lundi 2 mars 2009

L’Afghanistan : mission impossible

Le PM Stephen Harper a déclaré hier, dans une interview à CNN, que l’OTAN ne peut gagner sa guerre en Afghanistan. Ce fut une entrevue bien intéressante où Harper a paru comme un homme politique intelligent et bien renseigné. Pour une fois, j’étais en accord avec toutes ses affirmations. Il avait des airs d’Obama. Notre caméléon canadien a vite oublié son rôle GWBush.

Harper a reconnu publiquement, enfin, la réalité en rapport avec l’issue de la guerre. Il n’a fait que répéter ce qu’une vaste majorité de Canadiens lui disait depuis les premiers jours de l’engagement de notre pays dans ce conflit. Nous savions que si l’ancienne URSS avec plus de 235,000 soldats et l’Empire Britannique aux siècles précédents étaient rentrés bredouilles des guerres qu’ils avaient entreprises dans le pays Afghan, une armée de l’OTAN de moins de 75,000 hommes ne pourrait réussir davantage.

Après la mort de plus de 100 soldats et d’un très grand nombre de femmes, d’enfants et d’autres Afghans, après plusieurs milliers de blessés, après des coûts directs estimés à 11,3 milliards de $ (sans compter les autres milliards investis pour moderniser notre armée), après avoir envoyé au front notre armée sans les équipements essentiels à sa protection comme des véhicules tout terrain adéquats et des hélicoptères (rapport Manley), le PM Harper reconnaît maintenant sa grave bêtise.

Alors qu’il expliquait que notre participation à la force de l’OTAN était un acte humanitaire et de reconstruction, il n’investissait que seulement 10% des coûts directs à ces fins. Aujourd’hui, il affirme que le nouvel objectif est de « placer au pouvoir un gouvernement afghan en mesure de gérer la présente situation ». Pourtant, c’est lui, qui il n’y a pas tellement longtemps, recevait et flattait dans tous les sens le président afghan Hamid Karzaï nonobstant le fait que ce dernier soit reconnu comme un homme corrompu qui dirige une bande de ministres corrompus. L’Afghanistan n’ayant jamais eu un gouvernement central fort, et cela depuis des siècles, je crois illusoire de penser que l’Occident pourra créer un tel gouvernement pour « gérer » le pays, assurer son propre développement et la protection des droits de toute sa population.

L’armée canadienne aurait pu, dès cette année, demander d'être remplacée par un autre pays de l’OTAN, mais le PM Harper en a décidé autrement en prolongeant, pour une deuxième fois consécutive, le mandat de notre armée jusqu’en 2011. C’est impardonnable surtout après l’exemple de l’ex-PM Jean Chrétien qui refusa de participer à la guerre de l’Irak.

C’est l’administration de GWBush qui a poussé les membres de l’OTAN à modifier sa vocation et à se lancer dans la guerre contre l’Afghanistan. Plusieurs pays ont alors accepté avec beaucoup de réticence ce changement de direction et c’est ce qui explique, aujourd’hui, leur refus de participer pleinement à l’effort de guerre. Par exemple, tous les pays, sauf, enfin, les USA, hésitaient à remplacer éventuellement le Canada dans le sud du pays, la partie la plus dangereuse.

Le PM Harper prétend que l’Afghanistan est « un test important pour l’avenir de l’OTAN ». En prédisant l’échec de la guerre, comme il vient de le faire, il exprime le sentiment que le rôle futur de cet organisme, créé après la deuxième guerre mondiale, devra être remis en question et revenir à ses objectifs initiaux, soit la protection des pays-membres. Ou, encore, se faire hara-kiri, comme plusieurs pays européens le pensent et l’espèrent, afin de laisser les Nations-Unies s’occuper, comme il se doit, des problèmes mondiaux. Le temps de L’OTAN est dépassé.

Quant à la possibilité de reconsidérer la date de 2011 pour la sortie de nos troupes, le PM Harper a exigé de l’OTAN et particulièrement des USA, une stratégie de sortie réaliste de ce conflit, clairement établie. Sans cela, il n’est pas prêt à modifier quoi que ce soit. De toute façon, s’il change cette date, je crois qu’Harper fera une erreur politique capitale. Mais, il ne faut pas s’inquiéter, car cela n’arrivera pas puisque le secrétaire américain à la défense, Robert M. Gates, a déclaré récemment, avant Harper, que cette guerre était ingagnable. Il me semble clair que la future stratégie américaine tiendra inévitablement compte de la conviction de son secrétaire expérimenté.

