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dimanche 14 juin 2015

Duplessis (7) : La Commission Salvas et la conclusion

Au pouvoir, en 1960, Jean Lesage est impitoyable envers l’Union Nationale. Il qualifie la gouvernance de cette dernière depuis 1944 de « la grande noirceur ». C’est son qualificatif préféré qu’il a inventé de toute pièce pour diaboliser Duplessis. Le 5 octobre 1960, il institue une commission royale d'enquête, présidée par le juge Élie Salvas de la Cour supérieure du Québec, pour déterminer si les allégations de corruption et de favoritisme s'étaient effectivement produites sous le gouvernement de Maurice Duplessis, au pouvoir entre 1944 et 1960. Elle deviendra connue sous le nom de Commission Salvas.

Elle doit, aussi, analyser les achats de titres boursiers par des ministres suite à la vente du réseau provincial de gaz naturel à l’entreprise privée. En somme, vérifier si les révélations du journal Le Devoir dans ce qu’on a appelé « le scandale du gaz naturel » sont exactes.

Immédiatement, le chef de l’opposition Daniel Johnson s’élève contre cette commission qu’il qualifie de tactique diffamatoire pour salir l'image de l'Union nationale. Il souligne que depuis qu’ils ont pris le pouvoir, les libéraux agissent de la même façon que l’Union Nationale alors qu’elle était au pouvoir. 
Témoin appelé par la commission Salvas, Gérald Martineau qualifie le favoritisme « bleu » de philanthropie. Il se voyait un bon papa qui donnait aux pauvres l’argent qu’il percevait des riches. Il supportait les petites entreprises francophones par le patronage, contrairement aux libéraux qui, depuis toujours, gavaient de contrats la grande entreprise anglophone et étrangère. Même s’il y avait une certaine vérité dans ses propos, le patronage qu’il pratiquait était discrétionnaire et allait ainsi à l’encontre d’une bonne gestion des fonds publics.
Le 1er août 1962, deux ans après le début de l’enquête, le juge Salvas présente un premier rapport préliminaire. En janvier 1963, le rapport final est déposé. La commission reproche au gouvernement de Duplessis d’avoir fait des pratiques d’achats qui ont servi, en partie, à financer une caisse électorale occulte et pour récompenser les services rendus par les organisateurs de l'Union nationale dans les différentes régions du Québec.
La commission Salvas blâme durement certains ministres et haut-fonctionnaires d’avoir profité d'informations privilégiées pour acheter des titres de la Corporation du gaz naturel et qualifie ces transactions de contraires à « la morale et l'ordre public ». Salvas recommande une loi spéciale pour que de tels abus ne se reproduisent pas dans le futur. 
Cependant, aucune accusation n’est portée contre Duplessis, Sauvé, et ni l'ancien premier ministre Antonio Barrette, malgré les demandes des avocats du premier ministre Lesage.
Suite au rapport, seulement cinq personnes sont poursuivies au criminel sous des accusations de fraude et de conspiration. Ce sont les ministres Antonio Talbot, de la voirie ; Joseph D. Bégin, de la colonisation  et organisateur en chef de l’Union Nationale ; plus le conseiller législatif et trésorier du parti Gérald Martineau. De plus, un haut fonctionnaire, Alfred Hardy, est inculpé. Il agissait comme directeur du service des achats durant la plus grande partie de l’ère Duplessis. Il y a aussi un homme d’affaires de Québec, Arthur Bouchard, frère du conseiller législatif du même nom, qui doit répondre à une accusation de conspiration pour fraude.
L’action contre M. Antonio Talbot a pris tout le monde par surprise car son nom n’était même mentionné dans les recommandations de poursuites du rapport de la commission Salvas.
Suite à ces procès, Jos D. Bégin est déclaré non coupable des accusations portées contre lui. Gérald Martineau, est d’abord acquitté mais la cour d’appel, poussée par le gouvernement libéral, revint avec huit chefs d’accusations et il est condamné à 49 000,00$ d'amende et trois mois de prison, que M. Martineau servira dans un hôpital.  Antonio Talbot est condamné à payer $100 pour chacun de 13 chefs d’accusations, étant donné qu’il n’avait pas profité personnellement de quoi que ce soit. Alfred Hardy est condamné à payer un montant total $3 100 pour ses dix neufs chefs d’accusation pour la même raison que le précédent. La cause contre Arthur Bouchard est retirée.
Plusieurs sont satisfaits du résultat de cette commission et des jugements rendus. Contrairement à ceux qui disent que la commission Salvas n’a accouché que d’une souris, C'est un point tournant dans la lutte au patronage politique au Québec qui avait été pratiqué durant le long règne de l’ex-premier ministre Alexandre Taschereau, de celui d’Adélard Godbout et continué sous Duplessis. Un coup fort dans l’opinion publique en rapport avec la nécessité d’une observation rigoureuse des principes de la justice et de la morale requise des personnages politiques. On référera longtemps à l’enquête Salvas dans l’avenir pour juger les hommes politiques qui agiront sans éthique.
Puis, pour confirmer, une autre fois, sa mesquinerie antiduplessiste, Lesage refuse de faire ériger la statue de bronze de Maurice Duplessis commandée par Paul Sauvé en 1959 et réalisée par l’artiste Émile Brunet, pour marquer son nationalisme, son amour du Québec et ses dix-neuf ans de service à la tête du gouvernement de la province de Québec.
Vingt ans plus tard, le premier ministre René Lévesque, un homme non marqué par la partisannerie politique et qui a toujours su démontrer qu’il sait reconnaître les services rendus à la nation, décide d’installer la statue de Duplessis, près du parlement du Québec, en un endroit particulier qui reflète l’importance des services rendus par Maurice le Noblet Duplessis pour le développement et l’avancement du Québec.  

