mercredi 9 janvier 2013

L’hiver indien

Encore une fois, le monde et particulièrement l’Europe se soulèvent contre le Canada pour les supposés mauvais traitements qu’il fait subir à ses amérindiens des Premières Nations. Cette fois, c’est la grève de la faim de la chef de bande Theresa Spence qui attise ces sentiments négatifs envers mon pays.

Il faut se rappeler l’histoire du développement territorial du pays pour mieux comprendre cet évènement. Il est vrai que d’Ottawa aux Rocheuses, le Canada est construit en bonne partie sur les terres ancestrales des Première Nations. Le gouvernement du Canada pour régulariser cette possession a acheté ces terres grâce à de nombreux traités, signés de 1871 à 1921. Ces traités sont différents mais la philosophie qui en découle permettait aux Canadiens de les occuper en retour d’annuités perpétuelles et de bénéfices particuliers payés par le gouvernement canadien aux Premières Nations. De plus, le développement des territoires réservés aux amérindiens (les réserves) doivent respecter la Loi sur les Indiens (Indian Act). Aujourd’hui, les chefs des Premières Nations s’inquiètent qu’avec le temps, les Canadiens oublient ces traités.

Le Canada a respecté ses ententes et versé des milliards de $ depuis ces signatures. Et ça en prend beaucoup et de plus en plus car le Canada est immensément grand et froid et il en coûte de plus en plus cher pour subvenir aux besoins des peuples des Première Nations afin qu’ils aient une vie décente. Il faut assurer leur éducation, leurs soins médicaux, leurs loisirs et tout ce dont ils ont besoin dont la réalisation et l’entretien de projets domiciliaires, d’écoles, de chemins, d’aéroports, de réseaux d’éclairage, de chauffage, de transport, etc…

Le conflit actuel a deux visages. D’un côté, il y a la grève de la faim de Theresa Spence et de l’autre il y a le mouvement « Idle, no more » (Indolent, plus jamais).

La création du mouvement a été stimulée par deux lois omnibus que le gouvernement conservateur de Stephen Harper a fait voter par sa majorité parlementaire. Plusieurs sections de ces lois ont été conçues pour répondre aux demandes passées des Premières Nations, mais Harper n’a pas rencontré les chefs amérindiens pour en discuter. Par exemple, de nouvelles lois leur permettent de louer des parties de leurs réserves; aujourd’hui, elles les dénoncent en affirmant qu’elles résulteront dans une lente érosion de leur culture, leur langue et leur souveraineté. La définition des voies navigables a été changée pour aider les municipalités installées près de ces voies et les Premières Nations qui voulaient réaliser des projets le long des rives; aujourd’hui, elles disent craindre l’impact découlant de l’augmentation du développement sur leur mode de vie. L’accélération de la fin de la « Loi sur les Indiens » ; aujourd’hui, elles prétendent que cela risque d’effacer leur statut spécial.

La constitution canadienne accorde un statut particulier aux Premières Nations. Cela leur donne le droit d’être consultées adéquatement pour toute législation qui pourrait modifier leurs droits. Cela n’a pas été fait par le premier ministre Harper. De plus, ce dernier a rejeté l’entente faite par son prédécesseur Paul Martin qui avait entrepris 18 mois de discussions, en bonne et due forme, avec les chefs des Premières Nations pour conclure l’Accord Kelowna. Elle s’attaquait au faible taux d’éducation, à la piètre qualité de vie, aux épidémies, au taux élevé de suicides, aux enlèvements et aux meurtres d’amérindiennes, en somme au mauvais sort des peuples de ces nations.

Les chefs n’ont jamais accepté de changements unilatéraux aux traités et à leurs ententes particulières. Ils pensent toujours de même. Et, c’est là l’erreur d’Harper. Majoritaire, il donne l’impression de se croire permis de tout faire et impose des changements importants à des lois n’ayant aucun rapport l’une avec l’autre et bien cachés dans des lois omnibus. Pour le premier ministre, le problème des Premières Nations n’est pas financier mais vient de leur impuissance à se prendre en mains.

Theresa Spence a entrepris sa grève de la faim pour appuyer le mouvement « Idle, no more ». C’est un geste spectaculaire qui fait beaucoup de bruit. Cependant, on peut se demander si elle est la bonne personne pour vraiment aider les Premières Nations à atteindre leurs objectifs. En effet, après examen, on découvre que son travail comme cheffe de la réserve nord-ontarienne Attawapiskat est loin d’être efficace. Sa bande de Cris a reçu du gouvernement canadien, durant un peu plus de six ans, un total de 104 millions de $ pour ses besoins. Elle administre cela avec son amoureux sans que les 3 000 membres de sa bande soient vraiment au courant de ses faits et gestes.