Nous sommes pris dans cet engrenage jusqu’en 2011. D’ici là, espérons que les commandants de notre armée feront tout pour éviter les morts et les blessés et se concentreront sur l’aide aux Afghans.

Claude Dupras

jeudi 26 février 2009

Le pétrole sale

Le National Geographic magazine publie dans son édition de mars 2009 (à voir sans faute) un article de fond sur l’exploitation des sables bitumineux d’Athabasca, en Alberta, et le ravage qui en résulte pour l’environnement.

Cet article en fera sourciller plus d’un et j’en suis très heureux, car je combats cette exploitation houillère depuis plus de 10 ans. C’est une honte pour notre pays qui au nom de l’argent, et sans être prêt, a laissé entreprendre un projet si désastreux pour la nature sans avoir tenu compte de ses effets pervers sur le réchauffement climatique.

Ce territoire des sables avec ses 3,512 kilomètres carrés (plus de sept fois la superficie de l’île de Montréal) est immense et l’excavation à ciel ouvert allant jusqu’à 60 mètres de profondeur représente un volume inimaginable de terre. Et dire que cette terre ne contient que 10% à 15% de pétrole. Pour en obtenir un baril, il faut excaver et traiter par lavage à l’eau très chaude quatre tonnes de terre. Actuellement pour produire trois barils de nouveau pétrole, on doit brûler deux barils de pétrole existant dont tous les rejets de gaz à effet de serre vont directement dans l’atmosphère et les autres résidus polluent l’environnement et trouvent en partie leur chemin vers la grande rivière Athabaska et le lac du même nom. C’est pourquoi le nouveau pétrole est qualifié de pétrole sale. On estime la capacité totale de cette réserve à 173,000 millions de barils. C’est la plus grande au monde après celle de l’Arabie Saoudite et elle située dans la partie albertaine de la forêt boréale canadienne.

Les Albertains en ont bien profité. Leur gouvernement a éliminé totalement sa dette, diminué considérablement ses impôts, augmenté les services à la population et vu celle-ci augmenter considérablement. C’est comme un nouveau Klondike. Le PM canadien Stephen Harper qui est Albertain et qui a fait élire ses députés conservateurs dans tous les comtés de sa province, a encouragé cette exploitation du temps du pouvoir de son idole GWBush. Le Québec a aussi profité de l’augmentation de la richesse de l’Alberta car cela a fait croître les paiements de péréquation qu’il reçoit du Canada puisqu’il est qualifié de province canadienne pauvre.

Mais depuis un certain temps les choses ont changé. Le prix du baril de pétrole est passé de 147$ à 35$ et ce dernier prix rend non économique l’exploitation des sables bitumineux. Certaines compagnies pétrolières qui y travaillaient ont fait faillite. Des milliers de travailleurs ont été mis au chômage. La province d’Alberta vient d’annoncer un déficit pour la prochaine année supérieur à plus d’un milliard de $. De plus, le président Barack Obama a juré de combattre le réchauffement climatique, et lors de sa rencontre récente à Ottawa avec le PM Harper s’est entendu avec lui pour que l’exploitation future des sables bitumineux change et que les carbones soient enterrés afin que l’environnement soit protégé. À cette condition, les USA sont intéressés à acheter notre pétrole qui serait alors qualifié de propre.

Je ne suis pas contre l’exploitation des sables bitumineux qui feront de mon pays, le Canada, un des plus riches de la planète. J’ai toujours prétendu qu’il était prématuré d’en commencer l’extraction car nous n’avions pas de système de traitement capable de protéger l’environnement. Ainsi j’ai proposé, il y a longtemps, que l’on construise des centrales nucléaires pour réchauffer l’eau de lavage. Malheureusement, le prix du baril de pétrole a augmenté rapidement et on n’a pas voulu attendre. Ce fut une erreur puisqu’à ce jour un tort immense a été fait à l’environnement comme le démontre clairement l’article du National Geographic magazine. Mais il reste tellement à faire car le projet est incommensurablement gros. Il est temps d’agir de façon responsable. Nous nous devons de poser les actes nécessaires pour assurer la protection de notre environnement même si cela veut dire que nous ne pourrons profiter, à court terme, de l’exploitation des sables bitumineux. Par contre, nos actions profiteront aux générations futures qui, elles, deviendront riches. Il me semble que c’est un bel héritage à léguer à nos enfants.