Conclusion

Dès sa première prise de pouvoir en 1939, Duplessis sait que le Canada anglais n’accepte pas la clause de l’exclusivité et cherche toujours à la contourner pour se donner de plus en plus de pouvoirs. Face à ces tentatives, sa réponse est simple et bien comprise par les Québécois : « Rendez-nous notre butin ». Il est intraitable, incontournable et bien appuyé par le Conseil privé de Londres qui est appelé à juger les conflits et qui affirme que les provinces «  sont aussi souveraines dans leur domaine que le parlement de Westminster lui-même » et que « le fait pour le gouvernement fédéral d’avoir un pouvoir général de dépenser ne le justifie pas de dépenser dans des domaines de compétence provinciale. ». Depuis, le gouvernement fédéral a aboli le droit d’appel au Conseil privé de Londres et veut éliminer (disons « se libérer de ») la jurisprudence de cet organisme du droit constitutionnel canadien.

Après la guerre en 1944, lorsque Duplessis reprend le pouvoir, il sait qu’il a beaucoup à faire pour reprendre les droits d’impôt directs cédés à Ottawa, le régime de l’assurance-chômage créé par le fédéral grâce à un amendement constitutionnel appuyé par le gouvernement libéral de Godbout et les allocations familiales que le gouvernement fédéral juge comme faisant partie de son pouvoir de dépenser.
Le PM Mackenzie King ne veut plus reconnaître les pouvoirs fiscaux des provinces et substitue leur autonomie fiscale par un régime de subventions. C’est à prendre ou à laisser. Les provinces qui n’acceptent pas par écrit le nouvel arrangement, perdront les subventions. Duplessis s’inscrit en faux contre ces invasions dans le domaine provincial. Il réclame le respect intégral de la Constitution. Il devient un résistant en refusant les subventions qu’il qualifie d’empiètement du fédéral. Il exige le respect du pouvoir du Québec avec compensation financière.  Le parti libéral du Québec, toujours aussi à genoux devant Ottawa, l’accuse de faire perdre de l’argent à sa province.
Les élections provinciales de 1948 deviennent un genre de plébiscite et les électeurs ratifient la position de Duplessis. Il en ressort renforcé car Duplessis gagne tous les comtés francophones et le parti libéral ne remporte que les huit comtés à prédominance anglophone. L’autonomie provinciale devient le leitmotiv de Duplessis et il gagnera toutes ses autres élections, jusqu’à sa mort, avec ce thème malgré les promesses alléchantes « de pain et de beurre » des libéraux et l’opposition grandissante à sa politique sociale. Cela démontre bien toute l’importance que les Québécois ont toujours apportée aux questions constitutionnelles.
Le point culminant de la crise constitutionnelle sous Duplessis arrive en 1957 avec le financement des universités. Duplessis interdit aux universités d’accepter les subventions fédérales. Le fédéral, gêné que ses politiques créent des pertes financières pour le Québec, décide de mettre de l’argent de côté dans un fond au nom du Québec en espérant qu’un jour la situation politique québécoise change en sa faveur. Duplessis augmente la pression en créant son propre impôt et, devant une opinion publique révoltée, le PM fédéral Louis Saint-Laurent se voit obligé d’accorder 10 % de son champ fiscal au Québec.
À la mort de Duplessis, le fédéral qui n’avait pas encore cédé sur la question des subventions, réalisait de plus en plus qu’il ne pouvait plus continuer bien longtemps à pénaliser le Québec.  
Il faut aussi souligner la finesse d’esprit de Duplessis qui avait autorisé le gouvernement fédéral à amender la Constitution en vue de l’établissement d’un régime de sécurité de la vieillesse mais avait exigé d’ajouter une mention à l’amendement à l’effet que toutes les lois antérieures sur le sujet auraient priorité sur toute loi fédérale. Ainsi, Ottawa n’a pu empêcher la mise-sur-pied, par les gouvernements provinciaux suivants, du régime des rentes du Québec ni de la Caisse de Dépôt et de placement. Ce furent de grands succès. 
Aussi, le rapport de la commission Tremblay que Duplessis créa en 1950 sur la Constitution replaçait le Canada à l’heure des « Pères de la confédération » : « respect intégral des exclusivités, des compétences garanties aux provinces conforme à l’article 92, un espace fiscal bien délimité et permettant au Québec d’exercer ces pouvoirs ». Le premier ministre Jean Lesage, qui avait tant critiqué et sali Duplessis, déposa le rapport Tremblay à sa première conférence fédérale-provinciale comme représentant la position du Québec. 
Duplessis a été un grand constructeur. Écoles, universités, facultés de génie de Polytechnique et Laval, hôpitaux, barrages hydroélectriques, électrification rurale, drainage, routes et pavage, autoroutes, etc.
Grâce à sa connaissance de l’histoire, à sa résistance, à son sens stratégique, il a été un des principaux leaders qui ont permis d’ériger le Québec d’aujourd’hui.
L’ère Duplessis n’était pas celle de la grande noirceur, comme se plaisait à dire le PM Jean Lesage et comme le répètent trop de québécois d’aujourd’hui sans vraiment connaître ce qu’elle a été, mais celle durant laquelle le Québec s’est donné les outils, les moyens financiers et les pouvoirs pour sortir de la grande noirceur.
FIN

