EU, Human Rights Watch. Thanks a lot.”

Stupéfait, je ne bouge pas, je glisse vite le mémo dans mon portefeuille. Je la regarde quelque peu mais elle m’évite toujours. Je n’ai jamais entendu parler de cette personne. Je décide de rester dans le café et attendre la suite des évènements. Je recherche par mon ipod qui elle est mais je ne trouve rien (je faisais une erreur avec son nom). Quelques minutes plus tard, trois jeunes hommes et une jeune fille habillés en civil, à l’allure policière, entrent dans le café et s’assoient, sans brouhaha, avec la jeune dame. Je les regarde brièvement. Ils engagent une conversation avec elle, mais elle semble ne répondre que par signes de têtes. Elle a l’air triste et demeure calme.

Que faire ? Au bout de dix minutes, je quitte le café et j’aperçois à l’extérieur au moins un autre policier en civil qui me suit de l’œil.

De retour à l’hôtel, je vérifie sur internet qui est Lê Thi Công Nhân. Google me dit: « Lê Thi Công Nhân est bien connue dans les milieux dissidents au Vietnam en tant qu’avocate au franc-parler pour les droits de l'homme. Elle a été interrogée par « Voice of America » et « Radio free Asia »: là et ailleurs, elle a appelé au respect des droits de l'homme dans son pays.

Arrêtée le 6 Mars 2007 par la sécurité de la police de Hanoi et jugée par la Cour Populaire de Hanoi le 11 mai 2007. Lê Thi Công Nhân a été condamnée à quatre ans d'emprisonnement, en vertu de l'article 88 du Code pénal, pour "propagande contre l'État » (le parti communiste). Sa peine fut réduite d'un an suite à un appel le 27 Novembre 2007, bien que sa peine supplémentaire d'assignation à résidence en liberté de trois ans n'ait pas changé.

Amnistie Internationale la considère comme une prisonnière d’opinion et a demandé alors sa libération immédiate et inconditionnelle.

Elle fut libérée le 6 mars 2010, après la fin de sa sentence, mais arrêtée à nouveau pour trois heures le 9 mars sous prétexte qu’elle avait violé les conditions de son assignation à résidence.
»

Je suis le seul qui sait qu’elle vient d’être arrêtée à nouveau. Dois-je avertir immédiatement les gouvernements ou organismes tel qu’elle me le demande dans son mémo ? Je m’informe auprès de personnes locales sérieuses et on me conseille de ne rien faire pour l’instant car cela pourrait me créer des embêtements avec le gouvernement Vietnamien puisque je serai encore huit jours au Vietnam et de n’en parler à personne car le parti a ses informateurs, qu’ils soient guides, etc… Je décide de suivre ce conseil et d’agir dès ma sortie du pays. C’est ce que je fais par ce présent blog et par les messages que j’ai fait parvenir selon les désirs de Lê Thi Công Nhân.

Le parti communiste du Vietnam est le dictateur du pays. Il compte comme membres seulement 3% de la population et pour le joindre il faut avoir de bons contacts car n’entre pas qui veut dans cette « gang ». Il contrôle l’armée, la police et le gouvernement. L’homme le plus fort du pays est le secrétaire général du parti communiste et non le président. Il n’y a pas d’élection dans ce pays. Tous les membres du gouvernement et les bureaucrates sont communistes. Il est reconnu qu’ils font preuve de corruption et sont accusés d’incompétence à cause de leurs fréquents changements de décision.

Pourtant le développement économique du pays est réel et rapide. D’un des pays les plus pauvres d’Asie, il est devenu aujourd’hui un pays dynamique et son taux de pauvreté a diminué de dix fois. C’est depuis 1987, année où le parti communiste a décidé d’accepter l’économie de marché, que tout a changé. Il s’est finalement rendu à la demande du Vietnamien moyen, particulièrement celui du sud, qui est un individu entreprenant et qui veut à tout prix réussir à bien gagner sa vie. Depuis, de petites et grandes entreprises de toutes sortes fourmillent de partout.

Actuellement, les Vietnamiens tolèrent le parti communiste car l’environnement économique de leur pays leur permet de faire des affaires et des sous. Il y a aussi le fait que le Vietnam a vécu 5 guerres contre des pays étrangers durant les 100 dernières années et les a toutes gagnées. Le peuple vietnamien demeure reconnaissant à Ho Chi Minh et à son parti communiste pour avoir bien mené ces batailles et obtenu l’indépendance de leur pays.