J’ai été désappointé du commentaire du nouveau chef libéral Michael Ignatieff qui, suite à l’article du magazine, a affirmé n’avoir rien à apprendre du National Geographic magazine. Il a cherché, par ses paroles, à gagner la faveur des Albertains. Il rêve en couleur car il ne réussira pas à cause de l’omniprésence d’Harper dans cette province. En lieu et place, qu’il se tienne debout et s’oppose à la continuation du ravage que font les compagnies pétrolières dans l’Athabaska. Ignatieff se doit de penser à l’intérêt général du Canada et défendre un développement des sables bitumineux qui respecte dorénavant les objectifs du combat contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement.

Je suis fier du président Obama qui réclame dorénavant un pétrole propre. Alors qu’il dit vouloir s’occuper de rendre son charbon propre, c’est à notre PM Harper d’assurer que notre pétrole le soit aussi.

Claude Dupras

lundi 23 février 2009

La dominance asiatique est-elle à nos portes ?

Mon ami Mansour, berbère algérien, m’a envoyé une longue missive suite à mon blog sur « Wolfe vs Montcalm ». Il donne un point de vue important partagé par de plus en plus de monde. J’ai voulu en faire part à mes amis internautes. Le voici :

Mon cher ami Claude,

Non seulement tu suis tous les événements géopolitiques du jour, mais tu trouves le moment de nous donner des leçons d'histoire concernant le Canada d'une manière générale et du Québec en particulier.

La France de Louis XIV représentait plus de la moitié de la population de l'Europe et pourtant la petite île d'Angleterre a pu coloniser tout un continent grâce à ses hommes politiques de l'époque. Imagines un peu, si de Gaule avait été au pouvoir en France durant cette période plutôt qu'un roi pompeux qui ne s'intéressait qu'à sa cour et aux états européens du nord de la France, quel aurait été le sort de la culture française à travers tout le continent américain.

Ceci étant dit, il faut reconnaitre tout de même que l'Angleterre avait déjà un siècle d'avance sur le reste de l'Europe en rapport avec le pouvoir de la science et de la technologie aussi bien que l'importance du commerce mondial. Comme tu disais si bien, l'Angleterre avait gagné sa guerre contre la plus grande puissance mondiale de l'époque, la France, en construisant une puissance maritime jamais égalée dans le passé.

Nous voilà au début d'un nouveau millénaire et j'ai l'impression que nous commençons à revoir l'histoire se renouveler, mais cette fois-ci à l'échelle mondiale. Tout comme la France du 17ième et 18ième siècles qui se croyait omnipotente, le monde occidental d'aujourd'hui me semble continuer à croire que sa domination du monde est illimitée alors que deux nations géantes, la Chine et l'Inde construisent inlassablement leurs puissances économiques et militaires de demain. Et pourtant ce danger venant de l'Asie n'est pas inconnu du monde occidental.

Je me souviens de mon père, qui me disait, alors que je n'étais qu'un tout petit garçon, que le monde devrait un jour ou l'autre faire face a la menace asiatique à long terme. Et lui-même n'avait pas imaginé ce danger à long terme. Il se référait tout simplement aux écrits de penseurs arabes du passé qui affirmaient que le monde islamique devrait un jour ou l'autre faire face a l'émergence de l'Asie en général.

En fait, ces penseurs arabes avaient nommé ce fléau "koom jouj oua majouj". Grossièrement, cela se traduit en une invasion d'un peuple de fourmis. Ne trouves-tu pas cette description du monde asiatique assez perspicace. Voilà un continent qui a déjà plus de la moitié de la population mondiale et qui en plus se prépare à dominer le monde de la science et de la technologie de demain. Imagine le nombre d'ingénieurs, de mathématiciens et de scientifiques de tous genres que la Chine et l'Inde produit tous les jours, comparé à la faillite du système éducatif du monde occidental en général. Je n'ai pas les statistiques pour prouver mon point de vue mais je sais que la Chine, a elle seule, doit produire plus d'hommes de science que tout le reste de notre monde culturel. Et la domination de ces pays asiatiques n'a rien à voir avec le montant des ressources allouées à l'éducation. Les ressources investies aux USA, par exemple dans le système éducatif, sont astronomiques comparées a celles consenties par les pays asiatiques. Malgré cela, même aux USA, par exemple, on ne peut expliquer la différence énorme entre les résultats académiques des enfants asiatiques (japonais, vietnamiens, chinois) et les enfants d'origine européenne.