Les auditeurs du gouvernement exigent, comme il se doit et comme ils le font pour toutes les bandes, les raisons de leurs demandes de fonds et, lorsque ceux-ci sont accordés et dépensés, la présentation de pièces justificatives avec les rapports comptables afin de faire les vérifications déterminées par la loi. Theresa Spence a toujours refusé de se plier à ces exigences. Elle ne prépare pas de budget, ne peut produire de minutes montrant les résolutions adoptées par la bande, a engagé des dépenses sans fonds, a fait des dons forts importants à des individus, etc… C’est un fouillis total.

Il y a deux mois, la journaliste Adrienne Arsenault a visité Attawapiskat, et a préparé un documentaire qui a été présenté à la télévision de la CBC. On y voit des maisons terminées sans occupants alors que plusieurs familles amérindiennes du village vivent dans des maisons insalubres. La pénurie de logements est grave au point que la Croix-Rouge a dû venir au secours de la population, il y a un an. On voit Mme Arsenault entrer dans une salle où elle découvre d’innombrables grosses boîtes scellées. Elle en ouvre une pour découvrir que ce sont des donations de linge, de victuailles et de jouets par les Canadiens, pour les enfants et les femmes de la bande. Ils n’ont pas été distribués car au dire de la cheffe Spence, elle n’a pas d’aide pour faire ce travail. On la voit dans sa salle de conférence avec des sièges modernes en cuir, des murs de bois de qualité. Interrogés, des pères de famille affirment ne rien savoir de ce qui se passe et veulent quitter avec leurs enfants car il n’y a rien là-bas pour les former et les aider à bien grandir.

Ce documentaire démontre que dans le cas de cette réserve, on ne peut vraiment pas blâmer le gouvernement canadien. C’est plutôt l’incapacité de Theresa Spence de bien faire le travail et la négligence de la bande de prendre ses responsabilités qui sont les fautifs. Il y a aussi le phénomène découlant du fait que les Amérindiens étant toujours soutenus par le gouvernement fédéral démontrent généralement à la longue un manque d’initiative et de solidarité civique. Ils savent que mal pris, le gouvernement sera toujours là pour les aider.

En 1953, j’étais en Abitibi pour un travail d’été come étudiant-ingénieur. Je décris cette période dans mon livre « Et dire que j’étais là » qui est reproduit sur mon site internet. Voici ce que je raconte sur une rencontre, à l’orée du bois près de la ville d’Amos, avec une tribu d’Algonquins : « Claude profite de l’occasion pour parler au jeune Algonquin de la vie de sa tribu. Il apprend qu’elle vit comme toujours de pêche et de chasse et que c’est la forêt et les lacs qui lui fournissent ce dont elle a besoin. Le jeune Algonquin admet qu’elle achète de plus en plus de produits des blancs, particulièrement les vêtements, mais ses membres qui vivent neuf mois par an dans la forêt doivent se fier à leur habileté personnelle pour y survivre. Claude a remarqué à l’arrière du campement, vers la forêt, une quinzaine de jolies petites maisons de bois. D’après lui, ce sont de bonnes maisons bien construites. Elles sont vides, quelques carreaux de vitre sont brisés et quelques-unes n’ont plus de rampe de bois pour les balcons et même le plancher de bois de ces balcons est disparu. Le jeune Algonquin explique que ce sont des maisons construites pour sa tribu par le ministère des Affaires Indiennes du Canada afin de les loger convenablement. Ces maisons ont été construites sans consultation avec sa tribu qui les refuse car elle veut continuer à vivre selon ses habitudes ancestrales. Sa tribu a installé ses tentes près des maisons puisqu’elles ont été placées à l’endroit où elle campe depuis des années. Quant aux parties de maisons qui manquent, elles ont été utilisées par les Algonquins pour faire des feux. Claude est renversé d’apprendre cette histoire ». Encore là, on ne pouvait blâmer le gouvernement fédéral.

À l’ouest de Montréal, les iroquois de Kahnawake étaient là avant l’arrivée de Champlain, fondateur de Québec. Le pont Mercier venant de Montréal saute le Saint-Laurent pour rejoindre, dans la réserve, les artères routières du Québec qui la traversent. La section du pont Mercier du côté de la réserve appartient aux Iroquois et les gouvernements les paient pour le réparer et l’entretenir. Chaque jour des centaines de milliers de Québécois y passent. Les Iroquois qui ne payent pas de taxes fédérale et provinciale y font le marché du tabac. On peut arrêter à une des cinquante petites cabanes construites par les Iroquois et bien identifiées pour la vente de cigarettes à prix d’aubaine. De plus, dans chaque village du Québec, on retrouve un revendeur qui est relié à un réseau clandestin de vente de cigarettes sans taxes qui viennent de cette réserve ou d’une autre. La police intervient, mais le réseau est toujours là. Il y a aussi des stations d’essence. Sans oublier les mini-casinos ouverts à tous les Québécois. Tout cela démontre bien que ces Iroquois ne sont pas pauvres. D’autant plus qu’ils sont des ouvriers experts en installation de construction métallique pour bâtiments en hauteur et on les retrouve sur tous les grands chantiers de la ville de New York où ils font de gros salaires. Pourtant, le village de Kahnawake est composé de petites maisons, pour la plupart mal entretenues, et l’ensemble donne une image de pauvreté. Un autre exemple où on ne peut juger par les apparences et blâmer le gouvernement canadien.