 

samedi 10 janvier 2015

Le PM Couillard et la légitimité

Au Québec, les séparatistes prétendent que le premier ministre Philippe Couillard n’a pas la légitimité démocratique pour entreprendre les profondes transformations qu’il a entreprises pour assainir les dépenses publiques. Ils estiment cette légitimité sur la base des suffrages que son parti a obtenus à l’élection qui l’a porté au pouvoir par rapport au nombre d’électeurs inscrits sur les listes électorales. Et cela, même si son parti a remporté une forte majorité parlementaire et que le gouvernement sortant-de-charge du parti Québécois (PQ) a subi sa pire défaite depuis des décennies, venant même près de perdre le rôle de l’opposition officielle à l’Assemblée Nationale aux mains du parti Coalition Avenir Québec (CAQ). Ils prétendent que le PM ne peut agir comme il le fait car son parti n’a obtenu que 41,52% des voix alors que seulement 71,44% de l’électorat a voté. En réalité, calculent-ils en multipliant les deux pourcentages, le PLQ n’a obtenu que 29,6% du nombre d’électeurs inscrits sur la liste électorale. Donc, pour eux, il n’a pas l’appui d’une majorité réelle de la population et, par conséquent, pas de légitimité pour entreprendre ses réformes importantes.   

Si on accepte ce raisonnement, on doit reconnaître qu’aucun parti politique ou chef québécois du passé n’a eu la légitimité d’entreprendre de grandes réformes, car aucun n’a obtenu une telle majorité. Par exemple, en 1960, Jean Lesage a pris le pouvoir en ne remportant que 41,95% du nombre d’électeurs inscrits. Pour l’élection de 1962, celle de la nationalisation de l’électricité, il a obtenu 44,8%. Robert Bourassa en 1970 a obtenu 38,2% et 43,9% en 1973. René Lévesque à l'élection de 1976 a obtenu 35,27% et a organisé un référendum en 1980 sur la séparation du Québec de l’ensemble canadien. Puis il obtint 40,6% en 1981 pour faire « un bon gouvernement ». Toutes ces années passées sont celles de la « révolution tranquille » durant laquelle des politiques importantes ont changé profondément la société québécoise pour lui donner un nouveau départ.
Plus tard, Gérard Parizeau imposa un second référendum après avoir obtenu 36,5% en 1994. Quatre ans plus tard, Lucien Bouchard obtenait 33,5% et imposa des coupures budgétaires draconiennes suite auxquelles des milliers de fonctionnaires compétents furent mis à la retraite et de nombreuses villes, dont celles de l’île de Montréal, fusionnées. Jean Charest ne fit pas mieux avec 32,3% en 2003, 23,5% en 2007 et 24,16% en 2008. Quant à Pauline Marois, elle obtint 23,8% en 2012 pour former un gouvernement minoritaire et son ministre des finances s’apprêtait à couper dans les dépenses. Les bas-scores depuis 1994 s’expliquent par la présence de tiers partis qui sont appuyés par de bonnes franges de l’électorat et qui en fait divisent le vote.
Je souligne à nouveau, les pourcentages précédents sont toujours sur la base des électeurs inscrits sur la liste électorale.
Tous ces chefs politiques avaient le droit de faire ce qu’ils ont fait et ils l’ont utilisé pour bien réorienter les politiques, économiques, sociales et culturelles du Québec. Ils ont agi avec responsabilité malgré de nombreuses et sévères critiques venant des milieux traditionnels, religieux et autres. Ils ont même perdu leurs élections par la suite.
De plus, on se rappellera que lors de la dernière élection, le sujet principal débattu a été la nécessité de réorganiser les dépenses gouvernementales pour protéger financièrement l’avenir du Québec. Le plus grand propagandiste de cette difficile politique fut le chef de la CAQ, François Legault. Sur toutes les tribunes, il a martelé sans cesse l’importance d’assainir les dépenses gouvernementales et de les réduire. Alors que les sondages le plaçaient très bas dans l’opinion publique en début de la campagne, il est revenu en force à la fin de celle-ci en obtenant 23,05% des suffrages et 22 députés alors que le gouvernement péquiste sortant-de-charge obtenait 25,38% des suffrages et 30 députés.
De son côté, le chef libéral Couillard développait longuement le même sujet dans ses discours. Avec moins d’ardeur que Legault, il est vrai, mais avec autant de conviction. Ils étaient, sur le sujet des finances, sur la même longueur d’ondes à quelques différences près.
Même si on cumule les suffrages en leur faveur, PLQ 41,52% et CAQ 23,05%, ils ne représentent que 46,12% du nombre d’électeurs inscrits. Encore là, le 50% n’est pas atteint.
Notre système politique est ainsi fait. Certains diront : la solution, c’est un système électoral comme en France avec deux tours de votation. Analysons la dernière élection présidentielle en France où Hollande a obtenu, au deuxième tour, 51,64% des suffrages. Ce résultat ne représente en fait que 41,49% des français ayant le droit de vote. Donc pas de telle majorité là non plus.
Tout ça démontre bien que l’on ne peut accuser un chef politique au pouvoir ou son parti de manquer de légitimité sur la base du nombre de suffrages qu’il a reçus. Si on le fait pour un, on doit le faire pour tous les autres. C’est ridicule et teinté de démagogie.
La légitimité est le fondement de notre vie sociale et politique. Un élu qui n’a pas un sens naturel de la justice, qui ne respecte pas les droits de chacun ou qui décide de façon partiale perd sa légitimité même s’il a été élu avec une majorité absolue.

Claude Dupras

samedi 5 avril 2014

OUI, à Philippe Couillard

La campagne électorale pour l’élection québécoise du 7 avril est particulière si on la compare avec celles du passé. C’est une des plus dures et plus « sales » de toutes celles que j’ai suivies dans ma vie, tout niveau politique confondu.