Est-ce que nous n'avons pas en fait affaire à un problème culturel qui dépasse les clivages politiques et les conditions économiques des différents segments de notre société américaine. J'ai toujours voulu croire que les mêmes conditions créaient les mêmes résultats, comme Lavoisier nous demandait de croire. Et pourtant, du moins pour le moment, dans le domaine de l'éducation, les enfants asiatiques réussissent beaucoup mieux que tous les autres enfants aux USA. Et ce qui renforce encore mon point de vue, c'est que dans ce dernier pays et dans tout le reste du monde occidental, les populations qui émigrent de l'Europe de l'est ou de l'Afrique réussissent encore moins bien que le reste de la société. Il faut croire que la différence dans la réussite académique entre les différents segments d'une société dépend particulièrement de la culture différentielle de chacun des segments de cette société hétérogène.

Salutations

Mansour


Est-ce que Mansour exagère? Pas en rapport, du moins, avec le Québec où le décrochage scolaire devient scandaleux et qu’une grande partie de ceux qui sont diplômés ne le sont que par la peau des dents. Par ailleurs, notre gouvernement a fait beaucoup pour nos universités. Par exemple, l’École Polytechnique de Montréal, que je connais bien, est devenue, grâce à ses anciens qui y ont vu, comme Bernard Lamarre, un leader dans le monde pour l’enseignement des sciences de l’ingénierie. Elle s’est donnée, durant les dernières années, tous les moyens matériels pour être à la fine pointe de l’éducation technique professionnelle et cela dans tous les domaines. Mais les jeunes de chez nous qui y accèdent ont-ils la préparation nécessaire pour leur permettre d’aller chercher le maximum qu’une telle école offre et devenir des supers ingénieurs ? J’en doute. Quant au nombre, toujours grandissant, d’asiatiques qui sont à Polytechnique, on me dit qu’ils réussissent fort bien.

Claude Dupras

mardi 17 février 2009

Wolfe vs Montcalm : les commentaires

Mon blog sur la bataille des plaines d’Abraham a été bien reçu et a généré de nombreux commentaires. Plusieurs internautes démontrent une profonde connaissance de l’histoire du Québec et j’ai pensé partager avec mes lecteurs leurs propos qui sont instructifs :

1. « … la liberté d'expression… n'existait pas sous le régime français. Et il n'y avait alors pas de système d'éducation digne du nom en dehors des communautés religieuses. 95 % de la population de Montréal aurait été analphabète en 1778 ! »

2. « … je n'ai pas la susceptibilité des Québécois nationalistes ! Les indépendantistes de la SSJB empoisonnent les esprits. Et ils font des accroires au peuple.
Ce n'est pas la défaite qu'il y a lieu de commémorer mais la bataille ! Un évènement incontournable. D'ailleurs, à Trois-Rivières on va tenter de reconstituer celle ayant opposé les Canadiens et les Anglais à l'armée continentale des colonies britanniques. Et les Allemands participent à la commémoration de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale côte à côte avec les Français !

What's good for the goose is good for the gander !

Par ailleurs, je crois que les Anglais ont été les moins pires (pardonne l'expression) colonisateurs des siècles passés. Je sais, nous devons être 4½ à partager cet avis au Québec français !

Mais, pas de liberté d'expression sous le régime français. Pas de droit d'association et de représentation. Pas d'élections. Pas de journaux. Pas d'habeas Corpus ! Mais des lettres de cachet !

Et souvenons-nous que l'Angleterre a pendu plus d'Anglais au Haut-Canada que de Canadiens ici au lendemain de 1837-1838 ! Pour beaucoup moins de grabuge là-bas.

Nous avons surtout souffert de notre indifférence envers l'éducation, indifférence tolérée par l'Église au nom de la protection de la foi ! En 1901, l'évêque de Montréal interdit à la ville d'accepter l'offre de 150 000 (?) $ de Carnegie pour une bibliothèque municipale. Plutôt ignorants que protestants ! »

3. « S'agissant de la bataille des Plaines d'Abraham, il faudrait aussi parler de celle trop souvent ignorée de Sainte-Foy, l'année suivante, gagnée par les Français, les Canadiens et leurs alliés Amérindiens. Les Anglais y auraient subi des pertes plus importantes qu'en 1759.