Dans le présent conflit, Theresa Spence attire tous les médias et la publicité mais le vrai problème se situe partout dans les réserves indiennes du pays où la vie n’est pas facile car l’hiver indien est dur. Mettre tout le blâme sur le dos des Canadiens est injuste. La constitution définit clairement les responsabilités du gouvernement vis-à-vis les Premières Nations. Le PM Harper affirme, depuis les premiers jours de son accès au pouvoir, qu’une de ses priorités est de s’occuper du bien-être des Amérindiens. Le grand nombre de visites qu’il a faites dans le grand Nord pour aller à la rencontre des chefs de tribus et de bandes est insuffisant comme action. Il devrait s’inspirer du sérieux et important Accord de Kelowna pour faire plus, mieux et ouvertement. Le bien-être des Amérindiens en dépend. La réputation du Canada aussi.

Quant aux critiques mondiaux, j’estime important qu’ils fassent la part des choses et cherchent à comprendre ce qui se passe réellement au Canada, au lieu de le salir.

Claude Dupras

vendredi 4 janvier 2013

Le boom pétrolier canadien

La Chine et l’Inde prévoient doubler leurs besoins en pétrole brut d’ici 20 ans et atteindre un total de 18 000 000 de barils par jour (b/j). Il en sera de même pour les autres pays asiatiques en plein développement.

D’autre part, les Américains, pour des raisons de sécurité nationale, veulent se libérer le plus possible de l’alimentation en pétrole du Moyen-Orient et se tournent, entre autres, vers le Canada pour combler leurs immenses besoins pétroliers.

Le Canada est devenu, grâce à ses gisements de sables bitumineux de l’Alberta, une des sources importantes de pétrole brut au monde.

Le Canada aura la capacité de produire 6 000 000 b/j, en 2030, à partir des sables bitumineux. Ce boom pétrolier de l’Ouest canadien pourra rapporter $200 billions de revenus aux Canadiens, si on peut livrer le pétrole brut aux acheteurs.

Il y a aussi le pétrole brut extrait par les plateformes maritimes de Terre-Neuve-et-Labrador où la production qui peut atteindre 500 000 b/j est dédiée à combler une partie de la demande de l’Est canadien et du Nord-Est américain.

De plus, il y a le gisement d'hydrocarbures Old Harry situé dans le golfe du Saint-Laurent à cheval sur la frontière du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador dont les données d’études géologiques sont encourageantes et qui pourrait en 2030 avoir une production profitable aux deux provinces.

Le défi du Canada en 2013 est le transport du pétrole de l’Ouest vers l’Est Canadien, vers le Sud américain et vers le Pacifique. C’est un grand challenge au point de vue infrastructures et économie.

Pour alimenter l’Est canadien et le Nord-Est américain, il est question d’utiliser l’oléoduc de Sarnia qui existe depuis les années ’70. Du fait que dorénavant l’approvisionnement viendrait de l’Ouest, il est proposé d’inverser le sens de la circulation dans l’oléoduc afin de livrer le pétrole brut de l’Alberta aux raffineries de l’Est du pays, dont celles de Montréal. De plus, le pétrole brut pourrait être acheminé par oléoducs aux ports pétroliers donnant sur le Saint-Laurent pour livraison en Europe, via l’Atlantique. Les environnementalistes s’y opposent.

Pour l’alimentation vers les USA, il y a le projet du nouvel oléoduc Keystone XL. Il doit prendre origine au nord de l’Alberta pour se rendre au Nebraska et plus au sud, jusqu’à l’important centre de distribution d’Oklahoma. Il aura une capacité maximale de 500 000 b/j. À ce jour, le projet rencontre des oppositions sérieuses de la part de l’État du Nebraska pour des raisons de protection de nappes aquifères. Le président Obama a refusé le projet initial et demandé un tracé différent, tenant compte des difficultés rencontrées. Les observateurs estiment que le projet modifié sera accepté par le président d’ici un an ou deux. Les environnementalistes demeurent fermement opposés au projet.