Déclenchée par opportunisme, le Parti Québécois (PQ) voulant profiter de l’appui majoritaire à la Charte « des valeurs » exprimé par les francophones, elle est devenue un enfer pour la PM Marois. Rien ne s’est déroulé comme elle, ses conseillers et ses faiseurs d’images l’avaient planifié. Un vrai désastre. Cela m’a surpris, puisqu’avant l’élection ils avaient la main heureuse avec leurs tactiques.

Aujourd’hui, le doute s’est emparé de la machine péquiste et elle grinche de partout. Marois est nerveuse, les ministres sont inquiets et tous, à tour de rôle, disent n’importe quoi pour chercher à s’en sortir et rallier plus d’électeurs.

Malgré cela, il est difficile de prédire le gagnant même si le parti libéral (PLQ) obtient ce matin dans le sondage Léger une avance importante : PLQ 38% PQ 29 % ACQ 23% QS 9%.

L’appui des non-francophones au PLQ est de 71%. C’est très fort mais il est, en bonne partie, concentré dans 45 comtés. Quant aux francophones, majoritaires dans 80 comtés, ils sont partagés entre les partis : PLQ 29%, PQ 35%, CAQ 27% et QS 8%.

Cette situation me fait penser à l’élection surprise de Daniel Johnson, père, en 1966, pour lequel j’avais été l’un de ses jeunes organisateurs. Chef de l’Union Nationale (UN), Johnson combattait l’« équipe du tonnerre » de Jean Lesage, celle qui faisait la révolution tranquille depuis 1960. Johnson avait perdu l’élection précédente à cause du « scandale des faux-certificats » mais avait pu, par la suite, démontrer qu’il fut une manigance du parti libéral. À l’élection de 1966, l’Union Nationale obtint 40,82% des votes et les libéraux 47,29%. Mais il avait fait élire 56 députés contre les 50 de Lesage, et Johnson devint premier ministre au Québec. Le vote non-francophone était alors concentré dans l’ouest de Montréal, les Cantons de l’Est et la région de l’Outaouais.

La différence avec 1966 réside dans le fait que depuis quelques années les anglophones se sont dispersés dans la région Montréalaise. Ainsi, dans le comté péquiste de Crémazie, les anglophones représentent actuellement 28% de la population, dans les comtés de Laval on en compte jusqu’à 35%. Et, comme ils ont ressenti être particulièrement visés par la Charte, il est fort probable qu’ils réagiront en votant massivement libéral.

Le chef libéral Philippe Couillard est en meilleure posture qu’au début de la campagne. Hier, curieux et voulant mieux le connaître, j’ai assisté à sa réunion de St-Jérôme. Je l’ai trouvé calme, respectueux, racé et dégageant un charisme certain. Il s’est exprimé clairement et a bien énoncé les principaux points de sa plateforme électorale. Il veut maintenir des relations cordiales avec le gouvernement canadien et ceux des autres provinces tout en faisant respecter les droits du Québec. Il a réaffirmé que la base identitaire des Québécois est la langue française et qu’il allait tout faire pour la renforcer et la protéger. Il proposera une charte qui tiendra compte des libertés individuelles et de nos valeurs de justice sociale. Il veut mettre sur pied, partout au Québec, des cliniques médicales avec services de Rayon-X et autres, auxquels les québécois auront accès gratuitement avec leur carte-soleil, pour dégager les urgences qui actuellement imposent une attente interminable aux malades avant de pouvoir être traités par un médecin ou une infirmière. J’ai été impressionné par son positivisme et son réalisme politique.

De l’avis des observateurs avertis, Pauline Marois a perdu le contrôle de sa campagne dès le début et cherche depuis, sans succès, à reprendre la pole. Sa position sur la tenue d’un nouveau référendum n’a pas été convaincante et ses promesses farfelues des derniers jours de baisses d’impôts dont il n’a jamais été question dans le dernier budget, ni dans le programme péquiste, ont nui considérablement à sa crédibilité. Elle est devenue un handicap pour son parti.

François Legault, chef de l’ADQ, a fait une campagne du tonnerre. Il a gagné les débats et n’a cessé d’être positif et d’enthousiasmer son équipe. Ce parti, qui flirtait avec sa disparition, a repris du poil de la bête en récupérant ses appuis de la dernière élection. Sa poussée de fin de campagne, aujourd’hui et demain, peut réserver des surprises.

Le petit parti Québec Solidaire a été vrai avec lui-même et maintiendra ses appuis. On dit même qu’il pourra faire élire un troisième député à Montréal.

Mon blog à la veille de la dernière élection de 2012, s’intitulait « Tout, sauf le parti Québécois ». Et je crois avoir eu raison, puisqu’élu, le PQ n’a fait que diviser les Québécois. Pour accroître sa popularité, il a cherché à profiter du sentiment de crainte de plusieurs Québécois francophones envers les immigrants et particulièrement ceux du Maghreb qui sont devenus le plus important groupe d’immigrés au Québec. Le Parti Québécois, qui avait moussé leur venue chez nous à cause de leur capacité de parler le français, les trahit aujourd’hui à cause de leur religion musulmane. Ils voteront probablement en très grand nombre pour le parti libéral.

Je n’ai jamais été libéral. J’étais un « bleu ». Malgré que je ne sois pas séparatiste ni socialiste, j’ai voté une fois pour le « bon gouvernement » de René Lévesque et une autre fois pour le Nouveau Parti Démocratique du « bon Jack ». Avec le temps, la partisannerie politique m’a quitté et je cherche à voter pour celui ou celle qui peut le mieux répondre, selon moi, aux besoins du moment et du futur.

À cette élection, je voterai pour Philippe Couillard. Il me semble être l’homme du jour. Il a recruté une très bonne équipe de nouveaux candidats bien qualifiés, compétents, particulièrement en économie, en éducation et en santé. Avec lui, je crois que le Québec sera entre bonnes mains et que les Québécois oublieront vite ces divisions malsaines qui ont brouillé notre société, pour aller de l’avant.