Mais cela ne change pas le fait qu’il y a contradiction entre politiques communistes et politiques démocratiques. En général, les Vietnamiens sont heureux de bénéficier de libertés sociale, économique et religieuse mais surpris que les dirigeants du pays emprisonnent ceux qui veulent la liberté de parole. Plusieurs estiment que le parti communiste est suffisamment fort dans l’opinion publique pour permettre que des personnes comme Lê Thi Công Nhân, qui est très connue, puissent s’exprimer librement sur l’organisation politique de leur pays. Même si pour eux, la notion des droits de l’homme n’a pas l’importance que nous lui donnons puisqu’ils pensent que ce sont plutôt les devoirs du citoyen qui priment dans la société, ils ne comprennent pas pourquoi ceux qui les défendent ne puissent le faire.

Cela démontre que le parti communiste vietnamien est une « gang » au pouvoir qui ne veut d’aucune façon risquer de le perdre. Tant que le Vietnam demeurera un État policier, il n’aura pas la crédibilité requise pour accéder au rang qu’il mérite sur la scène internationale.

J’espère que les organismes internationaux s’uniront pour plaider à nouveau la cause de Lê Thi Công Nhân afin qu’elle soit libérée.

Claude Dupras

dimanche 23 mai 2010

La Chine : communiste ?

Je termine un voyage en Chine que j’ai retrouvée après 29 ans. Quelle transformation ! Rien n’est plus pareil sauf la mainmise du parti communiste chinois sur le gouvernement qui perdure. Hôtels des plus modernes, aéroports fantastiques, autoroutes de grande qualité, tours de logements en quantité incomptable, villes avec plan d’urbanisme d’avant-garde, usines de toutes sortes, entreprises privées partout, boutiques de toutes gammes, etc… tout est là. La qualité de vie des Chinois s’est améliorée du tout au tout et continue à progresser rapidement. Ce grand pays, le plus peuplé du monde, change à un rythme inimaginable et deviendra vite le plus important de la planète.

Aujourd’hui, la loi du marché gouverne la vie de tous les jours. Les commerces et les entreprises sont privés et la compétition est forte.

Pour acheter une auto, le Chinois peut marchander car presque toutes les marques connues sont disponibles et les prix sont à la baisse. De même pour tout autre produit. C’est comme au Canada sauf que les prix sont beaucoup moins élevés.

Les maisons et les logements sont généralement des propriétés privées et les propriétaires ne peuvent être forcés à déménager sauf pour des projets qui sont d’intérêt général comme le passage d’une autoroute. Et dans un tel cas, l’exproprié est bien compensé. S’il veut acheter un nouveau logement, les banques sont là pour lui prêter jusqu’à 80% de sa valeur sur une très longue période.

Les constructeurs de tours à logements sont privés et louent le terrain du gouvernement pour 70 ans (toute la terre chinoise est propriété de la Chine sauf quelques exceptions) et y érigent d’importants bâtiments en hauteur. Ils doivent trouver preneurs pour réussir. Le gouvernement construit aussi des tours pour les personnes à faible revenu.

L’école primaire n’est pas gratuite. Si elle se trouve dans son quartier, le Chinois paye un léger montant annuel pour son enfant et le gouvernement prend charge de la différence. Les livres, les repas et le transport sont à la charge des parents. S’il recherche une meilleure école pour son enfant et l’enrôle dans une école d’un autre quartier, le montant est alors fort important. Le collège et l’université sont également coûteux pour le Chinois moyen.

Les soins de santé ne sont pas gratuits car il y a une prime à payer pour voir le médecin et se faire soigner, même pour les nombreux avortements nécessaires pour obéir à la loi d’« un seul enfant par famille ». Sinon, une forte amende leur est imposée.

Si un Chinois a du talent, de l’énergie, le goût du risque et veut travailler, il bénéficie des fruits de son labeur. Il est libre de gagner sa vie à sa façon et a la rémunération en conséquence. Il n’est plus question d’égalité des salaires en Chine. Seul Cuba et la Corée du Nord obligent encore leurs citoyens à accepter ce système rétrograde.