Pour la livraison du pétrole brut aux pays asiatiques, le Canada utilise actuellement l’oléoduc Kinder Trans-Mountain qui transporte 300 000 b/j de pétrole en traversant les Rocheuses jusqu’aux ports pétroliers du Pacifique. Notre pays a un grand besoin d’oléoducs de haute capacité pour augmenter la livraison de pétrole brut de l’Alberta aux rives de l’océan Pacifique où de nouveaux ports pétroliers seront construits. À ce jour, il y a deux projets principaux. Le premier consiste à augmenter la capacité du Trans Mountain à 750 000 b/j. Le second est la construction d’un nouvel oléoduc, le Enbridge Northern Gateway, d’une longueur de 1 176 km et d’une capacité de 850 000 b/j.

Le Northern Gateway traversera les montagnes Rocheuses situées dans la province de Colombie Britannique (CB). Il rencontre l’opposition de bandes de Premières Nations, du puissant lobby des environnementalistes, du gouvernement de cette province qui réclame une partie des royautés que reçoit l’Alberta et du Nouveau Parti Démocratique du Canada. Le chef de ce dernier, Thomas Mulcair, veut rétablir au Canada une « économie balancée » comme jadis. Il propose que le pétrole brut soit raffiné au pays et que les produits dérivés comme la gazoline et le fuel pour avions à jet soient vendus et transportés séparément vers les grands marchés. Pour lui, cela créerait de multiples emplois, nouveaux et permanents, au Canada. Les pétrolières réfutent que l’idée est irréaliste parce que le coût des produits deviendraient ainsi trop élevé. Je crois que cela reste à démontrer par des acteurs impartiaux.

La première ministre de la CB s’est alliée les PM des autres provinces dont Pauline Marois du Québec, pour étudier la possibilité que chacune des provinces traversées par un oléoduc reçoive une partie des royautés payées par les compagnies pétrolifères.

Prenant acte de toutes ces oppositions, le gouvernement de l’Alberta recherche d’autres moyens pour livrer son pétrole car cela devient important pour lui puisque 25 % de ses revenus découlent des royautés. De plus, les baisses récentes du prix du pétrole brut sur les marchés mondiaux ont plongé le gouvernement albertain dans un déficit de 3 milliards $ pour l’exercice qui se termine. Cela va affecter indirectement les Québecois, puisque les versements de péréquation aux provinces les plus pauvres seront plus bas avec une Alberta moins riche.

Bloquée au Sud et à l’Ouest, l’Alberta étudie la possibilité de construire un chemin de fer pour y livrer le pétrole brut par des trains-citernes à un port de l’Alaska et de là vers l’Asie. De plus, l’étude analyse le potentiel d’une ligne similaire de trains vers Port Churchill, le seul port arctique du Canada situé sur la côte Ouest de la Baie d’Hudson. Il est actuellement utilisé de mi-juillet au début novembre pour le transfert de grains, de produits manufacturés et forestiers, etc.. vers et en provenance d’Europe, d’Afrique, d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient. Le pétrole brut d’Alberta pourrait être livré de là à certains de ces continents.

Les chercheurs de l’institut Manhattan ont comparé tous ces modes de transport. Ils ont analysé les incidents passés occasionnés par chacun. Ils sont arrivés à la conclusion que les possibilités de fuites de pétrole, de morts ou de blessures sont 34 fois plus grandes par rails que par oléoducs. De plus, « les trains créent des gaz à effets de serre pour l’énergie qu’ils consument et la quantité de pétrole qu’ils peuvent transporter n’est qu’une fraction de ce qu’elle peut être par oléoduc ».

Dans mes billets précédents sur la question des sables bitumineux, j’ai toujours mis l’accent sur l’importance que le pétrole produit en Alberta soit « propre ». Mon opinion se calquait sur celles de critiques du monde entier qui dénonçaient la façon selon laquelle les compagnies pétrolifères exploitent les sables bitumineux. Depuis, beaucoup a été fait pour améliorer la procédure d’exploitation. Mais, même si elle est sur la bonne voie, c’est encore imparfait. Par contre, j’ai confiance que finalement, elle sera acceptable aux observateurs avertis dont ceux de l’Union Européenne qui veulent empêcher que le pétrole issu des sables bitumineux, qu’ils qualifient de « sale », soit vendu en Europe. L’enjeu est d’une très grande importance pour tous les Canadiens.

L’Alberta manque de moyens de livraison pour son pétrole brut et il est clair que l’expansion des réseaux de distribution devient une priorité nationale. C’est aux gouvernements du Canada et des provinces de faire en sorte que cet extraordinaire projet soit mené à bonne fin puisqu’il y va de l’intérêt de chacun des Canadiens. 2013 s’annonce comme étant l’année des décisions.

Claude

vendredi 28 décembre 2012

2012, année de paroles, paroles, paroles… en l’air

Aux USA, en France et au Québec, il y a eu des élections en 2012. Ce furent, je crois plus que jamais, des périodes durant lesquelles nous avons entendu des discours qui n’avaient rien à voir avec la réalité.