N'ignorons pas comme, on l'a fait trop souvent dans le passé, le coût financier absolument astronomique de la Conquête pour l'Angleterre : au lendemain de la guerre, sa dette atteignait £135 M alors que ses revenus annuels n'avaient encore jamais dépassé £ 15,5 M ! … Tout ça pour se faire dire par ses colonies américaines : « nous ne paierons pas notre part !

Ton texte est excellent et je partage ton point de vue. S'agissant des causes, j'ajouterais l'imbécilité royale qu'a constitué la révocation de l'édit de Nantes. Il en est résulté l'interdiction aux Huguenots d'immigrer ici. Comme ils étaient les Français les plus entreprenants de leur époque .............. L'alliance franco-amérindienne par contre fut un coup génial.

Dans les circonstances, je suis aussi convaincu, comme toi, et ce depuis longtemps, que la Conquête était inévitable »

4. « … si l'histoire nous avait été et était contée de la manière que vous venez de l'écrire et de la décrire, alors, oui, nous, Québécois, de souche ou non, serions bien mieux informés et mieux en mesure de peser le pour ou le contre, lorsque surviennent des prises de position, comme celle qui nous préoccupe dans le moment! Pour ma part, je vous remercie d'avoir pris la peine de décrire la vraie bataille, car c'est la première fois, que je comprends, vraiment, ce qui s'est passé, lors de ce jour fatidique du 13 septembre, qui allait, malheureusement, changer notre monde, pour toujours, et pas pour un avenir meilleur! Sachez …mon indignation et ma colère, en ce qui a trait, à cette reconstitution de la bataille des Plaines D'Abraham, qui me frustre et me blesse énormément, car étant souverainiste, je réalise encore plus, que je n'aurai jamais...mon pays!!! »



En terminant, voici une illustration additionnelle qui démontre bien que c’est la négligence et le manque de vision de la France qui expliquent la perte de son territoire de l’Amérique du Nord, de Gaspé jusqu’à l’embouchure du Mississipi. Les chercheurs de l’U de M écrivent : « À l'intendant Talon qui lui demandait de prendre les moyens pour former au Canada "un grand et puissant Estat", ce qui impliquait l'envoi massif d'immigrants, Colbert répondit, dans une phrase qui allait marquer l'avenir du pays "Il ne serait pas de la prudence [du Roy] de dépeupler son Royaume comme il faudrait faire pour peupler le Canada...". Pourtant, même en décuplant les départs, les effets de l'émigration sur le pays le plus peuplé d'Europe seraient demeurés imperceptibles et le destin de l'Amérique du Nord en aurait probablement été changé... »

Si la France avait peuplé, depuis les tout débuts, son territoire par des centaines de milliers de Français, ce serait aujourd’hui peut être la langue française qui serait la langue mondiale. La bataille des plaines d’Abraham, c’est bien petit par rapport au réel enjeu qui s’est joué en Amérique du Nord du temps des colonies et qui a basculé en faveur de la langue anglaise à cause de la forte immigration britannique et de la puissance qui en a découlé pour l’Angleterre.

Claude Dupras

samedi 14 février 2009

Wolfe vs Montcalm

Cette année est le 250ième anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham. Ce site est le plus historique du Canada et de l’Amérique du Nord et d’une grande partie du monde.

C’est le 13 septembre 1759, alors que l’Empire anglais domine l’empire français dans sa quête pour la suprématie mondiale, qu’il décide de tenter, pour une quatrième fois, le siège de Québec où se trouve le gouvernement de la Nouvelle-France qui a 225 ans d’existence. Déjà, cette dernière a perdu de grands morceaux de son territoire aux dépens de l’Angleterre, soient : les Grands Lacs, la vallée du Richelieu, celle du lac Champlain, l’Acadie continentale et le territoire de la Baie d’Hudson.

Ces gains sont la conséquence de la guerre en Europe et dans le monde qui perdure entre l’Angleterre et la France qui se battent pour des monopoles très lucratifs : le sucre des Antilles, les esclaves d’Afrique, les soieries et les épices des Indes, les fourrures de la Nouvelle France et le poisson d’Amérique. Les hostilités évoluent en une série de guerres mondiales, chacune des deux puissances européennes s’efforçant d’agrandir son empire aux dépens de l’autre. Ce sont des guerres navales dont l’issue est scellée par la puissance des marines nationales. C’est là, la force de l’Angleterre.