Quant au Parti Québécois, j’espère qu’il retournera à sa table de travail et mettra de côté son obsession de tenir un nouveau référendum, pour devenir un parti politique capable de servir l’ensemble des Québécois. Nous avons besoin d’un bon parti nationaliste réaliste qui sait défendre les vraies valeurs.

Claude Dupras

jeudi 14 novembre 2013

Quand Pauline Marois charrie !

La première ministre du Québec Pauline Marois a fait un discours retentissant à la clôture du dernier congrès du parti Québécois qui prône la séparation du Québec du Canada.

Elle a dit « nous aimons tellement les gens qui y vivent, que nous caressons pour eux un très grand rêve. Nous voulons que le Québec soit un pays libre et indépendant ! ». C’est son rêve, je la comprends. Mais beaucoup de Québécois aiment leur Québec sans qu’il soit nécessaire de briser le Canada, le pays de leurs ancêtres.

Elle a continué « si le Québec était un pays, il serait le 18e plus grand du monde… riche en ressources et d’une population parmi les plus scolarisées et les plus créatives du monde ». Mais notre pays le Canada est le 2e plus grand au monde et sa population a toutes ces qualités.

Elle a ajouté en comparant le Québec d’aujourd’hui avec celui de 1995: « Le poids de notre dette est moins élevé. Notre cote de crédit s’est améliorée. Notre solde budgétaire également. Les Québécois sont individuellement plus riches. La pauvreté a reculé aussi. Jamais le Québec n’a compté aussi peu de familles sans emploi ou vivant de l’aide sociale ». Mais c’est la même chose partout au Canada pour chaque Canadien. Elle omet de dire que cela s’est concrétisé alors que le Québec faisait partie du Canada et que Jean Charest était PM du Québec pendant 10 ans. Plusieurs provinces « pauvres » sont devenues des provinces « riches » durant ce temps comme le souligne le système de la péréquation. Elle omet les données de l’OCDE qui estime qu’un Québec indépendant serait le cinquième pays le plus endetté au monde, alors que le Canada est le 14e..

Elle a affirmé : « Si le Québec était un pays, il serait au 19 e rang de l’OCDE au chapitre du produit intérieur brut par habitant ». Actuellement, le Canada est au 9e rang.

Elle a rajouté: « Nous serions 9e quant à la proportion de notre population qui occupe un emploi ». Le Canada est 2e.

Elle a déclaré : « Je suis convaincue que le Québec aurait pas mal plus de moyens s’il était indépendant. Quand Ottawa investit 10 milliards pour l’industrie de l’auto, il y a 2 milliards qui viennent du Québec. Quand Ottawa donne des contrats de 25 milliards pour la construction de navires à Halifax, 5 milliards viennent de chez nous ». Du même souffle, elle refuse de reconnaître les centaines de millions en sous-contrats accordés à des entreprises Québécoises pour ces projets. De plus, elle ne cite pas les projets fédéraux au Québec, comme le sera celui du nouveau pont Champlain estimé à un coût de 3 milliards $ par Ottawa, duquel 2,4 milliards viendront des autres provinces et les centaines de milliards pour les projets passés et nouveaux d’infrastructures où 80% de ces fonds sont venus et continueront de venir des autres provinces. Et les décisions fédérales qui favorisent le Québec comme la concentration de l’industrie de l’avionnerie à Montréal qui crée plus de 70 000 emplois, pourquoi ne les souligne-t-elle pas ? On peut poser la question, si le Québec est indépendant, le domaine de l’avionnerie demeura-t-il à Montréal ?

Elle a lancé : « … de rester dans le Canada est risqué. C’est risqué d’être soumis aux décisions d’Ottawa. C’est risqué de demeurer dans un pays qui évolue dans une direction opposée à la nôtre ». Pourtant, le passé n’indique pas cela. Certes, le Québec et d’autres provinces ne sont pas toujours en accord avec Ottawa. On a vu dans le passé des luttes mémorables entre les PM Duplessis, Lesage, Johnson, Lévesque et Parizeau et le PM canadien sur des sujets de taxation et des sujets constitutionnels. Le Québec a gagné plusieurs de ces débats importants.

La « direction opposée » dont parle Pauline Marois a rapport avec les politiques du gouvernement du PM Stephen Harper sur la question de l’environnement, des armes à feu, des peines de prisons trop sévères, des valeurs immobilières, de l’assurance-emploi, etc… Je lui donne raison sur plusieurs de ces points, malgré que je sois sympathique à la couleur du parti d’Harper. Je ne partage absolument pas plusieurs des opinions et des positions politiques conservatrices de ce dernier. Mais, on ne jette pas un pays à terre à cause d’un gouvernement qui occupe momentanément le pouvoir.

Les Québécois ont à leur crédit une grosse part du mérite de ce qu’est le Canada d’aujourd’hui. Des chefs de notre milieu : Lafontaine, Cartier, Laurier, Saint-Laurent, Trudeau, Mulroney, Chrétien, Martin se sont avérés des leaders exceptionnels qui ont bien dirigé notre pays pour en faire aujourd’hui un modèle sur la scène mondiale. Que le PQ ne cherche pas à nous faire croire avec un discours teinté de négativisme et d’arguments de croques-mitaines, qu’il y va de notre intérêt de casser ce beau pays bâti par des gens de chez nous.