Au Québec, le gouvernement de Jean Charest a été défait par le Parti Québécois de Pauline Marois. Après avoir dirigé ses troupes de l’opposition officielle dans des combats démagogiques et salissants contre le pouvoir libéral, elle a fait campagne en promettant des choses aussi irréalistes les unes que les autres. Grâce à la conjoncture politique, découlant des révélations de collusion et de corruption dans le domaine de la construction, elle a réussi à gagner une courte victoire la plaçant à la tête d’un gouvernement minoritaire péquiste. Depuis, elle recule sur presque tout ce qu’elle a promis en période électorale. Je ne suis pas surpris car j’ai toujours pensé que Pauline Marois savait qu’elle ne pourrait respecter ses promesses qui allaient, de toute évidence, contre le meilleur intérêt du développement du Québec. Mais pour gagner des votes, elle a dit et répété des paroles en l’air pour plaire à une partie de l’électorat. Aujourd’hui, elle se défend de « virer obligatoirement son capot » puisqu’elle dirige un gouvernement minoritaire. Pourtant, elle avait promis de soumettre intégralement, dans une telle situation, ses promesses aux partis d’opposition pour adoption par l’Assemblée Nationale. Les arguments de chefs d’entreprise, d’investisseurs et de prêteurs l’ont vite ramenée à la raison et aux positions politiques de son prédécesseur comme nous venons de le constater pour le projet Plan Nord qu’elle a fait sien malgré qu’elle l’ait vilipendé sans cesse dans le passé. Enfin, elle se montre responsable !

En France, depuis son élection, François Hollande a respecté ses promesses. Le malheur pour les Français, c’est qu’elles étaient irréalistes et ne tenaient pas compte de la crise économique qui dévalait à pleine vitesse sur la France et l’Europe au moment de la période électorale. Nonobstant qu’il ait été mis au courant de la situation exacte de l’économie française à son entrée à l’Élysée, Hollande a persisté pour faire adopter son programme en rejetant le blâme des problèmes qui confrontent la France sur son prédécesseur. Pour démontrer qu’il n’avait qu’une parole, il a agi en petit politicien irresponsable refusant de reconnaître que ses promesses étaient des embûches additionnelles au redressement économique de la France. Alors que le bon sens exigeait des coupures dans les dépenses gouvernementales pour aider l’économie à reprendre son souffle, Hollande a créé 60,000 nouveaux postes de fonctionnaires en éducation, 15,000 autres ailleurs, relevé les impôts de la classe moyenne et ceux des riches, annulé la TVA sociale, etc… tout en tenant un discours revanchard contre les entreprises, leurs dirigeants, les innovateurs, les investisseurs… l’argent en général. Il a fait peur à tous ces créateurs d’emplois au point que déjà plus de 5 000 d’entre eux ont déménagé leur domicile hors France, sans compter ceux qui ne sont pas comptabilisés. Il faut vraiment se ressentir mal traité pour vouloir quitter un pays comme la France où la qualité de vie est exceptionnelle.

Hollande a promis la croissance disant son horreur pour l‘austérité, mais depuis qu’il dirige la barque française, cette dernière a augmenté considérablement et empire à un rythme dangereux. J’exagère direz-vous ? Allez le dire aux plus de 10,3 % de chômeurs français alors que 2013 s’annonce pire selon tous les prévisionnistes. Les paroles d’Hollande étaient manifestement des paroles en l’air prononcées dans le simple but de gagner des votes, sans tenir compte de l’intérêt supérieur de la France. Pour lui, seule comptait la conquête du pouvoir par les socialistes. Aujourd’hui, jour après jour, on se rend compte qu’ils ne savent même pas comment l’exercer.

Hier, Hollande a dit vouloir être au poste tous les jours avec ses ministres, durant la période des fêtes, afin de travailler à résoudre le chômage et les autres malheurs qui s’abattent sur la France. Encore des images et des paroles en l’air pour chercher à sortir du plus en plus profond trou d’impopularité dans lequel il s’est enfoncé. Il veut faire croire qu’il est présent et que le nombre d’heures au travail compte, alors que nous savons tous que ce sont les décisions politiques qui changent tout.