De toute évidence, le système économique de la Chine est aujourd’hui capitaliste. On retrouve chez les citoyens de ce pays la même motivation et volonté de réussir que chez nous. On peut voir clairement leurs efforts individuels qui sont axés sur une bonne performance, l’efficacité, le rendement et le travail bien accompli. Le Chinois veut satisfaire son employeur ou son client. Il a besoin de gagner, de progresser et il agit en conséquence.

Seul le parti communiste ne suit pas. Il a permis, certes, le développement incroyable que connaît la Chine et qui est en train d’en faire le plus important pays de la planète. Malheureusement le gouvernement chinois continue à maîtriser tout ce que lit, entend et voit le Chinois. Même s’il y a plus de 70 chaînes de télé disponibles, aucune ne donne des nouvelles politiques venant d’autres pays du monde, ni ne retransmet les opinions émises sur l’évolution de la vie politique de la planète.

L’internet est contrôlé par l’État. Les réseaux du genre Facebook, les sites de blogs comme Blogspot et plusieurs autres sont éliminés du réseau. Les chefs chinois craignent que les jeunes, entre autres, s’abreuvent d’idées différentes de celles qu’ils propagent. Ils veulent éviter une révolte comme celle des jeunes des pays de l’Europe de l’Est en 1989. Ces derniers avaient compris, grâce à la télévision qui traversait le rideau de fer, que leur qualité de vie était minable, sans liberté et que leur futur était compromis et sans promesse par rapport à celui des jeunes de l’Ouest. Malgré que les jeunes Chinois aient actuellement une qualité de vie de beaucoup supérieure à celle des jeunes des ex-pays communistes sous le joug de l’URSS, l’internet libre peut créer des remous similaires en Chine et qui sait ce qu’ils peuvent générer. Le parti communiste ne joue pas avec le feu !

Seuls, 13% des Chinois sont membres du parti communiste. Ils sont les privilégiés de la société et ont des avantages, comme le logement, que d’autres n’ont pas. Les gouvernements municipaux, provinciaux et national sont sous le contrôle du parti. Il y a plusieurs élus aux différents congrès politiques qui ne sont pas communistes mais la majorité l’est et le système établi assure que le parti communiste ne sera jamais minoritaire.

Le parti contrôle le parlement, l’armée, les banques, les transports, etc… Il exerce une autorité totale. Il est le dictateur du pays. Il se dit efficace. Par exemple, dans le cas de la réalisation du barrage hydraulique des Trois-Gorges, le plus gros du monde et construit en un temps record, il a fait fi des contestations et des critiques que le projet a générées. Sous prétexte que le pays avait un grand besoin des mégawatts à être produits, le parti communiste l’a imposé. Ce faisant, il l’a fait au détriment d’autres solutions comme le nucléaire qui aurait permis d’éviter l’inondation à tout jamais de l’immense superficie de terres occupées par plus d’un million de personnes, la relocalisation forcée de celles-ci et la conservation des villes et villages millénaires avec les trésors historiques qu’ils contenaient.

Un tel régime est-il nécessaire au moment où la Chine sort du passé qui l’a détruite ? Un gouvernement sans opposition parlementaire, ou de la rue, est-il plus efficace qu’un gouvernement d’élus qui cherchent à plaire à leurs commettants pour se faire réélire au lieu de prendre les grandes décisions dans l’intérêt de la nation ? Le problème, c’est qu’en Chine on ne peut en discuter ou poser la question car le parti communiste refuse de tels débats.

Les Chinois ne sont plus communistes. Ils démontrent aujourd’hui qu’ils sont capitalistes et qu’ils aiment l’être. Leur gouvernement se dit communiste mais n’applique plus les notions de Karl Marx ni ne respecte les citations de Mao Tsé Toung. Par contre, on peut difficilement affirmer que le gouvernement actuel n’a pas bien agi. Il a quand même compris que c’est par la liberté économique de l’individu que la Chine peut vraiment se développer et a présidé à l’importante transformation du pays dont nous sommes tous témoins. Le temps est-il venu pour le parti communiste chinois de se faire harakiri, de se transformer et de démocratiser le système politique de son pays ? C’est la question que je me pose.

Claude Dupras