Tous les Québécois élus de tous les partis politiques des deux niveaux du gouvernement, défendent le Québec. Pas de la même façon, c’est évident. Pauline Marois s’est ridiculisée en affirmant qu’« il n’y a que le Parti Québécois qui défend les intérêts du Québec ». Qu’elle continue à travailler avec les autres partis et ses collègues des autres provinces, et elle verra qu’elle peut défendre positivement nos prérogatives.

Elle veut un système de transport léger sur rail sur le pont Champlain. Elle l’obtiendra si elle adopte l’attitude de convaincre au lieu de blâmer. Elle profite de l’indignation de plusieurs qui s’élèvent contre un possible péage sur le pont Champlain pour critiquer encore le fédéral. C’est de la petite politique. Pourquoi n’a-t-elle rien dit lorsque le péage a été imposé sur le pont de la 125 au nord de Montréal. Le seul sur la rive nord.

« Depuis la confédération, combien de temps avons-nous perdu en rondes constitutionnelles, en rencontres fédérales-provinciales, en réunions de fonctionnaires ? » s’est-elle exclamée ! N’est-ce pas une chose normale dans un grand pays comme le Canada ? Les autres pays de l’Occident sont aussi maintes fois engagés dans des débats interminables. Le résultat de toutes ces rondes et réunions a fait du Canada un des pays les plus enviés de la planète. « Si on choisit d’en finir avec la chicane et de nous tourner vers l’avenir, il n’y a aura plus de conflits entre le Canada et le Québec ». Pour elle « en finir » veut dire « séparation ». Si elle pensait coopération au lieu de renonciation et montrait un peu de loyauté au Canada, ce serait peut être mieux pour tout le monde.

Elle veut « en finir avec le multiculturalisme et de choisir le « mieux-vivre-ensemble ». Des mots vides qui ne veulent rien dire et qui ne correspondent pas à la réalité. Le Québec moderne est multiculturel. Depuis plus de cent ans des vagues d’immigrés de toutes races et religions se sont succédées : irlandais, écossais, grecs, italiens, juifs, polonais, lithuaniens, arabes, haïtiens, asiatiques, tamuls, etc… et cela ne s’arrête pas. Nous sommes un pays riche et les pauvres y voient une possibilité pour assurer le bien-être de leur famille. En grande partie tous ces néo-québécois parlent de plus en plus français. Notre défi est d’accueillir et d’intégrer tous ces gens dans notre culture et de montrer suffisamment de créativité pour qu’ensemble nous puissions bâtir notre économie. C’est manquer d’audace et de réalisme que de nier cela.

Un vrai gouvernement québécois doit se dédier à réaliser ces défis importants. Ainsi, nous serons plus fiers de notre coin du monde où la liberté, le respect et la qualité de vie seront au rendez-vous pour tous.

Claude Dupras

mercredi 26 juin 2013

On est Québécois et Canadien, ou bien on ne l’est pas !

Le 24 Juin, la St-Jean-Baptiste, est la fête nationale des Québécois. Mais aussi la fête de tous les francophones du Canada. À l’origine, la St-Jean Baptiste était la fête des canadiens-français de tout le pays. La Société St-Jean-Baptiste était nationale et dédiée à unir et aider les francophones à prendre leur place dans tout le pays et à promouvoir leur culture et la langue française.

Depuis la révolution tranquille, les séparatistes québécois se sont emparés de cette fête. Ce faisant, ils ont essayé de faire oublier qu’il y a plus d’un million de francophones hors Québec qui ont, avec succès, conservé leur culture et leur langue française. Nous en avons eu la démonstration encore hier à la télé où on montrait les images des graves inondations qui affligent la ville de Medecine Hat en Alberta. Le maire de la ville répondait à des journalistes québécois dans un français impeccable. Pour plusieurs c’est surprenant puisque les séparatistes ne cessent de dire que les francophones du Canada sont de plus en plus assimilés et sur le point de disparaître. Rien n’est plus éloigné de la vérité. Je dis merci à la télévision de la démontrer chaque jour.

Le 1er juillet est la fête du Canada. Celle de tous les Canadiens. C’est le temps de reconnaître avec satisfaction que notre pays est un des plus beaux, des plus grands et des plus riches de la planète où la qualité de vie est la meilleure. Nonobstant cela, plusieurs séparatistes le dénigreront en boycottant la fête.

Le chef du parti libéral du Québec (PLQ), Philippe Couillard, a fait une déclaration récente qui montre sans équivoque que son parti est fédéraliste et respecte le Canada. Contrairement à plusieurs de nos politiciens québécois, il n’hésite pas à dire le mot CANADA. Il est Québécois et Canadien et il en est fier. Je le suis aussi, sans être libéral.

Évidemment, cela a froissé les séparatistes qui ont rétorqué de façon mensongère en qualifiant Couillard de fédéraliste pur et dur. On l’a même accusé d’avoir dit que son parti est définitivement fédéraliste. Quel péché ! Ils veulent faire croire qu’il a amené son parti dans une nouvelle voie politique. Il ne faut pas vouloir se rappeler du passé pour affirmer une telle inexactitude. Il faut faire exprès de vouloir oublier les positions claires et nettes du PLQ lors des deux référendums québécois sur la séparation du Québec. Ce sont deux chefs libéraux, Claude Ryan et Jean Charest, qui ont dirigé le comité référendaire favorable au maintien du Québec dans le Canada.

Ce parti a toujours été près de l’opinion majoritaire des Québécois sur la question nationale. Comme les autres partis, il est sensible à la défense de notre langue, de notre culture et, comme les autres gouvernements, il a donné aux Québécois de plus en plus d’outils pour se parfaire, se développer et assurer la protection de leur liberté culturelle et linguistique. Cependant, il veut continuer à défendre l’appartenance des Québécois au Canada car il croit que c’est pour eux un avantage sans égal.