Aux États-Unis, le candidat républicain Mitt Romney a dit tout ce qu’il ne fallait pas dire. Lors des primaires de son parti, il a fait siennes les opinions de l’extrême droite, des ultraconservateurs, des évangélistes, des porteurs d’armes, des nantis égoïstes, des anti-avortement et d’autres groupes de même acabit. Il a refusé de tenir compte des positions des femmes, des latinos, des noirs, des jeunes, des intellectuels, des scientistes et de plusieurs groupes de la société américaine qui s’opposaient aux positions radicales qu’ils énonçaient. Puis, vint la campagne électorale contre le président Barack Obama. Alors là, sans honte, il changea vitement son fusil d’épaule pour chercher à rallier ces dissidents à sa cause. Appuyé par des groupes d’intérêts hautement financés par les mêmes riches, il a couvert les ondes mur-à-mur pour répandre ses nouvelles positions. Il a tout dit même au risque de perdre la face, ce qu’il fit plusieurs fois. Le manque de constance dans ses propos et ses positions virevoltantes a fait comprendre aux électeurs américains que les mots de Romney n’étaient que paroles, paroles, paroles en l’air et qu’il n’y croyait pas lui-même. Il devint clair qu’il ne méritait pas le poste de leader de leur nation. Barack Obama, de son côté, montrait quotidiennement ses qualités de président et a obtenu une victoire d’une ampleur inespérée malgré une économie qui roulait mal, où les salaires diminuaient.

Quelle triste farce que ces discours de mots en l’air par des personnages politiques importants, alors qu’il n’y a pas de travail pour une majorité de jeunes diplômés particulièrement pour ceux de quartiers difficiles qui ont étudié pour sortir de la pesanteur de leur milieu. Et ceux qui ont déniché un emploi font trop souvent un travail dégradant qui ne correspond pas au niveau de leurs études ni de leurs capacités intellectuelles, avec une rémunération qui permet peu. Nous leur avons dit : « étudiez et vous aurez une bonne « job », voilà qu’ils se retrouvent sans chance, sans responsabilité, peu ou pas de salaire. Au même moment, ces jeune constatent un système économique dont la bourse est truquée par certains, une spéculation grandissante, une dé-régularisation qui devient le remède à tous les maux. Ils réalisent que tout ce qui se passe ne tient pas vraiment compte de l’intérêt général.

Ces politiciens opportunistes, dont le leadership a été trop souvent acquis grâce aux images et illusions créées lors de période électorale, sont trop souvent incompétents. Que faire ?

Allons-nous continuer à jouer avec le feu ? Allons-nous nous laisser berner longtemps par des paroles en l’air, encore et encore, alors que la maison brûle ?

Nous sommes dans le temps des fêtes. C’est le bon temps pour nous de prendre la résolution de ne pas devenir les dindons de la farce !

Claude Dupras

vendredi 14 décembre 2012

Rêver sans être ridicule

C’est une vidéo recommandée par un ami qui m’a fait connaître TED. Plus précisément, elle rapportait la conférence du biologiste et neurobiologiste français Laurent Alexandre donnée au TEDxParis tenu à l’Olympia de Paris, le 6 octobre dernier. Le visionnement m’a vraiment secoué de ma torpeur quotidienne et j’ai fouillé internet pour mieux comprendre TED. Ce billet résume ce que j’ai trouvé. Certains diront que je suis en retard. Eh, oui ! Mais mieux vaut tard que jamais, d’autant plus que je ne suis pas seul.

En Californie, l’architecte et designer graphiste Richard Saul Wurman, dédia sa vie à rendre facile la compréhension de toute information accessible. Lui qui a toujours su fréquenter des hommes et des femmes brillants, tels Jonas Salk, Louis I. Kahn, Steve Jobs… a pensé créer, en 1984, une conférence réunissant de tels personnages. C’est TED (Technology, Entertainment, Design).

Les conférenciers à TED sont des personnages géniaux tels que chercheurs du MIT, futurs prix Nobel, philosophes, cosmologues, politiques, illustres illuminés, environnementalistes et autres qui viennent à tour de rôle présenter des idées de leur cercle fermé à un plus grand nombre par des discours bien calibrés où la brillance des idées est primordiale. Ils visent à émouvoir et à bousculer. Chaque TED est un vrai safari mental rempli d’émotions incessantes.

L’intervenant doit savoir raconter une histoire, monter sur scène, électriser les gens, les transporter et les amener dans un voyage vers un domaine qu’ils ignorent. Il y a un contrat implicite entre l’intervenant et le public. Celui-ci promet d’accorder toute son attention pendant 18 minutes (la durée maximale de toute conférence). L’intervenant est concentré et donne le meilleur de lui-même pour faire le discours de sa vie, selon l’exigence de Wurman.

Chaque conférence par ses moments intéressants à caractère excitant, cosmologique, familial, encourageant vise à inspirer les auditeurs qui y viennent pour apprendre. C’est comme, disent les participants, des cours de facultés universitaires à 3 000 km/h où votre vie peut basculer en 10 secondes.