En 1759, les Anglais avec leurs navires et 22,000 hommes sont devant Québec depuis 2 mois à chercher un point d’accostage. C’est le général James Wolfe qui les dirige. Le Marquis de Montcalm est le chef de l’armée française et il n’a pas les forces navales capables de vaincre la flotte anglaise. Mais Québec et les environs sont fortifiés et difficiles d’accès et il a 13,000 soldats pour la protéger.

Finalement, Wolfe trouve un passage à l’anse au Foulon où la falaise a 53 mètres d’hauteur. Montcalm ne l’attend pas à cet endroit. Les soldats anglais débarquent et montent vers la plaine où Wolfe en rassemble 5,100. Montcalm a le choix de les attaquer ou de rester dans la ville fortifiée à attendre un moment plus propice. Il décide l’assaut avec la moitié de son armée. Dès la première charge, Wolfe est tué. Les soldats anglais, bien expérimentés et disciplinés, attaquent sans merci et Montcalm ordonne la retraite vers la ville. Il est alors mortellement blessé et décède le lendemain. Cinq jours plus tard, Québec capitule. L’année suivante, c’est Montréal qui tombe.

L’immense territoire de la Nouvelle France devient alors sous contrôle britannique. Ce fut le point tournant de l’Amérique que l’on connaît aujourd’hui. Alors qu’une très grande partie de l’Amérique aurait pu être française, elle sera anglaise. Les conquérants d’alors imposèrent leur administration, leurs marchands, leur culture, leur langue et leur loi. Les bourgeois français quittèrent avec leurs valeurs pour la France et laissèrent un groupe de 60,000 français pauvres et sans trop d’instruction, qui ne pouvaient aller nulle part, sous la domination anglaise.

Le blâme de cette débâcle revient à mon avis à la France et à ses rois, surtout Louis XIV, qui entreprirent beaucoup de guerres et négligèrent la Nouvelle-France en n’assurant pas l’accroissement de sa population et sa défense. Les chercheurs de l’Université de Montréal confirment ce fait : « L'immigration de l'Ancienne à la Nouvelle-France n'est pas reconnue pour avoir fourni, sous l'Ancien Régime, un grand nombre d'émigrants à ses colonies d'outre-Atlantique. Ainsi, à peine 15 000 Français et Françaises ont fait voile en direction du Canada au XVIIe siècle, et les deux tiers d'entre eux n'ont fait qu'un séjour temporaire dans la colonie avant de retourner définitivement en France ou de mourir au Canada à l'état de célibataire. C'est très peu. Avec une population dépassant à peine le tiers de celle de la France, les îles britanniques auraient envoyé au Nouveau Monde près de 380 000 immigrants durant la même période ». Voilà pourquoi le territoire de la Nouvelle France a été finalement conquis par l’Angleterre. Si ce n’avait pas été en 1759, ce serait arrivé une autre année de toute façon.

Pour marquer cette date historique, le gouvernement canadien veut reconstituer la bataille des Plaine d’Abraham. Il ne semble pas comprendre la sensibilité des Québécois francophones en rapport avec ce jour fatidique de leur histoire. Il tourne le fer dans la plaie en voulant rejouer la confrontation qui a forcé leurs ancêtres à batailler constamment pour survivre et maintenir leur religion, leur culture et leur langue contre des conquérants qui cherchaient à les assimiler. Ce n’est pas seulement la défaite de Montcalm qui a blessé les Québécois mais aussi et surtout le traitement que l’empire anglais leur a fait subir par la suite. Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement du Canada ne sait pas cela. Le PM Harper blâme les séparatistes pour l’opposition qui s’élève contre la reprise de la bataille. Il ne saisit pas que ce sont les Québécois de toute tendance qui s’opposent à cette idée. Il n’est vraiment pas connecté sur le Québec.

J’apprends en écrivant ces lignes que la rumeur publique veut que le projet soit annulé. Si c’est vrai, bravo ! Mais je vais le croire lorsque le PM le confirmera. Cependant, le jour est historique et il serait utile d’organiser un grand forum public sur cet évènement afin que tous ses éléments soient bien connus et permettent à notre jeunesse d’apprendre la vraie histoire de leur pays.

Claude Dupras