Les batailles passées d’anciens premiers ministres Duplessis, Lesage, Lévesque et de Johnson sur le plan national ont fait valoir les aspirations du Québec et après de longues discussions, des changements importants ont été apportés à la fédération. Jamais le fédéral a dit « qu’importe l’opinion des Québécois, c’est la nôtre qui compte ». Le passé nous a démontré que le fédéralisme canadien est flexible, ajustable et toujours en mutation. Il a toujours été en évolution. Il y eut des passages difficiles, mais toujours les issues ont été trouvées.

Les Québécois sont Canadiens mais ne profitent suffisamment pas des avantages que leur offre le Canada. Ils n’y voyagent pas assez, n’y investissent pas suffisamment. Plusieurs l’on fait et ils ont bien réussi. Ils sont devenus des chefs de file canadiens, dans le génie par exemple.

Les séparatistes reprochent au fédéral l’accord de 1982, pour le rapatriement de la constitution canadienne de Londres, que le Québec a refusé de signer à la toute dernière minute. Couillard veut régler cette question qui mine le pays, une fois pour toutes. Les séparatistes l’accusent de vouloir le faire à tout prix sans rien exiger en échange. Il est évident qu’une telle affirmation frise la partisannerie car Couillard sait en bon politicien que ce serait sa mort politique s’il agissait ainsi. Il y va de l’intérêt du Québec que cette anomalie soit corrigée, et il veut le faire en tenant compte de l’opinion de tous les Québécois.

Les séparatistes accusent son parti d’être une succursale du parti libéral du Canada. Ridicule. Peut être que c’était le cas dans les années ’40 et ’50 du temps du temps du PM Louis St-Laurent et du ministre Ernest Lapointe, mais il y a longtemps que le PLQ a démontré qu’il est un parti québécois fortement autonome.

Couillard veut que les Québécois soient bilingues. Évidemment, les séparatistes l’accusent aussitôt de se sentir mieux avec la loi canadienne des langues officielles qu’avec la loi 101 du Québec. Comme si le bilinguisme pour un individu était négatif. Ils vont même jusqu’à affirmer qu’il veut abandonner la loi 101. Quelle insulte! Quelle tromperie!

Les séparatistes parlent du droit fondamental du peuple de décider de lui-même la séparation du Québec de l’ensemble canadien. Quel peuple? Leurs arguments persistants laissent croire que seuls les francophones ont l’identité québécoise, comme si être Québécois c’est d’être francophone. Les Québécois anglophones dont les familles sont ici depuis des centaines d’années, ne le sont-ils? Les Québécois de la centaine d’autres souches dont plusieurs sont au Québec depuis près d’un siècle, italiens, polonais, slaves, irlandais, arabes, africains, asiatiques ne sont-ils de notre peuple ? Et les autochtones qui étaient là bien avant nos ancêtres, ne le sont-ils ? Est-ce seulement ceux qui parlent le français dans tout ce beau monde, que je viens de mentionner, qui sont le peuple québécois? J’aimerais bien connaître la définition séparatiste du mot « peuple ».

Pour moi, le peuple québécois d’aujourd’hui est composé de tous ceux qui ont des droits politiques au Québec, quelques soient leurs origines. Et j’aimerais bien que tous soient bilingues et parlent le français et l’anglais, les deux langues des nations fondatrices du Canada où elles sont officielles.

Une chose est certaine. La personne et les positions politiques positives et réalistes de Philippe Couillard sont à ce jour très bien acceptées par une majorité de Québécois. Il se dévoile comme un homme intelligent, qui sait ce dont il parle et qui sait faire toutes les nuances nécessaires pour la bonne compréhension des Québécois de ses politiques. Cet ensemble de qualités lui donne une image positive qui fait mal aux séparatistes. Il voit en lui un grand danger pour leur option politique et craignent que le voile sera levé sur leur argumentation séparatiste qui mène nulle part. Ils feront tout et diront tout pour le détruire. Couillard ne bronchera pas dans ses convictions. Il est Québécois. Il est Canadien. Il n’oublie pas que le Canada est la terre découverte par nos aïeux !

Cette terre est à nous et à ceux qui sont venus y vivre. Pas question de la céder à quiconque.

Bonne fête du Canada à tous.

Claude Dupras

samedi 13 avril 2013

La constitution, nous et la gouvernance souverainiste

La constitution d’un pays est l’acte par lequel il a été établi et constitué. C’est sa définition et l’assurance de la protection des droits de ses citoyens. Elle est ce que nous sommes. Elle doit être respectée par tous, citoyens et gouvernements. On la modifie difficilement au Canada, comme ailleurs, car le processus est long, détaillé, et les propositions sont préparées suite à de nombreuses consultations avec la population et les gouvernements des provinces, dont particulièrement le Québec qui représente une des deux nations fondatrices du pays.

Il en fut ainsi pour le rapatriement de la constitution canadienne, de Londres en 1982. Durant ce long débat, des disputes importantes entre le Canada, le Québec et autres provinces s’élevèrent et furent soumises à la Cour Suprême du Canada pour décision. Or, un livre récent de Frédérick Bastien, intitulé « La bataille de Londres », révèle que le juge en chef de la Cour communiquait secrètement des informations à Michael Pittfield, le premier fonctionnaire canadien.

Suite à cette affirmation irrecevable, la Cour Suprême vient d’émettre un communiqué : « On rapporte que, selon M. Bastien, le juge en chef Bora Laskin aurait, il y a une trentaine d’années, révélé au gouvernement du Canada et à celui du Royaume-Uni des délibérations confidentielles de la Cour au sujet du renvoi sur le rapatriement de la Constitution. La Cour attache une très grande importance à son indépendance institutionnelle et à la confidentialité de ses délibérations, et elle examine présentement la teneur de ces allégations ».