Les 1 200 places disponibles, pour l’évènement de trois jours qui se tient à Monterey, s’arrachent à 6 000$ chacune. Les patrons d’entreprises, dont plusieurs ont déjà été conférenciers comme Bill Gates de Microsoft, y viennent accompagnés de leurs principaux dirigeants, penseurs et chercheurs afin d’épier les meilleures idées nouvelles possiblement transformables en projets novateurs à portée mondiale. Ces trouve-tout du business world savent qu’ils entrent dans un oasis intellectuel où se trouvent des perles rares. À TED, les rats de bibliothèque sont vénérés comme des dieux par les nouveaux maîtres du monde.

TED en Californie fut longtemps un secret bien gardé de la Silicon Valley. Mais depuis quelques années, les conférences TED fleurissent de par le monde sur le modèle de celle de Monterey. Tout comme celle de Paris qui en est à sa troisième année, TEDxMontréal s’est tenue le 5 mai 2012 au Monument National et fut organisée indépendamment de TED mais grâce à une licence avec ce dernier et selon ses directives. La conférence mondiale à thèmes internationaux TEDGlobal se tient annuellement à Edimbourg, Écosse.

Toutes les conférences TED sont enregistrées, traduites et plus de 1 400 sont actuellement disponibles dans plusieurs langues sur le site TED.COM. C’est une vraie université d’idées puissantes, capables de changer les attitudes, les vies et éventuellement le monde.

TED est aujourd’hui une communauté de personnes de toutes disciplines et cultures qui recherchent une meilleure compréhension du monde.

Claude Dupras

PS. Les 20 conférences de TEDxParis données à l’Olympia de Paris le 6 octobre dernier peuvent être visualisées à l’adresse internet http://www.youtube.com/watch?v=PAXVpN5GdSs. Je recommande particulièrement celle de Laurent Alexandre qui nous démontre que certains de nos jeunes vivront 1 000 ans. Il faut visualiser et écouter aussi les autres qui sont plus intéressantes et surprenantes l'une que l'autre.

dimanche 9 décembre 2012

USA, l’heure de vérité

2012 marque la fin de l’importante réduction générale des impôts, accordée par l’ex président américain GWBush, en 2001 et 2003, pour relancer l’économie de son pays. Cette loi de finance devait se terminer en décembre 2010. À ce moment-là, le président Obama, suite à un dur débat a dû accepter une extension de deux ans. Elle se termine donc le 31 décembre prochain.

Les réductions de taxes ont non seulement bénéficié aux riches mais aussi aux payeurs de taxes de la classe moyenne. Bush a toujours affirmé qu’il pensait nécessaire de stimuler davantage la reprise de l’économie et la création d’emplois pour générer plus de revenus. Se fiant au succès obtenu par son mentor Ronald Reagan, qui avait lancé un tel programme, il assurait le peuple américain que ces réductions se paieraient d’elles même. Mais Bush a lancé deux guerres qu’il a dû financer et a engagé des dépenses croissantes malgré une dette qui grossissait à vue d’œil.

Dès les premiers jours, les opposants ont engagé un vigoureux débat sur les coûts et bénéfices de ces décisions surtout sur celles qui favorisaient les riches. Ils ont souligné, entre autres, que ces derniers étaient vraiment gâtés puisqu’en plus ils bénéficiaient de nouvelles mesures diminuant la taxe sur les gains capitaux. Ils ont démontré que ces décisions augmenteraient appréciablement l’inégalité entre les Américains et iraient à l’encontre du principe de la distribution des richesses par un gouvernement. Ils ont même évoqué un danger possible à la sécurité nationale.

Quelques années plus tard, GWBush et son vice-président Dick Cheney ont affirmé qu’effectivement les diminutions des taux d’impôts s’étaient payées d’elles-mêmes. Ces affirmations gratuites ont été contredites par le Département du trésor américain qui a déclaré n’avoir pas de preuves concrètes démontrant leur véracité puisque les revenus d’impôt depuis 2001, sauf en 2007, ont été inférieurs à la moyenne de 8,4 % du PIB des trente dernières années.

Par ailleurs, la dette américaine a littéralement explosée. Les coupures de taxes de Bush y ont ajouté 1,6 trillions de $, sans compter les intérêts. Mais elles ne sont pas le plus grand contributeur à cette augmentation de la dette puisque l’accroissement des dépenses les surpasse. L’incapacité ou le non-vouloir des présidents Bush et Obama à réduire les dépenses est donc aussi à blâmer.

Aujourd’hui, la dette américaine est de 16 359 000 000 000 $. Elle était de 5,94 trillions $ lorsque GWBush devint président et avait atteint 12,3 trillions $ à la venue d’Obama. Selon les économistes et experts financiers, cet accroissement rapide devient intolérable car il est un danger non seulement pour l’économie des USA mais pour celle du monde.

Depuis la crise bancaire, les mesures temporaires d’injection de capitaux dans les banques et la diminution des taux d’intérêts ont eu des effets positifs aux USA. Le taux de chômage a diminué de 9,8 % à 7,7 % durant le deux dernières années. En novembre 2012, l’emploi a grimpé de 147 000 emplois (pour un 15ième mois consécutif). Il y a aussi le fait que des compagnies américaines comme Apple viennent tout juste de décider de rapatrier une partie de la fabrication de leurs produits sur le sol américain. Cela va dans le bon sens.

Malgré ces indications, plusieurs experts craignent cependant le pire puisque l’économie mondiale dépend du consommateur américain comme une source importante de sa demande. Ils s’inquiètent du faible taux de croissance des USA et de la diminution de celle de la zone euro, du Japon et d’ailleurs qui ajoutent au problème. Même les pays en développement qui profitaient d’une économie de plus en plus forte pour se développer sont aujourd’hui affectés par des ralentissements de production. L’emploi et la qualité de vie en souffrent un peu partout.

Voilà pourquoi, le gouvernement américain qui est au cœur de cette tourmente doit prendre les bonnes décisions afin d’assurer la stabilisation financière des USA. Et l’heure de vérité approche, puisqu’elle est fixée au 31 décembre 2012 à minuit. Les Américains la surnomment « the fiscal cliff », qui est devenu au Québec, avec notre bonne habitude de tout traduire en français, la falaise fiscale.

À ce jour, les deux partis politiques américains, Démocrate et Républicain, ont des vues opposées pour la solution. Lors de la récente élection présidentielle, le candidat républicain Romney a proposé la politique « aucune augmentation de taxes pour personnes ». Obama, qualifiant cette approche d’irresponsable, a répliqué en promettant de ne pas toucher aux taux d’imposition de la classe moyenne mais d’augmenter ceux des riches au niveau qu’ils étaient en 2001.

La victoire électorale d’Obama fut décisive et surprenante par son envergure. Aujourd’hui, les démocrates d’Obama maintiennent sa position électorale et les républicains marient celle de Romney. Ces derniers veulent surtout éviter toutes augmentations aux riches qui les appuient et les financent.

De plus, chacun est favorable à des coupures importantes des dépenses gouvernementales. Les républicains en proposent de plus radicales puisqu’ils devront compenser pour le manque de revenus qu’une augmentation de la taxe apporterait au trésor américain. Ils voulaient mettre la hache dans le nouveau régime de santé pour tous « Obamacare », mais le résultat de l’élection les en empêche. Ils veulent donc sabrer ailleurs et profondément, où ça fait mal !

À cause de l’écrasante majorité républicaine à la Chambre des représentants, une entente est nécessaire entre les partis si le président veut atteindre son objectif. Déjà, il a proposé l’adoption immédiate d’une loi spéciale pour garantir que les taux touchant la classe moyenne ne soient pas modifiés. Les républicains l’ont refusée et réclament un compromis, qu’Obama rejette.

Je crois qu’à la fin, les républicains cèderont. Ils ne peuvent faire autrement suite à l’humiliante défaite de leur parti à la dernière élection, malgré qu’ils aient dépensé des centaines de millions $ de plus qu’Obama. Ils se sont finalement rendu compte que l’argent n’assure pas toujours les victoires électorales. Se croyant gagnants, ils ont négligé les besoins et les opinions de larges franges de la population comme les moins nantis, les femmes et les latinos. Dorénavant, ils doivent penser à l’avenir pour gagner la présidence et le Sénat. Cela veut dire pour eux, chercher à récupérer le plus grand nombre possible de ces électeurs pour la prochaine élection. Emprunter la voie politique d’Obama pourrait les aider dans l’opinion publique.

Un autre problème pour les républicains est le fait que plusieurs de leurs actuels élus se pensent prisonniers d’un document qu’ils ont signé par lequel ils s’engageaient à ne jamais voter pour une augmentation de taxes. Ce serment « Taxpayer protection pledge "TPP" » a été signé par 236 des 242 républicains élus actuels de la Chambre des représentants et par sept des 47 sénateurs républicains. À mon avis, il allait contre le fondement du serment d’office de chacun de ces élus par lequel il s’engage à servir ses commettants le mieux possible nonobstant toute influence extérieure. C’est la peur de ne pas être réélus qui les a forcés à signer ce document véreux. Chacun d’entre-eux se sentait politiquement menacé par les groupes de droite, comme le Tea Party, qui, advenant une non-signature, déploieraient tous les efforts d’organisation et financiers contre lui.

Heureusement, depuis quelques semaines, certains représentants républicains, parmi les principaux, ont affirmé publiquement qu’ils ne respecteraient plus le TPP et supporteraient des augmentations de taxes. À ce jour, le nombre n’est pas suffisant pour assurer Obama que son projet pourra être voté par la Chambre des représentants. Mais à lire tout ce que je lis sur la question, j’ai bon espoir qu’il réussira.

Claude Dupras