Si cela est vrai, c’est très grave car la séparation entre la politique et la justice doit être totalement étanche. C’est capital. Nous devons savoir tout ce qui en est des supposés échanges Laskin-Pittfield. Je partage, sur ce sujet, l’opinion de l’ex-PM et ex-ministre fédéral Lucien Bouchard. Comme citoyens, il est primordial que nous ayons la plus grande confiance dans nos hautes autorités judiciaires.

Que le gouvernement du Québec fasse tout ce qui est nécessaire pour assurer que la constitution canadienne soit respectée et que le gouvernement fédéral gère le pays à l’intérieur des responsabilités qui sont les siennes, j’en suis. Depuis le succès immense obtenu par Duplessis en rapport avec la taxation en passant par Jean Lesage, Daniel Johnson et René Lévesque, nous avons vu le gouvernement canadien et ceux des provinces réussir à modifier la constitution afin de définir clairement les juridictions de chacun. Malheureusement, il reste le différend important de 1982 alors que le Québec n’a pas signé le rapatriement de la constitution même si elle s’applique à eux. C’est anormal et il est à espérer qu’un jour cette situation soit réglée.

Dans un état fédéral, il y a toujours une constante possibilité d’empiètement dans le jardin du voisin et c’est pourquoi j’appuie chaque fois le gouvernement du Québec, dont celui de Pauline Marois, lorsqu’il conteste une décision fédérale qui semble hors juridiction.

Il en est ainsi de la récente décision du gouvernement fédéral d’Harper en matière de formation de la main-d'œuvre et d'assurance-emploi. Plusieurs affirment que cela relève du Québec et qu’elle ne tient pas compte de la situation particulière du Québec dans ce domaine. Ils craignent qu’elle ait des effets néfastes qui affecteront sensiblement son développement économique.

Pour les définir, le gouvernement québécois vient de créer une Commission d’enquête qui va parcourir son territoire et tenir des « audiences publiques, consulter la population, des experts et les acteurs du marché du travail » pour lui faire des recommandations. Elle devra établir les « paramètres d’un régime d’assurance-emploi qui concorderait avec les besoins actuels et futurs du marché du travail québécois et proposer des modifications au régime fédéral d’assurance-emploi ». C’est donc une Commission qui a une tâche importante.

Selon Pauline Marois, cette décision s’inscrit dans le plan de « gouvernance souverainiste » que le Parti Québécois a promis de mettre en œuvre dès son accès au pouvoir pour favoriser la séparation éventuelle du Québec de l’ensemble canadien. Marois ne tient pas compte du fait qu’elle dirige un gouvernement minoritaire, que son parti n’a recueilli que 31,95% du suffrage populaire a l’élection et que les sondages actuels indiquent que 70% des Québécois et Québécoises s’opposent à la séparation. Il est scandaleux dans ces circonstances qu’elle utilise les fonds publics pour favoriser son option politique.

Lors du récent weekend, les différents mouvements et partis indépendantistes ont adopté ensemble une résolution qui remplace dorénavant le mot « souveraineté » par « indépendance ». C’est l’ex-PM Landry qui a affirmé « il faut utiliser les vrais mots pour dire ce que l’on pense vraiment ». Dans la même logique, on doit donc parler dorénavant de « gouvernance indépendantiste ».

Mais, en fait, ces groupes ne réclament pas l’indépendance du peuple français du Canada mais la séparation du Québec et c’est Bouchard, qui a mené de main-de-maître le comité du OUI lors du dernier référendum, qui l’a confirmé en reconnaissant « Oui, nous sommes des séparatistes ». Donc, les vrais mots pour qualifier le projet péquiste sont : la « gouvernance séparatiste ».

Là où le bât blesse davantage, c’est au niveau du choix des membres de la Commission. Ils se doivent d’être compétents et sans préjugés. Ils auront à écouter de multiples Québécois et syndicats de toutes opinions politiques et faire la part des choses dans leurs analyses et leurs recommandations. Or, le président choisi est l’ex-chef du Bloc Québécois à Ottawa, Gilles Duceppe, qui se montre toujours révolté contre le fédéral, quelque soit le sujet. L’autre tête de la Commission est l’ex-ministre péquiste Rita Dionne-Marsolais. Quant aux deux autres commissaires, malgré qu’ils aient été de hauts fonctionnaires, leurs sympathies politiques sont bien connues. Avec des commissaires comme ça, nul ne pourra se porter garant que les opinions qui seront émises devant la Commission seront bien pesées, sous-pesées et non teintées.

À mon avis, on connait d’avance les conclusions de la Commission : ce sera contre le fédéral. Trop souvent des études de gouvernements péquistes ont conclu, quelque soit le sujet, dans le même sens: le Québec est en mauvaise position au Canada et avec la séparation il ne pourra que gagner. En fait, c’est de la propagande payée par le gouvernement qui n’a pas lieu d’être.

Pauline Marois fait une erreur importante avec sa « gouvernance séparatiste ». Elle dit vouloir répéter l’exercice pour plusieurs autres sujets. Non seulement, sa première Commission n’a pas de légitimité, les commissaires manquent de crédibilité puisque leur objectivité peut être mise en question.

Je suis favorable à la création de Commissions d’enquêtes sur des sujets d’importance capitale pour tous les Québécois, à la condition que le gouvernement choisisse des personnes qualifiées et neutres pour les diriger. Cela permettra aux Québécois d’être mieux renseignés et plus à même de juger des situations qui se présentent. Pour ce faire, la PM Marois devra oublier son concept de « gouvernance séparatiste », qui est injuste et antidémocratique.

Claude Dupras